L-elfo VilS" gcne'reusement une nou
id n s sô, ir i'* pouvoient pénétrer
dans sou sanctuaire que par le secours des langues savantes
il n’en conserva Tusage que dans rintërieur de ses assemblées el de ses discussions intimes. Il traduisit tous les ouvrages des vieilles écoles en langue vulgaire. 11 en créa, sur les matières de l’art , une toute nouvelle, et qui est encore en usage parmi nous. 11 s’occupa des queslioos médico-légales et médico-théologiques ; objets importans qui servent à prouver la confraternité de la haute médecine, avec les lois ecclésiastiques et civiles. Autres monumens immortels des travaux de nos prédécesseurs. Ils portèrent leurs vues sur toutes les parties de la physique , et spécialement sur l’iiistoire des plantes , qu’il hillut encore créer , d’après les essais des médecins de l’antiquité. Cette histoiré fut aussi décorée d’un langage particulier devenu celui de tous les modernes. Métaphysique, môrale , philosophie , rien n’échappa aux travaux et aux veilles des médecins.
Enfui, à force de travaux et de tentatives, on fit dans le corps des animaux une découverte comparable à celle du Nouveau-Monde. La circulation, plus qu’entrevue dans les écoles de Paris , par le malheureux Servet , fut mise au plus grand jour par des docteurs italiens , et ensuite par ce célèbre médecin aiîglois , Harvée, auquel cette découverte est attribuée. Descartes parut à côté des médecins françois : sa méthode ne leur apprit pas grand’chose ; leurs conlrères , anciens et modernes , Fa voient précédé en bien des points ^ mais ils n’a volent pas mis , comme lui , le public au courant de la science. Ses systèmes sur l’homme, dont les germes se trouvent chez les médecins romains, en firent naître plusieurs dans nos écoles, d’où ils se répandirent dans le monde. Le nombre de nos imitateurs ne fut pas médiocre. Celui dessavans, vrais ou faux, s’augmenta. De là naquit le système de médecine appelé mécanique et hydraulique, qui éblouit et ne tint pas ce qu’il promit, et auquel nous disions qu’on devoit en substituer un autre.
L’émulation devint générale, et sans cesse elle augmenloit à la lueur des travaux chimiques, anatomiques, botaniques, physiques, toujours dus en grande partie aux médecins. En ce temps-là nos rois étendirent leur magnificence sur toutes les sciences renfermées jusque alors dans l’enceinte des Lcultés. On créa des collèges, des jardins, des amphithéâtres royaux, où les enseignemens , devenus plus commodes, ne dérogeoient point aux anciennes formes. Toutes les parties de la médecine y furent lues, commentées et expliquées par des médecins. La botanique y Lit enseignée par des gradués aidés de pharmaciens et d’herboi’isles , sur lesquels rouloit le manuel de cet art. La chimie eut aussi des professeurs , toujours tirés des écoles de médecine, et qui étoient aidés, dans les opérations , par des maîtres en pharmacie. L’anatomie y fui
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enseignée .par des docteurs , et les disseclions étoient* faileà par des chirurgiens , précisément comme dans les facultés de médecine , lorsqu’elles étoieut encore ecclésiastiques. Le goût des académies naquit. On vil aussi se former quelques médecins chiraistes-pharmaciens et quelques médecins anatomistes-chirurgiens qui parurent sVcarler des règles reçues, et qui ne furent que tolérés, puisque aucune loi ne détruisit les anciennes sur la nature et les droits de la 'médecine.
Tels furent les progrès de noire état , et telles furent ses grandes révolutions pendant dix siècles. Sa tète fut élevée aux plus hautes dignités de l’Eglise et des universités : elle marchoit à l’égal des premiers citoyens, ses membres, placés chacun suivant leur rang et de degré em degré, arrivoient jusqu’aux plus bas étages. La médecine embrassoit ainsi tous les ordres de la société , et y répandoit les lumières propres à dissiper les erreurs populaires et à empêcher les forfaits de l’empirisme non instruit.
