ET SUR QUELQUES MALADIES DE LA POITRINE
§. I. L’organe cellulaire , connu sous le nom de corps ou de substance cellulaire, est de toutes les parties du corps , la plus étendue , et celle qui a le j)lus d’usage ; elle nourrit tous les organes , elle en fait la base , elle les lie les uns aux autres , et favorise ou entretient leurs rapports ^ elle est le siège de plusieifrs maladies et celui de beaucoup de phénomènes de l’économie animale ; c’est ce que nous allons tâcher de prouver et d’éclaircir.
IL II est bien difficile de trouver un ordre exact , pour décrire ; et détailler tout ce qui concerne cette importante partie ; elle forme un vrai labyrinthe , où il ne paroît pas possible de distin- ; guer la fin du commencement , et où l’œil de l’observateur se : perd fort aisément. Nous commencerons par déterminer autant qu’il se pourra , la structure ou la composition de cette substance ,
: ou de cet organe singulier , en le considérant dans le plus petit : faisceaLi dé fibres qu’il soit possible d’examiner.
III. On aperçoit , en séparant ce faisceau de fibres , une sorte de ! hm^e OLi de glue ^ dont les parties s’allongent jusqLi’à un certain
point , à proportion qu’on éloigne les fibres ; cette colle forme le tissu cellulaire pris dans son origine; ou plutôt cette colle n’est qu’une portion de tissu cellulaire.
IV. Elle paroît , étant examinée au microscope , un composé : d’atomes ou de petits corps collés les uns aux autres , rangés sans I nulle sorte de symétrie , plus ou moins mous et plus ou moins trans- 1 parens ; elle est comparable à une gelée de viande , et ne semble ; différer que fort peu de ce que les chimistes appellent le corps mu- : queux des végétaux ; c’est 230urquoi nous l’appellerons tissu mu-- : queux.
; V. On ne peut, pour le suivre dans ses progrès et dans ses chanj gemens , trouver rien de plus convenable que d’examiner ce qu’il j est dans le fétus le moins formé , et ce qu’il devient dans les adul- I tes : c’est le seul moyen d’avoir une idée exacte des degrés dans les- I quels il a passé depuis le moment de la naissance ou de la formation j de l’enfant ; ses premiers matériaux , c’est-à-dire , la semence , pourroit meme être regardée , à certains égards , comme une substance muqueuse ou cellulaire.
VI. Le muscle d’un poudet n’est dans les premiers temps de l’incubation, qu’une espèce de bouillie y un corps mollasse, qui paroît homogène, et dans lequel on ne distingue ni fibres, ni
vaisseaux ; les fibres paroissent ensuite, ou du moins le total du muscle n’est plus aussi égal et aussi ressemblant à un morceau de pâte ; ses parties se divisent , et viennent à se séparer les unes des autres; elles acquièrent une plus évidente; en-
fin les fibres et les vaisseaux se démontrent évidemment , et il reste dans leurs interstices de la substance gluante , plus ou moins tenace , qui est la vraie substance cellulaire.
Vif. Elle n’étoit d’abord qu’un amas gélatineux semblable aux pelotons de colle qu’on trouve dans le corps des vers à soie prêts à faire leur cocon ; c’est-à-dire , qu’elle n’étoit que du suc muqueux et nourricier , dans lequel les fibres se sont développées. Ce développement a rendu le total du suc nourricier , fibreux ou organisé ; il l’a partagé en un nombre infini de petites couches ou lames différemment collées les unes aux autres : ces lames forment ou constituent une certaine quantité de substance cellulaire.
VIII. Cette substance a tiré sa dénomination des cellules qu’on a aperçues dans son intérieur ; ce n’est pourtant pas à dire qu’il soit fort aisé d’apercevoir ces cellules ; elles ne sont j^as , comme on pourroit l’imaginer , semblables à de petites vessies qui s’abouchent l’une dans l’autre ; elles n’ont rien de régulier , rien de symétrique , et on doit les comparer aux intervalles que laissent entre elles les amas de lame ou de filasse ; il convient , pour en avoir une idée exacte , de recourir à l’inspection ; elle en apprendra plus que tout ce qu’on pourroit en dire.
IX. On verra qu’en séparant deux fibres adossées l’une à l’autre , on développe ou plutôt on produit un nombre prodigieux de petits filamens muqueux , qui sont parallèles , et qui laissent entre eux de petits espaces. Ces espaces étoient les endroits dans lesquels les fibres se touchoient immédiatement , ou dans lesquels il n’y avoit presque point de colle; or les petits espaces qui ne sont jamais dans le vivant tels que dans deux fibres qu’on sépare l’iiiie de l’autre, existent cependant et forment les premières cellules du tissu.
X. Ce tissu se trouve, non-seulement dans l’adossement des deux fibres , mais il les entoure chacune en particulier , et les deux et les trois en commun ; il en résulte de petits faisceaux ; chaque fibre est engainée dans sa couche de mucosité ; trois fibres adossées se tiennent par son moyen, et les trois sont , outre cela, entourées d’une autre gaine , et ainsi de suite. On pourroit donc diviser les couches du tissu cellulaire en primitives et secondaires , et en faire de plusieurs ordres , qui diffèrent par leur consistance : les couches primitives sont très-molles , les secondâmes sont plus tendues , plus membraneuses.
XL II suit de ce qui vient d’être observé , que la gaine poreuse de chaque fibre, jointe à la pareille de deux libres voisines , et les trois gaines entourées elles-mêmes par une autre générale, dont 1 intérieur est coiîe aux trois parliculieres , ne sont qu’une sorte
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c^e corps spongieux , dans lequel il y a des cavités qui varient suivant le plus ou le moins de mouvement et d’écartement des fibres.
XII. Il paroît inutile de cliercber des vaisseaux et des fibres dans cette substance cellulaire; elle n’en a point qui lui soient propres ou qui entrent dans sa composition ; elle les soutient ou leur donne passage ; elle en reçoit meme certaines propriétés ; mais elle n’est pas plus tissue de fibres que la toile qui se fait sur le lait , ou bien que les membranes qu’Hippocrate avoit vues se former au moyen du sang battu dans l’eau chaude : ce que des modernes ont donné comme une de leurs découvertes.
XIÎI. Il suit aussi de ce que nous venons de dire , qu’il y a dans l’interstice des fibres, à traversin substance cellulaire, des voies ouvertes, dans lesquelles les humeurs peuvent aller et venir eu tous sens, comme dans une éponge; ce qu’on aura lieu de remarquer dans la suite.
XIV. Faites glacer un morceau de muscle bien macéré , vous verrez les glaçons des cellules, qui ont des figures fort inégales et très-irrégulières , se loucher les uns les autres ; ce qui démontre la communication qu’il y a d’une portion à l’autre , dans la substance cellulaire. On a déjà remarqué, pour prouver cette cojiimuiiication , que l’air poussé avec force , boursouffie toutes les parties : mais alors les cellules sont forcées et déchirées. Le moyen que nous proposons est plus simple et moins sujet à erreur.
XV. Comment cette substance si singulièrement tissue se nourrit-elle ? Voilà ce qu’il est bon d’examiner, avant d’aller plus loin ; si elle n’est qu’un suc nourricier épanché , et disposé en couches ou en lames qui ont plusieurs centres , comme nous venons de l’indiquer , il est évident qu’elle ne se nourrit que par l’épanchement d’un nouveau suc nourricier , mis en couches comme le premier. Examinons la cause et la mécanique de cette distribution du suc nourricier.
XVL Supposons toujours les trois fibres adossées et appliquées parallèlement , dont nous parlions ci-dessus ; quelques gouttes de suc nourricier apportées par les vaisseaux et appliquées à uiiç des extrémités des fibres , s’étendront sur toute leur longueur , et deviendront une espèce de vernis ^ ou de nouvelle couche de tissu muqueux; c’est ainsi que les corps plongés dans la cire fondue s’y couvrent d’une lame ou d’une couche de cire qui leur sert d’enveloppe. La force qui dirige le suc nourricier dans le cas dont il s’agit, n’est autre chose que le mouvement même de ces fibres , et les compressions des parties du voisinage ; les vaisseaux les nerfs , etc.
XVII. Le tissu muqueux se nourrit rîonc ou s’entretient et : s’étend par juxta position, comme on dit dans les écoles l’ac- I croissement se fait couche par couche , ainsi que dans un corps sur lequel on applique du vernis ; les jn’emïères fibres sont égales I oans tous les sujets ; Leuvenliock a oeja observé que celles d’ure j puce sont aussi grosses que celles d’iiii bœuf; ce sont des cor|,*s : singuîièremenl organisés, qui ne changent jamais de figure, ni
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de grosseur , â proprement parler ; elles sont plus ou moins eten« dues , plus ou moins ridées , mais au fond , elles sont les memes dans toutes sortes d’animaux ; ce sont les matériaux principaux du corps animal ; la nature les a tous travaillés de la même façon , et pour ainsi dire au même moule ; ils n’ont entre eux aucune différence réelle,
XVIII. Il y U même apparence (pour nous borner à ce qui regarde le corps de l’homme ) que non-seulement la constitution , l’état et la disposition primitive des fibres , sont les mêmes , mais que chaque organe est composé du même nombre de fibres , dans les adultes des deux sexes, comme dans les enfans; cette régularité cadre admirablement bien avec les lois générales de la nature.
XIX. Un muscle d’un géant n’a pas plus de fibres que celui d’un enfant : cela paroît paradoxe, cependant on ne sauroit prouver le contraire de ce que nous avançons , et notre opinion est plus que vraisemblable : en effet , le nombre des organes et des muscles est le même dans tous les hommes , leur figure est parfaitement ressemblante , leurs usages sont les mêmes ^ pourquoi le nombre de leurs fibres seroit-il différent ?
XX. Ces fibres doivent avoir, dans tous les sujets , la disposition ou l’organisation qui fait l’aptitude au mouvement et au sentiment : or cette disposition doit être déterminée ; elle est unique , elle caractérise les fibres animales, ainsi que les figures primitives des métaux et des sels de la même espèce : les fibres des animaux sont donc égales , et le nombre de celles des organes correspondans est le même dans tous les hommes.
' XIX. Leur force est peut-être égale , ou la même dans tous les animaux; la première fibre d’une puce est peut-être aussi forte que celle d’un lion ; elle a autant d’action , autant de mouvement ; il n’y a du moins aucun inconvénient à l’assurer. Nous pensons donc que la différence qui se trouve entre les animaux qui ne sont pas de la même espèce, vient du nombre des fibres et de la manière dont elles sont appliquées, pour exercer leurs fonctions ; mais non point de la constitution primitive de ces fibres : cès différences sont les différences spécifiques d’un animal d’une espèce , à un animal d’une autre espèce.
XXII. Quant aux différences du plus au moins, qui se trouvent dans les animaux de la même espèce , la grosseur des uns , ni les efforts dont ils sont capables ne supposent pas nécessairement plus de fibres , qui aient plus de force par leur nature , que dans un animal foible et débile de la même espèce ; en effet , l’animal le plus gros et le plus fort peut devenir aussi grêle et aussi peu vigoureux que le plus foible de son espèce; tandis que celui-ci peut acquérir de la force et de l’embonpoint. On ne sauroit prétendre que l’un acquiert des fibres et que l’autre en perd ; ni qu’elles augmentent en diamètre et en force réelle, dans l’un des sujets, et qu’elles diminuent dans l’autre : ainsi tous les yeux sont propres à voir les mêmes couleurs , et tous les goûts sont susceptibles des mêmes effets de la part des corps savoureux.
XXIIT. Les cliangemens qui arrivent dans les animaux lorsqu’ils deviennent plus forts ou plus foibles , se font dans la substance cellulaire , qui rend les organes plus forts ou plus foibles , suivant que par l’application de ses couches, et de ses lames, elle laisse les fibres qui sont l’organe du mouvement , plus ou moins en liberté. Il paroît aussi que le nombre de ces couches varie dans la plupart des sujets , joint à ce qu’elles sont formées d’une pâte plus ou moins imbibée de sucs aqueux , et-par conséquent plus ou moins sèche ou tenace. Ce changement dépend toujours du mélange des parties essentielles de cette pâte, qui sont au fond les mêmes avec des sucs ditférens , aqueux , salés ou huileux , suivant les cas ; or ces sucs salés , aqueux ou huileux,, peuvent changer l’union ou la cohésion des parties de la substance nourricière ou cellulaire , sans changer la nature de ces mêmes parties.
XXIV. Ainsi la différence des âges , des sexes et des tenipéramens , ne dépend que de l’abondance , de la position et de la consistance de la substance cellulaire , ou des gaines qu’elle fournit a toutes les fibres; celles-ci sont partout les mêmes, sauf qu’elles ne sont pas aussi allongées qu’elles peuvent l’être dans les jeunes sujets ; ce qui, joint à la surabondance de l’eau qui abreuve le tissu cellulaire et ses couches , s’oppose apparemment à la liberté de l’exercice de leurs fonctions ; ensuite cet exercice est troublé dans les vieillards par rapport à un vice tout opposé, c’est-à-dire , par rapport à l’état de sécheresse , et par rapport à la cohésion trop forte des couches du tissu cellulaire.
XXV. Au reste , l’existence de ces couches et le mécanisme de la nutrition qui vient d’être exposé sont appuyées sur des preuves qui paroissent avoir la force d’une démonstration. M. Petite, médecin , a fait voir , il y a long-temps , que le cristallin est composé de plusieurs couches de substance cellulaire , dans laquelle on ne peut distinguer des vaisseaux ; AI. Petit a aussi prétendu que le cristallin se nourrit par l’application des lames concentriques , dont les internes ou les plus tôt formées, sont les plus dures , tandis que les externes , ou les plus nouvelles , ont à peine acquis la consistance muqueuse , et sont pour ainsi dire aqueuses.
XXVI. M. Duhamel a prouvé que la nutrition des os se fait par l’application des lames qu’il nomme les productions du périoste , tant interne qu’externe ; ces productions sont du vrai tissu muqueux , qui vient à se durcir peu à peu , et qui est appliqué en couches concentriques (comme la matière de la nutrition des arbres). Cette application se fait au moyen du périoste , sous lequel il se concret , au point qu’il acquiert la dureté de l’o’s : c’est ainsi , à peu près , que croissent les ongles et les cheveux.
XXVII. On pourroit encore rappeler la disposition écailleuse que tout le monde sait être dans l’épiderme ; il y a toute apparence que dans l’étal naturel , ces écailles sont dues à une sorte de mucosité qui se concret ; on voit de même se former des écailles moins symétriques sur les vieilles plaies , sur les marques de la petite-vérole , sur les cicatrices et sur les bords des ulcères dartreux , qui
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sont quelquefois couvertes de pellicules , même assez étendues ; ces pellicules ne sont que des concrétions simples , d^ine matière qui suinte de la surface des parties affectées.
XXVIÎI. Ainsi la portion de la peau qu’on nomme corps mii~queux , n’est autre chose qu’une sorte de vernis glaireux, étendu sur l’épiderme , il est plus ou moins épais et concret ; on peut fort bien le comparer à cette écorce moyenne des arbres dont une portion tombe chaque année , changée en une espèce de surpeau , et l’autre devient partie ligneuse ^ peut-être le corps muqueux nourrit-il ou forme-t-il ainsi l’épiderme et la peau ; mais celle-ci a son tissu cellulaire interne. D’ailleurs , elle reçoit des couches de la substance cellulaire qui recouvre les muscles , et elle a quelque chose de fibreux ou de musculeux.
XXîX. Ainsi les ongles sont faits de plusieurs couches transparentes et cornées , qui ont une ressemblance parfaite avec de la 'lymphe concrète et cuite au feu ; ou avec la substance nourricière ou cellulaire concrète de même; ainsi les dents elles-mêmes se nourrissent par l’application des couches intérieures de l’émail c[ui repousse les extérieures : ce qui paroît évidemment dans les dents de quelqùes animaux , qui sont creuses et remplies chacune d’un paquet de mucosité cellulaire. ■
XXX. Jetons un coup d’œil sur la manière dont se nourrissent les îigamens cartilagineux qui séparent les corps des vertèbres ; ces ligamens sont composés de plusieurs couches concentriques , et les plus extérieures sont beaucoup plus dures que les internes ; cellesci sont intimement unies à une substance gluante , pulpeuse , molasse , qui répond à la partie moyenne du corps des vertèbres , dans la concavité des couches ligamenteuses à leur centre commun ; cette cavité est une espèce de réservoir , d’où les couches prennent leur origine , non par des racines vasculeuses , comme on pourroit le penser , mais d’une manière qu’il est bon de détailler , parce qu’elle éclaircit beaucoup ce qui regarde la nutrition et le tissu cellulaire de toutes les parties.
XXXI. Voici comment les couches de ces Iigamens paroissent se nourrir et s’établir ; les corps des vertèbres pèsent les uns sur les autres, et se pressent mutuellement, dans les différens mouvemens de l’épine ; cette compression fait que la partie pulpeuse qui occupe le centre est rejetée vers la circonférence en manière de petits flots - elle s’y arrête et s’y concret , et forme des couches ou des lames comme celles de la corne , ou comme celles d’un blanc d’œuf, qu’on üempe dans l’eau bouillante.
XXXII. C’est ainsi que la substance cellulaire croît et s’établit dans toutes les parties ; c’est ainsi rpi’elle les nourrit , soit que les couches soient concentriques , soit qu’elles aient des centres différens ; ces variations ne dépendent que de la diversité des fibres sur lesquelles clics doivent s’appliquer , et de la disposition des différens organes qu’elles composent. y
XXXIIÎ. Or , cette disposition des organes dépend apparemment de celle des libres nerveuses , qu’on peut très-bien rega:der comme
SUR LE TISSU MUQUEUX. y4i
nranl à leur extrémité le germe de chaque partie qui se développe peu à peu dans la substance cellulaire. Les fibres nerveuses d’un inuscle forment , par exemple, dans leur extrémité une espèce de moule qui s’étendant d’une façon particulière , fait aussi que la substance cellulaire prend différentes formes ; ainsi les couches pierreuses qui forment les madrépores , s’étendent suivant que les tiges d’une plante le permettent : telle est l’idée qu’on peut avoir de la contexture de chaque muscle et de toutes les autres parties qui varient entre elles par la disposition primitive de leur germe , et par l’arrangement secondaire de la substance cellulaire : elle se trouve plus abondante, plus compacte, plus en couches , ou en cellules , suivant les différens organes , et suivant que leur germe a dii s’étendre dans le suc nourricier; ce suc est le meme partout; il n’est autre chose , comme nous l’avons déjà souvent dit, que la matière de la substance cellulaire dont il est question.
XXXIV. Notre théorie s’accorde assez bien avec beaucoup de phénomènes de l’économie animale , surtout avec l’histoire des cicatrices. Les dissections des sujets qui ont eu des plaies , des ulcères , et auxquels on avoit fait des amputations , apprennent que toute cicatrice est établie sur un endurcissement , une sorte de carnosite, ou de carnification des parties voisines , qui ont changé de nature ; elles ont acquis une consistance pareille à la coenne de lard , dure , souple , homogène , sans fibres ni vaisseaux bien appareils , et d’une nature intermédiaire entre les ligamens et les chairs proprement dites.
XXXV. Cette substance n’est autre chose que la cohésion des couches du tissu cellulaire , faite au moyen du suc nourricier , épanché dans leurs interstices ; ce suc s’est intimement uni à ces couches, comme étant de la meme nature; il les a pour ainsi dire fondues , et il a pris avec elles l’air d’un corps continu , ou d’un amas de substance homogène : c’est ce qu’on voit arriver aux points de contact des branches d’arbres sur lesquelles on a grelie une autre petite branche.
XXXVI. Suivez une plaie qui suppure, vous verrez la naissance de la substance dont il est question. Les chairs , ou le tissu cellulaire , commencent par être vivement tiraillées vers la partie du voisinage qui a le plus de résistance, comme un os , par exemple , lorsqu’il s’en trouve à quelque distance de la plaie ; c est pourquoi toutes les cicatrices un peu profondes sont adhérentes aux os; la substance cellulaire collée au périoste tiraille celle des lèvres de la plaie ; elle reprend son ressort, elle ramène les parties qui résistent le moins, c’est-à-dire, les lèvres de la plaie, qui n’est , ellemême , autre chose qu’une division des fibres qui entretenoient l’équilibration entre les couches cellulaire du voisinage.
XXXVÏI. A proportion que la substance cellulaire adhérente à l’os ou au périoste tiraille les bords de ia plaie , et même son fond , le suc nourricier s’épanche dans les interstices du tissu ; il s’élève dans l’intérieur de la plaie elle-même , en tubercules irréguliers , connus sous le nom de grains charnus; ces grains sont fort ressem-
blans à un chou-fleur , ou , pour mieux dire , à de certains amas de stalactites qu’on sait n’étre produits que j^ar un suc qui s’épanche goutte à goutte , et qui s’apierrit.
XXXVIII. Il y a toute apparence que les tiraillemens de la substance cellulaire , qui tend à se ramasser et à devenir calleuse , ne contribuent pas peu à la formation de ces grains charnus; ces tiraillemens font un nombre infini de petits étranglemens , dans lesc[uels le suc nourricier doit séjourner et s’épancher, en se desséchant à proportion qu’il s’épanche ; il se dispose aussi en lames très-multipliées qui sont concentriques , par rapport à la base de chacune des tubérosités : ces tubérosités ou grains charnus viennent peu à peu à se coller et à pétrir ou mouler la cicatrice ; c’est-àdire , un amas de couches de tissu cellulaire ; lesquelles sont sans ordre apparent , parce que les épanchemens du suc nourricier se sont faits irrégulièrement , et sans l’influence particulière des fibres.
XXXIX. Voici la diffé rence qu’il y a entre une partie cicatrisée ou le corps propre d’une cicatrice et une partie qui est dans l’état naturel; dans celle-ci les fibres nerveuse^ ow. primitives qui lui servent de base , ont forcé la substance cellulaire à acquérir des modifications régulières; au lieu que cette substance étant livrée à elle-même dans une cicatrice , elle se concret irrégulièrement par la propriété qui lui est naturelle , et que la chaleur du corps favorise avec les battemens des vaisseaux.
XL. La substance cellulaire paroît avoir un penchant singulier à s’étendre; c’est-à-dire que le suc nourricier qui en est la base se concret aisément , et fait des espèces des végétations irrégulières , lorsqu’elles ne sont jaas modérées et dirigées par les premières fibres d’une partie ; c’est ce qui arrive dans toute cicatrice où les nerfs ne font rien , et où les vaisseaux sanguins ne font à joeine que fournir quelques filets de sang, qui se fraie des routes dans la substance cellulaire ; ces espèces de canaux ne forment jamais de vrais vaisseaux comme on peut s’en convaincre en injectant une partie cicatrisée ; par exemple , le moignon d’un membre ; l’injection s’épanchera par des crevasses irrégulières (ce qu’on voit aussi arriver au tissu cellulaire du mésentère , du poumon , de la rate ) , au lieu de représenter un tissu régulier de vaisseaux. Cette régularité n’a lieu que dans le développement des vaisseaux sanguins , artériels et veineux, dont le cœur est comme le bulbe , et dont les branches s’étendent à travers le tissu cellulaire, non sans y acquérir des couches de mucosité , au profit des fibres principales qui constituent les vaisseaux proprement dits.
XLI. Cette doctrine des couches de la substance cellulaire , jointe à ce que nous avons dit de V immiitahilité des fibres nerveuses ou primitives , porte quelques lumières sur la théorie de l’inflammation ; puisqu’on trouve dans toutes les parties enflammées une espèce de noyau , un épanchement de suc muqueux qui est une manière de cicatrice apparente, même après la résolution de l’inflammation ; ainsi beaucoup de maladies aiguës et chroniques dépendent de la disposition de la substance cellulaire : elle prend bien
clés modifications ; elle se concret , elle s’exfolie , elle se mêle singulièrement avec les humeurs , sans parler de bien d’autres phénomènes.
