CINQUIÈME PARTIE
L'action ou l’effet de nos eanx ; leur manière d’agir , qu’on ne compare pas ici à celle des antres remèdes. Nous avons des eaux touiques , purgatives, relâchantes, béchiques , apéritives , diurétiques, stomachiques. Les changeraens qu’elles opèrent sur les personnes en santé , sur les valétudinaires. Ce qu’on doit entendre par vertu tonique ou relâchante. Ce que c’est que donner du ton et procurer du relâchement au corps vivant. La manière dont les fibres peuvent être relâchées et resserrées. L’action des eaux sur les liqueurs. Ce que c’est que la division du sang, son épaississement, sa fluidité. Plusieurs expériences ou mélanges d’eau minérale avec des liqueurs animales. Ce qu’il faut conclure de ces diverses expériences trop multipliées. Préflexions sur l’essence et les propriétés essentielles de la vie, sur la fibre animale, principe de tout mouvement et de tout sentiment dans le corps. Un seul nerf sensible, mobile, actif, par sa constitution primitive ou élémentaire, constitue l’animal, et fait l’homme par l’union de l’âme : les chairs , les vaisseaux , les os ne sont pas , absolument parlant, de l’essence de l’animal. Le premier nerf ou la première fibre mobile, sensible, animée, est égale dans tous les individus. Elle y a les mêmes facultés. Ses forces s’exercent plus ou moins aisément , à cause du tissu muqueux , qui gêne plus ou moins , ou qui contient les forces actives et sensibles , ainsi que les objets des sensations. Nos lumières sont très-bornées sur tous ces objets.
Le peu de valeur des expériences , même sur des animaux vivans , pour juger de la sensibilité et de la mobilité de la fibre animale. L’action des bains. Il est douteux que l’eau des bains entre dans le sang aussi abondamment qu’on le croit, et pour y produire les effets sur lesquels on insiste tant. Quelques problèmes sur nos eaux. Conclusion. Ce qui a été dit jusqu’ici peut servir comme un essai qui exige des détails ultérieurs.
Les diverses maladies , leur marche et le traitement ont un côté par lequel ils se ressemblent parfaitement. En effet, toute maladie est un travail dont le terme est une excrétion critique quand la guérison s’ensuit. Ce principe ou notion fondamentale de l’art de guérir, doit être méditée sans cesse; autrement elle auroit le sort des meilleures choses qui, pour être trop isolées, ne procurent que de foibles avantages. La plus sure manière de connoître un médicament , c’est-à-dire ses usages , son application et ses effets, c’est d’observer les phénomènes qu’il produit , de voir la liaison qu’ont ces phénomènes entr*e eux, et de les comparer. Cette voie est celle que nous allons suivre dans l’examen de l’action de nos eaux ; action que nous réduisons ici à favoriser ou à empêcher les excrétions morbifiques ou les crises. Peut-être par- j viendrons-nous ainsi à établir des règles assez positives pour mériter d’être approuvées par les connoisseurs.
Théor. CXKJ, Il faut remarquer d’abord que je ne dois m’occuper que de nos eaux , de celles d’Aquitaine , suivant l’ordre de mon sujet. Je laisse à d’autres le soin d’examiner si chez l’étranger , ou dans les autres provinces de la France , il se trouvé des sources minérales qui aient les mêmes propriétés ; si l’eau de pluie ou de fontaine, froide ou chaude, pure ou diversement mixtionnée , pourroit produire les mêmes efîets que nos eaux minérales et autres; s’il n’est point, dans notre art , d’autres moyens j capables d’opérer les guérisons que nous avons rapj^ortées dans j
le cours de cet ouvrage ; et si enfin , pour fonder une méthode « plus étendue et plus certaine touchant l’usage de nos eaux, il ne conviendroit pas de comparer plus exactement que je n’ai encore pu le faire, les bons eliets , avec les mauvais qu’elles produisent.
