LES MÉDECINS THEOLOGIENS
§. E’’. Union niédicinale cine avant
de la théologie et de la médecine ; description de la vieillesse tirée de V Ecclésiasle j la méde-le déluge.
La mcdecme a de tout temps ete intimement liee avec la leligion . on ne sauroit enlever cet honneur a notre art. L aiiet du paiîement de Paris, en demandant l’avis de la théologie, joint à celui de la faculté de médecine , a confirme cette union elle est en effet ni-* dissoluble dans bien des cas, comme dans la question de rmocu-iation. Ne craignons donc point de tracer ici avec respect les 1 apports que la médecine eut toujours avec la théologie.
L’Église elle-même, dans des siècles peut-être^ plus heureux que le notre, a chargé ses ministres de l’étude et même de la pratique des principales parRes de l’art de guérir : c’est ce dont la preuve nous est trop avantageuse jiour que nous ne saisissions pas 1 occasioii d’en exposer les motifs ; ils semblent pris dans la nature meme cie la théologie et de la médecine.
U Souvenez-vous de votre Créateur pendant les jouis de votre » jeunesse.... avant que le soleil , la lune et les étoiles s’obscurcis- » sent , avant que les nues retournent après la pluie « ,
Avant que le cœur, ^qui est le soleil du corps vivant , perde sa vivucité et son feu , et qu’il cesse d eclairer ou d animei toutes les parties ; avant que le cerveau , qui préside sur le corps coinine la lune sur la terre , s’affoiblisse dans ses fonctions , et que les viscères , qui sont comme les étoiles du corps , perdent leur activité si necessaire à la vie et à la santé ; avant que les fluxions et les catarrhes se succèdent les uns aux autres sans interruption.
(( Lorsque les gardes de la maison commenceront à trembler, les î> forts s’ébranleront J celles qui avoient accoutume de moudie, » seront réduites en petit nombre et deviendront oisives, et ceux » qui regardoient par les trous seront couverts de ténèbres ».
Lorsque les bras , qui sont vos gardiens naturels , manqijeront de forces ; vos jambes , qui sont faites pour vous soiitqnir, ne pourront plus vous porter, elles fléchiront sous le poids de votre corps affoibli. Le nombre de vos dents , qui sont destinées a moudre la nourriture , sera sensiblement diminué : celles qui resteront seront ébranlées et auront perdu leur émail ; vos yeux , qui sont des sei/«tinelles placées à portée de vous avertir à propos , seront obscurcis ; ils seront chassieux , larino^œns et sans vivacité.
U Les portes des rues seront fermées , la voix de celle qui avoit » accoutumé de moudre sera basse; on se lèvera au chant de 1 oi- » seau ; les filles de l’harmonie deviendront sourdes ».
638 REGHERGÎIES
Les voies naturelles par lesquelles le corps se nettoie, se fermeront ou perdiont leur lessort j les organes de la voix n’auront plus leur souplesse , et l’usage même de la parole sera interdit ; vous ne pourrez jouir du sommeil nécessaire ; vous serez réveillé dès le point du jour, sans pouvoir vous livrer à la tranquillité de la nuit. Les oreilles qui vous amusoient par les sons agréables quelles faisoient passer jusqu à votre âme, comme les instrumens de musique les plus mélodieux, ne vous amuseront plus ; vous serez ploncré dans un morne et triste silence. ^ ^
« Les lieux les plus élevés ne seront point épargnés , et ils trem- » Lieront dans le chemin. L’amandier fleurira, la sauterelle s’en- » graissera , le câprier se desséchera » .
Le corps se courbera et se fléchira, d’autant plus qu’il aura élé plus droit et plus eleve : il ne pourra plus se remuer sans danger Les cheveux blanchiront; la taille , qui fut déliée, s’épaissira; le ventre , qui fut souple , grossira ; la barbe , qui est le signe de la force et de la chaleur, tombera.
« Avant que la chaîne d’argent soit rompue , avant que la bandelette d or se retire , avant que la cruche se brise sur la fontaine et que la roue se détruise sur la citerne , la poussière reviendra à la tene, d où elle étoit venue... L’homme s’en ira dans sa maison
de 1 éternité , et les pleureurs le pleureront dans les places publiques ». Il
La moelle de l’épine , qui est une colonne blanche et déliée qui s etend dans toutes les parties où elle entretient le sentiment, n auia plus de sensibilité ; la faiblesse et la paralysie s’ensuivront bientôt. Le sang qui suit les vaisseaux comme ses routes naturelles , pour aller revivifier les différentes parties , et leur porter la chaleur et la couleur vermeille qui dénoté la vie et la santé , sera aiiete et se figera dans ses vaisseaux. Le cours des urines sera suspendu , soit que la vessie, qui est comme la cruche destinée à les recevoir , ne puisse plus les contenir , soit que les reins , qui ont quelque rapport aux roues ou aux poulies au moyen desquelles où tire l’eau des citernes , ne puissent plus tirer du sang l’urine qui y croupira et le fera tomber en corruption.
Le corps reprendra sa première existence de terre et d’un peu de boue , dont il fut formé. L’âme rentrera dans le sein de i’Éternel. Vos amis s’entretiendront quelques instans de l’histoire de votre vie ; iis se tairont bientôt, et vous feront leurs derniers adieux.