XLII. Que penser après tout ce cpii vient d’être expose , des assertions cjui se trouvent dans bien des auteurs , au sujet des maladies des fibres? La rigidité , la lâcheté , la sécheresse , la débilité , la délicatesse , la grossièreté auxquelles on a prétendu qu’elles étoient sujettes, ne s’accordent guère avec la constitution fixe et immuable que nous avons dit leur appartenir ; il vaudroit mieux , sans doute , attribuer tous les accidens dont on donne pour cause la disposition propre et personnelle des fibres , à la disposition des couches du tissu cellulaire; d’ailleurs ce qu’on a dit des fibres simples doit s’entendre des faisceaux de fibres dont la plus grande portion n’est que du tissu cellulaire; mais toutes ces maladies qu’on attribue aux fibres en général , ne sont que des façons de concevoir les choses , des approximations , des suppositions étayées par un imagination qui simplifie les objets; ces états ou ces maladies générales ne se trouvent pas dans les malades ; elles sont idéales et imaginaires , et elles peuvent tout au plus servir , comme les infinement petits , ou comme le point sans étendue servent aux mathématiciens. Les esprits scolastiques aiment à réduire ainsi les choses sous des points de vue d’où ils partent pour étendre leur théorie , ou pour faire dans les écoles des lois générales ; ces lois peuvent plaire à la multitude et aux esprits légers ; mais on est toujours forcé de les abandonner au lit des malades. On évalue alors ces spéculations frivoles ; elles n’amusent que les gens sans expérience.
XLIÎI. Passons à un examen plus circonstancié des couches du tissu muqueux ; ce qui nous conduira de plus en plus à des questions importantes dont l’éclaircissement dépend delà connoissance de cet organe. INous ne l’avons considéré jusqu’ici que comme une substance homogène qui sépare les fibres et qui les lie les unes aux autres ; nous avons surtout examiné le tissu cellulaire des parties les plus déliées^ avançons et examinons la façon dont la substance cellulaire entoure ou engaîne les organes considérables qui occupent les différentes régions du corps.
XLTV. On ne peut s’empêcher de regarder comme des portions du tissu cellulaire , certaines membranes , telles que le péritoine , la plèvre et quelques autres* ces membranes paroissent évidemment être des lambeaux de ce tissu qui ont été tellement rapprochés par les parties voisines , qu’ils ont formé des membranes lisses et polies, surtout du côté le plus sujet aux frottemens.
XLV. Or, le péritoine n’est qu’une espèce de poche très-lisse et très-polie dans sa face interne. Cette poche ne contient aucun viscère dans sa cavité* tous les anatomistes en conviennent; elle les tapisse pourtant , et leur fournit des gaines particulières , elle les recouvre ; enfin ses duplicatures composent le mésentère et les ligamens du foie , ceux de la vessie , dé la matrice , etc.
XLXL Ce n’est pourtant pas à dire que le péritoine ait toujours
éfé en effet une seule poche , qu’on pourroit imaginer avoir été appliquée sur tous les viscères^ cette manière de concevoir le péritoine n’est qu’imaginaire ; il n’a été tissu que de plusieurs lambeaux de substance muqueuse qui couvroient intérieurement les muscles du bas-ventre, et les viscères eux-mêmes 3 ces lambeaux d’abord séparés et étendus en feuillets se seront réunis et auront ete polis et aplatis par les compressions des parties voisines.
XLVn. En un mot , la portion du péritoine qui couvre le foie , lui appartient , tandis que celui qui couvre la rate appartient aussi a ce viscère , et ainsi de tous les autres; cette membrane est une espèce de surpeaji interne , produite par toutes les parties qu’elle couvre ; mais dont les différentes portions se sont réunies de si lionne heure et si intimement, qu’il est impossible de les disiinguer.
XLVni. Q Lioi qu’il en soit, la poche, qu’on appelle ordinairement la membrane interne du péritoine, n’est qu’une espèce de vessie dont la surface externe tient à mille lambeaux, qui sont comme ses appendices; ces lambeaux vont se]'ilonger dans les parties voisines , et oncles appelle ordinairement la lame externe du péritoine : ce sont des portions de tissu muqueux, qui sont moins pr ès de l’état de membrane que celles qui composent la lame interne.
XLIX. La lame externe recouvre les parties du bas-ventre , au lieu qu’on peut examiner et visiter, pour ainsi dire, toutes ces parties , sans entrer dans la cavité de la lame interne ; l’externe se plonge dans le tissu des viscères. Suivons-ia dans le foie: on la trouve surtout à l’eiitour des gros vaisseaux de ce viscère , elle les environne et les engaîne. On peut la poursuivre jusqu’aux derniers petits vaisseaux capillaires; et ce qu’il y a de remarquable, c’est <[u elle suit ces vaisseaux jusqu’à ce qu’ils dégénèrent eux-mêmes en substance muqueuse ou pulpeuse : il y a toute apparence que les vaisseaux finissent plus tôt que le tissu cellulaire ; il est au moins certain que celui dont nous parlons ici va se perdre dans la substance du foie , et qu’il la pénètre pour aller rejoindre la lame externe dans l’endroit oii elle couvre ce viscère.
L. On sait qu’en détachant la lame externe du péritoine de dessus le foie, on aperçoit un tissu lanugineux très-Hn , qui servoit de colle à la membrane : ce tissu n’est qu’une expansion de celui qui a suivi les vaisseaux du foie; -mais il y a encore une autre portion du même tissu qui compose le corps du viscère luiluenie; de manière qu’il est presque tout formé par cette substance , sauf les vaisseaux , les nerfs et les conduits biliaires : la première couche lui sert d’enveloppe générale ; une autre suit les vaisseaux dans toutes leurs divisions et les engaîne; une troisième enfin sert de base ou de fondement, sur lequel les vaisseaux étendent leurs ramifications ; au reste , ce que nous regardons ici comme trois portions n’est qu’un même tissu , dont les parties sont plus ou moins fermes ou délicates. D’ailleurs, nous considérons le viscère et son tissu cellulaire , non point tel qu’il fut originaire-
ment, mais tel est dans l’adulte j et cette considération fait
surtout connoître les différentes directions que pourroit prendre une matière contenue dans les différentes portions de tissu cellulaire.
LU On vient de voir que la lame interne du péritoine ne contient rien dans sa cavité^ cette assertion paroît paradoxe à ceux qui n’ont pas consulté la nature et les anatomistes modernes : le fait n’eri est pas moins vrai ^ mais ce qu’il y a de singulier, c’est qu’on peut avancer au sujet de la lame externe , ce qu’on dit d@ l’interne : l’externe ne contient rien dans sa cavité , non plus que l’interne ; elle recouvre les vaisseaux , elle les suit , elle leur fournit des gaines, elle s’allonge autant qu’eux, sans leur donner jamais passage dans sa cavité. La plus légère attention suffit pour faire comprendre cette contexture singulière. Ce que nous venons de dire du foie , doit s’entendre de tous les autres viscères du basventre , avec les exceptions que chacun doit savoir par l’histoire du péritoine qu’on trouve dans les traités d’anatomie. Il faut surtout exactement remarquer la manière dont le tissu cellulaire du mésentère qui couvre et pénètre les fibres des intestins, va se perdre dans leur membrane interne , etc.
LU. La plèvre est formée par deux sortes de poches qui viennent s’adosser : de cet adossement résulte le médiastin. 11 en est de ces poches comme de celles du péritoine j elles ne sont que des portions du tissu cellulaire, du poumon, des muscles intercostaux et du diaphragme * ces portions s’étant réunies par les compressions réitérées de toutes ces parties , se sont aussi collées et ont tissu une sorte de membrane qu’on peut prendre dans l’adulte sur le pied d’une poche qui ne contient rien dans sa cavité non plus que le péritoine , et clont la surface interne est extrêmement lisse et polie. Quant à la surface externe , elle est raboteuse , pleine de lambeaux Cfui percent les différentes parties qui leur répondent , en leur fournissant des gaines , de meme que les portions de la lame externe du péritoine recouvrent les vaisseaux et les viscères. Ainsi la portion de la plèvre qui couvre et pénètre le poumon , s’incorpore avec son tissu spongieux, ou le suit jusqu’à la trachée-artère et ses rameaux. Nous poursuivrons dans un moment d’autres productions cellulaires de la plèvre , et nous parlerons de leur union avec celles du péritoine et des autres parties j passons à l’examen d’une portion de tissu cellulaire qui fait une sorte de poche plus singulière encore que les deux précédentes.
Llil. La pie-mère est cette poche: ceux qui l’examineront avec sV)in , se convaincront aisément qu’elle a un rapport parfait avec la plèvre et le péritoine , ou les poches du tissu cellulaire qu’on nomme ainsi ; elle recouvre comme elles un viscère , ou du moins sa surface externe* mais ce qu’elle a de singulier, c’est qu’il paroit d’abord qu’elle le contient dans sa cavité , ou que du moins il n’est pas évident qu’elle ne fasse que le recouvrir simplement. Cependant un peu d’attention et quelques coupes du cerveau feront voir qu’à la véiii-é la pie-mère entre dans le corps de ce yiscère , et qu’elle
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en suil: les vaisseaux j mais elle ne les la sse pas parvenir dans son intérieur : elle se replie pour les suivre, ce qu’elle fait aussi à l’égard des portions du cerveau. Enfin , on peut comparer cette membrane à la plèvre et au péritoine : elle a ses proion geme ns particuliers, ses duplicatures et ses productions; elle forme une espèce de poche ou de vessie appliquée sur le cerveau , de manière c]ue la masse de ce viscère et ses prolongemens font saillie vers la cavité de la poche sans y entrer réellement, puisqu’une portion de cette même poche les empêche de pénétrer dans sa cavité. Il semble d’abord que la dure-mère pourroit être prise pour la lame externe du tissu cellulaire de l’intérieur du crâne, mais elle n’est qu’une véritable membrane tendineuse ou musculeuse , semblable au périoste; elle est bien différente des poches du tissu cellulaire dont nous parlons ici.
LIV. Telle est donc la manière dont le tissu cellulaire recouvre les viscères des trois cavités du corps. Quand à la substance de ces viscères , il n’en faut pas juger comme des fibres musculaires (n°xvi), où les couches cellulaires sont arrangées symétriquement et en gaines cylindriques, dans lesquelles glissent les fibres. La contexture des viscères n’est pas la même. La substance cellulaire y est placée beaucoup moins régulièrement. Elle est moins organisée : elle est comme une éponge ; elle approche d’un morceau de pâte nourricière brut. Aussi la chair des viscères est-elle moins mobile , moins animalisée, si on peut parler ainsi. Les anciens l’appeloient parenchjme. Les modernes ont essayé de chasser cette dénomination ; ce qui est un petit mal. Mais ils ont voulu donner une forme particulière et bien déterminée au tissu des viscères, à quoi ils n’ont point réussi. Il en faut toujours venir à quelque chose de pulpeux , non vasculaire , non vésiculaire , qui n’est que de la mucosité ou une première couche de tissu muqueux.
LV. Venons à une autre portion considérable de tissu cellulaire. L’épiderme et la peau étant enlevés, il reste sur tout le corps une couverture générale : c’est une enveloppe ou une espèce de sac qui contient toutes les parties , et qui se trouve partout ; à la tete, au cou, à la poitrine, au bas-ventre aux extrémités. Celle-ci n’est pas lisse et polie comme les trois précédentes ; sans doute , parce qu’elle n’est pas aussi comprimée et qu’elle essuie moins de frottement. D’ailleurs elle est plus ou moins épaisse dans ses différentes parties et dans les différens sujets, et sa surface externe comme l’interne est raboteuse ou pleine de prolongemens. Enfin ^ elle est le siège de la graisse qui ne s’accumule que dans quelques endroits des trois poches intérieures.
LVI.‘ Elle n’en a pas moins l’air d’une sorte de couverture , de Q^'essie ou de sac, comme les trois précédentes ; on peut même la diviser en trois grandes portions qui sont comme des sacs à part : celui de la tête et du cou; celui de la poitrine et du tronc, et celui (ou les quatre) de chaque extrémité : voilà donc quatre poches plus ou moins étendues , qui ont bien des usages qui ne
peuvent être connus sans entrer dans un détail àu sujet de leurs productions et de leurs liaisons. Ces productions sont un vrai labyrin’lie ; il est étonnant qiCaucnn anatomiste n^ait fait des efforts pour tâcher de s’y frayer quelque route ^ essayons de débrouiller cette matière qui ne peut être regardée comme indifférente, que par ceux qui n’aiment que des connoissances superficielles.
L\ IL Attachons-nous à la portion qui recouvre le tronc, et commençons par celle du bas-ventre et de la partie du dos qui lui répond. Cette portion est collée à tous les muscles par des productions qui pénètrent jusque dans l’intérieur du bas-ventre^ en effet , on verra , en suivant les productions du tissu qui recouvre le bas-ventre, dans les endroits où les muscles sont charnus , qu’en passant d’un faisceau musculaire à l’autre , 011 arrive enfin à la lame externe du péritoine , c’est à-dire , que cette lame fait corps avec le tissu cellulaire qui recouvre tout le bas-ventre, ou bien que le péritoine et la couche externe répondant à la peau , sont une production l’une de l’autre , ou que du moins elles peuvent être regardées sur ce pied-là,
LVIII, Mais l‘a communication du tissu cellulaire externe avec l’interne ne se fait pas , comme on pourroit le penser, par la voie la plus courte , du moins dans tous les endroits ; le tissu cellulaire fiiit plusieurs détours , il suit des voies tortueuses pour aller du dehors au dedans ^ les parties qui répondent à l’interstice des muscles vont assez droit ^ mais il en est peu de cette espèce , parce qu’il est peu d’endroits oii les vides que laissent les différons faisceaux des muscles du bas-ventre se rencontrent directement : un muscle bouche les vides que l’autre laisse.
LIX. Le tissu cellulaire entoure chaque muscle avant dépasser outre , c’est-à-dire qu’il fait le tour des muscles et forme sa membrane commune. On sait que chaque muscle a la sienne : ces membranes communes sont comme des poches particulières : elles se joignent par leur surface externe : leur union se fait par des productions lâches ou qui sont du moins beaucoup plus mollasses que le corps de la poche qui recouvre le muscle. Celle-ci forme une couche à part, comme le péritoine et la plèvre : elle a été rendue lisse , polie et ])îus tendue par les différens mouvemens des muscles^ son tissu est devenu plus serré : c’est une poche subalterne assez solide, mais plus mince que la principale^ elle fait par rapport à bien d’autres qu’elle renferme, ce que la couche commune ou externe fait pour elle. En un mot, chacune de ces poches particulières qui recouvrent les muscles, tiennent par leurs cavités à une prodigieuse quantité d’autres qui yont servir de gaine aux différens faisceaux de fibres auxquels ils servent d’enveloppe , comme la gaine qui leur donne naissance , le fait par rapport au corps de tout le muscle.
LX. On doit regarder toutes les couches de tissu cellulaire appartenant à un muscle comme des ballons circulaires contenus les uns dans les autres, qui vont en diminuant à proportion que les faisceaux de fibres diminuent : ces ballons deviennent aussi à pro-
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portion plus teii cires etplus délicats , jusqu’à ce cju’ils soient pulpeux, baveux et muqueux, comme nous avons prouvé ci-dessus Cju’ils le sont ( iv). On voit par là les détours que fait le tissu cellulaire pour pénétrer du dehors au dedans , et du dedans au dehors , si on veut le suivre dans les parties par lesquelles il recouvre les muscles. Mais nous l’avons déjà dit ci-dessus , il est des parties dans lesquelles cette communicalion se fait beaucoup plus vite • les poches des muscles s’adossent et se collent l’une à l’autre par des portions du tissu cellulaire ^ la route que l’on pourroit se frayer du dehors au dedans, par les points de communication, seroit fort courte j telle est à peu près la voie que suivent ceux qui enfoncent des épingles dans leurs bras ou dans leurs jambes^ ils séparent les fibres sans les diviser, ils suivent la direction des productions lâches du tissu cellulaire.
LXÎ. Il convient de faire attention à la partie postérieure de cette couche cellulaire du tronc, vers les fesses et le fondement; elle communique' ici beaucoup plus immédiatement qu’ailleurs , avec le péritoine ou sa membrane externe ; le rectum est entouré d’une gaine qui appartient autant au tissu cellulaire du dedans qu’à celui du dehors. D’ailleurs le tissu du tronc est plus ou moins épais dans ses différentes parties, il est très-mince vers les bourses; le tissu cellulaire de celles-ci , surtout celui qui suit les testicules, appartient au péritoine ; en revanche , le tissu cellulaire est fort épais vers les lombes , et il porte sur une partie absolument tendineuse , sur laquelle il glisse. Ainsi le tissu cellulaire des muscles des lombes qui sont sous cette lame tendineuse, apyjartient plus au péritoine qu’à la couche extérieure. Celle-ci est encore épaisse et compacte vers le pubis , elle y est renforcée par des fibres tendineuses des muscles du bas-ventre ; enfin , elle est divisée en deux portions latérales , antérieurement par la ligne blanche , et postérieurement par une ligne qui suit la direction de l’épine jusqu’au fondement et au raphé , comme nous le dirons dans la suite. Toutes ces dispositions sont remarquables; on les trouve dans tous les sujets; la couche cellulaire est plus ou moins épaisse et compacte : mais elle a toujours la même position , les mêmes liaisons et les mêmes divisions.
LXIL Venons à la partie de cette poche extérieure qui couvre la surface antérieure et postérieure delà poitrine ; celle-ci répond à la plèvre comme la précédente répond au péritoine : elle fait les mêmes circuits autour des muscles , elle envoie les mêmes productions ; tout est égal aux différences près qui viennent de la position et du volume des muscles que chacun doit connoître. Ce que cette portion a de particulier, se trouve surtout à l’endroit des mamelles ; ici elle est fort épaisse et lâche dans les deux sexes : elle s’étend sous le creux de l’aisselle oii elle est encore plus lâche et fort accumulée; la portion qui répond à la mamelle ne paroît pas aussi liée à la plèvre que celle du creux de l’aisselle. Quant à la portion du dos , elle n’a rien de singulier, si ce n’est qu’elle est divisée postérieiireinent en deux parties vis-à-vis l’epine du dos,
comme Fariterieure Fest de même vis-à-vis le sferniim entre les deux mamelles j ces sortes de divisions sont des étranglemens naturels qu’il est bon de connoître et dont nous parlerons ailleurs.
LXIÏI. La poche qui recouvre le cou , le crâne et la face , mérite beaucoup d’attention : elle fait d’abord le tour du cou, en se joignant vers sa partie antérieure au muscle peaucier ^ elle perce ensuite le muscle , et va s’étendre par des productions assez lâches sur toutes les parties voisines, au larynx et au pharynx où elle communique avec des productions de la plèvre. Cette communication est bien évidente sur les parties latérales du cou , vers les pelotons de glandes lymphatiques qui s’y trouvent et qui flottent, pour ainsi dire , dans des espèces de filets tissus par la substance cellulaire de la poitrine et du cou; il paroît même que la première a plus de parta cette contexture que la dernière. La partie postérieure du cou est fort garnie de muscles, que la substance cellulaire perce avec peine ; car quoiqu’elle se trouve fort abondante vers le dehors , elle est plus resserrée vers le corps des muscles , à travers lesquels on peut pourtant la poursuivre jusque sur les vertèbres et même jusque dans leur cavité : on peut le faire aussi, quoique moins aisément par rapport à la substance cellulaire du dos.
LXIV. La couche du crâne n’est qu’une sorte de calotte intimement unie avec une membrane tendineuse qui la renforce , mais qui ne l’empêche pas de communiquer avec le périoste. A peine cette calotte se joint-elle à la dure-mère à travers les sutures , dans les adultes; mais dans les jeunes sujets , et surtout les fœtus, la dure-mère , le périoste et les os eux-mêmes , qui sont une sorte de membrane , ne font qu’un corps traversé de toutes parts par le tissu cellulaire : cette différence entre les adultes et tes jeunes sujets, rend ceux-ci plus susceptibles des engorgemens d’humeurs dans les différentes parties du tissu cellulaire de la tête ; et par la même raison , la communication de l’intérieur à l’extérieur est lieaucoup plus aisée dans la tête des enfans que dans celle des adultes.
LXV. La poche cellulaire de la face est d’un tissu foible ; elle se prolonge dans toutes les cavités : elle va tapisser le dedans de la bouche , où elle se joint avec les productions de l’œsophage ; elle s’étend dans le nez, où elle forme la membrane pituitaire, qui communique avec la dure-mère, vers Fos etlirnoïde ; enfin, elle se joint intimement à la dure-mère , dans l’orbite où elle entoure et pénètre Fœil jusqu’au corps cristallin, en s’insinuant à travers les membranes : ces membranes, quoique très-serrées, n’ont pourtant pas détruit le tissu cellulaire qui les distingue et qui les unit.
LXVI. Remarquons particulièrement que la plèvre communique avec la couche cellulaire du cou et de la face, des narines et de la langue, a peu près comme le péritoine comraunic[ue avec la couche du tronc vers le rectum et le raphé : de grands médecins ont parlé du rapport qu’il y a entre ces deux parties, eu égard
aux cîispositious ^iC leurs vaisseaux ; voici un autre rapport , eu egard aux j^roductions du tissu cellulaire : ces deux parties sont des aboutissans, où ces productions vont se contourner en manière de cul-de-sac. D’où il résulte que les environs de la gorge et du nez , ainsi que ceux du rectum , sont des égouts naturels et très-^ remarcjuables.,
LXVn. Les poches cellulaires des extrémités sont fort différentes des précédentes; au lieu de toucher immédiatement les muscles et de pénétrer jusqu’au centre des membres, elles se perdent ou s’arrêtent sur une membrane tendineuse , connue dans l’extrémité inférieure , sous le nom de culotte aponcvrotique , et qu’op peut, pour la meme raison , appeler manche aponévrotiqiie dans ,les extrémités supérieures. Ces productions tendineuses ne sont pas partout de la même consistance , ni aussi évidentes ; on peut même avancer qu’elles manquent aux portions supérieures des extrémités, vers les fesses et les moignons des épaules, où la jioche ceMulaire externe se plonge immédialement dans les corps des muscles. Il paroît de plus, que la cuisse est plus pourvue de cette membrane aponévrotique que le bras : ce qui dépend apparemment de la proportion des membres et de l’étendue et de la force des muscles qu’il faut contenir; en effet, il est à présumer que les bandes aponévrotiques ne sont destinées qu’à borner et diriger les mouvemens des muscles, et à les contenir dans leur position ; elles ne furent sans doute, dans leurs principes, que des portions de tissu cellulaire, renforcées ensuite et rendues lisses et polies comme le péritoine. (^es membranes sont aussi tendineuses et en partie des productions des mnscles, bien marqués, surtout à la cuisse, où le muscle nommé du fascia lata, se perd dans l’aponévrose. Cette disposition étoit nécessaire pour que l’aponévrose pût se relâcher ou se resserrer suivant le besoin ou suivant les mouvemens des muscles. Quoi qu’il en soit , la face externe de la manche et de la culotte aponévrotique est hérissée de productions de tissu cellulaire , auxquelles la couche externe tient; il y en a peu qui percent directement les aponévroses : mais elles les suivent dans leurs détours; or, on sait qu’elles viennent s’attacher aux os, en se plongeant surtout du côté interne de la cuisse, entre les muscles ; (ce que la manche aponévrotique fait à peu près de même du côté interne des bras) : c’est au moyen de ces plans de séparation, que le tissu cellulaire suit, qu’il se plonge dans les muscles des membres; mais il paroît toujours différent de celui qui appartient proprement à ces muscles.
LXYiH. Ce tissu propre aux muscles des extrémités, a des liaisons immédiates et fort singulières, avec le tissu cellulaire du bas-ventre et de la poitrine. Il communique vers les parties inférieures, avec le péritoine , et vers les parties supérieures , avec la plèvre; ces deux membranes , c’est-à-dire , la plèvre et le péritoine , envoient , i®. des productions qui suivent les paquets des vaisseaux ; 2®. des prolongemens évidens , d’où résultent vers les aines et sous les aisselles des pelotons mollasses dans lesquels sont situées des
glandes lymphatiques ; 3°. des prolongemens qui suivent les muscles , qui les pénètrent et qui aboutissent aux extrémités des membres , où Ton trouve un mélange singulier d’aponévroses et de tissu cellulaire , vers les poignets et les chevilles des pieds , ainsi que vers les orteils , les doigts et leurs articulations. Toutes ces communications sont importantes , et reviennent très-souvent dans l’explication des symptômes des maladies: elles démontrent déjà le commerce qu’il peut y avoir entre le tronc et les extrémités; elles donnent une idée de la manière dont ces parties peuvent agir les unes sur les autres.