Tous ces objets , et certains j)roblèmes qui en découlent , n’entrent point dans mon plan , quant à présent. Je n’ai d’autre dessein que de déterminer la manière d’agir des eaux de notre pays , et d’indiquer les précautions et les préparations que leur usage exige.
Théor. CXVII. Il est démontré par un grand nombre d’observations , que les eaux de Bagnères sont beaucoup plus purgatives que celles de Cauteret et les chaudes , et que celles-ci le sont un peu plus que les Bonnes et celles de Barèges , qui constipent quelquefois (i). Toutes j)ossèdent une vertu diurétique, laquelle est supérieure dans les eaux de Bagnères, et moindre dans les eaux Bonnes et celles de Barèges, que dans celles de Cauteret et Chaudes. Les eaux de Barèges donnent beaucoup d’activité au pouls , font suer plus ou moins , et causent quelquefois des insomnies : les eaux Bonnes produisent à peu près les mêmes effets : les eaux de Bagnères excitent des secousses de tout le corps , même dans les gens robustes : elles appesantissent la tête , mais moins que celles de Cauteret et les chaudes ; les eaux chaudes surtout portent au cerveau , et il est certain qu’elles enivrent plus souvent que toutes les autres ; enfin , toutes ces eaux réveillent l’appétit et facilitent l’exercice des fonctions du corps : du reste , elles ne I font point vomir, à moins qu’on ne s’y trouve bien disposé. Tels I sont les effets de nos eaux minérales en général , dans l’état de I santé parfaite ; car il arrive souvent que , prises en petite quantité, en boisson ou en bain , par ceux qui se portent bien , elles opèrent à peine quelque effet sensible. Enfin , les effets du café pourroient , à quelques égards , se comparer avec ceux de nos eaux , hormis celles de Bagnères.
Théor. CXVUI. Quand on observe attentivement les effets que produisent nos eaux dans les personnes valétudinaires , ou qui ont quelque organe foible, débilité, dérangé, on peut s’instruire de bien des choses relativement à leur usage. Les eaux de , Bagnères rendent la respiration laborieuse dans ceux qui ont la s poitrine délicate ou une disposition au catarrhe , soit prochaine ,
I soit éloignée ; elles leur causent un serrement de cette partie , qui ï est plus ou moins marquée Les autres eaux , au contraire , ouvrent I et dégagent la poitrine ; propriété qui est un peu moins énergique dans les eaux chaudes et de Bauteret , que dans celles de Barèges et les Bonnes. Ces dernières ont quelque chose de b^diique , et procurent souvent l’expectoration ; elles ont cet avantage principalement sur celles de Bagnères , qui n’occasionnent qu’un crachottement , en irritant les entrailles. Les personnes bilieuses , ou qui sont attaquées de légères jaunisses , trouvent un soulagement assez prompt dans les eaux de Bagnères ; les eaux de Cauteret et les ! chaudes l’emportent, à cet égard, sur celles de Barèges et les I Bonnes. Ceux qui ont quelque difficulté d’uriner , retirent plus d’avantage, au moins dans les premiers jours, des eaux de Bagnères que de celles de Cauteret et des chaudes , et de celles-ci , plus que
(i) Les eaux de Saint-Sauveur sont intermédiaires à celles de Barèges et celles de Cauteret.
gi6 RECHERCHES
des eaux Bonnes et de celles de Barèges. Ces deux dernières portent à la sueur, mieux que celles de Cauteret et les chaudes. Les eaux de Bagnères , au contraire , sont sujettes à supprimer les excrétions de la peau. Ces memes eaux soulagent dans les constipations du ventre plus sûrement que les autres , au moins pendant un temps J elles diminuent aussi plus promptement les chaleurs et les rougeurs du visage et de la poitrine qu’éprouvent souvent les personnes afïïigées de vapeurs ; mais dans la suite elles peuvent augmenter ces accidens. Les eaux de Barèges, au contraire, les augmentent au commencement , et elles les apaisent dans la suite du traitement. Ces divers effets peuvent facilement s’expliquer par ce qui a été dit et par ce que nous dirons dans la suite.