Cette description de la vieillesse , considérée comme une maladie , est tirée de l’Ecclésiasîe ; elle est , si on peut le dire , entièrement médicinale ou anatomique ; elle a paru intéressante à tous ceux qui l’ont lue et commentée , et que je suis ici. Elle peut servir de fondement à quelques remarques qu’il m’est , je crois , permis de faire au sujet de notre ancienne union avec les théologiens. Cette^ union , qui honore la médecine , est fondée sur des rapports qu elle a , par sa nature , avec la théologie.
Celle-ci , toujours occupée des choses saintes , n’a point dédaigné de porter quelquefois le nom de médecine de V dm.e ; elle étend meme ses droits sur les fonctions corporelles , apanage pria-
! SUR L’HISTOIRE DE LA MÉDECINE. 61g
:'l cîpal de la médecine ; mais nous sommes aussi obligés de nous éle- ^ ver jusqu’aux fonctions de l’âme , et on nous le permet lorsque f nous le faisons avec la retenue convenable et nécessaire à nos foibles lumières.
L’Écriture sainte ne parle d’aucun médecin avant le déluge , [ quoiqu’elle n’ait pas passé sous silence les métallurgistes , les musiciens , les chasseurs , les militaires, et ceux qui bâtirent les viiles< S Bien des auteurs ont pourtant prétendu qu’Adam savoit la méde»- I cine , de meme que les patriarches d’avant et d’après le déluge.
Ils furent la plupart bergers et prophètes, ou divinement inspirés pour interpréter les songes ; ce qui fait penser qu’ils étoient aussi :i médecins. Ils cultivèrent sans doute l’empirisme , et ils furent les j premiers maîtres des Caldéens , des Assyriens et des Égyptiens.
Je ne pense point que le nom qu’Adam donna à toutes les créaj tures qui venoient de sortir des mains de Dieu , soit une preuve de \ son grand savoir en la science de la médecine physique et dogmaj tique. Je crois devoir en dire autant de la manière dont Noé mé- 3 nagea les dilférentes espèces d’animaux , et sépara les purs d’avec ^ les impurs dans l’arche ; et enfin du moyen que Jacob employa : pour que ses troupeaux devinssent bigarrés et de plusieurs couleurs.
Tous ces traits ont été rapportés et commentés pour prouver que nos premiers pères étoient très-instruits en médecine. J’eusse trouvé leur science mieux établie sur la connoissance que l’usage dut leur donner des alimens et de la manière de les apprêter.
Ils faisoient du pain , du vin et du fromage ; iis faisoient cuire I leurs légumes et leurs viandes , et ciiltivoient leurs fruits : ils faii soient part à leurs égaux et à leurs inférieurs de leurs réflexions ; et de leurs découvertes : voilà de vrais essais de médecine.
IL Maniéré dont Joseph le patriarche parle des médecins ^ ils sont loués dans VEcclésiaste. S’il étoit nécessaire d’être médecin pour être roi parmi les Juifs ; passage d’Isaïe à ce sujet.
La manière dont il est parlé des médecins la première fois qu’il en soit question dans l’Écriture , paroît devoir augmenter notre modestie ; c’est l’endroit où Joseph ordonne à ses esclaves ou ses valets médecins d’embaumer le corps de son père. Le titre de valet ou d’esclave ne fait pas plaisir à nos historiens.
Il y en a qui ont pris le parti de regarder la dénomination d’esclave comme appartenant à tous les officiers d’un grand monarque ; ils ont fondé leur idée sur le comphnient que la reine de Saba fît a Salomon , en lui disant que ses valets , ses esclaves ou tous ceux qui le servoient étoient trop heureux : on prétend C[ue les 23! us grands officiers de la couronne étoient compris dans cette liste de valets heureux.
Mais la reine de Saba s’humilia tant devant Salomon I D’ailleurs , Joseph ne parle pas des valets médecins comme des valets de Pharaon , mais comme des siens propres. J’aimerois donc mieux croire que les médecins embaumeuiNS étoient d’un ordre particulier , et que ceux qui voyoient les malades étoient du nombre des prêtres ;
Ljo
ou bien que Joseph , arrivé par une suite de miracles au dernier degré d’élévation , avoit aussi acquis le droit de parler comme le roi d’Egypte.
L’Ecriture elle-même nous console des expressions de Joseph , que quelques-uns de nos historiens ont pris soin de passer sous silence sans doute avec trop de timidité et de scrupule. L’Éternel prend le nom de médecin du peuple d'Israël dans l’Exode , et c’est la seconde fois qu’il soit fait mention des médecins dans l’Écriture.
Nos livres sont d’ailleurs ornés des sentences de l’Ecclésiaste , que nos prédécesseurs ont apprises à tout le monde : u Honorez le M médecin à cause de la nécessité , car c’est le Très-Haut qui l’a » créé ; toute la médecine vient de Dieu , et elle recevra des préî' sens du roi. La science du médecin l’élèvera en honneur , et il » sera loué devant les grands. C’est le Très-Haut qui a produit de » H terre tout ce qui guérit , et l’homme sage n’en aura point » d’éloignement ».
