SUR
Leurs rapports avec les maladies aiguës , leurs période^ ^ leur nature , et sur la maniéré dont on les traita aux eaiix minérales de Barèges , et des autres sources de V Aqui-^ taine.
La médecine de Cos. Principes généraux de V économie animale. TJ tililé générale des eaux minérales. La médecirie pendant les premiers siècles de notre monarchie. Les moines V exerçoient. IJ état de ses parties minisirantes en ces temps-là. Obstacle a Vusage des eaux minérales. Ej^'et des nouvelles découvertes sur la médecine. Travaux des médecins ecclésiastiques et membres des universités. Lustre qiJils donnèrent à là médecine. Les eaux des Pyrénées. Journal de Barèges.
Le rapport des maladies longues ou lentes, avec les maladies promptes ou aigues ; la comparaison qu’on doit faire des unes aux autres : leur mécanisme à éclaircir 5 leur marche à suivre et à mettre en parallèle*, leurs terminaisons; leurs curabilité ou incurabilité exprimées par les mêmes caractères; les vues de traitement qui résultent de cette comparaison ; tous ces objets enfin ont été trop peu approfondis jusqu’ici.
L’école de Cos se plut un moment à la description, l’exposition et la peinture historique de quelques maladies aiguës. Ces antiques monumens ont été respectés et admirés ; mais peu de médecins ont essayé de pénétrer le plan et les véritables vues de l’auteur immortel de ces chefs-d’œuvre : plusieurs s’en sont moqués, ou les ont dédaignés. Le commun des praticiens s’est contenté de rester dans une sorte de vénération muette et religieuse, au sujet d’Hippocrate. Il y en a aujourd’hui qui en parlent souvent , sans avoir encore décidé en quoi consiste la médecine hippocraticque ; ni quel est son esprit ou son caractère essentiel.
Une assez pauvre tisane ou hoqillie d’orge; l’eau de miel et de vinaigre qu’on affecte de préférer à nos boissons si variées 5
quelques apolüegmes généraux sur les crises , qu’on n’écoufe point, ou qu’on ne suit, pour ainsi dire, que du bout des lèvres ; des lieux communs sur les épidémies, l’air et les eaux : Toilà , à parler vrai, à quoi se réduisent, dans notre siècle , les préceptes ou les doc u mens de Cos. On n’en fait presque jamais rapplication , ni à la théorie, ni à la pratique de l’art.
il faut en convenir; les boissons dont on usoit à Cos, celles que des membres de cette école vantèrent, sont aussi peu préférables à celles que nous employons journellement , que le seroit à notrre nourriture avec des poulets , celle avec de petits chiens, en usage chez les Grecs. Nos remèdes sont plus traitables que les leurs : notre pratique ne s’arrête pas à la lenteur de leurs crises : elle ne prétend pas hasarder les événemens des maladies livrées à elles-mêmes; elle aime mieux hasarder ceux des remèdes ; et en cela l’impatience des malades est entièrement d’accord avec les vœux de la plupart des médecins.
A quoi servent donc pour ces praticiens et leurs cliens, ces beaux tableaux des épidémies? Quel fut le but de celui qui en forma le projet ? En quoi mérite- t-il d’être imité? Jusqu’à quel point est-il permis de s’en rapporter à lui ? Que prétendoit-il prouver, et que vouloit-il apprendre aux médecins ses contemporains et à ses successeurs ? Est-il possible de pénétrer le fond de son système, à cet égard, et d’en tirer quelque utilité? Comment se mettre à sa place ou courir la même carrière que lui? Quel rôle un médecin de nos jours auroit-il à jouer pour cela? Quelqu’un essayera peut-être de résoudre ces problèmes d’une manière propre à les rendre dignes de l’attention de la multitude.
Quant au petit nombre de sages, rari Jiantes in gurgite ; ■vraiment initiés dans l’art de guérir, et instruits de son étendue, pénétrés de son importance et de ses lois sacrées et invariables; amateurs décidés de la belle nature, ils ne perdront jamais de vue les peintures de Cos; ils les méditeront et les étudieront sans cesse, pour leur usage, pour se nourrir de ces vérités qui sont comme non avenues pour tant de praticiens.
Hippocrate s’éleva, si on peut le dire, par une force audessus de l’humaine, jusqu’à la main du Créateur qui pousse à leur fin tous les mouveraens de l’économie animale , dans la marche, les progrès et les événemens des maladies. L’agitation ordinaire des médecins et des malades les distrait et les délOLirne de ces vérités sublimes.
Les vrais enfans d’Hippocrate, contemplateurs curieux, comme lui, se plairont seuls à mettre à côté de l’histoire des Meton, des Pytion, des Silène, et autres malades des épidémies, celles des maladies chroniques le plus rapprochées des aigues. Ils sau« ront ce qu’ils ont à faire de ces histoires, et à quoi elles sont
miles en médecine, en quoi elles peuvent servir a un médecin pliilosophe.
Déjà quelques beaux génies ont ouvert la carrière , et laissé des esquisses propres à servir de modèles. Le cours entier de la vie a été regardé comme une sorte de maladie, qui a ses diverses phases et périodes, ses raouvemens variés , ses crises. Les âges , leurs révolutions ont élé calculées survie pied de mouvemens ou d’efforts critiques, accompagnés ^d’accidens plus ou moins actifs, douloureux, maladifs. La pulmonie a été partagée en trois temps ou degrés notables. On a suivi la goutte, la néphrétique , les héîàîorrhoàdes , dans leurs périodes. Les écrouelles ont été examinées suivant le meme plan , etc,
. D’après ces idées , 011 voudroit mettre en évidence dans le cours de ces recherches , la marche ou les progrès des maladies chroniques; essayer de distinguer dans cette marche, les temps d’irritation , de coction et d’évacuation; suivre les métastases ou les changemens des maladies du'oniques , non moins assujettis à une règle fixe que ceux des maladies aigues. On désireroit pouvoir surprendre la nature préparant une maladie chronique, la développant, et faisant des elTorls pour la terminer. On voudroit assigner les momens favorables pour agir, et ceux où il faut se livrer à l’expectation; prouver jusqu’à quel point il est vrai qu’une maladie chronique doit , pour se terminer, devenir aigue, et qu’ainsi que les plus aiguës, les chroniques ont leurs crises, leurs redoubiemens, leurs évacuations, leurs temps de calme , de repos, d’intermittence , de rémittence; leurs momens de résistance aux remèdes , leurs temps de maturation, de douceur , de famille réduciibililè J leur curahilitè et leur incurabilité ^ leur sujétion à la nature des tempéramens, et aux grandes secousses des âges^ des saisons, des variations de l’athmosphère ; leurs rythmes particuliej's du pouls, leurs urines, leurs évacuations, leur admirable dépendance des passions. On insisteroit beaucoup sur ces causes morales, plus efficaces souvent que les physiques, plus difficiles à saisir, plus importantes à observer que les révolutions purement corporelles. Tel seroit l’objet de ces essais.
Us en ont d’abord exigé d’autres sur Je fond de l’économie : animale, sur la vie et ses fonclious, sur le mécanisme un la I manièi’e d'ètre des maladies dans le corps vivant. On a cm ; devoir donner la préférence à une théorie moins éloignée de celle des anciens, que ne le sont les notions courantes sur la circulation , sur les petits vaisseaux, sur les globules du sang , et les autres dogmes des écoles modernes, appelés le système des mécaniciens.
J1 n’est que trop vrai : plus ce système plaît aux esprits superficiels, et nourris dans les principes des phy
VSiCiens ; moins
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il entretient et fait naître le goût de la vraie médecine. Or sans ce goût, il ii’y a plus d’art ; il se réduit à d’inutiles et trop faciles détails anatomiques, mécaniques, physiques, économiques : aussi quels -ouvrages pour la médecine, que ceux qui sont établis sur de pareilles explications, et suivant la logique des académies !
