QUATRIÈME PARTIE
Les maladies incnraWes , ou qui résisteat à nos eaux minérales. Les douteuses, dans lesquelles les effets des eaux ne sont pas assez constatés. Les paralysies complètes et parfaites, par embarras dans le cerveau. L’épilepsie par cette cause des dépôts an cerveau. Les palpitations de coeur par des dérangemens organiques. Les ulcères de mauvaise espèce au poumon. Les asthmes anciens et habituels, La fonte des tumeurs squirrheuses , calleuses et autres, dans les divers viscères et glandes. Les vieux ulcères. Les caries profondes. Le marasme des parties. Les anchyloses décidées. Les déplacemeus des articulations. La goutte. La colique néphrétif|ue. La gravelle. Les dartres. Les cancers ouverts, ou autrement. Les écrouelles. Le rachitis. Les gonorrhées virulentes et autre» symptômes de vérole. Le scorhut.
Les savans s’éclairent par tous les moyens possibles : les maladies non guéries, les incurables , et celles qui peuvent se guérir, les morts même , sont pour eux autant de moyens de soulager les vivans. Je vais rapporter ici les maladies incurables , ou qui résistent aux eaux de notre pays; et les maladies douteuses , c’est-àdire celles où la vertu de ces eaux n’est pas bien certaine : je déclarerai mes fautes comme celles d’autrui : je suis homme j et je
parle à ^es îiommes ; si je ne suis pas à l’abri de l’erreur , je clierobe à avoir l’avantage de ne savoir tromper personne.
Ohs. CXXIII. J’ai vu un vieillard cruellement tourmenté par un rhumatisme , sur un côté du corps , rhumatisme qui fut suivi d’une paralysie , dans laquelle l’œil , l’oreille et la langue étoient très-engourdis et presque insensibles. Les eaux de Bagnères, de la fontaine Saint-Roch , n’ayant produit aucun effet, et celles de Barèges n’en produisant qu’un mauvais , le malade en abandonna l’usage par mon conseil. J’ai vu plusieurs autres paralytiques qui n’ont retiré aucun avantage de nos eaux , ou qui en ont été sensiblement incommodés.
Théor. XCyiI. Je donne ici comme imparfaites, ]3artielles et manquées , les guérisons de l’observation cxx : je me deiie aussi de celles de l’observation cxxii. C’est une vérité constante , que nos eaux guérissent très-rarement les paralysies par cause au cerveau , bien décidées, ou parfaites. Ainsi Willis fait mention de certains paralytiques , que des eaux thermales , non-seulement ne soulagèrent point , mais qu’elles incommodèrent beaucoup. Mon père en a vu aussi plusieurs que les eaux de Bagnères ont réduit à un état tout— à-fait extrême. Personne n’ignore que la paralysie vraie a souvent sa source dans le cerveau et dans les divers replis de ses moelles, où elle est profondément enracinée ; de sorte qu’il ne paroît guère possible de détruire sa cause ou de la résoudre , attendu que presque toute résolution , pour qu’elle se fasse , supjiose un gonflement de la partie affectée et l’évacuation de la matière critique par les excrétoires voisins. Or, ce gonflement, ou effort de résolution , ne peut guère être que mortel dans le cerveau , qui manque d’ailleurs de voies d’excrétion commodes. Ce n’est donc que les paralysies symptomatiques ou stomacales , que nos eaux guérissent ou diminuent ; peut-être pourtant pourroientelles , par leur qualité purgative , produire quelque soulagement dans un œdème du cerveau , en évacuant les sérosités superflues; mais on auroit toujours la récidive à craindre. Il est par conséquent prudent , dans la paralysie cérébrale , de prendre l’avis d’un médecin avant de faire usage des eaux thermales , et je ne suis pas surpris qu’un paralytique dont parle Helvigius, qui étoit guéri (ou plutôt soulagé) par des eaux, et qui dans la crainte de la rechute fit usage des mêmes eaux, fut atteint de nouveau de sa paralysie , et tomba dans un état pire qu’auparavant. Encore une fois , le mieux est , dans presque toute paralysie cérébrale , confirmée , de s’abstenir des eaux minérales : on peut même l’avancer avec de bons médecins. Quoique les purgatifs y produisent assez souvent quelque bon effet , néanmoins les forts , les vomitifs , par la commotion qu’ils excitent dans les humeurs, les font se porter en plus grande quantité au cerveau, et y augmenter l’embarras. La moindre concrétion suffit pour former le noyau de cette maladie , noyau qui s’accroît ensuite insensiblement , en conséquence de l’inertie des organes excrétoires et des mouveraens difficiles du cerveau. 3e>^vent ce germe malheureux naît d’une dispositionna-
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tnreile dans ce viscère : on connoît des races d’apoplectiques. Quand l’apoplexie on la paralysie attaquent tout à coup , c’est ordinairement une marque qu’elles ont jeté leurs racines depuis long-temps ; l’attaque est le dernier efï’ort ou la dernière fièvre qui succède à une autre cjui avoit été insensible. Il n’est donc pas bien certain qu’une saignée faite avant l’attaque , pût toujours la prévenir, comme quelques-uns le croyent : la dernière secousse qui la détermine arrive fort souvent pendant le travail de la digestion. Comme ce même travail cause dans une plaie , pendant que la cicatrice se fait, un bouleversement général, il le produit aussi dans une apoplexie , dont le noyau s’est mûri dans le cerveau , et y a acquis un gros volume , au point d’être devenu le centre principal de l’irritation. On ne peut, sans étonnement , apprendre ce c[ue disent ou méditent {|uelquefois les malades aux approches d’une attaque d’apoplexie. Tous leurs sens , dit Arétée , sont sains et entiers , et leur esprit semble avoir acquis un caractère prophétique. Le premier objet de leurs pensées est qu’ils vont sortir de ce monde ; ensuite ils annoncent l’avenir par le présent* et l’événement justifiant leur prédiction , un les admire et on les regarde comme de vrais prophètes. J’en ai vu un qui prédit sa mort pendant six jours. '
Ohs. CXKIT^. Aux approches d’une attaque d’épilepsie , l’effort de toutes les parties se dirige sensiblement vers la tête , et s’y recueille, d’où vient que les malades prévoyent ces attaques. Un homme âgé d’environ trente-cinq ans, sujet à l’épilepsie, vint à Barèges , et y fit usage des eaux et des bains , sans prendre avis d’aucun médecin. Au sixième jour de cet usage, les accès, qui avoient été rares jusque alors, revinrent trois fois, et furent plus violens que de coutume. Ayant été appelé, je jugeai qu’un tel désordre , occasionné par l’énergie des eaux , pourroit bien avoir quelque chose de critique; mais n’osant pas exposer le malade à l’événement de ma prédiction , je prescrivis une saignée que je fis réitérer, et je lui conseillai de renoncer à nos eaux , du moins à celles de Barèges. Convenoit-il quhl persistât dans leur usage? Je ne le pense pas. Le sixième jour , que Galien avoit coutume d’appeler le tyran dans les maladies aiguës , mérite d’être ici soigneusement remarqué. Je me suis aperçu clairement , dans beaucoup de cas, quand même je me serois trompé dans le précédent, qrie ce jour, à compter du premier de l’usage des eaux , lorsqu’on en prenoit une certaine quantité , avoit quelque chose de particulier que les autres jours n’avoient pas , c’est-à-dire que la fièvre que les eaux procurent , est de la nature des maladies aiguës. Seroitce là la raison pourquoi les ^^iens fixoient l’usage des eaux à neuf ou quinze jours, comme cela se pratique encore parmi le peuple? Quoi qu’il en soit, je ne crois pas que les eaux de Barèges conviennent dans l’épilepsie; elles engorgent considérablement le cerveau, et elles demandent trop de précautions employées dans l’accès. Si l’épilepsie, au lieu d’être idiopathique , étoit seulement symjîathique et dépendante par exemple, des premières voies ,
recherches
assurément il y auroit plus à attendre de l’usage de nos eaux. Mais qui pourra assigner un moyen de distinguer ces deux cas?
Ol)s. CX-XJ^ . Un homme d’un tempérament bilieux, sujet à un vertige habituel , se plaisoit beaucoup à boire les eaux de Barèges ) sa table étoit somptueuse à l’excès , et il mangeoit beaucoup, pour apaiser certaine inquiétude d’estomac , qu’il nominoit chaleur. Après s’être d’abord bien trouvé de leur usage , il mourut , au bout de trois mois , d’une attaque d’apoplexie. Un militaire fut blessé au sommet de la tête, par une balle lancée perpendiculairement, qui n’offensa pas l’os. La guérison de la plaie s’obtint fort facilement, et on fit peu de cas de cet accident. Cependant la stupeur, la douleur et la pesanteur de tête survinrent, ainsi que l’obscurcissement de la vue , l’enflure de tout le corps , et la fièvre. Le malade étant venu à Barèges , il y fit usage , à son gré , des eaux en boisson , des -douches et des bains ; mais le vingtième jour il fut attaqué d’une fièvre maligne cérébrale , dont il mourut le septième. A l’ouverture du cadavre , le cerveau fut trouvé sain : une petite poche ou vésicule , qui s’étoit formée dans l’os sphénoïde , portoit en haut le cerveau : cette vésicule ayant été ouverte , il en sortit beaucoup de matière sanieuse , 0t l’os sphénoïde et l’ethmoïde étoient entièrement cariés. Dans èes deux cas, les eaux avoient très-évidemment agi, en déterminant le flux des humeurs vers la tête ; ce qui auroit dû. être évité , parce que , dans ces sortes de maladies , l’excrétion critique ne peut pas se faire.