Je crois c[u’il ne faut pas séparer ces passages de ceux qui les précèdent dans le même endroit de l’Écriture , et qui me paroissent au moins aussi favorables à la médecine. « Ne soyez point avides » dans un festin , et ne vous jetez point sur toutes les viandes ; car » la quantité de viaiMes cause des maladies, et le trop manger cause » la colique : l’intempérance en a tué plusieurs; mais l’homme » sobre vit plus long-temps ».
Voilà des leçons qu’on ne peut révoquer en doute : elles appartiennent, sans contredit, à la médecine réunie à la théologie , qui les consacre et les ennoblit; elles sont la base naturelle des commandemens contre la gourmandise et la gloutonnerie.
<i Les patriarches, suivant un historien moderneiet les princes » du peuple juif.... , devoient continuellement veiller sur ceux » qu’ils gouvernoient.... , les soigner même dans leurs plus grandes » nécessités et remédier à leurs maux..G’étoit une raison d’exclusion » du commandement et de la couronne, lorsqu’on n’avoit aucune » connoissance des maladies et de leurs remèdes. Ne me faites point » (ditJsaïe , chap. III , vers. 7.) votre roi ; je ne suis point médecin ».
^11 n est pas douteux que les princes du peuple juif ne dussent veiller sur ceux qu’ils gouvernoient; mais il ne paroît pas certain que ces princes fussent exclus du troue, lorsqu’ils n’avoient aucune connoissance des maladies' et des remedes : il seroit assurément glorieux pour nous que les îiéritiers du trône parmi les Juifs eussent été obligés d’étudier la médecine et d’en faire un cours complet : 1 auteur qui l’assure ne donne point de preuves de ce fait important.
Le passage d’Isaïe ne le prouve point : ce passage est même tronqué , et le voici en son entier : « Il répondra en ce jour-là , » et il dira je ne suis pas médecin ; il n’y a point de pain dans ma » maison ; il n’y a point de vêtemens. Ne me faites point prince » du peuple ». En raisonnant comme riiistorien dont il est question , il y auroit lieu de conclure, d’après Isaïe, que c’étoit une raison d’exclusion du commandement et de la couronne lorsqu’on n’avoit point de pain dans sa maison, et lorsqu’il n’y avoit point des
I SUR L’HISTOIRE DE LA MÉDECINE. 64i
I vetomens , ou bien , ce qui revient au même , qu’il falloit , pour I être roi, être boulanger ou tailleur.
D’ailleurs , l’auteur ii’a pas pris garde que l’endroit d’Isaïe qu’il cite est immédiatement précédé de ce verset.: « Un homme saisira li » son propre frère, qui sera domestique de son père, et lui dira : Tu » as des vêtemens , sois notre roi ». Isaïe prédit dans tout ce chapitre un temps de désolation.
Dieu abandonnera son peuple , et lui ôtera tous les hommes d’état , les guerriers , les prophètes , les sages , les conseillers , les . architectes et les orateurs j il leur donnera des enfans pour rois ' et pour les gouverner : des gens efféminés le conduiront ; les vieillards et les jeunes gens seront en guerre, et enfin « un frèie » saisira son propre frère , qui sera domestique de son père , et lui » dira : Tu as des vêtemens, sois notre roi. Ce frère répondra: » Je ne suis pas médecin , il n’j a point de pain dans ma maij » son , il n’j a point de vêtemens , ne me faites point prince >» du peuple ».
Tout cela n’est qu’une peinture effrayante d’un renversement de la société; les enfans commanderont, les efféminés gouverneront, les frères poursuivront leurs frères qui auront été forcés de se faire do- : mestiques; la faim, la nudité, les maladies succéderont à ce désordre.
Ceux qui seront harcelés par les mutins , que la misère portera i à toute sorte d’excès , répondront à ces mutins , qu’ils n’ont point ’ de pain pour leur en donner , qu’ils ne sont pas médecins pour les guérir, qu’ils n’ont point des vêtemens à leur fournir, et enfin I qu’ils ne peuvent les conduire , et les tirer de leur embarras ni les ; faire nourrir , vêtir et guérir.
Cette prophétie ne prouve point qu’il fallut ntre médecin pour \ gouverner les Juifs , ou , comme dit l’historien , « que c’éloit une I » raison d’exclusion du commandement et de la couronne , lors- » qu’on n’avoit aucune cojanoissance des maladies et de leurs t » remèdes ».
« Le roi Asa, dont la piété est louée dans rÉcriture , dit M. Bos- ( » suet , y est marqué comme un homme qui songeoit plus dans < » ses maladies au secours de la médecine C|v.’à la bonté de Dieu ».
) On ne sauroit conclure de ce passage que le roi Asa fut médecin ;
[ peut-être même prouve-t-il qu’il ne l’étoit point, ou bien qu’il ne i savoit pas la médecine , puisqu’il y mettoit toute son espérance ,
: surtout dans sa maladie , qui , suivant ce que l’Écriture en dit ,
» étoit vraisemblablement la goutte.
