SECONDE PARTIE
Les maladies ou fièvres passagères de la région épigastrique. Celles de la masse des intestins; quelques-unes du foie , de la rate ; quelques affections hémorroïdales; quelques coliques et affections de matrice. Les pâles couleurs ; les accidens hypocondriaques ; leurs changemens en naaladie aiguë et fiévreuse lors de leurs terminaisons. La colique de Poitou ou des potiers, espèce de fièvre abdominale. Le hoquet; les irritations de la poitrine dépendantes des entrailles ; leurs efforts contre le diaphragme ; les palpitations de cœur dues aux mêmes causes. La toux de même espèce ; l’asthme non confirmé, et d’autres incommodités et fièvres pectorales. Effets des^ entrailles sur le gosier ; l’organe de la voix; les gencives; la migraine et autres douleurs de tête produit des strictures et du labeur des viscères du bas-ventre ; les développernens critiques de ces infirmités ; les maladies sympathiques des extrémités; les douleursles rhumatismes ; leurs crises; leurs efforts fiévreux. La couenne du sano- dan.s ces maladies de la surface du corps ; leurs rapports avec les entrailles , avec le tissu cellulaire en général. Les forces centripètes et centrifuges. L’énergie et les efforts , ou les contre-coups des viscères du bas-veiitre sur toutes les autre.? parties ; les efforts ou spasmes nerveux ; les flatuosités; les maladies plus ou moins fixes , radicalement dues à cette action et réaction de l’intérieur et de l’extérieur. Accidens , incommodités , maladies sympathiques.
Tachons d’éclaircir et de confirmer notre théorie j3ar Fexpérience , afin d’élever , s’il se j^eut , un édifice solide , que le laps du tem]3s , ou le faux éclat des hypothèses ne paisse détruire ni pervertir.
Ohseri^ation première. Un jeune homme ([ui se portoit à merveille , tomba de sa hauteur sur la partie inférieure du sternum , et se meurtrit les parois de l’épigastre ; tous les secours qu’on lui donna furent inutiles ; il y avoit trois mois entiers que le vomissement, la fièvre , et une douleur considérable de la partie contuse persistoient , avec un dégoût absolu pour les alimens. Les eaux chaudes de Barèges , qui furent données en boisson , procurèrent le calme à l’estomac , et , dès le troisième jour , l’appétit et ia digestion allèrent assez bien. Cependant les accidens ayant reparu le dixième ou douzième jour , avec plus de force , on suspendit l’usage des eaux , qui fut repris au bout de quelque temps ; on y joignit celui des bains tempérés , et le malade fut parfaitement bien rétabli dans l’espace de trente jours.
Ohs. IL Une femme du peuple fut attaquée , après ses couches , d’une foiblesse d’estomac et d’un vmmissement avec fièvre et perte d’ayipétit. Les eaux Bonnes ayant procuré uné augmentation sensible de fièvre , dès la première semaine , elles tirèrent le malade d’alfaire en très-peu de temps , c’est-k-dire , dans dix ou douze jours.
Obs. IIl. Un particulier ressentoit contiiiueilement , près de la région de l’estomac , un poids , une stupeur et une douleur qui le jrendoient fort inquiet sur son état , se figurant toujours avoir ce viscère en suppuration ; sa respiration étoit jour et nuit laborieuse , et elle le devenoit surtout quand les autres symptômes s’augmentoient. Il fut guéri dans l’espace d’environ vingt jours , par l’usage des eaux chaudes en boisson et en bain , qui rendirent ia flexibilité k sa peau , auparavant rude et aride.
Obs. IV . Une jeune fen^ime, d’un tempérament assez robuste, et en proie aux affections de l’aine , tomba , trois années après ses couches, dans une sorte d’engourdissement , et dans une foiblesse d’estomac , provenàns de ses couches , qui la mirent dans l’impuissance d’agir et la dégoûtèrent du soin de ses affaires domestiques. Quand elle avoit mangé , tous ses maux se réveilloient ; les douleurs de l’estomac étoient véhémentes , et elle restoit immobile et roide , comme si elle eût été frappée de quelque accident funeste ; mais k peine l’avoit-on étendue sur son lit , qu’elle recoiivroit ses esprits. De plus, elle avoit les flueurs blanches qui couloieiit toujours , et ses règles étoient arretées. On avoit tenté inutilement toutes sortes de moyens ; les eaux chaudes de Barèges en boisson produisirent un effet salutaire , qui fut marqué dès le quatrième jour : on y joignit les bains temperes ; les réglés coulèrent en abondance ; et vers le vingtième jour la malade recouvra sa brillante santé et toutes les grâces de son esprit ; bientôt elle devint grosse.
Ohs. V. üii homme sec et vorace , qui s’étoit livré aux plaisirs dè la table et de Vénus , éprouvoit , pendant le travail de la digestion , une douleur plûs aiguë dans certains temps que dans d autres. Après beaucoup de remèdes employés en vain , les eaux chaudes de Barèges , bues le matin , produisirent une augmentation de la maladie qui dura dix jours , et elles excitèrent une fièvre assez
SUR LES MALADIES CHRONIQUES. 84g
forte. Le malade ayant ensuite fait usage de ces eaux en boisson ^ à ses repas , et pris des bains tempérés , il fut parfaitement guéri vers le trentième jour. Quand , pendant le traileinent , il inanquoit de boire les eaux au dîner ou au souper , la douleur sévissoit presque avec sa violence ordinaire , et elle ne disparut entièrement qu’après le recouvrement parfait des forces de Testomac.
Obs. J^I. Un Espagnol éprouyoit des digestions très-laborieuses , accompagnées de nausées , souvent même du hoquet et de douleurs très-aiguës dans les parois de l’épigastre. Il fut guéri en buvant les eaux chaudes de Barèges , qui procurèrent d’abord des redoublemens de douleurs. Ces eaux guérirent aussi , dans le même temps , un homme bilieux , d’une douleur d’estomac et de rapports aigres , auxquels il étoit fort sujet ) vers le septième jour* son estomac fit à merveille ses fonctions , et sans la moindre peine.
Z’/zeor. XLVIIJ. Toutes ces maladies sont stomachales , simples. La première observation apprend qu’elles dépendent d’une échymose de l’estomac , ou de ses parties environnantes , ou bien d’une distribution irrégulière des humeurs qui y circulent ^ ou d’un mouvement déréglé des mêmes parties et de leur irritation. Les deuxième , cinquième et septième observations prouvent que c[uelquefois une aftèction chronique se guérit en se changeant en aiguë y toutes démontrent et confirment l’influence de l’estomac sur les autres parties.
Obs. VU. Une femme sèche et hystérique fut , après une dyssenterie , attaquée de la lienterie ; elle vomissoit aussi quelquefois les alimens qu’elle avoit pris l’avant-veille. Les eaux chaudes de Barèges , dont elle usa , lui causèrent des convulsions de tout le corps , l’insomnie , le hoquet , et des rougeurs érysipélateuses sur la peau; mais le traitement continuant toujours d’être le même, la malade fut délivrée de tous les accidens au bout d’environ quarante jours , et l’usage du lait acheva de la rétablir.
Obs. T^JII. Un homme de la meilleure constitution possible , gourmand , et rempli d’embonpoint , étoit travaillé depuis six mois d’une diarrhée , de laquelle il fut très-bien guéri , c’est-àdire dans l’espace de vingt jours ou environ , par les eaux de Cauteret , de la source de la Ralière , en boisson. Ces eaux guérirent aussi plusieurs personnes du vomissement , dans lequel elles sont fort efficaces.
Obs. IX^ Un homme gros et charnu , grand mangeur , étoit sujet à des dérangemens d’entrailles, à une sorte de diarrhée périodique, avec difficulté de respirer, et changement dans les urines; il but les eaux deBagnères , de la fontaine de Lane , qui lui firent rendre , dès les premiers jours , une quantité prodigieuse de matières par les selles, et le mirent , vers le vingtième jour, en état de reprendre son ancien train de vie.
Obs. X. Un gentilhomme ,. d’un tempérament bilieux et fort chaud , qui mangeoit beaucoup , éprouvoit fréquemment des attaques de coliques , que des évacuations abondantes du ventre ter-
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iiiinoient. Depuis (rois ans qu’il fait usage des eaux de Bagnères , des sources Salut et Diipré, eu boisson et en bain , il se porte bien , liormis qu’il est fort maigre.
Obs. XJ. Un homme sec et bilieux cprouvoit tous les jours , pendant la digestion , une colique qui se terminoit par une diarrhée des alimens pris la veille. 11 fut guéri , ainsi qu’un autre homme qui étoit atteint de la même maladie , souvent avec vomissement, par les eaux chaudes en boisson. Ces eaux guérirent aussi un homme de lettres sujet à des diarrhées et à des maux de ventre , en lui causant d’abord une vive chaleur dans tout le corps.
Obs. XII. Une jeune fille nubile éprouvoit , après avoir mangé , des secouses douloureuses vers l’épigàstre et la région lombaire ; mais quand elle s’abstenoit de toute nourriture , elle ne souffroit point de douleur, etfaisoit bien d’ailleurs toutes ses fonctions. La boisson des eaux Bonnes la rétablit parfaitement.
Obs. XJII. Un gentilhomme exténué par une diarrhée dont il é'toit travaillé depuis six mois , fut radicalement guéri dans l’espace d’environ quarante jours , par l’usage des eaux Bonnes, en boisson. Pareil usage de celles de Bagnères , de la fontaine Dupré , rétablit un appétit perdu depuis deux ans , et acheva de guérir une débilité d’estomac et deux lienteries.
