‹ Œuvres complètes de Bordeu (volume 2)Chapitre 18 sur 25 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

ÜNÎaîadies idiopstln'ques. Le strictum et le laxum. Flux variqueux ; varices, dila talions du genre veineux. Les hénioriLoides. Les liéruorrliagies. Flux aqueux et pituiteux. Effets des stricîores internes. Flux nniqueux. Flueurs blanches ; leurs voies. La douleur. L’amaigrissement des parties. L’obstruction, l.es ulcères. Les cicatrices. La résolution des tumeurs. Expulsion des corps étrar.geis. Les fistules. Les maladies des os ; leur ramolissement. Les caius ; les anchyloses commençantes. Ulcères des intestins. Emhairas et ulcères de la matrice , de la raie , du foie. Fistules au poumon ; ulcères dans cette pariie , abcès dans son tissu. Espèce de consomption dor.sale. La coii.soinplion angloise’ Convulsiona et paralysies légères. Les maladies idiopathiques ont quelque cbo-s^ de sympathique, et qui tient plus ou moius aux entiailles, aux forces épi gastriques. • .

L’ancienne doctrine du striciiim et du laxum , dont Tbémison fut l’auteur , doctrine que les facultés de Galien , et ses qualités humorales tant célébrées, ne purent abolir, et que les efforts des chimistes qui vinrent long-temps après Galien, ni les fauteurs de la circulation du sang , ne purent ébranler , se montre de nouveau avec éclat dans les écrits de quelques modernes d’un mérite recommandable. On ne peut pas douter que cette doctrine ne soit une source féconde de vérités. C’est par elle que la sage école de Slahl , qui se guida surtout par l’observation, aima d’être nommée et distinguée , et il n’est point de défenseur du S3^stème des solides contre celui des humoristes , qui pût rougir de l’avoir adoptée; elle embrasse assez bien tout ce qui regarde la pathologie; elle semble remplir l’objet des vœux de Descartes , qui ne demandoit que de la matière et du mouvement pour l’explication de

tous les phénomènes (5e la physique. Enfin , il n’y a pas de médecin à qui la doctrine du serrement et de la laxité , ne serve souvent de flambeau dans le traitement des maladies.

'Théor. LXXl T^. H y a fort peu de maladies qui soient produites par le serrement seul ou par le seul relâchement. Ces deux vices se rencontrent ordinairement ensemble , soit qu’ils occupent des parties antagonistes , ou qu’ils s’emparent des fibres du même organe ; dans ce cas , le com])at qui s’élève est très-dangereux , s’il ne cesse promptement. Quand les vices dont nous parlons se déplacent d’eux-mêmes , ou autrement , et qu’ils vont affecter des organes qui ont de la correspondance avec les parties où ils siégeoient d’abord , ils donnent lieu à des maladies sympathiques , qui sont celles dont nous avons traité dans la partie précédente de cet ouvrage. Si ces vices restent long-temps fixés dans la partie où ils ont pris leur existence ^ et qu’ils en pervertissent le ton , la constitution ou la force naturelle , il en résulte des maladies idiopathiques , qui sont celles dont nous allons maintenant nous occuper. Les unes et les autres sont quelquefois tellement confondues ensemble , qu’il est bien difficile de les pouvoir distinguer. Pour procéder avec méthode , nous allons d’abord voir l’effet que produisent le serrement et la laxité dans les grosses veines.

Obs. LtXXIII. Un homme bilieux étoit affligé d’un violent rhumatisme à la cuisse droite , lequel se termina par une grosse tumeur qui occnpoit toute la jambe du même coté , et qui étoit surtout remarquable par un grand nombre de varices qu’on y apercevoit : les eaux de Barèges en douches, en bains et en boisson, rétablirent la jambe assez bien , dans l’espace de deux ans ^ il n’y resta qu’une espèce de grosseur qui ne nuisoit en rien.

O bs. LXXIJ^ . Une femme fut attaquée, peu de temps après la suppression de ses règles , d’un rhumatisme à l’aine gauche , lequel se termina par des varices à la cuisse et à la jambe du même côté , qui l’empêchoient entièrement de marcher. Elle fut guérie par les eaux de Barèges, prescrites comme dans le cas précédent.

'rJiéor. IjXXV. La laxité des veines qui a lieu dans les varices, et qui provient principalement de la destruction du ton de leur tissu cellulaire propre , annonce le serrement dans quelque viscère. Cette lésion du ressort des veines, qui fait que le sang s’y arrête, et qui est la source de beaucoup de maux, est connue parmi les praticiens sous le nom de jlux variqueux : on lui donneroit plus à propos celui èb' orgasme des veines. Ce vice ne paroît entretenu par la présence d’aucun miasme ni d’aucun virus; il semble dû seulement à la mauvaise disposition des organes. Le flux dont il s’agit , ou l’effort qui le produit , affecte quelquefois tout le système veineux ; souvent aussi il se porte de l’intérieur à l’extérieur , où il cause uu goufiement des veines général et permanent. On voit arriver de ces sortes de gonflemens, en telles ou telles parties , chez bien des femmes , aux approches de leurs règles ; et quand ils subsistent trop long-temps , comme lorsque la matrice

manque d’agir dans le temps marqué pour son action , ou qu’elle a tout-à-fait cessé 'd’agir , ils donnent souvent lieu à des affections chroniques de la poitrine ou de l’abdomen. Cependant le flux variqueux extérieur se borne ordinairement à une seule partie , et le pins souvent il ée place aux jambes , surtout chez les personnes adultes.

'Tliéor. LXXJ^I. Les hémorrhoïdes sont absolument du ressort du flux variqueux ; elles dépendent d’un serrement du foie ou de la veine-porte. Cette veine étant soumise à l’action des nerfs gastriques , on ne doit pas toujours attribuer, comme Stahl l’a fait, la cause du flux hémorrhoïdal à la simple pléthore, ni regarder toujours ce flux comme critique. Ce sentiment des stahliens se détruit à peu près par les memes raisons qui renversent l’opinion de Freind, sur les ca,uses de la menstruation.

Obs. LXXP - Un homme bilieux étoit réduit à un triste état par une affection hémorrhoïdale qui revenoit souvent, et qui étoit accompagnée , autour de l’anus , de tubercules plus ou moins durs : il recouvra son appétit et ses forces, et la partie affectée, son état naturel , par l’usage, des bains tempérés de Barèges , des memes douches et des mêmes eaux en boisson.

Obs. LXXXI. Dans une femme Cjui avoit eu plusieurs couches , le ventre se couvrit de tumeurs variqueuses , et devint tellement enflé et douloureux , qu’on craignoit qu’il n’y eût déjà un commencement d’inflammation. Les bains des eaux et des douches de Barèges firent disparoître les varices et l’enflure du ventre.

Obs. LiXXXlT. Plusieurs gonflemens variqueux des vaisseaux spermatiques qui venoient d’efforts violons , ou d’un commerce impur , et qui grossissoient considérablement et comme par re— doublemens , un entre autres dans un mélancolique , à C[ui le cliagrm avoit causé cette maladie , furent guéris par les eaux Chaudes.

Obs. L>XXXI TI. Une femme chargée de graisse , et cachectique, âgée de quarante ans, ayant cessé d’être réglée, son vagin se relâcha et pendoit à l’orifice extérieur de la vulve, en manière de boule , sans aucune douleur; elle fut guérie parles eaux de Bagnères, de la fontaine Dupyé , en boisson , et par les demibams et les douches de la source Saint-Boch , dans l’espace d’environ vingt jours.

Obs. IX XIX. Un vieillard sujet à une strangurie , qui étoit suivie d un pissement de sang, et à des varices au fondement, trouvoit son soulagement dans les bains tempérés de Barèges, et dans l’usage de ces eaux en boisson , coupées avec le lait.

Thtor. IXXJ^II. Il suffira ici aux médecins cliniques de leur rappeler que toutes les maladies des cas précédens appartiennent au flux variqueux; d’ailleurs, il y a tant d’affections ‘de ce genre , soit critiques ou symptomatiques , qui dépendent si clairement de l’abdomen , qu’il n’est pas possible de former le moin-

dre doute sur cette vérité , qui a aussi été reconnue par des auteurs de poids , tels qu’Alberti^et d’autres , surtout les stahliens.

Ohs. IjXXX. Parlons maintenant d’autres maladies , qui sont de meme nature, mais qui ont un autre siège. Une fille étoit suiette à un saîgnementde nez, cjui revenoit régulièrement chaque mois, précisément avant et après l’apparition de ses règles; elle fut guérie par les eaux de la fontaine Salut , en boisson et en bain. Pareil usage des eaux Bonnes eut à peu près le même succès dans une fille qui craclioit le sang.

Obs. ZjXXXI. Un jeune homme fort charnu , et adonné au libertinage, devint sujet à des douleurs de tête très -vives et à de fréquens saignemens de nez. L’intérieur de cette partie étoit rempli d’espèces de croûtes polypeiises , pour lesquelles le malade vint aux eaux de Barèges ; leur usage procura en partie la chute des croûtes , et diminua les douleurs de tête.