11 ne faut jamais l’oublier : cette espèce de combat entre la fu reur d’ordonner ou de croire aux drogues , naturelle à l’homme d’un côté, et del autre, entre le dogme épuré par la raison et * soutenu par les lois, élablit l’art de guérir et en démontre l’existence et la nécessité. Comme la justice modère les passions des citoyens, ainsi la médecine modère le penchant qu’ils ont à se laisser tromper dans leurs maladies ; la guerre les préserve de l’incursion de leurs ennemis; et la médecine les préserve de ceux qui veulent abuser de leur confiance et les maîtriser par l’usage des médicamens. La théologie purifie les âmes du penchant trop naturel au mal, et la médecine les corrige de celui qu’elles ont à la crédulité en fait de drogues. Ainsi notre* art éclaira le monde, conserva ses usages antiques, et fit une partie de la législation nationale depuis Clovis jusqu’au dix-septième siècle.
Nous nous arrêtons à cette époque. Nous pourrons parler ailleurs des forfaits de la transfusion , des progrès et des mouvemens des chirurgiens, des applaudissemens qu’ils ont reçus, des vœux des pharmaciens, de l’emploi du sublimé corrosif, siutout de l’inoculation: grands objets qui, dans ces derniers temps, occupent et agitent la médecine à un point singulier. Ce sont de nouvelles attaques de l’empirisme, qui a toujours besoin d'être modéré par le dogme. Ce que nous venons d’exposer suffit, quant à présent, pour noire Histoire des eaux minérales , d’autant mieux que c’est à peu près vers le dix-septième siècle que nos rois donnèrent l’intendance générale et la surinspection de ces eaux â leurs premiers médecins : on commença enfin à sentir l’iinporlance de ce secours.
il est aisé de juger pourquoi on y a pensé si tard. La foi
naissante de nos peuples les dégoûtoit de tout ce qui se ressentoit du luxe des Gentils, grands partisans des bains et des eaux minérales. Les Juifs ne pensoient qu’au commerce des drogues. Les moines altiroientles malades à leurs hospices , aux hôpitaux qu'ils fondoient et qu’ils desservoienl comme médecins et comme prêtres. Les coeurs se tournoient du côté de la retraite: on s’assembloit sans cesse auprès des églises, d’où procédoienl toutes sortes de consolations. Les pèlerinages faisoient un exercice commun , utile et décent pour les valétudinaires. Les médecins ecclésiastiques s’occupoient autant des moyens moraux que ph3'sique3 pour policer les peuples et adoucir les mœurs. Ils copioient les iiianuscrits des Grecs et des Arabes, et conseilloient seulement les remèdes qui s’y trouvoieM; ils s’occupèrent ensuite de traductions et créèrent en France une médecine grecque et arabe. Les bains publics étoient regardés comme des pratiques peu honnêtes aux Chrétiens, qui, se fournissant peu à peu de linge, avoient moins besoin de s’occuper de lotions à la manière des Païens et des Mahométans. Ils préféroient les bains d’eau douce, à ceux des eaux minérales qu’il étoit dangereux d’aller chercher au loin à cause des mauvais chemins. Ce n’étoit pourtant pas sans quelque sorte de scandale qu’on voyoit Louis Xi se baigner avec toute sa cour, au milieu de la Seine et en plein jour, eu sortant des spectacles pieux que dormoient alors les confrères de la Passion.
Les chimistes méprisoient les eaux nalurelbes, et ne vouloient user que d’eaux artificielles , d’élixirs et de quintessences. Le sel de Glauber, que la nature fournissoit dans les eaux minérales, ne fut d’abord comm que comme une opération de l’art. La pharmacie galénique et la chimique se partageoient tous les suffrages, les remèdes préparés par la nature étoient oubliés. L’xAmérique cependant en avoit singulièrement imposé par ses drogues nouvelles, parce qu’elles venoient de loin. Les médecins ne pensoient qu’à disséquer, à égorger des animaux, à faire des expériences : les guerres civiles empêclioieiit la liberté du commerce; la médecine ne s’occupoit que de se parer a la Françoise, et tout le monde prétendoit l’enteiidre.