Théor. XLJX. Ces maladies , qui proviennent des mouvemens désordonnés et tumultueux des intestins , peuvent facilement se ranger dans la classe des précédentes } elles sont le fondement vrai de ce que nous avons avancé dans le treiite'^neuyième théorème. Il seroit bien à souhaiter qu’on pût clairement reconnoître les mouvemens généraux et particuliers des intestins , soit ceux de contraction ou de relâchement. Les observations ii, v et vu confirment l’aphorisme d’Hippocrate , que la fièvre emporte le spasme ; et elles appuyent beaucoup nos maximes du théorème xliv. Les observations x et xii font voir quelle est l’action de l’intestin colon.
Obs. XIT^. Un homme âgé d’environ trente-huit ans , maigre et sec , sain d’ailleurs , qui vivoit honnêtement , fut peu à peu attaqué d’une jaunisse , à laquelle les affections de l’âme , la débauche et le libertinage n’avoient point de part^ pour toute incommodité , il n’ éprouvoit qu’un certain dégoût, dont les progrès se faisoient lentement. Les eaux de Bagnères , de la fontaine Salut , qu’il but le matin , et même assez souvent le reste de la journée, lui rendirent l’appétit au bout d’environ trente jours , en procurant une évacuation de bile par les urines et par les selles, et rétablissant l’ordre dans les mouvemens du foie.
Obs. XV. Un homme mélancolique , robuste , étoit sujet à un flux hémorrhoïdal , dont la suppression lui causa l’ictère noir ; il en fut délivré par la boisson des eaux de Bagnères , de la fontaine Lasserre , qui débarrassèrent les intestins d’une grande quantité de matières noires, non sans lui faire éprouver de l’abattement dans les forces, de la douleur et de la fièvre.
Obs. XVI. Un jeune homme qui éprouvoit des gonflemens et
lies moiiveniens irréguliers de la rate , devint vert par tout le corps. Les eaux de Lauteret, de la fontaine de la Ralière , lui procurèrent un appétit excessif, lequel donna lieu bientôt à des digestions laborieuses , accompagnées d’une petite fièvre; depuis, ces luouvemens de la rate se calmèrent , et le malade recouvra la couleur de sa peau et ses forces, au bout d’environ vingt jours.
Oôs. XFIL Un homme sain du coiq^s , mais tourmenté par les affections de l’esprit , devenoit , dans le temps de la digestion , jaune comme de la bile; il étoit d’ailleurs presque sans forces ’ assez décharné et sans appétit, ayant conçu un certain dégoût pour les fonctions de la vie. Il fut guéri par les eaux chaudes de Bonnes , en boisson et en bain , lesquelles réveillèrent l’action de 1 estomac et du foie , et celle du pouls , qui se faisoit à peine sentir pendant la maladie.
Oûs-. XFJIL Un ictère qui avoit résisté à tous les traitemens ordinaires , et à l’usage de plusieurs eaux minérales , fut guéri par les eaux de Barèges.
'Theor. L. Les maladies qui viennent d’être rapportées appartiennent au foie et à la rate : quand elles ne sont fondées que sur une légère lésion , sur un léger dérangement de ces organes et de leurs fonctions , sans gonflement , on les guérit facilement. Je parlerai ailleurs d’autres maladies des mêmes organes , qui ne sont que trop rebelles. L’observation xvii prouve parfaitement l’action du foie sur 1 estomac ^ elle démontre aussi , de même que les xiv^ et XVI® , la sympathie de l’estomac , avec le foie et la rate.
Obs. XfX. Un homme de quarante ans , d’un tempérament fort sec et fort chaud , et sujet à un tressaillement continuel du ; genre nerveux , fut atteint d’hémorrhoïdes qui pourtant ne fl uoient I que rarement; il étoit sans cesse tourmenté d’un mal de tête vio- I lent, et souffroit de presque tout le corps, comme s’il eût été I battu de verges ou d’un bâton ; ses digestions se faisoient mal; il I dormoit peu et jasoit sans fin. Divers remèdes qu’il avoit pris , suiî tout certains qu’on lui avoit donnés à Montpellier , dans la vue de ! lui procuré' quelque soulagement , l’avoient jeté dans un abattement extrême , et les symptômes alloient de mal en pis. ÏI fut parfaitement guéri , non la première année , mais la siiivante , par l’usage des eaux tiédes de Barèges , en boisson et en bain , qui lui causèrent une grande agitation dans tout le corps, des’sueurs , et un flux d’urine abondant. ’
Obs. XX. Un homme bilieux, qui étoit travaillé de coliques violentes et de maux de tête et de reins , insupportables , fut guéri par les eaux de Bagnères , dies fontaines Salut et Dupré , dont il usa en boisson et en bain ; mais il fut sujet depuis à des hémorrhoides qui fluoient de temjis en temps.
Obs. XXT. Une femme quadragénaire devint enflée de tout le corps à la suite d’une suppression des règles , et elle perdit entièrement l’appétit. Les eaux de Cauteret, de la fontaine de la Ralièi<e , quelle prit en boisson, lui rendirent la santé, en lui procii^ant un flux beniorrheidal qui en fut le présage.
83a RECFIERCIIES
Obs. XXfI. Un homme d’une riche compJexion , âgé de cinquante ans, et sujet au Üux hémorrhoïdal , trouve une ressource prompte dans l’usage des eaux chaudes , chaque fois que son flux vient à se supprimer, en conséquence des alimens dont il se gorge. Cette alternative durera jusqu’à ce que les excès de la bouche rendent le désordre incurable pour une bonne fois.
Obs. XXIII. Les eaux de Bagnères ', de la source Laserre , en boisson et en bain , rétablirent , dans un jeune liomme fort sanguin , les hémorrhoïdes qui avoient disparu depuis deux ans. Celles de 'la fontaine Salut guérirent aussi un homme de lettres d’une grande chaleur d’entrailles.
Obs. XXI Un gentilhomme exténué par une vie débauchée , fut attaqué d’abord d’un dégoût absolu pour les alimens, et ensuite d’hémorrhoïdes borgnes ou sèches fort douloureuses. La fièvre s’étant ensuite déclarée , et le malade étant regardé comme sans ressource , attendu l’inefiicacité des remèdes qu’il avoit pris, il fut guéri par les eaux chaudes de Barèges , mêlées avec le lait. La boisson des eaux Bonnes guérit aussi , en quinze jours , l’épouse de Bernard lî, comte du Bigorre, d’un incube né d’hémorrhoïdes supprimées. Or , qu’est l’incube , sinon un conflit entre le diaphragme et les viscères de l’abdomen ?
Obs. .XX . Un homme de trente-six ans , mélancolique , étoit affligé d’un flux hémorrhoïdal fort abondant, et d’une iienterie qui l’a voit rendu si maigre et si foible , qu’il avoit désespéré de la vie et ne voulait pas même qu’on lui en rappelât le, souvenir : les eaux chaudes de Barèges , bues seulement aux repas, et les bains tempérés qu’il prit ensuite , le guérirent dans l’espace de trente jours. Je guéris également un mélancolique hémorrhoïdaire , et qui vomissoit le sang , par la boisson des eaux Bonnes et par des saignées.
'l'héor. LI. J’ai dit autrefois que les eaux de notre pays produisoient toujours quelque bon effet; mais ce langage figuré sentiroit ici le sectaire. Mon père , instruit par l’expérience de bien des maux que causent les hémorrhoïdes dans nos provinces, a toujours peu compté sur ces eaux dans ces affections. L’école de Stahl nous a donné de fort belles remarques sur les hémorroïdes ; mais ces remarques sont trop génériques , et fondées sur un principe qui prête trop à la nature. Les affections héinorrhoïdales ont, ainsi que toutes les autres affections, leurs temps et leurs périodes qu’elles parcourent 3 elles se guérissent , ou par résolution , comme dans les observations xxiv et xxv, ou en procurant un fliixliémorrhoïdal habituel qui prévienne les effets de la pléthore sanguine , comme dans les observations xxi et xxii , ou bien en supprimant tout-à-fait ce flux quand il est excessif et occasionné par le dérangement de quelque viscère , comme dans l’observation xxv. Il en est de toute hémorrhagie comme du saignement de nez , à l’égard duquel nous n’avons point de signes certains qui indiquent s’il est salutaire ou symptomatique. Ces signes sont-ils même possibles à connoître, et y a-t-il un praticien qui puisse les désigner } Qu’on ne nous dise pas qu’ils doivent se tirer du tempérament j de i’âge et de i’idio-
syncrasie , ou de la disposition particulière du corps ; ,ce sont là des moyens trop vagues et trop incertains^ nous demandons des signes bien démonslratifs. L’estomac paroît toujours souffrir quelque dérangement dans les maladies dont nous faisons Fiiistoire 3 de sorte qu’on pourroit assez bien mettre ces maladies au rang des ventrales.
Obs. XXVJ. Une jeune fille , âgée de quinze ans , en qui les règles n’avoient pas encore paru , étoit depuis trois mois atteinte d’une foiblesse et d’un dégoût extrêmes qui avoient déjà beaucoup terni l’éclat de son teint , et qui la maigrissoient à vue d’œil. La boisson des eaux chaudes détermina , vers le huitième jour , l’écoulement des règles , qui fut peu après suivi du recouvrement entier de sa santé.
Obs. XXV IL Une fille de l’âge de vingt-six ans , qui n’avoit aucune incommodité , se pîaisoit à courir inconsidérément, dès le point du jour , au travers des prés , à la rosée , pour se rafraîchir ; ( Ile perdit ses règles , et fut attaquée dès lors de foiblesse et de perte d’appétit, de maux d’estomac et d’un malaise général. Les remèdes d’usage ordinaire ayant été employés inutilement , la malade eut recours aux eaux de Bagnères , qu’elle prit en boisson , et ensuite aux bains tempères de la fontaine Laserre , qui ramenèrent les règles le vingtième jour, avec la santé.