Théor. CXIX. Les eaux de Bagnères ont quelque chose de styptique , de terreux et d’austère , qui leur fait produire la sécheresse de la langue et une sorte de serrement dans le gosier. Les eaux de Barèges ont une saveur douce et onctueuse , comme est celle du sang , ou , selon quelques-uns , comme celle d’un morceau de sucre qui seroit imprégné de quelque acide fort léger : elles excitent des nausées quand on en avale ou qu’on les flaire fortement. Les eaux Bonnes ont assez le goût du petit-lait y elles sont beaucoup moins stjptiques que celles de Bagnères : leur odeur , de même que celle des eaux de Barèges , ressemble à celle de la vase ou du foie de soufre , de la poudre à canon ou d’un œuf durci au feu. Les eaux de Cauteret et les eaux chaudes irritent davantage le gosier, et paroissent avoir plus de styq^ticilé que celles ce Barèges et les Bonnes : l’odeur de ces eaux est d’ailleurs la même. A l’égard des notions fournies par le tact , les eaux de Bagnères impriment une certaine rudesse à la peau , ce que les autres eaux minérales ne font pas plus que de l’eau ordinaire : on diroit que la chaleur des premières a une sorte de siccité. Enfin, les sueurs qu’elles causent ressemblent assez à celle que produit la course. Au coiiiraire , les eaux de Barèges et les autres excitent une sueur douce , souvent semblable à une slieur critique salutaire. Est-il donc ci'oyable que les eaux de Barèges , les eaux Bonnes , les eaux chaudes et celles de Cauteret , sont grasses et gluantes , telles , par exemple , qu’un léger mélange de savon *!avec de l’eau , et que les eaux de Bagnères sont apres , maigres et dépourvues d’onctuosités? J’ai été autrefois dans ce sentiment , que je révoquai depuis en doute, fond§ sur plusieurs expériences qui m’ont appris qu’on pouvoit se méprendre en attribuant à une qualité grasse des eaux ce qui n’est que l’effet de leur chaleur. Ainsi l’eau commune même, poit chaude ou tiède , paroît au doigt avoir l’onctuosité des eaux de Barèges et des autres. De plus, les eaux Bonnes, les eaux chaudes, celles de Cauteret et de Barèges, déposent au fond des vases une matière glaireuse , ou autre de cette nature , qui peut , en quelque manière , s’attacher aux doigts ; au lieu que celles de Bagnères déposent une terre âpre et sèche , en forme découches de sable; de sorte qu’on pourroit distinguer nos eaux minérales en sèches et en onctueuses.
Théor. CXX. Je vais transcrire ici quelques instructions pratiques que i’ai déjà consignées ailleurs ; mais je les présente aujourd’hui avec d’autant plus de confiance , qu’elles sont en partie le résultat des expériences de médecins très-versés dans l’administration de nos eaux , et recueillies d’auteurs qui ont écrit sur cette matière , et en partie le fruit de mes propres observations. Heureux si , parmi celles qui m’appartiennent , il s’en trouve quelqu’une qui soit avouée par les maîtres de l’art , et qui puisse être lin témoignage digne de l’hommage que je rends à ma patrie ! 1°. les eaux de Bagnères sont diurétiques , purgatives et toniques ; 2®. les eaux Bonnes sont béchiques ; celles de Barèges diapliorétiques , et toutes les deux ^ont relâchantes ; 3®. les eaux de Cauteret et les eaux chaudes tiennent le milieu entre celles de Bagnères ^ les Bonnes et celles de Barèges ; elles sont surtout stomacales. Mais pour donner à ces notions plus de solidité , et ne point insister trop long-temps sur des mots , tâchons d’expliquer avec clarté , et sans préoccupation, ce que c’est que tonique et relâchant par rapport au corps vivant.