Les médecins doivent s’en défier et s’en garantir , surtout dans notre siècle, où l’amour de l’histoire naturelle, de la chimie, de l’anatomie, des dictionnaires , des collections répandent tant de fausses lueurs, et font tant d’illusion aux lecteurs qui n’y regardent pas d’assez près. Les médecins sont faits pour planer au-dessus de ces connoissances, et pou ries contenir dans leurs bornes , en ce qui regarde l’économie animale et ses dérangemensc ils doivent éviter de fatiguer leur mémoire, d’étouffer leur jugement, et d’user leur attention par ces immenses amas de petites connoissances et de nomenclatures , à quoi se réduisent toutes les sciences physiques.
Les anciens systèmes de médecine eurent des côtés beaucoup plus heureux que les modernes. Ces derniers ne brillent que dans les académies , sur les chaires entourées d’enfans et de curieux, dans les assemblées du grand monde, et même sur les tréteaux , et dans les livres, que tout le monde veut juger. Les élémens de la médecine ancienne s’apprennent et s’éclaircissent auprès des malades , dans les hôpitaux , et dans le commerce des hommes valétudinaires, dans la méditation, dans l’étude des phénomènes particuliers aux divers âges , aux divers tempéramens, aux passions, aux talens, aux positions particulières où se trouvent les hommes , à leurs habitudes ; enfin la médecine s’apprend dans les vieux auteurs, ennuyeux pour les physiciens, qu’il faut étudier pour les entendre , et auxquels on ne peut appliquer ni le calcid, ni le compas, ni les expériences amusantes , qui arrêtent les passa ns.
On a puisé dans ces sources antiques et sacrées les premières notions sur la sensibilité , la mobilité, l’activité essentielles à la première fibre de chaque animal, à sa première partie constitutive. Eclairée et relevée dans riiomine par l’action de l’âme, celte fibre et ses appartenances placent le corps humain, encore plus que ceux des autres animaux, au-dessus des ma- i chines inanimées soumises aux révolutions purement corpo- ' relies , que V animalité comporte à peine.
On a appris à regarder le corps vivant comme un assemblage de divers organes , viscères et autres, qui jouissent chacun d’un sentiment et d’un mouvement particuliers , d’une disposition décidée pour tel sentiment et tel mouvement ; d’où résultent l’accord et l’harmoiiie de toutes les actions particulières i qui concourent à la vie générale, et qui toutes dépendent plus. I
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ou moins évidemment du sen liment et du mouvement dévolus à la fibre animale de chaque individu.
On s’est cru obligé d’insister sur i’aclion des régions précordiale et épigastrique, mieux connues des anciens philosophes que des médecins , et que Van-Helmont regarda comme le trône de son grand archée.. Nous y plaçons le siège, Taboulissant, Tappui de presque îous les eliorls corporels, de presque toutes les senlations ^ le jeu el les orages des passions, les effets de divers appétits , ceux de tout ce qui s’avale et va se rendre à Testomac. Ces régions sont ie foyer des majadies épigastriques , diaphragmatiques , archéales , stumachi'ques , plus ordinaires qu’on ne peut le dire : elles forment un centre non moins remarquable que la tête , pour le cours et îe développement des forces nerveuses, qui sont toujours plus ou moins dirigées vers la région épi gastrique el la précor-diale: fait important méconnu des anatomistes, mais prouvé par le sentiment de tous ceux qui savent se consulter eux-mêmes, et explicable par la singulière allure des nerfs épigastriques.
On a considéré le corps vivant comme étant formé de deux moitiés égales et symétriques, adossées, et, pour ainsi parler , collées vers son axe ; de manière que les parties du même côté se communiquent souvent de haut en bas , et en ligne directe , du foie à Tépaule et à la jambe droites, de la rate à Tépaule et à la jambe gauches. Ees anciens Tavoient très- bien observé , et les modernes beaucoup trop négligé.
On a vérifié , toujours d’après quelques aperçus des maîtres de Cos, que Je corps est aussi partagé par un plan qui suit la position horizontale du diaphragme, et qui coupe Taxe en deux parties supérieure et inférieure , lesquelles se contrebalancent continuellement parla résistance qu’oppose la masse des entrailles à 1^ dépression du diaphragme : celte résistance intestinale cause en eflét des phénomènes étomians pour ceux qui savent les apercevoir et les calculer.
On a vu chaque organe, même ceux qui paroissent de très-peu de conséquence , jouir , dans Tordre et Tenchainement des fonctions de son département , de son étendue d’actiofi , plus ou moins sensiblement exprimée. C’est ce qui constitue les r apporta de ces organes plus ou moins évidens, et qui aide à déterminer ceux qui sont congénères, qui agissent en même (emps, pour le même objet, et ceux dont les actions se croiseol ou se détruisent muluellernent.
I On a surtout pris pour un des principaux ressorts de Téconoj mie animale, ces forces connues par de grands hommes, sous ile nom de centripètes et centrifuges , qui ne sont q!7e l’effort
II que les parties extérieures font contre les intérieures et réciiproquement ; ces efforts ou cette action et réaction, parois-
seul dans lontes les fondions générales, comme dans un accès de fièvre ou de colère : les forces commencent par se concentrer et amènent avec elles les humeurs vers l’intérieur , d’où elles sont ensuite l'epoussées à l’extérieur; ce qui forme une sorte de flux et de reflux important à remarquer.
On a vu, avec de bons observateurs, et h peu de chose près comme les anciens, que le corps entier se réduit, en dernière analyse, à un amas de substance muqueuse, albumineuse, l’élément nourrissant tout végétal, tout animal, et qui n’est que l’extrait des alimens diversement travaillés. Cette substance disposée comme une éponge en couches , lames et cellules, forme le tissu muqueux ou cellulaire, dans lequel s’attachent, s’implantent et se nourrissent tous les organes , toules les parties fibrillaires et nerveuses, les productions ou les allongemens de tous les vaisseaux , qui ne sont eux-mêmes que des tuyaux ou des cylindres cellulaires plus ou moins spongieux et criblés d’une innombrable quantité de voies où s’insinuent les humeurs.
On a suivi dans ce corps cellulaire, les esquisses ou les desseins des départemens ; les bornes des forces qui se compriment mutuellement , et qui gravitant pour dire ainsf les unes contre les autres, établissent dans toutes les positions l’équilibre nécessaire aux mouvemens si diversement variés, dont le corps vivant est continuellement agité. Ces mouvemens sont dus aux efforts inextinguibles dans la partie sensible , et ils sont réveillés et entretenus par les variations de fatmosphère , par l’impression de toutes les causes physiques , alimens et autres ; par les affections de famé , pendant la veille et le sommeil, en santé et en maladie. Sans cesse
cesse gradues et diriges pour entretenir la réguli des fonctions , et ils sont foncièrement soumis au principe de sensibilité qui dirige tout par des lois fort différentes de celles qpi président aux mouvemens des corps morts et sansArme.
On a aussi suivi dans le même corps cellulaire , les divers torrens d’humeurs aqueuses et autres, qui, ainsi que les nuages dans l’atmosphère terrestre, forment les amas, les courans , les dépôts , les congestions , et en général les causes matérielles , et les résidus de presque toutes les maladies et de leurs crises. xAinsi chaque partie a paru nager continuellement dans une atmosphère de sérosité , et y exister à -la manière de ces insectes poissons si nombreux dans certaines liqueurs. Les inflammations même ont paru siéger dans ce tissu , qui, lorsqu’il est étranglé par quelque striclure et échaufîé par une collection extraordinaire de chaleur et de sang ,
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forme les centres, les noyaux où la matière inflammatoire se travaille; où Forage se couve et se développe en étendant le tissu cellulaire en tous sens , en l’arrondissant, le déchirant , le suppurant, le fournissant du suc nourricier surabondant | ce qui n a jamais lieu sans que la fibre nerveuse soit de la partie ; car une brûlure inflammatoire et spontanée , est bien differente d’une simple brûlure par cause externe.
