jo IlEGHERCHES
lie révêqiie qui est cliaDcelier et juge de F université : il est vrai que la faculté de médecine a son chancelier à part compris dans le nombre des professeurs royaux : celui-ci semble représenter la puissance royale, et révéque celle de l’église. ïl y a des facultés qui n’ont point un pareil chancelier laïc , et dans celles-là la licence émane entièrement de l’évéque.
Mais il est évident que la licence est à Montpellier, comme dans les autres facultés du royaume , une sorte de commission ou de permission de la puissance ecclésiastique : c’est un acte religieux par lequel le récipiendaire est pour, ainsi dire incorporé dans le corps ecclésiastique : cela est si vrai que les gradués en médecine sont capables de posséder des bénéfices : ils en possèdent en effet dans certaines églises surtout en Flandre ; et peutêtre seroit-il bon que de pareilles places se fussent multipliées.
Je comprends après cela difficilement la raison pour laquelle quelques auteurs voudroient mettre une barrière impénétrable, entre les médecins et les théologiens ou les prêtres , et séparer deux états qui se tiennent.de si près.
Je me garderois surtout, si je voulois essayer d’éloigner les prêtres de l’étude de la médecine , de leur dire , comme on le leur a signifié d’un ton de reprocîi'e , que la médecine est « une science » dont l’immensité des connoissances effraye les génies les plus » courageux et les plus vastes , et dont on dit que la vie entière est » trop courte pour 'en faire l’apprentissage ». Je craindrois de me trop avancer en raisonnant ainsi et de me voir battu d’un coté , en voulant me sauver de l’autre.
On ne manqueroit pas de me répondre que si tous les docteurs qui ont existé jusqu’à présent n’ont pu faire l’apprentissage de la médecine , s’ils ont été tous effrayés de l’immensité de ses connoissances , il s’ensuit .nécessairement que tout notre savoir se réduit à bien pende chose. On iroit loin en suivant cette route. Mais personne n’ignore que l’expérience , le bon sens , la rédexion , l’étude et la droiture d’esprit suffisent pour acquérir des coniioissances qui sont d’usage en médecine.
Or je ne vois jioint pourquoi un prêtre ne pourroit point profil tei" de tous ces moyens de s’instruire par cela précisément qu’il est prêtre : je prétends au contraire que ses études le rapprochent <le quelques-unes des parties de la médecine : je crois surtout que les prêtres et nous sommes frères : ils ont sans doute choisi la meilleure partie , les connoissances les plus sages et les plus utiles ; mais nous n’en sommes pas moins étroitement liés à leur état , dont la lumière nous éclaire et nous'honore parmi les hommes.
La médecine eut , ainsi que la théologie , ses schismes et ses hérésies , ses sectaires et ses schismatiques : elle devint 1 objet de la critique des prétendus esprits forts que les maladies ne manquèrent jamais de ranger sous les lois de notre art. Mais comme il nous manquoit un guide divin , et un tribunal infaulible qui donnent à la théologie tous les avantages dont elle jouit sur les sciences humaines , l’erreur cl le iiieasonge exercèrent principalement leur empire sur nos opinions.
SUR L’HISTOIRE DE LA MÉDECINE. 6a i
De là les folies de la magie , celles des interprétations des son- ; ges , des amulettes , des effets de la lune sur le corps , de Fastrolo”\ gie judiciaire et autres qui fourniroient une ample carrière à suivre à quelqu’un qui voudroit faire l’iiistoire des erreurs et des éga-”
I remens de l’esprit humain , dans la pratique et la théorie de la mé- ; decine.
! §. VI. Sch isines parmi les médecins : exemples pris dans le
Brésil, chez les peuples de Paria et de la Guiane , chez les
Br amine s , les Banians, les Cafres à Madagascar.
Les sectes de médecine les plus pures eurent des détracteurs et des enthousiastes débordés et sans retenue, des schismes et des hérésies ; c’est ainsi cjne l’usage de la saignée amena parmi les médecins mécaniciens et rationels les criminels essais de la transfusion ; celui des purgatifs donna aussi lieu à d’effrénées tortures excitées par l’ellébore et autres poisons.
La théorie de la transpiration insensible fit naître ces méthodes incendiaires dont tant de malades furent la victime , celle de la prétendue vie inhérente dans le sang servit de prétexte à ceux qui eurent l’horreur de la saignée. Les médecins expectateurs donnèrent aussi lieu à des excès particuliers : leur système approuva le projet de ne point faire de remèdes dans les maladies , de laisser marcher la nature suivant son goût ; ce qui occasionna des expériences ou des essais moins blâmables peut-être que ceux des médecins actifs , mais toujours très-préjudiciables aux particuliers.
La secte des empiriques fournit une pépinière d’erreurs ^ de contes et de pratiques. Je joins ici quelques exemples d’égaremens en médecine et tirés de l’histoire des nations peu instruites.