Obs. XXVIIL Une femme maigre, saine d’ailleurs, fut guérie d’une hémorrhagie de la matrice par les eaux chaudes de Barèges , coupées avec du lait; car, lorsqu’elle les buvpit pures, elles lui causoient une chaleur et uiae fièvre trop fortes.
Obs. XXIX. Une autre personne , moins robuste que la précédente , et attaquée de la même maladie , fut réduite à une telle extrémité par l’usage des eaux de Bagnères , qu’on avoit désespéré de sa vie lorsqu’on la transporta à Cauteret. Les eaux de la fontaine de la Ralière , en boisson , ayant beaucoup diminué l’hémorrhagie, dès le commencement du troisième jour, et augmenté les forces de la malade , elle recouvra entièrement sa santé dans l’espace d’environ vingt jours.
Obs. XXX. Une femme robuste eut , après sa quatrième couche , une perte qui s’augmentoit de temps en temps ; sa matrice se gonfloit et étoit dure , mais non squirrheuse.. Les eaux Bonnes , en boisson et en bain, dissipèrent la maladie. C’est ainsi, comme on le rapporte , que fut guérie autrefois l’épouse de Roger L , comte de Foix. Nos eaux ont donc le double avantage de pousser les mois et d’en modérer le flux excessif. Ce que j’ai dit dans mes Essais sur les eaux Bonnes , doit s’entendre , avec quelques restrictions dont je parlerai ailleurs, des autres eaux de notre pays. Je puis, d’après Fexpériencc que j’en ai faite , assurer qu’elles ont toutes des propriétés singulières au sujet des menstrues; il y a pourtant des exceptions à faire.
'Fhéor. LU. Quel est le médecin qui n’a pas été témoin des ravages causés par la matrice? En effet , son département , qui est
8o4 RECHERCHES
très-ëtenrÎLi , îa rend la source de bien des maux ; faute d’clrs développée dans l’enfance , elle reste sans action ; dans la vieillesse elle est flasque, et pour ainsi dire à charge : dans l’âge moyen , comme le dit Van-Helmont, elle fait sans cesse entendre sa voix ; elle a son empire particulier, qu’elle exerce ; elle donne des lois , se mutine , entre en fureur , et resserre et étrangle les autres parties , tout ainsi que le feroit un animal en colère ; enfin , il est rare qu’à cet âge la matrice n’ourdisse pas quelque maladie. Ceux donc qui ont cru qu’elle est purement passive , et que l’exercice de ses fonctions dépend de la pléthore du sang , n’ont aperçu que des possibilités dénuées de tout fondement : la matrice est active ; elle sent à sa manière ; ainsi l’opinion de la pléthore croule ; la médecine mécanique perd ici ses droits , comme elle les perd dans bien d’autres cas ; car , suivant les termes de Bâillon , l’espèce d’orgasme , et le grand nombre de symptômes qui précèdent l’écoulement des règles , proviennent du mouvement ou de l’effort particulier que fait l’organe , qui , par sa nature , est destiné à produire cet écoulement,
'Fhéor, LUT. Quand la matrice se développe d’une manière régulière , elle opère la crise des maladies de l’enfance ; étant parvenue à son point de maturité , elle met depuis vingt jusqu’à trente jours environ , pour produire ses révolutions ordinaires. L’ordre de son travail est à peu près celui d’une fièvre périodique , et l’évacuation qu’elle est destinée à produire , offre l’image de toutes les crises ou évacuations critiques qui ont lieu dans le corps vivant. 11 est des mahadies oh la matrice n’a encore nulle part , comme dans l’observation xxvi. D’autres naissent du dérangement de son travail excrétoire, comme dans l’observation xxvii. Les xxviii® et XXIX® observations démontrent que ce viscère favorise quelquefois l’hémorrhagie, loin de s’opposer à son cours; ce qui vient de certains changemens que sa structure éprouve , et dont nous donnerons l’histoire dans la suite. Les maladies dépendantes de la menstruation sont plus ou moins du ressort de l’estomac ; ce qu’on ne doit jamais perdre de vue, à cause de l’étroite liaison qui règne entre ces deux organes ; de manière qu’on est en droit de rapporter les maladies mentionnées à la classe des fièvres stomachales , Comme le prouvera le parallèle que nous allons faire ci-après des unes et des autres. C’est d’après les fondemens que nous venons d’établir, que Baillou a dit que les femmes en qui les règles sont supprimées , se plaignent d’une douleur d’estomac , et disent sentir un poids dans* ce viscère.
♦ Obs. XXXI. J’ai vu beaucoup de malheureux hypocondriaques qui s’ennuyoient d’une vie qu’ils passoient dans mille traverses , mille craintes , s’observant avec la dernière rigueur depuis la tête jusqu’aux pieds , et sentant des douleurs plus ou moins aigues dans fous les membres ; quelques-uns souffroient des douleurs dans le dos, des vertiges, et rendoient des vents par haut et par bas ; d’autres étôient tremblans de tout leur corps , et leur figure décharnée aveit l’air de celle d’un cadavre; ils respiroient avec "peine , et
SüP. LES MALADIES CiïllONIQUES. 85 S
eprouvoient dans leurs intestins une grande agitation , accompa— ^ gnëe d’un sentiment d’une vive chaleur, qui cliangeoit à chaque instant de place; leur ventre se gonfloit et s’aplatissoit irrégulièrement , et ils se plaignoient d’un poids vers l’épigastre , comme s’ils y avoient eu un morceau de bois ; ils jasoient sans cesse , assailloient les passans , et consultoient , comme c’est l’ordinaire , tous les médecins indistinctement : de ces malades , dis-je , quelques-uns parurent être guéris par l’usage des eaux chaudes , en. boisson et en bain , et beaucoujD d’autres en furent soulagés. J’ai parfaitement remarqué que ceux à qui ces eaux causoient une grande chaleur dans les entrailles , guérissoient radicalement s’ils persévéroient dans leur usage.
Obs. XXXII. Un homme quadragénaire , chagrin de n’avoir pas réussi dans ses études , dans lesquelles il avoit employé beaucoup de travail , devint mélancolique ; la vie et le commerce des hommes lui étoient à charge , et il ne trouvoit de tranquillité d’esprit que dans une coiitinuelie et profonde solitude. Il fut guéri par les eaux de Bagnères de la fontaine Salut.
Obs. XXXIII. Une femme de qualité , âgée de quarante-trois ans , étoit toujours , après ses couches , travaillée d’envies de vomir , d’aigreurs , et d’un picotement dans l’estomac pareil à celui qu’anroient causé des épines ; elle fut radicalement guérie par les eaux de Bagnères , de la source Dupré.
Obs. XXXIJ^. Les eaux Bonnes , en boisson , guérirent une file de vingt-cinq ans qui , quand elle avoit l’estomac vide , éprouvoit un serrement vers la fossette du cœur , avec de fréquens bâillemens et une grande agitation dans les intestins , accompagnée de borborj’-gmes fort incommodes , et qui étoient aisément entendus des assistans.
Obs. XXX . Un homme bilieux , fort appliqué à l’étude , et sujet à de fréquentes et cruelles convulsions d’entrailles , but les eaux chaudes de Barèges , qui excitèrent une fièvre qui dura depuis le troisième jusqu’au septième jour : ayant enfin , après bien des souffrances des intestins , rendu des matières albumineuses ou gélatineuses par haut et par bas , il parut être guéri après ces déjections.
Obs. XXXJ^I. De deux femmes , l’une qui étoit d’un esprit vif et pénétrant, souffroit des convulsions cruelles dans le bas-ventre, avec des trémoussemens de tout le corps qui duroient des semaines entières , et qui la reprenoient ensuite avec plus ou moins de violence , des vomissemens , et une oppression de poitrine suffocative : l’autre, d’un tempérament plus délicat, étoit atteinte à peu près des mêmes symptômes : toutes deux étoient assez bien réglées , et avoient épuisé les ressources de l’art; elles avoient fait usage d’adoucissans , d’apozèmes , et du lait à grandes #oses , et enfin des eaux de Cauteret. Ayant été appelé, je jugeai à propos de leur faire quitter le lait et de leur faire boire les eaux en plus grande quantité ; ce qui procura une chaleur beaucoup plus forte , et une fièvre que termiiioient des sueurs copieuses. Les bains tièdes qui fiircnt
ensuite mis en usage , rappelèrent leur appétit , qu’eîles avoient perdu presque tout-à-fait auparavant, et leurs forces et leur gaîté: îa première fut trois mois sans éprouver la moindre convulsion , et la dernière se porta encore mieux.
Obs. XXXP IL Les pâles couleurs de toute espèce , soit qu’elles attaquent les femmes mariées ou les filles , soit qu’elles se rencontrent avec le flux des règles ou pendant leur suppression , ou avec un flux menstruel excessif, rouge ou blanc , soit qu’elles soient compliquées avec mille autres accidens parmi lesquels la dépravation de l’estomac et des intestins tient le premier rang (car, reiiiarque Baillou , dans les pâles couleurs , l’estomac paroît relâché et avoir entièrement perdu ses forces) ; ces affections , dis-je , sont tous les jours guéries par nos eaux , et l’on peut sur cela y recueillir de nombreuses observations.