On n a pu se lasser de contempler ( après le système nerveux dont le bulbe où le cerveau et la tige spinale envoient des productions pour aller embrasser et régir tout le corps ), le système vasculeux dont le cœur est le bulbe et le centre d’où parlent des torrens de chaleur et de sang , qui vont en s’étendant dans les artères , croupir , flotter et se perdre enfin dans le tissu muqueux , d'où une partie du sang revient au cœur par les veines. Les anciens, sur ce point, avoient pressenti ou effleuré le but. Les modernes ont répandu la plus vive lumière sur ce grand cercle vasculeux; mais les anciens n’en connoissoient pas moins l’influence et l’irradiation singulière du cœur sur toutes les parties , la vivification du sang dans le poumon, sa chaleur étbérée dans les artères, sa différence d’avec le sang veineux; ils connoissoient les transports, les croupissemens, les écarts des humeurs, les flux et les reflux que la nature sait , au besoin , leur faire éprouver ; les ritbmes invariables par lesquels le système artériel , régulièrement agité par la force tonique et sensible de toutes les parties nerveuses, prévient, annonce et suit les diverses fonctions, les affections des oi’ganes principaux , les transports des liqueurs vers le haut ou le bas du -corps , du côté droit ou du côté gauche. Il nous a fallu revenir sur toutes ces vérités et celles qui en découlent. Les modernes les avoient traitées trop superficiellement, en se livrant sans retenue aux idées de quelques maîtres de Cos qui comparoient le corps à un peloton de vaisseaux , et ses mouvemens à ceux de la roue des potiers. Il est évident que le genre vasculeux est souvent interrompu par le tissu muqueux, ainsi que le mouvement circulaire du sang l’est dans ce tissu et même dans ses vaisseaux. 11 est évident que le grand mouvement circulaire des gros vaisseaux , comparé aux grands mouvemens des astres , est onîrecoupé par beaucoup de petits cercles dont on retrouve aussi l’image dans la marche des planètes, dans ce qu’on nomme les épicycles.
Ces principes généraux suiTesquels le goût des médecins a déjà été pressenti à plusieurs reprises, et sur lesquels aussi quelques-uns d’entre eux se sont expliqués favorablement , servent de fondement à une théorie qui paroît embrasser celle de Cos, celle des anciens méthodistes et galénistes, celle de Van-Helmont et
celle de Stahl , systèmes un peu excessifs chacun en parti” culier , ou lorsqu’on s’en tient à un seul; mais dont la com* binaison et le mélange sont plus près de la nature que le système des asclépiadiens et des mécaniciens anciens et modernes. Ce n’est pas qu’il soit permis de refuser à ce dernier un petit nombre de belles et d’utiles yérités. Mais qu’il est à redouter par l’éloignement qu’il fait naître pour la médecine ancienne , et par le trop de confiance qu’il inspire pour quelques vérités physiques et hydrauliques j et encore par la fa* cilité avec laquelle il se laisse violer! il fournit, en toute occasion , de vains prétextes aux esprits entreprenans , éblouis de quelques connoissances aussi maigres et aussi courtes qu’elles coûtent peu à acquérir. Combien les mécaniciens sont loin de connoître V animalité c^xŸ'ûs ont, sans pudeur, osé expliquer par les lois réservées aux machines mortes et sans âme I
Enfin, cette théorie générale, ou cette anatomie vraiment médicale, qui consiste à peindre et à développer l’organisme ou les mœurs et usages de chaque organe, appliqué à ses fonctions par un instinct et un sentiment particulier, est exposée dans ce premier volume. On y a joint un essai sur la chimie animale , sur les mouveniens intérieurs auxquels sont sujettes les liqueurs , et sur les elîets que ces changemens et les divers miasmes ou poisons occasionnent dans l’économie animale , soit dans l’état de santé , soit dans celui de maladie. C’est le résultat des remarques qui ont pu être faites sur cette science ou cette histoire des liqueurs vivantes.
On prétend fournir quelques secours aux chimistes qui jusqu’ici n’ont pu prononcer sur la nature des liqueurs animales ^ telles qu’elles se comportent dans le corps vivant, non plus qu’ils ne peu vent juger des qucilités d’un métal sur lequel ils ne feroient leurs expériences quejorsqu’il ‘est privé de son phlooistique, ou réduit en caput moriuum, La chimie du corps vivant est la seule nécessaire aux médecins. Mais ils doivent commencer par l’histoire des parties solides , par l’examen des moLivemens de la fibrille sensible, toujours-agissante, toujours animée , tant qu’elle est 1 objet de la medecine.
11 faut des l'emèdes aux hommes ; ils ont besoin de secours dans leurs maux et leurs incommodités , meme dans les maladies inguérissables. Celui des médecins grecs qui mit en avant que les maladies incurables ne regardent pas la médecine, ou n’appartiennent point a l’art, en rétrécit trop les bornes ; il proféra un aflligeant apophthegmequine peut avoir une -approbation entière que de la part des mélancoliques désespérés et privés de la raison. Les médecins romains connoissoient mieux les lois de l’urbanité et l’étendue de leurs devoirs, lorsqu’ils disoient que tous les hommes sont infirmes et mak-
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des : ils ont tous besoin de l’art de guérir, de l’art de vivre , €t on peut le dire, de celui de mourir. La privation de tout secours pour les malades, seroit encore pins îerrible que l’abus elFrérié et superstitieux des médicamens, écueil notable cependant , et dans lequel tombent beaucoup de gens de tous les états.
Alexandre se vit exposé aux murmures de son armée qui manquoit de vivre et de médicamens : il trouva bientôt le moyen de faire distribuer aux soldats des vivres et des médicamens. Il en faut dans tous les temps. La famine de médicamens deviendroit aussi cruelle que celle de pain. Celui qui a dit que la médecine est un fléau pour l’espèce humaine , n’a rien dit qui vaille : il ne s’est pas aperçu que le vrai fléau de cette espèce et celle de tous les animaux , étoit , non la médecine, mais le besoin qu’en ont les êtres sensibles. 11 faudroit donc s’en prendre à la nature et non à la médecine : elle cherche à pourvoir à ce besoin : ainsi elle est de première nécessité dans les sociétés. Quelque rang qu’on veuille lui donner , il faut toujoiu’s qu’elle y soit ; elle est l’unique ressource des infirmes et valétudinaires ; elle veille sur ceux qui jouissent de la plus brillante santé dans tous les âges:, elle peut opérer de grands maux, mais elle produit de grands biens journaliers ; elle guérit, elle console , elle nourrit l’espérance et la confiance des peuples.
On peut défier les plus impudens cyniques d’oser soute* nir qu’une société d’hommes peut exister sans les secours de la médecine. Platon, qui ne vouloit pas des médecins dans sa république , n’en auroit pu bannir la médecine. Platon le divin , ainsi que le sage Caton, s’étoient un peu livrés à leurs préjugés contre les médecins, qui apparemment évaluoient et contenoient le docte et sage orgueil de ces philosophes : il y a à gager que la petite bouderie de ces derniers n’étoit qu’un rendu. Jamais les philosophes n’ont pu en imposer aux médecins qui vont droit aux causes. Hippocrate fut appelé par les Abdéritains pour juger de quelques traits de singularité trop marqués dans la conduite et les propos de Démocrite. Ce fut la médecine qui jugea la philosophie : les philosophes auroient tort de l’oublier.
Les divers moyens que la médecine met en œuvre pour conserver et. rétablir la santé, sont les voyages, la diète, le changement d’air et d’objets de sensations; les médicamens n’agissent sur le corps vivant qu’en ramenant l’ordre naturel de ses mouvemeiis, en ranimant les sentiniens de la vie, en remettant la nature sur la bonne voie, en opérant sur les causes des maladies^ comme elle agit en santé dans toutes les fonctions de chaque organe. Or ces fonctions liées et enchaînées réciproquement , demandent chacune pour leur marche naturelle
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le concours de toutes les autres. Ainsi la digestion de Festomae exige les efforts gradués de toutes les parties, même jusqu’à l’exercice agréable, jusqu’à la paix des divers sens. Ainsi le mouvement du sang dans ses vaisseaux , est modéré par les compressions graduées de tous les viscères et par le doux accord des passions.