Les lieux des eaux étoient les rendez-vous des joueurs, des farceurs, des baladins et des garnemens des provinces. On connoîl des eaux dans les Pyrénées qui se nomment encore engrosseuses ( enpreignaderes ) : il y en a où les souverains et leurs courtisans aboient se baigner et faire des parties de plaisir. Alargnerite de Valois le reprochoit à Henri IV son époux: tout cela faisoit fuir les gens graves, timides, dévots et modestes, t^es fées s’étoient emparées de quelques sources : il y en a aussi dans les Pyrénées qu’on nomme (encore fontaine des Fées {lion de las Hades). Les sorcières, broxes et loups garoux
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y faîsüieiit, comme nous l’avons remarqué , leurs saloats. Il îTy a pas un siècle qu’on voyoit encore dans ces lieux escarpés et éloignés de toute habitation, où la nature fait jaillir les eaux minérales, des boucs et des chèvre-pieds de mauvais présage pour les devins et les astrologues. C’étoit à peu près le temps où la Gaglila'i révéloit au parlement de Paris le vrai secret de la sorcellerie et de la magie.
Toutes ces causes concouroient à détourner l’attention des médecins de l’emploi des eaux, et donnoient aux peuples une impulsion contraire aux vo} âges et aux essais de ces eaux. Tout a changé de face dans notre siècle ; et plaise au ciel que des excès contraires à ceux de nos pères ne nous rendent pas moins heureux qu’ils nel’étoient ! Quelques-uns de leurs timides préjuges les font regarder souvent avec dédain et pitié : notre peu de retenue pourroit, si on ne s’arrête à propos, nous rendre plus méprisables aux yeux de la postérité. Notre liberté, notre fureur d’aller, notre cosmopolitisjne en tout genre, peuvent devenir excessifs et entraîner bien des inconvéniens.
Jouissons avec sagesse du bonheur qui nous étoît réservé, et pour lequel nos ancêh'es ont tant tras aillé. La IVance ne coiinoît plus qu’un roi, qu’une religion. La loi qui veille pour la médecine, a les memes foiidemens et la même antiquité que toutes les autres; elle est en meme temps ecclésiastique et civile. Les deux puissances nous sont également garans de nos usages, des distinctions, des égards et du rang occupé par nos pères, il nous a été transmis comme un héritage c|ue nous sommes chargés de faire valoir pour nos descendans. Jaraais l’ordre des médecins ne fut si nombreux, si instruit, si vigilant. Nos professeurs enseignent avec autant de zèle que de connoissances : nos écoles sont ouvertes à tout le monde, comme elles l’étoieiil il V a dix siècles,
il y manque (pour nous renfermer dans l’objet qui nous occupe aujourd’hui) renseignement public des vertus des eaux, et de la manière de les employer en général et en particuliei’. On a besoin d’un système complet sur les eaux du royaume; qui peuvent être classées, partagées en sources primitives, principales, subsidiaires, succédanées, simples, composées et distinguées, eu égard au climat où elles se trouvent, aux minéraux qu’elles conliennent, à leur chaleur, à leur abondance, à leurs commodités ou incommodit(‘s pour leur administration ;enîin, elles doivent être comparées avec celles des pays étrangers, ( e système , nous ne pouvons que le concevoir et l’énoncer comme possible. Renfermé dans les bornes de notre patrie, nous ne devons nous occuper cpie des sources qui lui appartiennent : nous les réduisons à six. Les eaux Bonnes, les Chaudes, celles
de Cauierès^ de Luz ou Saint-Sauveur, de Barèges et de Bagnères.