Ohs, CXXVI^ Senac annonce et prouve que les affections de la poitrine , dépendantes d’un vice inhérent dans le cœur, sont incurables; et je ne doute pas que l’usage de nos eaux ne les rendît bientôt mortelles. Deux hommes éprouvoient des palpitations de cœur violentes. Dans l’un elles étoient l’effet de grandes sollicitudes de l’esprit : l’autre les tenoit de l’enfance , sans cause apparente. L’un et l’autre tomboient en défaillance dès qu’ils prenoient quelque remède ou aliment qui augmentoit tant soit peu la chaleur et le mouvement vitaux. Enfin , leur maladie s’étant accrue, ils moururent d’un engorgement de poitrine, malgré le secours des saignées , qu’on employa. Le cœur du premier fut trouvé prodigieusement gros , autant ou même plus que ne l’est celui d’un bœufj il étoit d’ailleurs très-sain. Dans Je second, les valvules de l’aorte, près du cœur, étoient presque ossifiées, et des excroissances polypeuses , qui leur étoient adhérentes , les einpêchoient de se fermer. J’ai vu un soldat attaqué d’un ulcère scorbutique à la jambe , qui , loin de tirer du soulagement des eaux de Barèges, mourut le troisième mois de leur usage : l’on trouva plusieurs petits ulcères sur la sur^^e du cœur et dans l’intérieur du péricarde. Le malade s’étoit plaint aussi de palpitations de cœur : il finit par une espèce d’attaque d’apoplexie. Ces faits combattent très-certainement l’usage de nos eaux dans les aflections idiopathiques du cœur. Nous pouvons donc assurer que ces affections, comme celles du cerveau, quand leur noyau est un peu considérable , ne se guérissent pas par nos eaux^ du moins par
celles de Barèges. Celles de Bagnères seroient pi us supportaLies par des raisons tirées de leur nature.
Obs, CXX J ai vu six sujets attaques d’ulcères au poumon * que les eaux Bonnes ne purent garantir de la mort. Dans les uns elles augmentèrent les crachats , et elles les diminuèrent dans les autres. Certains éprouvèrent , les premiers jours du traitement
un soulagement funeste ; un mieux marqué , suivi ensuite d’acci’ dens plus graves.
Obs. CXXF'J/Z. ünpulmonique, qui avoit aussi une tumeur au loie , DLit les eaux de Cauteret , qui rétablirent son appétit et lui procurèrent de l’embonpoint , et une santé brillante en appa~ rence. L’hiver suivant il eut des douleurs rhumatismales aux bras et aux cuisses ( accident frequent et d’assez mauvais augure dans la pulmonie) , et il mourut à l’entrée du printemps , qui n’est pas moins souvent pernicieuse que salutaire. ^
^ Obs. CXX/X^Un homme sec et mélancolique , dont le foie eîoit tuméfié , étoit sujet à éprouver tous les ans une lièvre , accompagnée d’une douleur dans l’hjpocondre droit-, de toux , de difficulté de respirer et d’extinction de voix. La boisson des eaux de Cauteret tint sa poitrine libre pendant trois ans ; mais le foie s’engoigea de pKis en jdus , et la douleur s’y borna entièrement. Enîin , en lySi, les eaux occasionnèrent un crachement de sangconsidérable , la fièvre devint lente et plus marquée : le malade mourut dans l’hiver.
Obs. CXXX. Un jeune homme qui avoit fatigué sa poitrine eu c lantant^ fut attaqué à un des doigts de la main gauche d’un abcès qui provenoit de cause interne. Dès que le doigt commença a suppurer , le malade fit usage des eaux Bonnes , en lotion et en boisson , et il devint pulmonique ; sa joue gauche s’enfla , et il v a grande apparence que le germe de la maladie existoit dans le côté de la poitrine qui correspondoit aux parties affectées.
Obs. CXXXI. Vu homme d’un tempérament bilieux, deb’â avance en âge , qui habitoit un lieu froid et marécageux et buvoit de 1 eau de puits , fut attaqué , sans cause évidente , de deux abcès , dont 1 un occupoit le doigt du milieu du pied gauche et 1 autre pareil doigt de la main du même côté. A ces abcès étoient joints un crachement de sang abondant , une petite fièvre la toux et la secheresse de la peau. Après une saignée et un purgatif 3 ordonnai le lait, les antnscorbutiques et les eaux Bonnes avec un régime convenable. Le malade s’apercevant lui-même que ses ulcérés et sa poitrine alloient beaucoup mieux , par le seul usage des eaux, il rejeta tous mes autres remèdes pour boire toujours disoit-il ces eaux merveilleuses. M’ayant abordé quelques jours apres d un air gai , il me montra ses doigts , et me dit qu’il avoi! la poitrine en tres-bon état j les ulcères étoient bien cicatrisés la respiration entièrement dégagée , et le pouls ne marquoit presque pas de fievre. Surpris de tout cela , je gardai le silence. Qu’arrival-il Environ quinze jours après, il s’éleva une tumeur au mésentère indolente, et qui s’augmentoit chaque jour. J’essayai en
vain de m’opposer k ses progrès el de rétablir la suppuration des doigts ^ le malade mourut environ un mois après la naissance de cette tumeur , lorsque le mésentère fut entré en suppuration.
Oôs.’ CXXXII. Il y a long-temps que j’ai publié que les eaux de Bagnères nuisoient souvent dans les affections idiopathiques du poumon. Une femme , en qui les règles s’étoient supprimées après une couche , fut attaquée d’un ulcère à la poitrine , qui s’accrut par l’usage des eaux de Bagnères , de la fontaine Salut , et tua la malade. Une jeune fille qui étoit affectée d’un ulcère léger au poumon , fut réduite à la dernière extrémité par les eaux de Bagnères , de la fontaine Salut ; les Bonnes la soulagèrent un peu. Une autre jeune fille maigre , sèche , et sans appétit , fut , à la suite d’une pleurésie , atteinte d’un ulcère au poumon : les eaux de Bagnères la conduisirent au tombeau. Une femme , âgée d’environ cinquante ans , éprouvoit des espèces d’accès d’asthme , avec des douleurs de colique : les eaux de Bagnères , de la fontaine Salut et Dupré , augmentèrent la difficulté de respirer ; il survint ensuite une toux et une rougeur à l’œil droit 3 les paupières et la joue du meme côté s’enflèrent , et la malade ne pouvoit se coucher que sur ce côté 3 enfin, son pied droit s’enfla, un crachement de sang et la fièvre se déclarèrent , et elle mourut environ deux mois après. Un jeune homme écrouelleux but les eaux de la fontaine Salut. L’année suivante il cracha le pus et mourut. Je tais plusieurs autres faits de cette espèce , parce que l’ancien préjugé conçu en faveur des eaux de Bagnères , et qui étoit singulièrement en vigueur lorsque je fis mes premiers essais sur les eaux , est maintenant fort diminué , autant que je puis en juger.
Ob$. CXXXIII. J’ai vu parmi les asthmatiques , une femme qui fut attaquée d’une hémoptysie le cinquième jour de l’usage des eaux de Bagnères , de la fontaine la Reine. Tout le monde sait qu’un grand nombre d’asthmatiques ont usé des eaux Bonnes , de celles de Barèges , des chaudes et de celles de Cauteret , sans en ressentir sensiblement aucun effet , ni bon , ni mauvais. Je n’en ai vu qu’un qui, après avoir été presque suffoqué par les eaux de Barèges , reçut un peu de soulagement de celles de Cauteret. Enfin , on compteroit à peine deux ou trois sujets , j’entends parmi les adultes, attaqués d’un asthme confirmé , qui aient été bien guéris par nos eaux ; car il faut distinguer le soulagement de la guérison parfaite. Au reste , l’asthme n’est-il pas souvent incurable ?
Théor, XCXJJI. Ces désordres , causés par nos thermales , apprennent beaucoup de choses , et en laissent entrevoir davantage , qu'on pourra connoître un jour. i“. Suivant l’observation cxxvii , leur usage supprime quelquefois les crachats, et il les t provoque d’autres fois : on doit donc tâcher , autant qu’on le peut , ,
de bien distinguer ces divers cas , par leurs signes propres. 2^. Le ! soulagement qui survient dans une maladie pectorale , comme dans le cas cxxix , demande souvent beaucoup de circonspection avant d’être prôné , afin qu’on n’ait pas le regret de voir qu’on s’est abusé , ou qu’on en a abusé d’autres. 3®. L’observation cxxx fait
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voir clairement que nos eaux réveillent les maladies , et qu'elles peuvent en conséquence être nuisibles , en suscitant des crises ou des excrétions , qui ne sauroient se terminer heureusement. Il fau droit , pour les bien administrer , et ne pas mettre la vie des malades en danger, bien évaluer d'abord le degré de force que peut comporter la fièvre qu'on veut mouvoir , et ensuite déterminer les voies les plus convenables pour l’évacuation.