LXIX. Tel est en gros le tableau qu’on peut faire de la substance cellulaire et de ses productions; on voit qu’elle est composée de plusieurs couches générales et particulières , singulièrement liées les unes aux autres; ces couches diffèrent en consistance, suivant qu’elles approchent ou qu’elles sont éloignées des premières fibres : elles enveloppent d’abord ces fibres ou elles les engaînent comme un enduit glaireux ou muqueux; ces couches se dessèchent ensuite, s’étendent et s’épaississent à la longue par l’application de nouvelles couches, à la faveur des mouvemens des parties et de leurs extensions. Toute la couche extérieure , depuis les pieds jusqu’à la tête , semble être une seule poche générale ; il faut en dire autant de celle qui occupe tout l’intérieur des boyaux , depuis la bouche et les cavités qui viennent y aboutir : de ces deux couches , l’extérieure est la plus étendue , tandis c[ue l’autre est singulièrement repliée ; mais elle est assez distinctement marquée pour ne pas échapper à l’œil des connoisseurs ; ainsi la surface externe du corps et sa surface interne , ne sont que deux lames de substance cellulaire plus ou moins épaisses : ces deux lames contiennent entre elles, ou dans l’espace qui les sépare, toutes les autres parties; elles se joignent à ces-parties par des productions qui les collent les unes aux autres , comme on vient de l’exposer.
LXX. Cette masse générale de tissu cellulaire qui se trouve entre les surfaces externe et interne du corps, n’est qu’un composé de mille sortes de cornets ou de ballons cellulaires contenus les uns dans les autres ; on peut se former une idée de cette contexture en coupant un membre, comme la cuisse ou le bras transversalement , et fixant ensuite les deux couches circulaires de la. jDeau et du périoste ou de la moelle. Il se trouve entre elles une quantité prodigieuse de couches assez solides et bien étendues pour chaque muscle ; il y en a aussi de plus minces et de plus molles pour chaque fibre ; elles ont toutes ceci de particulier , c’est qu’elles, sont liées les unes aux autres par leurs surfaces externes au moyen desquelles elles se touchent. Or, tous les ballons ^ quelque foibles qu’ils paroissent , et quelque délicats qu’on les suppose , agissent pourtant les uns sur les autres : ils se soutiennent mutuellement; de manière que l’un ne sauroit se relâcher ou se resserrer sans que les autres s’en ressentent plus ou moins : il résulte de tous ces efforts une sorte d’équilibration, une action et une réaction réciproques, qui dépendent, tant de la cohésion des
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parties qui conslitueni les ballons , que de celles des productions «[iii les lient les unes aux autres. Cette équilibration fait une espèce de mouvement tonique , qu’on peut regarder comme simplement passif: il contient les parties dans les rapports réciproques qu’elles doivent avoiiq et il acquiert plus ou moins d’énergie par Faction des nerfs et des vaisseaux , ce qui le rend cause de bien des pl\énoî^nes.
LXXl. C’est dans cet organe spongieux, ainsi conformé, que sont placées les diiféreiites parties, les viscères, les muscles et les glandes : elles sont, pour ainsi dire, plantées dans cette substance ■parenchffnateuse, dans lesquelles elles végètent , en se couvrant de plusieurs couches j elles s’y étendent et s’y arrangent par la force de leurs germes, ou des extrémités des nerfs qui leur sont propres : toutes ces parties ne sont , dans les jeunes sujets , que des espèces de bourgeons qui viennent à végéter dans le tissu ceil ilaire, comme les branches, les fruits et les feuilles des arbres ti’étendent dans l’air, ou plutôt comme les racines végètent et se contournent dans la terre. Quoi qu’il en soit, tous ces organes ainsi nichés dans la substance ou dans l’organe cellulaire , doivent l’étrangler, le gêner, le relâcher et le modifier singulièrement dans ces différentes portions ; ces modifications qui dépendent du .mouvement, comme de la seule présence de ces organes, donnent une idée juste de ce qui a été appelé le département des viscères et des autres parties , dans les Recherches sur les glandes ; le département d’un organe n’est autre chose que son atmosphère cellulaire , si on peut ainsi parler , ou bien le département d’une partie n’est autre chose que la portion du tissu cellulaire qui a du rapport avec son action : lors donc que cette partie change de position ou de constitution, tout le tissu cellulaire, qui est de son départemen t y reçoit aussi des modifications particulières.
LXXII. Une des propriétés des plus générales et des plus importantes de l’organe cellulaire externe, est celle qu’on poirrroit appeler sa pénélrabiliLé ^ sa disposition' spongieuse , au moyen de laquelle elle donne passage à toute la fumée aqueuse qui l’arrose elle-même continuellemenl . Cette fumée (apparemment la vraie matière de la transpiration insensible ) peut aller et venir de tous les côtés et indifféremment d’un endroit à l’autre, sans jamais trouver rien qui s’oppose à son cours dans l’état naturel • l’égalité dans la marche , et les écoulemens de cette partie aqueuse ne seroit pas possible , si elle ne passoit d’une cellule à l’autre, aussi aisément que l’eau dans l’atmosphère. L’organe cellulaire peut donc être comparé à une sorte d’atniosphère , dans laquelle les humeurs ont ordinairement un cours libre et aisé j ce cours venant à se déranger, occasionne des courans , des dépôts, des directions particulières qui oitt leur cause dans les différens degrés de force de ce même organe cellulaire. C’est de ces courans et de ces directions de la matière , de la transpiration et des mouvemens de convergence ou de divergence, qu’elle prend par rapport à des parties particulières toujours poussées dans i'organe cellulaire ,
qu’on peut faire dépendre bien des phénomènes inexplicables dans tout autre système. Ces phénomènes supposent toujours la liberté ou la pénétrabilité générale , qui paraissent appartenir à Forgane cellulaire dans l’état de santé.
LXXIII. Les propriétés générales , telles que le ton ou la cohésion du tissu celliilaire , et sa pénétrabilité dont nous venons de parler , sont un peu dérangées ou modifiées par quelques étranglemens qui se trouvent dans son intérieur ; ces étranglemens doivent nécessairement changer la marche des humeurs , et donner lieu à des liaisons particulières ou des résistances de la part du tissu, bien différentes de celles qui viennent de Faction réciproque de ces poches les unes sur les autres ; on pourroit compter beaucoup de ces étranglemens aux extrémités , aux poignets et aux chevilles des pieds , aux articulations , aux fesses , vers le moignon des épaules et dans les intervalles des viscères; mais il suffit de les indiquer , chaéun peut les apercevoir aisément et faire les applications convenables sur leurs usages ; il en est un qui paroît mériter une attention particulière ; il divise le corps en deux parties égales , à droite et à gauche ; il a été indiqué dans les Recherches sur les glandes , sous le nom de raphé général'^ c’est un plan réel de séparation entre les deux côtés du corps , et non poiat un être imaginé par les anatomistes.
LXXIV. En effet, on trouve évidemment , entre les deux cuisses (au raphé proprement dit) une espèce de couture ou de callosité naturelle, qui n’est qu’un étranglement de la peau, et qu’on suit aisément par-devant et par-derrière dans les deux sexes; le dartos est séparé en deux par une cloison , ainsi que la verge. La ligne blanche commence au pubis , qui est divisé lui-même en deux parties latérales par un cartilage mitojen. La j^eau qui recouvre le ventre est , aussi-bien que l’organe cellulaire , plus resserrée sur la ligne blanche qu’ailleurs. On trouve , en entrant dans le bas-ventre , et mettant pour un moment les viscères à part , le mésentère , qui est fait par l’adossement des deux plis du péritoine. Le diaphragme est divisé en deux muscles , très-évidemment vers l’épine du dos , et assez sensiblement vers le sternum. Le médiatistin ressemble beaucoup au mésentère. La trachée elle-même porte l’empreinte des deux portions des poumons. On trouve le raphé bien marqué dans la glande thvroïde , dans le cartilage de' ce nom , dans le cricoïde, et dans Fépiglotle. L’œsophage et le pharynx sont séparés , surtout postérieurement , par une ligne blanche fort apparente , ou par un entrecroisement des fibres. Hippocrate connoissoit la ligne médiane de la langue. La mâchoire inférieure reste long-temps divisée vers le menton ; et lorsqu’elle est unie , elle porte une ligne saillante fort apparente. Le palais a sa ligne depuis les deux incisives supérieures jusqu’à Fextrémité de la luette. Les os maxillaires sont unis dans cette ligne. Les lèvres ont leurs brides dans la même ligne. Les narines y ont leur cloison. Le nez n’est que l’union latérale de deux tuyaux ou des deux narines adossées ; ses os propres aboutissent aux deux.
côtés du frontal, qui reste long- temps divisé , et qui contient une cloison verticale dans sa cavité. Les muscles sourciliers et les frontaux sont séparés par un pian mitoyen , qui étrangle la peau. Tout le monde connoît la Suture sagittale , ainsi que la faux , le corps calleux , l’adossement des tubercules qui sont dans les ventricules du cerveau, et la crête de rosethmoïde. La moelle allongée et la moelle épinière ont leur corps calleux. Les vertèbres , qui sont divisées en plusieurs parties dans les jeunes sujets, ont leurs apophyses épineuses , sur lesquelles la peau est plus étranglée que vers les côtes 3 cet étranglement commence vers la tubérosité occipitale , et va aboutir au coccis^ il commence par une sorte de ligament cervical , et finit de meme , en aboutissant au rapbé entre les cuisses^ en un mot, il est aisé de voir que le plan de séparation dont il est question , existe en effet ; qu’il est l’aboutissant où les fibres et les vaisseaux viennent se joindre et s’entrelacer comme les branches de deux arbres voisins.
LXXV. Il y a quelques remarques à faire par rapport aux viscères et aux vaisseaux ; on ne trouve pas le raphé dont nous parlons, dans tous les viscères du bas-ventre ; mais il ne faut pas les considérer comme ils sont dans le sujet ÿ ils y sont dans un état de gêne J les intestins surtout y sont repliés et roulés, pour ainsi dire , les uns sur les autres ; ont diroit qu’ils ont été faits pour être étendus , et ne former qu’au canal droit et continu, depuis le pharynx. Or, en les considérant de cette manière, on verra qu’ils sont en effet séparés en deux demi-canaux par une sorte de ligne assez apparente dans l’endroit de l’iinion du mésentère , et marquée au côté opposé par un entrelacement particulier des vaisseaux. La matrice et la vessie sont évidemment séparées en deux moitiés latérales. Quant aux vaisseaux sanguins, la ligne qui les sépare paroît partir du cœur, dans sa cloison mitoyenne ou transversale, qui fait la séparation des oreillettes et des ventricules^ de manière que toutes les artères appartiennent au côté gauche, tandis que les veines appartiennent au droit, quoique leurs branches s’étendent dans toutes les parties du corps. Le cervelet, la glande pinéale , une portion du foie , le pancréas et quelques autres parties, paraissent occuper le milieu du corps et n’être pas divisées en parties latérales j mais quand on les considère avec attention, on voit qu’elles sont divisées en deux portions, et que la place qu’elles occupent leur a été donnée par la pression et la modification des parties du voisinage. Le cervelet a ses deux petits lobes, aussi-bien que la glande pinéale; le foie peut être regardé comme appartenant totalement au côté droit , et le pancréas au gauche. Ces viscères s’arrangent suivant que leurs usages l’exigent ; mais ils appartiennent foncièrement à l’un des côtés plutôt qu’à l’autre.
LXXVI. Le corps paroît donc composé de deux moitiés adossées l’une à l’autre , et qui se joignent ou qui s’engrènent de façon que les productions de l'une gagnent plus ou moins vers l’intérieur de l’autre. Le mécanisme de ces engrenures et de ces Communica-
lions tient à Fhistoire de la génération et à bien d’autres questions qui nous meneroient trop loin ; c’en est assez pour avancer que la manière de concevoir le corps que nous proposons , ne laisse pas de répandre du jour sur l’explication de certains phénomènes de l’économie animale. Nous en conclurons ici seulement que la substance cellulaire est étranglée dans toute sa jDartie moyenne , et divisée en deux portions latérales ; ses ballons ou ses poches sont, pour ainsi dire, affermies sur l’axe du corps, d’oîi elles s’étendent de côté et d’autre , ce qui leur donne d’autant plus de force qu’elles sont appuyées sur une base plus solide. Ceci nous indique que les matières contenues dans un des côtés du corps , et qui pénètrent la substance cellulaire , ont beaucoup plus d’aisance à s’étendre en haut et en bas qu’elles n’en ont à passer d’un côté à l’autre ; ce qui rend raison de quelques symptômes des maladies dont nous parlerons ci-dessous.
LXXVII. Les vaisseaux innombrables, les nerfs et les couches membraneuses qui se perdent dans la substance cellulaire , lui donnent une action bien plus marquée que celle dont nous avons parlé ci-dessus (n® Lxx). Ils l’animent et la rendent mobile et sensible , propre à des dilatations et à des resserremens extraordinaires ; cette action fait , à proprement parler , toute celle de l’organe cellulaire ; il est continuellement agité et dans un mouvement perpétuel de resserrement et de dilatation , ne fut-ce que par l’action de l’atmosphère , qui, à chaque instant , cède plus ou moins à l’effort des vaisseaux, et aux oscillations des fibres. Ce mouvement continuel , joint a la ténacité du tissu cellulaire , oppose une résistance douce , égale et graduée , contre laquelle les forces des vaisseaux et des nerfs viennent, pour ainsi dire, se perdre, ou du moins se borner ; il paroît d’ailleurs que l’organe cellulaire est assez mobile , assez capable de résistance , et assez élastique pour rendre les degrés de force qu’il reçoit avec plus ou moins d’augmenîation ou de diminution , suivant les circonstances. Cette élasticité et ces mouvemens de l’organe cellulaire, joints à ceux de la peau et de tout le système fibreux et vasculeux , entretiennent et établissent en partie le mouvement tonique connu de Van-Helniont , que Stahl a si bien analysé, et auquel beaucoup de physiologistes ont recours dans l’explication des j^rincipaux phénomènes de l’économie animale.
LXXVIII. Indépendamment de l’action des nerfs , des vaisseaux et des muscles , il y a une partie qui entretient un mouvement continuel et singulier dans toute la masse cellulaire ; c’est le diaphragme. On connoît ses liaisons et ses adhérences; il est appliqué entre deux ballons principaux de substance cellulaire , entre la plèvre et le péritoine; ces deux ballons se joignent, comme tout le monde le sait , au diaphragme ; ils en traversent les fibres , ainsi que le tissu cellulaire s’engage dans les fibres de tout autre muscle. Quelque foible qu’on suppose le ressort de la plèvre, du péritoine, et celui de leurs appendices , ces parties doivent toujours se ressentir du mouvement du diaphragme, qui tiraille Tune
(le ces poches, tandis qu’il relâche ou qu’il ride l’autre ; ces secousses ne sauroient manquer de donner quelque direction à l’action du tissu cellulaire du tronc et des extrémités ; voilà une des raisons pour lesquelles la tête , la poitrine et la partie inférieure du corps ont tant de rapport avec les mouvemens du diaphragme, de la respiration , et des efforts des entrailles qui se contrebalancent sans cesse. D’ailleurs , l’intestin duodénum est placé dans un vide que laisse le péritoine, où il est entouré de beaucoup plus de tissu cellulaire que les autres viscères , meme que les reins ; les nerfs gastriques se trouvent aussi fort abondans dans cette même partie ils s’étendent sur tout le tissu cellulaire ; il faut donc qu’il se ressente de leurs mouvemens , et que ses oscillations s’étendent plus ou moins loin , à proportion qu’elles sont plus ou moins vives, ou qu’elles sont faites dans différentes parties; ainsi cette niche du duodénum, si on peut ainsi parler, est une espèce de centre d’où partent en quelque façon les oscillations de tout le tissu cellulaire du corps ; c’est ce qui fait que le département de cet intestin est si éten(iu , et qu’il revient dans presque toutes les maladies. Tout ceci paroît jeter quelques éclaircissemens sur la manière dont le diaphragm'e et les autres parties gastriques peuvent influer sur tout le reste du corps.
LXXIX. Appuyons notre théorie de V organe cellulaire , par quelques observations , ou plutôt rapportons les faits de pratique dont elle n’est que le résultat. On voit tous les jours , lorsqu’il s’y fait quelque suppuration sourde dans l’intérieur de quelque membre ou dans les lames de quelques os , la peau de la partie qui répond au noyau de la suppuration, devenir œdémateuse; cet œdème n’est qu’un gonflement du tissu cellulaire ; il est plus ou moins étendu , suivant la position et l’étendue du point de suppuration ; il suppose toujours qu’il y avoit un rapport entre le tissu cellulaire qui suppure, et celui qui se gonfle : le premier contenoit le second ; ils agissoient l’un contre l’autre : ce qui prouve l’action tonique que nous avons supposée dans cette partie.
LXXX. La résolution a ses œdèmes , ainsi que la suppuration ; elle ne sauroit se faire sans qu’il en coûte la perte et la coalition de (juelques couches de substance cellulaire ; il n’est donc pas étonnant que celle-ci soit dérangée , relâchée ou tendue jusqu’à un certain point , pendant que la résolution se fait. De là viennent les bouffissures de tout le visage , à la suite des étranglemens ou de la suppuration du péricrâne et de la dure-mère ; le tissu ..cellulaire de la face et des paupières est mou , abondant , fort sujet à, des resserremens et à des relâchemens particuliers ; il n’est pas surprenant qu’il se ressente de la disposition de celui des parties internes auxquelles il se joint , plus vers les yeux que partout ailleurs. C’est au moyen des prolongemens de la dure-mère , par les fentes orbitaires , et au moyen des paupières elles-mêmes avec le péricrâne.
LXXXI. Il est aisé de prouver que la substance cellulaire du visage est sujette à des changemens très-fréquens , par les j)héiio-
menés qu’on observe , tant dans ceux qui se portent bien , de tous les âges et des deux sexes, que dans les malades ; les attaques de vermine bouffissent la face des enfans ; les approches des règles la gonflent-, surtout vers les paupières , dans bien des femmes ^ toutes les passions se peignent sur la face ; les dispositions des gencives , celles de l’estomac , et celles des hypocondres , y portent singulièrement; mille observations journalières le prouvent. Aussi le tissu cellulaire de la face est-il joint , comme nous l’avons remarqué plus haut , à celui de la tête , de l’œsophage , de la trachée et de toutes les parties internes ; c’est une sorte d’about issant sur lequel toutes les parties peuvent agir , surtout au moyen des nerfs , qui modifient toujours singulièrement le tissu cellulaire , en l’étranglant ou en le relâchant dans ses diflerentes parties.
LXXXII. On voit souvent que le visage étant bouffi des deux côtés dans des hydropisies de poitrine , des suppurations aux deux poumons et des rhumatismes généraux , l’œdème gagne peu à peu la partie sur laquelle le malade ne se couche point ; tout ce côté se gonfle , ce qui prouve que les matières passent de l’un à l’autre , au moyen du tissu cellulaire ; mais il reste toujours , au milieu du visage, une sorte d’étranglement, suivant la direction du raphé dont nous avons parlé (n® lxxiii). Cet étranglement doit être moindre ici que dans les autres parties, parce que le tissu cellulaire des narines , de la cavité de la gorge et de la bouche , est lâche , et donnepassage aux humeurs plus aisémentque les parties moyennes du corps. On trouve en effet des hydropiques de poitrine couchés sur le côté malade qui se dégorge, du moins dans l’extérieur, par le poids du corps ^ les humeurs sont portées en devant jusque vers le milieu du sternum , oh elles font un amas considérable vers le tissu de la mamelle , et en arrière vers l’épine ; mais ces amas ne passent ni le sternum , ni l’épine , qu’à la longue. Nous avons vu un leuco-phle gmatique dans lequel la joue sur laquelle il se couchoit s’affaissa ; mais la langue se prit si étonnamment , surtout du côté dont la joue s’étoit affaissée , qu’elle formoit une grosse masse œdémateuse qui sortoit en partie de la bouche. Cet accident dura quatre ou cinq jours , après lesquels le malade mourut.
LXXXIII. Il y a des érysipèles à la face et quelquefois ailleurs, qui se terminent par une disposition œdémateuse des parties enflammées ; cette disposition est due à l’étranglement et à la bouffissure de la substance cellulaire , dans laquelle les humeurs roulent difficilement. Ce même étranglement est quelquefois si notable , qu’il s’ensuit la chute de l’épiderme et du corps mu- , queux ; ce qui indique la destruction de certaines couches de tissu cellulaire dont nous parlions ci -dessus^ car le corps muqueux qui est collé à la peau, ne sauroit être détruit que la glue qui l’attache ne le soit. On a lieu de soupçonner la même destruction , la même dissolution , ou la fonte de quelques lames de tissu cellulaire à la suite de bien des maladies , des fièvres de pourriture , des fièvres malignes et des maladies de la peau. Or, ce qui
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arrive â î’épiclerme et au corps muqueux, arrive de même aux membraues internes des intestins , celles de la vessie et de la trachée , ainsi qu’au péritoine , à la plèvre et à la pie-mère ellemême , comme les ouvertures des cadavres le démontrent ^ ce sont des espèces d’exfoliation dans l’organe cellulaire.
LXXXÎV. Une suppuration aux doigts ou aux poignets excite souvent des tumeurs glanduleuses sous l’aisselle ^ les maux aux pieds font les mêmes effets sur les aines. Cassius , médecin philosophe , cherchoit , il v seize cents ans , les raisons de ces phénomènes; nous lui répondrions que cela dépend du tissu cellulaire^ aussi voit-on que les maux aux aines ou sous les aisselles engorgent souvent les poignets et les pieds. Ces rapports se démontrent fort évidemment dans des sujets qui ne sauroient souffrir une impression sous Faisselle ou aux aines, sans qu’elle fasse un changement notable sur tout le bras, ou sur la jambe , comme les impressions qu’on fait sur le nombril répondent souvent aux parties de la génération. Nous avons vu quelquefois , à la suite d’une suppuration à l’avant-bras, les aisselles s’engorger et puis la paro ide ; nous avons aussi observé que ces parties , tombant en suppuration à la suite des maladies externes , les tumeurs pené— troient dans le corps du coté affecté , après avoir parcouru le poignet, Faisselle, le cou ou la jambe, le genou et Faine. On remarque tous les jours que des étranglemens et des suppurations à un des côtés du tronc , soit à la poitrine , soit au bas— ventre , causent des gonfleniens aux extrémités , aux aines et aux aisselles , aux pieds et aux poignets.
LXXXV. Il Y a donc , entre les parties extérieures et les internes , une action réciproque dans Fétat de maladie , et par conséquent dans Fétat de santé. Puisque la plèvre fournit le tissu cellulaire des bras , et le péritoine celui des extrémités inférieures ; puisqu’un étranglement du tissu cellulaire sur un os , gonfle celui qui répond à la peau de cette partie ; puisqu enfin une suppuration au pied ou au poignet , porte sur 1 aine ou 1 aisselle , et de là dans l’intérieur , il faut nécessairement qu’un étranglement de Fintérieur porte sur l’extérieur. On est meme en droit de soupçonner que dès qu’un de ces étranglemens se montre , 1 autre est à craindre jusqu’à un certain point , et meme qu il existe déjà. Un gonflement à la parotide , au poignet , au pied , survenus par une cause interne, supposent presque toujours un dérangement dans îe tissu cellulaire du tronc; ce dérangement constitue la maladie principale , et dont ce qui paroît au dehors est seulement le symptôme.
LXXXVI. Aussi les médecins savent-ils qu’une douleur ou une suppuration sourde d’un des côtés de la poitrine , rougissent , bouffissent, resserrent la joue , le poignet et la jambe de ce côté, plus ou moins dans les différons sujets , et suivant le degré de constrictîon de la partie affectée , ou suivant la position du local dans lequel se trouve la cause du mal. Tout cela se fait au moyen des couches de Forgane cellulaire; elles agissent l’une sur l’autre,
SUR LE TISSU MUQUEUX. ^5g
comme nous le remarquons plus haut ^ elles se renvoient les humeurs qu’elles contiennent. Il est sans doute difficile de déterminer exactement l’ordre précis de ces efforts et celui des dérangeinens qui en résultent mais il ne faut pas imaginer que tous ces rapports n’aient pas de lois précises; quelque irréguliers qu’ils paroissent , on entrevoit , lorsqu’on y fait attention , qu’ils ont une marche réglée , et que , si on est si peu avancé là-dessus , c’est qu’on ne s’est pas attaché à faire des observations bien suivies.