Ohs. LXXXII . Un jeune homme bilieux , sujet à un crachement de sang , presCjue sans lièvre apparente , et une femme atteinte de la même maladie , avec suppression des règles , étoient fort soulagés par la boisson des eaux Bonnes.

Tliéor. IjXXV^ III . Les varices de l’observation lxxiv font voir l’étendue du département de la matrice , qui les produisoit jiar son serrement. Le crachement de l’observation lxxx étoit dû à un violent effort qii’avoit fait la malade en levant un fardeau , pendant lequel elle disoit avoir senti dans l’intérieur de Fépigastrç , de la douleur et un bruit particulier. Quelquefois le flux variqueux qui dépend de la matrice , se jette sur les poumons. J’ai vu une hile dont les règles couloient par un ulcère qu’elle avoit au pied; lorsqu’elles vouloient paroître , le pied se coLivroit d’une grande quantité de varices. Voilà , pour le dire en passant , un phénomène cpii achève de renverser l’opinion de Freind sur les causes de la menstruation. Dans un jeune homme C{ui crachoit le sang, dit Baillou , l’on sentoit des pulsations se porter des hjpocondres vers les parties supérieures , comme si la colonne de sang (ou la force qui la poussoit) y eût été dirigée avec la main , et elles causoient un frémissement plus ou moins vif.

'Tliéor. LXXIX. Les veines paroissçnt être plus sujettes au fîux variqueux que les artères; on sait qu’elles sont toujours gonflées quand le flux se porte à l’extérieur; mais pourquoi les veines de rintérieur n’éprouveroient-eiles pas de semblables engorgeraens? Les phénomènes des maladies prouvent que le reflux du sang dans les veines a lieu : ainsi on voit assez souvent les veines jugulaires être gonflées , lorsque les entrailles sont dans un état de serrement : dans l’agonie le sang reflue des troncs des veines dans leurs branches ; celles qui manquent de valvules ne peuvent pas s’opposer à ce reflux , que favorisent la situation des veines pulmonaires, leur structure, et même la disposition des vulves fjui sont à la base du cœur ; et de plus, les diverses anastomoses , telles que celles de la veine-cave avec la veme-porîe dans le foie ci dans f liypogaslre , et celles des sinus veineux de i’épiiie. H faut

donc distinguer , autant qu’il se peut, l’hémorrhagie artérielle de la veineuse. Au reste, il y a , selon la remarque d’Hippocrate , des hémorrhagies propres à chaque âge. Dans l’enfance et la jeunesse , elles arrivent ordinairement par les parties supérieures , et par les inferieures,' dans la A’ieillesse et l’âge viril. Ce passage Cl Hippocrate fournit une nouvelle preuve en faveur de la sympa— tiiie des organes et de la marche reglee qui s’observe dans les maladies et leurs phenomenes. Les plus petits vaisseaux, tant les aitériels que les veineux, sont aussi sujets à devenir variqueux ; ce qui dépend de la force avec laquelle le sang peut indifféremment y couler en fluant ou refluant.

Ohs. LXXXJ ] I . Les flux aqueux et pituiteux , dont nous allons pâmer maintenant , sont un amas d’eau , de mucus , de sérosité ou de lymphe , qui se forme entre les lames de l’organe cellulaire. Un homme d’une constitution mollasse , âgé de quarante-sept ans , dont les jambes et les cuisses étoient enflées , fiit guéri par les eaux de Bagnères , de la fontaine de Salut : celles de la source de Lane guérirent aussi un sujet cachectique.

Oh s. LXXXI . Parmi les malades de l’observation xxx , dont pîusieiirs avoient le visage , les jambes et tout le corps enflé , nous remarquerons une femme qui, après une suppression des règles , fut bientôt atteinte d’un gonflement à la cuisse j elle recouvra sa santé par la boisson des eaux chaudes.

Obs. LXX X X . Un homme dhme complexion assez robuste devint enflé de tout le corps , après des accès de fièvre. Il fut guéri par les eaux de Bagnères , de la source Theas , qui lui procurèrent des sueurs copieuses , et par les eaux de la fontaine la Pleine , qui entraînèrent beaucoup de matières par les selles.

'Fhéor. LXX X^. Il est très-important de savoir si les flux sont le produit du relâchement du tissu cellulaire de la partief affectée , ou si , au ^contraire , ils dépendent d’un serrement des vaisseaux de cette meme partie , ainsi que cela arrive dans certaines inflammations. Comme il est d’ailleurs très-certain que l’œdématie est presque toujours produite par la pléthore et par l’effort spasmodique de quelque viscère qui fait couler les humeurs au travers des cellules du tissu muqueux , il est vrai aussi que cet effort procède ordinairement de l’epigastre. C’est du vice de resserrement que naissent les leucophlegmasies actives qui attaquent les jeunes filles , et qui sont accompagnées d’une fièvre assez forte : la leucophlegmasie , qui se joint quelquefois à la fièvre maligne, l’enflure de la face , et celle des mains, qui surviennent dans la péripneumo-

nie, les fièvres vermineuses, et dans certaines

suppressions des

règles, dépendent de la même cause, ainsi quelles métastases et les flux œdém’ateux , qu’on voit souvent succéder à de mauvaises crises. Dans tous ces flux, la partie vers laquelle les oscillations se dirigent , s’enfle presque tout à coup, et son tissu cellulaire est baigné d’humeurs ; tandis que le reste de la peau est serré et aride; enfin, presque tous les œdèmes dénotent l’affection de quelque viscère , et d’un viscère qui est ordinairement èilué dans le

Sy6 RECHERCHES

côté qu’ils occupent. Tout cela paroît trop connu pour que nous nous y arrêtions plus long-temps. Mais ne pourroit-on pas , d’après ce qui vient d’être dit, établir une théorie de l’hydropisie plus lumineuse que ce qu’on dit ordinairement?

'rhéor. LXXXl. Les flux que nous avons rajiportés jusqu’ici ne sont guère que séreux ; les organes spongieux qu’ils affectent, dit Hippocrate , tels que les poumons , la rate , les mamelles , etc. , s’amollissent , se gonflent et se distendent. Quand c’est la mucosité qui aborde et s’amasse dans une partie , le flux s appelle alors muqueux ou pituiteux , du mot de pituite imaginé par les anciens, et respectable pour les modernes. Le propre de la matière muqueuse , quand les parties où elle s’est épanchée n ont pas la force de s’en débarrasser, est de les coller entre elles , et de les convertir , ainsi que leur tissu cellulaire , en une substance dure et cartilagineuse; elle est. assez semblable au blanc d œuf cuit , ou à une cicatrice. Ces parties collees conservent quelquefois leur volume ordinaire ; mais d’autres fois elles en acquièrent un plus grand. J’ai vu un pied ainsi durci et tuméfié , sans douleur , à la suite d’une petite-vérole. Pareil accident arriva à une jambe, après une saignée ^du pied. La matière de ces gonflemens est le suc nourricier qui a souffert peu de changement. Sa congestion et sa détention dans une partie , est due à la fausse direction que prennent les mouvemens des organes , et qui est connue communément sous le nom di erreur de lieu.

Obs. LXXXXI. Au flux pituiteux appartiennent incontestablement certaines tumeurs des articulations. Dans un homme âeé de trente-six ans , et affligé d’une douleur rhumatismale au bras , il se forma à l’articulation du coude une congestion abondante de pituite, qui le délivra de sa douleur en lui otant 1 usage du bras ; l’articulation étoit dure et tendue , sans douleur m bouffissure. Après l’usage de beaucoup de remèdes qui n’ayoient fait qu’aigrir le mal , celui des douches de Barèges , précédées des bains tempérés, procura la resolution entière de la tumeur, et rendit au bras sou mouvement.

Ohs. XXXXFII. Un autre sujet fut atteint de la même maladie, après une douleur de sciatique ; la cuisse et la jambe paroissoient flotter dans l’humeur ] les douches de Barèges firent reprendre à cette humeur son cours ordinaire.

Th4or. LXXXII. L’observation m’a démontré que ces congestions étoieqt muqueuses ; car ayant vu ouvrir une articulation du genou qui n’auroit pas clêi l’être , il en sortit une matière glutineuse semblable au blanc d’œuf, lelle est 1 origine de 1 anchvlose ; là matière *qm la produit est le vrai suc nourricier qui , en s’épaississant peu à peu , occasionne la soudure des os. L histoire de ces flux fournit l’explication de bien des maladies ; quand ils se dirigent vers des parties qui sont pourvues d’excrétoires , il se fait des évacuations critiques ou symptomatiques d une matière , soit séreuse , soit pituiteuse , ou de l’une et l’autre tout ensemble. C/est là la cause des écoulemens sans nombre qui se font par les

veux , la IdoucIic , le nez et les oreilles ; c’est celle des sueurs des aisselles et des pieds , des catarrhes intérieurs et des vomissemens et des diarrhées qu’éprouvent les asthmatiques , à raison de la foihlesse de leurs poumons , qui les rend sujets à des congestions pituiteuses : le flux hémorrhoïdal muqueux, les flueurs blanches , etc. , viennent de la même source. Dans toutes les maladies le suc nourricier qui se trouve mêlé avec plus ou moins de sérosité se porte vers les endroits libres , non pas de lui-même ou par une faculté qui lui soit propre , mais parce qu’il y est déterminé par le mouvement oscillatoire , dont l’ordre naturel est dérangé. Quand quelque cause vient à supprimer tout à coup ces flux , il en naît souvent des accidens très-graves. Il y a donc en eux une espèce d’ordre établi , que règlent l’âge , le tempérament , et plus encore la première maladie , dont les flux doivent être regardés comme un effort critique ou symptomatique.