En un mot , il n’est , dans le corps vivant , aucun effort particulier qui ne soit dù à l’influence de toutes les parties mobiles et sensibles ; c’est ce qu’apprend l’histoire des fonctions naturelles. En conséquence, l’ébranlement, la maturation, la dépuration, les crises, les détentes nécessaires pour vaincre les maladies, exigent plus ou moins une révolution générale dans toute la machine , un accord heureux entre le physique et le moral, et si on peut le dire, un renforcement et un remonte^ ment de tous les ressorts , de tous les mouvemens. Les effets des spécifiques les plus décidés sont sujets à ces lois : elles ont lieu dans les maladies aigu'és, et .plus encore dans les chroniques, qui ne sont , à les bien prendre , que des aigues allongées, des aigues qui vont se préparant, et que le temps doit faire éclore.
Mais le traitement des eaux minérales employées à leurs sources, est, sans contredit, de tous les secours de la médecine, le mieux en état d’opérer, pour le physique et le moral, toutes les révolutions nécessaires et possibles dans les maladies chroniques. Tout y concourt : le voyage , l’espoir de réussir, la diversité des nourritures , l’air surtout qu’on respire et qui baigne et pénètre les corps, l’étonnement où l’on se trouve sur les lieux , le changement de sensations habituelles, les connoissances nouvelles qu’on fait, les petites passions qui naissent dans ces occasions, l’honnête liberté dont on jouit; tout cela change, bouleverse, détruit les habitudes d’incommodités et de maladies auxquelles sont surtout sujets les liabitans des villes.
On ne peut le nier : ils sont tous plus ou moins affectés de quelque passion qui tient en échec les mouvemens de 1 économie animale, il seroit permis de les comparer à des espèces de somnambules, dont les goûts pour les fonctions naturelles sont distraits et mal dirigés, qui ne respirent, n’entendent, ne voient et ne digèrent qu’à demi; qui sont perpétuellement pressés, tiraillés, irrités, et du côté de la tête, et du côté du coeur, et de celui de l’estomac; qui sont sans forces, sans sommeil, ennuyés, épuisés, engorgés de sucs étrangers à la santé, dans un orage perpétuel, sur le fait des sensations, agités par des projets forcés, écrasés par des partes et des malheurs que leur excessive sensibilité leur grossit. Ces détraquemens habituels de la partie sensible énervent les fonctions, entretiennent et aggravent les maladies longues et lentes; elles les multiplient et les
rendent rebelles en ôtant le courage, l’espoir, la patience, cette heureuse indifférence , cette précieuse insensibilité , qui font naître le bon sens, la paix de l’âme et la bonne santé.
CJti voyage sur mer, à la campagne, en pays étranger, les danses, les.courses, l’équitation et les autres secours de la gymnastique, partagent avec les eaux minérales les avantages dont il vient d’être question. Aussi les habita ns des villes ne peuventils mieux faire que de se livrer à tous ces exercices, et de fuir, dans les belles saisons, leurs demeures singulièrement nuisibles à leur santé, mais si utiles d’ailleurs à plusieurs de leurs besoins et de leurs passions. Aussi Brown, rïiédecin philosophe, fort éloigné de toute opinion superstitieuse, a-t-il, à bon droit, regretté 'les pèlerinages, qui firent autrefois un des exercices de nos pères.
Ces pieuses courses étoient fort utiles à la santé; et sans doute elles furent du goût des valétudinaires sujets aux infirmités chroniques et nerveuses. On peut leur comparer les voyages et les transmigrations des villes aux campagnes , qui sont d’usage aujourd’hui. Chacun désire l’air de la campagne et le changement de celui auquel il est habitué. Chaque malade désire aller consulter, sur ses maux, quelque médecin étranger. Heureux, pour le dire en passant, les lieux qui peuvent fixer l’attention , et appuyer l’espérance du public par les lumières d’un médecin au-dessus du commun ! Ces lieux sont autant de points d’appui et de ralliement nécessaires à bien des têtes : les gouvernemens bien entendus protègent ces désirs des malades. La ville de Montpellier a beaucoup dû à ses médecins pendant plusieurs siècles. Celle de Leyde a su, dans ces derniers temps, tirer grand parti des talens prônés et soutenus d’un médecin fameux, dont la réputation et la fortune ont réveillé l’ardeur de plusieurs. Mais ces phénomènes rares et singuliers, sont de peu de durée: un médecin, quel qu’il soit, est bientôt épuisé lorsque la foule des malades court après lui.
Les eaux minérales ont beaucoup plus d’avantages. Les siècles les plus reculés en adoptèrent l’usage; il en reste une preuve dans les (Euvres d’Hippocrate, Les Romains s’arrêtoient à toutes les sources chaudes; Pline en est le témoin. Il y en a oû ces Païens avoient placé des divinités particulières; il reste des traces de leurs ex volo. Les nymphes, les naïades et les dieux guérisseurs étoient très- bien logés dans ces lieux alors solitaires, et où s’opéroient les cures miraculeuses, à l’ombre d’antiques forêts, dans les creux des rochers, d’oû les échos portoient au loin les merveilles,.
Les Chrétiens, fixant ces objets du côté de la mondanité, et jugeant qu’ils appartenoient aux rêveries du paganisme, les tx ou voient déplacés. Ils n’aimèrent point à se baigner pôle-
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mêle, suivant la liberté romaine : leurs femmes fuyoient cette soldalesqiie impie et mal moriginée. Ils se concentroient dans leurs ménages, et s’occupoient peu de la propreté et de la santé du corps; ils ne pensoient qu’à celle de Tâme. Ils trouvoient trop de douilleterie dans les enfans du siècle, qui mettoient tant de prix à leur santé. Les valétudinaires alloient ensevelir leurs infirmités dans des maisons religieuses , devenues Fobjet principal des sensations dans ces siècles. On cachoit ses maux an lieu d’en faire parade; on se mortifioit en gardant ses douleurs : leurs soulfrances même leur étôienl chères.
A qui se seroit-on confié dans ces temps d'innocence et de simplicité? Les Juifs que l’on haïssoit, s’étoient emparés de la médecine, et ils la rédiMsoient à l’usage des médicamens qu’ils vendoient et raangonisoient. Les Arabes, autres ennemis des Chrétiens, étoient en possession des grands principes de l’art de guérir. Les Chrétiens suspectoient tout ce qui venoit de la part des infidèles. Les moines attirbient le monde dans leurs retraites, où ils avoient placé des hospices et des hôpitaux à côté des églises et des vignes qu’ils cultivoient. Le vin, et longtemps après, Teau-de-vie devinrent la panacée générale des couvens, et de tout le peuple humble, dévot et serf.
La lèpre fixa l’attention de l’Lurope, et on la ti’aîta en séquestrant de la société ceux qui en étoient affectés, et par des remèdes propres aux pays où les croisés avoient été la chercher. Les baumes de la Mecque et celui de la Judée, les bézoards et autres médicamens orientaux, faisoient oublier ceux qui croissent en Rurope. f^es commerçans vénitiens favorisoient ces idées et plaçoient partout leur thériaque.