I Ilî. Science de Salomon et de Moïse ° un roi d"" Israël étonné qu on lui adresse un malade ^ Elisée guérit ce malade attaqué de la lèpre ; miracles dé Elle et d’Elisée ; la médecine parmi les Juifs ^ Jésus-^Christ guérissoii des malades.
Salomon donna un relief éclatant à la médecine , ou du moins 5 à la physique , dont sa grande sagesse lui fit sentir l’importance ; j il s’occupa de la connoissaiice des plantes , depuis le cèdre du I Liban jusqu’à l’hysope , dit l’Écriture. Les alchimistes ont prétendu, i i associer à leur secte ^ à cause de la grande quantité d’or dont
ii trouva le moyen Je fournir son pays ^ ils ont écrit bien des folies sur cette matière.
Ils avoient fait pareil honneur à Moïse , pour avoir dissout le veau d’or dans de Feau j ce qu’il fit par un ihiracle et non point au moyen du foie de soufre , qui est le vrai dissolvant de l’or , comme Stahl l’a prouvé le premier. Enfin , on dit que Salomon avoit placé dans le temple un grand livre qui contenoit les découvertes et les choses d’usage en médecine.
Mais il eu est peut-être de ce livre comme des deux colonnes sur lesquelles Joseph prétend que les fds et petits-fils de Seth firent graver leurs connoissances , pour tâcher de les préserver des^ effets du déluge , qu’ils savoient devoir arriver , d’après une prophétie d’Adam : ce n’est qu’un conte appuyé sur une misérable tra-
dition.
Il faut en dire autant , et bien plus encore , des singulières connoissanccs de médecine et de chimie qu’un auteur attribue à Noé. n prétend que ce patriarche savoit préparer les élixirs avec lesquels il nourrit les animaux dans l’arche. Il imagine que Noé et sa famille s’éclairoient dans l’arche avec du phosphore. On doit pardonner quelque chose à des têtes qui se sont égarées par l’abus des sciences.
Je trouve qu’un roi d’Israël fut fort surpris que celui de Samarie lui envoyât un lépreux pour le faire guérir ou le guérir luimême. « Me prend-on pour un Dieu , s’écria le roi d’Israël , et de » quelle utilité puis-je être à ce malade ?»
Dulaurens , premier médecin de Henri IV, soutint vivement, d’après ropinion commune , qui date du règne de Clovis et de celui de saint Louis , que les rois de France guérissoient des écrouelles. Des Anglois ont prétendu que c’éloit au roi d’Angleterre qu’appartenoit cette vertu. Tout cela prouve ramour et le
respect des sujets pour leurs rois.
Ceux d’Israël étoieiit peut-être regardés comme ayant conservé des restes de la haute sagesse de Salomon^ mais il iTy a aucune apparence qu’ils possédassent leur couronne pour avoir fait preuve de leur savoir en méd«cine. Je ne dois pourtant pas oublier qu’on a prétendu que les roi^ d’Égypte disséquoient eux-mêmes des corps
môrts. '
Le roi d’Israël prit peut-être le çhange ; celui de Samarie pou-
voit lui envoyer son lépreux pour le faire guérir par Elisée , dont la réputation s’étendoit au loin. C’est à ce prophète , en effet , que la Providence ménageoit l’honneur de guérir le lépreux* ce qu’il ht* ce fut un nnracle éclatant. Cette maladie avoit lesiste a tous lesVemèdes ordinaires , puisque le malade étoit un grand seigneur; et elle passoit sans doute pour incurable lorsqu elle etoit pai venue
à un certain point. .
On ne s’étoit pas encore avisé de la regarder comme une altection éminemment inflammatoire : cette idée étoit réservée pour notre siècle où nous ne traitons ni ne connoissons presque plus la lèpre les dartres , la maladie vénérienne , les humeurs cancéreuses et le scorbut semblent avoir pris sa place , ou plutôt en être
SUR LlîîSTOIRE DE LA MÉDF.C
{^es tranches et des diminutifs^ or , le peu de succès qu^on obtient par la saignée dans les dartres , la maladie vénérienne , le cancer et le scorbut , portent à penser que ce remède n'étoit pas fort efficace 230ur la lèpre.
Ainsi , nous n’avons point à nous affliger de ce que les anciens ne se doutèrent point que la lèpre étoit due à un sang inflammatoire : je ne crois pas même que Aredée , à qui on voudroit attribuer cette idée, l’eût jamais conçue : suivant lui, la lèpre vient d’un froid extraordinaire ; d’ailleurs , l’idée de l’inflammation ne paroît point énoncée dans sa longue description de la lèpre, où l’on trouvera , si l’on y réfléchit comme il faut , qu’il manque quelques traits lumineux répandus dans les ouvrages de Moïse , au sujet de cette affreuse maladie.
Les prophètes précurseurs du Messie donnèrent, en plusieurs occasions , des preuves du don des miracles et des connoissances en medecine qu’ils possédoient. Ils réunissoient éminemment la grâce du sacerdoce avec la science de la médecine ; et iis paroissoient meme quelquefois couvrir pour ainsi dire leurs miracles par l’usage des secours naturels qu’ils employoient.