Au .Brésil les hommes qui sont les sages-femmes de leurs épouses reçoivent les enfans et leur coupent le cordon à belles dents : l’ac" couchée va se laver et marche à l’ouvrage : ce n’est pas l’effet du climat , puisque les femmes des paysans n’en usent pas autrement en Livonie ni parmi les sauvages de l’Amérique septentrionale : en quelques endroits del’Amériqüe méridionale , les femmes vont servîi^ leurs maris qui se mettent au lit pour elles : cette coutume étoit aussi en usage chez les anciens Espagnols et les Béarnois.
Les peuples de Paria plongent dans une rivière le malade qui est attaqué de la fièvre , et le font ensuite courir à perte d’haleine à coups de fouet autour d’un grand feu ; après quoi ils le portent dans son hamac : ils employent une longue abstinence pour la guérison des maladies ; quelquefois ils se servent de la saignée : alors ils ouvrent une veine des reins. Si la maladie est à peu près désespérée , on le suspend dans son hamac entre deux arbres , et l’on danse toute la journée autour de lui.
Les prêtres des peuples qui habitent les bords du fleuve Orénoque et de ceux de la Guiane , leur servent de médecins , selon l’usage des autres Indiens : avant que d’entreprendre la guérison de son malade , le prêtre consulte l’oracle , et s’il déclare que le malade mourra, on ne lui fait aucun remède.
Les pretres des peuples delà Plata sont leurs médecins comme
6r^2 RECHERCHES
ailleurs ; ils guérissent les maladies en suçant la partie affectée , ou par la fumée du tabac : pour être prêtre ou médecin parmi eux. , il laiit avoir jeûné long-temps et souvent ; il faut avoir combattu contre des tigres : les impressions de la griffe de cet animal leur vaut autant que chez nous le bonnet doctoral , reçu à Funiversité de Salamanque , dit un auteur espagnol.
Les peuples connus sous le nom de Moxes ont des prêtres-médecins , enchanteurs et charlatans, qui , pour guérir leurs malades , récitent sur eux quelque formule superstitieuse , et leur promettent de prendre , pour leur guérison , un certain nombre de fois par jour du tabac en fumée.
Les Eramines ont des livres de médecine en vers, et qui sont plutôt des recueils de recettes qu’autre chose. Suivant eux le principal remède est l’abstinence : on ne doit tirer du sang que dans une grande et évidente nécessité : ils ne font jamais d’ouvertures de corps d’hommes ni d’animaux.
Les Banians baignent leurs malades , prêts d’e'xpirer , dans un fleuve et sur une vache : au Coromandel ils mettent le visage du mourant sous' le derriëi'e de la vache qu’ils excitent à lâcher son urine, sur le visage du malade. Lorsqu’d n’est pas tout-à-fait en danger de mort , on le porte devant les idoles pour en obtenir la guérison ; il passe une nuit entière dans la pagode, ainsi que les anciens le faisoient autrefois dans le temple d’Esculape.
Les Chinois ont des charlatans qui leur vendent le vent , comme on dit que cela se pratique dans le nord de la Suède ; ce vent est contenu dans un sac ou dans une outre ; on en livre pour de l’argent autant que l’acheteur croit qu’il en a besoin pour sa santé.
Chaque village chez les Cafres a son capitaine , son prêtre et son medecm ; quelquefois les femmes se mêlent de faire la médecine. Lorsqu’il meurt des malades à ces médecins , ils disent qu’ils étoient ensorcelés. Le traitement des maladies consiste principalement à désensorceler le malade.
Pour cet effet on tue un mouton gras dont on prend romentum ; le médecin le saupoudre de Bacha et le pend ensuite tout chaud au col du malade , en lui disant : «Vous êtes ensorcelé ; mais » je vous déclare que vous serez bientôt guéri , car le charme n’est » pas fort ». D’ailleurs les médecins mettent en usage certaines herbes qu’ils vont cueillir en secret. On dit que dans les accouchemens difficiles ils font prendre à la femme en travail une décoction de tabac dans du lait.
Au Monomotapa , on abandonne les vieillards et les malades attaqués d’une maladie mortelle ; on ne leur donne point de secours ; on les porte quelquefois dans les forêts, à la merci des bêtçs féroces : eux-mêmes sentant approcher leur dernière heure, demandent d’être exposés de cette façon.
Les médecins astrologues et prêtres des insulaires de Madagascar, prétendent conrioître la nativité des enfans , c’est-à-dire qu’ils font des prédictions sur eux ou qu’ils tirent leurs horoscopes : ils tâchent d’eviter les effets d’une constellation dangereuse en eufermaut l’enfant nouveau-né dans un poulailler pendant une demi-jouriiée-
I.es remèdes dont ces médecins se servent , consistent en décoctions d’herbes et de racines.
Ils charment le mal avec des billets écrits dbme certaine façon ; ils pendent ces billets au cou des malades en les attachant à leurs ceintures; ils jugent des remèdes qui conviennent par les réglés de l’astrologie ; ils ont des traités écrits sur la force et la vertu de chaque jour de la lune; ils écrivent quelques mots sur un papier qu’ils lavent ensuite , et le malade avale l’eau dans laquelle on a lavé le papier ; s’il ne guérit point , il a manqué à quelque formalité»
VIL Pojrs policés sujets au schisme en médecine : elle dégénéra de bonne heure pajuni les païens ; elle fut entre les mains des prêtres.