Alar guerite, sœur de François F*', reine de Navarre et souveraine de Béarn , redonna à ces eaux une partie du lustre dont elles avoient joui du lesnps des Boniains. Les Gastons en a voient déjà senti l’iniporiance. Marguerite visitoit souvent ses sources, et les interlocuteurs de ses contes étoient Escuranids, un de ses médecins et des preneurs d’eaux (i). Les scènes des romans auxquels cette ingénieuse reine ( qu’on nommoit la Marguerite des Marguerites) donna tant de vogue, se passoient dans nos vallées , où elle éfoil à l’abri des persécutions qu’on lui suscitoit à Borne et à la cour de France. Sa fille Jeanne acheva de dissiper les craintes et les erreurs populaires répandues dans les lieux des eaux; elle fit la gueri'e aux sorcières reléguées dans nos montagnes. Son génie bouillant la conduisit trop loin à quelques égards, mais il ne lui fit pas passer les bornes raisonnables au sujet de la médecine; elle y croyoit plus qu’à la théologie, qu’elle confondoit avec les erreurs des mauvais théologiens. Nos eaux étoient très-célèbres en ce temps-là : Montaigne les pratiquoit et les aimoit ; il les appeloit grarninontoises. Le phifosopiie prévoyoit le sort de Corisande de Grammont. Jean d’Albret, beau-père d’Antoine de Bourbon, et qui se trouva à la bataille de Pavie, avec PVançois Fq donna aux eaux Bonnes le nom à' eaux d'arcjuebusade , à cause des bons effets qu’elles produisirent sur les Béarnois blessés en Italie, par des coups d’aiv quebuse, qui étoit alors une arme nouvelle. Henri 1 V connut et fréquenta les eaux dans sa jeunesse; il ne les oublia point lorsqu’il fut devenu roi de France, ü reste des traces de ce que ses médecins Oi’toman, Dulaurens, Jonbert et La Rivière pensoient sur ces eaux. Les Vallot décidèrent Louis XIll pour l’usage de la casse et les eaux de Fougues, en France: c’étoit le temps ori les Gui-Patin bavardoient et médisoient des Pyrénées, et de Ducliesne, médecin ciiimiste, du pays d’ Arniagnac„ limitrophe de Béarn. Louis Xlil vint visiter la patrie de son, père pour d’autres objets que celui des eaux minérales. Fagon eut un rayon de connoissances sur les eaux Bonnes et celles de Barèges, à propos de la fistule de Louis XtV, que l’opération ne guérit pas complètement , et que ces eaux auroient aussi bien palliée. Le roi alloit les prendre et revoir le berceau, de Henri ÏV , lorsque de petites intrigues de cour l’empêchèrent de prendre la voie la plus sage pour sa santé. Chirac s’occupa des eaux de Balaruç, en Languedoc, sa patrie, à propos d'une
(i) D’anciens registres prouvent les égards que Marguerite avoit pour lui Elle demanda aux habitans de !a A^aliée d’Ossaii le franc pacage pour les vacbes et les juinens de son ipédecin , qui la dirigeoit dans ses voyages
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blessure du régent, à laquelle nos eaux convenolent mieux que celles de Balaruc. Ces médecins, chargés par leurs places d(3 veiller sur les eaux minérales, n’avoienl: encore pu s’instruire qu’imparlaitement. Aladamede jVtainlenon avoil conduit le duc du Maine à Barèges, que l’amour emb’eilil depuis, üningénieur, frappé des charmes d’une très - vertueuse demoiselle, ayant aplani nos montagnes, il fit à Barèges des dépenses et des réparations qui en font désirer de pareilles pour Cauterès. Louis XV rendit Barèges commode aux militaires; et cette source devint par là comme le centre de toutes les autres.