Théor. XCIX. Je n’ai jamais entendu rien louer davantage que la vertu apéritive et fondante des eaux de notre pays, qu’on elève jusqu’au ciel. Je pourrois , si je voulois , rapporter sur cela une infinité d’histoires que l’on fait , et qui ne sont pas peu gravées dans l’esprit de bien des gens. Je ne sais donc par quelle fatalité je n'ai vu que rarement des tumeurs ou des glandes, que nos eaux aient parfaitement et complètement fondues ou resoutes: j ai seulement vu qu'elles en ont diminué un grand nombre, et fait suppurer beaucoup d’autres : c’est là tout ce qu’une observation exacte m a pu faire découvrir. Nos eaux jDrocurent la résolution parfaite de la pléthore simple des vaisseaux , comme il a été dit dans le théorème xciii et ailleurs ; il a été prouvé aussi qu’elles ne peuvent tout au plus que diminuer les callosités et les cariiosites. Or , beaucoup de tumeurs ont à leur surface une telle pléthore simple , qui leur sert comme d'enveloppe , au centre de laquelle est le noyau calleux ; les eaux , dis-je , détruisent bien l'enveloppe , mais le noyau , qui est la chose principale , leur résiste souvent. En un mot , sur douze tumeurs vraies ou bien formées , il n y en a pas seulement deux qu’on puisse se flatter de résoudre parfaitement avec nos eaux. Quant aux tumeurs squirrheuses teneuses ou autres , je n’oserois les déclarer absolument indestructibles : mais je désire qu’on mette des bornes aux éloges pornpeux que le bavardage n’a que trop multipliés , et par lesquels je metois laisse entraîner moi-même avant de m’être instruit par l’expérience et par le temps. On nous raconte , dit Hippocrate , une infinité de choses merveilleuses , telles que je n’en ai jamais vu , et
que je ne puis ni rapporter ni croire. Je crains que de pareils récits ne soient exagérés.
^ Obs. CXXXIV . Il ne faut pas non plus espérer de guérir toujours avec nos eaux les ulcères , la carie et le marasme extérieur. Dans un homme dont le bras droit étoit flétri par le marasme * ses tendons calleux et les doigts crochus, les douches et les bains de Barèges , qui furent employés pendant deux mois, ne produisirent aucun effet. Un Américain d'un tempérament bilieux, qui dans sa jeunesse avoit beaucoup chassé , et souvent couru les\îiarais pendant qu’il étoit en sueur , et qui avoit été autrefois sujet à des hémorrhoïdes , étoit affecté d’un vertige dont les accès revenoient de temps en temps , de flatuosités, de marasme et de convulsions aux extrémités inférieures; les convulsions s’étendoient quelquefois jusqu’aux muscles de l’abdomen , et rendoient par là son état plus fâcheux. Après avoir inutilement employé pendant long-temps, à Saint-Domingue, diflérens remèdes, et les eaux
poo RECHERCHES
de Banic , il vint enfin à Barèges. Les eaux , dont il usa de toute manière , ne lui procurèrent pas le plus petit soulagement. J’ai vu nombre d’autres marasmes des pieds et des mains , dans lesquels nos eaux ont été également infructueuses.
Obs. CXXXV. Dans une fille âgée de vingt-quatre ans , dont le pied étoit couvert d’ulcères , avec carie des os , les eaux de Barèges ne produisirent aucun effet. Cette maladie provenoit d’un coup , et la malade avoit été, pendant la suppuration, privée de ses règles. Un paysan étoit atteint au genou et à la jambe , d’ulcères , avec carie des os ; il sortoit des vers des ulcères qui remplissoient toute l’articulation. Les eaux de Barèges ne procurèrent point de soulagement. J’ai vu aussi dans une fille sujette à un asthme depuis sa "petite-vérole , un ulcère au pied qui résista à l’usage des mêmes eaux. Cet ulcère provenoit d’un flux pituiteux, qui avoit été déterminé par l’effort de la fièvre. La suppuration de la tumeur , lorsqu’elle se fut établie , avoit fait disparoître l’asthme.
Obs. CXXXJ^J. ün soldat avoit été grièvement blessé au pied par un éclat de bombe ^ les os du tarse et du métatarse étoient collés ensemble ; l’astragale l’étoit avec le tibia , et l’épanchement de la synovie qui s’étoit fait en dehors de l’articulation , formoit une éminence circulaire : les douches et les bains de Barèges furent employés sans aucun succès. Dans ce même temps , deux anchyloses, l’une au genou et l’autre au coude, résistèrent à l’usage des mêmes eaux.
Obs. CXXXKII. Un militaire fut atteint d’une balle d’arquebuse qui lui perça le genou , en passant du condyle externe du fémur au condyle interne du tibia. Pendant le traitement qu’on lui fit , sa jambe se plia vers la fesse , et garda depuis cette situation , qu’un usage de trois ans des eaux de Barèges corrigea un peu. Un homme d’une illustre naissance fut blessé par une balle à l’articulation d’un genou ) son autre genou étoit immobile depuis dix ans , et sa jambe renversée sur la cuisse : il fut guéri de son ancienne maladie par les eaux de Barèges , tandis que la plus récente résista. Ce fait a été transmis par la tradition des vieillards , et l’ancienneté n’a rien diminué de sa valeur.
Obs. CXXXVÎU. A l’égard des luxations qu’on n’a pu réduire par les moyens ordinaires, je pense qu’il est fort inutile de les i soumettre à l’épreuve de nos eaux , parce qu’elles ne sont pas ca- i pables de relâcher les muscles de l’os déplacé , ni les autres muscles -i qui sont en contraction. J’en ai vu quatre exemples, l’un au carpe : et les autres au coude , dans lesquels les eaux de Barèges et de 1 Cauteret furent sans effet.
Obs. CXXXIX. Un Américain d’un tempérament bilieux , sec » et fort yif , et qui avoit les cheveux rougeâtres , étoit depuis s quatre ans sujet à avoir , par intervalles, de légères efflorescences , presque sur tout le corps , entourées d’une croûte noire , avec dé--i mangeaison. Des frictions qu’on lui fit à une main , je ne sais avec ’ quel Alignent , ayant fait disparoître les boutons de cette partie, ;
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îî s en éleva bientôt un vers l’angle externe de l’œil , qui fut suivi d’un autre au sternum. L’un et l’autre s’étant convertis en ulcères , le malade, ajjrps avoir employé en vain toutes sortes de remèdes, arriva à Earèges plein de vigueur ; ses ulcères étoient alors d’un rouge pale et mollasses , sans callosité apparente et sans douleur ; 1 on y voyoit autour , et dans l’interieur , de petites veines assez gonflées , et ils versoient une sanie blancliâtre et gluante. Les eaux de Barèges , qui furent employées pendant deux mois, n’eurent aucun succès.
Oâs. CXL. Nous avons maintenant à parler des maladies dans lesquelles l’action des eaux de notre pays n’est pas encore assez connue , et que nous avons nommées maladies douteuses. Il est constant que nos eaux , surtout celles de Barèges et de Cauteret, prises en boisson ou en bain , rendent ordinairement les attaques des douleurs articulaires plus vives. Il reste à savoir si cette plus grande violence est , dans le fond , préjudiciable. C’est ainsi (dit Raymon-Fortis) que plusieurs de ceux qui s’en allèrent prendre les eaux de Saint-Maurice , s’en retournèrent avec des douleurs aux articulations , ou en furent attaqués bientôt après. Certain mélancolique , homme bilieux, qui avoifune disposition née à la goutte et aux bémorrlioïdes , souffroit depuis long-temps des douleuis vagues par tout le corps : les eaux de Barèges , dont il usa en
boisson et en bain , lui causèrent dans peu de temps un accès de goutte.
Obs. CXLT. Un jeune homme qui, depuis J’âge de quinze ans jusqu’à celui de vingt-cinq et plus , s’étoit adonné au vin , aux femmes et au jeu d’escrime , fut attaqué de douleurs irrégulières à un pied • elles devinrent bientôt périodiques , et revenoient cinq ou six fois par an. Le piçd et les doigts étoient enflés , et la jambe setoit peu à peu amaigrie ^ mais le pied conserva toujours un peu de sa sensibilité. La boisson et les bains des eaux de Barèges rendirent a la jambe sa flexibilité , et firent disparoître presque toutà-fait l’enflure et les douleurs.