Il seroit possible de faire un parallèle entre l’état présent de la méHecine chez les peuples barbares dont il vient d’étre question, et les révolutions qui lui sont arrivées parmi les nations modernes et celles de l’antiquité les plus policées; ce j)arallèle seroit utile pour développer la marche de l’esprit humain, sujet à mille excès lorsqu’il n’est pas retenu par des barrières qui fixent son penchant pour l’erreur et pour les choses merveilleuses et singulières.
La nature jeta dans l’esprit des hommes les premières semences de la médecine; c’est à cette règle fixe de tous les siècles et de tons lieux que doivent se rapporter toutes les découvertes dans notre art : la médecine n’aura jamais d’appui plus certain , puisqu’elle n’est pas entrée dans le plan de la révélation qui a éclairé les hommes sur les vraies sources du bien et du mal.
Les hommes, à proportion qu’ils corrompirent la religion naturelle confirmée ensuite par la religion révélée, se précipitèrent d’un égarement à l’autre ; ils ne connurent plus la voie de la belle nature : la médecine se ressentit, comme toutes les autres sciences un peu métaphysiques, des effets de ces écarts : elle se remplit de schismes; les préjugés, les observations mal faites, les histoires exagérées et toutes les autres leçons de l’esprit de mensonge furent seules écoutées.
Quelques j^aïens heureux furent , il est vrai, les Socrate de notre art : ils surent démêler la médecine naturelle parmi le grand nombre d’extravagances et de petitesses dont le monde l’avoit remplie. Hippoefate et quelques-uns de ses pareils furent nos patriarches , et j’ose dire qu’il y eut en eux quelque chose de divin ; leurs âmes étoient de la même trempe que celle des Platon et des Aristote, auxquels des Pères de l’Eglise n’ont pu refuser quelques marques de respect et de vénération ; mais le nombre des vrais médecins fut aussi rare parmi les païens que celui des philosophes qui avoient eu des pressentimens de quelques vérités de la religion , ou qui avoient su se dégager du torrent des opinions respectées par ie peuple vain et insensé.
Les ministres des faux dieux conservèrent parmi eux la science et l’exercice de l’art de guérir : il retomba toujours , par son propre poids, dans l’interieur et le silence des temples , ou plutôt il essaya île s élever à l’égal des choses divines; il domina ou dépassa la
Gif KE CHERCHE S
reiigion païenne autant que la religion révélée Tabaissa lui-niêjne ou Fhumilia.
C’est une preuve nouvelle de la ressemblance indélébile qu’il paroit y avoir entre la medecine et la religion, surtout considérée du côté le plus accessible aux seules lumières de la raison. .La révélation seule peut mettre la médecine à la place qui lui convenoit : notre art avoit su vaincre le paganisme , et il s’étoit tellement incorporé avec les dogmes de l’idolâtrie , qu’il en faisoit le principa apanage et le plus bel ornement; en voici des preuves.
Mélampe , le plus ancien des médecins connus parmi les Grecs , étoit aussi berger, poète et devin : il tenoit par là à la religion à titre de prêtre; il guérit les filles d’un roi qui avoient des vapeurs très-fortes , en les purgeant avec de l’ellébore et en les faisant baigner. Il prétendit que les chèvres lui avoient appris l’usage de Fellébore ; il ne manqua point de mettre en usage les charmes , ou des vers qu’il fit réciter à ses malades, et qui étoient sans doute de sa composition.
Ce même médecin, consulté par quelqu’un qui désiroit avoir des enfans , conseilla d’aller chercher un couteau dans un chêne , «l’en racler la rouille et de prendre une dose de cette rouille dans <lii vin pendant dix jours consécutifs : ce qui fut fait avec le succès désiré; Mélampe eut soin de publier que ce remède lui avoit été indique par un vautour, qu’il sut faire paroître après avoir immolé deux taureaux. Ce vautour apprit au médecin devin que le couteau en question avoit servi pour des sacrifices , et qu’il étoit planté à un arbre sacré.
On voit, par ces deux exemples, que Mélampe couyroit, pour ainsi dire , sa médecine du manteau du paganisme ou de la fausse religion qui avoit tout corrompu. L’ellébore et les bains proposés aux filles vaporeuses , étoient de fort bons remèdes et très-naturels , de même que la rouille de fer indiquée pour avoir un enfant : jusque-là , c’étoit de la bonne médecine ; les charmes , les taureaux immolés, le vautour, l’arbre sacré, le couteau qui avoit servi pour les sacrifices, voilà des machines du paganisme faites pour en imposer. C’est ainsi que ces faux prêtres cachoient notre art et le pratiquoient : ils le joignoient toujours à la religion. Voici encore des exemples qui prouvent mieux cette union. #
On les trouve dans Mercurial , savant italien du seizième siècle , qui a traité de la gymnastique ou de l’art des exercices du corps , art qui fit chez les anciens une partie de la médecine trop négligée de nos jours : u i°. Lucius, attaqué d^une pleurésie, et abandonné » des hommes, consulta l’oracle, qui lui ordonna de prendre des M cendres sur l’autel , d’en faire une pâte avec du vin , et de l’ap- » pliquer sur le côté malade : ce qu’il fit, et il fut guéri. Il en » rendit publiquement grâces au dieu de ce temple. 2'X Julien , » attaqué d’un crachernent de sang, et abandonné des hommes, » consulta l’bracle , qui lui ordonna de prendre sur l’autel des pi- » gnons, et d’en manger pendant trois jours avec du miel; il le 3> fit et fut guéri; il en rendit grâces au dieu du temple devant
tout le peuple ».