Nous trouvâmes plus d’une occasion de réveiller rattention de Chicoineau, de Senac, médecins du roi, et d’Helvétius, médecin de la reine. Nos travaux et nos observations furent, par une suite de hasards, connus de ces archiatres. Nous ne cessâmes de les solliciter sur les intérêts de l’art, sur les leurs propres, sur la nécessité d'une législation convenable dans l’administra tion des eaux (i). On nous demanda des mémoires, des consultations, des observations, des remarques faites par nous et par nos confrères, qui, d’une génération à l’autre, employoient nos eaux depuis un temps immémorial. Toutes ces questions furent répondues : il naquit de ces divers écrits un système sur les eaux des Pyrénées qui manquoit, et qui sera développé dans le cours de cet ouvrage.
Ce n’a pas été l'afîaire d’un jour, l^ejoin nal de Barèges^ porté au point où il se trouve aujourd’hui, peut être regardé comme l’ouvrage d’un siècle entier d’observations et de discussions suivies sans interruption. De ses trois auteurs, l’un a travaillé à l’emploi des eaux plus de cinquante ans; l’autre n’a cessé de s’en occuper pendant trente, et le troisième les administre depuis vingt. Ce travail a fourni une collection de plus de deux mille cjbserv^ations principales, et l’histoire de tout ce qui s’est passé à ces eaux depuis que Chicoineau et ensuite Senac se rendirent à nos instances. Le premier de ces médecins a la gloire d’avoir adopté les airangemens qui lui furent proposés; l’autre n’a fait que le suivre. Us furent l’un et l’autre un peu trop lents et trop foibles ; ils surent trop que le bien est très-dilïicile à faire.
On ne l’a point ignoré, n'os travaux ont fait quelque sensa» lion ; il s’est passé à cet égard bien des petites scènes dont nous n’avions ni besoin, ni envie Libres comme nos pères, nous avons tâché de servir comme eux nos vallées; par choix, par goût , avec modestie et sans autre prétention que celle de tenir
(i) Ceci n’éîanî p.oiFit imprimé lorsque M, de Lieuîaud est nommé premier médecin du roi , et M. de T asonne*, sorvivancier , nous réitérons Jtos. instances auprès de ces raessienrs , de même cjue \is-à-Yis de MM. de Lstsaigne , Raulin et les autres iriéçleçins de la çotnmissioii royale.
au vrai el de remplir ensuite les devoirs qui nous ont été iin-» posés.
C’est à nous que sont dus Tusage inférieur des eaux Bonnes, leur application aux maladies de la poitrine, et l’heureuse célébrité quelles ont acquise. Llles ont guéri quelques pulmoniques, et elles en ont soulagé un grand nombre. Inconnues jusqu’ici à la France, leur Fortune vient de s’étendre depuis la capitale jusqu’aux provinces les plus reculées et jusque chez iéiranger. Les eaux Chaudes, leurs voisines, étoient les plus brillantes à la cour de Navarre, et elles vieillissolent lorsque nous avons repris et renouvelé leur usage. Il a fallu réformer beaucoup de bruits populaires sur celles de Cauterès, modérer les éloges qu'on faisoit de celles de Bagnères, la plus antique de nos sources , et qui fut la plus commode aux Romains. Il a fallu assurer aux eaux de Barèges les droits qu’on ne leur connoissoit point sur les maladies internes, celles des nerfs, celles de la matrice, les écrouelles, la maladie vénérienne. Nous fumes des premiers à faire boire ces eaux; des premiers aussi à les mêler toutes avec du lait , à les faire boire pour boisson ordinaire , à les faire prendre en hiver, à les employer à la fin des maladies aigues. Personne avant nous n’avoit comparé une source à i autre , et essayé de borner chacune dans sa sphère naturelle. On n’avoit pas envoyé des verbaux aux médecins du roi : 00 11 avoit pas pensé à faire un journal ou un registre qui pût fixer les idées et contenir les faits historiques tels qu’ils s’étoient passes : on n avoit pas essayé de comparer nos eaux avec les autres du royaume ni avec celles des pays étrangei's (1).