Les grands chemins étoient peuplés de coureurs et de mauvais garneinens. Le commun des‘hommes se cantonnoit dans ses maisons : on se rapproclioit des églises et des châteaux pour être en sûreté; on vivoit dans des réduits sufiisans, pourvu qu'ils missent à l'abri des voleurs et des frima ts; on aimoit à vivre, à mourir, à se faire inhumer dans sa paroisse, dans son église, à côté des siens, et le plus près possible des fondateurs de ces lieux qui rappeloient les catacombes des premiers siècles. Toutes les sensations étoient, pour ainsi dire, concentrées et resserrées par la piété naissante, par l’amour de ses foyers. On ne pensoit qu’à vivre en passant pour mourir bientôt. Qu’auroit pu, dans de pareilles dispositions, la medecine qui aime et conseille les distractions, la propreté, rélorgnernent des lieux infects, la gaîté, les voyages, le changement d air et de nourriture ?
Nos^ aïeux cîierchoieiit pourtant des remèdes : ce sentiment est dans la nature. On sentit îa nécessité des exercices du corps; la jeunesse, la force des passions et des maladies ue perdoient
pas leurs droits. Les voyages d’outre-mer, les courses contre les Normands , les carrousels; ces efforts et autres semblables ( quelquefois dus au besoin de remèdes pour des inquiétudes inlérieures et des infirmités habituelles), exerçoient la brillante partie des peuples. Mais ceux que l'âge, le sexe, les maladies bien décidées mettoient hors d’état de penser à de pareilles entreprises; ceux qui, demeurant attachés à la glèbe, avoient pourtant besoin de secours pour leurs infirmités morales et physiques, ne pou voient mieux faire que de se livrer à leurs directeurs, leurs consolateurs , leurs nourriciers et leurs protecteurs, aux moines enfin, et a "tous les membres du clergé qui ne cessoient d’instruire et d’endoctriner le monde alors plongé dans l’ignorance.
Conduits ^par des vues plus sublimes que celles des prêtres de l’ancienne Égypte , nos ecclésiastiques sentoient la nécessité et le grand usage de la médecine pour leur objet principal : ils la cultiv oient comme la religion; ils avoient aperçu la confraternité des prêtres et des médecins ; ils ne vouloient point livrer leurs malades aux Juifs, qui auroient ébranlé la bonne doctrine dans des têtes encore mal assurées, lis savoient que les premiers disciples des apôtres joignoient le don des miracles a celui de la guérison des maladies par des secours naturels ; ils sentoient combien les hommes vivent de consolation et de secours moraux dans les affections les plus corporelles; combien le mouvement , les distractions et l’espérance «l'im meilleur sort rendent la vie et ses misères supportables. De là l’institution et la nécessité des pèlerinages dont nous parlions.
Ainsi la religion et la médecine avoient les mêmes ministres; ils suppléoient, du mieux possible, aux conseils qu’on ne vouîoit recevoir, ni de la part des Juifs, ni de celles des Arabes. Ils nourrissoient l’elîprit du peuple , en le délivrant par degrés et par des moyens que permettoient les circonstances, des superstitions païennes, trop fayorables aux passions, et contraires aux vertus chrétiennes.
Ainsi le Iraitement des malades étoit livré , pour l’ordinaire, à leurs parens que dirigeoient les moitiés , en leur donnant des leçons de médecine, d’éducation, d’économie et de religion; * tandis que des courtiers ( en commerce avec les Juifs) venoient leur vendre quelques drogues , et que des goujats échappés des combats et des aventures de chevalerie, venoient panser leurs ulcères et partager quelques opérations avec des vieilles et des matrones. Il est aisé de comprendre que la police nécessaire aux vendeurs de drogues et aux opérateurs, étoit dévolue de plein droit aux moines, aux curés , aux seigneurs et autres gens libres et notables.
On fit peu à peu des confréries, et on rangea ces artistes né-
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cessairesà la pratique sous des bannières particulières; ce qui les tint soumis à Tordre ecclésiastique, chargé de cultiver les parties supérieures de la médecine, La noblesse ne s’occupoit que de batailles et de tournois : elle se laissoit diriger par les autres ordres , sur le fait de la médecine , comme sur la religion et la jurisprudence. Elle ne put s’emparer de ces hautes sciences , parce qu’il fidloit lire et étudier pour être ecclésiastique ou jurisconsulte, et pour exercer et cultiver la médecine, comme les moines la cultivoient; parce qu’il eût fallu piler la drogue et manier la lancette, pour être pharmacien ou opérateur, comme ceux à qui les ecclésiastiques confi oient ces fonctions incompatibles avec leur état , et que la noblesse regardoit comme des indices de servitude.
Cependant, Charlemagne fit éclore les premiers germes des sciences en France : il rangea ceux qui s’en occupoient en diverses classes. La Faculté des physiciens ou des médecins, à laquelle furent confiées toutes les parties de la médecine, ne fut pas des moins utiles pour éclairer, contenir et instruire les peuples sur tous les détails de Tart propre à conserver la santé et à guérir les maladies : vaste sujet qui comprenoit tout ce qui peut avoir trait à l’économie , au choix des nourritures et aux autres branches du régime; à l’éducation, aux soins dus aux divers âgçs, aux emplacemens et commodités des édifices, au soin intérieur des ménages, aux dangers des divers arts, au choix des remèdes et à leur administration; à la décision des opél’ations et à leur manière d’être pratiquée , à l’examen des nourrices, à Telfet des passions diverses sur la santé; enfin , à l’existence la moins malheureuse possible des trois quarts des humains, malades, valétudinaires, enfans, vieillards, femmes grosses ou en couches, grands et petits de tous les ordres, tous soumis aussi à la cruelle nécessité de ne pouvoir se passer des règles de la médecine , que pendant quelques momens de leur vie ; tous sujets au fond de foiblesse propre à l’humanité et au besoin de remèdes et de consolations, comme à celui des nourritures,
Aix-la-Chapelle, lieu chéri des Romains à cause de ses sources èliaudes et abondantes, devenu le centre de l’empire d’occident , auroit pu fixer particulièrement l’attention des médecins qui donnoient leurs leçons dans les palais des rois, dans les églises et dans les maisons religieuses : ils auroient pu user de ces eaux comme les Romains en usoient ; mais l’horreur et la crainte du paganisme continuoient à captiver les suftrages. La médecine , toute théologique, toute ecclésiastique, s’occupoit principalement à rappeler les peuples aux mœurs, aux dogmes et aux pratiques approuvées par les canons. L’amour et le goût de la retraite duroient encore chez le commun des catholiques. Quelques courtisans ne faisoient point la loi aux peuples, au cou-
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traire, ils les fortifioient dans leurs opinions. La pratique des bains étoit trop mondaine, surtout pour les femmes, qui eU'* traînèrent toujours dans leurs goûts le gros de la nation fran~ çoise, et qui ont influé sur la médecine en France comme partout.
Aix en Savoie, autre source connue des Romains, devenoit désert. Aix en Provence, Bourbonne-les-Bains et autres lieux de cette espèce, ne fournissoient plus de ressource aux malades, ni d’objet de distraction aux valétudinaires. Plombières étoit à peine connu à la cour «de Lothaire. Le midi de la France étoit sous le joug des Arabes et des Goths, plus occupés de leurs conquêtes ^t de leurs hérésies, que du profit qu’il y avoit à tirer du grand nombre de sources de l’Aquitaine, si connues sous l’empire romain, si agréables, et où les Païens venoient de loin chercher leur santé et se délasser des fatigues de la guerre.
La manière de penser des Eudes et autres princes de l’Aquitaine, plus favorables aux Arabes et aux Goths qu’aux catholiques, formoit une barrière impénétrable aux François, aux Espagnols, aux Normands. Les grandes guerres de la succession de Charlemagne bouleversoient l’empire. Comment auroiton pénétré jusqu’aux eaux des Pyrénées? Ces montagnes étoient habitées par les descendans de ces Cantabres qui résistèrent au joug romain : peuples sobres et libres, circonscrits dans leui’s vallées: peuples un peu sauvages , qui affectoient de laisser dépérir dans leur voisinage les travaux faits parles Romains à quelques sources minérales; qui regardoient les grands chemins comme des signes de servitude, comme des préparatifs pour des conquêtes , et des prétextes pour la tyrannie.