Cette réserve , très-propre à préparer les hommes aux vérités sublimes de la religion, étoit dans l’ordre de la Providence, pour faire éclater par degrés la grandeur de l’Évangile. Voici quelques exemples frappans de cette médecine , sanctifiée par son union avec la théologie.
Isaïe , qui fit devant Ézéchias un des plus grands miracles possibles en faisant rétrograder l’ombre d’un cadran , guérit en même temps ce roi d’un ulcère à la jambe , et il employa pour cette guérison un cataplasme de figues qui auroit été peu efficace sans une grâce particulière. Il ressuscita ou guérit un enfant en lui communiquant son souffle , et paroissant exciter par sa propre chaleur celle de l’enfant déjà mort et par conséquent hors d’état de profiter de tout secours naturel ; ce secours n’étoit ici qu’une image de la vertu qui ressuscitoit le mort.
Élisée corrigea le goût de la coloquinte qu’on avoit mise dans sa marmite en y mêlant de la farine qui , sans un miracle , n’auroit pu remplir son objet.
Tobie le fils , par le conseil de l’ange Raphaël , rendit la vue à son père , aveugle depuis long-temps , en lui frottant les yeux avec du fiel de poisson , qui n’auroit rien fait dans cette espèce d’aveuglement sans la puissance de l’ange.
Ainsi, la médecineou les applications desmédicamensmarchoient à côté de la grâce et de la vertu des miracles , sans doute pour faire la preuve de la différence essentielle qui se trouve entre les agens naturels dont l’activité est très-bornée, et la vertu des miracles qui , si on peut s’exprimer ainsi , commence où la médecine finit.
C’est de cette manière , pour ainsi dire mixte , que se faisoit quelquefois la médecine chez le peuple de Dieu. Elle passa peu à peu , et en se corrompant de jour en jour entre les mains des Esséens , secte des Juifs opposée aux Pharisiens et aux Saducéens. Ces trois sectes ^ auxquelles on a trouvé des rapports avec le«
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Épicuriens , les Stoïciens et les Cyniques , se perpétuèrent et s’étendirent de manière que celle des Esséens cultiva la médecine plus que les deux autres. Elle portoit un nom tiré de cet art ; elle s’appeloit guérisseuse ou guérissant ou traitante.
Le Sauveur du monde fit des miracles tjui ne pouvoient être confondus avec des phénomènes naturels, puisqu’ils étoient entièrement au-dessus de ces phénomènes ; il en fit aussi dans lesquels il paroît qui! voulut mettre en évidence la médecine ordinaire ou humaine; il la mit , s’il est permis de le dire, en parallèle avec la médecine divine ou avec la toute-puissance , en vertu de laquelle il commandoit à la nature.
Ce fut un moyen triomphant pour ôter tout prétexté de doute sur la vérité de sa mission et sur la divinité de ses œuvres , que l’orgueil des sciences humaines ne pouvoit ébranler ; mais il choisit ce qui paroissoit en quelque manière du ressort de la médecine , plutôt que ce qui regardoit tout autre état parmi les hommes.
Il eût , s’il l’avoit voulu , pu faire des prodiges d’un autre genre ; il s’occupa principalement des guérisons , et il consacra et sanctifia notre profession par préférence à beaucoup d’autres. Il touchoit des malades pour les guérir, ou il leur imposoit les mains; il fit une pâte avec sa salive et de la poussière pour l’appliquer sur les yeux d’un aveugle qu’il guérit ; il en guérit un autre avec sa salive ; mais Cj[ue pouvoit la poussière sans une vertu surnaturelle? La médecine humaine auroit bronché , et bronche tous les jours dans tous ces cas au-dessus de sa portée.
Tout cela paroît singulièrement élever notre science , quoique ses bornes soient marquées et resserrées dans une bien petite sphère ; elle est la plus nécessaire aux hommes pour cette vie , comme le traitement et la guérison de l’âme est sans contredit ce qu’il y a de plus important pour la vie à venir , dont la présente n’est qu’une image plus frêle que l’ombre qui passe.
J’ai peine à concevoir enfin comment la médecine divine et la Tnédecine humaine n’ont pas toujours resté intimement unies. Les règles de la dernière ne peuvent avoir de vrais fondemens , si elle^ ne sont modérées et éclairées par les règles de la première.
§. IV. Préceptes de la médecine conformes à ceux de la reli^ gion; les apôtres et leurs disciples guérissoient des malades ; éloignement des premiers chrétiens pour la médecine , source de discussions ; médecins à portée déjuger des miracles ; mé- -decins prêtres et ecclésiastiques.
La religion contient notre art dans des bornes que la raison ne lui prescriroit peut-être pas : la religion elle-même , bien entendue, n’est qu’une vraie médecine utile, nécessaire, efficace et d’un secours journalier pour le régime et la santé qui en est le fruit.
Il ne faut pourtant pas , à cet égard , aller aussi loin que Hecquet et quelques autres médecins respectables; ils ‘ont avancé, pour assujettir les passions des hommes au joug de la religion , que le régime et le choix des noiiri iturcs quelle prescrit touruent à l’avau-
SUR L’HrSTOIRE DE LA BIÉDECÎNE. 60
tagô corporel de ceux qui observent ces lois , c’est-à-dire , en un mo't , que les abmens maigres et le jeune sont plus utiles à la santé que les alimens gras.