Théor . LIJ^ . Les maladies que nous avons rapportées depuis îa XXXI® observation jusqu’à îa xxxvii® , approchent , par leur caractère, de toutes celles qui les précèdent ; les dernières dépendent de la lésion des organes de l’éjiigastre , mais surtout de celle de l’estomac , comme dans les cas xxxiii, xxxiv et xxxvii. A cette lésion des organes sont jointes les affections de l’âme, poison subtil , auquel bien des mortels , principalement les gens de lettres , sont en proie ; leur esprit s’égare et semble rompre son lien physique ; ils jie ^^igèrent point ; et comme si leur savoir s’étoit changé en stupidité , ils ne savent pas seulement respirer , ni maîtriser l’impétuosité de leurs entrailles, qui leur suggère tant de folies. Il est fort ordinaire que les jeunes filles éprouvent de grands maux , qui ont leur source dans la matrice , et portent le ravage dans tout le corps. Les pâles couleurs , suivant Baillou , tiennent un pendu vice de la rate : Hippocrate joint à cette cause l’estomac et les reins , et Aretée l’intestin colon. Les fureurs de la matrice n’épargiient point les femmes mariées ; mais les pâles couleurs ne reconnoissent pas toujours chez elles cet organe pour cause. Cette affection, qu’on a. appelée d’amour , à cause de ses symptômes , et qui , dit
Baillou, a je ne sais quoi qui rend sa dénomination impossible, est une fièvre abdominale qui tient le milieu entre les maladies aiguës et les chroniques ; elle parcourt ses trois temps , et se termine souvent d’elle-méme, si elle n’en est pas empêchée par des remèdes mal administrés, qui l’irritent et l’aggravent ; quand elle est parvenue à son dernier temps , on peut , sans craindre d’offenser les viscères , tenter de la guérir par des évacuations. Le succès n’est pas aussi certain dans le second temps ; et dans le premier , on courroit risque de l’aigrir en donnant des remèdes. Cette fièvre demande donc, pour être bien gouvernée , un médecin très-prudent et très-éclairé , un médecin qui sache îa conduire au temps de l’excrétion ; ce €|ui n’est pas toujours aisé , surtout dans les femmes en qui les remèdes opèrent difficilement , s’ils ne nuisent pas. Au reste , nos eaux , administrées avec une sage précaution d^ns cette maladie , y produisent souvent de bons effets.
T'héov- LV . Lçs observations xxxi , xxxvi , etc. , démontrent que
les pâles couleurs , comme toutes les autres affections connues sous le nom à’hjyocondriaques , quand elles sont invétérées et enracinées , peuvent et doivent , pour être promptement guéries , être changées de chroniques en aiguës. Ces mêmes observations ap— pujent la maxime que la fièvre fait cesser le spasme , et que de particulière elle peut être rendue générale. On pourroit peut-être aussi en interer que les remèdes adoucissans que plusieurs prescrivent avec excès dans l’hjpocondriasie , n’j conviennent pas , au moins dans tous les états de la maladie; qu’ils ne font que l’étouffer, l’assoupir et la défigurer , sans la conduire à sa fin ; et qu’ils la font dégénérer souvent de simple et régulière qu’elle est , en une source féconde d’autres maux. Pourquoi donc redoute-t-on si fort l’usage des remèdes actifs? Pourquoi ite voit-on qu’avec indignation et effroi des symptômes qui , quoique violens , sont exempts de danger , et la marque d’un vigoureux effort de la nature prête à achever son ouvrage, en procurant une évacuation complète? L art de guérir une maladie aussi promptement et aussi sûrement qu’il est possible , c’est de la conduire par tous ses temps , surtout depuis celui de sa maturité jusqu’à celui de l’excrétion , quand cette excrétion peut s’obtenir. L’aménité dans le traitement est la dernière chose dont s’occupe un médecin qui veut efficacement triompher des maladies; il craint de les aggraver en affoiblissant les forces , comme cela arrive quelquefois. Il est certain que quoique les remèdes échauffans augmentent les forces , ils causent quelquefois moins de chaleur que les rafraîchissans même qu’on vante si fort, La médecine , dit mon père , qu’on plie au goût des malades , n’est pas le dernier des jeux de l’enfance , et la maxime reçue , que ce qui plaît au goût fait du bien à la poitrine, aux reins, à l’estomac, est mal fondée , pour ne pas dire absurde. Rafraîchir , c’est résoudre ; or , la résolution est l’ouvrage de la fièvre. De même des choses très-contraires ne le sont point quelquefois , eu égard au tempérament. Cependant , pour ne pas autoriser à vexer les malades par des remèdes trop violens ou trop dégoùtans , nous dirons que 1 excès en tout est un mal que l’homme sage sait éviter.
rheor . LJ^J. Les maladies de l’abdomen , dont nous parlerons actuellement, se terminent pour l’ordinaire par les hémorrhoïdes, par un flux menstruel ou par des sueurs , ou bien par la sortie d une matière albumineuse qui se trouve logée dans les intestins. Ces maladies sont donc de vrais efforts excrétoires qu’il est besoin quelquefois de solliciter vivement. Parlons de la colique des peintres. Quelques-uns (d’après l’expérience) combattent cette maladie par les forts purgatifs, et prétendent que les huileux et les adoucissans y sont nuisibles. D’autres , au contraire , n’emploient que les adoucissans, la saignee et leshuileux, etcondamnentouabandonneut 1 usage des purgatifs forts. L’observation peut terminer ce différend. La colique des peintres , suivant que je l’ai remarqué , a ses trois temps, ses jours et ses heures, qu’elle parcourt régulièrement. On peut , dans le commencement, employer les remèdes huileux , qui alors ne font pas toujours reverdir la maladie , mais aussi qui
ne la j agent pas. Il est d’ailleurs une maxime favorable à l’usage des adoucissans; savoir, que l’art guérit quelquefois une maladie par une sage inaction. Les forts purgatifs guérissent la colique dont il s’agit étant donnés sur la fin du second temps , et mieux encore dans le troisième ; donnés dans le premier, ils l’étranglent à leur manière tout comme les huileux , qui énervent aussi , d’une manière particulière, l’action des entrailles, et restent souvent sans effet. Le mieux est donc , pour ordonner ces sortes de remèdes , d’attendre quelques jours ; cette attente au moins n’a point d’mconvéniens. On a beau purger au commencement de la maladie , elle va son train pendant les quatre ou six premiers jours; elle s’augmente ensuite ordinairement jusqu’au neuvième ou douzième jour et au-delà ; et enfin elle finit par ses évacuations. Les huileux qu’on donne dans le second et le troisième temps sont nuisibles , parce qu’ils s’opposent au travail de l’excrétion ; les purgatifs seroient moins mauvais , même au commencement de la maladie ; mais tout cela demande du jugement et de la sagacité. Il ne faut pas omettre de dire qu’il y en a qui sont guéris de la colique en question ailleurs que dans les endroits oh l’on n’a de foi que dans les purgatifs. Il est vrai aussi que les remèdes de cette nature , viofens , rîJj causent pas peu de récidives. Il y a donc encore bien des choses, et plus qu’on ne pense communément , à éclaircir sur cette matière. Le point essentiel seroit de déterminer les vrais signes qui indiquent ou contr’indiquent , soit les purgatifs même très-actifs , soit l’opium , l’expectation , les vésicatoires , les sudorifiques ou la saignée. J’ai quelque lieu de croire qu’on pourra un jour , à l’aide de l’observation , reconnoître ces signes, quoique je n’osasse pas repondre qu’on y parviendra. Au reste , la colique des peintres est une vive image de beaucoup de maladies , qui ont leur siège dans les hypocondres ; elle confirme ce que nous avons dit dans le texte précédent ; et on peut la ranger , ainsi que les autres affections de l’abdomen , dans la classe des nervales ou dans celle des humorales , selon le caractère qu’elle prend , et auquel on doit faire attention dans le traitement. C’en est assez sur ces maladies de l’abdomen : faisons voir maintenant qu’elles sont la source d’autres affections.
Obs. XXXP^JII. Un homme d’un tempérament bilieux, qui étoit attaqué depuis deux ans d’un hoquet si violent qu’il ne pouvoit fort souvent ni parler ni respirer , fut guéri par un long usage des eaux de Bagnères , de la fontaine Dupré , en boisson.
Obs. XXXÎX. La boisson des eaux chaudes guérit radicalement une fille des pâles couleurs et du hoquet , en rétablissant ses règles.
Théor. LVn. Le hoquet, dont la cause appartient quelquefois^ soit à l’œsophage , soit à l’estomac , est toujours un soubresaut dui diaphragme , irrité ou immédiatement , ou par les viscères circon— voisins. Cette irritation, cette compression qu’éprouve le diaphragme’ dans le hoquet , ne dépendroit-elle point du déplacement des parties ? Traitant autrefois avec un autre médecin, une personne’ atteinte de celte maladie, nous mîmes inutilement en usage tous!
les iîi03^eTis que l’expérieiice , la raison et les livres purent nous fournir : ce ne fut qu’au bout de quinze jours que nous la guérîmes sur-le-champ, en serrant très-fortement les hypocondres , Tépigastre et le dos du malade , avec une serviette. Ce fait , et quelques autres semblables que je pourrois citer, ne donneroient-ils pas sujet de penser que la médecine mécanique , qui consiste dans les ligatures , les pincemens , les compressions et l’application des topiques , est trop négligée par quelques modernes ? Et ne pourroit-on pas accuser Freind d’avoir un peu trop légèrement taxé ces remèdes de remèdes vains? Il conviendroit peut-être mieux de dire que leurs vertus , et la manière de les appliquer , sont encore presque tout-à-fait ignorées.
Ohs. XL. Les eaux Bonnes guérirent une jeune fille qui éprouvoit des ti»emblemens du diaphragme et des secousses violentes de toute la région épigastrique , avec une rétraction des fausses côtes en dedans , et une difficulté de respirer quand elle marchoit.