Obs. CXLJI. Un paysan qui avoit depuis long-temps les articulations et les mains enflées et douloureuses , devint asthmatique. Les eaux de Barèges diminuèrent beaucoup l’asthme, donnèrent plus de jeu au mouvement des articulations, et le m’alade se porta assez bien pendant tout l’hiver. La saison suivante il employa le meme traitement , et il en retira dans peu un grand soulagement. ^ ^
Obs CXLIII.Vn paysan, maigre, sec et bilieux, qui souffroit de coliques cruelles , fut atteint d’un rhumatisme goutteux à la jambe et au g^enou, qui étoient si fort enflés qu’ils sembloient anctiyloses. Il obtint sa guérison par le moyen des eaux de Barèges en boisson , en bains et en douches.
Obs. CXLir , Une femme de quarante-deux ans , en qui le flux menstruel etoit déjà bien diminué, fut affligée à la cuisse droite dune douleur qui, peu à peu, s’avança jusqu’au pied , dont l’articulation s enfla et resta dans cet état pendant un an. Après cer-
tains remèdes e'pronvés inutilement , la malade eut recours â la Boisson et aux bains des eaux chaudes , qui occasionnèrent un accès de goutte dont elle fut à peine un peu remise , qu’il lui survint une hémorrhagie de la matrice qui l’aifoiblit beaucoup : ensuite elle fut convalescente; l’écoulement menstruel se fit assez bien , et la douleur du pied et de la cuisse cessa presque toutà'fait.
Obs. CXLir. Un homme de lettres , âgé de cinquante ans , qui mangeoit beaucoup , et qui étoit rempli d’esprit et d’embonpoint , devint , sans cause apparente , lourd , paresseux et inquiet , et perdit entièrement l’aj^pétit et le sommeil; il ressentit aussi au pouce du pied droit, un commencement de goutte. Les eaux chaudes lui rendirent la santé. Les accidens ayant ensuite reparu , l’usage des memes eaux eut le même succès.
Obs. CXLiXI. Un homme d’une constitution bilieuse, et fort sujet à des flatuosités intestinales, fut affligé d’une douleur trèsvive à la cuisse, au genou, et au pied, avec enflure de celui-ci : malgré toutes sortes de remèdes qu’il employa, il passa fort misérablement l’hiver. La boisson et les bains de Cauteret des fontaines laRalière et Dubois, firent évanouir tous les symptômes.
Théor. C. Ces observations font voir manifestement , que le germe de la goutte s’étend et se produit , avec un changement notable , dans le jeu des organes. Ce germe croît et se développe peu à peu, et il étend enfin ses branches jusqu’aux extrémités du corps ; ce qui détermine les premières attaques de cette maladie. Sa source dans les entrailles, et la tyrannie qu’elle exerce de là sur toutes les autres parties , sont également évidentes. La goutte remontée, comme on l’appelle , ne désigne-t-elle pas que les entrailles étoient affectées dès l’origine de la maladie ? La goutte attaque les jeunes voluptueux , qui sont d’un tempérament sanguin et bilieux , et sujets à des douleurs rhumatismales ; leurs membres se distendent d’abord , et se roidissent ensuite par degrés : c’est le premier temps de la maladie. Les attaques deveïtLies périodiques et plus ou moins bien réglées, constituent le second temps. Le troisième temps est marqué par la violence des symptômes , qui ont atteint leur plus haut degré y les viscères demeurent foibles et languissans après le paroxysme, le travail critique est , à tous égards , imparfait , et enfin le paroxysme luimême a beaucoup de peine à se faire. Dans le troisième temps encore , toutes les parties se ressentent des ravages de la maladie; elles en sont devenues comme la pâture , pour nous servir de l’expression de Sydenham. De là naissent en foule , l’œdème , l’asthme , l’engourdissement de tous les membres , et le scorbut qui accompagne ce dernier période. Baillou pensoit , d’après les anciens , que la cause matérielle de la goutte , étoit un suc muqueux semblable à la substance des nerfs, qui seroit fondue, suc qui servoit à la nourriture de ces organes et à celle des tendons. Il est certain que le sang doit abonder en suc nourricier dans cette maladie. ( Vojez le dernier article de la seconde Partie^-) Mais
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eette surabondance est ici , comme dans presque toutes les autres affections , effet et non cause , d’autant que chaque individu a reçu de la nature une certaine portion de mucosité , ainsi qu’Iîippocrate l’a remarqué. Au reste c’est de cette mucosité que do’it. s’entendre ce que les anciens ont dit de la rosée , de la glu , du cambium j etc.
Théor. CI. Qui ignore , et qui n’a pas médité ces maximes sublimes d’Hippocrate ? Les vieillards , dit-il , ceux qui ont des nodus aux articulations , ceux qui vivent dans la misère , et dont le ventre est paresseux, tous ceux-là ne peuvent, autant que j’en puis juger, être guéris de la goutte par alicun secours de l’art ^ il n’y a qu’un flux dyssentérique , quand il survient, qui les en délivre sans retour. Toute évacuation qui se fait par les voies inférieures, leur est également fort salutaire. Mais une personne jeune, qui n’a pas encore de nodus aux articulations, qui mène une vie réglée , qui aime le travail , et qui fait bien les fonctions du ventre , pourra guérir , si elle est soignée par un habile médecin. Oh Hippocrate , il est peu de choses que votre profond savoir ait laissé à découvrir à la postérité ! N’auriez-vous pas reconnu , comme nous, trois temps dans la goutte? J’ai vu plusieurs exemples qui con^rment ce que vous dites touchant l’utilité des flux inférieurs dans cette maladie. Ici ce fut une fistule à l’anus ; là un flux hémorrhoïdal , qui amenèrent le plus grand soulagement : l’abdomen étoit donc affecté dans ces deux cas. Un homme encore se procuroit la liberté du ventre avec un suppositoire de savon , et calmoit ainsi les douleurs de sa goutte. Hippocrate conseille de brûler sur les parties affectées des douleurs de la goutte , une mèche de lin cru. Ce moyen , ou d’autres approchans , tel que celui du moxa , ont été pratiqués par des médecins modernes, avec succès. Les bains , les douches tièdes, les fomentations émollientes , les laxatifs, les rafraîchissans , les clystères, les suppositoires , un purgatif donné sur le déclin de la douleur , et suivi de l’usage du petit lait bouilli, ou du lait d’ânesse , tous ces secours conseillés par Hippocrate , dans la goutte , ne peuvent point passer pour des remèdes chauds^ ou bien on n’en peut pas induire que cet auteur ait fondé la cure sur les échaiiffans et les purgatifs.
Théor. Cil. La goutte , dit Yan-Helmont, ne réside point dans le doigt , qui en ressent seulement le contre-coup ou les effets ; de là vient que l’amputation du doigt ne délivre pas de cette maladie c’est dans l’esprit vital que réside son germe , qui produit ses ravages lorsqu’il s’est mûri. Les goutteux , contipue-t-îl , éprouvent d’abord des mouvemens désordonnés dans les parties précordiales , la boisson et les alimens les affectent facilement , ainsi que les changemens de l’air qu’ils prédisent souvent ; les premiers mouvemens fébriles qui s’excitent , ceux qui entament la scène du paroxysme , se font sentir vers le siège du cœur , d’ou ils se transmettent au cerveau, et portent le trouble dans l’organe du sentiment. L’opinion de Van-Helmont sur l’origine de la goutte , seroit-elle vraie ?' Pourroit-on regarder cette maladie comme contagieuse?- Au re^ste^
go4 RECHERCHES
il y a long-temps que j’y ai employé l’usage intérieur clu savon mêlé avec nos eaux.
Obs. CXLVII. Les eaux de Bagnères des sources Salut et Laserre , entraînèrent une fort grande quantité de sables de la vessie , dans une jeune fille hystérique et affligée de violentes douleurs néphrétiques. Les eaux Bonnes , sans produire l’excrétion d’aucuns sables , procuroient pourtant un soulagement plus marqué et plus durable.
Ohs. CXLF'Ill. Un homme de quarante ans , d’une constitution sèche et bilieuse, et atteint d’une douleur des reins, se délivroit tous les ans ,.par les voies urinaires, de j)lusieurs calculs , à la faveur de l’usage des eaux de Bagnères de la fontaine Laserre. Ayant bu pendant deux saisons les eaux de Cauteret de la fontaine la Ralière , il fut exempt , pendant trois ans , de ses douleurs , et il ne rendit point de calculs.
Théor. cm. Les eaux Bonnes et de Cauteret produisent donc une moindre excrétion de calculs , que celles de Bagnères , qui pourtant soulagent moins. Les premières s’opposeroient-elles à la formation des calculs , ou bien les évacueroient-elles imperceptiblement , en occasionnant une pléthore du suc nourricier? J’ai vu en effet nombre de malades qui en rendoient le matin en toussant , une grande quantité avec les crachats, et qui, prenant les eaux Bonnes, n’en rendoient aucun, quoiqu’ils cr-achassent beaucoup. Cela fait voir qu’il ne faut pas toujours compter sur les remèdes qui provoquent l’excrétion des graviers ^ et que les diurétiques , comme Baillou l’a déjà dit , peuvent être nuisibles , parce que , tandis qu’ils évacuent les premiers calculs , ils en font peut-être naître d’autres.