Il semble , au contraire , que l’Église , en nous obligeant à une certaine espèce d’ alimens , a voulu former nos âmes à la soumission , et priver nos corps d’une nourriture plus succulente. Tel est, si je ne me trompe , l’esprit de la pénitence qui nous est imposée , et c’est ainsi que tant d’autres Tout pensé avant moi.
Or , qui ne connoît à cet égard l’intime liaison de la médecine avec la religion ! Celle-ci nous abandonne sur ces matières des décisions de détail qui nous donnent l’entrée dans le sanctuaire , et qui nous mettent à côté des ministres de l’Église.
Les apôtres , leurs disciples et les fidèles des premiers siècles du cliristianisme , alloient de ville én ville guérir les malades et prêcher la parole de Dieu suivant l’ordre formel de Jésus-Christ; cet ordre réunissoit expressément la médecine du corps avec celle de l’âme. Les médecins retrouvent avec plaisir quelques traces de leur doctrine et de leurs opinions dans les plus célèbres de^ pères les moins éloignés des apôtres ; ainsi le don de la médecine étoit joint à celui de la prédiction et à celui des miracles nécessaires pour l’établissement de l’Église. Plusieürs saints ont cultivé et pratiqué la médecine.
Les miracles furent peu nécessaires lorsqu’il ne s’agit plus de poser les fondemens inébranlables de la religion. Les fidèles, uniquement occupés de confesser la foi dans les persécutions , semblèrent alors abandonner et meme mépriser le traitement des maladies du corps. Leur zèle se tourna tout entier du côté des choses purement divines ; ils mirent la médecine au rang des choses humaines et périssables* qui méritoient peu leur attention : elle ne faisoit plus entre leurs mains des cures extraordinaires , étant séparée de la grâce des miracles.
Comment eut-il été possible que la science de îa conservation de la santé parut de quelque importance à des chrétiens uniquement voués à tôiite sorte d’austérités, et qui ne vivoient que le temps qu’il falloit pour attendre et prévenir meme l’occasion du martyre ?
ïl falloit se préparer au sacrifice de sa vie par des macérations ; ce régime ne ptuivoit attacher à la terre , devenue odieuse pour ceux qui aspiroient après la retraite , la pénitence , les souffrances et la mort meme.
C’est à cette é^^oque que je crois pouvoir rapporter les premières causes des disputes qu’il y a eu quelquefois entre les ministres de la religion et les ministres de la santé : ceux-ci furent du nombre des païens et des Juifs , ennemis déclarés de l’Église et de ses membres.
Les chrétiens durent nécessairement redoubler d’horreur pour de pareils artistes , et regarder leur doctrine comme un art mensonger, inventé pour imiter le don des miracles au sujet de la santé , don qui s’étoit aboli dans l’Eglise.
Les médecins , de leur côté , n’épargnèrent pas leurs efforts ; üs n’aboutirent qu’a faire suspecter ia religion de leur ordre entier^
ce qui donna lieu à deS préjugés qui se sont malheureusement perpétués trop long-temps.
Ces préjugés ne purent manquer de devenir une source trop féconde de dissensions et une occasion de scandale ; il eut sans doute fallu éviter ces disputes entre deux corps les plus à portée qu’il fut possible d’étendre la- vérité parmi le peuple et de nourrir ou détruire ses opinions.
En ejffet , les médecins s’attiroient par leurs cures la confiance des hommes, qui n’avoient pas tous assez de zèle et de courage pour n’avoir pas recours à eux ; ils soulageoient les douleurs du corps, et ils en prenoient un malheureux prétexte de fixer les yeux de tout le monde sur les causes corporelles et naturelles : ils suivoient le penchant des passions ou du moins celui de l’amour de la vie ; le nombre de leurs partisans augmentoit journellement ; le zèle des ministres de la religion se l'évoltoit ; ils voy oient avec amertume les chrétiens s’occuper entièrement des choses terrestres.
Mais qui auroit pu mieux que les médecins sentir la vérité des dogmes sacrés ? Dans quelles têtes la semence de la bonne doctrine devoit-elle porter des fruits bien nourris , si ce n’est dans celles qui étaient accoutumées à distinguer le vrai d’avec le faux, et à considérer de plus près les œuvres du Créateur? Qui auroit été en état , autant que les médecins , de sentir et d’admirer la grandeur des miracles au moyen desquels la religion se répandoit ? Ils connoissoient mieux que personne les bornes de la raison et celles des causes naturelles.
On ne dédaigne pas de nous consulter tous les jours au sujet des miracles ; et il est fort à propos que ceux que nous ne regardons point comme au-dessus des facultés naturelles , exigent un examen rigoureux avant d’être adoptés par l’Église ; la médecine se trouve donc liée avec la théologie d’une manière qu’on ne doit pas essayer de dissoudre entièrement.
Cette union a subsisté malgré ce que je viens de remarquer; les chrétiens étoient plus ou moins favorables à la médecine , suivant qu’ils étoient plus ou moins dans le goût de confier leur santé à des infidèles, tels que les Juifs et les Gentils.