Ohs. XLI. Parmi les maladies de l’observation xxxvii , qui sont fort souvent accompagnées de convulsions de réj)igastre, et de difficulté de respirer , une surtout , qui afïligeoit une jeune fille , mérite d’être rapportée ; elle avoit tant de peine â respirer , qu’elle ne pouvoit faire aucun pas sans craindre d’être suffoquée ; et quand elle s’elForçoit de monter , elle pâlissoit , suoit , et tomboit de foiblesse , tellement qu’on l’eût prise, dans cet état, pour morte; elle fut guérie par les eaux chaudes , en boisson.
TTiéor. LT^JII. Voilà des exemples du combat qui s’élève quelquefois entre les intestins et le diaphragme. C’est de ces dissensions que naissent ces douleurs vives qu’on sent bien souvent vers la cloison transversale. J’ai vu une jeune fille robuste , dont le ventre s’aplatit tellement , peu d’heures après avoir été saignée du bras, aux approches de ses règles , que les muscles de l’abdomen touchoient l’épine , et qu’on apercevoit l’aorte à l’endroit du nombril ; le diaphragme s’étant en même temps retiré vers les côtes supérieures , il causa l’étranglement du cœur et du poumon , et ensuite une apoplexie , de laquelle la malade mourut le troisième jour. Hippocrate distingue quelquefois les maladies par le siège qu’elles occupent , soit au-dessus ou au-dessous du diaphragme. Cette distinction mérite de grands égards ; car il y a bien des maladies que l’on croit exister au-dessus du diaphragme, et qui réellement existent au-dessous , comme sont la plupart des affections aiguës du poumon. Ne pourra-t-on jamais bien connoître les maladies que produit le diaphragme par son refoulement vers le thorax , et trouver le moyen de le ramener à sa courbure naturelle? Les bons effets qui résultent si souvent de l’usage de l’émétique , ne proviendroient-ils pas de l’aplatissement qu’il cause au diaphragme?
Ohs. XLII. Une fille âgée de vingt-huit ans fut guérie d’une palpitation de cœur habituelle par les eaux de Bagnères , de la fontaine Laserre , en boisson et en bain. Parmi les malades de l’observation xxxi et xxxvii , dont plusieurs étoient affligés de palpitations de cœur , une fille surtout qui n’étoit pas réglée ,
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eproiivoit cfes secousses si violentes de ce viscère , que tout son corp^ en éloit ébranlé , et qu’on eut dit , pour nous servir des expressions de Bâillon , qne son cœur extravaguoit ; ce qui arrive souvent dans les pâles couleurs , ajoute le même auteur ; elle fut guérie par la boisson des eaux chaudes , qui donna lieu à l’écoulement des règles.
Théor. LIX. Il est très-évident que ces palpitations tiroient uniquement leur source de l’abdomen , et que , par conséquent , on doit les y rapporter. Les médecins cliniques n’ignorent pas la grande sympathie qui règne entre l’estomac et le cœur. Il seroit fort à souhaiter que quelqu’un donnât la théorie du pouls en l’étayant sur ces observations et autres semblables. Certainement le cœur se ressent des changemfens qui se passent dans l’épigastre ; car , outre que le pouls souhre différentes modifications pendant le travail de la digestion , le cœur lui-même bat souvent irrégulièrement dans beaucoup de personnes , surtout si la digestion est un peu laborieuse ; mais puisque les organes de la digestion produisent des changemens très— remarquables dans l’action du cœur, î’on peut tenir pour certain qu’ils en produisent aussi dans toutes les autres parties , c’est-à-dire , que toutes les parties du corps empruntent de ces organes plus ou moins de leurs forces et de leurs mouvemens , et qu’on doit estimer dans le même rapport leur état sain et leurs lésions.
Obs. XLÎII. Une femmelette d’un tempérament flegmatique, fut guérie d’une chaleur de poitrine insupportable , par les eaux de Bagnères , de la fontaine Dupré , qui lui procurèrent d’abondantes excrétions du ventre. Plusieurs de ceux dont il est parlé dans les observations xxxi et xxxvii , qui éprouvoient de pareilles ardeurs de poitrine , des difficultés de respirer et des asthmes légers , furent également guéris par nos eaux soufrées , qui peuvent être regardées comme une ressource assurée et presque unique dans ces maladies.
Obs. XLIJ^ . Un sujet d’un tempérament bilieux , sec et ardent , qui souffroit une douleur et un serrement de poitrine continuels , fut parfaitement guéri en buvant abondamment des eaux de Cauteret , de la fontaine de la Raiière , qui excitèrent vivement l’action de l’estomac , et procurèrent un grand appétit au malade , appétit qui étoit auparavant fort languissant.
'Théor. LtX. Les malades imputent bien souvent à leur poitrine des maux qui dépendent de l’estomac ou d’antres viscères de l’abdomen grippés contre le diaphragme. Je voudrois que les médecins méditassent souvent ces paroles de Skenkius ; que le foie , la rate ou l’estomac , quittant leur place, s’élèvent quelquefois jusque dans la cavité de la poitrine , en surmontant l’effort du diaphragme , et qu ils causent l’étranglement du cœur, du poumon et de la trachée-artère : on conçoit par là pourquoi les laveniens causent souvent de bons effets dans ces sortes d’éiranglemens : ils ramènent en bas le colon , s’il est plein de matières; car, sans la présence de ces matières, les iavemens pourroient nuire. Il arrive aussi quelquefois dans ces cas , que les malades sentent sur un des
SUR LES MALADIES CHRONiQUES. 8()i
colés , ou par tout le corps , une pression qui se fait de bas en haut , comme si on les enlevoit , ou comme s’ils dévoient s’envoler , ainsi qu’ils le disent eux-mémes. J’ai vu des médecins être au comble de leur joie quand ils rencontroient de ces sortes de cas , fut-ce même des maladies très-aiguës , dans lesquels les matières contenues dans les intestins paroissoient l’être dans la poitrine. Ces faits, qui déconcertent certains praticiens, cadrent très-bien avec l’expérience, par exemple, avec les observations qui attestent la fréquente utilité de l’émétique et des purgatifs, dans les maladies aiguës de la poitrine.
Obs. XLV. Les eaux Bonnes sont, pour ainsi dire, spécifiques dans les affections catarrhales vulgairement connues sous le noiri de rhumes : leur manière d’agir est d’exciter une petite fièvre qui mûrit promptement la maladie et amène l’expectoration.
Obs. XLVL Un homme et une femme furent guéris d’un catarrhe chaud qui les fatiguoit depuis plusieurs années , par une longue boisson des eaux de Bagnères , de la fontaine du Prieur. Se feroit-il des amas de pituite dans la poitrine ?
Obs. XL VIL Une femme étoit attaquée , depuis sa dernière couche , d’une toux , avec une forte oppression de poitrine , et une grande cuisson à la gorge , et de plus , son estomac faisoit difficilement ses fonctions 5 l’usage du lait l’ayant fait enfler par tout le corps , et rendue sujette à des sueurs nocturnes , elle but (c’étoit alors le troisième temps de la maladie) les eaux Bonnes , qui procurèrent une expectoration abondante , et dissipèrent tous les symptômes dans l’espace de quinze jours.
Obs. XLVIÏL La renommée porte que Fagon , premier médecin du roi , guérit radicalement un asthme par les eaux de Barèges , qu’il fit prendre d’abord en boisson. Ce fait a été depuis consigné dans l’histoire. Quant à moi , voici ce que j’ai vu : I®. quatre asthmatiques, deux vieux et deux jeunes , à qui les eaux de Barèges , en boisson , procurèrent une expectoration abondante et du soulagement ;,2°. deux autres asthmatiques , ajue les eaux de Barèges incommodèrent d’abord , et en qui elles ne produisirent depuis aucun eft’et sensible; 3°. un vieillard sujet autrefois à un flux héinorrhoïdal , et à un asthme avec une grande oppression , lequel fut beaucoup soulagé par une abondante expectoration , 'excitée par les mêmes eaux; 4"* gentilhomme bilieux, leaiiel étoit atteint depuis douze ans , pendant l’été , d’un asthme qui disparoissoit aux approches de l’automne ; la boisson des eaux chaudes de Barèges , sans lui causer ni excrétion , ni commotion sensible dans la poitrine , le préserva cette année de son attaque ; 5'^. une jeune fille affligée de violentes convulsions de la poitrine , du diaphragme et du cœur , laquelle se trouvoit bien de l’usage des eaux de Cauteret , oh elle avoit été envoyée de celles de Barèges , dont la boisson avoit fait craindre la suffocation de matrice.
Obs. XLIX. Une dame de qualité devint rauque après ses couches , et elle ressentoit une telle oppression de poitrine, que îe mouvement seul de la promenade la suffoquoit; ses règles avoient
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aussi manqué de paroître dans le temps. N’ayant retii"é aucun soulagemeiit des remèdes ordinaires , elle but les eaux Bonnes, qui dégagèrent la poitrine et rétablirent l’écoulement menstruel.
Obs. L. Une forte toux périodique , accompagnée de diificulté de respirer , et souvent d’un vomissement de matière pituiteuse , fut guérie radicalement par la boisson des eaux de Gauleret , de la fontaine de la Ralière.
Théor. LXL La toux , la difficulté de respirer , certains accès d’astbme , qui sont autant de symptômes ou de phénomènes d’une fièvre pectorale , se guérissent souvent par les crachats ; souvent même le catarrhe le plus léger , quoi que l’on fasse , n’élude pas cette voie de terminaison , et les adoucissans n’en procurent pas toujours une guérison parfaite. D’ailleurs , les personnes affectées de ces maladies éprouvent quelquefois dans les entrailles des changemens ou un bien-être dont un médecin attentif peut s’apercevoir , et qui est très-favorable à la crise qui doit se faire. Les toux stomachaîes , comme etoit celle de l’observation l , attaquent fort souvent les enfans , et les adultes n’en sont pas tout-à-fait exempts. J’ai ouï parler , dit Bâillon, de douleurs d’estomac si vives , occasionnées par la toux, et principalement par les toux sèches, qu’on avoit été contraint de remédier promptement aux désordres de ce viscère lui-même. On a vu même , suivant le rapport de Bassins , l’intestin duodénum produire un asthme périodique par sa grande expansion .