Obs. CXZjIX. Une femme fort âgée , qui depuis dix ans rendoit des urines graveleuses , essuya une attaque de néphrétique trèsvive , et sa poitrine s’embarrassa. L’usage des eaux Bonnes la fit cracher beaucoup , et elle se trouva soulagée : mais pendant sa convalescence , il lui survint sous la langue , près des gencives , une tumeur , de laquelle il sortit , quand elle fut ouverte , un calcul semblable à ceux dé la vessie. Depuis elle en rendit beaucoup moins par les urinaires; il est vrai aussi qu’elle devint plus sobre qu’elle iie l’avoit été.
Théor. ClT^. Le soulagement qu’éprouva la malade de l’observation précédente , étoit-il dii au régime qui fut observé avec soin , Ou à un changement qui s’opéra dans les reins? Je voudrois , à la vérité , qu’on prît soin de reconnoître dans la néphrétique , quelque irrégulière que paroisse sa marche , trois temps qu’elle a , ainsi que toutes les autres maladies. De plus , ce n’est pas sans raison qu’on l’a nommée la cousine-germaine de la goutte ; et l’on peut aussi , à fort juste titre , la mettre au nombre des accidens propres aux hémorrhoïdaires. Je l’ai vue trois fois succéder à la migraine ; celle-ci se calmoit , pendant que des calculs se formoient dans les reins. De là vient qu’avant que les douleurs de la néphrétique se manifestent , le vice a ^agné presque tous les viscères , ainsi qu’on l’a remarqué.
Ohs. CL. Dessault , notre compatriote , avoit avancé que les eaux de Barèges, injectées dans la vessie , dissolvoient la pierre; sur quoi Meighan est de même avis. J’ai fait plusieurs tentatives depuis ces médecms , et j’ai reconnu qu’il n’y a que les calculs qui ressemblent à la brique , qui soient dissous y les autres résistent absolument , étant même placés à la source des eaux : or personne n’ignore que l’eau commune dissout quelques pierres. Il reste par conséquent bien des recherches et des expériences à faire sur ce sujet, üii des meilleurs moyens préservatifs de cette maladie , c’est d’entretenir les fonctions de l’estomac dans leur intégrité. Seroitil vrai que le lait fût un fondant de la pierre , comme James l’avance^ tandis qu’au rapport de Galien, son usage, continué longtemps , causa cette maladie à certaines personnes , et que Bâillon conseille de s’y abstenir de toute sorte de laitage , si ce n’est de celui d’ânesse? J’ai vu le remède de Stephens exciter la fièvre et causer la suppuration du rein non encore affecté , et puis la mort. Cependant cette même fièvre ne seroit-elle pas propre pour fondre les calculs qui sont friables? Ne seroit-elle pas le principal instru- I ment de la vertu lithontriptique des divers remèdes et de nos eaux? Sydenham relève beaucoup les bons effets de la manne dans cette affection. Lesproduiroit-elle par une qualité fondante particulière , ou mieux par sa propriété purgative et détersive , au moyen de : laquelle l’ordre des mouvemens est rétabli dans les premières voies?
Obs. CLI. Un soldat âgé de trente-deux ans , d’un tempérament bilieux , et couvert presque partout le corps d’une dartre qui . lui rongeoit la peau , et un mendiant attaqué d’une teigne affreuse y , furent guéris par les bains du foulon de Bagnères , qui passent pour : spécifiques dans les maladies de la peau. Les eaux de Barèges ont 1 autrefois guéri un lépreux ; les Bonnes et les autres ont également ] opéré des effets merveilleux dans ces sortes de cas.
Obs. CLII. Un homme d’une illustre naissance , qui avoit été ( fort débauché dans sa jeunesse, fut, vers l’âge de soixante ans,
, attaqué aux deux jambes de taches rougeâtres , qui se convertirent ï en croûtes blanchâtres , écailleuses ; ses fonctions se faisoient bien ,
; et ses gencives étoient en fort bon état : tous les remèdes avoient été tentés en vain. Je prescrivis le lait , avec les anti-scorbutiques : pour toute nourriture , les eaux de Barèges de la fontaine Chaude ,
: pour boisson ordinaire , de temps en temps les bains tempérés ,
: et quelques frictions mercurielles ; les taches ayant disparu , et le . malade ayant repris ses forces et son embonpoint , il se crut entiè- ; rement guéri. Je lui conseillai pourtant de continuer l’usage des I anti-scorbutiques pendant l’hivêr , de se faire appliquer un cau- « tère , et de garder le régime : il négligea tout cela, et revint l’année suivante , triste , et atteint à peu près des mêmes maux , dont il ne fut point guéri pour lors.
Obs. CLIII. Un jeune homme mélancolique , plein d’esprit , et fort débauché , étoit attaqué aux fesses, de dartres qui , quand I elles venoieilt à se sécher un peu, jetoient l’estomac dans un i grand désordre. Les frictions mercurielles , et tous les autres se-
9o6 recherches
cours usités , avoieut été employés sans succès. Les eaux de Barètes procurèrent à peine quelque soulagement , et ce soulagement etoit accompagne proportionnément de la diminution des forces et de Tembonpoint.
^ Obs. Six douches , et autant de bains de Barèges , firent
disparoître un ulcère dartreux au bras gauche , dans un vieillard cachectique. Dès le sixième jour , l’œil du meme côté se trouva affecte , le malade voyoït les objets doubles , et il éprouvoit aussi (le frequentes attaques de vertige. Je fis appliquer dans le voisinage des dartres , un cautère pour rétablir promptement la suppuration ; le pied gauche étoit aussi enflé et œdémateux. Tant d’accidens annonçoient sans doute la présence de quelque germe fatal logé dans la poitrine ou dans le cerveau.
Théor. Cj^ . Voilà trois cures qui furent imparfaites et manquées. Je ne sais si le temps les rendit plus assurées ; ce qu’il y a de vrai , cest que les dartres sont si sujettes à récidiver , que rien ne paroit etre plus opiniâtre que ce genre de maladie : son opiniâtreté est fomentée peut-être par la profonde tritesse oh elle jette les malades. Hippocrate avoit déjà dit que les troubles de l’âme que cause l’atrabile ne sont pas faciles à surmonter. Les dartres sont meme quelquefois aussi rebelles que le cancer occulte , parce qui! n est pas plus possible d’y procurer la réunion de la peau , ou la cicatrice ; elles sont enfin bien souvent l’effet d’un vice de quelque organe intérieur. Un homme avoit constamment au côté , vers 1 endroit oh le diaphragme s’attache aux côtes , une dartre , qui , quand elle venoit à diminuer par hasard , étoit aussitôt accompagnée des symptômes de l’asthme , symptômes qui s’évanouissoient aussitôt que la dartre reparoissoit. J’ai vu une femme affligée de convulsions des viscères de l’âbdomen , dont les attaques étoient terminées ou renouvelées , par Tapparition ou la disparition d’une dartre qui occupoit la partie interne de la jambe. Ainsi î exsiccation d’une dartre étoit suivie de convulsions de l’œil , dans le sujet de l’obseryation cliv et les douleurs d’estomac de l’observation CLiii s’augmentoient dès qu’une dartre que la malade avoit aux fesses , venoit à. diminuer. Au reste , ce qu’Hippocrate a avancé, que les dartres ne sont dangereuses qu’autant qu’on les irrite , paroît fort vraisemblable , attendu qu’il n’est pas rare qu’elles se guérissent, lors meme qu’on songe le moins à y faire des remèdes : il faut donc laisser cette affection parcourir ses degrés en liberté. Ainsi les eaux de Bagnères et les divers remèdes de l’art, qui diminuent promptement les dartres , ou les font disparoître, semblent etre contraires au véritable objet de leur guérison. Ces trop prompts cliangemens menacent les viscères de quelque accident funeste ; et les eaux de Barèges et les Bonnes , qui les augmentent d’abord , ne doivent pas pour cela être taxées d’être pernicieuses, il laut multiplier les observations sur cette matière.
T'heor. CJ^I. Lorsque quelque partie du corps , par exemple une glande, est devenue l’aboutissant d’un flux variqueux , qu’elle est pleine de callosités , et fort douloureuse , que le courant de la ma*
tière de îa transpiration j est déterminé, qu’il y a inflammation, et de vains eflbrts de suppuration et de cicatrisation , et enfin de 1 amaigrissernent : c’est ce qui constitue le cancer. Dans cette cruelle maladie, qui est si compliquée qu’on ne peut guère la définir, les vices de serrement et de laxité sont fort confondus , et plus que dans aucune autre. D ailleurs elle est plus ou moins évidente ou occulte , et elle attaque surtout les parties qui sont d’une texture lâche. Si pour diminuer les douleurs dans cette affection , on emploie les adoucissans , le relâchement qu’ils causent augmente les varices et l’œdème ; tandis que d’un autre côté , la douleur ellemême et les callosités , ainsi que la matière de la transpiration qui baigne la partie malade , s’opposent au travail de la suppuration ou de la résolution , et à celui de la cicatrice. Il faut donc laisser subsister cette espèce de cautère naturel , prenant soin pourtant de calmer les douleurs autant qu’il est possible, pour empêcher que la maladie ne devienne bientôt mortelle , et de détourner le flux pituiteux ou variqueux , et celui de la transpiration , qui paroît y être attirée de toutes parts , et qui achève de porter l’engorgement et le tiraillement des vaisseaux à leur comble. Le cancer n’est susceptible d’aucun effort bien critique : ses progrès sont lents pendant bien du temps : souvent il est fomenté par une disposition dartreuse contractée dans l’enfance , ou bien par des affections violentes de l’esprit ; souvent aussi il parvient rapidement à son second et à son troisième temps : c’est dans ce dernier qu’on l’attaque ordinairement; mais il est fort dangereux de diférer la curation jusque alors.