Théor. CXXI. On dit qu’une partie musculaire , ou tout autre organe, a recouvré son ton lorsque , de mous ou de flasques qu’ils étoient ^ ils sonf devenus durs et vigoureux ; et si des parties acquièrent de la flexibilité , de la facilité à exercer leurs mouvemens , étant auj)aravant sèches , dures et tendues , 011 dit dans ce cas qu’elles ont repris leur laxité. Mais comment ces changemens s’opèrent-ils? Rendre le ton à une partie , c’est augmenter ou ranimer l’action de ses vaisseaux et de ses fibres , et c’est la débarrasser d’un superflu de sérosité qui l’empâte. Le relâchement consiste à écarter des fibres trop rapprochées , et à rétablir de cette manière l’harmonie dans les mouvemens d’un organe ou dans ses fibres et dans ses vaisseaux : en un mot , tendre ou relâcher une partie , c’est lui rendre son état naturel qu’elle a perdu , et qu’elle peut recouvrer par le moyen des secours de l’art ; car on voudroit en vain donner aux fibres des vieillards , extrêmement sèches , la souplesse qu’elles ont dans l’enfance , et il est pareillement impossible de rendre les organes des enfans semblables à ceux des vieillards. Ces notions , simples et faciles à saisir , suffiront pour évaluer ce que bien des médecins ont écrit sur l’action des fibres , sur leur ton ou leur relâchement, considérés comme causes des maladies.
Théor. ex XII. Les médicamens peuvent sans doute rendre à la fibre première ou élémentaire , son ton ou sa laxité ; mais il ne faut pas croire qu’ils produisent pour cela quelque changement dans le volume ni dans la structure ou la constitution de cette fibre. La contraction ou le relâchement opèrent seulement des changemens dans les mouvemens des fibres , mais leur nature constitutive reste toujours la même : autrement les élémens qui les composent ne seroient point immuables. Une fibre peut donc exercer son action avec trop ou trop peu d’énergie , sans qu’elle soit lésée dans sa forme essentielle. De plus, les médicamens n’agisseiit
point sur les fibres premières; ils agissent seulement sur les composées , et sans lesquelles il est croyable qu’ils ne produiroient aucun eiïet. On pourroit nous objecter que l’application de l’esprit-de-yin rend les fibres calleuses : cela est vrai ; mais il y a bien de la différence entre cette callosité et un excès de tension des fibres. Une callosité parfaite , telle qu’est l’escarre procurée par 1 esprit-de-vin dans les plaies , ressemble à du blanc d’œuf cuit , qui a perdu sa nature première : c’est un vrai corps étranger. Au reste , il est certain c|ue le trop ou le trop peu de sérosité et de mucosité C|iii baigne les parties animales , peut fomenter leur relâchement ou leur rigidité ; mais le ton et le relâchement , tels que nous les avons définis plus haut , ne reconnoissêntpas toujours ces causes. (/^ oyez la sixième Partie.)
'Théor. CX-JlII I . Les eaux de Bagnères fortifient les parties, en leur rendant le degré de force qu’elles doivent naturellement avoir : celles de Earèges les relâchent , en leur rendant aussi la mesure de leurs forces naturelles : ainsi l’objet final du ton et du relâchement, est le même. Il est sans doute croyable que 1 effet des eaux , prises intérieurement, est plus considérable dans les premières voies , et qu’elles agissent ensuite sur les autres parties , çomnie les causes des maladies sympathiques y agissent, en irritant 1 estomac et les intestins par leur poids , leur volume, leur chaleur , et par leurs sels : ainsi la sensation particulière que causent les eaux de Bagnères dans les entrailles , fait qu’elles purgent pour l’ordinaire au commencement de leur usage , leur manière a agir est donc de déterminer les mouvernens de la circonférence au centre , et la pente des humeurs du corps vers les intestins : or ces qualités peuvent les rendre contraires dans nien des maladies. Les eaux de Barèges , et les autres, purgent rarement ; aussi ne produisent-elles qu’une commotion douce et légère , laquelle se dirige du centre du corjis à sa circonférence, et suscite la fièvre. Les eaux de Bagnères produisent aussi quelquefois ces effets. Ces dernières dissipent quelquefois les œdèmes et les bouffissures de la peau , et elles rétablissent son élasticité , en ce que l’action vive qu’elles produisent, s’étend jusqu’aux parties les plus éloignées. Aussi- par la fièvre que les eaux de Barèges excitent, les plus petites fibres sont dégourdies ou ébranlées , l’équilibre de leurs oscillations renaît, et enfin les. parties contractées se relâchent, pourvu qu’elles ne soient pas affectées dune callosité bien formée 5 car dans ce cas, les eaux les font suppurer ou résoudre ; mais la résolution est souvent l’ouvrage du relâchement. On peut expliquer par là comment les eaux de Barèges rouvrent les cicatrices , ou eu procurent la formation. Ces effets qu’elles produisent sont dus à l’agitation qu’elles causent dans toute la masse cellulaire elles font