Obs. LXXXf^lII. Un homme éprouvoit tous les jours un vomissement de matière glutineuse : il fut guéri par les eaux chaudes en boisson. Celles de Bagnères , de la fontaine Dupré, guérirent un crachement abondant , causé par une affection catarrhale ou flux de gorge pituiteux. Une femme qui éprouvoit un serVement extraordinaire , avec des douleurs très-vives dans la région de l’estomac , fut guérie par des selles copieuses que procura la boisson des eaux de Barèges. J’ai souvent vu ces eaux produire le même effet; elles ont surtout la propriété , données en laveveinent , de débarrasser le ventre des glaces qui s’y amassent. J’ai guéri , avec ces mêmes eaux , une diarrhée glutineuse , qui avoit plus de vingt jours de date, et qu’un vomissement pituiteux accompagnoit quelquefois. Cette espèce de vomissement pituiteux n’est pas rarp dans les pâles couleurs; il est quelquefois très-abondant, et arrive même après le repas ; la matière qui le produit sort de l’œsophage ou de la gorge ; l’estomac n’y a aucune part. Je l’ai souvent vu céder ù l’usage de nos eaux.

Obs. LXXXIX. Les eaux de Bagnères , de la fontaine Salies , guérirent un flux de bouche opiniâtre; et celles de la source la Reine un diabetès. Un homme sujet à des sueurs fréquentes, qui l’affoiblissoient beaucoup , quoique d’ailleurs ses fonctions se fissent bien , fut guéri par les eaux chaudes en bain et en boisson. Ces mêmes eaux firent disparoître , dans une fille âgée de quatorze ans, exténuée et fort foible, des flueurs blanches et des douleurs dans le dos et dans l’épigastre , en excitant l’écoulement de ses règles. Une femme de quarante-quatre ans , fort affligée par les 'flueurs blanches, reçut un grand soulagement des eaux de Cauteret , qui guérirent aussi de la même maladie plusieurs autres personnes de l’observation xxxviii. Les eaux chaudes de Barèges , en boisson , et les bains et demi-bains de ses eaux tempérées , guérirent, dans une femme d’un tempérament fort chaud, des flueurs blanches qui couloient depuis six mois sans relâche , avec une suppression entière du flux menstruel. A ces symptômes se joignoient la fièvre , la maigreur^ la foiblesse , et un grand dérange-

8^8 REGIIERCHES

ment dans les fondions de Festomac. Dès les premiers jours du traitement, les fine urs blanches furent beaucoup plus abondantes qu’elles ne Fétoient auparavant j ce qui me donna lieu d’attendre une fièvre critique , laquelle parut elFectivement avec une légère sueur. Get|e fièvre fut de courte durée , et Festomac ne tarda pas à recouvrer ses fonctions. Enfin , les règles coulèrent vers le quarantième jour, et la malade se retira bien guérie. Une autre femme qui étoit sujette à des lliieurs blanches depuis deux ans , fut guérie par les eaux de Bagnères de la fontaine Lasserre.

Théor. IjXXXIII. L’onpourroit douter si les fl ueurs blanches opiniâtres émanent de petits ulcères de la matrice ; car il est souvent fort difficile de distinguer les excrétions pituiteuses d’avec le pus , quant à leur couleur et quant aux phénomènes qui les accompagnent. Mais je ne vois pas pourquoi certains auteurs confondent les flueurs blanches avec la gonorrhée virulente; la matière des flueurs blanches paroi t être un mélange de sucs aqueux et pituiteux, et le produit du travail de tout le corps, comme on peut le juger par les douleurs , les lassitudes spontanées , la foiblesse , la maigreur, et les grands dérangemens de Festomac qui accompagnent ce flux , dont Baillou rapporte la qualité gélatineuse à la dissolution des parties.

Obs. XC. La vessie est sujette à de fréquens flux pituiteux. Ün vieillard affligé d’une strangurie , fruit de la débauche de ses jeunes ans , et dont les accès se termiuoient par l’évacuation d’une matière albumineusjp , trou voit son soulagement dans la boisson et dans les bains lempérés des eaux de Barèges. Il y a longtemps que les eaux de Bagnères de la fontaine Salut ont été em- ])loyées avec succès dans la strangurie et la dysiirie. Aujourd’hui l’on est assuré par l’expérience , que toutes nos eaux guérissent ■souvent les diverses affections de la vessie et des parties environnantes , ou que du moins elles les diminuent beaucoup.

Hiéor. hX.XXlJ^ . Il n’est pas rare , dans les maladies aiguës et chroniques, devoir sortir, dans le temps de la crise, une grande quantité de suc muqueux avec les urines. Si on le sépare de Furine, il ressemble à du blano d’œuf, et par sa consistance , et par la propriété qu’il a de s’épaissir au feu. J’ai eu occasion d’en donner à un chien ; il le mangea avidement, comme si son instinct y eut reconnu la matière d’une vraie nourriture. Cette matière est donc le suc nourricier qui a subi peu de changement. Je Fai vue abonder chez certains valétudinaires, et reparoître dans toutes leurs excrétions. Quoique dans ces personnes Festomac fasse assez bien ses fonctions , cependant l’état de serrement et de sécheresse dans lequel se trouve leur tissu cellulaire, rend la circulation et l’application de la substance nourricière impossibles. De là vient qu’ils tombent si vite dans une maigreur extrême , et que le sang qu’on leur tire dans l’accès dje la fièvre ne laisse presque point voir de couenne ou pellicule muqueuse , attendu €[ue la pléthore du suc nourricier, refluant dans le sang , manque.

'l'heor. LXXX^'^, C’est une chose très-connue et de eonviclion

certaine, que les humeurs de toute espèce peuvent, en croupissant, s’épaissir et s’altérer dans le corps vivant. Il n’est pas également certain que celles qui s’évacuent des diverses parties, y lussent tenues en dépôt ^ car en accordant que les humeurs contenues dans les glandes de la vessie, des narines, des poumons, etc., peuvent, parleur séjour, se dépouiller de leur sérosité , cette cause ne suffiroit pas pour opérer les excrétions subites qui se font de ces parties , et pour les rendre aussi abondantes qu’elles le sont. Eu un mot, il est difficile de croire qu’une grande quantité de matière muqueuse, qui sort, pendant plusieurs jours, de la vessie, de la matrice ou de l’anus , fut contenue dans ces organes ; il faut donc quelle y soit amenée par une cause particulière, et il n’est pas vrai que le séjour l’ait produite. Elle arrive dans les parties par manière de fluxion.

Théor. LXXXJ' T- Comme les parotides et les autres organes excrétoires ont chacun leur faculté érectoire, en vertu de laquelle ils exécutent leurs fonctions et attirent à eux le courant des humeurs , de même chaque partie devient apte et sujette au flux pituiteux , de quelque manière que la chose arrive. Cette aptitude des parties naît surtout du penchant qu’alfectent vers, elles les oscillations de tout le corps : c’est pourquoi les flux pituiteux de l’anus , de la vessie, de la matrice, des poumons, des narines, dépendent souvent d’une maladie qui affecte sourdement tous les organes ) de pins , les personnes sujettes à ces flux sont maigres, et elles éprouvent presque toujours quelque indisposition , à raison du vice qui est constitué dans quelque organe principal : car plus certaines parties sont abreuvées de mucus, dit Bâillon, plus on es’t maigre et languissant. De là vient qu’une affection' chronique du foie est souvent accompagnée de Üux muqueux qui prennent leur cours par le gosier ou par les hémorrho'ides. C’est aussi pour la même raison que ceux qui ont des tubercules au poumon , éprouvent fréquemment des écoulemens du nez séreux ou pituiteux; l’estomac surtout est affecté dtins toutes ces maladies , à cause du vice de resserrement qui règne intérieurement, et qui produit ou entretient toujours le relâchement dans quelque organe excrétoire.