Obs. CLV . Je m’étois flatté autrefois que nos eaux pourroient elle salutaires dans tous les temps du cancer; mais je pense bien autrement aujourd’hui. Une fille âgée de quarante ans , dont la mamelle droite eloit canceree, et une autre fille religieuse, dont le sem droit étoit devenu squirrheux à la suite d’un coup , ne reçurent aucun soulagement des eaux de Barèges.
Obs. CLVI.yn prêtre avancé en âge , jadis sujet à des hémorrhoïdes , et qui disoit avoir essuyé plusieurs maladies de cause bilieuse , avec enflure des jambes , étoit affecté sur le côté droit de la langue , d’un ulcère calleux sanguinolent et hideux , et en outre d’un gonflement de la parotide et de la glande maxillaire du même côté ; les eaux de Barèges dont il usa , ne produisirent aucun effet salutaire.
Obs. CLVIJ. L’usage des mêmes eaux fut pernicieux à une fille atteinte d’un cancer ouvert à la mamelle droite , et à une autre fille affligée à la mamelle droite , d’un cancer , avec des crevasses • dans celle-ci le mamelon devenoit érysipélateux, et les crevasses étoient augmentées par les eaux.
Obs. CLVUI. Une jeune fille étoit attaquée , au côté droit du nez , d’un ulcère chancreux , avec érosion des tégumens seulement • il s’y formoit de t^mpsen temps des croûtes blanchâtres et friables^, comme dans la teigne : l’usage des eaux de Barèges faisoit augmenter Fulcère J et occasionnoit la carie des cartilages du nez.
Obs, CLIX. Dans une veuve , un cancer à la mamelle , re-» marquablepardes crevasses d’un rouge très-vif , s’accrut beaucoup par l’usage des mêmes eaux.
Obs. CLX. Une femme à qui on avoit ampute une mamelle , fit usage des eaux Bonnes 23our cicatriser l’ulcère , il s’accrut , s’étendit , et 1 autre mamelle devint squirrheuse.
E^ne femme de qualité, en Angleterre, atteinte de nueurs blanches ajjrès une couche , fit usage imprudemment de remèdes astringens , qui occasionnèrent une douleur dans la région de la matrice , la fièvre et le marasme ; car on ne doit pas toujours , suivant la remarque de Baillou , s’appliquer à arrêter cette espèce de flux. Les eaux de Barèges furent employées de toutes façons ; 1 hémorrhagie , qui ne cessa pas un instant , s’augmenta au point de rougir le bain , ce qui ne m’effraya pas , parce que j’a— vois vu déjà pareille chose arriver. Cependant tous mes soins, tous mes efforts furent inutiles-, j’appris depuis que la malade étoit morte au bout de quelque mois.
Theor. J’ai pourtant vu des ulcères cancéreux que nos
eaux faisoient suppurer et cicatrisoient dans la majeure partie de leur étendue. Ne pourroient— elles pas les guérir parfaitement , étant bien ménagées dans le premier temps ? Pour nos bains tempérés , ils sont un moyen sûr pour en diminuer les douleurs. S’il est vrai , comme Hippocrate et Celse l’ont observé , que le cancer affecte le plus souvent les parties supérieures , il est également certain qu’il se place plutôt au côté droit qu’au gauche ; car je n’en ai vu que très-peu de situés sur ce côté , entre un grand nombre qui occujioient le côté droit. Une femme étant morte à Barèges d un cancer à la mamelle droite , on l’ouvrit, et pareil côté de la matrice fut trouvé squirrheux. Comme notre corps est divisé suivant sa longueur, en deux régions qui s’unissent vers la partie moyenne , ou vers l’axe , chaque région doit avoir scs droits particuliers. C’est ce que les anciens ont mieux connu que les modernes. J’ai vu aussi les flux A^ariqueux occuper le côté droit plus souvent que le gauche. Les dartres qu’on nomme vulgairement ceindres , affectent aussi ordinairement la région droite : elle est encore affectée , pour l’ordinaire , dans la danse de Saint-Witt , suivant le témoignage de gens très-expérimentés.
Théor. CriIL Toute la ressource dans le cancer ne consistet-elle pas à endurcir la tumeur? Mais comment peut-on produire cet endurcissement? Les racines d’un cancer ne sont autre chose qu’une cicatrice qui s’étend jusqu’aux os. J’ai connu une femme affligée de cette maladié , qui se procurôit du soulagement par le moyen des sangsues. J’essayai depuis ce moyen sans succès ; j’ai souvent observé que le lait , surtout quand il constipe , enflamme le cancer ; d’où j’ai jugé que les autres alimens , pris en petite quantité , lui sont préférables. Deux ou trois cautères appliqués à côté du cancer, ne pourroient-ils pas procurer quelque bien, en fournissant une issue à la matière de la transpiration? C’est avec raison qu’on a mis les douleurs du dos au rang des symptômes de cette
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maladie, dans laquelle l’estomac est aussi toujours plus ou moins dérangé, comme le prouvent les vomissemens , les diarrhées et les coliques qui y surviennent; la fièvre y est aussi , sans contredit, toujours présenté , et le médecin peut l’y apercevoir. Selon Hijipocrate , es femmes atteintes du cancer , perdent le sentiment de I odorat. J en ai vu une qui le perdit du côté qu’affectoit la maladie ; la jirunelle de 1 œil voisin etoit fort terne et en convulsion il se faisoit un bourdonnement continuel dans l’oreille du même cote , et la malade ne distiiiguoit aucun son.
Théor CIX. J’ai parlé des écrouelles dans un ouvrage narticnlier. J ai dit que leur cause etoit un suc nourricier mal travaillé et incapable de produire des lames d’une flexibilité convenable ’ d ou proyenoit un dérangement dans l’ordre des mouvemens d^ 1 économie animale. Ce dérangement fonde les premiers svmulô mes ou le premier temps des écrouelles , et il est surtout remai-I quable chez les eufons, avant la naissance des tumeurs. Le second temps est celui de 1 accroissement des tumeurs , et pendant lequel 1 s excite une fievre qui détruit toutes les lames du\issu cellu/aire mal conformées. Enfin le troisième temps a lieu quand les t, meurs sont devenues plus ou moins calleuses et indestructibles II faut dans ce dernier temps , se contenter d’ajipliquer quelques cautères , et s abstenir de tous médicamens, mime du réginj de vivre , quant a la qualité des alimens , dont il convient de réglTr seulement la quantité. Dans le second temps , le mercure comllé avec nos eaux le quinquina et les anti- scorbutiques , est a u! taire ; ces remedes augmentent et dirigent la fièvre d’excrétion quy fait suppurer les lames cellulaires mal conformées , et les enl trame au dehors parlesvoiesd’évacuation. Mais qui oseroit tente la guérison des ecrouelles dans leur premier temps ? Pour moi E pense qu il etoit quelquefois necessaire alors d’en exciter le progrès au heu de 1 arrêter : plusieurs observations consignées dans nmrê jouinal, sont favorables a cette pratique. Le rachitis ne peut-il jias etre range dans la famille des écrouelles ? Le flux qui dans les ecrouelles se porte aux g andes , est dirigé vers les os^mis le Z clntis; il se fait aussi dans cette maladie, un effort excrétoire ciitique, qui amene la guérison, ou le dénoûment , comme on 1 appelle vulgairement. Cet effort ou ce dénomment ont un rap! port sensible avec le second et le troisième temps des écrouelîes.