La magie , les songes , l’astrologie judiciaire (ensuite les fées), les sorcières, les sorts, les enchanlemens occupoient les esprits frappés de quelques traits de lumière encore mal aperçue. La sorcellerie et la féerie avoient succédé aux idées poétiques des nymphes, des naïades, desfaunes et des chèvre-pieds. De languissantes rêveries, effets d’un crépuscule de raison qui commençoit à prendre le dessus, entretenoient un fond de mélancolie et de timidité qui faisoient voir des loups-garoux et des sabbats, partout où les ennemis de la religion avoient porté leurs pas, et dans tous les lieux sombres et retirés. Iæs broxes espagnoles tenoient leurs assemblées dans les Pyrénées , qu’Hercule avoit parcourues, que les dieux païens avoient brûlées. On trembloit au seul récit de ces rêveries. Cette espèce de maladie, cette sorte d’épidémie qui étoit, comme les autres, du ressort des médecins, étoit aussi trop enracinée pour être combattue par une méthode bien fixe et bien raisonnée.
liCs temps étoient favorables à l’empirisme brut et non éclairé,
aux pratiques populaires que dictoient l’ignorauce et le préjuge'» Cet empirisme, enfant de la nature corrompue, et le fruit nécessaire du défaut de mœurs, de goût et de lumières, produit de Forgueil, de l'avarice et du désir de paroître, avoit, ainsi que l’hydre, cent têtes élevées contre la gravité et l’austère vérité des médecins ecclésiastiques et protégés par la loi. 11 donna naissance, cet empirisme insolent, à tous les charlatans, escamoteurs, histrions, jongleurs, baladins, tabarins, bateleurs, fauteurs de secrets, mèges, pâtres, qui se répandirent dans les villes et les provinces, et qui amusoient le peuple en lui coupant la bourse.
Ce fut un malheur nécessaire dont aucune nation ni aucun siècle n’ont pu se délivrer. Il prend sa source dans la faiblesse naturelle à l’esprit humain, dans le goût pour le merveilleux, surtout dans l’araour-propre, qui fait qu’on préfère en général des moyens fournis par la canaille, à ceux qu’indiquent des gens graves, honnêtes et bien élevés. Les malades aiment les valets et tous ceux dont ils croient pouvoir disposer à leur gré ; ceux qui les flattent et les amusent.
Les universités prenoient de la consistance et voyoient tous les jours des savans se former dans leur sein. L’ordre des médecins fournit les plus beaux génies. 11 n’y eut ni ville, ni bourg, ni village qui ne se ressentît des lumières que les médecins gradués, auxquels seuls les lois confioient la santé du peuple, répandoient comme physiciens , comme médecins, comme les premiers des lettrés , et comme les plus instruits sur les matières propres à dissiper l’ignorance de ces siècles.
S’il est vrai que les nobles et les paladins d’alors assurèrent à leurs descendans une gloire et des distinctions immortelles, il n’est pas moins certain que la postérité doit être pénétrée de respect et de reconnoissance pour ceux qui conservèrent le dépôt des sciences médicinales et physiques, ef qui allèrent les chercher chez les Arabes et chez les Grecs. xAussi quels devoirs n’impose pas aux médecins l’exemple de leurs prédécesseurs, s’ils veulent se rendre dignes d’un état qui fut toujours le même depuis le commencement de la monarchie françoise^ instruit, libre, décidé, sans aucun mélange vil ou honteux, dont les enfans aient à rougir pour leurs pères, honoré par l’Eglise, protégé par les rois , appuyé sur la confiance des peuples, chéri des femmes, avoué par la noblesse et la magistrature, illustré par une foule d’hommes du premier ordre dans tous les genres, dans toutes les nations, et enfin très-séduisant dans ses principes, dans ses vues, parlant au cœur, à l’imagination, au génie.
11 dut nécessairement avoir des jaloux. 11 étoit trop utile, d’un usage trop journalier, trop supérieur pour le fonds de connoissances et pour la manière de piiilosopher, aux lettrés ordi-
1 naîrevS eux-mêmes et au commun des hommes. Il arri\^a que le I public, qui éleva des autels à plusieurs médecins, ne manqua I pas de mêler son encens de sarcasmes et de railleries. Cela ne I pouvoit être autrement de la part de la multitude, toujours I entichée d’erreurs populaires combattues par l’ordre des médecins, D’ailleurs , cet ordre dut se ressentir du dégoût que les j peuples prenoient pour les ecclésiastiques. On manqua de re- ; connoissance pour ceux qui avoient conservé toute sorte d’in- ! struction, adouci les mœurs, éclairé les esprits. La médecine I avoit singulièrement servi aux prêtres pour tous ces objets.
Elle eut surtout à supporter les attaques des gens sans aveu 1 et sans droit ; celles des charlatans de toutes les espèces qui , sans ! avoir subi les épreuves nécessaires, s’emparoient , comme aui jourd’hui, de toutes les parties de la médecine; qui en imposoient aux foibles et a ux^ esprits singuliers, et pour lesquels, après tout, on étoit forcé, comme aujourd’hui, à une espèce de demi- tolérance ; par la raison qu’on n’a droit sur la confiance des hommes, que jusqu’à un certain point, et que la liberté publique mérite beaucoup d’égards. C’est contre ces ennemis redoutables que les efibrts des Facultés de Médecine se portèrent d’abord: les Juifs qui, dans ces siècles, étoient à la tête des charlatans, furent surtout vivement combattus par les médecins orthodoxes. Mais le charlatanisme reparoissoit sans cesse et repuliuloit comme la vermine qui ronge les moissons. Les Chrétiens s’en aidèrent, quand les Juifs furent entièrement inutiles ; et les Facultés eurent moins de ressources contre les . Chrétiens charlatans, que contre les Juifs,
Un reste de paganisme qui avoit l’air de la sagesse, et qui \ étoit plus enraciné dans l’esprit de quelques lettrés que dans : celui du peuple, donna aussi beaucoup de peine aux ecclésiastiques; les médecins s’en ressentirent. Les Ausone père et les ! Marcellus laissèrent de profondes traces d’une sorte d’empirisme [ qui avoit eu autrefois l’approbation des Pline, des Caton et ; même des Platon, Ceux qui s’honoroient d’être de la classe de ! ces penseurs, prirent aussi à tâche d’inquiéter les médecins ec- : clésiastiques et scolastiques. Les traits de ces adversaires sont î parvenus jusqu’à nous, ayant été aiguisés par Montaigne, et ' repris par çeux qui l’ont copié et imité. Mais on s’est expliqué : ci-dessus, sur la valeur et les motifs des opinions chères aux ; Caton et aux Platon. Nous retrouverons Montaigne sur notre t chemin. Continuons notre esquisse historique, j L’accord de la puissance ecclésiastique et royale, donnant aux peuples une honnête liberté, détruisit jusqu’à la mémoire I de l’esclavage et de la servitude. Cette heureuse révolution ! fournit une existence plus décidée à ceux dont les moines et I les prêtres gradués en médecine se servoient pour panser les
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malades et pour leur administrer des médicamens, à ceux des varlels de chevaliers qui portoient les drogues dans les combats. Ils furent rangés en classes particulières, et prirent leur rang parmi les citoyens, conservant les anciennes bannières par lesquelles ils avoient été précédemment distingués.
. L’Eglise ne pouvant admettre dans son sein ces thérapeutes ou ces cultivateurs de la médecine ministrante, à titre de clercs libres ou lettrés et de prêtres, comme ceux auxquels étoient réservées les parties supérieures de la médecine, elle leur conserva les signes et les usages des confréries. Les universités, essentiellement destinées aux enseignemens, sachant mieux que personne que les médecins gradués enseignoient en effet toutes les parties de la médecine, ne souffrirent point dans leur sein d’autres professeurs, ni d’autre Faculté pour s’occuper de toutes les parties de la médecine. Cependant la puissance civile trouva le moyen de former des corps d'opérateurs très-utiles, et surtout propres à donner à leurs élèves, qui ne pou voient entendre les leçons des universités, quelques enseignemens de détail. Ces dtablissemens ne dévoient qu’augmenter la confiance des malades, et concourir à délivrer la médecine des entreprises des charlatans et autres gens non moriginés qui en imposoient à la multitude.