n SUR I/HISTOIRE DE LA MÉDECINE. (>;U>
Ces deux relations ont été prises avec d’autres semblables sur des I marbres qui étoient autrefois dans le temple d’Esculape à Home. ) C’est des espèces de vœux ou des marques de reconnoissance que 1 les prêtres exigeoient des malades qu’ils guérissoient; ces exemples t étoient utiles à la réputation du temjde et de ceux qui le desseivoient.
Le cataplasme de cendres et de vin réussiroit encore aujourd’hui > dans de certaines espèces de pleurésie, et il est des cracliemens de î sang qu’on pourroit traiter et guérir avec des pignons et du miel :
! il seroit même aisé de prouver que ces remèdes sont encore en
usage parmi nous; mais les prêtres du temple d’Esculape faisoient croire au peuple que ces remèdes leur étoient inspirés par le dieu . auquel ils étoient attachés.
C’étoit donc ici de bonnes et franches ordonnances de médecine ’ défigurées par les fables et la théologie païenne, qui tiroit un grand lustre de son union avec l’art de guérir. La superstition des peuples avoit fait oublier la médecine , et ne s’attachoit qu’à de vaines cérémonies.
Les médecins égyptiens étoient du nombre des prêtres : ils cachoient leurs connoissances sous un langage mystique et sacré; c’est à leur système de médecine sans doute qu’ils dévoient la pratique où ils étoient de ne pas manger du sel , parce qu’il échauffe , ni des ognons pour la mêîne raison. On dit qu’ils se partageoient les maladies , et que chacun s’appîiquoit toujours à traiter la même ; ce qui, malgré l’opinion de bien des docteurs, n’étoit pas aussi utile qu’on le croit, et devoit faire une plaisante cacophonie chez des malades attaqués d’une maladie compliquée de beaucoup d’ac- Cidens.
Ces prêtres médecins étendoient singulièrement leur empire chez le peuple : ils présidoient jusque dans ses festins et d’une manière , si on peu le dire, un peu trop médicinale. On avoit coutume de mettre sur la table un squelette: c’étoit une cérémonie aussi nécessaire que celle de laver ses mains.
On commençoit par dire à chacun des convives, qu’il seroit un jour Comme- ce squelette : il falloit ensuite manger des alimens apprêtés avec d’autant moins de sel , que les personnes chez qui on mangeoit étoient plus pieuses ; on nemettoit point d’ognons dans les sauces ; il n’étoit pas question de manger du cochon ; on servoit très-peu de légumes : ce qui faisoit , comme chacun peut en juger, des repas assez tristes et assez insipides. Peut-être est-ce de là en partie que les étrangers qui voyageoient en Égypte , disoient que tout le monde étoit médecin en ce pays-là. On s’j étoit accoutumé aux squelettes et aux réflexions qu’ils ameiioientî
J’ai vu et tout le monde peut voir à Montpellier les enfans jouer avec des os du corps humain : on trouve des débris de squelettes dans toutes les maisons bourgeoises où les étudians en médecùie ont accoutumé de loger depuis sept ou huit cents ans. Le peuple s est tellement familiarisé avec ces îétoumies , suivant l’expression d un pays qui a sans doute le droit d’en créer en médecine , que les voyageurs poiirroient dire des habilans de cette ville qu’ils sont
tous médecins : il en étoit apparemment de même à Alexandrie et dans d’autres villes d’Égypte.
§. VIÏL Les prêtres païens attribuèrent V inveîition de la inéde-^ cirie à leurs dieux ; origine des disputes entre les médecins et les prêtres y mauvais raisonneinens du paganisme qui éloignoient de la médecine les premiers chrétiens ; étaiU épurée , elle est digne de nos ecclésiastiques.
Ox sait que Péon , Hermès , Mercure , Esculape , Isis , Osiris , Bacclius et Zoroastre furent des personnages réels ou supposés et distingués par leur savoir en médecine que les Egyptiens et les Grecs mirent au rang des dieux, Péon fut, suivant Homère, le médecin des dieux; car les dieux de ce poète avoient aussi besoin des secours de îa médecine : ce Péon est, suivant bien des commentateurs, le même qu’ Apollon qu’Ovide regarde comme l’inventeur de la médecine.
Hermès qui, suivant quelques auteurs, étoit fils de Cham et petit-fils de Noé, fut aussi connu des Phéniciens et des Égyptiens : c’étoit le Mercure des Grecs qu’on disoit avoir fait connoître aux mortels Hygie , déesse de la santé. Esculape , dont le nom s’est conservé parmi nous plus que celui des autres inventeurs de cet art, fut déifié chez les Égyptiens et chez les Grecs : il eut même des temples chez les Pioraains.