LXXXVII. Il est, par exemple , aisé de démontrer que les dérangemens de la plèvre font plus d’impression sur la partie supérieure du corps , le visage , les bras et les mains , que celles du péritoine ^ celles-ci agissent beaucoup sur les parties inférieures, dans lesquelles il faut toujours bien distinguer ce qui dépend du poids général de tout le corps , d’avec ce qui dépend de la diminution ou de l’augmentation d’action de l’organe cellulaire. 11 y a aussi des parties du tronc qui agissent, pour ainsi dire , indifféremment sur les extrémités supérieures ou sur les inferieures. On a lieu de l’observer dans les indispositions du foie et de la rate , dont les départeinens s’étendent dans tout le côté qu’elles occupent. Pourquoi? parce que ces viscères se trouvent, pour ainsi dire , à l’aboutissant de la plèvre et du péritoine ^ ils sont joints au diaphragme , dont le mouvement s’étend en haut et en bas , comme nous le disions ci-dessus (n° lxxviii) ; il n’est donc pas surprenant que les parties du bas-ventre puissent quelquefois agir sur les extrémités supérieures , tandis que celles de la poitrine agissent sur les inférieures. Nous avons vn des tumeurs au mésentère causer des toux , des crachemens et des hydropisies de poitrine ; et des douleurs des testituîes répondre aux mamelles du côté du testicule affecté , ainsi que des grosseurs aux bourses , aux cuisses et aux genoux , à la suite des affections de poitrine , etc. etc.
LXXXVIII. L’action de la substance cellulaire dont il est question , paroît se borner , suivant la plupart des exemples que nous avons rapportés , aux cas dans lesquels il y a quelque étranglement ou quelque noyau dans le tissu cellulaire ; mais il est des cas dans lesquels cette action se fait très-bien sentir, quoiqu’il n’y ait point de suppuration. On voit tous les jou^'s que les gens qui ont des rhumatismes aux extrémités supérieures ou inférieures , ne peuvent pas même respirer sans que leurs douleurs augmentent ; elles sont plus fortes dans l’inspiration que dans l’expiration, et cela vient du tiraillement que nous avons dit que les mouvemens du diaphragme opèrent sur tout l’organe cellulaire^ c’est ainsi que , dans ces mêmes rhumatismes , les malades ne sauroient remuer un membre sans que le mouvement ne réponde aux parties les plus éloignées j tout le tissu cellulaire est alors pris \ son état de gêne ou de maladie éclaire sur son action naturelle.
LXXXIX. Les bouffissures générales prouvent la même vérité. Rapportons un seul exemple , qui revient à bien d’autres qu’on trouve très-communément en pratique. Un enfant sujet à une évacuation périodique de sang par les narines, fit des remèdes qui
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suspendirent cette e'vacuation ^ il devint bouffi ou enflé de tout le corps , surtout de la partie supérieure ; la fièvre et la difficulté de respirer étoient très-marquées ^ les parties inférieures se gonflèrent à la suite d’une saignée au pied , et la fièvre diminuant , l’enflure diminuoit à proportion j mais la difficulté de respirer augmentoit ; enfin , le malade ne put plus se coucher que du côté droit ; toute son enflure disparut, et il mourut avec une suppuration au poumon , du côté sur lequel il se couchoit , et qui se trouva aussi plein d’eau. Cet exemple seul met dans le plus grand jour l’action de l’organe cellulaire , les voies que les liqueurs se fraient dans les cavités , les étrangicmens qui causent certaines bouffissures , et l’équilibration des parties internes et des externes j tout cela est une suite de ce que nous avons souvent répété , et se présente dans bien des maladies , surtout dans l’histoire des métastases. Il fau» droit à présent pouvoir faire une application bien circonstanciée de la théorie du tissu cellulaire à l’histoire des maladies. Voici notre essai à l’égard de cette application.
XC. Qui lit aujourd’hui Hippocrate ? quelques médecins entraînés par un penchant invincible — Qui entend Hippocrate, parmi ceux qui le lisent? très-peu de têtes privilégiées. Nous n’entendons presque point les ouvrages d’Hippocrate ! Je ne parle pas des mots , des variantes , des traductions et des autres maigres objets des philologues ; tout est dit à cet égard. Je parle des choses , de la méthode , de l’esprit , du système qui se trouve dans les œuvres d’Hippocrate , à travers beaucoup d’erreurs , et dont on ne sait que des lambeaux , comme de la langue de Palmyre. On peut être aujourd’hui très-éclairé et peut-être médecin, sans avoir étudié ses ouvrages.... J’en appelle à tous les praticiens répandus dans l’Europe. Mais j’en appelle aussi au petit nombre de ceux qui ont le goût de la médecine J’ose leur présenter trois ou quatre
petites réflexions sur les Prénotions de Cos , ouvrage d’Hippocrate (ou , comme je le crois , de plusieurs autres médecins). J’étu— diois ces Prénotions il y a vingt-cinq ans , avec mon ami Lamure , aujourd’hui professeur de Montpellier. Nous suivions les maladies, et chacun cherchoit de son coté l’explication , la clef et les fondemens de quelques Sentences d’Hippocrate ; elles ne nous rebutoient pas , quoiqu’elles soient très -fastidieuses , trèsinintelligibles , en partant des systèmes reçus dans notre siècle , et auxquels le public s’est accoutumé comme les médecins. Mes réflexions n’ont point déplu à mon ami Venel , aussi professeur de Montpellier ; nous faisions des tentatives journalières , pendant nos jeunes années , qui se sont écoulées dans les hôpitaux , auprès des malades. Ces réflexions peuvent paroître devant d’autres juges, après avoir mérité l’indulgence de ces deux -là. Plût à Dieu qu’ils eussent fait part au public de leurs remarques I Je n’aurois point risqué les miennes. Celles qu’on va lire ont rapport à l’organe cellulaire de la poitrine et à des mahidies de cette cavité propres au même organe. Je désirerois une explication des Prénotions de Cos , mise à la portée de tous les François qui s’oc-
cupent (3e la medecine , ou qui voient des malades pour voir des maladies , qui sont attaches a leur état avec la modestie , les précautions , la retenue , la sagesse , le goût et les lumières qu’il exige. Pailera qui voudra à ceux qui, du soir au matin, courent les rues et les chemins , et qui ne cherchent que des pratiques, des places , des richesses et les brujans éloges de la multitude !
XCI. « La suppuration du poumon , accompagnée de douleurs » vers le cou ou à la clavicule , et quelquefois du côté du ventre » annonce que la quantité de la matière du dépôt est considéra- » ble , dit Hippocrate (Coac. n° xviii. Fœsius) ». Le fait est-il vrai . J en réponds pour 1 avoir observe. La raison n’en est-elle point évidente par ce qui a été exposé de la poche cellulaire, dans laquelle le poumon est emboîté (n« lu) ? Cette poche jette des productions du côté de la trachée-artère et du cou : elle en jette du côté du ventre ou du diaphragme. Il est donc évident qu’un depot dont la masse est considérable peut tirailler toute la ^che et porter une impression remarquable vers le cou et le ventre du cote ailecte.^ Je crois qvie cette impression arrive , non-seulement dans le depot de la peripneumonie qui affecte seulement la substance cellulaire du poumon • mais principalement lorsque la plevre est interessee par ce dépôt, et qu’il s’est formé une adhéren^ce entre elle et le poumon. Il est certain que ce tiraillement s observe dans la pleuresie , sans la présence des autres symptômes détaillés dans la Sentence d’Hippocrate. Les vieilles éc(ïles expliquoient ces phénomènes à peu près comme nous les expliquons ; les ec<3les modernes ont détourné les yeux de ces explicaîions trop difhciles a concilier avec les lois de la circulation des humeurs dans des vaisseaux artériels et veineux , tant lymphatiques que sanguins; ces inemes explications trouvent encore plus d’obstacles dans la méthode de traitement généralement adoptée. Il faut aussi faire une remarque qui servira , une fois pour toutes , dans les reflexions suivantes ; c’est qu’il ne sera question , dans ces réflexions , (jue de la manière d’agir du tissu cellulaire, sans toucher a celle des vaisseaux sanguins ni à celle des nerfs de chaque partie. Il est certain que les fonctmns de quelque organe que ce puisse etie , s exercent , tant dans l’état de santé que dans celui de maladie, a la faveur des nerfs , des vaisseaux et du tissu celluaire. Le seul moyen de combiner l’action de ces trois causes differentes, est de les examiner d’abord les unes après les autres, ou chacune en particulier. Nous sommes bornés ici au tissu cellulaire, et c est a lui que nous attribuons principalement les plié-
ceTan'cIe Sentence d’Hippocrate, rapportée dans
XCII. n On peut s’attendre à une parotide considérable dans » un malade qui a la respiration gênée , avec tension dans l’hy- » pocondre , la fievre aigue et quelques frissonnemens , dit Hip- » pocrate »• (Coac. , „o cvn.)Il dit aussi ,, que les malades bilieux » attaques d une fievre aigue avec la tension de l’hynocondre et la >. respiration difficile , sont sujets aux abcès vers les omlles » . (Coac
» n"’ cxxvi.)Enfîn , il prétend que « ceux qui, ayant la fièvre cou- » tinue avec de fréquentes et de légères sueurs, avec une tension » de rtijpocondre , sont très-gravement malades , surtout s’il se » joint aux autres accidens une vive douleur vers le cou. » ( Coac. ,
» n*^ XXXII. ) Quiconque douteroit de la vérité de ces Sentences ^ feroit l’aveu de son inexpérience ou de son peu de talent pour observer. Je ne dis point que les parotides , les abcès aux oreilles et les vives douleurs du cou arrivent toujours aux malades qui ont les accidens détaillés par le médecin de Cos. Je sais que les traitemens ordinaires font avorter ces abcès et ces douleurs plus ou moins sûrement, à proportion qu’ils sont plus ou moins décidés et hardis; mais je sais , pour en avoir été le témoin , que , malgré ces traitemens portés au dernier point d’activité , les parotides , les abcès et les douleurs paroissent souvent. Je cherche un médecin assez instruit jjour mesurer ses coups au point de distinguer des essais critiques légers , ou des douleurs et des tumeurs passagères qu’il peut faire disparoître , sans inconvénient , d’avec celles où il faut obéir à la nature. Hippocrate n’a dit que ce qu’il a vu.
Ses assertions sont ordinairement d’espèce à n’avoir pu être imaginées. Mais il n’a pas prétendu que les lois qu’il s’étoit faites soient irréfragables : il a peint les malades dans l’état où il les trouvoit au moment où il les observoit. Or, à ce point-là , quelle que soit la manière dont ils y sont parvenus , si on livre la maladie à ellemême , certainement le pronostic de Cos aura lieu : d’où il suit qu’une pareille marche est dans la nature. La chose ne peut etre autrement : elle est de toute nécessité , vu la position et le mécanisme de la substance cellulaire de la poitrine. 'Tension dans l’\ypocondre , c’est-à-dire , engorgement dans la base de la poche cellulaire , adossée au diaphragme (n® lxxvi) et dans le tissu qui tapisse tout le dehors de l’hypocondre ; engorgement , engouement, réplétion de matière muqueuse dans les interstices de la substance cellulaire , bouleversement , fontes , exfoliation de ses couches les plus déliées. Tout cela porté au point de faire tension , poids , sans douleur fixe , sans noyau décidément inflammatoire. La respiration gênée : même état dans la substance du poumon de ce côte ; même état dans le tissu cellulaire qui enveloppe les cotés , sans point de côté marqué. Fièvre aigue , dont le noyau n’est pas déterminé par un point d’inflammation dans le poumon , ni aux environs. Frissonnemens , symptômes d’irritation et du labeur de toutes ces membranes, La parotide va se gonjler , parce qu’elle ' est précisément placée à la pointe , à l’aboutissant de la poche cel- î luiaire de la poitrine , qui se combine , tant avec celle du dedans , , que celle du dehors du cou ( n° lxyi). Toute la matière mobile ! et en partie cuite , ét tout l’effort de la maladie vont se porter vers cet aboutissant et y faire dépôt. En un mot, c’est, pour ainsi i dire, un épanchement général de gelée ou de matière coëneuse ’ dans toutes les parois externes de toute la poche cellulaire de la i poitrine; et cette poche qui a coutume de porter vers le cou et ! la parotide des fusées continuelles de transpiration, y portera des i fusées de matières presque purulentes. La seconde Sentence dTlip- >
jiocre'ite que nous examinons , est une suite de la première : les frissonnemens n’étant point de la partie, la tournure purulente de la matière et l’irritation des membranes sont moins à craindre ; d’ailleurs le sujet bilieux avec l’hypocondre affecté , peut porter quelques fusées vers le foie et les entrailles : cette seconde sentence est donc et doit être moins assurée pour l’apparition de la parotide. Quant à la troisième, tout est égal avec la première; mais ici il y a , au lieu de la parotide , une vive douleur au cou , pai ce que la crise se change en spasme et en effort douloureux , et que cet effort empêche le gonflement de la parotide. Ainsi une vive colique empêche les sécrétions du ventre. Le malade n’en est pes moins gravement affecté; il vaudroit sans doute mieux pour lui que la parotide se décidât, sans quoi la matière risque de croupir dans l’intérieur de la poitrine, et pourra y occasionner un affaissement gangreneux : c’est ce qui arrive dans certaines pleurésies, et les fluxions de poitrine où la matière des crachats gagne le dehors du poumon , au lieu de gagner le dedans , du côté de la trachée.
XCIII. Mais, dira quelqu’un , ce système, ce langage dérange la théorie moderne, qui est fondée sur des principes incontestables ; ce tissu cellulaire engorgé , ces poches qui font un effort pour s’évacuer, ces fusées dans l’intérieur de sa substance, tout cela est supposé et ne peut tenir vis-à-vis des connoissances du siècle : elles démontrent que toutes les scènes des maladies se passent dans les vaisseaux. D’ailleurs (ajoutera le même théoricien), je vais renverser ce prétendu appareil criticjue : fùt-il aussi certain qu’on le suppose , peu m’importe ; je passerai par-dessus. Je foule aux pieds ce jargon des anciens, qui n’est que l’aveu tacite ou l’expression de l’ignorance de la circulation. Ainsi parle un partisan de la médecine moderne ; mais ces assertions tranchantes devenues les aphorismes de nos jours , et qui ont pris la place de ceux de l’ancienne médecine , ne sont pas sans réplique. D’abord , il n’est pas question d’établir un plan de traitement. Qui oseroit prendre sur lui de s’opposer de front à l’activité de la méthode reçue? On cherche seulement à la modérer, s’il est possible; ou plutôt , on voudroit essayer de la rapprocher des observations d’Hippocrate; on voudroit trouver le moyen de concilier quelques dogmes de la médecine moderne avec ceux de la médecine ancienne : les praticiens qui se conduisent par les découvertes du siècle , au point de leur confier leur méthode, et avec elle la vie de leurs malades , n’ont point à se plaindre de nos tentatives. Nous proposons une théorie qui paroît plus conforme aux assertions d’Hippocrate , que la théorie de la circulation des humeurs dans leurs vaisseaux ; et voilà tout. On en concluera que si l’impossibilité d’expliquer les observations d’Hippocrate a fait douter de leur existence et de leur utilité , cette raison ne milite plus contre elles, puisqu’on les explique et qu’on les analyse assez clairement par la théorie du tissu cellulaire. Or, il est certain que l’impossibilité d’expliquer cc^ observations , et le peu de rapport qu’on leur
a trouvé avec Fhistoire de la circulation , les a d’abord rendues très-suspectes et ensuite les a fait oublier et mépriser. La même histoire de la circulation a fait adopter avidement les remèdes et les méthodes de traitement qui en ont paru les corollaires nécessaires , etc.
XCIV. Hippocrate lui-même servira à le commenter et à l’expliquer. Il dit (Aphor. i8, sect. 4) que « les douleurs situées au- » dessus du diaphragme, doivent, lorsqu’il est nécessaire de pur- » ger, être purgées par le haut, et celles situées au-dessous du î> diaphragme doivent être purgées par le bas ». Il parle aussi (Aphor. 54 , sect. y) u de la pituite qui se place entre le diaphragme ï) et le bas-ventre , et qui ne pouvant s’évacuer par aucun des « ventres ( in neiitrum venlrem^ , se fraie une route par les urines » et termine les maladies ». Que signifient ces deux ventres , ces douleurs situées au-dessus du diaphragme , pour lesquelles il faut faire vomir et expectorer, et celles situées au-dessous pour lesquelles il faut purger par bas ? que signifie aussi cette division du corps en partie supérieure ou au-dessus du diaphragme , et en partie inférieure ou au-dessous du diaphragme ? Rien dans la théorie ordinaire^ car assurément l’aorte descendante et l’ascendante, les rameaux qu’elles fournissent, l’aorte et l’artère pulmonaire , les nerfs , rien de tout cela ne donne la solution de cette singulière division du corps au moyen du diaphragme. Mais la poche cellulaire de la poitrine et celle du bas-ventre (11° lxxviii) rendent le langage d’Hippocrate très-intelligible. Ces deux poches sont adossées l’une à l’autre , au moyen du diaphragme sur lequel elles s’appuient : elles forment ainsi une division toute naturelle. La supérieure, qui est la plèvre, porte ses humeurs vers les parties supérieures , la gorge , le cou , la bouche , les parotides : ce sont les voies par lesquelles elle s’évacue. Le vomissement et les crachats la dégorgent singulièrement , et c’est là ce qui s’appelle , suivant Hippocrate, une purgation par le haut. La poche inférieure tend vers le bas , et porte ses humeurs vers la vessie et le basventre. Voilà ce haut et ce bas clairement expliqués; de même que les limites transversales et attenant le diaphragme , qui séparent le corps en deux , ou les poches cellulaires en supérieures et en inférieures.
XCV. C’est donc avec raison qu’on a regardé la totalité du poumon et de la plèvre et de ses productions ( dans certaines maladies) comme une manière de pyramide cellulaire dont la base porte sur le diaphragme, et dont la pointe remonte jusqu’au cou. (Voy. Thés. Aquitan. Minerai, aqiiœ. ) C’est dans l’intérieur et le tissu de cette pyramide que se niche la matière des maladies de la poitrine , et particulièrement celles dont parle Hippocrate (xci et xcii). Ces maladies sont catarrhales; je les ai vues souvent accompagner les 1 constitutions catarrheuses , et faire, pour ainsi dire , les extrêmes j de ces constitutions. Des fluxions aux yeux , au nez , au visage , à la poitrine, à la gorge , en un mot, tous les accidens de cette* classe ont coutume d’être épidémiques, lorsqu’il se rencontre des.
maladies pareilles à celles dont il est question dans les Sentences rapportées ( xci et xcii ). Ces accidens ou ces incommodités et ces maladies ne diffèrent que par nuances. La poche cellulaire de la poitrine est toujours plus ou moins engorgée en ces cas-là^ et la nature se fait des aboutissans , ou par des fluxions ou des crachats, ou des grosseurs aux glandes. L’une de ces évacuations supplée aux autres; aussi Hippocrate l’a-t-il annoncé ( Coac. , n° cciv ). « Les toux légères avec la salivation font avorter les parotides ». Tout cela ne peut arriver que par le rapport des parotides avec l’intérieur de la gorge : le tissu cellulaire a sa part dans ce rapport. C’est lui qui fournit la route aux courans de toutes ces humeurs “ lui plutôt que les vaisseaux ; car voyez quel chemin énorme et étonnant les liqueurs auroient à faire pour aller de la poitrine et de la plèvre à la parotide et à la gorge en suivant les vaisseaux de la circulation.
XCVI. Voyez aussi , puisque nous en sommes à l’exameii de cette colonne cellulaire de la poitrine dont l’engorgement occasionne en partie les maladies catarrhales et le dégorgement indique leurs crises; voyez, dis-je, si elle ne pourroit pas servir à trouver la raison d’une Sentence de Cos que voici. La langue enduite dans » sa ligne médiane d’une sorte de colle ou d’escarre bipn blanche , » annonce la terminaison de la fièvre. Cette terminaison ai'rivera » le jour même si l’escarre est épaisse et considérable^ si celle-ci » est légère , il faut attendre la terminaison pour le lendemain ou » pour des jours plus éloignés à proportion de la petitesse de l’es- » carre. H y a les mêmes espérances à avoir si le petit bout de la » langue passe par les mêmes changemens que le milieu • mais ces » espérances sont moins fondées, lorsque les phénomènes indiqués » arrivent seulement à ce petit bout et non au milieu ». (Coac. ,
ccxxx. ) Oseroit on proposer aux partisans de la théorie de la circulation et de celle des séries des vaisseaux de tenter l’explication de cette sentence? Comment s’y prendroient-ils ? Il y en auroit sans doute qui trouveroient plus commode de rompre prestement le nœud que de travailler à le dénouer avec sagesse. Ils nieroient le fait : ils le regarderoient comme un obscur et inutile galimatias. Mais indépendamment de ce que cette sentence est avouée et même assez bien entendue par les anciens commentateurs d’Hippocrate; nous le dirons sans hésiter, il faudroit être d’une insigne hardiesse pour nier la vérité de ce fait. Tous les médecins sont à portée de l’observer ; ils le rencontrent tous les jours; ils l’évaluent au moins par une sorte d’instinct que la pratique donne. La Sentence est en un mot assez vraie et d’un assez bon usage pour ceux qui cherchent à connoître la marche des maladies. Voici quelques aperçus propres à rendre plus traitables les téméraires qui oseroient ne pas y faire assez d’attention : « Je ne crois point qu’il se «fasse dans toutes les circonstances, un transport des matières » dans les développemens critiques de la poche cellulaire de la
» poitrine et du cou Ces développemens se font quelquefois
» couche par couche.... Ainsi le bout de la langue commence par
» se nettoyer quelquefois dans les maladies , et quelquefois elle se )) nettoie par parties ^ ce qui peut changer quelque chose au pro-
» nostic de la maladie Ainsi dans les érysipèles et la petite-
>) vérole, la face se nettoie avant le corps.... Ainsi les yeux et les » autres parties de la face annoncent des changemens heureux
» dans les hypocondres Ainsi les extrémités supérieures de la
» poche cellulaire qui pèse sur le diaphragme et qui compose le » fond de la poitrine, se dégorgent les unes après les autres et » par couches, jusqu’à ce que la nature arrive au dégorgement 5» de la base de la poche ou du lieu le plus profond ». Ceci est tiré de la Thés. Aquit. Miner, aqiiœ. Il est donc dans la nature que les extrémités supérieures de la poche qui contient la matière des maladies, commencent à prendre (comme par une végétation pereille à celle des sommités d’une plante) une sorte de mouvement qui dénote un commencement de coction. Ce mouvement n’est qu’une coction déjà faite ) c’est un suintement de matière cuite , une exfoliation de quelques couches de tissu cellulaire , une expression de matière muqueuse et gluante dont la nature se débarrasse. Pourquoi la nature marche-t-elle ainsi en indiquant ses mouvemens à l’extrémité des parties ? Parce que cette extrémité est la pointe ou l’aboutissant vers lequel la matière cuite trouve , pour s’évacuer, une route constamment frayée par la transpiration, dans l’état de santé. Or la langue et son tissu cellulaire sont , ainsi que les autres parties du visage , à l’extrémité du tissu cellulaire de la poitrine (n° lxvi)j la langue tire aussi son tissu cellulaire de l’œsophage de l’estomac , et voilà ( pour le dire en passant) pourquoi elle sert d’indice ou qu’elle est sujette à divers phénomènes dans les maladies de la poitrine et dans celle de l’estomac. Hippocrate embrasse toutes ces maladies dans sa sentence; il a donné l’histoire du fait que nous rendrions comme il suit , afin qu’il fut plus intelligible. Le sommet de la langue est trop sujet à être desséché par l’air que le malade respire , ou à être décrassé par les boissons, pour qu’on puisse asseoir un jugement bien fixe sur les changemens qui arrivent à cette petite partie. Cependant on peut toujours espérer la coction et une crise prochaine , lorsque le sommet de la langue se couvre d’une matière gluante qui laisse apercevoir un fonds de chair nette et couleur de rose plus ou moins tendre. Si vous voulez assurer un pronostic sur la langue, regardez-la dans son entier et notamment du côté de la ligne médiane : elle se remplit d’une colle liante et blanche aux approches des crises , et plus cette colle est visible et semble former une escarre , et plus la crise est prochaine. Ce suintement arrive en partie par la maturation de la matière qui croupissoit dans les glandes de la langue , surtout vers son fonds attenant un trou qui semble s’étendre du côté de la base de la langue : c’est là un émonctoire d’où partent les premières étincelles de la coction. Ceux qui ne l’auroient pas observé seront bientôt à portée de le faire sur les malades. J’en ai vu dont toute la langue s’enduisoit dans son milieu d’une matière approchante du blanc d’œuf ( maieries spermaiica.)