Quelques règlemeiis faits en dilîérens temps par des conciles pour modérer l’ardeur des moines et les renfermer dans leurs cloîtres oii des vœux particuliers les attachoient; quelques ordres donnés à des ecclésiastiques de ne pas s’occuper de la médecine , n’empêchèrent point que les médecins catholiques ne fussent en général du nombre des prêtres : lorsqu’ils devinrent membres des universités , ils étoient ecclésiastiqiiès ou clercs.
On compte parmi les médecins de nos rois , un Gilles de Corbeil , médecin de Philippe-Auguste , et chanoine de Paris; un Roger de Provins , chanoine de Saint-Quentin, et médecin de saint Louis ; un Jean Tabari, évêque de Térouane, m*édecin de Charles VI; un Guillaume d’Aurillac , évêque de Paris, et médecin de Philippele-Bel.
On en pourroit nommer un grand nombre d’autres qui etoient médecins et prêtres, et qu’il seroit injuste de regarder comme de
mauvais médecins ou de mauvais prêtres : ils ne trouvoient poin t d’incompatibilité dans ces deux états, pourquoi en trouverions-nous ?
Je ne pense donc point qu’il faille qu’un médecin s exhale en reproches et publie d’inutiles clameurs contre des ecclésiastiques qni auroient du talent pour quelques parties de la médecine , et qui s y appliqueroient avec les précautions convenables à leur état.
La médecine est encore aujourd’hui nécessaire dans bien des oc~ casions, surtout à des curés et des prêtres des campagnes ; les médecinssont accoutumés d’en trouver qui ont des connoissances en médecine , et iis ne s’en formalisent point.
Les prêtres, accoutumés à suivre les malades , voient souvent aussi clair que nous, surtout auprès des mourans : on suit leur avis avec succès. Pour l’article important des sacremens , et pour ce qui regarde le moment de la mort , ce moment nous échappe quelquefois , et il est très-diilicile à fixer dans de certaines maladies. '
Quel est le médecin qui n’ait été trompé sur l’heure ét 1 instant de la mort de quelqu’un de ses malades }■ jen est-il qui ne se soit cru en sûreté sur le parti qu’il prenoit lorsqu’un prêtre qui etoit auprès du malade le prenoit aussi? en pareil cas , comme en tant d’autres , auxquels un médecin est exposé , l’avis de tout ministre de santé , celui d’une garde , celui des assistans lui deviennent précieux ; à plus forte raison doit-il écouter et respecter celui d’un prêtre éclairé et expérimenté.
Il est des 'occasions dans lesquelles la calomnie pourroit essayer d’empoisonner notre conduite : nous sommes sûrs que des prêtres vertueux nous protégeront et nous défendront lorsque nos décisions seront conformes aux leurs. Plus ils seront éclairés et mieux iis nous jugeront : s’ils étoient aussi ignorans que la populace^ ils jugeroient comme elle lorsqu’on l’agite comme un tas de poussière par le souffle envenimé des passions.
Mais le ministère des prêtres les instruit au lit des malades ; il faut que pour s’acquitter dignement de tous leurs devoirs ils aient au moins quelques notions de médecine ; ou plutôt ils ne peuvent manquer d’en acquérir pour peu qu’ils tournent leur attention de ce côté-là, ou pour peu qu’ils aient quelque étincelle de ce talent naturel qui distingue les hommes les uns des autres mieux que leurs professions.
§. V. La faculté de Paris ecclésiastique^ dans son établissement , celle de Montpellier le devint bientôt : marque de bonté du roi en faveur de cette derniere faculté : usages singuliers de cette faculté : formule de licence en médecine entièrement ecclésiastique : moj'cns peu propices à détourner les prêtres de V élude de la médecine.
La faculté de médecine de Paris fut au commencement toute ecclésiastique , de même que le corps entier de l’université : scs élèves étoient clercs comme tous les autres étudians : elle conserve encore bien des marques de son premier état. Il y a des actes dans lesquels les récipiendaires paroissent avec l’habit ecclésiastique.
Celle (le Montpellier n’eut peut-être pas précisément la même origine ; mais elle devint bientôt catholique : ses membres furent des clercs et des prêtres , parmi lesquels nos rois en choisirent quelques-uns pour former le corps de la faculté à titre de professeurs royaux.
Elle, prit de bonne heure pour son protecteur, de même qiie~ la faculté de Pans, saint Luc l’évangéliste qui étoit aussi inéde-^ cin et qui dans nos deux facultés est reconnu pour le patron des médecins orthodoxes , d’où il suit évidemment que lorsque les .médecins catholiques choisirent leur patron , ils prétendirent faire un corps particulier ecclésiastique et séparé des médecins juifs et arabes; sans cela il eut été inutile de nommer "saint Luc patron des médecins orthodoxes : peut-êfre nourroit-on supprimer cette epitiiete d orthodoxes , puisqu’il n’y a point aujourd’hui en France des mëdecHïs hétliérodoxes.
Je crois pouvoir observer en passant que la faculté de Montpellier au heu de revêtir ses élèves de la robe ecclésiastique, leur tait endosser la robe de Rabelais en mémoire de quelques services rendus à la faculté par ce cynique célèbre , qui fut médecin , pretre et curé de Meudoii : cette pratique paroit assez singulière.