De là naquit ce nombre considérable d’êtres et de corps intermédiau'es aux médecins gradués (dont on vouloit étendre et assurer le pouvoir), et aux gens sans aveu (dont on vouloit diminuer le nombre et les méfaits). On établit, ou on laissa se foirner simplement , comme la nature de la chose le comportoit, des gardes-malades, des étuvistes, des herboidstes, des droguistes, des matrones et sages-femmes, des pharmaciens, des apothicaires, des confituriers, des épiciers, des barbiers , des baigneurs, des chirurgiens de ville et de maison, des maîtres, des privilégiés, des garçons gagés faisant pour les veuves, des apprentis, des majors, dessous-majors, des chirurgiens-barbiers et non barbiers, des garçons de compagnies militaires, des gagnans maîtrise, des privilégiés par charge, des herniaires, des rebouteurs, des bandagistes, des oculistes, des dentistes, des litotomistes, des accoucheurs, des chirurgiens de cors aux pieds; l’Église y mit, pour sa part, des soeurs d’hôpital, des moines, des hospitaliers.
Tous ces ministres de santé étoient nommés médecins chez les Grecs, les Romains et même les Égyptiens. Nos aïeux les mirent, pour la plupart, dans la classe des chirurgiens, dès le commencement de la monarchie. Ils circonscrivirent plus exactement qu’on ne l’avoit fait anciennement, le titre et les fonctions de médecin. Mais parmi ces artistes inférieurs, tous nécessaires dans une société bien réglée, il y eut de bonne heure des
chirurgiens et des apothicaires dislingin^sde tous les autres : tout cela est prouvé par Thistoire de notre art. Cependant, on désirerolt un ouvrage à la portée de tout le monde, et où Ton entrât dans le détail nécessaire pour mettre le public au fait des travaux , des exercices, des droits et de la destination de tous ces chirurgiens et apothicaires. 11 seroit important qu’on connût la hiérarchie médicinale approuvée par les loisï
Cette espèce de hiérarchie, commode pour les législateurs, et ' nécessaire pour la pratique de toutes les branches de la médecine, communiqua les connoissances et les effets journaliers de ; rart> depuis les chefs, membres des Facultés, jusqu’au plus petit peuple : elle fournit en même temps une voie naturelle par laquelle les expériences faites sur tous les sujets, ainsi que les découvertes quelquefois utiles de fempirisme, remontoient par degrés vers la tê.te de la médecine, qui les évaluoit et qui en répondoit aux souverains et au public.
Les médecins ecclésiastiques et gradués, gens de grand état, qui parvenoient aux placés d’archevêques, d’abbés, d’évêques, de chanoines, de conseillers dans les cours souveraines , de membres des états dans quelques provinces, et qui étoient ^ constamment du premier rang des citoyens et des notables dans les villes et bourgs , avoient une inspection raisonnable et in- I dispensable sur tous les membres de la médecine : chacun étoit i interesse a y tenir son rang , ne fût-ce que pour contenir ceux I qui venoient après lui; pour empêcher qu’en imitant les contre»
1 bandiers et les mécontens de tous les états , les gardes-malades I et les étuvistes, par exemple, ne prétendissent s’emparer des 1 parties les plus délicates de l’art.
Il n’eût fallu qu’un petit nombre d’esprits turbulens, dans I ces ordres inférieurs , et ils auroient tout bouleversé , toujours i sous prétexte du bien public. Mais les membres de tous les i corps policés étoient, chez nos aïeux, scrupuleusement atta- ! chés-à leur devoir. Ils ne vouloient pas tout faire à la fois.
I Ils n’avoient point honte d’imiter ceux qui les avoient préi cédés dans leur carrière ; ils n’affectoient pas d’oublier leur i origine ; ils savoient à quoi ils s’étoient engagés sous la foi du I serment, dans leurs divers offices. Le monde n’alloit pas mal :
1 un tissu d’événemens prompts et inattendus vint le bouleverser.
L’imprimerie, l’amour général des lettres, la découverte de l’Amérique , celle de la poudre à canon , la naissance de la chimie , les ravages de la maladie vénérienne changèrent la face de l’Europe, et occasionnèrent surtout la plus grande révolution dans la médecine, qui se ressentit toujours des grands
changemens arrivés chez les nations dans le physique et le inoral. *' ^
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A peine la presse fat en usage , qu’on vit paroilre un nombre infini de traductions latines, de commentaires, d’éditions de tous les manuscrits de médecine que le temps avoit respectés, grâces aux moines et aux médecins ecclésiastiques. Les ouvrages grecs, les arabes, tous furent imprimés et translatés en latin par des médecins gradués. On a peine à comprendre les travaux auxqills ces sa va ns se livrèrent. On demande des monumens ; en voilà d’immortels, et qui ne brillent point par une magnificence empruntée et fastueuse. Tels furent les services rendus à la société par nos prédécesseurs ; l’envie ne pourra jamais les fan e oublier. On saura toujours que les médecins jouèrent un des premiers rôles dans le renouvellement général des lettres que leurs corps n’avoil cessé de cultiver en particulier , au milieu meme de la décadence des Grecs et des K orna ins.
Mais la maladie vénérienne qui vint ravager notre continent, ne se trouvant pas décrite dans les ouvrages grecs et arabes, les médecins lettrés pâlissoient en vain sur ces livres, dans la vue de pourvoir à ce fléau qui plongea les hommes dans l’amertume et la tristesse. On fut moins heureux que du temps des Arabes qui assujettirent la petite- vérole aux règles de l’art. Le savoir et l’expérience reiidoient les meilleurs médecins timides et peu entreprenans. Quelques-uns de ceux qui dans la hiérarchie de la médecnie étoient moins éloignés des pratiques populaires, que les médecins supérieurs et les plus doctes, réveillèrent l’attention des bonnes têtes. Le hasard, père de tant de remèdes et de tant de poisons, fit aux hommes le présent du mercure, qui étoit précisément condamné par l’antiquité. La maladie vénérienne fut combattue avec quelque avantage , et en partie dévolue aux essais de l’empirisme. Peu à peu les médecins lettrés , remis sur la voie , consacrèrent la méthode la plus sage et la moins incertaine; mais l'ébranlement qu’ils éprouvèrent à l’occasion du mercure et de la maladie vénérienne, eut des suites qui durent encore.
D’autre côté, la grande quantité de nouvelles drogues qu’apporta l’Amérique, donna lieu à des nouvelles épreuves et à des tentatives hasardées , auxquelles les médecins résistuieut, d’autant plus qu’ils étoient mieux instruits sur bien des points, ils se méfioient , avec quelque raison ( et non sans quelques préjugés ) , des pratiques venues de loin , préconisées par la l'enommée, et appuyées de la chaleur que le Nouveau-Monde excita chez les ha bilans du vieux. Ils crurent presque tous avoir trouvé autant de moyens de conserver leur santé, que de manières de s’enrichir. Les drogues de l’Amérique prirent la plus grande faveur et firent oublier celles de l’Europe. Ce fut
DE CET OUTRAGE. Siy
une antre secousse à éprouver par les médecins des universités» La chimie fit plus et même pire. La théorie et la pratique des anciens furent renversées de fond en comble ; leurs remèdes furent oubliés, quoique éprouvés depuis plusieurs siècles. Les novateurs en imaginèrent une infinité, d’un ordre nouveau , insolite, périlleux. Ces remèdes, munis du suffrage des chimistes ( de ces enians du leu qui brûlèrent tout en médecine, jusqu’aux anciens livres), captivèrent les suffrages. Ce fut un .‘-chûme violent, né dans le sein même de l’art. Les médecins lettrés en furent eux- mêmes les auteurs, ils eurent bien des torts; mais on leur eut Tobligation de la découverte , d’un art presque entièrement nouveau. C’est une autre dette que la société contracta envers eux : ils mirent au jour ce système de chimie physique qui laissa si loin de lui toutes les autres opinions sur la nature et la décomposilion des corps inanimés; d’oti découlèrent tant d’usages pour les aiis, tant de nouveaux mixtes , tant de créations et de combinaisons inconnues iusque-là.