'Théor. LXXXTIL Quant aux voies de transport de ces flux, ceux qui sont purement séreux peuvent prendre leur cours au travers des lames du tissu cellulaire. C’est ce que prouve , entre autres choses, la manœuvre des bouchers, qui, par le moyen d’un soufflet, répandent l’air dans toutes les parties des animaux qu’ils tuent. Il y a quelque temps qu’à Montpellier , des libertins , ayant trouvé un soldat ivre qui dormoit profondément , lui flrént une ouverture à la jambe , par laquelle ils le soufflèrent à la manière d’un animal mort, et le flyent enfler prodigieusement. Le soldat s’étant bientôt éveillé , il eut assez d’avisement et de courage pour se faire lui-même , avec un couteau , plusieurs incisions qui dissipèrent promptement son emphyseme , et lui rendirent la santé. Mais puisque l’air pénètre ainsi le tissu muqueux, à plus forte raison la sérosité , la matière de la transpiration, etc., doivent-

RECHEÎICÎIES

elles le pénétrer. On ne disconviendra pas (rue le suc pilniieux ne puisse parcourir les cellules du tissu muqueux, si l’on fait bien attention à la ténuité de ce suc , à colle qu’il doit avoir, par exemple , pour produire les croûtes qu’on trouve sur la surface extérieure des poumons ou des autres organes , dans des personnes mortes d’inflammation. La tendance que prennent les humeurs dans ces divers cas , dépend de la fièvre ou de quelque maladie particulière qui en dirige les mouvemens. Consultez sur ces flux l’ouvrage de Charles Pison , qui est un livre d’or pour la pratique.

Obs. XCI. J’ai vu souvent les bains des eaux chaudes,, ceux de Barèges et Cauteret , apaiser sur-le-cliamp des douleurs cruelles des lombes, des épaules, des dents, etc. ; les bains et les douches dissipent presque toujours ces maux sans retour. J’en ai vu aussi beaucoup céder promptement à l’usage d’une tuile ou d’un sachet, composé de millet, d’avoine , appliqués chaudement sur les parties soulfrantes.

'Théor. LjXXXT'^IIJ . Le vrai caractère de la douleur paroît si difficile à saisir et avoir été si mal défini , que rien n’est moins bien connu. En la considérant du côté matériel , n’étant pas de notre ressort de l’examiner dans les rapports qu’elle a avec notre âme, il faut bien prendre garde de trop inculper le déchirement des fibres , qui peut , à la vérité , quelquefois avoir lieu. La vie des organes consiste dans la sensibilité de leurs fibres , à laquelle se trouve nécessairement jointe la mobilité. Il y a ceci de remarquable , que la sensibilité semble pouvoir, ainsi que la mobilité, se diriger toute vers une seule partie et s y accumuler : ce qui fcroit penser que la douleur est une sensation vive et prompte , dépendante de la sensibilité concentrée dans une partie , sans mesure et aux dépens des autres parties; car il est certain qu’on n’éprouve jamais deux sensations à la fois , surtout deux sensations vives : au contraire, certain accord régnant dans l’action des parties ou dans leur sensibilité concentrée , fonderoit le sentiment du plaisir, lequel se changeroit en douleur, en proportion du dérangement de ce concert déterminé. Quelquefois la force sensitive diminue et s’engourdit, ou reste ensevelie, pour reparoître ensuite; elle a des retours périodiques et une marche réglée , comme on le voit dans l’enfantement;, les rhumatismes, la goutte, la colique et la néphrétique. On observe aussi que ces affections finissent par une attaque de douleur plus forte , comme par une crise de douleur. Il reste encore à expliquer pourquoi la douleur n’accompagne pas constamment sa cause, par exemple, la présence du calcul dans les reins. Cependant les nerfs dont sont pourvus ces organes, doivent les rendre sujets à telle ou telle impression de la part des corps irritans : par conséquent , il n’est pas raisonnable de vouloir juger de la sensibilité des parties, seulement par l’effet qu’y produisent des irritations mécaniques ; car il y en a de sensibles sur lesquelles une piqûre ne produit ni irritation , ni douleur. Comme chaque partie sent à sa manière, elle doit avoir un genre de plaisir et de douleur particulier, qu’on ne parviendra jamais à connoîlre ou

SUR LES BîALADIES CHRONIQUES. 88 r

évaluer par des irritations mécaniques. Il j a plus, tout le monde sait qu’après 1 amputation d'un membre affecté de douleur, on éprouve ou Ion croit éprouver cette douleur au meme endroit, 11 existe donc dans le cerveau, à Torigine commune des nerls ou ailleurs, un principe de ces affections spécieuses. J’ai vu, entre autres exemples d amputation, celui d un liomme atteint de douleurs rhumatismales a un pied ; 1 amputation du pied étant devenue néces— sasi e , cet homme se plaignit des memes douleurs qu’auparavant» Il 1 esulte de ces sortes de faits, que le principe de la douleur peut exister ailleurs que dans la partie qui souffre. Au reste , tout ainsi que la chaleur aitificielle et 1 application des ventouses, calment souvent les douleurs subitement, nos eaux j produisent aüssi des changemens salutaires , sur lesquelles nous ne nous étendrons pas davantage quant à présent.

Obs. XCïI. Occupons-nous actuellement de l’amaigrissement des parties , du marasme , qui est la quatrième espèce de maladie simple. Dans une femme dont l’articulation supérieure de l’humérus s etoit luxee , le bias s amaigrit considérablement , les tendons se desséchèrent et se raccourcirent , et les doigts devinrent crochus; les douches de Baieges, quelques-uns de ses bains tempérés et ses eaux en boisson , lendiient a la partie son mouvement et son premier état. Un homme mélancolique et atteint du marasme à la cuisse , à la suite d’un rhumatisme opiniâtre , fut guéri par les eaux de Barèges , qui furent employées suivant la méthode ordinaire pendant trois ans. Un fort long usage des mêmes eaux , en douches et en bains , guérit deux femmes , dont l’une avoit les extrémités inferieures extenuées et les jambes retirées jusqu’aux fesses • l’autre etoit attaquée d’un pareil amaigrissement à la jambe droite et d’une tumeur lymphatique au haut de la cuisse. Les eaux Bonnes et les autres ont souvent guéri des marasmes des pieds , des mains et des doigts, provenans, soit de l’esprit-de-vin dans le traitement des luxations , soit de la piqûre des tendons ou de cause interne après la destruction de la maladie jnemière. ’ ^

Théor. LXXXJX. Il est plus que probable que la mauvaise disposition des nerfs d’une partie contribue beaucoup à son amaigrissement. On ne peut pas douter que ces nerfs ne soient en quelque 1 sorte paralysés , attendu que les membres affectés^ s’affbiblisLitpar I degrés, et diminuent de volume en même proportion. A quelle 1 autre cause pourroit-on rapporter ces accidens qui arrivent dans I le marasme, surtout quand il vient de cause interne? R faut se I rappeler ici ce que j’ai dit sur les causes des flux et de la douleur.

. Quand ces causes agissent dans une partie avec un certain decrré ; d’intensité, le tissu cellulaire se déprave au point qu’il ne peut : iffus se prêter à aucun effort critique; il bride le mouvement des j nerfs et des artères , et empêche ainsi la partie lésée de prendre I nourriture. Il y a par conséquent dans le marasme un serrement particulier qui gêne le mouvement des fibres et des organes , puisque ces parties , au lieu de s’étendre et de se développer, se rapetissent et se dessèchent. Ce serrement est quelquefois le produit d’une

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fausse crise ; et dans ce cas , il s’établit promptement : mais ordinairement il est lent à se former, soit qu’il vienne de cause interne , soit de cause externe , comme j’ai eu occasion de l’observer dans six sujets. Le dessèchement dont la cause étoit la piqûre des tendons , cominençoit par l’extrémité des doigts , d’où il s’étendoit à leur racine.

Thé or. XC. Le dessèchement , la douleur et les flux œdémateux , pituiteux ou variqueux, plus ou moins compüqtiés entre eux, ou avec le spasme , et accompagnés d’inflammation ou des accidens de l’inflammation , fournissent la source de toutes les maladies idiopatiques. On peut rapporter à ce genre de maladies , tout ce qu’on a écrit sur les obstructions et les tumeurs. Il paroît que ces mots dé obstructions et de tumeurs sont encore vagues et indéterminés. Toute tumeur est variqueuse, œdémateuse ou calleuse. Quel caractère pourra donc avoir en particulier l’obstruction ? L’obstruction , qu’on doit bien distinguer de la pléthore des vaisseaux , présente l’idée d’un conduit bouché par un corps solide ou par un liquide endurci. Telle est l’obstruction calculeuse des uretères , du canal cholédoque , etc. : mais on ne sauroit légitimement mettre dans cette classe les œdèmes , l’inflammation , ni les flux pituiteux. Il n’est pas croyable non plus que les humeurs puissent , par le seul changement de leur figure sphérique , occasionner une obstruction : il faut qu’elles se pétrifient pour la produire ; et cet accident qui arrive quelquefois , est trop rare pour en faire , comme on fait , un cas de pratique ordinaire , qui peut fort souvent induire en erreur.

Obs. XCIII. L’ordre veut que nous parlions maintenant des princrpaux accidens par lesquels les maladies idiopatiques se teiminént. Commençons par les ulcères. Les eaux Bonnp et celles de Barèges ont , de tout temps , été regardées comme spécifiques pour la guérison de ces affections. J’en ai vu de toute espèce , et dans toutes les parties invétérées ou récentes , céder à leur usage. Quand donc les ulcères ne sont pas entretenus par une cause interne indestructible, la manière ordinaire d’y appliquer nos eaux est en lotion , en douche , en bain et en boisson.