Obs CLXIJ.Vn enfant âgé de huit ans , d’un esprit précoce et dont les yeux etoient proeminens , et la tête enflée , devint bos> lî par 1 effet d un renversement des vertèbres lombaires ; son ventre £6 tuméfia, les extrémités de son corps s’amaigrirent, et il soiiffroit beaucoup quand il marchoit : les bains tempérés les dou ches , et la boisson des eaux de Barèges , dissipèrent presque tous les symptômes dans 1 espace de quinze jours; les forces revenoient de plusen plus, et il y ayoït heu d’espérer une santé parfaite. Une
petite fi le , dont la partie inferieure de l’épine du dos étoit si foible qu il lui etoit imjiossible de faire le moindre pas , recouvra un peu le mouvement de ses jambes par l’usage des eaux de Barèges
ai
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Obs. CLXin. Un jeune homme du peuple étoit atteint , depuis quinze jours , d’une gonorrhëe virulente , et d’un jDhjmosis , avec inflammation du prëpuce , grandes douleurs et grande difficulté d’uriner. Après lui avoir fait deux saignées , on lui prescrivit l’usage du lait , que son estomac ne put supporter. Ayant été consulté , je lui fis prendre les eaux de Barèges , en guise de tisane , car le malade étoit par hasard sur les lieux*j au bout de deux jours , les accidens furent calmés, et le pus prit un bon caractère^ les bains tempérés et les douches qu’il employa ensuite , diminuèrent la douleur , la tension , et relâchèrent le prépuce. Le gland étant découvert , on y aperçevoit plusieurs petits ulcères qu’on connoît vulgairement sous le nom de chancres , lesquel^ se cicatrisèrent à la faveur du meme traitement ; il parut en même temps sur le dar;thos , plusieurs callosités de la figure d’une lentille : le malade quitta pour lors Barèges ; trois mois après , je le revis et l’examinai attentivement ; tous les symptômes de sa maladie étoient tout-àfait dissipés.
Obs. CLXIJ^. Un jeune homme eut une gonorrhée virulente qui lui tomba dans les bourses et occasionna la suppuration de l’un des testicules. Le malade rejeta les frictions mercurielles et prit de lui-même les eaux Bonnes pour boisson ordinaire , et le îait deux fois par jour j on lui conseilla inutilement les bols de panacée mercurielle. L’ulcère se détergea et se cicatrisa entièrement par l’usage des mêmes eaux en injection et en lotion 3 le flux séminal et purulent cessa , et le malade jouit dès lors d’une santé parfaite. Les eaux de Barèges guérirent aussi un jeune homme d’une gonorrhée .virulente et d’un ulcère à l’un des testicules, que des frictions locales et des bols mercuriels , pris pendant trois mois , n’avoient pu guérir.
Obs. CLXJ^. Deux jeunes gens atteints chacun d’une gonorrhée virulente , avec inflamanation , furent fort soulagés par les eaux de Barèges , des fontaines la Chapelle et de l’Entrée , en bain et en boisson , coupées avec le lait ; le flux parcourut rapidement ses temps ; les malades s’abstinrent de toute espèce de mercuriaux ; je les vis un an après leur traitement, fort bien portans l’un et l’autre.
Obs. CLXT^I. Une femme dont le mari avoit eu trois fois la vérole dans l’espace de douze ans qu’ils avoient vécu ensemble , étoit attaquée depuis six ans d’un flux blanc, qui reconnoissoit vraisemblablement une cause vénérienne ; car il y avoit douleur cuisante, avec ulcération des nymphes , sans douleur ni sentiment de pesanteur dans le dos : le flux continuoit avec les règles j il étoit blanc , vert ou jaune , et tachoit le linge. Je prescrivis en boisson les eaux de Barèges , de la fontaine la Chapelle et de la fontaine chaude , dite la Royale , l’usage du lait le matin , et des bains tempérés de la fontaine de l’Entrée. La gonorrhée diminua , et étoit sur le point de cesser tout-à-fait.
Obs. CLXVJI. Un enfant de deux ans se couvrit par tout le corps de petits boutons et d’ulcères. La mère , infectée de la vé-
Süïl LES MALADIES CHRONIQUES. gu
tôle par son mari , avoit été traitée de deux bubons avec des tisanes sudorifiques et des bols mercuriels; Tune de ses mameîJes se tuméfia , et cette douleur , qu’on crut être laiteuse , se convertit en ulcère. On prescrivit à la mère et à l’enfant les eaux Bonnes , en boisson et en bain , avec des frictions et des bols mercuriels ; ils usèrent seulement des eaux et des bains , et furent, en apparence, guéris.
Obs. CLXJ^III. Un débauché étoit attaqué d’un bubon vénérien qui s’étoit ouvert , et suppuroit ; les remèdes mercuriels furent négligés. S’étant enivré trois fois dans trois jours , l’ulcère se dessécha, toutes les glandes du cou du meme côté devinrent prodigieusement enflées ; les parotides et l’intérieur de la bouche l’étoient tellement, que les gencives et le voile du palais avoient l’air d’etre putréfiés : l’usage des moyens ordinaires procura la suppuration de la bouche , et celle du bubon se rétablit sur le déclin de la fièvre; les eaux Bonnes. dissipèrent les ulcères de la bouche , le bubon , et le gonflement des glandes , et le malade parut se porter très-bien.
Obs. CLXJX. Un homme qui avoit eu trois gonorrhées virulentes, dont on l’avoit mal guéri , étoit attaqué de douleurs trèsi vives aux extrémités du corps , de dartres en plusieurs parties , et 1 d’une toux accompagnée de crachats purulens et de difficulté de ' respirer. Me doutant bien que tous ces accidens partoient d’une ; cause vénérienne, j’ordonnai la boisson et les bains des eaux : Bonnes , comme préparatoires : ce secours seul fit disparoître tous I les accidens et rétablit les forces du malade , de manière qu’il ne
■ voulut pas faire usage des mercuriels.
Obs. CLXX. Un homme débauché et mélancolique , infecté de : la vérole , avoit passé trois fois par les grands remèdes , qui avoient ete mal administres et sans effet ; les chancres et les bubons dont 1 il étoit atteint , furent suivis de deux exostoses ^ savoir , l’une auprès du sourcil gauche , et l’autre au sternum , avec ulcère , de Tœdématie du genou, des douleurs nocturnes très-yiolentes , de la 1 maigreur, de l’abattement des forces; enfin, avec une tumeur au : foie et à la rate , dure et indolente , et une diarrhée , avec fièvre.
' Tel étoit l’état du malade quand il arriva à Barèges. Je m’occu- I pai d’abord à rétablir les forces de l’estomac. Dès le cinquième ] jour même de la boisson des eaux de la source Chaude , il put 1 assez bien soutenir l’usage du lait mêlé avec ces eaux. Comme il
■ avoit toujours froid , je crus que les bains tièdes pourroient lui r être utiles ; leur usage augmenta la fièvre et l’insomnie : je ne ;■ passai point outre , et m’en tins à l’expectation. Les forces re- L vinrent un peu ; les exostoses et l’enflure du genou diminuèrent •
[ l’ulcère étoit en train de se cicatriser y les douleurs disparurent ij presque ; et depuis le huitième bain , je ne sentis plus la tumeur du j foie et de la rate. Les autres choses étoient d’ailleurs dans l’ancien état ; et comme l’hiver approchoit , on n’eut pas le temps d’employer le mercure.
Théor. ex. Que tout cela soit dit seulement comme des ffiits
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historiques; car nous ne pensons pas , ni ne voulons faire croire , que nos eaux guérissent les maux vénériens. Mais nous pouvons demander si Ton est sûr que tous les malades dont on vient de parler étoient atteints d’affections vénériennes, et si on n’auroit pas Kti même crainte quand même ils auroient été traités par les mercuriaux? Le mercure seroit-il le seul et unique remède contre ces affections? ou ces affections seroient-elles les seules ou ce minerai eût de l’efficacité? Il faut espérer xju’on déterminera mieux un jour le caractère particulier de la vérole , et l’étendue des propriétés du mercure. Cette maladie contagieuse , à sa manière , paroît pouvoir être comparée , quant à sa marclie , à une plaie ou un ulcère rongeant. Dans le premier temps , ou dans celui de l’irritation , elle s’étend insensiblement , d’une partie à l’autre : ensuite surviennent des tumeurs , des ulcères , certaines inflammations, bientôt enfin , toutes les parties , sans en excepter les os , se trouvent affectées , de manière que les deux derniers temps sont souvent confondus. Le principal siège de la vérole est le tissu^ cellulaire dans lequel elle s’étend , comme la carie dans les os : c’est la raison pour laquelle la nature , abandonnée a elle— meme , n a pas la faculté d’exciter la révolution critique, que favorise l’usage du mercure ; de là vient encore qu’on ne doit employer ce remède qu’avec beaucoup de circonspection ; car , dit Baillou , le mercure est une sorte de levier dont nous nous servons pour déraciner et emporter avec force les maladies. Nos eaux ne pourroient-elles pas procurer cette révolution , ou du moins seconcier beaucoup l’action du mercure qui l’opère? C’est ce que nous ne pouvons point décider. Au reste , nous observerons que nos eaux sont bonnes pour fondre les carnosités de la vessie et de l’urètre, ainsi que 1 expérience , d’accord avec l’analogie, l’a démontré.