Obs. LI. Une jeune fille qui avoit, depuis un mois entier, toutà-fait perdu l’usage de la voix et de la parole, à la suite d’une fièvre putride , étoit languissante et fort triste. Elle faisoit assez bien ses autres fonctions , mais elle n’étoit occupée jour et nuit que du recouvrement de sa voix , ainsi qu’elle le faisoit entendre par des signes bouffons. On ne voyoit dans la cavité de sa bouche, ni dans sa gorge, rien qui dénotât la maladie. Vers le septième ou huitième jour de l’usage des eaux de Bagnères de la fontaine Ja Reine, en boisson, et de celles de Salies, en gargarisme, la malade prononçoit distinctement quelques mots par hasard, parmi le grand nombre qu’elle essayoit de dire à voix basse. Enfin , ayant parfiiitenient recouvré la parole, en continuant le même traitement , elle se dédommagea abondamment du silence qu’elle avoit été obligée de garder. Une autre malade fut également guérie en buvant les eaux de Bagnères de la fontaine Dupré.
Obs. LtlI. Une femme desséchée par le marasme , et dont la voix étoit presque éteinte , fut guérie par les eaux et les bains tempérés de Barèges. C’est ainsi que les malades des observations trente-unième et trente-septième, dont plusieurs étoient attaqués d’aphonie , d’enrouement , mais surtout de serrement et de tumeurs dans la gorge , étoient tous guéris par nos eaux, dès qu’elles avoient emporté la maladie principale.
Théor. IjXII. Les maladies du larynx et du pliarynx dont il s’agit , doivent donc être rangées dans la classe des synqitomatiques , et rapportées à une lésion de la matrice ou de que
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aulre viscère. C’est ce que l’on sait assez , quoiqu’on ne connoisse pas encore parfaitement le mécanisme de la voix et de la parole , ni bien des maladies de la gorge dépendantes des organes de l’abdomen. Il est au moins certain , ainsi que l’observe Bâillon , que daps ces affections , on doit toujours faire attention à l’éta(< des lijpocoiidres. Au reste , on ignore trop communément que les membranes de l’abdomen , de la poitrine et de la tête , se réunûsent au cou , où elles forment un merveilleux entrelacement, qui le rend sujet à un grand nombre de maux. Certains médecins regardèrent l’aphonie de l’observation cinquième comme le produit de la pesanteur de l’estomac. Ainsi l’on voit des convalescens, après des maladies aiguës, à qui la faim; accompagnée d’une démangeaison dans les organes de l’épigastre , ôte la yoix. Ne pourroiton pas attribuer à de semblables sources le changement de la voix qui se fait à l’âge de puberté, souvent presque subitement? Les médecins praticiens savent que la langue est l’interprète fidèle de l’état des entrailles ; ce qui s’explique, si je ne me trompe , par la réunion des membranes entre elles : du moins l’observation prouve-t-elle que cette réunion favorise le transport des oscillations de l’estomac et de l’œsophage aux parties supérieures. Cette même sympathie des membranes explique aussi pourquoi dans une forte angine , le relâchement subit du ventre est mortel. J’ai vu se faire , dans un cas de cette espèce, un affaissement de la région épigastrique, si prompt, qu’on ne pouvoit jDas douter de sa correspondance avec le cou.
Ol?s. JLIII. Un jeune homme d’un tempérament bilieux , qui avoit une horrible puanteur de bouche , fut guéri , ainsi qu’un autre qui avoit une amertume de bouche habituelle , par la boisson des eaux de Bagnères de la source Dupré.
Ohs. LlT^ . Une jeune fille , dont les gencives étoient fort gonflées, et qui salivoit beaucoup , fut guérie par la boisson des eaux de Bagnères de la fontaine Dupré. Ces eaux remédient aux douleurs des dents, et en préviennent les retours, en ranimant les fonctions de l’estomac , que l’on sait être bien souvent la cause de ces douleurs périodiques, sans parler de la matrice qui y a aussi, sans contredit, sa part, suivant le témoi.gnage même des fienimes , qui disent que dans leur grossesse , ou dans les maux qu’elle entraîne , leurs gencives se gâtent et leurs dents s’affectent do carie. Comme je traitois un jour un flux de bouche presque séreux, avec les topiques ordinaires, vint un vieux routier qui, ayant fait prendre un purgatif, pour abattre, disoit-il , les fumées de l’estomac, et prescrit les eaux chaudes en boisson ordinaire , vint à bout , dans quatre jours , de nettoyer la bouche parfaitement. Cette méthode, que j’ai employée depuis, me réussit. Des exemples semblables qui reviennent dans la pratique, peuvent servir beaucoup à ceux qui savent tirer parti des plus petites choses. Ceux, ' dit H ippocrate , dont le nez fiue , sont soulages par le vomissement et la diarrhée ; par conséquent ces flux du nez , de la bouche , et du gosier, tirent ordinairement leur source de i’estomaç et des
intestins. Vous donc, personnes du beau sexe , pour avoir moins besoin de recourir aux topiques pour les dents , soyez plus réservées sur l’usage et l’apprét des viandes. Outre que ces remèdes ne guérissent pas les maux que votre estomac énervé produit sur vos gencives , vous courriez^ risque de vous attirer , par votre indiscrétion , quelque maladie funeste de la part de ce viscère. J’ai vu une femme qui prévoyoit les attaques d’un mal de dents auquel elle étoit sujette , par un sentiment d’aigreur qu’elle éprouvoit du côté de l’épine du dos , vis-à-vis de la fossette du cœur, à l’endroit où se termine l’œsopliage. Il y a aussi des affections des gencives qui désignent le côté alfecté d’un viscère.
Obs. hV . Un ecclésiastique âgé de trente-trois ans , sec et bilieux , fut atteint d’une cruelle migraine , dont les accès , assez rares d’abord , devinrent ensuite journaliers , et le prenoient régulièrement tous les soirs. Après mille remèdes tentés inutilement , les eaux chaudes , employées en boisson et en bain pendant trente jours , l’ont garanti depuis un an de tous les assauts de cette maladie rebelle.
Ohs- Une femme , quoique bien réglée , devint sujette à
une migraine dont les retours étoient constamment précédés d’une constipation du ventre absolue. Les eaux cTe Bagnères, delà fontaine Salut , bues pendant le jour , et celles de la fontaine la Reine , le matin , ouvrirent le ventre , et firent disparoître la migraine.
'^Théor. LXJJI. Personne n’ignore que la migraine naît très-souvent de l’estomac j ceux qui y sont sujets disent eux-mêmes qu’une diarrhée ou un vomissement, accompagnés ordinairement d’une fièvre critique bien marquée , les délivrent entièrement ; mais je ne pense pas qu’il soit possible de prouver que cette maladie doit son existence à des matières visqueuses et âcres , introduites des premières voies dans le sang par les vaisseaux lactés , et portées ensuite au cerveau , où , en causant des irritations et des obstructions , elles déterminent les accès de différente durée , d’un , de quatre ou de sept jours. N’y a-t-il pas plus de probabilité à attribuer la migraine à l’irritation qu’éprouvent les nerfs gastriques , dont quelques rameaux se distribuent à la membrane pituitaire , ou bien aux secousses des membranes qui sont communes au cerveau et à l’estomac? Ainsi la migraine dépendra , sans parler des causes particulières à la membrane pituitaire , d’un vice de l’estomac produit par une matière saburrense ou bilieuse , qui suscite la fièvre et irrite la portion de ce viscère correspondante à la tête. Ce que remarque Hij^pocrate , que la maladie réside dans la partie souffrante ou en travail , n’est donc pas vrai sans exception ; car, dit Bailiou, ce n’est pas toujours à l’endroit où l’affection a fondé son siège , qu’on sent la douleur , comme ce n’est pas toujours dans la partie douloureuse que la maladie ou sa cause première résident. Hippocrate n’ignoroit pas sans doute ces vérités , puiscpi’il dit qu’on doit remonter à la cause première , au principe des maladies , maxime qui a passé en axiome parmi les dogmatiques.
Tliéor. LXIF , Il est, bien important de remarquer que la migraine ou ses accès ne sont bien souvent qu’un symptôme du redoublement de quelque maladie chronique, qui a sa marche particulière , ses périodes et ses temps qu’elle parcourt, et qu’il seroit difficile et même dangereux de vouloir changer. Bien souvent aussi la migraine est le fruit des révolutions de l’âge. De ce qu’elle est entée sur quelque maladie chronique , il n’est pas surnrenant qu’elle soit très-familière aux hémorrhoïdaires, aux femmes qui sont •privées de leurs règles ou qui sont affectées de quelque maladie lente de l’abdomen , ainsi qu’il arrive souvent ; quelquefois elle se change d’elle-même en une autre affection , ou bien elle lui succède , et alors-, quoiqu’elle ne montre pas d’abord un caractère bien décidé, elle n’est pas moins une maladie de la classe de celles qui sont énoncées dans le texte xliii. Il est maintenant fa- 1 cile de dire pourquoi la vésicule du fiel a été trouvée gorgée de i bile et fort distendue dans des personnes mortes de la migraine.
! La douleur de tête qu’on nomme le clou , à cause de sa ressem- I blance avec celle que pourroit causer un clou qui seroit enfoncé I dans les chairs , la céphalalgie , les tintemens d’oreilles , les ver- I tiges et les autres affections de cette espèce , reconnoissent toutes I la même source que la migraine.