JVn ai vu chez qui cette matière s’attachoit au palais, et liloit de la langue au jpalais comme de la glue : elle est ordinairement suivie Tune révolution notable et favorable. Mais il n’est point inutile de remarquer que les boissons amples et réitérées qui sont d’usage dans nos climats , diminuent la quantité de cette matière , et rendent souvent la langue inutile à observer. Ce n’est pas certainement le seul ni le plus considérable inconvénient de ces boissons tant prônées dans les maladies aiguës.
XCMI. 1°. « Le point de côté qui survient après l’établissement ») d’uneparotide considérable, la fièvre étant toujours dans le même » état , annonce l’affaissement et la mort du malade » , suivant notre maître de Gos (Coac. , n° lx). 2°. <( Le serrement de la gorge » qui se joint à un point de côté considérable peut faire attendre » la suppuration ». (Coac. , n'^ cxiii. i Comme j’ai vu la confirmation de la première Sentence , soit dan's le cas d’une parotide bien formée , soit dans le cas d’une sorte d’abcès à l’oreille , je suis fort aise de trouver l’explication de ce phénomène. Tout le monde dit en pareil cas, que c’est un reflux des matières^ mais pourquoi ce reflux se fait-il sur le côté ? Parce que c’est du côté et de tout le tissu cellulaire des environs que la matière partait ; c’étoitla base de la colonne de matière catharreuse ; cette base s’affaisse , elle fléchit , elle se gangrène, et voilà l’origine du point de côté. On auroit beau chercher, 011 ne trouverait jamais des vaisseaux propres à faire ce transport , que permet le tissu cellulaire tendu , engorgé , grippé , pour ainsi dire , contre la parotide ; comme nous l’avons expliqué ci-dessus ( n'' xcv ). Il est bon de remarquer que les traducteurs d’Hippocrate ont trouvé que la Sentence annonçait la mort avec une sorte d’affaissenient paralytique i je l’ai vu précisément de cette espèce dans deux abcès à l’oreille avec une tension des environs , ou avec une sorte de parotide ueoriée ou eparpillée. Il y avait quelque chose qui intéressait le cerveau. Les malades moururent avec une forte douleur de côté avant de tomber dans l’agonie. On comprend aisément que ceux qui \oy oient un de ces malades avec moi s ecrioient , a la fievre ma™ ligne î II faut évacuer ! Moi j’j voyois une poitrine empâtée et pleine de la matière dont une partie étoit retombée de la tête ; j’admirois la précision et la vérité de la Sentence de Cos , que j’avois étudiée et meditee dans une autre occasion. La seconde Sentence dont il s’agit dans cet article, se vérifie pour ceux qui savent la voir et la chercher; elle est ordinairement accompagnée de la I suppression des crachats, et on la trouve quelquefois dans les ma-* j ladies lentes. Hans les aigues , la fluxion catarrheuse de la poitrine I semble aller son train et même cesser à la suite des remèdes généraux. La fièvre disparoît presque entièrement ( on saisit souvent I ce moment pour placer des purgatifs) ; les crachats cessent ou di- : minuent ; la gorge s’irrite , se serre , se dessèche ; le point de côté ' se décide au moment où l’on s’y attend le moins; la fièvre^ dont 1 on prélendoit que les purgatifs avoient emporté \e foyer , reprend ; les Cl achats deYiennent plus ou moins ensanglantes , et quelques
jours après , purulens. Je suis fâché d’être obligé de dire que j’ai vu cet accident arriver après l’application des purgatifs. Les saignées ayant étouffé la fièvre et facilité les mouvemens de la respiration , on ne pensoit qu’aux premières voies , à la saburre. Il y a à parier qu’Hippocrate auroit pensé aux crachats , et s’il avoit fallu purger , il eût purgé par le haut , sursum. Je suis bien trompé si cette marche n’en vaudroit pas une autre. Que disje ? Je parle peut-être trop foiblement sur l’usage des purgatifs en pareil cas!
XCVHI. Les phénomènes des maux de gorge viennent se plier tout naturellement à notre théorie. « Une grosseur qui se forme » aucou de quelqu’un qui est attaqué de l’angine , est un bon signe ;
» car la maladie cherche une issue vers le dehors » , dit l’Aphorisme , Sy, sect. 6. Il en est de même d’une élévation et de la rougeur qui surviennent en, pareil cas à la poitrine, suivant l’Aphôr. 49 » sect. 7. Ces assertions sont confirmées dans les Prénotions de Cos. Les preuves qui en constatent la vérité se rencontrent si souvent, que si on en rapportait des exemples, on ferait tort à (Ceux qui voient le moins de malades. Je dirai seulement ce dont j’ai été témoin dans des occasions oh se joignoit à l’angine un gonflement au cou , et une élévation considérable à la peau des parties voisines. Ce phénomène était regardé comme un accident très-grave, et on s’écriait : augmentation de mal n’est pas santé ! Il m’est arrivé d’indiquer la Sentence de Cos ; on m’écoutoit , et lorsque j’en etois à la clause qui dit , que la maladie cherche une issue au dehors , on m’arrêtoit ; on me disoit que cela ne pouvoit être , puisqu’il faudroit que du centre de l’inflammation de l’angine, il partît une artère pour porter la matière au dehors : or cette artère n’existe point; ainsi Hippocrate a mis en avant une chose impossible. Un coup d’œil sur notre tissu cellulairCi auroit sauve l’honneur de Cos, et souvent épargné bien des saignées et quelquefois pire au malade. Je dois pourtant convenir que j’ai vu traiter des malades d’après cette idée , et qu’ils résistoient aux remèdes employés pour détruire l’inflammation extérieure regardée comme une nouvelle maladie , comme une suite de l’excessive pléthore, comme un effet de l’acrimonie érisypélateuse et de l’abondance du foyer des premières voies qui ne cessoit de fournir des sucs âcres et épais. J’ai vu des malades résister aux conséquences de toutes ces assertions triviales ; mais j’en ai vu périr ; et j ai toujours craint des principes qui peuvent se présenter à des imaginations préoccupées, sous autant de couleurs que le caméléon. Quoi qu’il en soit , le transport de l’engorgement du dedans audehors (qu’il faut bien distinguer d’un gonflement qui se fait en même temps au dedans et au dehors), ne peut avoir lieu au moyen des vaisseaux ; mais il est très-facile par le tissu cellulaire ; en effet , celui de la poche externe du cou communique vers la gorge avec la poche interne (n® lxvi ). J’ai vu quelquefois une tumeur comme une manière de parotide , se former et dégager l’intérieur de la gorge en très-peu de temps ; cette tumeur ex-
térieure sembloit faire l’office d’une ventouse qui attiroit la matière au dehors. J’ai ensuite observé cette tumeur diminuer et la gorge s’embarrasser de nouveau , et puis la tumeur reparoître et se résoudre en suppurant ou finissant par des crachats qui sortoient du dedans de la gorge. Je suivois , pour ainsi dire , la marche de la matière qui flottoit du dedans de la gorge au dehors et du dehors au dedans, quelquefois même jusque dans le tissu de la langue, du coté affecté. Si ces observations ne démontrent point la constitution spongieuse du tissu cellulaire, et que c’est lui qui donne passage à ces matières qui vont et viennent, il n’y a rien de sur en médecine. Je connois les ressources que peuvent fournir les anastomoses des vaisseaux sanguins pour l’explication
la
(n xci ) qu il n est pas question ici de ce qui arrive aux vaisseaux sanguins dans les maladies. 2^. Il doit encore moins être question de l’examen des anastomoses, eu égard aux lois qu’on prétend donner, au sujet de la circulation. 3^ Il peut y avoir quelque chose d’érysipélateux dans les phénomènes de l’angine ; mais la sentence porte principalement sur les grosseurs et les tumeur^. Elle me paroit en général , plus vraie dans ces cas-îà que lorsqu’il n’y a que des rougeurs érysipélateuses aplaties et sans élévation • celles-ci gagnent quelquefois le dehors sans abandonner le dedans^ ou bien elles y laissent des plaques gangréneuses. Il faut prendre la sentence dans le sens strict de notre maître de Cos , et ne point oublier les exceptions auxquelles elle peut être sujette. Ces exceptions peuvent avoir heu, 1°. lorsque la tumeur interne du mal de gorge se forme en même temps que l’externe : celle-ci ne peut alors être regardée comme succédant à l’autre , 2°. dans le cas où le mal de gorge est érysipélateux, gangréneux et presque sans enüure ; alors le dehors du col et de la poitrine , même la peau de tout le corps se couvrent d’une rougeur quelquefois très suspecte. Cette rougeur peut, suivant Hippocrate lui-même^ rentrer et tomber dans l’intérieur. J’ai vu cet accident.
XCIX. (( Lorsque l’angine disparoît et qu’elle tombe sur le pou- » mon, il faut attendre la mort au septième jour, passé lequel il » se formera une suppuration. (Aphor. io,sect. 5. ) La matière » de 1 angine se porte au dedans , lorsque ayant disparu , elle fa- « tigue le poumon , et que le malade respire difficilement (Coac.. y n^» cccLxvii). « Il y a déjà long-temps que ces jeniences m’ont I singulièrement étonné, pour la première fois. Je voyois un mé- ! decin (Daban de Pau ) attaqué d’un mal de gorge pour lequel il i se fit saigner deux fois du bras, une fois du pied, et puis il se pur- » gea. Je trailois le malade comme un très-jeune médecin en traite [ un autre âgé de cinquante ans. La gorge paroissoit en bon état [lorsque tout d’un coup le malade tomba, vers le cinquième jour [de la maladie, dans un étoufïèment considérable. H regarda cet accident comme un signe de l’inflammation du poumon : la poitrine s’engorgeoit ; je proposai l’applicatioiî d’un vésicatoire à la
Duque ou derrière les oreilles j le malade n’y consentit point , craignant d’augmenter le feu et l’irrita lion : il me dit qu’il falloit le saigner de la langue, pour faire une déri^alion \ eYS la gorge; accusant la saignée du pied , qui avoit fait , suivant lui , une révulsion trop considérable. J’essayois en vain de lui faire sentir le peu de rapport qu’il 3^ a entre les vaisseaux sanguins du poumon et ceux de la langue ; il fallut que je le saignasse moi-même aux veines de la langue; il ])erdit beaucoup de sang ; il s’affoiblit ; la poitrine s’engorgea entièiement ; la tête se prit , et le malade mourut vers le septième jour. Je fis d’inutiles recherches dans les auteurs ordinaires. Sydenham ne spécifie pas cet accident. Baglivi en dit quelque chose, et notamment au sujet du pouls que je trouvai dans mon malade , tel que Baglivi le décrit , égal , mou , plein , fort et paroissant bon (signe terrible en pareil cas, et dont il est question dans les Jxecherches sur le pouls). Willis ne parle pas de F angine. Feriiel , Houlier ne disent que des généralités , de même que nos professeurs modernes. Benivenius , qui me coiihrmoit dans ce que Ceîse avoit écrit, s’étoit bien trouvé des scarifications ; il avoit touché au but , et suivant l’esprit de la sentence d’Hippoci’ate. Mon malade ne voulut pas y entendre, et je puis assurer que son entêtement venoit du système qu’il s’éto’t fait sur îa circulation du sang. ïl vouloil enlever le sang qui croupissoit dans le poumon , en le dérivant vers la gorge : projet fou , et que dicta Figiiorance des lois véritables de la circulation î Rirai-je que i’ai vu plus d’un praticien qui parloit beaucoup de ces lois , et qui ne les entendoient pas mieux que mon malade } Usine disoient froidement que la saignée du bras dégorge le poumon , parce que le bras et le poumon reçoivent des branches du même tronc; que la saignée du pied porte à la poitrine, parce que la tête , le poumon et les jambes ont des vaisseaux provenaiis du même tronc , et que par conséquent , la colonne du sang attirée par la saignée du/pied tombe d’abord sur le poumon, etc. Ce dont je ne puis douter, c’est que le transport vers le poumon s’étoit fait , dans mon malade, comme il se fait du dedans de la gorge au dehors, c’est-à-dire , an moyen du tissu cellulaire. Il arrive quelquefois qu’après la chute de la matière sur le pounion la nature reprend des forces, la maladie se change en péripneumonie qui suppure; et cela parce que la matière qui fait le dépôt a déjà pris une disposition prochaine à la suppuration , pendant le temps qu’a duré i’angine. C’est ce qu’indique la sentence de Cos. Elle prend pour terme, le septième jour auquel la gangrené est faite, ou bien la suppuration arrive. Il est vrai qu’Hippocrate a pris un terme ou un jour différent dans un autre de ses ouvrages. « Si dans
» une angine la gorge paroissant guérir et la tumeur a^naiit.
» disparu, la maladie tombe sur le poumon, alors la fièvre et le* » point de côté paroissent , et le malade meurt ordinairement.
» Mais s’il résiste pendant cinq jours , il se formera une siippu-- « ration , à moins que la toux ne survienne ; car alors les crachats^ ») deviennent abondais, et le malade entre en convalescence.
» {De inorbis , lib. 2. ). » îî y a donc trois cas particuliers à dis*tinguer dans cette chute de l’angine. Dans le premier^ la gangrène est faite au septième jour ^ passe lequel la suppuration l’établit. Dans le second , la suppuration arrive après le c/ncjiiièm.e jour ^ et dans le troisième , la toux amène des crachats critiques. Cette troisième tournure est sans doute la plus favorable ; c’est celle où le poumon foncièrement bien disposé se trouve avoir assez, de force pour cuire et rejeter par la toux la matière de la fluxion. Dans la seconde, la suppuration arrive, suivant notre maître , le cinquième jour, et dans la première la gangrène est à craindre jusqu’au septième. N’y a-t-il pas une contradiction évidente eptre ces deux textes ? Prenez garde qu’ils n’expriment pas, l’iin et l’autre , le meme degré de maladie. Tantôt le malade étouffe dès ies premiers jours de la chute de l’angine; c’est lorsque la matière est gangréneuse et que le poumon a déjà souffert considérablement. Tantôt il résiste cinq jours , après lesquels arrive la suppuration ; c’est lorsque le poumon étoit déjà affecté , sans qu’il fut, pour ainsi dire, entamé. Enfin la gangrène survient quelquefois au septième ^ c’est lorsque la péripneumonie a eu le temps de parcourir tous ses temps, et de tomber en gangrène , ou d’y résister pour se disposer à la suppuration. Ainsi les différens énoncés d’Hipj^ocrate ne se contrarient point ; ils peignent des états de la même maladie , lesquels ne diffèrent que du plus au moins. Je crois que le plus sage est de prendre , pour le point le moins variable ou le plus assuré , le septième jourj il amène une révolution heureuse si c’est la suppuration , et malneureuse si c’est la gangrène. Il me paroît surtout important de remarquer que lors de la chute de l’angine sur le poumon , il n’y a que deux ressources’, la suppuration et les crathats. Or , les précurseurs de ces deux révolutions sont la douleii^ et la fievre , qu il faut bien se garder d’eteindre précipitamment. On tenteroit en vain la résolution d’une matière qui ayant déjà, pendant le cours de l’angine, reçu quelques degrés de coction, doit occasionner un dépôt ou bien être crachée si le poumon résiste à la gangrène. La fièvre est la grande et î’unique ressource; Hippocrate le répète en plusieurs endroits du livre de morbis , que nous venons de citer. Il le répète parce qu’il l’avoit vu , et non point parce qu’il l’avoit imaginé. Il faisoit ses tableaux d’après nature , et sur le sujet même. Nous ne saurions assez le publier dans un siècle où tant de médecins , et tant d’autres personnages sont , pour ainsi dire , à l’affût de la fièvre , pour la combattre dès qu’elle ose se montrer. Pauvre manœuvre , fondée sur l’impéritie , et qui pis est encore sur des opinions scientifiques ,
I mille fois plus dangereuses qu’une sage et modeste incertitude I I C. « La douleur de l’hypocondre , dans un malade attaqué de » l’angine , qui n’a point passé par la coction , jointe à l’acca- » blement et à la déperdition des forces, devient mortelle sans » qu’d paroisse y avoir lieu de s’en douter (Coac. n°cccLxxiv. ). »
I Cette sentence a beaucoup de rapport avec la seconde de Vart. oq. L’angine ayant disparu et étant réputée guérie^ l’amas se fait
n-,, RECHERCHES
sur le poumon d’une manière insensible ; les malades semblent être en convalescence ; la fièvre est à peine sensible , le depot se forme ; les forces diminuent,, les malades tombent dans la phthisie pulmonaire , ou meurent subitement. J’ai vu arriver cet accident d’une manière non équivoque à l’hôpital de la Charité de Paris ; le malade, qui avoit eu un mal de gorge et qui avoit été traité à l’ordinaire , étoit au point de sortir de l’hôpital ; il avoit pris congé , il avoit déjeuné comme cela se pratique un jour de congé ou de sortie.
Il mourut en sortant , et la poitrine fut trouvée pleine de matière purulente. J’ai vu dans le meme hôpital un malade qui paroissant en convalescence après un mal de gorge , mangea un oeuf le matin et mourut subiteinent.dans la journée. On s’en prit à l’indigestion ; mais dans le vrai la maladie n’avoit pas donné des signes de coction* il n’y avoit point eu de résolution ni d’évacuation critique. Enfin il m’est arrivé de voir mourir quelques malades en convalescence des maux de gorge , le jour même d’une médecine. J’v ai moi-même été pris , il y a dix-huit ans : je purgeai un vieillard , je le croyois guéri d’un mal de gorge qui avoit paru très-léger ; mon malade mourut pendant l’effet de la médecine. Ces exemples m’ont appris à respecter la sentence d’Hippocrate ; j’ai appris à craindre les suites d’une sorte de suintement qui se fait à travers le tissu cellulaire , et qui imbibe peu à peu toute la poitrine, et la mine sans qu’on s’en aperçoive.* J’ai enfin appris à me défier des angines étouffées J et avortées à force de saignées et de purgatifs. Les récidives , les phthisies pulmonaires, la mort même la plus imprévue sont les suites de ces traitemens peu mesurés. Je ne croirai jamais une angine véritable hors de tout' danger que lorsqu’il y aura eu des signes non équivoques de coction. C’est à quoi doivent, ce me semble, penser bien sérieusement ceux qui ne font point cas de ces sortes de révolutions critiques, ou qui ne veulent pas, disent-ils, croire aux crises et aux coctions. Ces efforts salutaires de la nature ( je l’assure hautement après l’avoir observé avec le plus d’attention qu’il m’a été possible) arrivent, même contre l’intention de celui qui traite la maladie , ou du moins à son insçu. La nature sauve quelquefois les malades à travers le chamaillis et la pétulejice du traitement. Il peut croître des fîéurs parmi les ronces et les épines. L’ivraie n’étouffe pas tout le bon grain. Détruire les ronces , arracher l’ivraie , voilà l’objet du médecin.
CL « Les malades attaqués de l’angine et qui ont la gorge sèche » et lisse , avec des crachats peu fournis , sont en danger ( Coac. , î> n° cccLXix ). La chute de l’angine sur le poumon est d’autant I » plus à craindre qu’il n’y a point eu de crachats (^ibid. n° ccclxiiî).
» Il faut tout craindre^pour les malades qui , étant attaqués de l’an- . » gine , ne crachent pas des matières cuites, le plus tôt possible l » ( ibid. n“ ccclxxi). Rien n’est si dangereux que l’angine dans la- ; » quelle il ne paroît au dehors aucun produit d’un effort salutaire i » [ibid. n^^ccCLXXii) ». Il a été question jusqu’ici des phénomènes : qui succèdent à la chute de l’angine sur le poumon ; ces phéno-- !