Isis et Osiris , Bacchus et Zoroastre font aussi la plus grande ligure parmi les inventeurs de la médecine, ou du moins entre ceux qui ont connu cet art. Isis , reine d’Égypte , fut élève de Plermès , dlle de Gronos , femme et sœur d’Osiris , mère de Horus , tous gens de grand savoir en médecine ; elle mérita l’apothéose des Egyptiens, ses sujets, pour les services qu’elle leur rendit.
Elle étoit surtout célèbre par les cures merveilleuses qu’elle faisoit sur' des malades auxquels elle apparoissoit en songe : elle leur révéloit les remèdes qui leur étoient propres ; d’où vint la coutume établie même à Rome de transporter les malades dans les temples et de les y laisser pendant la nuit pour invoquer tranquillement la déesse ^ elle n’aimoit pas apparemment à faire ses opérations au grand jour.
Osiris ne fut pas moins célèbre en Égypte qu’Isis sa sœur et sa femme. Il semble pourtant qu’il s’occupa ])lus des conquêtes, de l’étude des lois et de l’agriculture, et qu’Hermès qui fut son précepteur de même que celui d’Isis , se plut à mieux instruire la femme que le mari , des connoissances de la médecine.
Bacchus, que quelques-uns prennent pour Noé, mérita les plus s'^ives marques de reconnoissance de la part des hommes pour leur avoir appris l’usage du vm. Cette li([ueur fut bientôt regardée comme un grand remède , et celui qui en fit la découverte comme un médecin d’autant plus excellent, qu’il sut au moyen du lierre dont il fit couvrir la tête de ses adorateurs , les préserver des mauvais effets du vin. •
On dit que la médecine de ce dieu étoit remarquable en ce que ses prêtres et ses prêtresses se distinguoient par les agitations extraordinaires qui précédoient leurs ordonnances. C’étoit, comme
SUR L’HISTOIRE DE LA MÉDECINE. mj
on voit, une ivresse religieuse bien caractérisée et fort comraode à des médecins inspirés par le vin.
Zoroastre fut auteur de cent mille vers. Il y en avoit sur la médecine, et principalement sur la magie qui se lia intimement avec la médecine de meme que la prêtrise, ou qui n’étoit chez des peuples plongés dans l’ignorance pu dans une science barbare et indigeste qu’un mélange de religion et de médecine : ce mélange trouva le cœur des hommes trop enclin à se laisser étourdir par de folles rêveries. Il ne faut pourtant pas oublier qu’il j a des auteursqui pensent que la magie dont Zoroastre fut le partisan, n’étoit autre chose que la philosophie et la physique de ce teraps-là.
Telle étoit l’origine de la médecine suivant les païens. Ils la regardoient comme un présent du ciel ; les premiers qui la cultivèrent parmi eux méritèrent d’être mis au rang des dieux, tels que îa plupart de ceux dont nous venons de parler, ou du moins au rang des héros ou des hommes du premier ordre ^ tels que Prométhée , Chirou le centaure, Jasou qui a passé j)Our un grand chimiste parmi les adeptes.
Si le peuple se payoit de toutes ces fables et de toutes ces histoires exagérées , de même que quelques imaginations déréglées , ou de meme que des gens intéressés à répandre ces opinions , il. se trouva sans doute des hommes qui surent se mettre au-dessus des préjugés. Il n’est pas douteux qu’il n’y eut des médecins qui connurent la vanité de l’apothéose de leurs prédécesseurs.
Il y en eut qui surent distinguer dans les guérisons de Mélampe ce qu’il y avoit de naturel d’avec ce qu’on vouloit y ajouter de divin. Ils osèrent soutenir que les cures faites dans les temples étoient toutes aussi naturelles que celles qui se faisoient au lit des malades ; ce qui dut occasionner des disputés entre les médecins qui alloient chez les malades et ceux chez qui les malades étoient transportés avec beaucoup de cérémonies.
Ce lut aussi un sujet suffisant aux partisans de la médecine religieuse qui s’exerçoit dans les temples , pour les porter à blâmer la conduite , les mœurs , et même la science des médecins ordinaires. Ceux-ci furent regardés comme des ^ens qui n’avoient point de foi aux dieux; et voilà vraisemblablement l’origine de l’ancien préjugé répandu chez tous les peuples au sujet du peu de religion des médecins.
On voit que ces reproches faisoient honneur à ceux à qui on les faisoit , et qu’on les mettoit au rang des plus grands philosophes persécutés , pour s etre moqués de la pluralité des dieux qu’adoroit le peuple.
Les médecins qui avoient su pénétrer les mystères du paganisme , sur ce qui concernoit leur profession , crurent pouvoir traiter les miracles des chrétiens comme ceux des païens. lia se trompoient lourdement sur cet objet ; les guérisons opérées dans le christianisme étoient entièrement miraculeuses et très-différentes de celles qui s’opéroient dans les temples des faux dieux.