Obs. Les règles s’étant supprimées dans une fille, elle
I fut attaquée de la fièvre et d’iiue cruelle douleur de tête au côté I droit : les remèdes ordinaires semblèrent d’abord lui faire quelque I bien; mais bientôt la douleur se réveilla avec plus de violence.
I L’usage des eaux de Cauteret , en boisson et en bain , ne tarda pas à procurer un bon appétit^ une transpiration abondante, et le rétablissement des règles ; de manière que la malade disoit I qu’on lui rendoit sa tête , et qu’elîe-même étoit rendue à la santé.
Obs. LKIII. Une femme de trente-cinq ans , assez bien réglée , étoit depuis long-temps en proie à une migraine ; ma].o'ré les remèdes qu’elle prenoit, ou peut-être pour raison de leui^mauvaise administration , la douleur s’empara de toute la tête ; cette douleur étoit périodique; elle fut parfaitement guérie par les bains tempérés de Barèges , et ses eaux chaudes en boisson , qui , vers le quinzième jour , procurèrent des déjections critiques purulentes par les narines.
Obs. LIX. Un îiypondriaqne et une jeune fille , tous deux attaqués du vertige , burent. les eaux chaudes , qui par leur effet énergique , leur Otèrent d’abord le sommeil , mais qui leur rendirent la santé , en dissipant la paresse de leur ventre.
Obs. LX. Les eaux chaudes et les autres , prises en boisson et en injection , guérissent souvent certaines duretés d’oreilles et certaines espèces de surdités. Suivant la tradition , on règardoit anciennement les eaux de Bagnères, de la fontaine Saint-Roch, comme spécifiques dans ces affections. J’ai vu une fille tonl-à-fait sourde depuis deux ans, être guérie par les eaux de Barèges : le retour des règles rendit cette guérisson radicale; en achevant la crise de îa maladie.
Obs. LXT. Une femme mal réglée étoit attaquée cVune oplitalmie et d’une lièvre irrégulière , avec des maux d’estomac presqiie continuels : les vésicatoires , les sudorifiques , les adoucissans , le laitage , les mercuriaux et les anti-scorbutiques , ii ayant produit aucun soulagement , la boisson et les bains des eaux de Cauteret , de la fontaine la Ralière , emportèrent dans dix-huit ou vingt jours la fièvre et l’opbtalmie , et rappelèrent 1 appétit, que la malade avoit entièrement perdu.
Obs. LXII. Un homme âgé de trente-quatre ans , d’un tempérament fort chaud et fort sec , fut guéri d’une vive chaleur d’entrailles et d’une rougeur aux yeux par les eaux de Bagnères , de îa fontaine Salut.
Théor. LXV. D’après les faits que jlai rapportés , et que tout médecin a vus ou peut voir dans sa pratique, je ne pense pas qu’on puisse douter de l’inlluence des lésions des viscères de l’abdomen , sur la tête et la poitrine. En effet , les organes de ces parties doivent être considérés comme une masse qui a le diaphragme pour base , base dont le propre est d’être mobile et d’exercer des îiiouvemens doux et réguliers dans l’état de santé ; par conséquent , les diiFérens désordres des viscères du ventre ne manqueront pas d’en produire sur le diaphragme , qui , à son tour , soit en irritiuafc les membranes du cerveau et de la poitrine , soit en les distqndant ou en les relâchant , doit nécessairement porter le trouble dans ces parties ^ ce qui appuyé nos maximes du theoieme xl.
Théor. LXXI. Hippocrate a remarqué que les affections des parties inférieures sont diiîiciles a guérir et dangei euses j niais l’expérience fait voir que celles des parties supérieures , tant aiguës que chroniques, le sont encore davantage^ car, quoiqii elles ne paroissent d’abord intéresser qu’une seule partie , l’œil, la bouche ou le gosier , il arrive souvent que toute la masse cellulan-e , située au-dessus du diaphragme , et qui appartient à ces différens organes , est plus ou moins affectée, serrée ou comprimée. C’est par le moyen de cette masse cellulaire que les rhumes se jettent sur la poitrine, que les érysipèles du visage se guérissent par les crachats , et que l’angine se change en péripneumonie. Ce changement, quand il arrive subitement, est mortel; il indique la ruine totale du diaphragme , celle du tissu cellulaire et de tous les organes auxquels il sert d’appui , organes qui manquent des lors d’un ressort sufïisant pour opérer une bonne ciist.
Théor. LXXII- Je ne dis ni ne puis penser que dans ces métastases la matière de l’excrétion coule toujoursœt sans inteii uption d’un lieu dans un autre ; elle se gonfle et mûrit par degrés , et de couche en couche , de lame en lame , elle parvient jusqu’à l’endroit oh se forme le noyau de la maladie. Une femme enceinte, dit Brassevole , qui mangeoit souvênt de la glace, fut attaquée d’une violente toux et d’une douleur d’estomac , et elle digéroit avec beaucoup de peine ; sa guérison s’opéra dans l’ordre qui suit : la toux cessa la première , la douleur disparut ensmte , et ■enbn l’estomac recouvra ses forces. Ainsi voila trois maladies , la toux,
STlPi LES MALADIES CÎIilO;
la (loiileiir d’estomac et la diiïiciilié de digérer, qui se guérissent Fime après raiitre ^ la poitrine , comme la plus éloignée , fut la première délivrée^ ensuite cessa la douleur qui éloit occasionnée par la difficulté de digérer. Je ne citerai pas mes propres observations à cet égard , qui pourroient être suspectées ; mais je dirai qu’on peut apercevoir un ordre semblable dans la guérison de la plupart des maladies', pourvu qu’on sache en demeler les phénomènes. Ainsi dans les maladies aiguës , l^ bout de la langue rougit et se nettoie le premier j ce qui peut indiquer autre chose que ce qui est indiqué lorsque la superficie se pèle par parcelles , ou que sa pointe se sèche à diverses reprises. Ainsi dans l’érysipèle et la petite-vérole , la dessiccation se fait d’abord au visage , ensuite au cou , et successivement à la poitrine et aux extrémités inférieures. De même des narines humides annoncent quelquefois l’expectoration dans les maladies aiguës 3 les yeux et le visage annoncent aussi au médecin intelligent l’etat des entrailles et surtout les révolutions heureuses qui s’y passent, il semble encore, dans certaines affections du ceix^eaii , à en juger par l’abattement extrême du visage , que la mort commence par les parties snpérieiires , le front, les yeux, et qu’elle descende ensuite. Telle est donc , quelle qu’en soit enfin la cause , la marche ordinaire des révolutions morbifiques , de commencer par les extrémités de la masse cellulaire située au-dessus du diaphragme, et de s’étendre par degrés jusqu’à lui : on peut, d’après ces principes, expliquer un fait de pratique intéressant , savoir pourquoi une partie est la première et ensuite la dernière aftectée , ainsi qii il arrive souvent dans les maladies aiguës. C’est une remarque de Mercurial. L’explication'de tous ces phénomènes est encore à trouver, si je ne me trompe , dans la théorie ordinaire.
Théor. LXF'ïll. Nous voici arrivés aux maladies sympathiques et symptomatiques des extrémités du. corps ou de sa circonférence. Toutes ces maladies composent une classe particulière , ou même un genre de maladie connue sous le nom de rliuincitisjii& oudeyîèere des jointures ou des extrémités. On pourroit avec raison appeler cette fièvre , dont !e caractère et la marche ne sont pas faciles à décrire , maladie vague et errabonde . îl convient de se rappeler ici ce que nous avons dit ailleurs du tissu cellulaire, qu’il est la vraie enveloppe de toutes les parties du corps , enveloppe perméable en tout sens , et par conséquent |3ropre à favoriser le transport des humeurs , surtout de la matière de la transpiration , quelque direction quelles veuillent prendre dans les métastases. D’ailleurs, l’organe cellulaire forme , par le moyen de ses'productîons , une liaison intime avec les organes de toutes les oavités ) il lie les muscles aux viscères et à la peau , et détermine enfin l’élenduê du département de chaque organe. Ces notions peuv'ent répandre un plus grand jour sur 1 histoire du rhumatisme , et le ramener à la classe des maladies du théorème XLin.
Obs. LXIIT. Un mélancolique éproiivoit , pendant le travail de la digestion , de \ives sccou.sscs dans les enti‘a.i^lss , les jambes^
les pieJs et les mains; celles-ci ëtoient aussi fort souvent enflées et douloureuses. Dans toutes les parties musculaires de son corps que je palpois , j’y sentois un trémoussement pareil à celui d’un animal qui vient d’être* assommé. Les remèdes de toute espèce îi’ayant produit aucun effet, le malade eut recours aux bains tempérés et à la boisson des eaux de Barèges , et il parut en peu de temps être guéri.
Ohs. Un jeiftie homme sec et bilieux fut atteint, à la
«uite d’un grand effort , d’une douleur au iniheu de la fesse gauche , qui , dans le temps du travail dé la digestion , s’étendoit jusqu’à l’estomac , et occasionnoit souvent le vomissement. La boisson des eaux chaudes de Barèges, ses bains tempérés et ses douches tièdes augmentèrent d’abord la douleur , et il s’eu éleva une nouvelle dans l’oreille du même côté , la suppuration s’étant depuis établie dans cet organe 3 et un flux hémo.rrhoïdal étant survenu , le malade parut être guéri.
Ohs. Un homme affligé d’une douleur d’estomac ou du
fer chaud, et d’un rhumatisme aux bras qui s’augmentoit dans les changemens du temps, fut guéri par les eaux chaudes et par les bains tempérés âe Barèges.