Obs. XCIX. Un paysan qui éprouvoit un grand dérangement dans les entrailles , en fut deliv'^re par une abondante éruption de varices à la jambe , ou il se forma depuis un ulceie qui lesistoit a tous les remèdes ordinaires 5 la jambe grossissoit de plus en plus, et étoit parfois douloureuse • l’usage des eaux Bonnes , tant inteiieur qu’extérieur, guérit radicalement 1 ulcéré dans i espace de deux étés , et remit la jambe dans son état naturel.

Obs. XCV. Un Espagnol qui avoit les jambes fort enflées , et couvertes de vieux ulcères , dont on comptoit vingt-quatre a une seule jambe , fut guéri dans soixante jours par les eaux de Barèges, auxquelles il eut recours apres avoir fait inutilement usage de beaucoup d’autres remèdes.

Théor. XCI. Mais comment nos eaux procurent-elles la formation des cicatrices? Une cicatrice ressemble parfaitement aux

callosités que laissent après elles les tumeurs mal résoutes , et qui ressemblent elles-mêmes à la couenne qu’on aperçoit dans le sang des pleurétiques quand il est reposé. La cicatrice diminue chaque jour de volume, jusqu’à ce qu’elle ait acquis la dureté d’uu ligament y lorsqu’elle est de bonne espèce , on voit paroître , quand elle se forme , de petits grains charnus qui grossissent à la manière des stalactites : le suc nourricier qui en est la matière , s’épand dans les interstices de la partie affectée , et s’étend assez souvent jusqu’aux os. On peut nommer force cicatrisante , l’action qui fait aborder le suc nourricier dans cette partie, et qui l’y fait s’agglutiner. Or nos eaux Bonnes et de Barèges suscitent merveilleusement cette action , attendu qu’elles augmentent le ton du tissu cellulaire, ainsi qu’il est démontré par la maigreur qu’elles occasionnent dans ceux qui en font usage. Elles empêchent donc le suc nourricier de se distribuer comme à l’ordinaire ; et il y a assez sujet de croire qu’elles le font refluer du tissu cellulaire dans le lit des humeurs : car j’ai remarqué que le sang de quelqu’un qui avoit employé les douches tièdes pendant deux cents jours, resseinbloit entièrement à celui des pleurétiques , c’est-à-dire qu’il abondoit en suc nourricier. Mais comme l’irritation et l’inflammation qui accompagnent la blessure d’une partie, y déterminent l’effort d’action et le courant des humeurs , la lymphe nourricière doit y aborder en plus grande quantité que de coutume. Or les eaux de Barèges et Bonnes , dont nous parlons, excitent une petite fièvre, et favorisent la crise qui doit la terminer. L’effet de cette crise, c’est la congestion du suc nourricier dans la partie affectée , c’est la formation de la cicatrice ; d’ailleurs il est évident que cette congestion doit se rapporter au flux pituiteux. Le travail d’une cicatrice présente trois temps distincts : dans le premier, le tissu cellulaire reçoit l’action capable de faire refluer le suc nourricier dans la masse du sang; dans le second, d s’établit une louable suppuration qui détruit les callosités vicieuses, ou qui les fait tomber en manière d’escarres j le troisième temps, enfin, est celui où se forme la cicatrice en vertu tant de la préparation et de l’influx du suc nourricier, que de son application. On aperçoit maintenant la raison de la maigreur C[ui accompagne la formation des grandes cicatrices, comme elle est celle d un membre amputé. Au reste, qu’est-ce qui rend souvent funeste la plus petite quantité d’alimens solides qu’on prend pendant la fièvre de cicatrisation , au point qu’elle cause quelquefois une mort assez prompte ? C’est le désordre que met dans le mécanisme excrétoire le travail de la digestion. Quiconque a une notion exacte de la fièvre en général, voit la solution çle bien d’autres phéncrnènes qui appartiennent à la fièvre de cicàtrisation ^ il faut se garder de l’exciter à contre- temps , de la croiser lorsqu’elle est établie.

Obs, XCF'I. Un ouvrier qui m^oit avalé une poiiite de fer , crut l’avoir rendue par les selles; mais deux ans après, le bord de 1 anus s enfla et devint calleux. Par l’usage des eaux Bonnes en boisson , en injection et en bains , la suppuration s’établit vers le quatrième jour, ensuite le corps étranger sortit, etil se fit une bonne

cicatrice. Un particulier fut bien guéri d’une fistule à l aniis, fort compliquée, par les douches et la boisson des eaux de Barèges. Voyez à ce sujet les Observations publiées par mon père ( Disserl. sur les eaux Bonnes ) : elles prouvent manifestement que nos eaux peuvent dispenser de l’opération , dans certains cas de fistules à l’anus ; mais ces cas restent encore à déterminer.

Obs. XCJ^II. Il y a des callosités dont nos eaux procrurent la résolution ; mais un grand nombre résistent à leur action. Une tumeur au cou, dans un enfant, venue à la suite de la petitevérole, fut guérie par les eaux de Barèges. Ces eaux diminuèrent une autre tumeur à la fesse, que la suppression des règles avoit occasionnée^ l’écorce de la tumeur se résoîvoit, mais le noyau restoit toujours le même. J’ai fort souvent guéri, avec ces mêmes eaux employées de diverses manières, des engorgemens lympliatic[ues dans les glandes du cou , les parotides , les glandes des aisselles et celles des mamelles.

'jriiéor. XCII. Décrivons les caractères de la résolution , afin de distinguer, autant cju’il se peut, les tumeurs cjui peuvent se résoudre, de celles qui sont irrésolubles , et qui ne sont pas en petit nombre. Une tumeur qui est sur le point de se résoudre, acquiert ordinairement plus de volume; elle se gonfle et se durcit au point d’effrayer les personnes peu expérimentées. Il s’élève toujours'une fièvre (au moins) locale, qui sert à remettre en mouvement les humeurs que la tumeur retient en dépôt , et à redonner aux fibres leur ton et leur action. C’est ce qui arrive surtout dans un œdème et dans tout empâtement léger. Cependant il seroit difficile de dire comment les solides peuvent , dans tous les cas possibles, recouvrer leur ton , à moins d’admettre que la fibre a absolument , dans tous les âges , la force intrinsèque et une disposition égale au mouvement, et que les différences respectives qu’on y remarque dépendent entièrement du tissu cellulaire. Ainsi, dans les enfans , ce tissu étant encore gélatineux et gluant, embarrasse et amollit leurs fibres ; il les roidit au contraire chez les vieillards , à cause de sa sécheresse ) et enfin dans le moyen âge , où le tissu cellulaire offre moins d’obstacles , les fibres jouissent de toute la vigueur dont elles sont capables. Or l’œdème produit sur les organes le même effet que la mollesse produit chez les enfans , et les callosités présentent les mêmes difficultés que la sécheresse dans les vieillards. La résolution doit donc se faire plus aùément chez les premiers, dans un œdème, et plus encore dans une pléthore des vaisseaux qui les distend au-delà de leur ton naturel. La première attention doit être d’evacuer le superflu des liumeurs , et ensuite de faire aborder le suc nourricier dans la partie , pour la réparer et la fortifier. Il ne s’opère jamais de résolution, la plus parfaite possible , qui ne soit précédée d’une sorte d’inflammation de la partie affectée , et il n’est guère de tumeur résoute qui ne laisse après elle quelque callosité ; de manière qu’une partie qui a été enflammée , ne reprend jamais parfaitement son état sain. C’est là la cause de la récidive de beaucoup de maladies Quand

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une tumeur est pituiteuse ou calleuse , il est très-difficile , pour ne pas dire impossible , de la résoudre j mais elle suppure bien ou mal : or il n’est pas rare que les eaux de Barèges favorisent cette suppuration • enfin , la résolution et la suppuration peuvent quelquefois se suppléer l’une par l’autre. Je ne dois pas oublier de dire que nos eaux diminuent pourtant un peu certaines callosités , et que certaines cicatrices s’exténuent et se dessèchent par leur usage. C’est ainsi qu’on voit des cicatrices qui , par leur volume , causoient des compressions sur les nerfs , diminuer par les eaux de Barèges. Peut-être que la résolution est due en partie à l’abord du nouveau suc nourricier, qui (comme un métal fondu, en fond un autre qui est solide) rend fluide celui qui est concret , et le met en état d’obéir au mouvement des organes , pour être ensuite évacué par tels ou tels excrétoires. C’est donc à favoriser la séparation de la matière des callosités et son évacuation , que consiste la vertu résolutive d’un remède. Or les eaux de Barèges et les Bonnes produisent souvent ces effets*.