Ici on eniployoit des remèdes et des secours naturels comme on peut le voir’ dans les guérisons de Mélampe et dans celles du tempk
d’Esculape. Parmi les fidèles, au contraire, les secours materiels, auxquels on auroit voulu attribuer les guérisons , étoient dans Pimpuissance de produire cet effet sans la grâce et sans une vertu miraculeuse.
On connoît la guérison miraculeuse de Térébon faite par les prières d’Euthimus 3 et on peut voir dans les sermons de saint Augustin les guérisons de Paul et de Palladia et de beaucoup d’autres nouveaux chrétiens guéris même dans les églises, et devant tout le monde.
Les médecins devinrent donc bientôt aussi suspects aux chrétiens qu’ils l’é,toient aux païens, eu égard aux miracles. Ils avoient raison vis-à-vis des païens ; mais leur aveuglement , leur présomption et leur ignorance les rendoient aussi à plaindre que coupables vis-à-vis des chrétiens.
C’est pourtant à cet aveuglement des médecins anciens que sont dus des préjugés encore régnans et peu favorables aux médecins modernes J comme si la plupart de ceux qui existent aujourd’hui ne connoissoient pas tous les défauts de leurs lumières bornées et flottantes qui n’approchent des vérités de la foi que pour en faire mieux sentir la grandeur et la divinité.
« Géronce (dit l’abbé Fleuri dans son histoire ecclésiastique) , qui « étoit excellent médecin au commencement du cinquième siècle , « homme agissant , persuasif et propre à se faire des amis , se
' « moqua de saint Ambroise Ce même Géronce qui avoit été
>* ordonné évêque fut déposé par saint Jean Chrisostôme.... Mais » les habitans de Nicomédie se soulevèrent plusieurs fois en faveur *> de Géronce. Ils racontoient ses bienfaits en public et en parti- « culier ^ ils faisoient valoir l’utilité qu’ils recevoient de son art, » l’honnêteté et l’application avec lesquelles il s’employoit à sou- » lager tous les malades également, tant les riches que les pauvres ; » ils relevoient ses bonnes qualités , et ils faisoient des processions î) comme à l’occasion des sécheresses et des tremblemens de terre , « et demandoient à Dieu de leur conserver leur évêque Géronce » ,
Voilà un exemple de la résistance que les médecins osoient opposer aux chrétiens. Il s’agissoit entre saint Ambroise et Géronce d’un fait de physique , ce qui donnoit quelque avantage au médecin ; mais il passoit les bornes de son art et soulevoit sans doute le peuple.
C’est donc dans un esprit de soumission à des vérités sublimes et si fort au-dessus de nos connoissances que nous devons cultiver la médecine. Je ne crois point qu’étant considérée sous ce point de vue , elle puisse alarmer la délicatesse de nos plus pieux ecclésiastiques. Ils doivent d’ailleurs convenir qu’ils ont dans plusieurs occasions , qui sont de leur ministère , un besoin nécessaire des connois.sances de notre art.
Le nombre des questions médico-théologiques est infini. Il s’en présente tous les jours quelqu’une dans la direction des fidèles de tous les âges. C’est aussi une nouvelle raison qui appuie ce que j’ai déjà souvent avancé sur la liaison indissoluble de la jiicdecine avec la théologie.
SUR L’HîSTOmE DE LA MÉDECINE. 6.>9
Je serois bien aise de voir notre art entre les mains de gens qui peuvent seuls le délivrer du joug des passions humaines sous lesquelles il gémit, ou qui sauroient lui prescrire des bornes et le contenir dans sa sphère. Les écarts auxquels il se livre , le malheureux penchant qu’il conserve toujours pour réduire tout à des causes et des principes physiques et matériels , arrêtent sans doute ses progrès , ou du moins ils font trop douter de l’utilité dont il est aux hommes ÿ nous le perdrons si nous n’appelons pas les théologiens a notre secours.
Il me semble enfin que nous tombons dans une erreur grossière , si nous prétendons, par des raisonncmens captieux et par des épigrammes , interdire aux ecclésiastiques de même qu’à tous les autres gens de lettres, l’étude de notre médecine. Son exercice même ou l’usage qu’on en doit faire dans la pratique , sont fondés sur le droit naturel commun à tous les hommes et plus fort que toutes les lois , qui exceptent toujours les cas extraordinaires et de nécessite.
§. IX. Qu elle sera la décision des théologiens sur la question de r Inoculation ? nous V attendrons ai^ec respect. Réflexions sur V usage des bains publics et sur les uojages en Jmérique : exemples tirés de Da\^id , de quelques saints du dé^ sert, d'Orighne et de saint Cjprien.
Est-il permis de pressentir l’avis de la faculté de théologie ? Comment déterminer d’après les principes de notre art jusqu’à quel point chaque particulier peut disposer de sa santé et de sa vie et en faire le sacrifice à la société ? Si je pouvois résoudre ce problème, celui de l’inoculation seroit bientôt éclairci.