'riiéor. ZXIX. Il résulte évidemment de ce qui a été dit , que l’estomac , dont les sympathies sont assez assurées par l’observation , souffre un dérangement plus ou moins notable dans les affections mêlées de douleur ; car , puisque la matière de la transpiration de la peau est diminuée en proportion de l’augmentation des évacuations du ventre, ainsi que l’a remarqué Hippocrate , et vice versa , il est certain qu’il y a une voie ouverte à la matière de la transpiration , de la peau au ventre , et du ventre à la peau. D’ailleurs, on a vu des personnes tomber en défaillance quand elles se baignoient à jeun. Galien cite l’exemple d’un homme qui éprouvoit une sensation vive dans l’estomac s’d se baignoit avant d’avoir mangé un morceau de pain ; tout cela démontre que l’estomac et l’extérieur du corps ont des correspondances d’action réciproques : cette action , qui est double de part et d’autre , consiste dans un flux alternatif d’oscillations , ou dans un exercice constant des forces centripètes et centrifuges , accompagné de l’émission d’une espèce de rosée. Le dérangement qui survient dans l’ordre des oscillations ou des forces susdites , est la cause du rhumatisme, dans lequel l’estomac doit nécessairement avoir sa part.
Théor. ZXX. Voici des faits qui éclairciront davantage la matière dont il s’agit. Il y a des personnes sujettes aux vents , qui sentent un frémissement , lequel part du pied, s’avance jusqu’à l’estomac , et produit des rots : d’autres , qui sofit attaquées de douleurs vagues , éprouvent un trémoussement dans les membres douloureux , à mesure c|u’elles toussent ou que leurs intestins se remuent j enfin, une partie souffrante communique ses maux, la rougeur , le froid , les convulsions , l’œdématie, à ses parties correspondantes , ou bien qui sont placées dans son département ;
ces vices se communiquent tout ainsi que dans un os carie : par exemple, les chairs qui le recouvrent se gonflent, deviennent douloureuses, et se mortifient en conséquence des altérations que le tissu cellulaire souffre de proche en proche. C’est de cette manière que le mauvais état des viscères produit le rhumatisme.
Obs. LXT^I. Une femme qui, depuis un mois, époque de ses couches , étoit sujette à des sueurs copieuses et à une fièvre lente , ayant eu l’imprudence de se baigner les jambes dans de l’eau froide , elle fut bientôt attaquée par tout le corps, mais surtout à la région lombaire, d’un rhumatisme violent, avec fièvre et une ■ espèce de suffocation. Les eaux de Cauteret , de la fontaine la Ealière , en boisson et en bain , rétablirent son appétit, ses règles et sa santé , dans l’espace de quinze jours.
Ohs. Un paysan attaqué depuis deux mois d’un rhu-
matisme , avec engourdissement du côté droit du corps , fut guéri par les bains de Cauteret , de la source Dubois , qui excitèrent des sueurs copieuses. Des douches, faites avec les eaux de la même source , sur les parties affligées , délivrèrent un autre paysan d’un rhumatisme qui occupoit la partie antérieure de la poitrine , et la région épigastrique.
Ohs. femme quinquagénaire fut , après la sup-
pression de ses règles , atteinte de douleurs très-vives à l’épaule , au coude et au carpe gauches , dont les accès étoient fréquens et se terminpient par une diarrhée bilieuse : les bains de Cauteret,, de la fontaine Dubois , et la boisson de celles de la Ralière , lui ayant procuré des sueurs fort copieuses, elle en reprit , la saison suivante , l’usage , qui produisit les mêmes effets , et la guérit radicalement.
Ohs. LXIX. Un militaire, homme fort robuste, avoit gagné dans les campagnes de Bohême une cruelle sciatique , qui le rendoit maigre et languissant ^ les douleurs étoient presque continuelles et s’élendoient depuis le haut de la fesse gauche jusqu’au genou du même côté , qui étoit œdémateux. Î1 n’avoit pas pu être guéri par les remèdes ordinaires. Les eaux de Cauteret , de la fontaine la Ralière , en boisson , et les bains de la fontaine du Petit- Bain lui 'procurèrent des sueurs abondantes et la guérison.
Ohs. LXX. Un homme bilieux , de l’âge de quarante-trois ans, fut guéri d’un rhumatisme au bras, par les eaux de Bagnères, de la fontaine du mont Cazaux. Un autre fut délivré d’une sciatique par les bains du roc de Lane • et un troisième , qui traînoit la même maladie depuis plusieurs années, fut guéri par les bains de la fontaine Darqué.
'Théor. jLXXI. La fièvre rhumatismale a donc ses temps d’excrétion et son appareil critique , qui se termine , tantôt par une sueur abondante , comme dans l’observation lxix , tantôt par un flux menstruel ou par d’autres évacuations , selon la nature et l’usage de l’organe affecté : ce mouvement excrétoire dont nous parlons, ou cette troisième fièvre , ainsi que nous l’avons a|7pelée ailleurs, et que nos eaux procurent, ne doit pas être troublée,
puisqu’elle est rinstriimeiit de la guérison. Selon ce qui vient d’étre dit, la fièvre de rhumatisme doit se rangep.de droit dans la calasse des maladies du théorème xliii.
Obs. ZjXXT. Plus la fièvre de rhumatisme est aigue , plus elle demande d’étre traitée avec précaution. Un moine, consumé par le marasme à la suite d’une fièvre putride, fut attaqué, dès sa convalescence , d’une douleur aux bras et aux articulations , avec enflure et fièvre lente * la boisson des eaux de Barèges procura le quatrième jour une diarrhée qui dura jusqu’au septième ; les bains , qu’on n’avoit pu mettre en usage à cause de l’extrême foiblesse du malade , que vers le vingtième jour , calmèrent un peu les douleurs ; mais elles se réveillèrent au printemps suivant. Le traitement précédent ayant été continué pendant trois ans , ce ne fut qu’au bout de ce temps que la santé du malade fut bien rétablie , parce que l’ouvrage excrétoire se faisoit chez lui lentement.
Obs. TjXXII. Une femme ‘âgée de vingt-huit ans, d’un tempérament assez délicat , fut attaquée , long-temps après ses couches, d’un rhumatisme qui occupoit la partie antérieure Je la poitrine , le derrière du cou , la tête et les épaules ; ces parties étoient enflées et érysipélateuses. A ces accidens étoit jointe la fièvre , que l’usage des eaux Bonnes, en boisson, augmenta, et que termina une excrétion abondante de crachats purulens et de ïiiucosité par le nez , dont le malade reçut un très-grand soulagement.
'Théor. IjXXIT. L’expérience nous apprend que la fièvre dont il s’agit a souvent son siège principal dans les entrailles ^ fréquemment surtout son noyau réside dans la poitrine , d’oh il est emporté par l’excrétion. 11 faut donc, dans le rhumatisme des parties supérieures , avoir une grande attention à l’état des poumons. J’ai même remarqué que , si dans- le troisième temps de la maladie , qui est ordinairement fort orageux , il né Se fait pas une évacuation critique par les excrétoires des organes susdits , il y a beaucoup à craindre pour la récidive , laquelle n’épargne pas toujours ceux même qui crachent beaucoup , parce que le rhumatisme devient bien tôt idiopathique , ayant ses accès dans le changement des saisons , et selon que l’estomac et l’ame se trouvent disposés. J’ai de plus observé , ou d-u moins j’ai cru observer souvent que le rhumatisme tient une marche assez régulière , quelques remèdes que l’on y employé- Je pense aussi que quand les douleurs occupent les parties inférieures , la cause est dans les viscères de l’abdomen plutôt que dans la poitrine , et que c’est entre ces deux cavités , dans la région de l’estomac , qu’il faut chercher le foyer du rhumatisme , comme celui de bien d’autres maladies J caries douleurs qui sévissent à l’extérieur du corps, ne sont que des effets de la cause principale , qui les produit de la manière que nous l’avons expliqué dans les théorèmes lxvi et lxviii.
77*cor. IjXXÎII. Comme dans le rhumatisme et dans presque toutes les maladies , le travail de la nutrition, ouvrage des so-
Süll LES MALADIES CHRONIQUES. 871
lides , ne se fait qii’iraparfaitement , il arrive ce que nous avons (lit plus haut , C[ue le suc nourricier surabonde dans le sang, où il est mêlé avec la matière de^la transpiration , laquelle est, ainsi Cjue lui , retenue par le serrement spasmodique des organes excrétoires, et évacuée à la fin de la maladie , par celui de ces organes qui entre le premier en action. Si la marche de la maladie est trop lente , ce c{iii retarde le travail de la crise , on doit l’exciter , et on doit la réprimer si elle est trop précipitée; par conséquent il n’est pas possible de décrire une méthode de traitement invariable. Ainsi celle des anciens , qui siiivoient constamment la nature , ne pouvoit être qu’erronée et superstitieuse. Celle des modernes , qui veulent qu’on n’attende pas nonchalamment les crises , croyant pouvoir maîtriser la nature , n’est ni nouvelle , ni mieux fondée , ni moins dangereuse que la première. ïl y a dans ce’a , comme noys l’avons fait observer ailleurs ,' un milieu à tenir. Quoi qu’il en soit dans toutes les maladies, et principalement dans les symptomatiques , desquelles nous avons parlé jusqu’à présent, il a été reconnu , par une observation exacte, que les mouvemens du corps ou de ses vaisseaux, et de ses plus petites fibres , se portent du centre à la circonférence , d’oii ils reviennent au centre par une infinité de détours , et qu’enfin ils s’élancent de nouveau du centre à la circonférence , avec un surcroît de force. Cette alternative des mouvemens a également lieu dans la santé,