Ohs. XCJ^III. Nos eaux procurent souvent l’expulsion des corps étrangers cachés dans le tissu des chairs : le mécanisme de leur action est ici le meme , que dans la résolution et dans la suppuration. L’observation xcvi démontre cette propriété dans les eaux Bonnes; et une infinité de faits se réunissent pour la constater dans celles de Barèges. On a vu effectivement à Barèges quantité de balles de plomb et de morceaux de vétemens que des militaires , blessés en combattant pour leur patrie , y ont laissés , et qui sont autant de monumens de leur valeur et de la vertu des eaux. Un de ces braves fut atteint à la joue par une balle de plomb ; la plaie fut fermée , sans qu’on fît attention au corps étranger. Le^alade ayant depuis essuyé des saignemens de nez considérables , vint à Barèges pour y remédier. Les eaux procurèrent d’abord une grande évacuation de sang par le nez , et ensuite la sortie de la balle qui s’étoit vraisemblablement logée dans quelque sinus ; et le blessé fut ainsi parfaitement guéri. Ln autre reçut , au côté droit de la poitrine, une balle qui atteignit seulement les muscles , sans endommager la cavité de la poitrine , ni les côtes. On voyoit deux plaies ; l’une antérieurement et l’autre postérieurement; l’une et l’autre étoient tout-à-fait cicatrisées , lorsqu’il survint des espèces de douleurs rhumatismales dans tout le côté blessé. Les douches et les bains de Barèges rouvrirent l’une des cicatrices , et en firent sortir la balle : ce qui rendit la santé au malade. Une jeune fille vint à Barèges pour s’y faire guérir d’un ulcère placé au côté droit de la poitrine , et que l’on croyoit avoir carié les côtes : les eaux tirèrent de l’ulcère une aiguille de fer, et rendirent ainsi la santé à cette fille. Un homme tomba par terre , et se fit , près des lèvres , une plaie qu’aucun remède ne pouvoit cicatriser. Il fut guéri par les eaux de Barèges, qui firent sortir un morceau de bois de la plaie. Il y a une foule d’autres exemples de cette espèce , qui sont très-connus sur les lieux.

riiéor. XCJJI. Les eaux de Barèges et les Bonnes excitent un

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mouvemeîit fébrile ; elles font en outre couler les humeurs en abondance , vers la partie affectée.' Peut-être que ces humeurs ont la faculté de fondre les cicatrices, comme on l’a dit ci-dessus. Une vieille cicatrice sera donc forcée de se rouvrir, pour faire place à la nouvelle qui remplira tout le vide que la jjremière aura laissé. Cependant, toute fièvre n’est pas propre à rouvrir les cicatrices : j’en ai vu qui avoient résisté à l’action du mercure , et que nos eaux ont rouvertes. Nos eaux ont donc quelque chose de particulier, qui manque à la fièvre spontanée et à celle que donne l’usage du mercure , c’est-à-dire qu’elles font aborder le suc nourricier dans la partie afïèctée , pour former la cicatrice à l’aide de ce flux muqueux ou pituiteux. Certaines callosités, des esquilles d’os , des tumeurs même sont détruites et emportées , ou disposées à l’être par la vertu de nos eaux. Malgré tous ces bons effets qu’elles produisent, elles ne laissent pas d’être quelquefois pernicieuses , par exemple , dans le cancer.

Obs. ^CIX. Les eaux de Barèges ofit guéri : i®. trois fistules placées à la partie supérieure de l’épaule : elles avoient été causées par une balle d’arquebuse , qui avoit traversé la clavicule et brisé l’omoplate; 2°. quatre autres fistules au genou , provenantes d’un abcès formé à la suite d’un rhumatisme; 3®. deux trous , l’un à la partie du bas-ventre , l’autre à la fesse , qui pénétroit jusqu’à l’os. J’ai vu également un ulcère fistuleux aux testicules , guéri par les eaux Bonnes. Celles de Barèges en guérirent deux autres semblables , ainsi que des fistules du pied , venues à la suite d’une luxation. J’ai encore vu des tumeurs à l’articulation de l’épaule , suppurer et guérir par les eaux Bonnes.

Obs. C. Bidons à présent des maladies des os. Un homme du commun qui avoit vécu sagement , fut , vers l’âge de trente ans , attaqué de douleurs cruelles dans ses bras et dans ses jambes; il s’éleva sur celles-ci une tumeur qui s’enflamma, et suppura par l’usage des eaux de Barèges : il en sortit une esquille d’os; et le malade fut guéri dans l’espace de soixante jours. Plusieurs personnes affectées de carie , à la suite de quelque maladie y un genou cassé par une balle ^ une cuisse cariée après une petite-vérole , furent guéris par les eaux de Barèges; et une carie des os innominés le fut par les eaux Bonnes. Les premières guérirent aussi une carie des vertèbres des lombes, et plusieurs qui occupoient les côtes. Une carie du sternum fut emportée par les eaux Bonnes : d’autres caries de la clavicule de l’omoplate et de l’humerus , qui étoient les suites de la petite-vérole , ou de quelque fracture , cédèrent à l’usage des eaux de Barèges; les Bonnes guérirent la même affection dans line phalange du pied et de la main ; et l’une et l’autre dissipèrent une carie de l’os ethmoïde y et plusieurs autres caries du menton , des orbites , des oreilles , et de tous les autres os , sans en excepter les cartilages du larynx, ceux de la trachée-artère , et le coccix ; car nous avons vu tous ces cas.

Obs. CI. Ici viennent se ranger les fistules lacrymales : le succès que j’y ai obtenu par les eaux de Barèges, employées en injections

et en douches , ne confirme pas peu la méthode des modernes dans le traitement de ces sortes d’affections. J’ai vu guérir par les eaux Bonnes une de ces fistules oii le sac nazal étoit dilaté, et où le pus sortoit par le grand angle de l’angle. Le seul usage des eaux en douches procura l’ouverture du canal nazal.

'Théor. XCÎV. Il est certain que la matière des divers flux aqueux , pituiteux , œdémateux ef autres , peut pénétrer la substance même des os : plusieurs praticiens veulent attribuer à des sels acides leur ramollissement et leur dissolution. Ces accidens peuvent s’expliquer par ce que nous avons dit ailleurs sur les divers flux dont les os sont susceptibles , comme les chairs. La réparation des os est due à un courant de matière nourricière j ainsi que leur soudure, qui n’est qu’un amas de ce suc, nourricier. La sérosité qui abonde chez les enfans , et qui les rend les plus sujets aux maladies des os , pourroit faire regarder leur âge comme le printemps des os , et la vieillesse comme leur hiver. Dans un os qu’on a amputé , la suppuration qui survient aux chairs , y produit des changemens ; le suc nourricier le ramollit et en procure la cicatrisation. Ces effets ne dépendent donc pas nécessairement de la présence d’un acide. L’on pourroit peutetre , d’après ces fondemens , expliquer certains phénomènes rares c|ui appartiennent aux affections des os. Il est du moins vrai c[ue le perioste , qui est une membrane particulière et comme musculeuse, peut, à raison des altérations qu’il éprouve, empêcher leur nutrition , ou la troubler. N’en pourroit— on pas également déduire une méthode de traiter le ramollissement des os, qui ne seroit complicjué ni avec carie , ni avec plaie ?

Obs. ClI. Nous pouvons maintenant parcourir sans peine les maladies idiopalhiqjues des différens viscèVes , dépendantes des causes précédentes. Une hémorrhagie de la matrice , des douleurs et des mouvemens convulsifs, causés par une tumeur dure et indolente de cet organe , furent calmés par les bains et les injections des eaux de Barèges. Les eaux Bonnes guérirent un ulcère du même organe, c[ui était un accident de l’enfantement. Les premières guérirent aussi un ulcère qui s’étoit fait jour au travers des muscles du bas-ventre ; de manière que l’eau qu’on injectoit dans le vagin sortoit par cette ouverture , et vice versa.

Obs. Cm. Une plaie fistuleuse du pubis , occasionnée par une balle de plomb , plaie qui pénétroit dans la vessie , et par laquelle l’urine s’écouloit , fut guérie par les eaux de Barèges. Un homme attaqué d’une affection des reins , rendit , après que les signes de la suppuration eurent paru , des urines mêlées de pus^ il recouvra sa santé par le moyen des eaux Bonnes.

Obs. ClJ^ . Une femme affligée d’une dyssenterie et d’un ulcère dans les intestins , souffroit des douleurs si vives chaque fois qu’elle, alloit à la selle, qu’elle poussoit des cris affreux; les matières qu’elle rendoit étoient sanguinolentes , purulentes; la malade étoit consumée par le marasme et par la fièvre, et elle étoit regardée comme sans ressource , attendu l’inefficacité de tous les remèdes

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qu’elle avoitpris. Quatre jours d’usage des eauxBoniies, en boisson et en lavemens , calmèrent la diarrhée et les douleurs , et la malade ne tarda pas à se rétablir. Un homme atteint de la même maladie , contre laquelle il avoit inutilement employé ^ pendant huit mois, divers remèdes , et une femme qui , peu de temps après ses couches, rendoit le pus par le fondement, furent guéris par les eaux Bonnes. Nombre d’exemples démontrent la même efficacité dans les eaux de Barèges, contre les ulcères des intestins.