S’il étoit vrai qu’il est permis à un particulier de disposer de son existence pour ses proches , pour ses amis et pour ses compatriotes, il s’ensLiivroit nécessairement que chacun peut faire sur lui-même l’épreuve de l’inoculation pour éclairer ses concitoyens. Dut-il succomber à cette épreuve , les vues qu’il se proposeroit en faisant le sacrifice de sa vie pourroient l’excuser.
Notre art ne peut que tolérer des essais sur quelques particuliers pour arriver au bien de la société. La plupart des grands remèdes qui ont pris faveur en médecine , ont exigé des épreuves et des expériences quelquefois funestes. Ces malheurs necessaires sont principalement arrivés au sujet des remèdes qu’on a été obligé d’abandonner après les avoir crus convenables, et dont on n’a connu les mauvais effets qu’après les avoir éprouvés.
J’ai supposé jusqu’ici que l’inoculation n’expose à aucun danger qui puisse entrer en parallèle avec les dangers de la petite— verole naturelle, et que les principes de la médecine conduisent à la tolérance de cette opération. J’ajoute que cette opération me paroît avoir beaucoup moins d’inconvéniens que les essais journaliers qu’on fait des poisons les plus l'econnus pour fos rendre utiles en médecine.
Ces essais se font surfont dans notre siècle avec une ardeur singulière : la ciguë ^ la beila-doiia et les autres plantes veux-
îiieiises sont célébrées en France comme dans les royaumes étrangers.
On pourroit meme citer des ennemis de rinocuiation qui ont osé employer ces poisons sans la permission des magistrats , et vraisemblablement sans avoir l’avis des théologiens. Je ne doute point qoe celui qu’ils donneront sur l’inoculation n’influe sur la conduite que nous avons à tenir au sujet de l’usage des poisons.
S’il en est de l’inoculation comme des travaux publics que les théologiens permettent ou tolèrent, quoiqu’il soit bien assuré ([u’il y a des particuliers qui y perdent la vie ; si la question sur l’inoculation peut être mise en parallèle avec celle des établissemens sur des bains publics que le roi permet , que les médecins conseillent, que les magistrats protègent et que les théologiens n’ont pas défendu que je sache , il est certain que l’inoculation doit être admise , même en supposant que quelques particuliers risquent leur santé et leur vie.
En effet il n’est point d’année qui ne fournisse plusieurs exemples de gvOns noyés à Paris : faudroit-il à cause de ces malheurs interdire les bains à tout le monde? On dira peut-être que les bains publics sont établis en partie pour diminuer le nombre des accidens qui pourroient arriver ^ sans les précautions qu’on prend dans leur administration : en ce cas -là' l’inoculation doit être admise , précisément dans , l’intention de sauver la vie à la plus grande partie de ceux qui auroient succombé à la petite-vérole naturelle.
Les voyages en Amérique me paroissent encore plus mériter Fattentioii des théologiens , eu égard à la question de l’inoculation : la plus grande partie des sujets dm roi qui entreprennent ce» vovages ne le font que dans la vue d’augmenter leur fortune ; pour cet effet ils risquent leur vie : il y en a plus de la moitié qui la perdent : ils ont toits une maladie très-grave et souvent mortelle en arrivant en Amérique. Est-il permis de courir ce risque? et si on ne le défend point , pourquoi défendroit-on l’essai ou les risques de l’inoculation ?
Si un médecin proposoit aujourd’hui d’inoculer la maladie de l’Amérique à ceux qui doivent s’embarquer pour aller en ce pays-la , et qu’il la réduisît à une légère incommodité : si un grand nombre d’épreuves déjà faites prouvoient que la maladie que ce médecin donne n’a pas communément des suites fâcheuses , et qu’elle préserve communément ceux qui l’ont eue de la ravoir en Amérique , pourroit-on , devroit-on arrêter les essais de ce médecin ? Il semble que l’inoculation soit parmi nous précisément dans ce cas que je
suppose. 1 • 3 '
J’ajoute qu’en laissant subsister , pour un moment , les idees
courantes sur le danger de la contagion qu’on dit devoir être l’eliet de l’inoculation, il iaudroit un temps considérable pour que cette contagioî^ fît autant de ravages que l’habitude que les sujets du roi omt pris d’abandonner leur pays pour passer en Amérique.
Or , ce passage est permis , toléré , protégé ; pourquoi ? par::e qiî’il est nécessaire pour le bien de la société en général : c’est
aussi pour ce même bien général qu’on clemandc la tolérance de Finoculation : on veut , comme on dit , de deux maux nécessaires éviter le pire.
David , forcé de clioisir la guerre , la famine ou la peste y cboisit ce dernier fléau pour courir le même risque que son peuple : peutêtre cet exemple doit-il intéresser les théologiens au sujet de la question de l’inoculalion . H n’en est point qui puisse, d’après le parti pris par le roi prophète , condamner i inoculation , par la crainte particulière qu’il auroit de la contagion ; et il doit nécessairement inspirer à tous les hdèles les mêmes sentimens qu’avoit David.
Nous sommes obligés de choisir entre la petite-vérole naturelle et la petite-vérole inoculée : il est très-vraisemblable que la dernière est moins meurtrière que la première. Peut-on iiesiter sur le choix ? préférer la petite-vérole naturelle , ne seroit-ce pas faire de propos délibéré un choix dont les conséquence sont funestes ?