Nous mettrons au rang des plus heureux événemens que la fortune nous ait ménagés, celui d’avoir fait connoissance avec un grand nombre de médecins célèbres qui sont venus à nos eaux pour notre instruction et pour le bien public. MM. Leiiionier, Richard, Busson, Borie, Audirac, Poissonier, Thiéry, d Arcet , Lassagne, médecins de Paris , un grand nombre d’autres des diverses provinces, dont nous aurons à parler dans la suite et dont les noms sont honorablement placés dans le registre de Barèges ; tous sont venus nous éclairer et nous instruire
(i) On peut aisément lier les six sources qui nous regardent principalement , avec les autres des Pyrénées. Celles de Bagnères de Luchon , celles d Ax dans le comté de Foix , celles de la Prêle dans le Roussillon , et autres. Il y a apparence que tontes ces eaux des Pyrénées , plus ou moins chaudes , et la plupart sulfureuses , partent d’un même réservoir placé au centre des montagnes , où il reste encore des feux souterrains qui- nous renvoyent nos thermales par plusieurs filets , depuis Perpignan jusqu’à Baïonne. D’ailleurs, chacune de ces sources a ses commodités et ses incommodités plus ou moins marquées. Jusqu’ici nos six ont et méritent la voizue , par la raison qu’il faut un concours de beaucoup de choses nécessaires pour leur administra» tion , et que ce n’cst qu’à la longue qu’on parvient à peiTectionuer des éta» biisseineijs , aisés à imaginer, mais fort difiiciles à exécuter.
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par leurs réflexions, leurs consultations, leurs anal^^ses, leurs lettres. Le même objet, considéré par plusieurs personnes habiles, n’a pu manquer d'être mieux connu qu’il ne l’étoit. Nous avons nécessairement dû profiter des instructions qui nous sont arrivées tout naturellement, et que nous avons lâché de ne point laisser perdre.
On en conviendra : jamais il ne fut autant question d’eaux minérales que dans ce siècle. Nous avons développé ci-dessus les causes de cette tardive révolution. Ces eaux ont lait, en France et chez les étrangers, l’objet de l’étude de plusieurs sa vans, et donné lieu à un grand nombre d’ouvrages. Jamais nos Pyrénées n’a voient tant vu d’écrits, de mémoires, de lettres; leurs échos ne répètent que les noms d’analyse, d’observations : chacun a voulu avoir sa source, la prôner, la créer. 11 seroit permis de dire que quelques nymphes bâtardes ont prétendu ériger en eaux minérales des bourbiers où elles croupissoieut : vingt petits fossés marécageux ont osé se comparer à nos sources maîtresses. (3n a porté les choses jusqu’au point de chauffer ariiciellement quelques filets d’eau pour eil faire imprimer le nom et les vertus à côté de celles de Cauterès, de Barèges, des Eonues. Des suffrages mendiés , des faits exagérés , ont fail le sujet de plusieurs feuilles volantes. Nos petits opuscules, qui virent le jour il y a plus de trente ans, en ont fait naître un grand nombre d'autres, comme un célèbre journaliste l’a observé. L’émulation s’est réveillée singulièrement; et à proportion que les têtes se sont refroidies, on a appris à rendre justice a ceux qui ont tâché de mériter l’approbation publique par une application constante et suivie , et non par des efforts éphémères.
Nous l’annonçons avec joie : le temps arrive où l’on n’hésitera plus sur la vraie composition des eaux minérales en France, On n’entendra plus le balbiUiage de l’académicien Duclos, et de tous cçux qui l’ont suivi. Le tableau général dont nous parlions ci dessus, les classes que nous indiquions vont paroître : les effets de ces eaux en seront plus calculables, leurs vertus plus appréciables. Ihifin il ne faut pas doiüer qu’on ne parvienne à avoir dans les écoles cet ouvrage élémentaire sur les eaux dont nous pariions aussi. On étudiera cette chimie sublime qui deviendra d’autant plus sage, qu’elle sera mieux connue; et qu’approchant le plus près qu’il est possible de ta nature, ou pourra, avec plus de plausibilité qu’ou ne l’à fait jusqu’ici, en essayer l'applicalion au coi'ps vivant, et enti’evoir les cbaiigeinens chimiques que les minéraux des eaux peuvent y opérer.
