‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 73 sur 672 · POUR UNE MASCARADE · texte numérisé non relu

POUR UNE MASCARADE

Ceux-ci , de qui vos yeux admirent la venue 2 , Pour un fameux honneur qu'ils brûlent d'acquérir, Partis des bords lointains d'une terre inconnue, S'en '.ont .m gré d'amour tout le monde courir.

( e grand démon , qui se déplaît

D'être profané comme il esl ,

Par eux veut repurger son temple;

Et croit qu'ils auront ce pouvoir

Que ce qu'on ne fait par devoir

On le fera par leur exemple.

Ce ne sont point esprits qu'une vague licence

1 Iprès la mort de Malherbe, Boissel le pèrecom] cet vers un air parfaitement beau et qu'on peut regardi r comme son ' nef-d'œuvre. \ii\.

< . débat n'eM pas heureux el ressemble Irop h une narrait n prose.

Porte inconsidérés à leurs contentements ; L'or de cet âge vieil où régnait l'innocence N'est pas moins en leurs mœurs qu'en leurs accou-

La foi, l'honneur et la raison . [trements.

Gardent la clef de leur prison ;

Penser au change leur est crime ,

Leurs paroles n'ont point de fard ;

Et faire les choses sans art

Est l'art dont ils font plus d'estime.

Composez-vous sur eux , âmes belles et hautes, Retirez votre humeur de l'infidélité ; Lassez-vous d'abuser les jeunesses peu Et de vous prévaloir de leur crédulit".

N'ayez jamais impression

Que d'une seule passion ,

A quoi que l'espoir vous con\ i .

Bien aimer soit votre vrai bien :

Et , bien aimés, n'estimez rien

Si doux qu'une si douce vie.

On tient que ce plaisir est fertile de peines», Et qu'un mauvais sucée- l'acconij - ut :

Mais n'est-ce pas la loi des fortunes hum . Qu'elles n'ont point de havre a l'abii . t.3

Puis, cela n'avient qu'aux amours

Ou les désirs, comme vautours,

Se paissent de sales rapines :

Ce qui les forme les détruit :

Celles que la vertu produit

Sont roses qui n'ont point d'épines.

Quoi donc ! ma lâcheté sera si criminelle ;

Et les vœux que j'ai faits pourront si peu sur moi .

Que je quitte ma dame , et démente la foi

Dont je lui promettais une amour éternelle0

Que ferons-nous . mon cœur ? \\ee quelle scil nce Vaincrons-nous les malheurs qui noussonl préparés ?

Courrons-nous le hasard comme désespérés? Ou nous résoudrons-nous à prendre patience?

Non. non: linéiques assauts que me donne l'envi( . Et quelques vains respects qu'allègue mon devoir, Je ne céderai point . que de même pouvoir

Dont on m'ùte ma dame on ne m'Ôte la vie.

Mais où va ma fureur? quelle erreur me transpi

■Ce mol n'est plus en usage. Nous avons cependant coosi r

uz nui in di ' ' i atinlsmi Mi •■

OEUVRKS DE MALHERBE.

De vouloir en géant aux astres commander ? Ai-je perdu l'esprit , de me persuader Que la nécessité ne soit pas la plus forte?

A chille , à qui la Grèce a donné cette marque D'avoir eu le courage aussi haut que les cieux, Fut en la même peine , et ne put faire mieux Que soupirer neuf ans dans le fond d'une barque1.

Je veux, du même esprit que ce miracle d'armes, Chercher en quelque part un séjour écarté Où ma douleur et moi soyons en liberté, [mes.

Sans que rien qui m'approche interrompe mes lar-

Bien sera-ce à jamais renoncer à la joie D'être sans la beauté dont l'objet m'est si doux : .Mais qui m'empêchera qu'en dépit des jaloux Avecque le penser mon âme ne la voie ?

Le temps qui toujours vole, et sous qui tout succom- Fléchira cependant l'injustice du sort , [be,

Ou d'un pas insensible avancera la mort Qui bornera ma peine au repos de la tombe.

La fortune en tous lieux à l'homme est dangereuse : Quelque chemin qu'il tienne , il trouve des combats ; Mais, des conditions où l'on vit ici-bas, Certes , celle d'aimer est la plus malheureuse.

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