Obs. CJ^, J’ai vu des jeunes gens attaqués de gonflemens glanduleux au mésentère , être fort soulagés par les eaux de Cauteret. Pareils effets ont été opérés par celles de Bagnères de la fontaine Salut. Un enfant exténué par le marasme , et sujet à une fièvre quotidienne , qui souvent commençoit par des frissons , et à un flux cœliaque , fut guéri par les eaux Bonnes. On rapporte que celles de Bagnères , de la source nommée le Petit-Bain , furent salutaires dans un pareil flux. Au reste les tumeurs du mésentère approchent de bien près des affections scrophuleiises , et rappellent cette maladie pour laquelle nous avons fait connoître l’efficacité de nos eaux, lorsqu’elle n’est pas à un certain degré. [Dissert, sur les écrouelles. )

Obs. CJ^Î. Un enfant et un adulte furent guéris d’un gonflement de la rate par les eaux chaudes, et les bains tempérés de Barèges. J’ai vu de pareilles tumeurs, dures et indolentes , etre considérablement diminuées par l’usage des mêmes eaux en boisson et en bain ; elles diminuèrent aussi un gonflement du foie dans un hypocondriaque. La plénitude ou pléthore des vaisseaux se guérit bien souvent par nos différentes sources. J’ai vu résoute par les eaux de Cauteret une tumeur des hypocondres , qui paroissoit gener les mouvemensdu foie et de la rate. Ces tumeurs dépendoient-elles du colon? Il est certain que les gonflemens de cet intestin imitent ceux du foie et de la rate , et qu’ils peuvent en imposer à ceux qui n’y prennent pas garde. Enfin j’ai vu une tumeur de la vésicule du fiel, portée en dehors, être emportée par les eaux de Bagnères.-

Obs. CP^II. Un homme qui étôit très-robuste, tomba, après des exercices immodérés du corps et de l’esprit, dans une maigreur et une foiblesse fort grandes , avec fièvre ; sa jambe droite s’enfla, et il y survint un érysipèle qui disparoissoit de temps en temps. L’on voyoit encore une tumeur qui , du foie , s’étendoit sur toute la région du ventre inférieur, et que d’habiles gens estimèrent être commune au foie et à l’épiploon; les forces et l’appétit diminuoient chaque jour, et aucun remède d’usage ordinaire n’avoit soulagé : les eaux de Cauteret, que le malade but d’abord chez lui , et qu’il alla ensuite boire sur les lieux, dissipèrent l’enflure de la jambe et celle de l’abdomen , et elles rétablirent parfaitement son appétit, ses forces et sa santé.

I Obs. CVIII. Une femme d’une constitution mollasse fut attaquée d’une jaunisse périodique , et d’une fièvre avec des redou— Llçmens; la suppuration du foie étant survenue , avec des frissons

et line douleur dans i’bypocondre droit; les eaux Bonnes qui furent mises en usage augmentèrent la fièvre , et procurèrent une abondante évacuation de pus par les urines; elle dura pendant trois jours. Les accidens s’étant réveillés vers le douzième jour, on continua le même traitement , qui procura une nouvelle excrétion de pus par les selles, après laquelle la malade recouvra parfaitement sa vigueur et sa santé.

Obs. CIX. ÎJn gentilliomme d’un tempérament sec, et fort vif, qui avoit été percé d’un coup d’épée au poumon , craclioit le sang et le pus. L’usage des eaux de Cauteret aggrava l’ulcère^ les Bonnes débarrassèrent la poitrine , et firent prendre un bon caractère aux crachats qui exlialoient une odeur fétide ; de sorte que le malade se portoit beaucoup mieux lorsqu’il se l’elira de ces dernières eaux.

Obs. ex. Un gentilhomme , dont le frère étoit mort d’un ulcère au poumon , cracha le pus vers l’âge de quarante ans ( il avoit aussi quelquefois craché le sang) ^ il avoit la fièvre, et son appétit étoit presque éteint. Des sueurs nocturnes , la diarrhée et la purulence dans les crachats paroissoient déjà ; enfin tous les accidens alloient chaque jour en empirant. Les eaux Bonnes réveillèrent les forces et l’appétit, dégagèrent la poitrine, et tarirent, dans l’espace de soixante jours , la source des crachats , que leur usage avoit d’abord rendus plus abondans.

Obs. CXI. Une femme qui , depuis trois mois , étoit affligée d’une violente toux, avec crachement de sang, rendit en crachant une pierre de la grosseur d’un pois , et bientôt après , le j pus ; les eaux Bonnes guérirent l’ulcère , et ramenèrent l’embonj point de la malade. J’ai connu un homme qui rendit aussi en tousi sant un morceau de clou de fer , par quoi sa poitrine et sa gorge I furent très-soulagées. L’usage des mêmes eaux mit fin à l’excrétion.

Obs. CXII. Un homme crachoit le pus , à la suite d’une périp- I neumonie ^ il étoit exténué, foible et travaillé de la fièvre. Les

; eaux Bonnes en boisson rendirent d’abord l’excrétion du pus plus : abondante , ensuite elles entraînèrent avec la matière des crachats ,

: des pellicules qui n’étoient que des lambeaux de la vomique; elles I nettoyèrent la poitrine , et rétablirent les forces et l’embonpoint.

Obs. CXJJJ. Un jeune homme de trente-six ans , d’un tempé- ’ rament délicat , sec et bilieux , étoit attaqué d’un catarrhe violent ,

1 et crachoit peu ; depuis long-temps il sentoit une chaleur brillante ! dans la trachée-artère, et il respiroit difficilement, et avec dou- I leur. L’usage des eaux de Cauteret de la fontaine la Ralière , procura la liberté de la poitrine , et une meilleure santé.

Obs. CXIX . ün homme d’une constitution humide et spon- ; gieuse , avoit eu dans son enfance les yeux infirmes , et une espèce 1 de bouffissure de tout le corps. Ces accidens ayant disparu par les I progrès de 1 âge , il fut attaqué d’un asthme humide, dont les accès revenoient deux ou trois fois par jour; les eaux de Cauteret de la fontaine la Pialière, ne procurant presque pas d’expectora-

tioii , on eut recours à celles du Petit-Bain , qui diminuèrent îa fréquence des accès, et excitèrent une quantité énorme de crachats : leur usage ayant été continué pendant un mois et plus , le jualade fut long-temps sans éprouver aucune atteinte de maladie. Cette guérison étoit-elle radicale et parfaite ? Cetle observation ne démontre-t-elle pas clairement, et le travail des organes qui préparent insensiblement lie germe de l’asthme, et l’actiori des parties externes sur les internes ?

Obs. CXV . Un jeune homme bilieux, et sujet à éprouver de temps en temps des fièvres intermittentes , fut attaqué d’une fièvre maligne, sur la fin de laquelle sa langue se paralysa. La maladie habituelle ayant reparu , la langue se dénoua , et la poitrine contracta un embarras qui fut dissipé par une évacuation copieuse de matière purulente par les crachats ; dès lors survinrent la fièvre lente , la diarrhée le marasme et l’enflure des pieds ^ d’ailleurs , le malade ne pouvoit , depuis trois mois , se tenir couché sur le dos , et le moindre mouvement le mettoit hors d’haleine. Les eaux de Cauteret , de la fontaine la Ralière, ne produisirent presque point d’effet, presque point d’évacuation ; celles de la source Mauhourat excitèrent les crachats , et diminuèrent par là la suffocation : l’estomac fit aussi ses fonctions un peu mieux , et les forces du corps s’augmentèrent. Au printemps suivant le malade cracha de nouveau le sang et le pus ; la fièvre et la suffocation se réveillèrent. L’usage des mêmes eaux de Cauteret, de la fontaine Mauhourat, eut alors un succès si heureux , que le malade jouit depuis d’une santé robuste , excepté que sa langue est restée sujette à des attaques de paralysie qui reviennent de temps en temps. Le noyau de la maladie , encore existant dans la poitrine, feroit-il chaque jour des progrès?

Obs. CXVL Un jeune homme fut attaqué d’une pleurésie à laquelle succédèrent la fièvre lente, des sueurs, là difficulté de respirer, la toux, la foiblesse , et une grande maigreur. Tous les remèdes adoucissans et pectoraux , furent sans efiet. Le malade , sans prendre avis de personne , vint à Barèges , et but les eaux de la fontaine la Chapelle , qui réduisirent bientôt son estomac à une langueur extrême. Outré d’un si mauvais succès, il but pendant trois jours celles de la fontaine chaude ; la quatrième nuit de l’usage en boisson de ces eaux , et la sixième de celui de la source tiède , peu s’en fallut que le malade ne fut suffoqué ; il cracha une très-grande quantité de pus , et dans peu sa santé devint meilleure , et elle fut très-brillante au bout de trois mois. Cet exemple est le seul que j’aie vu à Barèges. H y a trente ans qu’un sujet qui étoit attaqué d’un ulcère au poumon , et à qui mon père avoit prescrit les eaux Bonnes, fut guéri par les Chaudes, prises dans le troisième temps de la maladie. C’est ainsi que le courage des ma- | lades , leurs fautes , et les dangers auxquels ils s’exposent , peuvent | quelquefois servir à étendre les connoissances de l’art. j

Obs, ex y II ^ Je ne dois pas omettre de dire ce que la renom- > niée rapporte , qu’une cataracte fut résoute par les eaux de Ba-»

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gnères. J’ai vu celte maladie résister opiniâtrémeut aux eaux de Barèges et à toutes les autres eaux de notre pays. Pour les petites cicatrices ou callosités de la cornée qui proviennent d’une inflammation , j’ai observé que les eaux *de Barèges et les Bonnes , les diminuent un peu. Lomniusparle , ainsi qn’HolFman , de la cataracte commençante qui provient de l’estomac, et assure que cette espèce de cataracte revient plus ou moins souvent , selon qu’on néglige les coctions de l’estomac , ou qu’on prend soin de les rétablir ; ce qu’il étoit expédient de noter en passant.