mènes sont des accidens plus ou moins à craindre. La siibstan ce celi u— ïaire, embarrassée parles restesd’une mauvaise coction, ne peut manquer de tourner à la suppuration ou à la pourriture. Les sentences de cet article peignent les révolutions nécessaires à l’heureuse terminaison de l’angine. Elle doit tourner aux crachats de bonne espèce. Ces s'e/zfcnce.s sont évidentes , et démontrées par mille expériences. Tout médecin raisonnable en conviendra , et il avouera aussi que l’abondance de ces crachats est quelquefois si considérable , qu’il n’est pas possible d’imaginer qu’ils ne viennent de tout le tissu cellulaire de la gorge , de la poitrine et des environs qui composent la poche muqueuse , spongieuse et cellulaire dont nous avons parlé tant de fois. Prétendre que cette matière vient toute des vaisseaux et uniquement par la voie de la circulation, ce seroit avancer que toutes les eaux qu’un hjdropique rend quelquefois, viennent uniquement des vaisseaux. On conviendra sans doute que dans l’hydrojîisie , les cavités et les cellules de la substance muqueuse sont pleines de sérosités , plus ou moins dénaturées. Or , on trouvera , si on y regarde de bien près , que tout le tissu cellulaire de la poitrine et de ses appartenances est souvent imbibé de sucs hétérogènes et surabondans , dans une angine comme dans une fluxion de poitrine. On verra l’elïort que tout ce système muqueux fait pour porter aux crachats. Au moins , sommes-nous bien en droit de conclure que ceux qui essayent d’arracher la matière de l’angine par les saignées et les purgations réitérées , s’opposent directement à l’effort naturel des parties qui, suivant les sentences de Cos , se dégagent par les crachats et doivent même se dégager ainsi , sans quoi les suites de la maladie sont fort à craindre. J’ai parlé ci-dessus ( n° xcix ) du peu ressource que j’ai trouvé il y a long-temps , dans quelques auteurs qui n’avoient pas pris l’esprit d’Hippocrate , au sujet de l’angine; nous sommes amplement dédommagés aujourd’hui, par le célèbre commentateur des œuvres de Boerhaave ( Van-Swieten ). Vous trouverez dans ses commentaires plusieurs sentences d’Hippocrate ^ très-bien ramenées. Celle qui concerne la chute de l’angine (n°xcix) n’y est point oubliée, (/est un fait d’autant plus intéressant , que la se/iience d’Hippocrate semble pouvoir anéantir la proposition 8oc) , de Boerhaave. Voici cette proposition ; u II faait se presser dans l’angine inflammatoire >» et ne pas perdre un moment; c’est pourquoi, on aura recours à la saignée , et cette saignée doit être considérable et » réitérée jusqu’à ce que la foiblesse , la pâleur, le froid, l’affais- » sement des vaisseaux prouvent que les forces qui restent au ma- » lade ne peuvent point augmenter la tumeur et la rigidité des » vaisseaux, qp. Il faut évacuer le ventre , au moyen des pur- » gatifs forts , pris par la bouche ou donnés en lavemens , et ces 1 » purgatifs, de même que les lavemens, doivent être répétés... »
1 1°. Boerhaave n’indique pas les vaisseaux qu’il faut ouvrir; 2°. les : conditions qu’il exige de l’effet des saignées, sont très-vagues;
3'*. V affaissement des vaisseaux est plus C[ue vague , et peut-être 1 fort à craindre. Aretée avait vu mourir des malades sous la lancette. Cæliiis Aiirelianus vouioit des saignées modérées, et n^
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tiroit que ce qw’il falloit de sang pour diminuer les contractions, *1 raliien craignoit que la foiblesse procurée par les saignées, ne portât la matière au decians. 4°. 11 semble que Boerliaave veuille qu’on purge violemment d’abord après la saignée. Est-ce après la première, ou avant de la réitérer? Il ne marque point quel jour de la maladie il font réitérer ce purgatif violent. 5°. Cette proposition de Boerhaave est copiée de Celse et de plusieurs autres qui s’expliqiioient pourtant avec plus de précision et de retenue. 6'^. Paul dVEgine doit être mis dans la classe des médecins qu’on vient de citer et qui craignoient les fortes saignées ; mais il n’étoit pas le seul , quoique Van Swieten ne cite que lui , en attaquant ses raisonnemens qui ne font rien au fond de son opinion et qui ne sont pas- détruits par ceux de Van-Swieten. 7° Quant au purgatif violent , donné et réitéré subitement, Hippocrate avoit dit « que lorsque la violence de la suffocation contraint le malade à » rendre ses excrémens , il est désespéré (Coac. n° ccclxviii ) , et » que lorsque les crachats ne vont pas bien dans i’esquinancie , un î) grand nombre de selles réduisent le malade dans une sorte d’é- » tat de paralysie {ibid. 11° ccclxxvii. ). » Un purgatif violent peut occasionner ces accideiis. Avicenne ne vouloit point de purgatifs au commencement de l’angine, non plus que Câelius Aurelianus. Paul d’Æginen en parle pas. Rhases les vouloit très-légers, ainsique Fernel , qui ne les crojoit point convenables dans l’angine purement inflammatoire. Sydenham hésitoit , ainsi que Sennert , lorsqu’il falloit purger en pareil cas;*Hofmann, de meme que Zacutus-Lusitanus , étoit décidé pour les minoratifs. 8“^. Pourquoi ne pas parler de l’émétique par préférence aux purgatifs, puisque Praxagore et Héraclite de Tarente , parmi les anciens , Rivière et plusieurs autres modernes, ont arraché des malades à la mort, en les faisant vomir, dans cette maladie? Boerhaave , dit-on , n’aimoit pas l’émétique. Homère se laissa quelquefois vaincre par le sommeil , et Hercule s’abaissa jusqu’à filer. Hercule et Homère etoient des hommes sujets aux préjugés et à l’erreur , comme tant d’autres. Il ne faut pas aimer ni prodiguer l’émétique , sans doute* mais il fout savoir le manier; il est quelquefois d’un usage convenable dans les maladies qui sont au-dessus du diaphragme , suivant l’expression d’Hippocrate, çf. Ætius observe expressément qu’Archigène n’aimoit pas des saignées si promptes et si copieuses dans l’angine , de peur que par cette manœuvre la matière ne tombât sur le poumon. Fernel , et avant lui Trallien , avoient fait usage cle cette réflexion ; c’est le point principal oh j’en voulois venir. Cette réflexion d’Archigène cadre très-bien avec la sentence de Cos, concernant la chute de l’angine sur le poumon, depuis assurer que j’ai vu les saignées faire disparoitre le mal de gorge, et supprimer les crachats; le poumon s’einbarrassoit ensuite, comme dans mon médecin malade (11° xcvi. ). J’en dis autant et pire encore des purgatifs violens ; peut-être pou rrois~je excepter l’émétique. En un mot , l’angine la plus éminemment inflammatoire , n’est souvent qu’un mouvement violent de la nature qui fait effort pour trouver , dans la gorge , une issue qui dégage
le poumon et les environs. L’orage le plus violent amène quelqnelbis un calme fort heureux. Elle est appuyée , cette inflammation , sur un engorgement muqueux , catliarreux , et pour ainsi dire , cellulaire : le lieu de cet engorgement peut tomber dans un aiTaissement mortel par les Violentes évacuations. S’opiniâtrer, en brusquant l’aventure, à faire disparoître le mal de gorge par des saignées abondantes et des purgatifs très-forts, c’est tomber dans l’écueil annoncé dans la sentence d’Hippocrate, sur la chute de l’angine ; c’est perd re de vue les sentences sur la nécessité des crachats , dont il est question au cbmmeiicement de cet article. Ces fautes ne peuvent manquer d’arriver lorsqu’on saigne etqu’on resaigne jusqu’à V affaissement des vaisseaux , et qu’on purge à toute ou trance sans savoir quand , ni comment , ni pourquoi. « J’ai souvent vu , dit Van- » Swieten , que la douleur de l’angine disparoissant , le poumon » s’embarrassoit , quelquefois avec un point de côté.... Plusieurs » sont morts , et très-peu se sont sauvés parmi ceux que j’ai traités , » quoique j’eusse employé très-promptement les remèdes les plus » eilicaces ». Si ces remèdes étoient , comme il y a lieu de le croire , ceux qui sont indiqués par Boerhaave , l’aveu de Van-Swieten ne rend-il pas ces remèdes très-suspects? Qu’arriveroit-il de pire en procédant un peu moins vivement? L’émétique donné à propos, peut enlever les obstacles à la marche naturelle de la maladie , et favoriser la maturation. C’est un fait dont je crois que tous les médecins françois auroient des preuves à donner. Chacun doit s@ contenter de dire ce cju’il a observé. Je me souviens que dans ma jeunesse, mon père (Antoine de Bordeu ) porta, à plusieurs reprises , le calme et ramena les espérances dans des cantons et des vill âges entiers , où des maux de gorge épidémiques faisoient les plus cruels ravages. L’émétique étoit un de ses principaux secours. 11 est donc bien étonnant que dans tout le traité de l’angine , fait par Boerhaave et commenté par Van-Swieten , il ne soit pas même question de l’émétique. Ce remède me paroît être dans cette maladie , suivant les vœux de la nature , plus que la saignée et les purgatifs. Il ouvre les voies de la pituite, des crachats et des sérosités qui inondent la bouche et la gorge, lorsque la maladie se termine heureusement. Hippocrate , il est vrai , employoit les purgatifs dans l’angine ; mais il insistoit 'Sur la réflexion suivante : « Le ventre ne doit être ni trop resserré , ni trop lâche ( De morb. » lib. 3 ). » Il parle de dix espèces de mal de gorge , et il conseille principalement des remèdes sur les parties affectées^ il ne craint point la suppuration ; au contraire , il l’attend et la prépare quelquefois. Voici une courte notice de ce que j’ai observé moi-même : i°. en 1744 ^74^ ? dans le Béarn , ma patrie , beau-
coup de maux de gorge, dont plusieurs moururent, surtout parmi les enfans ; j’en conservai par l’émétique , et quelquefois de ceux qui paroissoient à l’extrémité 5 2*^. en 174^ et à Mont-
pellier , où j’étois revenu ( après y avoir précédemment resté depuis 1739 jusqu’en 1744)5 épidémie de maux de gorge, dans laquelle j’ai vu donner très-hardiment l’émétique à des ma-
lades de tout âge et de tout sexe , et dans les angines les plus inflammatoires^ 3*^. en 1747 ot 1749? à Paris et à l’iniirmerie royale de Versailles, niâmes observations qu’à Montpellier, quoiqii’à Paris on s’appesantît sur la saignée beaucoup plus qu’à Montpellier- 4". mêmes observations à Paris , et notamment en 1758, 17^9 et T 762 ^ pendant des épidémies nommées par quelques personnes la drollctte ^ Aâ petite poste : ''Ç ad même expressément noté
en ce temps-là un mal de gorge d’abord léger , augmentant sans cesse jusqu’au quatrième jour qui amena la mort , après sept saignées; un écoulement critique par le nez et les oreilles , dans lequel deux saignées et trois purgatifs n’avoient d’abord rien fait ; mais le quatrième purgatif fut suivi de convulsions affreuses et de la mort ; un très-mauvais effet de l’application des vésicatoires réitérée plusieurs fois autour du cou ; le bon effet de l’émétique , dans un couvent où je fus appelé avec d’autres médecins qui consentirent aux vomitifs , auxquels le médecin ordinaire n’avoit pas pensé. S’il étoit enfin permis de ne pas abandonner ( dans les maux de gorge , comme en tant d’autres ) les trois quarts de la besogne à la nature , il me semble qu’il y auroit moins d’inconvéniens à insister sur les vomâtifs que sur les saignées et les purgatifs, surtout les purgatifs forts; car je crois être assuré que beaucoup de boissons regardées comme purgatifs ne sont que des espèces de lavages heureusement indijjérens , ou sans un effet qui tire à conséquence, dans bien des cas. 11 y a , au contraire, des purgatifs très-violens , qui peuvent faire «une révolution terrible : il ne faut pas dissimuler que les purgatifs prescrits pour l’angine par Hippocrate, Galien et Trallien , étoient précisément de cette dernière espèce ^ c’étoit V Elateriiim ; mais on sait depuis Dioscoride , que cette drogue est un puissant vomitif, et elle ne pouvoit guère manquer d’exciter le vomissement dans l’angine , en la donnant à quatre , six ou douze grains , qui étoient les doses ordinaires , suivant Dioscoride. Si donc Boerhaave et Van-Swieten s’appuyent de l’autorité d’Hippocrate , pour donner des purgatifs forts, parce qu’il employoit , nous pouvons aussi nous
apj)uyer de la même autorité pour donner les vomitifs.
CIL <c La pituite étant agitée dans la tête, elle tombe quelque- » fois en grande quantité sur la gorge , sur les mâchoires et sur » le cou, etelle occasionne l’angine (^de Idîorh. lib. 2). Elle tombe » de même sur les amygdales , sur les environs de la langue , sur » les gencives et sur les autres parties de la bouche [ibid.). La » tête appesantie et pleine d’humeurs se dégage , lorsqu’il se fait » un écoulement d’eau et de mucosité , par les narines ou par les >) oreilles {ibid.)- Même dégagement arrive,, lorsque, à la suite des » douleurs vagues sur la tête , il survient un flux de pituite , par » les narines , la bouche , ou les oreilles (Aphor. 10 , sect. iv) , ou » bien lorsqu’il se décide un crachement abondant (Co<2C.). C’est ï) ainsi que la toux et la salivation dissipent les tumeurs des enviî) ronsdes oreilles [Prœdic. 167). Ainsi le visage qui étoit gonflé , » venant à s’abattre et à reprendre son état naturel , la rémission
*> (le la maladie n’est pas ëloignëe (Coac.) Or, les liiimiditës
» ou les fontp des oreilles arrivent principalement aux enfans >) nouveau-nës , de même que les aplitlies à la bouche et les vo~ » missemens. . . . Paroissent ensuite les maux des gencives, et en- » suite les maux de gorge — les grosseurs des glandes du col , et » d autres ëruptions pareilles — dans un âge plus formë , les sai- » gnemens de nez {Aplior. 24 et 26, sect. 3) — Enën, ceux qui » ont des maux de tete, surtout au front, à la suite de l’impres- » sion du vent et du froid qui succède à la chaleur, en sont dë~ » livrés par des fontes du nez ou par enchifrenemens^ ils sont » aussi soulages par un écoulement de pituite par le nez, et au
5> nioyen de 1 ëternuemeut (ou naturel ou procuré par Fart ) ,
» il s ensuit des catharres et des toux ^ et lorsque les ëternuemens » 11 aboutissent à rien , il faut s’attendre à des engorgemens suivis
» de la perte naturelle des couleurs ; ces abcès et le crache-
» ment ne pus sont quelquefois utiles dans ces maladies portées à 5> un ceitain point — 11 faut en dire autant d’une éruption sur » la peau, et notamment sur celle de la tête ( Prœdict. lib. 2) ». Ces sentences de 1 école de Cos avoient jeté de profondes racines ans les esprits ; eiies entraînèrent les suffrages des successeurs s sclepiade , ennemi déclare des anciens. Elles furent en vogue m ez les Arabes , non moins que parmi les partisans des médecins lançois, traducteurs d’Hijipocrate , dans le seizième siècle. Les chimistes parurent; la médecine changea de face. La découverte e a ciiculation du sang acheva la révolution et sapa les fondemens anciens encore plus profondément que les chimistes. Les dogmes de Cos furent mis au rebut des bibliothèques. On ne les ut P us , on affecta d en effacer jusqu’aux plus légères traces : on c langea tout, jusqu an langage de l’art, if resta toujours parmi le peuple quelque échappée de cet ancien langage. C’est un fait qui me lappa , et dont j avois peine à trouyer la raison, lorsque 3e commençai d exercer la médecine. Je Fai dit ailleurs (RecAerc les istoire de la médecine') , il me sembloit, en écoutant
es ma a es lendre compte de leurs incommodités , entendre des eleves de Cos. On me parîoit des sérosités, qui de la tête iomo lent sur a poitrine ^ de ces mêmes sérosités, qui partoient U erriere de la tete , et qui venoient s’évacuer par le nez , par es jeux , par les oreilles ^ des coups de soleil et de serein qui uvoient porte dans la gorge , dans le nez et les gencives , des humeurs aqueuses , froides , épaisses, etc. Il me fallut du temps poui nie^ aiie d ce jargon , si éloigné de celui que j’avois appris ans es ecoies. On nous avoit exercés à disputer siw’ les petits vaisseaux, sui les globules du sang, sur la nature des esprits animaux, oLii e mouvement musculaire , sur les fibres du cerveau et mille autres petits objets de cette valeur. Telle étoit, en effet, l’édiirnnT recevions à Alontpellier : j’en atteste tons mes
dp r ’ .Victimes comme moi immolées aux visions hardies
révp nos madrés, dont nous devons sans doute îpq ^ ^^p^^oiie , mais dont nous sommes obligés de relever i-uis. es malades élèves sous le chaume m’instruisoienî
r.7S RECHERCHES
plus (|Tie ceiiTC qui liabiîoient les villes. Ces premiers maitresr de l’art , c’est-à-dire les malades , me ramenoient à la doctrine des , anciens sur les catliarres , et surtout à l’école de Gos. Je vis enBii que les sentences de cette école, dont il est question dans cet article , n’étoient que l’expression et le langage de la nature. Je ne fus plus surpris que ce langage se fut conserve dans les villages et perdu dans les villes , où les médecins n’avoient cessé de le poursuivre, en y substituant les phrases des universités. L’histoire du tissu cellulaire acheva de m’ouvrir les yeux ; il me parut être le théâtre et le sujet de toutes ces révolutions catliarreuses. Il me parut évident que la fumée abondante qui a coutume de s évacuer par la partie chevelue de la tête, par les narines et par la bouche , retenue en divers recoins par les causes extérieures des maladies , forme des dépôts qu’elle roule d’un lieu à l’autre, qu’elle fait quelquefois le tour de la tête pour aller aboutir aux yeux, au nez, aux poches cellulaires du cou ( n” lxvi) ; qu’elle occasionne des grosseurs considérables dans les glandes, etc. J’avoue, à ma honte, ou plutôt à celle de nos maîtres, que mes malades du peuple en savoient plus que moi sur ces matières, lorsque je sortis des écoles. Je rends grâces pour ma part à Van-Swieten , d’avoir invoqué l’action du tissu cellulaire dans les angines , que Boerhaave appelait aqueuses , et que Paul d’Ægine avait décrites sous le nom de defluxus ou fluxion, d’angines pituiteuses, ou froides. Je connais la vive philippique de \'an-Helmont sur les catarrhes, de même que les réflexions critiques de quelques modernes sur la membrane pituitaire. Je sais tout ce que 1 anatomie apprend sur le grand nombre de vaisseaux et de glandes que contient cette membrane - mais elle est singulièrement spongieuse et cellulaire , comme Vinslou l’a dit et bien prouvé. Les dépôts formés dans cette membrane sont indépendans de la direction donnée au. sang par les vaisseaux qui le contiennent. Tous les feuillets osseux qui composent l’intérieur des narines et de la gorge, sont mous, souples, remplis de trous, pénétrés partout par' le tissu cellulaire , et sans cesse imbibés par une grande quantité d’humeurs. Il en est comme des extrémités de tous les os que le suc graisseux de la moelle perce et pénètre de toutes parts. Les idées des anciens , prises sous ce point de vue, n’ont rien que de 1 rès-yraisemblable ; rien qui ne puisse résister aux attacpies de \an-Heîmont et à celles de Schneider, qui est celui qui a le plus j combattu la vieille théorie des catarrhes. Les modernes eux-menies | fournissent des armes aux anciens. Kaw a démontre 1 énorme j quantité de liqueurs qui s’évaporent par les ventricules du cer- !■ veau. Vieussens a prétendu que la glande pituitaire reçoit les sé- j rosités des ventricules par une manière de transuddatùm. Ridley a | remarqué que cette glande est la plus 'aqueuse , -la plus molle | qu’il connut. Diemerbroeck vouloit que quelques-uns des trous de*li l’os cribleux donnassent passage aux matières du cerveau pour-|j tomber dans les narines. Valsalva a trouvé dans la base de l’apo-qi puise pierreuse de l’os temporal , des trous qui conduisent de-li î’inLérieiir du crâne dans l’oreille , de là à la gorge par la trompe-(j
cl Enstacîie. La dure-mère communique dans plusieurs endroits de la face avec le tissu cellulaire extérieur , surtout dans les orbites ^ elle se plonge dans le nez par les trous etlimoïdes. Les os de la base du crâne sont mous, spongieux , presque membraneux: pendant l’enfance. J’ai vu trois enfans très-encliifrenés , très-morveux , mourir chacun d’un abcès dont une partie se trouva dans les narines et l’autre dans la tête, vers la lame cribleuse de l’os ethmoide. Les exemples des abcès du cerveau rendus par le nez et par les oreilles, sont connus. Il j a des poissons dont le cerveau est presque entièrement aqueux. Lieutaud pense que le cerveau n’est qu’un amas de tissu cellulaire ou muqueux. Nos maîtres de Cos disoient u que le cerveau est semblable aux glandes p.. que » les fluxions tombent de la tête par les oreilles, par les yeux, » par les narines, par le palais et par les veines ( Hipp. de » glanduL).
cm. « Le poumon étant enflammé , si la langue est dans la » totalité de sa surface blanche et rude , c’est une preuve que » les deux lobes du poumon sont aflectés ; si la langue n’est blanche » et rude f[ue d’un côlé, alors le lobe qui répond au coté de la » langue blanc et rude , est enflammé. Ainsi , lorsque la douleur » s étend jusqu’à rune des clavicules , la portion supérieure du >' poumon de ce coté est malade ^ et lorsque la douleur se fait » sentir aux deux clavicules , les deux portions supérieures du » poumon sont affectées. Si la douleur se fait sentir à la partie >> moyenne du coté de la poitrine, la portion moyenne du pon- » mon de ce meme côté est malade. Si c’est vers les parties inlc- » rieures , alors la portion inférieure du poumon est enflammée.
» Lorsque tout un côté de la poitrine est pris, tout le lobe du » poumon, de ce côté, est engorgé. Si l’un des lobes du poumon » tombe sur les parois de la poitrine , ces parois deviennent en- » gourdies et sans action ; elles se teignent d’une couleur livide, que les anciens appeloient .sy dèration , comme l’impression de la » foudre. Lorsque l’engorgement est moindre , et qu’il ne se fait » point d'adhérence , alors tout le côté est douloureux ; mais il n est point sans action etil ne devient pas livide ÇUoüc. ii° cccc) ».