Ce chef-d’œuvj'e sera dii aux soins et aux travaux de M. Vene! , célébré professeur de Montpellier, et de M. Baïen , chimiste, apothicaire major des années. Leur réputation est faite.
On sait qii’îls ont, par ordre du. roi, examine sur les lieux Toutes les eaux du royaume. Leur visite et leurs analyses à celle de notre patrie, y ont déjà répandu beaucoup de lumières; et nous marchons moins à tâtons depuis que nous avons été orientés sur beaucoup d’objets importans, par ces deux sa vans hommes. Ils ont de meme éclairé tous les lieux où ils ont passé. Il n’y aura plus qu’à glaner dans ces champs défrichés et cultivés par nos maîtres; ils y ont fait une abondante moisson dont ils doivent compte au public qui en a besoin.
Notre médecine marchera comme ci-devant, et nous continuerons notre journal et nos observations , non point seulement pour en grossir et publier des listes fastidieuses aux connoisseurs , mais pour choisir celles qui se trouveront les plus propres à établir et constater les vertus des eaux , et surtout à porter de nouvelles lumières dans l’histoire de l’économie animale. Nous l’avons déjà fait sentir, ce dernier objet nous occupe principalement.
La connoissance de l’homme physique et moral nous paroît être le but auquel doivent tendre tous les efforts et toutes les études d’un médecin philosophe. Qu’il y ait des praticiens qui s’attachent uniquement à la recherche, à la publication et à l’emploi des remèdes , cela ne nous étonne point, et est parfaitement dans l’ordre des choses. C’est le vrai moyen d'acquérir des richesses et une sorte de réputation populaire qui peut en imposer et donner quelque air de relief, même aux plus vils et aux plus plats vendeurs de drogues. Que de fort honnêtes gens disent s’occuper de la médecine uniquement dans la vue de faire du bien à leurs semblables, et de leur être utiles dans les maladies, ces motifs sont très- respectables, et ont sans cloute leurs droits sur toute âme bien née. Mais il faut convenir qu’ils servent trop souvent de prétexte aux plus mauvais citoyens comme aux meilleurs, et c|ue trop souvent aussi le monde confond l’ivraie avec le bon grain.
Il est une autre manière d'étudier et de méditer la médecine; c’est de se laisser conduire par une sorte de curiosité philosophique, qui se plaît à la contemplation de la nature, celle des lois de l’économie animale, du choc des opinions diverses sur ces objets, de l’étendue et des ressources de la médecine , de ses droits sur chaque pays, chaque ménage, chaque individu, des tournures diverses que cet art prend dans chaque siècle , dans chaque pays. Le tableau général résultant de l’assemblage de ces objets est très-piquant et fort instructif.
Voilà comme nous voudrions qu'on étudiât la médecine, ou que du moins quelques esprits au-dessus du commun des gué- 1 îsseurs , s’en occupassent. Medici tMl non sint in curarum iiordlbus J disoit le grand Bacon. C'est sous ce point de vue que
îioiïs avons lâché d’examiner nos eaux; et nous les traiterons par la suite d’après le même plan , faisant toujours marcher à côté de leur histoire celle de la médecine et de ses révolutions. 11 faudra surtout insister et revenir à plusieurs reprises , sur l’histoire des combats du dogme légal , contre l’empirisme illicite si naturel aux hommes, il faudra parler de cette envie de dominer et de décider en fait de maladies^ qui entache presque tous les esprits et les cœurs, et qui sert de pâture à l’amourpropre de tout le monde.
Nous avons déjà fait quelques réflexions sur celle matière : il en reste beaucoup d’autres qui pourront se présenter dans la suite, et qui amèneront peu à peu une foule de discussions et de questions non moins agréables qu’utiles, pour ceux qui sont à portée de les entendre. Hippocrate mettoit à côté des dieux , l’homme qui connoît el cultive la médecine philosophique.