Oès. CXJ^TTI. Un jeune homme devint, après une fièvre intermittente dont le quinquina l’avoit délivré, triste, maigre et languissant ; ses joues se creusoient, ses yeux étoient proéminens , sa peau rude , et les viscères de l’abdomen entièrement retirés en dedans ; les eaux de Gauteret, de la fontaine la Ralière , lui rendirent la santé , en rétablissant les forces de son estomac , qui étoient fort affoiblies.

Obs, CXIX.JJn jeune débauché fut attaqué d’une foiblesse des reins ou des lombes , qui s’accrut de plus en plus ; il étoit si maigre , qu’il ressembloit à un squelette recouvert de sa peau * il n’avoit plus ni forces ni appétit , et ne pouvoit s’aider d’aucun de ses membres ; il sentoit une douleur continuelle près de l’épine du dos ; ses paupières étoient enflées , et ses yeux saillans en dehors , ce qui le rendoit hideux à voir j sa peau étoit sèche , écailleuse , sale et parsemée de taches furfuracées; il y avoitsix mois qu’il étoit dans cet état , sans qu’aucun remède eut pu le soulager, La boisson des eaux chaudes de Barèges , et ses bains tempérés , rappelèrent l’appétit et les forces j la fièvre commençoit à paroître , et il se forma sur la peau une éruption semblable à celle de Yherpes miliaire : enfin , au bout d’environ soixante jours , après des sueurs et un écoulement d’urines troubles , le malade se trouva assez bien dispos • il s’écrioit qu’il étoit guéri , quoique je craignisse qu’il ne s’en vantât trop tôt. Cette maladie seroit-elle une espèce de consomption dorsale hippocratique ?

'.rhéor. XCJ^. 11 y a long-temps que , considérant des faits semblables aux précédons , je me suis flatté que les eaux Bonnes pourroient bien etre salutaires dans la consomption anglaise. J’ai vu un jeune Anglais à Barèges , étique, fort agile et fort vif, s’occupant de mille pensées, courant toujours, et rempli d’esprit et de connoissances ; il se pîaignoit d’un serrement de poitrine , d’un dérangement d’entrailles , et que son cerveau étoit obscurci et son appétit diminué, tandis qu’il parloit et crioit continuellement, qu’il méditoit des choses profondes et sublimes, et mangeoit de tout avec avidité ; cependant sa maigreur s’augmentoit chacjue jour , ce que j’attribuois à une petite fièvre qu’avoit le malade , et à la grande agitation de son esprit , qu’on pouvoit d’ailleurs reconnoître à chaque instant par celle de son pouls. Je ne saurois dire combien, après trois jours de l’usage des eaux tièdeset des bains tempères de Barèges, il témoigna à haute voix en être soulagé ) mais, dominé par une inconstance extrême , il disparut bientôt, en disant

Syo. RECHERCHES

qu’il partoit pour les eaux Cliaudes , d’où il iroit visiter les Bonnes , et (j Li’erisuite il passeroit en Espagne et en Italie. L’étrange maladie ! A quoi peuvent réduire l’étude des choses abstraites , la j)énétration de l’esprit , la gourmandise et l’intempérance de toute espèce I La consomption qu’elles produisent poiirroit faire comparer ceux qu’elle attaque , à des personnes mortes de faim , ou dont les glandes du mésentère seroient obstruées , et fermeroient les routes du chyle ; en effet , leur sang manque de suc nourricier , dç cette rosée salutaire qui répare les parties et les empêche de se flétrir. Je me suis convaincu de cette vérité, en examinant un jour le sang d’un sujet atteint du marasme ; je le trouvai dissous et entièrement dépourvu de suc nourricier. Tel est aussi l’état du sang , sur la fin des'fièvres malignes j il ressemble à celui des pleurétiques dont on auroit enlevé la pellicule couenneuse.

Obs. CXX, Nous pouvons rappeler ici les convulsions et paralysies des divers membres , dépendantes d’une affection idiopathique ou sympathique du cerveau , sans égard à ce que nous en avons déjà dit ailleurs. La convuLùon , surtout celle qui nait de l’estomac , est souvent guérie par nos eaux. J’ai vu à Barèges , en l’année lySi , sept personnes affligées de paralysie : i°. Un jeune homme qui, après une légère attaque d’apoplexie , étoit devenu paralytique des jambes ; l’usage des eaux en bain , en douches et en boisson, parut l’avoir guéri ^ 2°. un jeune homme qui , pour avoir traversé une rivière à la nage , immédiatement après avoir mangé , et pendant qu’il snoit , fut attaqué d’abord d’une légère apoplexie , et ensuite d’une hémiplégie 5 l’usage des eaux pendant deux saisons la guérit presque tout-à-fait ^ 3". une hémiplégie , avec abolition de la mémoire, qui fut aussi presque entièrement guérie; 4'’- autre sujet paralytique d’une jambe et d’un bras, qui ne put , ainsi que cela se voit souvent , recouvrer que le mouvement de la jambe. Les trois autres observations sont semblables aux précédentes , c’est-à-dire que les malades , sans avoir été entièrement guéris par les eaux , en furent assez soulagés. J’ai vu aussi les deux jambes paralysées après une chute; de sorte que le malade , encore jeune , étoit contraint de marcher sur ses genoux ; elles furent parfaitement guéries , ainsi qu’une paralysie du bras , dans un homme, qui avoit été causée par un coup à la tête.

Obs. CXXl. Un gros mangeur fut attaqué , sur l’im des deux côtés du corps, d’une paralysie qui s’étendoit jusqu’au milieu de la langue et du palais , ou de la luette elle-même : les eaux chaudes le guérirent dans quinze jours. Un autre sujet, atteint de la même maladie , en fut guéri (après avoir inutilement employé plusieurs sortes de remèdes) par les eaux chaudes de la fontaine du Roi , en bain. Les eaux de Cauteret en sauvèrent et soulagèrent un grand nombre d’autres.

Obs. CXXJI. Un vieillard hémiplégique reçut du soulagement à la jambe , et non au bras , de l’usage des eaux de Bagnères , de îa fontaine Saint-Roch. Trois paralytiques , dont deux étoient d’un tempérament pituiteux , et l’autre (c’étoit une femme) d’un tem-

SUR LES MALADIES CHRONIQUES. SpS

pérament sanguin , furent gue'ris par les eaux de Bagnères , de la fontaine Tliéas. Le témoin de ces guérisons ne dit pas si elles furent complètes.

Tlièor. XCJ^ I. Il y a un rapport si marqué entre certaines paralysies , les mouvemens convulsifs et le rhumatisme , qu’il n’est guère possible d’en faire des classes séparées^ d’autant que l’expérience fait voir qu’elles attaquent fort souvent la même partie en même temps. Le rhumatisme , comme nous l’avons dit plus haut , vient souvent de l’estomac : des poisons ou des vers logés dans ce viscère , causent également une foule de convulsions et de paralysies ; de manière qu’on ne saiiroit douter qu’il existe une espèce de paralysie purement stomacale. J’ai vu encore le côté gauche du corps cdïècté de paralysie et de rhumatisme , par une tumeur de la rate. Ainsi remarque-t-on des femmes dont le cerveau est sain, devenir paralytiques des extrémités inférieures par l’effet d’une cause placée dans l’abdomen. H y a donc deux espèces de paralysies, l’une convulsible et guérissable, qui nait de l’estomac et des intestins; et l’autre, plus dangereuse, qui provient de la gêne du cerveau et de ses moelles. Le judicieux Arétée pensoit que les parties atteintes de paralysie ne font qu’imparfaitement et à demi leurs fonctions , et que l’estomac , la vessie , et tout le canal intestinal , jusqu’à l’anus, sont sujets à être ainsi affectés seulement dans une de leurs moitiés. Il est très-important de se souvenir que les maladies idiopathiques ont quelque chose de sympathique , et qu’il n’y en a presque aucune qui ne porte le trouble dans les fonctions de l’estomac ; qu’aussi le travail de l’estomac influe singulièrement sur toutes les parties, et par conséquent sur celle qui est devenue le siège d’une affection. Ces changemens , produits par l’estomac sur une partie idiopathiquement affectée , ne doivent jamais être perdus de vue , afin d’y pourvoir préalablement , ou en même temps qu’on remédie à la maladie principale.

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