: S’il est vrai , comme plusieurs auteurs s’en sont flattés , que nous ! guérissons aujourd’hui bien des maladies que ne gnérissoient point ' nos ancêtres de Cos, et que notre méthode empêche les accidens d’arriver au point ou ils ïirrivoient du temps d’Hippocrate , il n’est pas moins certain que les principaux symptômes détaillés ! dans la sentence dont il est question se rencontrent si souvent,
■ qii il n’y a point de médecin auquel ils puissent avoir échappé, t Cette meurtrissure ou sjdcration de tout un côté , appelée deche I' par quelques anciens, ces douleurs vagues dans les diverses rér gions du côté affecté d’engorgement , cet affaissement des malades tet les autres accidens qui s’eiisuivent , ne sont malheureusement ïi[iiC tiop fiequens. Or, ce dernier période de l’engorgement in— ^flammatoire de la poitrine, dont Hippocrate rassemble ici les ftiaits les plus marqués, éclaire beaucoup sur le mécanisjtiic ou
sur Faction de toutes les parties qui concourent à Fëtablissement de cette épouvantable maladie. La sentence de Gos peint ce mécanisme d’une manière concise et un peu obscure , qu’il s’agit d’étendre et de débrouiller. Consultons d’abord l’ouverture des corps morts de la sj dération du côté. La peau qui recouvre les côtes entre le sternum et l’épine du dos, est livide, bleuâtre, d’un rouge rembruni et semé par plaques , plus ou moins considérables. Ces plaques s’étendent quelquefois jusqu’au bas-ventre et à la cuisse , mais surtout vers les aisselles , le cou , le dehors de la gorge , les environs des oreilles et des clavicules. Faites des incisions sur cette peau , vous en trouverez le tissu engorgé, imbibé, meurtri , et tout le tissu cellulaire qu’elle recouvre , en même état et plein d’une matière iclioreuse , rougeâtre , comme la lavure de chairs , et même en manière de gelée. Les muscles des cotes et ceux qui les recouvrent , mous , jaunâtres , couleur de feuille morte, meurtris, mâchés. Entrez dans la poitrine , la totalité du poumon est grossie , livide , noirâtre , lourde , imbibée de sucs sanguinolens , ichoreux , muqueux. Sa surface appuie en plusieurs endroits contre la plèvre , et il paroît , en séparant ces points de contact, des lambeaux de membrane déchirés et comme en charpie. La plèvre est rouge , rembrunie , excoriée dans quelques endroits. Le poumon -nage dans une sérosité rougeâtre et mêlée à une matière semblable au blanc d’œuf à moitié cuit ; ce blanc d’œuf fait même , le plus souvent , un enduit ou un vernis comme membraneux , plus ou moins épais , collé au poumon et à la plèvre , et collé de façon à laisser quelquefois des marques de déchirure quand on l’arrache. Le diaphragme est livide dans les endroits par lesquels il touchoit le poumon. Le haut de la plèvre , vers la clavicule , est aussi livide , et cette lividité s’étend jusqu’aux muscles du cou répondant aux taches extérieures de cette partie. Vous la poursuivrez quelquefois suivant la longueur de la trachéeartère et de l’œsophage, jusqu’à la gorge et la base de la langue , dont le tissu est de même noirci, engorgé, ramolli, d’un rouge plus ou moins foncé, etc. Tel est le tableau que présente l’inspection d’un corps i,Tiort de la gangrène dans la poitrine. Si tous les traits ne se trouvent pas dans un seul sujet , on les rassemble sur plusieurs , et ces différens morceaux joints les uns aux autres , font l’image la plus complète qu’on puisse avoir de la sj dération dont il est question dans la sentence. Voilà , suivant l’aveu unanime de tous nos médecins , l’état le plus éminemment inflammatoire et l’effet le plus marqué de la plus violente inflammation qu’on puisse observer. J’en conviens sans doute , et quoiqu’il soit hors de mon sujet de parler de l’état des vaisseaux , je comprends qu’il s’ëst fait dans le poumon un raptus , c’est-à-dire un effort violent du sang, un torrent qui a rempli tous les vaisseaux, meme les veineux. Je crois qu’ils sont dans ce cas-ci, engorgés, forcés, pleins d’un sang dénaturé , fort aisés à se déchirer s’ils ne le sont déjà. J’ai essayé d’injecter les vaisseaux du poumon ainsi tuméfie ^ la matière de Fin jec lion ruisseloit par différens endroits de la sur-
face du poumon , et s’accumuloit en difïérenles parties de sa snbstance. J’ai lavé dans plusieurs eaux un morceau de pomnon enflammé , il ne m’a point été possible de lui redonner sa souplesse et sa légèreté naturelle ^ il étoit dénaturé, carnifié, semblable à une grande cicatrice. Quoi qu’il en soit, il j a d’autres objets que les vaisseaux qui fixent aujourd’hui notre attention. ï°. Toute la poche cellulaire de la poitrine (n^^ lu, etc.) macérée, dénaturée , comme changée en substance cooenneuse , pleine de sang , de sérosités , de glue et de mucosité : le corps cellulaire propre au poumon dans le même état de délabrement, comme je viens de l’exposer. Cette poche, considérée dans tous ses prolongemens , ou dans tout son département , et de manière à pouvoir être séparée du reste du corps, ne formeroit qu’un sac ou une masse de putrilage , s’il est permis de parler ainsi. 2°. L’espace €]ui se trouve entre la plèvre et la surflme du poumon, et qui est ordinairement plein d’une fumée aqueuse , mobile , pénétrant toutes les voies, et dirigée surtout vers l’intérieur du poumon et de la gorge, est, dans le cas de la sjdération ^ occupé par de l’eau et une sorte de mucosité plus ou moins décomposée. Qu’estce que cette mucosité semblable au blanc d’œuf à moitié cuit, quelquefois même très-compacte ? Il y a long-temps qu’elle a été aperçue par de bons observateurs, dont plusieurs s’en sont tenus à exposer leurs doutes , comme Sydenham, et, d’après lui, Vaii- Swielen. Il y a vingt-cinq ans que nous en recherchions l’origine et la nature à Montpellier, guidés par un de nos maîtres, M. de Sauvages , qui s’occupoit beaucoup de cet objet et de plusieurs autres très-utiles : j’ai fait bien des tentatives pour asseoir mon opinion sur ce point. Je fis en 1749 des expériences (consignées dans le Journal des Eaux minérales de Bareges , et indiquées dans la Thèse Aquitaniœ minérales Aquœ. 17^4) : j’avois cru que ces eaux avoient peut-être la vertu d’empêcher la coagulation de la mucosité du sang. Je fis et refis souvent l’expérience de Ruiscli , ou plutôt d Hippocrate , qui formoit des membranes en battant le sang dans de l’eau, etc. Je crus enfin apercevoir que cette mucosité ne se trouvoit pas en tout temps dans le sang ; qu’elle y arrivait par un mouvement ou par un reflux violent J’imaginai , et je reste encore dans cette opinion, que cette partie I muqueuse , disposée à se condenser , faisait une vraie pléthore I particulière dans bien des incommodités et des maladies (surtout : celles du tissu cellulaire). Or , dans ce cas-là , et notamment dans l’engorgement inflammatoire du poumon , le tissu cellulaire, qui S est le principe et le siège de la nutrition (n° xvri , etc.) , se trouve [ mal disposé et la substance muqueuse presque changée en couche I nourricière , est rejetée dans le sang : elle s’épanche irrép-ulière- ■i ment dans le tissu de la partie enflammée. C’est elle qui nao-e . dans le sang et qui se concrète dans les palettes , lorsqu’elle s’v j trouve : cette concrétion ne se fait pas toujours ; c’est elle qui forme la base cellulaire ou muqueuse , enfin le noyau de toute I inflammation ; elle est la matière de la coction , de la suppurajition, de la cicatrice; elle s’échappe et s’épanche à travers les
jSi IIECÎÎEIICHES
SLirfîices des parties enflamme'es , ainsi que le poumon • elle se concret partout où elle s’arrête , et se change en couches membraneuses , suivant la disposition des parties entre lesquelles elle tombe ; elle forme , jusque dans le tissu des vaisseaux , quelques amas connus sous le nom de concrétions poijpeuses ; elle se montre dans le sang tiré des veines , lorsqu’elle y existe * et quelquefois une secousse donnée par un vomitif ou autrement Fa fait reparoître ^ ce qui prouve qu’elle faisoit un dépôt quelque part , ou qu’elle vient dn tissu spongieux et cellulaire des parties. x4insi, l’état du sang communément appelé inflammatoire est, à mon avis, celui d’une pléthore de suc muqueux ou nourricier, repompé , arraché au tissu cellulaire qu’il alloit nourrir , et qui no peut plus, étant retourné dans le sang, acquérir le liant nécessaire pour être changé en couche nourricière (n° xvii , etc.); mais il aime toujours à se condenser ; il fait une sorte de corps étranger (peut-être propre à purifier le sang, comme la colle de poisson purifie le vin), que la nature chasse par les évacuations , après l’avoir diversement travaillé, qu’elle exprime même à travers le tissu des parties : telle est l’espèce de gelée qui couvre le dedans de la bouche dans certains maux de gorge ; telle est aussi la gelée que pompent quelquefois les vésicatoires ; telle est enfin la membrane couenneuse qui couvre la surface du poumon considérablement engorgé , et qu’on a trouvée quelquefois jusque dans l’intérieur des bronches d’où elle est arrachée en petits morceaux qui imitent la gelée la plus parfaite , etc. Tout cela posé , la sentence de Cos devient un peu plus claire. La sjdération extérieure n’est que l’image de l’intérieure ; c’est le tissu cellulaire dénaturé , farci de matière sanguinolente , iclioreiise et muqueuse. La douleur s’étend jusqu’à la clavicule et les environs, lorsque la nature fait effort vers ces parties supérieures ; mais ces efforts sont infructueux; la tournure qui amène la gangrène en arrête les progrès , à moins qu’une heureuse coctioii n’ait précédé. La douleur varie suivant l’affection des diverses portions de la poche cellulaire où se trouve le principal noyau de l’engorgement. Le poumon s’appesantit et s’attache à la plèvre, parce qu’il est lui-même empêtré par une masse gluante , rebelle à toute résolution , ou à une bonne coction. Cette masse pénètre le poumôn de tous les côtés ; la matière muqueuse s’épanche entre le poumon et la plèvre et les colle ensemble ; c’est la matière des crachats qui suit une fausse roule. Les malades sont aflàissés et engourdis. Qui n’en a vu dans ces occasions , des plus vigoureux, hors d’état de se remuer , d’une lourdeur à surprendre , cloués dans leur lit par la douleur , et plus encore par la pesanteur de la poitrine qui les opprime , et qui est désormais le centre où toutes les humeurs du corps sont attirées ? Bientôt leur tête se prend , parce que le sang s’arrête de proche en proche jusqu’au cerveau, et que les nerfs, plongés dans un foyer de pourriture , sont eux-mêmes gênés, décomposés , et qu’ils perdent la sensibilité et la vie. On coniioît l’horreur des nerfs pour les premières approches de la gangrène ; mais on ignore les raisons de cette horreur ou de celte antipathie entre l’être vivant
et Felre mort, ou plutôt le passage du vivant au mort, par la j)ourriture , etc. Quant à ce qui concerne Fétat de la langue dans la sentence , il n’est pas surprenant qu’elle soit affectëe des deux cotes lorsque les deux lobes du poumon sont enflammés. On a vu d’ailleurs (n° lxvi) que la langue communique avec les deux poches cellulaires de la poitrine, qui la partagent en deux. Il est pour la même raison aisé de sentir pourquoi la langue est blanche, rude et sèche , qu’elle devient même noire, qu’elle se gerce ou se déchire , et qu’elle devient collante (suivant les expressions d’Hippocrate , lib. 3, de morb.'). Ces modifications sont î’efl’et nécessaire de la fusée de sjdération , qui se prépare et qui s’étend ensuite en suivant la direction et le cours de la colonne cellulaire , qui de la gorge monte à la langue. Tous ces faits sont prouvés par l’observation qui est conforme à la décision de Cos. J’ai vu plus d’une fois la langue rester opiniâtrément rembrunie du coté de la douleur et de l’engorgement du poumon et de la plèvre, jusqu’à parfaite maturation de la maladie ; alors elle se couvroit de matière cuite et muqueuse (n'’ xcYii , etc.). Il j a plus ; voici du moins ce que j’ai cru avoir remarqué , c’est que la langue suit ou marque la marche de la douleur qii’Hjppocrale a dit se montrer , tantôt au milieu , tantôt au haut de la poitrine : je veux dire que la langue est affectée dans diverses portions de sa surface. Or, ces portions sont distinguées et coupées , non par une ligne transversale, mais par une ligne oblique qui vient faire avec la ligne médiane un angle dont la base est tournée du côté de la racine de la langue ; ainsi les deux marques d’engorgement des deux côtés de la langue, font, dans la ligne médiane, une pointe tournée du côté du bout de la langue. 11 semble , en un mot , que la langue soit composée de plusieurs plans, dont chacun répond à l’intérieur de la poitrine, dans l’ordre suivant : le plan le plus approchant de la pointe de la langue, répond à la douleur de la clavicule ou à la portion la plus élevée du poumon • le j^lan suivant , qui paroît être le plus large , répond à la douleur et à l’affection du poumon et du côté , vers la mamelle ; et enfin le plan le plus profond répond à la douleur vers le diaphragme. Ces aperçus, que je iToserois proposer qu’en manière de problème , sont liés à quelques vérités développées ci-dessus (n® xciv). Elles m’embarrassent beaucoup ; car je crois av))ir observé que quelques affections du foie et de la rate se peignent sur la langue , chacune dans son côté correspondant : l’estomac se peint de même sur la langue ; i aussi reçoit-elle le tissu cellulaire de l’œsophage, comme celui de la trachée-artère. La difflcullé consiste à distinguer sur la langue 1 les impresions qui lui viennent du bas-Aœntre , d’avec celles qui ^ ne viennent que de la poitrine- Cette matière me paroît digne de l’attention des observateurs ; j’en suis d’autant plus persuadé , que je crains toujours, lorsqu’il s’agit de regarder ,. suivant l’usage, la langue d’un malade, il ne me demande, qu’j cherchez-vous?
[ qu’j connoissez-vous ? Je ne sais s’il n’j aura pas bien des méde- ; ans qui conviendront au inoins vis-à-vis d’eiix-mêmes , qu’ils son|
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dans une pareille perplexité, etc. Il me reste, pour acliever ïe tableau ébauché dans la sentence , à remarquer que la sjdération porte aussi sur la joue , sur le bras et l’épaule ; qu’elle embarrasse quelquefois la gorge jusqu’à imiter l’angine j qu’elle fait impression sur la parotide jusqu’à la grossir quelquefois j qu’elle engorge, comme l’angine , les veines du dessous de la langue ; qu’elle intéresse les gencives du côté affecté ; qu’elle fut germer dans la bouche, sur les lèvres et jusqu’au nez, des boutons ou ébullitions, souvent très-considérables j qu’elle s’étend jusqu’au bas-ventre, j’hypocondre , les reins , 'les parties de la génération , la cuisse , toujours en manière de rayons partant du point fixe de la douleur. Laissons ces phénomènes , et notamment les derniers à expliquer par la seule théorie des vaisseaux. Contentons-nous d’indiquer que tous ces mouvemens observés , la plupart par Hippocrate et ensuite par d’autres , achèvent de constater ce qui a été proposé ailleurs (n° lu , etc.) sur le département et l’action de la poche cellulaire de la poitrine.
CIV. Je ne puis mieux faire , en finissant , que de prendre pour base ou pour texte de mes réüexions , les Œuvres de Boerliaave et de Van-Swieten. Quelle autre preuve de confiance et de respect puis-je donner à des savans illustres , qui sont aujoiird’luii connus de tout le monde , et qui ont , pour ainsi dire , fait oublier les ouvrages qui les ont précédés , ceux memes sur lesquels les leurs ont été calqués? « On peut concevoir deux sortes de péripneumo- » nies ( vraies ) : l’iiné qui vient de l’inflammation dans les rameaux » de l’artère pulmonaire; l’autre, dans les rameaux de l’artère
» bronchiale La péripneumonie bronchiale , en comprimant les
>> extrémités de l’artère pulmonaire les enflamme ( Boerhaave) — » Les artères bronchiales étant enflammées, les ramifications de w l’artère pulmonaire sont aisément affectées , puisqu’elles en sont » très-voisines et qu’elles sont jointes l’une à l’autre par plusieurs >» anastomoses.... Les effets qui dépendent de l’inflammation des « artères bronchiales, et ceux qui sont dus à l’inflammation des « artères pulmonaires, sont différens.... L’affection des bronchiales « regarde précisément le poumon , considéré comme un organe « particulier du corps ; mais l’inflammation de l’artère pulmonaire » empêche le transport du sang, du ventricule droit au gauche,
» duquel dépend la vie. Les rameaux de l’artère bronchiale étant « contigus à ceux de l’artère pulmonaire , il paroît que l’inflam- « mation de la bronchiale peut se communiquer à la pulmonaire. . . .
>» ïl faut espérer la résolution , si le mal est dans l’artère hron- « chiale; car alors le sang rouie assez bien dans l’artère pulmo- « naire.... Si le lieu affecté est petit, il y aura moins de danger,
» puisque le sang arrêté dans quelques rameaux passera par les « voisins.... Le reflux du sang , si utile pour la résolution , ne peut « avoir lieu (lorsqu’on saigne jusqu’à la délaillanceY dans l’artère î) pulmonaire , à cause des valvules de l’orifice artériel du ventri- « cule droit du cœur.... Ainsi il n’y a presque rien de bon à at- « tendre d’une pareille saignée. Mais ce reflux pourroit se faire
SUR LE TISSU MUQUEUX. i ^85
» dans une péripneumonie légère , qui auroit pour cause l’inflani- » mation des artères bronchiales ( Van-Swieten ) » . Lorsque Ruisch découvrit l’artère bronchiale (il y a près d’un siècle), il avança avec intrépidité {^intrépide) , que personne, avant lui, n’avoit parlé de cette artère. On essaya de le contredire sur ce point, en tordant quelques passages de Galien où il étoit question d’Érasistrate. Il n’eût pas été difficile de lui opposer d’autres auteurs. Quoi qu’il en soit , on peut le dire avec la même confiance que Ruisch montroit , jamais la péripneumonie , qui a pour cause l’iri"» flammation de l’artère bronchiale , n’avoit été publiée avant Boerhaave. Ruisch lui-même n’y avoit pas pensé , et en remarquant qu’il seroit possible de dire que cette artère est d’une bien petite conséquence (^pand momenii)) il se contentoit de lui donner le soin d’apporter au poumon un sang plus noble , plus parfait et plus exalté , que celui de l’artère pulmonaire {sanguinem, nobiliorem y perfectiorem , magis exaltatum ). Il ne pensoit pas à faire jouer à son artère un rôle dans l’histoire de la péripneumonie. Quoi qu’il en soit , ce rôle semble avoir été jusqu’ici trop peu décidé , et devoir se réduire à bien peu de chose : en voici la preuve. L’artère bronchiale est annoncée comme étant le siège d’une péripneumonie particulière et différente de l’autre , qui dépend de l’artère pulmonaire : immédiatement après , la péripneumonie bronchiale , comprime et enflamme l’artère 2^nlmonaire; ensuite, les artères bronchiales étant enflammées, les ramifications de l’artère pulmonaire sont aisément affectées : voilà les deux périjineumonies confondues, ou qui n’en font plus qu’une j en effet, les rameaux de l’artère bronchiale sont voisins de ceux de l’artère pulmonaire , et ils communiquent les uns aux autres par plusieurs anastomoses : c’est donc la même inflammation j c’est l’engorgement des mêmes vaisseaux ; c’est la même péripneumonie. Cependant , on jorétend que les effets de l’inflammation des artères bronchiales et ceux de l’inflammation de l’artère joulmonaire sont différons : cette dernière emjiêche le trans^jort du sang, du ventricule droit au gauche ; ce qui la rend de jflus grande conséquence : l’affection de la bronchiale fait j)ire encore , elle arrête le sang du ventricule droit j)ar ses anastomoses avec l’artère pulmonaire , et elle gêne le sang du ventricule gauche par sa communication avec l’aorte; sur le tout, l’inflammation de la bronchiale se communique à la pulmonaire. Malgré cette communication jîossible et qu’on assure , avec raison , avoir lieu à cause des anastomoses , on espère la résolution si le mal est dans l’artère bronchiale : pourquoi cela ? parce qu’alors le sang roule assez bien > dans l’artère pulmonaire. Mais il est décidé que l’inflammation i bronchiale attire aisément la pulmonaire et réciproquement, que ! l’artère bronchiale comprime et enflamme sa voisine la pulmo- 1 naire ; que ces deux inflammations n’en font qu’une. C’est une ' décision qui est d’autant jflus de conséquence , que lorsqu’on saigne jusqu’à la défaillance , le reflux ne peut avoir lieu dans l’artère ; pulmonaire, au lieu qu’il pourroit se faire dans la péripneumonie [ qui auroit pour cause l’inflammation des artères bronchiales. Ce
reflux seroit alors peu nécessaire , car la péripneumonie Lroncliiale seroit légère , et le lieu affecté seroit petit. Mais tout cela ne peut-il pas aussi appartenir à l’artère pulmonaire , je dis la petitesse du lieu affecté et le reflux meme , à l’aide des anastomoses avec l’artère bronchiale ? D’ailleurs , le sang arrêté dans quelques rameaux de l’artère pulmonaire , ne pourroit-il pas , pour les mêmes raisons , passer par les rameaux voisins, et surtout enfiler les ramificatioiis bronchiales ? Je me souviens que Yinslou a observé une ou deux fois, que l’artère bronchiale comniumquoit avec la veine pulmonaire et avec l’azygos. Cette communication , malgré l’existence de la veine bronchiale que Ruisch a inutilement cherchée, ne pourroit-elle pas fournir quelques idées? On feroit, par exemple, voyager ces petites colonnes de liqueurs en différens sens ; on pourroit concevoir (suivant l’expression de Boerhaave) des engorgeinens de ces vaisseaux, et après les avoir conçus ou imaginés, en faire des maladies particulières , multiplier les classes et les espèces , etc. Ces engorgemens saisis à la pointe de l’imagination , pourroient être mis en parallèle avec les mouvemens du sang notés et combines dans les anastomoses bioncmales et pulmonaiies, peutêtre même avec la distinction des deux péripneumonies , d’abord différenciées par la diversité de leur siège , et ensuite identifiées au moyen des communications d une aitere a 1 autie , etc.
CV. Il a été permis à tout le monde d’analyser et d’examiner de près la théorie des tourbillons de Descartes et l’attraction de Kewton; j’ai donc pu entrer dans tous ces menus détails, qui sont, pour ainn dire , les infiniment petits de la théorie de l’inflammation. On ne cesse de nous opposer ces embarras , ces pléthores des petits vaisseaux, leurs séries, leurs calibres, la décoinposition et la dépression des globules, etc. Voyez a quoi ces petits objets ont conduit deux grands hommes, qui ont porté cette espèce de théorie au plus haut point oii elle pouvoit parvenir. Rcartons-nous de ces dmcs arides où l’esprit peut à peine atteindre et où l’imagination la plus échauffée trouve à peine quelque pâture. Le fait est que l’inflammation n’a jamais lieu dans les gros vaisseaux et qu’elle fixe son siège dans ces aires , ces reseaux font indifféremment fonction d’artères et de veines au besoin. ^lais il y a autre chose dans tous les engorgemens intlaiiimatoires , surtout dans la péripneumonie j il y a un amas de mucosité qui s’accumule peu à peu dans le tissu cellulaire: un dépôt de matières caîarrheuses , comme disoient les anciens. Oui, je crois avec Galien , que la cause la plus ordinaire de la péripneumonie est un sang pituiteux, et que le poumon attire en s’enflammant et en s’engorgeant, les humidités des glandes de la langue et des environs. Je trouve qu’Avicène a très-bien explicpié la chose , en disant qu’il tombe sur le poumon une grande quantité de vapeurs qui s’exhalent de tout le corps , et beaucoup de matières catarrheuses qui tombent de la te te. Bâillon assuroit, dans le meme sens , que la plus grande quantité des douleurs de côté n’étoient que des fluxions. Zacutus Lusitanus a aussi très-bien observé que dans la péripneumonie il-se fait une fluxion ou une chute de matière qui vient de tout le corps. La plupart
des fluxions de poitrine ont une ressemblance parfaite avec celles du jeune homme dont parle le meme Zaciiius , et cpui , avant d’étre pris de la peripneumonie , ëtoit sujet aux fluxions catarrheuses , aux pustules dans la bouche , le nez , les gencives et le palais. J’ai vu beaucoup de péripneumouies sur des corps sujets , depuis plusieurs années, à de gros rhumes pendant l’hiyer; ces engorgemens, (jui ne deviennent inflammatoires qu’à la longue, se préparent (le loin , restent long-temps muqueux, et s’accumulent peu à peu pendant les saisons entières. Possidonius ( c’étoit le douzième malade du septième livre àesEpid. d’ Hippocrate) fut incommodé pendant la fin de l’été ; et la péripneumonie dont il mourut ne se décida que l’hiver; il avoit eu plusieurs années avant une suppuration de poitrine, et par conséquent une autre péripneumonie. Aussi m’a-t-il toujours paru que ces maladies, surtout lorsqu’elles deviennent mortelles , ont ordinairement été précédées d’autres affections de la poitrine. Enfin il me semble qu’il y a tant de rapport entre la péripneumonie que Sydenham et, d’après lui, Boerhaave , nomment vraie , et celle qu’ils nomment fausse y (pi’elles ne différent que du plus au moins , et que même elles sont le plus souvent jointes ensemble, c’est-à-dire cpie l’espèce de péripneumonie composée d’affection calarrheuse et d’inflammation , est, sans contredit, la plus nombreuse. Ainsi je serois porté à croire qu’il n’est pas nécessaire de distinguer les diverses péripneumouies autrement qu’en les prenant pour des degrés ou des nuances de la même maladie. Fernel connoissoit une péripneumonie fausse (Spuria) ; mais il ne vouloit pas qu’on lui donnât le nom de péripneumonie , et moi je croirois que la vraie n’existe point sans être jointe à la fausse, au lieu que la fausse ou la catarriieuse peut exister sans la vraie ou l’inflammatoire. La péripneumonie érysipélateuse et la phlegmoneuse , la pleurésie vraie et la fausse, la pleuvro-péripneumonie , ne sont, à dire vrai, que la même maladie , ou elles ne diffèrent point par leur nature : elles sont toutes de la tribu catarrlieuse , trop étendue , si l’on veut, par les anciens * mais réduite, sans doute, à de trop étroites bornes par les modernes, qui n’ont été ofccupés que de l’inflammation, et qui ont souvent cru l’apercevoir où elle n’étoit point. Noùs comprenons presque toutes ces maladies pectorales sous ladénomination générale de fluxion de poitrine ^ cette dénomination s’est conservée comme ces expressions populaires dont il a été question (n° ciii). C’est avec d’autant plus de raison, ce me semble, que les plaies mêmes du I poumon, pour peu qu’elles se prolongent, rentrent dans la classe des fluxions ou des amas catarrheui. Quelle que soit en effet la ; cause qui affecte primitivement les poumons , les sérosités s’assem- I Lient dans le département de tout le tissu muqueux de la poitrine , ii et forment la fluxion avec fièvre et douleur, ou sans ces deux acj cidens. L’énorme quantité d’humeurs de toutes les espèces qui so ï trouvent dans la sydération de la poitrine , de même que la qnanftité des crachats qui surviennent dans le cours de ses maladies pectorales, en font la preuve ; ces crachats et ces humeurs sont,
^ comme nous l’avons tant de fois dit , fournies par le tisSu cellulaire ,
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Bon moins que par les vaisseaux sanguins, dans lesquels nage une grande quantité de matière muqueuse, lorsque le poumon est pris d’un engorgementinflammatoire. Van-Swieten prétend que les crachats viennent surtout de l’artère bronchiale; et comme, suivant lui, quelqu’un pourroit douter que les extrémités de l’artère pulmonaire puissent a-ussi fournir cette matière de crachats , il se contente d’avancer qu’il lui paroît que la chose est possible. On peut voir dans son ouvrage les raisons qu’il donne de ce qu’il assure sur l’artère bronchiale , et de ce qu’il paroît présumer sur l’artère pulmonaire.