naître une pléthore d dont elles diri^rent , comme il
, au moyen de laquelle U suc nourricier, et une fièvre a été dit (Partie IIB ) , le travail
rigent ,
excrétoire. Au contraire les eaux de Bagnères , qui ébranlent viveinent les organes , et purgent fortement, évacuent une grande
quantité de suc nourricier , d’où vient qu’elles sont peu propres à favoriser Touvrage des cicatrices : elles les procurent pour» tant quelquefois accidentellement , en évacuant les sérosités dont l’organe cellulaire regorge. Ces- memes eaux, par l’impression forte qu’elles font sur les organes des premières voies , irritent la poitrine , et l’affectent. Les eaux de Caiiteret , et les eaux chaudes affectent la tête , par l’agacement qu’elles causent sur les nerfs de l’estomac et des intestins , et en excitant la fièvre , comme les eaux de Barèges. Les eaux Bonnes tiennent le milieu entre toutes les autres : elles sont hécliiques , et elles produisent d’autres effets résultans de leur action particulière sur les nerfs gastriques, et autres, et sur chaque organe^ car chaque métücament a sa manière propre et particulière d’opérer. ( J^oj. la VB Partie.)
Théor. CXXIJ^. Parlons du passage cfes eaux dans le sang , par les vaisseaux lactés , et de leur action sur cette liqueur. Tout le monde sait que les buveurs d’eau urinent beaucoup. Pour moi , en comparant la somme de l’urine avec celle de nos eaux qu’on i avoit bues , j’ai trouvé que la première étoit quelquefois plus abondante , mais qu’ordinairement leur quantité étoit assez égale à celle des eaux, et rarement moindre, à moins que des sueurs, un flux de ventre, ou une salivation, ne fussent survenues, i W illis , et plusieurs autres médecins ajirès lui, ont douté, avec ! raison, que toute la matière des urines parcourut les voies ordinaires de la circulation. En effet, le peu de temps qu’elles met~ : tent à se rendre dans la vessie, donne lieu de croire qu’elles y parviennent par une voie plus courte, c’est-à-dire en passant au travers des intestins et du tissu cellulaire des autres viscères, sous la forme de vapeurs. L’on pourroit aussi fortement douter [ si de l’eau minérale que l’on boit , en se mêlant au sang , y charrie \ les sels dont elle est imprégnée ^ car la couleur noire, ou autre, j qn’ont les excrémens des personnes qui boivent des eaux miné- ! raies', fait soupçonner qu’elles se digèrent, se dissolvent, ou se décomposent dans les organes des premières voies , et qu’il n’y a que l’eau pure qui passe dans les veines lactées. Mais quand il sei roit vrai que les sels des eaux passent avec elles dans le sang , il l faudrait toujours convenir que les effets qu’elles produisent ne peuvent pas appartenir à ces sels marin , de glauber , ou terreux ,
? qu’elles contiennent; car la quantité en est si petite, particu- ■ îièrement dans nos eaux, qu’une boisson de quatre jours n’en I fournit pas autant qu’on en prend dans un seul repas. Il faut donc I reconnoitre dans nqs eaux thermales un esprit ou un gaz (quelle 1 chose que ce soit) , lequel réveille les organes et se mêle au sang , il non en suivant les routes longues et tortueuses de la circulation ,
I mais en passant au travers des pores des parties, et par les mêines voies que les topiques purgatifs , par exemple, appliqués sur le creux de l’estomac, opèrent leurs effets. Quoi qu’il en soit , un médecin doit faire beaucoup d’attention aux chaogemens que les I urines éprouvent pendant l’usage des eaux , soit au commence-
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ment ou à la fin de cet usage , soit le matin ou le soir de chaque jour : ainsi les urines qu’on rend sur la fin et pendant les septénaires du traitement , de meme qu’à la fin de chaque jour, sont rénales-cri tiques , et chargées de la matière des résolutions qui se sont opérées. Il faut aussi avoir égard à l’état des excrémens du yentre , pendant l’usage des eaux ; car cet objet fournirait sans doute quelques instructions.