Il en est une autre plus singulière encore et qui duroit depuis plusieurs siècles. La faculté de Montpellier après avoir , au frontispice de ses thèses , invoqué Dieu , la Vierge , et saint Luc , patron des médecins orthodoxes , terminoit le titre de ces thèses par cette bizarre période — « Cette thèse sera soutenue dans le » sacre temple d’^Âpollon » : étrange et barbare formule qui confondoit le sacré et le profane , et qui a pris fin de nos jours.
Le roi vient de donner à cette faculté une marque spéciale de bienveillance. Sa Majesté a permis que son portrait fût placé dans la salle principale : cette école a pris en conséquence le nom de Liidovicée ou d’école de Louis , nom à jamais cher aux François, et qui fera oublier à Montpellier celui d’Apollon qu’on y a trop long— temps révéré.
La postérité tiendra compte à M. Senac , premier médecin , d’avoir obtenu cette grâce : elle rappelle naturellement un coinpliment vif et laconique , qui fut fait à un cardinal , par Chicoineau , médecin à Montpellier : « Rome vous a sanctifié , la » France vous a honoré et illustré ; puisse la faculté vous faire « long-temps jouir d’une bonne santé ! »
Un médecin de Montpellier a pris de là occasion de publier les vœux de sa faculté , qui , pénétrée de reconnoissance , a prononcé unanimement au sujet du roi : « Dieu fit notre maître ; ses peuples î> l’ont proclamé le bien-aimé ; puisse la médecine prolonger ses il précieux jours au-delà des plus longues vies î »
Quant à l’anneau d’or et la ceinture du même métal dont on décore le récipiendaire en l’asseyant sur la chaire de docteur , et lui présentant un livre ouvert qui est ordinairement quelqu’un des traités d’Hippocrate j ce sont des rits anciens et en partie ecclésiastiques.
L’usage avoit aussi établi des musiciens pour célébrer par leurs
concerts la gloire du docteur qui se vouoit à la médecine. Cet usage avoit même une origine bien respectable. Un des articles de la réformation dé Fiiniversité de Toulouse, en 1890, par un cardinal , commissaire du pape Clément VIT , porte exjnessèment « que le licencié pourroit avoir le jour de sa licence deux » paires de bateleurs, tels qu’on les trouveroit dans la ville, et » que les compagnons de licence pourroient folâtrer et danser lion- » nêtement dans sa maison , le jour de cette fête, sans encourir » aucune peine , laquelle subsistoit dans son entier seulement » contre ceux qui dansoient publiquement. »
Il y a tout apparence que la faculté de Montpellier jouissoit de la même grâce que celle de Toulouse. On vient d’exclure cette musique qui n’alioit pas mal chez un peuple gai et grand amateur de l’harmonie.
Peut-être ces rits un peu gothiques pourroient-ils être remplacés par une réception aussi simple, par exemple, que celle de l’académie françoise; tout s’j réduit à ce que le récipiendaire se couvre seulement de son chapeau devant l’auditoire : cette manière iT a-t-elle pas quelque chose de plus grand , et , s’il est permis de le dire , de plus françois que le cérémonial antique ? INe suliiroit-elle pas pour la réception, d’un médecin dans une faculté qui se picjue d’être la plus royale de la France? Il semble d’ailleurs qu’il n’y auroit pas grand mal que les violons reprissent la place de l’anneau , de la ceinture , du baiser , de la robe , etc.
J’ai vu à Montpellier, lorsqu’on y portoit en terre un des Ciiicomeaux mort chancelier de cette hiculté, porter aussi après du corps et par un docteur en grand deuil , les œuvres d’Hippocrate couvertes d’un crêpe. Seroit-ce pour exprimer d’une façon authentique le respect du à Hippocrate? Comment une faculté qui fut peut-etre arabe dans sa naissance, n’a-t-elle pas fait le même honneur à Avicenne ou bien à Averrhoès ?
Je crois qu’il y a dans l’université de Salamanque une chaire qui porte encore le nom de chaire d’Avicenne. La faculté de Pans fait soutenir à chacun des récqaiendaires une thèse nommée cardinale, parce que cette thèse fqt établie par un cardinal légat en France qui vint réformer l’université de Paris en vertu de l’autorité qu’il avoit reçue du pape.
Il paroit enfin que la faculté de Montpellier s’est éloignée de5 usages ecclésiastiques un peu plus que celle de Paris : elle semble avoir conservé moins de marques de sa première constitution.
Cependant voici la formule de la licence ou du droit d’exercer la médecine qu’on reçoit dans cette faculté. « En vertu de l’au- >1 torité dont je fais acte en cette partie , je vous permets de Amus » faire recevoir docteur dans le temps que les professeurs royaux » indiqueront , et celte réception faite , je vous donne la "per-
corrififer , de commenter, de
D mission de lire , d’examiner , de » pratiquer et d’exercer toutes les fonctions de maître (en nié- » decine ) dans ce lieu et dans tout l’univers. A la louange de » Dieu tout-puissant, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen. » Cet acte d’autorité est fait par un. vicaire général représentant