CVI. Hippocrate n’hésitoit pas , lorsqu’il falloit purger dans les points de côté qu’il appeloit inférieurs. Galien y mettoit plus de façon J Baillou , Fernel , Zacutus Lusitanus, Sennert , Rivière, Baglivi purgeoient dans les maladies pectorales : tout le monde
purge parmi nous en pareil cas. Peut-etre meme est-on parvenu à un excès bien différent sans doute de celui de Boerhaave et de
Van-Swiéten , qui ne purgent ni dans la pleurésie, ni dans la péripneumonie. Van-Swieten se contente de copier Sydenham , qui usoit de quelques purgatifs dans la péripneumonie qu’il nommoit fausse. Cet éloignement pour les purgatifs paroît d’autant plus étonnant , que dans les principes que Boerhaave a suivis , ce remède doit être très-convenable pour remplir les principales indications de son système de la péripneumonie. On a vu (n” ci) qu’il recommande des purgatifs même violens , dans l’angine inflammatoire : on ne voit pas pourquoi il les néglige dans la péripneumonie. Suivant lui, ou plutôt suivant Van-Swieten , « il est dé- » montré que les purgatifs sont fort efficaces dans le traitement » de l’inflammation. Ils diminuent la quantité des liqueurs qui «engorgent les vaisseaux ; ils divisent le sang , et ils attirent le » torrent des liqueurs vers le ventre (De Angin. A. 809). » Si les purgatifs produisent tous ces brillans effets , ils doivent être aussi efficaces pour la péripneumonie que pour l’angine. Cependant on n’en parle point ; on passe sous silence les décisions des auteurs les plus respectables: c’est, j’ose le dire, un excès. Mais j’ose aussi l’avancer, la fureur ou l’habitude de purger et de replirger qui a prévalu parmi nous , est un autre excès : si j’avois à me décider pour l’un des deux , j’aimerois mieux donner la préférence aux ennemis de la purgation • mais je crois qu’il faut conserver un juste milieu. Il est certain que j’ai vu 'réussir les purgatifs dans quelques cas : je tiendrois plus aux vomitifs , à cause de la règle proposée en parlant de l’angine (n° ci). Au moins, mon sujet me force-t-il de dire combien je suis fâché qu’il n’y ait pas un mot sur l’émétique , dans le Traité de la Pleurésie et de la Péripneumonie , de Boerhaave et de Van-Swieten; pas un seul mot pour louer ce remède qui a pris tant de faveur; pas un mot pour en faire sentir les inconvéniens. Cependant, Rivière avoît, d’après les chimistes , la plus grande confiance aux vomitifs pour les maladies aiguës de la poitrine : cette confiance s’est conservée dans l’école de Montpellier, qui méritoit bien qu’on fît quelque mention d’elle. L’histoire moderne de rinflainmalion et la théorie i
SUR LE TISSU MUQUEUX. ^Sg
lies petits vaisseaux lui ont tant d’obligation î Méton prit un vo-» luitif dans le cours d’une maladie aiguë de la poitrine ( C’est le Cjiiatre-vingt-quatriëme malade du septième livre des Epidem. {riiippocrate'). Cet exemple prouve que l’école de Cos avoit frayé la route à celle de Montpellier. Le premier malade que ]e traitai seul en 1744 5 mourut de la sydération du côté. Je consultai mon père qui étoit incommodé. Il m’indiqua l’émétique , au lieu de la sixième saignée que je me proposois d’ordonner. Je la fis faire ^ parce qu’un autre médecin fut de mon avis. J’étois fort contre mon père, de cet avis et de celui de Boerhaave, ou de son silence sur l’émétique. Mon malade mourut vers le septième jour. Quelque temps après , j’en vis une autre attaqué de la même maladie y point de côté , crachement de sang , etc. Mon père le vit avec moi ; et après la seconde saignée , dès l’entrée du troisième jour, il me fit assister à l’effet de l’émétique. Quel fut mon étonnement, lorsque je vis rendre par le vomissement beaucoup de matière verte et glaireuse, avec plusieurs vers (mon père m’avoit annoncé ces vers 'y je lui dois cet éloge)! Le crachement de sang et le point de côté disparurent, le malade guérit comme d’un rhume ordinaire. Il me seroit impossible de compter le nombre de cas dans lesquels j’ai vu réussir cette manœuvre. Je l’ai tant répétée , tant d’autres l’ont répétée avant et depuis moi. Eh quoi ! il n’existe donc point des engorgemens du poumon symptomatiques dépendant de l’état des entrailles ! Les anciens en ont pourtant parlé de même que quelques modernes. Que dis-je? ils en ont démontré l’existence et fixé le traitement. (Voyez la ’Fhese , Aquit. miner, aquœ : ou, sans vous arrêter à nos petits recueils de glaneurs , consultez les ouvrages des maîtres de l’art. ) Baglivi a rassemblé quelques morceaux de Baillou , qui peuvent figurer dans cette matière ^ vous y trouverez une partie du supplément nécessaire au traité de Van- Swiéten. Mais il vaut mieux étudier les ouvrages même de Baillou , ce disciple d’Hippocrate qui a fait tant d’honneur à la Faculté de Paris. Il s’est ressenti de la fureur des chimistes et de la prétendue réforme faite par les partisans de la circulation. Sydenham a été mis avant lui , et Sydenham perdra cette place. Chirac avoit fasciné les yeux des médecins françois , qui commencent à revenir sur leurs pas. Baillou reparoît avec plus de gloire que jamais; M. Tronchin vient de faire réimprimer ses ouvrages, auxquels iî a joint une préface qui en fait l’éloge. Il n’a donc pas cru que Baillou fut condamné à l’oubli dans lequel de grands Traités, qui ont tout envahi , semblaient devoir le faire tomber. Le suffrage de M. Tronchin fait honneur à notre médecine : il arrive parmi nous , pour partager nos travaux. C’est un citoyen sur lequel la France avoit toujours eu des droits. Il se rend à la patrie de ses pères : il y trouvera , parmi les élèves des deux premières Facultés du monde , des enfans et des amis de Baillou ; des compatriotes flattés de le revoir dans le sein de sa patrie naturelle ; des ennemis déclarés de ces sectes impérieuses et hautaines qui naquirent dans des temps malheureux. Il y trouvera enfin des savans occupés à combattre ' l’ignorance et les préjugés ; ces êtres bas et pourtant sourcilleux ,
qui en auroieiit impose , si l’on n’eut décelé leurs complots odieux t puisse M. Tronciiin faire goûter de plus en plus, la manière de notre Bâillon, qui ne cessera jamais d’avoir des partisans dans la Faculté de Paris et dans celle de Montpellier I Tels sont, et je ne crains pas d’étre démeiiti, les sentimeos et les vœux des membres légitimes de ces deux Facultés. Quoi qu’il en puisse arriver, il est douloureux pour nos médecins et dangereux pour l’espèce humaine, que l’usage de l’émétique et des purgatifs dans les fluxions de poitrine , ne se trouve pas consigné dans des ouvrages modernes , auxquels le goût et le suffrage du siècle , la mode et le bruit de tant de bouches qui se répètent à l’envi , semblent assurer l’immortalité. J’y voudrois aussi quelques additions sur l’emploi des sudorifiques dont j’ai vu de bons effets. La nature ne hait pas ces remèdes dans les maladies cellulaires de la poitrine , parce que la poche cellulaire de cette partie a des rapports singuliers avec celui de tout le corps. Valésius avoit vu employer les sudorifiques avec succès. Silvius de Le Boé en faisoit sa principale ressource , et les manioit plus sagement que Van-Helmont. L’usage des lavemens, conseillé par des anciens dans cette maladie , a aussi pris beaucoup de faveur parmi quelques modernes. Tout cela mériteroit d’étre bien examiné : il s’en faut de beaucoup que cette matière soit épuisée.
CVn. La doctrine des catarrhes adoptée par les anciens , dut les porter tout naturellement à l’application des tojoiques : celle du tissu cellulaire que nous exposons, doit conduire au même but. Aétius , Paul d’Ægine , Trallien , Gelse empîoyoient les ventouses scarifiées sur la partie malade , dans le cours des points de côté qui conduisent à la sydération. Joubert , Rivière et plusieurs autres suivoient la~même pratique: Joubert employoit aussi les vésicatoires avec les cantharides , et Aretée s’étoit servi des synapisraes
en dit quelque chose : mais il n’insiste que sur les vésicatoires aux jambes proposés par Baglivi. Nous sommes plus avancés ; nous appliquons le vésicatoire derrière l’oreille du côté malade , et à l’exemple de Joubert et d’ûretée sur le point douloureux meme. Il y a plusieurs années que j’ai vu réussir cette application sur le côté malade. Je sauvai la vie , par son moyen , à une très-grande dame , de concert avec MM. Laîlouète et feu Petit. Les médecins de la première classe , chez les étrangers , sont décidés pour cette méthode , €|ui avoit pris faveur dans nos armées pendant la dernière guerre. M. Raimond, médecin de Marseille, a publié, en T 761, des observations sur Pefiicacité du vésicatoire dans les inflammations de poitrine. Cet ouvrage vaut mieux que les plus brillantes dissertations sur i’inffammation : il m’a été communiqué par M. Gardane , un de nos confrères , qui travaille sur cette matière, et qui la portera sûrement au degré de perfection, d’évidence et d’utilité dont elle me paroît susceptible. J’ai craint quelquefois que le vésicatoire appliqué sur le côté n’attirât dans l’espace
contenu entre la plèvre et le poumon la matière qui auroit au former les crachats. J’ai trouvé , à l’ouverture de deux malades , morts de la sydération , et auxquels le vésicatoire avoit bien mordu sur le point douloureux, une quantité considérable de mucosité couenneuse qui enduisoitle poumon et la plèvre. L’un de ces malades étoit un vieillard ; il ne fut point saigné j et avant de tomber malade il avoit un gros rhume qui avoit coutume de se terminer, les années précédentes , par des crachats puriformes et très-abondans : le vésicatoire fut appliqué le cinquième jour de la maladie , le côté étant fort douloureux , la mort arriva vers le neuvième. L’autre malade étoit plus jeune et avoit été saigné quatre fois , les deux premiers jours de la maladie, qu’un rhume (presque habituel chaque année } avoit précédé. Les crachats furent supprimés bientôt après la saignée ; le vésicatoire , appliqué le troisième jour , augmenta beaucoup la douleur et n’empeciia pas la mort vers le sixième jour. Il reste donc à décider s’il n’y a pas des circonstances dans lesquelles l’action du vésicatoire , qui porte au dehors, n’entraîne point sur la surface extérieure du poumon une mucosité qui auroit du pénétrer l’intérieur de ce viscère et tomber dans la trachée-artère. Je conviens qu’il est assez ordinaire de voir le vésicatoire sur le côté faciliter l’expectoration^ mais, alin d’eviter tout accident , j’ai coutume d’essayer d’abord du vésicatoire derrière l’oreille : on peut en user dans tous les temps et dans tous les jours de la maladie; il tire la mucosité catarrheuse en haut et vers la gorge, qui est un égout naturel pour la poche cellulaire de la poitrine. Baglivi a vu guérir beaucoup de points de côté par un écoulement des oreilles. L’école de Cos enseignoit que les abcès aux parotides sont salutaires dans la péripneumonie. Elle prétendoit en meme temps que les corizâ ou le suintement des narines et les éternuemens étoient un mauvais signe dans les maladies du poumon. Comment concilier ces deux sentences ? C’est un problème que je laisse à résoudre. Quoi qu’il en soit, le vésicatoire exerçant certainement son action sur le tissu cellulaire ( de meme que le cautère ) , les bons effets qu’il produit ne démontrent-ils pas que ce tissu est le siège principal des maladies qui conduisent à la sydération du côté ?
CVIIL Puisque mon sujet m’a conduit à parler du cautère , je rapporterai un fait qui vient de m’arriver. Il s’agissoit de supprimer un cautère au bras , qu’un jeune homme , âgé de seize ans, portoit depuis l’âge de huit. Ce cautère avoit été appliqué à cause de quelques glandes au col et aux aisselles. Le cautère les dissipa , ce que n’avoient pu faire beaucoup de remèdes. Le jeune homme se trouvant en très-bon état, ses parens m’engagèrent à le mettre dans le cas de se défaire du cautère sans risque. Je travaillai pendant six mois } fondans , purgatifs , apéritifs , bains , tout fut employé. Cependant je dimiuuois peu à peu la boule du cautère • je parvins à n’y faire introduire , à chaque pansement , qu’une petite lentille : tout alloit bien ; enfin la cicatrice parut solide^ il n’y eut plus de suintement. Quelques jours après, la joue , le col , le côté se bouffissent , les glandes du col s’engor-
gent ; celles de l’aisselle sont douloureuses ; la respiration est genée ; le malade tousse , il sent une sorte de poids sur tout le côté de la poitrine répondant au cautère : ce côté est meme douloureux quand on le touche • le malade craint la pleurésie ; le pouls est fiévreux. Je me détermine à rouvrir le cautère , en faisant déchirer la cicatrice : à peine l’écoulement fut-il éjabli, que tous les accidens diminuèrent. Ils se dissipèrent enfin , et le cautère resta. Voilà le département du tissu cellulaire de la poitrine Lien dessine, et les premières nuances d’une fluxion de poitrine et d’une pleurésie bien marquées j voilà l’action du cautère au bras et ses bornes bien déterminées. C’est ainsi qu’agit le vésicatoire J il attire , il divise , il réveille le tissu cellulaire , il excite son action , il évacue les sérosités contenues dans ses cellules. Le point de côté, ou tout autre centre d’engorgement, étend son action sur les environs , ainsi que le cautère ^ les remèdes généraux sont souvent aussi inutiles en ce cas-là , que l’ont été ceux que j’ai faits à ce jeune homme • le tissu cellulaire ne se dégorge point , s’il n’arrive une fonte ou une sorte de suppuration , ou bien si le vésicatoire ne vient point, comme la nouvelle ouverture du cautère que j’ai faite , dépouiller tout le département du noyau de la maladie. J’ai pensé plusieurs fois à percer avec une aiguille ,, à la manière des Japonais , l’endroit de la douleur , ce qui seroit peut-être aussi efficace que les scarifications , et même que le vésicatoire. Au reste , la fièvre et la rougeole sont venues à notre secours ponr supprimer le cautère de notre jeune homme. Une .semaine de fièvre a fait ce que je n’avois pu faire avec six mois de remèdes : s’il m’eût été possible , et si j’eusse tenté de supprimer cette fièvre , il y a toute apparence que le cautère aurait resté. C’est ainsi que la fièvre est un secours heureux dans l’engorgement du tissu cellulaire qui forme un établissement catharreux et qui occasionne la fluxion de poitrine. La fièvre est un secours, et cependant on ne cherche qu’à l’éteindre I on ne cherche qu’à apaiser la chaleur au point de l’empêcher de porter ses influences sur le côté rempli d’une gelée formée par le froid I On ne cherche qu’à brider l’action des nerfs , qui par leurs secousses réitérées , par l’effort même douloureux qu’ils font , remettraient le jeu dans la partie qu’engourdit le dépôt de catharre ! On ne cherche qu’à mettre hors de jeu les petits vaisseaux , en les dégorgeant et rompant leur commerce avec les gros, tandis qu’ils doivent , en redoublant d’action et en apportant de nouvelles humeurs , fondre celle qui croupit , et la rendre propre à être évacuée î On regarde enfin comme une augmentation de la maladie , les plus légères nuances du travail nécessaire pour ôter la cause de cette maladie. On veut détruire cet appareil critique , souvent moins alarmant que les douleurs de l’enfantement et les secousses du vomissement. Jusqu’à quand serons-nous exposés à nous faire reprocher le courage et la licence de substituer une méthode impuissante , infidèle et mensongère , aux règles de l’art que dictent le bon sens et la marche simple de la nature? Jusqu’à quand ferons-nous , dans chaque maladie , autant de remèdes inutiles que j’en ai faits
pendant six mois à mon jeune homme du cautère ? Ou en serionsnous , où en seroient les malades, si, comme dans ce meme jeune homme , la nature ne se rèveilloit dans toutes les maladies , et si elle n’excitoit quelquefois une révolution victorieuse, sans se laisser distraire par un fatras de remèdes administrés sur la foi de nos pères et de nos maîtres, non moins bornés que nous?
CIX. Je me suis trop avancé pour ne pas hasarder quelque autre réflexion sur le traitement des maladies cellulaires ou muqueuses de la poitrine. On vient de voir que la théorie des anciens a été plus heureuse que celle des modernes. C’est pour n’y avoir pas regardé d’assez près , que plusie.urs de ces derniers ont réduit toutes leurs indications à tirer du sang ou à évacuer par des purgatifs , et que plusieurs d’entre eux ont négligé les vomitifs. Ces derniers , joints aux sudorifiques , aux topiques et surtout au vésicatoire, doivent tout au moins partager la besogne. La théorie paroît être parfaitement d’accord avec la pratique sur ce point- La plupart de ces remèdes n’ont été imaginés que dans l’objet de détruire le plus tôt possible l’établissement de la maladie , et de chasser sa cause par quelque voie générale. J’ai payé mon tribut à cet empressement d’instrumenter et de maîtriser la maladie. Mais il est un moyen bien simple , auquel je voudrois qu’on pensât un peu plus sérieusement qu’on ne le fait et que meme on ne peut le faire , en envisageant les maladies sous le point de vue ordinaire. Ce moyen est indiqué par Hippocrate et par bien des auteurs et des médecins après lui ; mais il est trop peu suivi , trop tôt oublié dans la pratique , surtout par les jeunes gens et les ignorans^ car il est, en général, beaucoup plus du goût des vieillards et des gens instruits. Chacun aime à vanter son spécifique , son remède favori : voici enfin quel seroit le mien dans les fluxions de poitrine et toutes leurs appartenances , s’il m’étoit permis d’en avoir un : eh ! pourquoi me le défendroiton ? Je fus élevé à m’exercer de toutes mes forces contre ces maladies , même naissantes. Les principiis ohsta sera medicina paratiir , les sola remedia sanant , les in extremis extrema , et les melius est dubium quàm nullum y etc. , tous ces axiomes m’avoient été mis dans l’esprit , et comme de raison , j’agissois en conséquence ) j’obéissois. Un hasard heureux commença à modérer en moi le brûlant désir d’instrumenter , ou de faire ; voir aux assistans ébahis et aux malades eux-mêmes , la cause ! de la maladie dans un grand étalage de palettes et de bassins. J’étois fort jeune encore , et le quatrième médecin d’un malade attaqué de la fièvre , de la douleur de côté et du crachement ' de sang • je n’avois point d’avis à donner. Un des trois consultans I proposa une troisième saignée (c’étoit le troisième jour de la ! maladie) ; le second proposa l’émétique combiné avec un puri gatif • et le troisième , un vésicatoire aux jambes. Le débat ne 5 fut pas petit, et personne ne voulut céder. J’aurois juré qu’ils f avoient tous raison. Enfin , on aura peine à croire que par uue L suite de circonstances inutiles à rapporter, cette dispute intéressa ü cinq ou six nombreuses familles, partagées comme les médecins, et
-gi RECHERCHES
qui pretendoient s’emparer du i.':.i]ade j elle dura , en un mot , jusqiies passé le septième de la maladie. Cependant, malgré les terribles menaces de mes trois maîtres , le malade réduit à la boisson et à la diète guérit très-bien. Je suivis cette guérison parce que j’étois resté seul ; je la trouvai tracée par l’école de Cos , et je m’écriai , c’étoit donc la route qu’il falloit prendre î Encore une autre histoire ; dans celle-ci , je nommerai les acteurs , parce qu’ils étoient sur un plus grand théâtre que les trois autres docteurs. Les vSerane , père et hls , étoient médecins de l’hôpital de Montpellier. Le fils étoit un théoricien léger , qui savoit par cœur et qui redisoit continuellement tous les documens de l’inilammation , comme ces enfans qui vous répètent sans cesse et avec des airs plus ou moins niais , la cigale ajant chanté tout r été , etc., maître corbeau sur un arbre perché, etc. Serane père étoit un bon homme qui avoit été instruit par de grands maîtres. Il avoit appris à traiter les fluxions de poitrine avec l’émétique ; il le doniioit pour le moins tous les deux jours , avec ou sans l’addition de deux onces de manne. C’étoit son grand cheval de bataille. Je le lui ai vu lâcher plus de mille fois , et partout et pour tout. Le fils se proposa de convertir le père et de le mettre à la mode • c’est-à-dire , lui faire craindre la phlogose , V érétismcj les déchirures des petits vaisseaux. Le che^' père tomba dans une espèce d’indécision singulière : il ne savoit où donner de la tête. Il tenoit pourtant ferme contre la saignée ••mais lorsqu’il étoit auprès d’un malade, il murmuroit et s’en alloit sans rien ordonner. Je l’ai vu à plusieurs reprises, apostropher son fils avec vivacité et lui crier, lorsqu’il auroit voulu donner l’émétique, iWon fil, ni abes gastat ! mon fis , vous m a\>£Z gâté l Jamais cette scène singulière ne sortira de ma mémoire. Je lui ai bien de robligation , et les malades de l’hôpital lui en avoient aussi beaucoup. Ils guérissoient sans être presque saignés , parce que le vieux Serane u’aimoit pas la saignée ; et sans prendre l’émétique , parce que le jeune Serane avoit prouvé à son père que ce remède augmente l’inflammation. Les malades guérissoient , et j’en faisois mon profit. J’en concluois que les saignées que Serane le fils mulliplioit lorsqu’il étoit seul , étoient tout au moins aussi inutiles que l’émétique réitéré auquel Serane le père étoit trop attaché. D’après cette aventure (jointe à celle que je viens de rapporter, et à plusieurs autres de la même espèce) , je crus voir bien sensient, et je me crois aujourd’hui en droit de publier, qu’on iîilie trop les remèdes et que les meilleurs deviennent perforce de les presser. Cette profusion de raédicamens rend la maladie méconnoissable , et forme un obstacle sensible à la guérison. La fureur de traiter les maladies en faisant prendre drogues sur drogues ayant gagné les têtes ordinaires , les médecins sont aujourd’hui plus nécessaires pour les empêcher et les défendre, que pour les ordonner. Les pratiques nationales, les observations des médecins les plus sensés , se ressentent plus ou moins du penchant invincible qu’ont les hommes à donner la préférence à de cerlaines idées , sur d’autres , tout aussi bien fondées
blemen mulüpl fi des à
que celles qu’ils préfèrent. Je le déclare sans passion, et avec la modestie à laquelle mes foibles connoissaiices me condamnent ; lorsque je regarde derrière moi, j’ai honte d’avoir tant insisté, tantôt sur les saignées , tantôt sur les purgatifs et les émétiques. Tous les axiomes rappelés ci-dessus , et dont on abuse tous les jours, sont détruits par de beaucoup plus vrais, et malheureusement trop peu connus. îl me semble entendre crier la nature : « Ne vous pressez point; iaissez~moi faire* vos drogues ne giié- » rissent point , surtout lorsque vous les entassez dans le corps des » malades ; c’est moi seule qui guéris. Les momens qui vous pa- » roissent les plus orageux sont ceux ou je me sauve le mieux , si » vous ne m’avez pas ôté mes forces. Il vaut mieux que vous m’a- » bandonniez toute la besogne que d’essayer des remèdes dou- » teux ». Voilà, je crois, le meilleur spécifique et la meilleure méthode possible pour le traitement des fluxions de poitrine. Elle a même ceci de bon , c’est qu’elle peut servir à bien d’autres maladies. C’est le vrai catholicimi , la véritable panacée que toutes les sectes ont cherchée du plus au moins , et cpie tous les médecins ont toujours eue sous la main , sans avoir même pensé à l’employer. Quelqu’un jugera peut-être à propos d’en faire usage. Il faut^ dans ce cas-là , qu’il fasse vœu de ne jamais donner aucun remède sans une indication évidente. Il ne saignera point pour étouffer la fièvre, et parce que les petits vaisseaux sont engorgés, et parce que les globules du sang doivent reculer au lieu d’avancer , etc. , mais lorsque la nature tentera une hémorrhagie sans pouvoir la compléter. 11 ne fera pas vomir et il ne purgera point , à cause de la sabiirre àes premières voies qui fournit sans cesse un chyle épais et visqueux , etc. , mais lorsque la nature commencera ses mouvemens pour un vomissement ou pour des évacuations critiques , sans pouvoir les finir seule. Il ne fera pas suer , il ne travaillera point à procurer des crachats , il n’appliquera pas le vésicatoire, pour fondre et purifier le sang, pour chasser le venin qui l’aigrit et qui l’épaissit, etc., mais lorsque la nature tendra à la sueur et à l’expectoration , et qu’elle fera , sur le lieu oii l’on appliquera le vésicatoire , des efforts impuissans pour amener à maturation la matière du catharre. Telles sont les sources des indications sages et assurées , et tel est le fonds de connois- I sances que le médecin qui veut en mériter le nom , doit acquérir I et cultiver. Hippocrate avoit commencé à défricher ce vaste et I fertile champ devenu , depuis lui , stérile et couvert de haîliers.
1 II vous apprendra surtout à distinguer les cas où Fart doit se
! taire, les cas désespérés J’en étois à cet endroit de mes essais
I sur le tissu cellulaire et sur l’étude des lois de Cos (en dé- I cembre l’ÿGô), lorsque toute la France, alarmée sur l’état de I monseigneur le Dauphin , ne nous permet plus de penser qu’à lui. Tous les sujets du roi deviennent médecins ; tout le monde nous consulte , surtout au moment oh , vers les derniers jours de sa ’s ie , il survient une douleur et une tumeur au fondement. On raisonne diversement sur ce phénomène. Hélas ! il est annoncé dans notre Li\’re de Cos ^ il y est consigné depuis plus de vingt
7g6 RECHERCEES SUR LE TISSU MUQUEUX.
siècles ; le voici — La douleur du fondement est (ainsi que la tumeur et la meurtrissure de cette partie) un signe de mort
dans les maladies lentes et longues Le dévoiement mortel est
la suite de ces sortes de suppurations au fondement Tous les
secours de l’art sont inutiles. Cette fausse crise est un des accidens des maladies inférieures qui se mêlent quelquefois avec les supérieures. Il n’a été question , dans la présente dissertation , que des supérieures et pectorales simples j en tant qu’elles dépendent du tissu cellulaire ou muqueux.