Théor. CXI. On entend aujourd’hui par scorbut une maladie ou se rencontrent , en plus ou moins grand nombre, les symptômes suivans : des taclîes pourprées et livides , principalement aux extrémités inférieures , la rougeur , le gonflement et la mollesse des gencives , l’enflure du visage , un teint livide , des douleurs me— gulières dans les entrailles et dans les membres , la maigreur de tout le corps ou sa bouffissure , des hémorrhagies de toutes les cavités , la langueur des forces , l’engorgement des viscères , et un pouls fort déréglé ; de plus , les taches dégénèrent en ulcères ; l’anus et le nombril se resserrent fortement , l haleine est puante , les urines rouges, safranées , noires ou brunes. Cette maladie peut affecter toutes les parties ; souvent elle est produite par une autre mal jugée. Essayons d’en connoître les caractères extérieurs et la marche , en examinant l’état d’un organe qui en est atteint. Pie-nous polir exemple le foie et la rate* iout le monde convient que* ces viscères sont, dans les personnes mortes du scorbut , mous, gonflés et spongieux , qu’ils se pourrissent et se déchirent aisément. L’analogie peut indiquer la raison de ces cliangemens qui leur arrivent. Je me souviens d’avoir lu que Kerkringius ota d un die-val , mort après une course fatigante , le foie , qui se coi ionipitt fort vite. Riolan , au contraire , dit avoir gardé le foie d uni
homme , entier pendant plusieurs jours , et nie le fait avancé par Kerknngius L observation de Riolan ne peut être démentie par personne. Mais celle de Kerkringius mérite aussi qu’on la cro. e ; cat le foie du cheval dont d parle avoit été macéré et meurtri paies secousses de la course. Or, il est fort vraisemblable que tel est 1 état du toie et des autres viscères dans le scorbut , puisque les memes causes s y trouvent , que dans les chairs des animaux qu’on attendrit par la course , ou en les frappant , c’est-à-dire par des mouvemens ou des secousses violentes et désordonnées, qui rompent et détruisent la liaison naturelle des parties. C’est ce qui peut etre démontré par les raisons suivantes^ ^ ^
J’/ieor. CXII. Quand les douleurs hystériques sont passées dit Sydenham, les chairs ont tant de sensfcilité , qu’on îie peut les toucher ; on diroit qu’on les a meurtries à coups de verge. Une demoiselle , rapporte Bâillon , étoit couverte par tout le corps de P aques et pustules noires qui lui étoient survenues à la suite d’une chute de cheval qu elle ayoït faite à l’âge de dix-neuf ans. Lors de accident, el e avoit craché le sang. 11 est croyable que ces pus! tules etoient e fruit de quelque meurtrissure ou échvraose intérieure ; car elles se rencontrent quelquefois dans les dispositions vicieuses des viscères , comme le prouve l’exemple d’un rateleux dont parle Hippocrate , en qui il se fit une pareille éruption de pustules aux jambes. Voila une vive image de la cause immédiate vraie et essentielle du scorbut, qui mérite d’être réfléchie Personne n Ignore que ceux.qui sont atteints de cette maladie sont fon sujets a éprouver les accidens de l’ictérisme et de rhvpocoi.drkcie; toutes leurs parties et leurs organes .sont tiraillés amté
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meme que lem- tissu cellulaire; les lames de celui-ci s’enfrelaceur et se nouent de mille manières , de sorte que la mitrilion seh'sant mal, elles tombent dans l’affaissement. Telle est la source des echymoses et des callosités , qui se forment dans les , ms paijnchvmateuses des scorbutiques , par l’agitation perpétuelle ^ e desordre absolu des mouvemens de leurs fibres. Telfe es! auss la cause de la grande sensibilité de leurs narlip. .1
le preimer temps de la maladie. Dans le second teinps ''leT paT ties s affaissent, et les vaisseaux perdent leur f i ^
sort J il naît des engorgemeus dansi les endroits les ph s é'io' ' du cœur, surtout dans les cellules '^du tissu muqueux niens qui produisent des tumeurs de toute cspècl des , echymoses, des hémorrhagies , le gonflement des’., mollesse des viscères. Bienfot l’e mfl à so^ grej les humeurs s’épanchent daté toutes les cavités^ Te""" suppurent, s’ulcèrent , et deviennent gangreneux cTs! vT
temjrs que suit de près la mort,
nmux , mais qui est inévitable , jiarce qu’il Lt imnossiMe T fieyre qui accompagne cet état soit rendue critiqu!.^ " “
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corps. Pareil désordre qui règne dans les entrailles des scorÎ3ii« tiques, est démontré par les douleurs des jambes, qui leur sont très-familières , par la grande difficulté qu’on trouve quelquefois à les purger , à cause de leur extrême engourdissement , et de plus , par l’état des viscères , pareil à celui des gencives , qui sont dures dans un endroit et mollasses dans un autre, ou calleuses et flasques tout à la fois. La rétraction de l’ombilic dans le scorbut est due incontestablement au refoulement du diaphragme et du foie vers les parties supérieures , et celle de l’anus au refoulement du colon. Cette maladie a donc ses racines dans les viscères de l’abdomen. Elle diffère peu de la cachexie (que quelques-uns aujourd’hui seroient d’avis de nommer scorbut), qii’Arétée dit être le complément de tous les désordres ; il^ajoute que lee intestins j sont dans un resserrement continuel^ que ce qui la produit est un trop grand repos , ou l’oisiveté à laquelle on s’abandonne après des exercices ou des travaux pénibles j que la nutrition s’y faisant iinparfaitement , le sang qui s’engendre n’a ni la couleur ni la consistance convenable , et qu’enfin l’estomac n’est pas exempt du vice qui attaque les ‘autres parties.
'Fhéor. CXIF. Il n’est pas douteux que le sang souffre divers changemens dans le scorbut • mais c’est par l’observation qu’on doit s’instruire de ces changemens , et on ne doit ni les imaginer ou les deviner, pour ainsi dire , ni les embrouiller par mille détails inutiles. Le sang des scorbutiques est , pour l’ordinaire , sans mucosité ; ce qui a fait dire qu’il étoit dissout. Dans cet état il est sans force , sans vertu et sans âme , si on peut le dire , parce qu’il manque de cette espèce de glu qui sert à lier ses parties, et à leur donner une bonne consistance. Le défaut de mucosité vient , ou de ce que l’estomac fait mal ses fonctions , ou parce que le suc nourricier n’est pas pompé par les veines lactées , ou bien enfin parce que la matière de la transpiration , qui est retenue dans le sang , empêche l’élaboration *de ce suc et sa distribution. Il arriye donc au sang, dans le scorbut, ce qui lui arrive dans le marasme : de plus , le désordre qui règne dans tous les mouvemens , et la rétention des humeurs excrémentielles, font que ses parties intégrantes se trouvent fort confondues, comme l’est , par exemple , du vin avec sa lie, quand on agite le tonneau. Les plus sages partisans de l’opinion qui admet des changemens spontanés dans les humeurs , avouent que la nature et l’origine du scorbut , et sa manière d’agir dans le corps , sont entièrement inconnues. On n’entend donc pas trop ce que veulent dire ceux qui conseillent dé tempérer l’acrimonie générale et particulière de cette maladie {^teniperanda acrimonia in genere et specie)) mais ne seroit-il pas possible de fixer les idées sur le caractère du scorbut , et de dire à quelle maladie il convient de donner ce nom? Il est singnlier que plusieurs croient la voir dans presque toutes les maladies chroniques , tandis que d’autres nient même son existence. Au | reste , celui qui prend pour le scorbut toutes les affections qui se , guérissent par les anti-scorbutiques^ doit aussi regarder sur le
pied de dysseiiteries les maladies que ripécacuanlia guérit toits les jours , etc.
Théor . CXV . A Tëgard du traitement du scorbut , rutilité qu’on y retire des anti-scorbutiques végétaux , donnés tels que la nature les fournit , ne vient-elle pas de ce qu’ils contiennent un suc alimenteux ou muqueux , joint à un principe alcalin , lequel ouvre les voies du chyle et répare et ranime les vaisseaux alFoi- Llis? Nous savons qu’Iioffman recommande beaucoup Fusage de certaines eaux minérales dans le scorbut meme confirmé. Les nôtres , données dans le premier temps , pourroient peut-être arrêter ses progrès , ou lui faire prendre une meilleure tournure; mais il seroit à craindre que leur usage , dans le second ou le troisième temps , ne causât le déchirement de quelque viscère , qui paroît presque inséparable dans cette maladie , de l’effort critique. Ainsi j’ai vu trois scorbutiques à qui les eaux de Bagnères , les Bonnes, et celles de Barèges donnèrent la mort. Nous étions donc fondés à nietti e le scoibut au rang des affections douteuses, tant par rapport à sa nature et à son diagnostic , qu’à cause de sa curation. On peut juger maintenant si on a eu raison d’etendre ou d’appliquer cette maladie , a tous les cas , comme Bontekoé , par exemple , l’a fait. Un telle prétention donneroit à entendre que toutes les maladies sont inconnues. Enfin , la vraie maniéré de connoître le scorbut, c’est de s’appliquer à bien déterminer le genre et les phénomènes de toutes les autres affections i tout ce qu on remarquera de plus ensuite , pourra appartenir de droit au scorbut. {Vojez des ^^^^^^ï'qu.es intei essantes sur le scorbut, dans \qs Ixc cherche s sur l histoire de la médecine. On y trouve une singulière prédiction de Malebianche, qui a éclairé le public sur le scorbut, devenu plus rare depuis la publication de cet ouvrage.)
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