Irrités de la résistance de quelques-uns de leurs confrères qui demeuroient attachés aux anciens, ces génies chimiques et conquérans confondirent tous les étals; ils attachèrent à leur char tous les membres de fart, même les plus iiiFérieurs, et ils leur donnèrent leurs livrées. Us demandèrent main- forte au plus vil peuple; ils augmentèrent par leurs criailleries le nombre et le zèle des gens à secrets; ils firent sortir les enthom siastes empiriques des repaires où les médecins les avoienl cantonnés; iis augmentèrent aussi la confiance des imbécilles, auxquels on osoit promettre l’immortalité. En ce temps-là^ et au moyen de cette révolution étonnante , ceux à qui les lois a voient confié la conservation et le maniement des drogues, devinrent plus éclairés que leuis pères, et moins assu- jettis à un nombre borné de formules : ils durent cette sorte I de pi omotion a l éclat et aux forfaits de la chimie, non moins > qu’aux drogues du Nouveau-Monde.
/La maladie vénérienne et les plaies d’armes à feu produisirent des changemens semblables dans toutes les classes des chirurgiens. C es plaies inconnues aux anciens, comme la vérole, n’avoient pu être réduites à des parisemens réguliers et toujours les mêmes. U fallut en imaginer d’autres; et ces discussions exigèrent des conrioissances un peu plus recherchées que celles de la pratique de fart réduite eu système et communément enseignée par manière de tradition , et sans de grandes recherches scientifiques.
Ainsi les maîtres apothicaires combinèrent et vinrent même à imaginer des remèdes nouveaux, tandis que les. maîtres ciiirurgiens furent dam h nécessité d’essayer de nouvelle#
opérafioïis: ce qui éleiitHt le doïnaiiie de ces deux arts, dîsluio-ués des autres parties iiiiriislrautes , dans la liiérarciiie do la médecine. On vit, à peu près à cette époque, des chirurgiens lettrés se réunir en corps particulier, dilférent des communautés anciennes. \Iais dès que les méthodes de traitement pour les accidens extérieurs de la vérole , dès que les pansemens et les opérations pour les plaies d armes à feu , lurent décidés, ce corps lettré vint fraternellenieiit se rejoindre aux communautés qui a voient conservé le dépôt de la véritable chirurgie , et produit les chirurgiens les plus célébrés : la pharmacie chimique vint aussi retrouver la galénique après l’avoir un peu dédaignée.
C’est encore à ces époques , propres à éclaircir l’histoîre et la nature de la pharmacie et de la chirurgie, qu’on doit rapporter rélablisseraent de l’ordre religieux de la Charité. Les ordonnances de nos rois , et les décisions de nos cours souveraines , permirent à cet ordredès qu'il parut, et conhrnièrent ensuitel exercice de la chirurgieet de la pharmacie , et même une sorte d enseignement dans les hôpitaux. On l’a vu chargé de la cliirurgie des armées, et du traitement des pauvres, sans qu’il se soit jusqu ici occLipédes lettres, ni qu’il ait jamais pensé à prendre des grades en médecine, ou à former un corps lettré. On accorda aussi quelques privilèges à des sociétés religieuses de filles , sous l’autorité de l’Eglise , qui ne cessera jamais d’étendre ses vues sur les secours temporels dus aux malades. Eiifm ces religieux et ces religieuses représentèrent exactement les parties inimsliaii’’ y tes de fa médecine des siècles passés : ils firent consister leur honneur dans leur inviolable attachement aux devoirs dont ils
s’étoient chargés par leurs vœux.
La liberté de penser et l’ennui des usages reçus, suite nécessaire des mêmes causes générales (la découverte duNouveau- Monde, celle de l’imprimerie, l’amour violent des lettres, etc.) , remuèrent tout, jusqu’à la religion de nos pères : elle se ressentit de ces secousses dans plusieurs contrées : il y en eut qui en furent presque exemptes ; et c’est aussi dans celles-là meme que la médecine (toujours liée à la religion ) conserva le plus ses rits ecclésiastiques. Il reste à examiner si elle en lut plus ou moins utile , si elle fit des propms plus ou moins solides , si elle se conduisit plus ou moins raisonnablement vis-à-vis des nouvelles découvertes réelles, si elle s’acquit plus ou moins de gloire en continuant de modérer , par son attachement aux règlçs anciennes , les idées et les projets rebelles a tout frein , et^en opposant une vigoui’euse résistance à 1 ancien ennemi, l’empirisme ignorant et non instruit. Peut-etre trouveroit-oii que les mêmes pays qui ont été bouleversés par les affaires de religion , courent aussi le risque de laisser tomber la médecine
DE CET OUVIIAG
JLLi.
dans line sorte d’anarchie contre laquelie la raison et le hou sens crient d’avance. C’est un examen qu’il fe„t laisser laire par quelqu nn qui se sera instruit sur l’état et les proerès de la inedecine des diverses nations dans ce siècle.
Les .secousses furent vives et réitérées en France. Les facultés de tnedecuie parlagèrent les troubles des universilés, dont les enseignemens ennuyoient les partisans des opinions nouvel es. Les médecins renonçant à la loi du célibat que l’état et 1 i^lgllse Jeur imposoient, reooticèreiil aussi , pour la jjfuparl, aux dignités et aux béuéfices ecclésiastiques, Valol meuecui de Louis XiV" , tut ie dernier ecclésiastique de son rang : il possédoit une abbaye.
Les médecins ne renoncèrent pas aux Iionnenrs et aux pri vüeges des grades confirmés et établis de siècle en siècle par les lois les plus formelles et les plus antiques ; mais lîs paruleii se peiouaaer, en suivant les idées communes, que la sphere des études de l'universilé étoit trop étroite : cbacmi i ees e poiii agiandir. Quelques-uns s’attachèrent spéciaiement a éclaircir de pics en plus la médecine grecqL.
mirlé'i’V" quoiqu’ils eussent
porte 1 art au plus haut degré d’honneur et de considéraiion
auquel il puisse atteiipre. ils avoient regardé l’anatomie avec
quelque dédain : ce fut un prétexte pour les réformateurs de
incroyable'.*^’ cultiver avec une application
Aussi combien de découvertes plus ou moins utiles ! combien d onv ag,, ; Le ^e.^Je en fut mondé ; et il les
.1 tous aux profe-sseurs et aux docteurs des universités; ifs sur lient tous du sein des écoles anciennes; comme si les médecins n avoient quitté l’habit ecclésiastique et renoncé an
rnô ^ l’emarqiiables par les (lisseelious ;
omme s ils avoient , par leur conduite, prétendu fevoriser e piejuge populaire, qui faisoit penser que les anciennes
écoles n avoient pas assez cultivé l’anatomie. C’est un point à
éclaircir et qui ne pourra l’être parfaitement que lorsqu’on sera levciiu de 1 enthomiasnie et des théories anatomiques, comme on est revenu de I enthousiasme chimique. Mais enfin lés médecins ne pensèrent plus qu’à disséquer. L’anatomie moderne
1 soutenu le contraire, m e.ssayer d’enlever à l’ordre des mé-
itwabTe """''il " d’^hligations dont le monde lui e^st
iiedeyable , quelle que puisse etre au fond la valeur réelle :de letude anatomique.