On auroit beau dire que la petite-vérole naturelle étant dans l’ordre ordinaire des choses , il vaut mieux s’y assujettir; si cela étoit , il faudroit abandonner tous les arts et tous les secours de la médecine , et surtout les remèdes de précaution : il faudroit même renoncer à beaucoup de nécessités et à un grand nombre de petits agrémens de la vie.
L’abbé Fleury apprend dans son Histoire de l’Église la façon de penser- de quelques saints personnages , de même que quelques circonstances de leur vie qui semblent pouvoir indicjiuer les raisons sur lesquelles doivent se fonder les théologiens pour approuver ou désapprouver l’opération de l’inoculation.
<c Jean et Pacome , hermites du troisième siècle de l’église , ne M changeoîent jamais d’habits que par la nécessité extreme de les » laver. L’un d’eux passa quinze ans sans se coucher , et ne se » reposoit qu’assis au milieu de sa cellule , sans s’appuyer contre » la muraille. ’
» Saint Hilarion passoit quelquefois trois ou quatre jours sans >) manger.... Il réduisit son corps à n’avoir que la peau et les^ » os.... H ne conpoit ses cheveux qu’à Pâques, et ne kvoit jamais^ }» le sac qui faisoit son vêtement , disant qu’il est superflu de » chercher de la propreté dans un cilice.... Il ne quittoit sa tii- » nique que quand elle étoit tout-a-fait nsee.
i) Saint Antoine , hermite , qui n’avoit pas daigné apprendre » à lire , ne mangeoit qu’une fois le jour , quelquefois de deux » en deux , souyent de quatre en quatre.... Il couchoit le plus
» souvent sur la terre nue. Jamais il ne se frottoit d’huile
* H demeura vingt ans renferme dans un château.... 11 disoit » que nous ne devons accorder au corps que fort peu de temps M par nécessité.... Il vécut cent cinq ans; depuis sa jeunesse jus- » qu’à un si grand âge , il ne changea jamais sa façon de vivre » ni sa manière de se vêtir; il ne se lava jamais les pieds.... Il » étoit plus fort et plus vigoureux que ceux qui se nourrissent i> de diversesviaudes, qui se baignent et changeai souvent d’habits » .
G62 recherches
Voilà une conduite et une façon d’envisager et de pratiquer îa religion qui écarteroit nécessairement de la pratique de l’inoculation. Si les chrétiens étoient pénétrés des maximes de ces saints Anachorètes , ils ne se reduiroient jamais à l’inoculation ; elle leur paroîtroit une précaution superflue et peu digne d’eux. Ces sentimens* respectables ne peuvent manquer d’ayoir des admirateurs et meme des sectateurs.
Mais « les chrétiens , vivant sous l’empire romain , n’avoient pas î) besoin de lois particulières pour le temporel.... Ils avoient égard » aux mœurs et à la condition des Cathécumènes — Ils conser- » voient soigneusement les liens de la société civile qui est la jus-
» tice ; ils j)ratiquoient la bonté et l’humanité Leur humilité ne
» consistoit pas à porter un habit sale et à se couvrir de poussière.
On ne peut mettre riiumilité dans cet extérieur que par une » grossière ignorance; elle consiste à s’abaisser devant Dieu ayant 5) d’ailleurs des pensées nobles et grandes ». Ainsi parloit Origène , suivant l’abbé Fleury.
D’ailleurs , dit le meme auteur , « saint Cyprien usa d’indul-
» gence pour les malades et pour les foibles , décrivant l’état des
» martyrs aux mines , il remarque... qu’après' leurs fatigues ils n’a- » voient pour lit que la terre nue ; leurs prisons étoient obscures , » et pendant tout le jour ils souffroient la mauvaise odeur de la » fumée; n’ayant plus la commodité des bains, ils demeuroient » sales et crasseux , les cheveux longs et négligés — Le même saint » Cyprien étant tout trempé de sueur à cause du chemin qu’il avoit » fait par un jour très-chaud , on lui offrit des habits à changer , » et il répondit : nous voulons remédier à des maux qui peut-être » ne dureront plus qu’aujourd’hui ».
Voilà des opinions non moins orthodoxes quç celles des solitaires du désert , et d’où l’on pourroit tirer des inductions favorables à la pratique de l’inoculation. Je crois que nous devons attendre avec confiance et avec respect la décision de la faculté de théologie ; et je mettrai fin à cet article en faisant une réflexion sur ce qu’on paroît croire dans Paris , que si la faculté de médecine se détermine contre l’inoculation , la faculté de théologie doit nécessairement* prendre le même parti.
Il me semble qu’il est des cas dans lesquels la médecine peut apporter une décision , et la théologie une décision contraire, et réciproquement : alors les deux facultés s’accordent , et c’est à celle de médecine à céder : faudra-t-il mettre l’inoculation dans la classe de ces questions où les deux facultés, suivant leurs principes purement et simplement , peuvent être d’avis contraire? c’est ce que révénement éclaircira.