Théor. CXXV. L’ eau, dit-on, est d’un prix inestimable; les eaux minérales surtout lavent le sang , se délayent et le dépouillent de ses sels. Voilà le langage que l’on entend tenir par tout le monde. Il est aussi généralement convenu que l’eau divise le sang, qu’elle lui fournit un véhicule,' et qu’elle le rend d’autant plus fluide et coulant , qu’il est plus grossier , plus sec et plus propre à former des obstructions. L’on soutient même que certaines eaux ont une vertu atténuante , au moyen de laquelle elles brisent les humeurs gluantes et stagnantes, et les font circuler, d’oii l’on a donné à ces eaux le nom de fondantes et d’apéritives. Mais arrêtons-nous d’abord à examiner la valeur des termes. Qu’est-ce que c’est qu’une humeur épaisse ou divisée? Qu’entend -on par épaissir ou diviser une humeur dans le corps vivant? Prenons l’eau pour exemple. Quel est le chimiste qui prétendroit que l’eau ou ses parties intégrantes peuvent être épaissies ou divisées sans être détruites? C’est une vérité certaine que les particules aliquotes des mixtes , eu leurs premières parties intégrantes , conservent toujours leur nature et ne changent point, à moins que les mixtes eux-mêmes ne soient détruits ou corrompus : par conséquent, ou ne peut pas épaissir , ou diviser les particules premières de l’eau. En vain s’appuyeroit-on de l’exemple de la glace , qui n’est qu’une agrégation des gouttes d’eau , produites par le repos , et non un véritable épaississement. Or comment voudroit-on que nos humeurs , que l’on peut comparer en tout sens au blanc d’œuf qui a été épaissi par le feu , pussent se diviser ou s’épaissir? Le blanc d’œuf qui a ésé épaissi par le feu , a perdu dès lors sa nature , et il ne saurait pins la récouvrer. Pareillement quand la lymphe , le mucus , et ies autres parties intégrantes du sang se sont épaissies , comme cela arrive quelquefois , on ne peut plus leur donner leur première forme. Pour le dire en un mot , le sang a dans tous les animaux , une telle masse j une telle consistance , et un tel lieu, que l’épaississement ne peut les lui ôter sans le corrompre , sans le détruire. ( Voj\ sa vraie composition , VE Partie.)
Théor. CXX 'XI . C’est une chose très-certaine ,qne les humeurs du corps , qui forment en partie les idiosyncrasies, ont une masse déterminée , et d’autres caractères particuliers , dans chaque indi-vidu. C’est ce que démontre l’exemple du lait. Si donc les humeurs du corps vivant peuvent être dépouillées de leur sérosité , cette expoliation dont elles sont susceptibles , doit avoir des bornes , comme ia surabondance de cette même sérosité dont elles se chargent , doit en avoir aussi. Or on ne connoît pas plus ces bornes, qu’on ne connoit la cause de l’union des parties des humeurs entre elles.
Un Liane J’œiif diffère certainement d’un autre : mais pour cela on ne peut pas dire que l’im soit épaissi , et l’autre divisé , à moins qu’on ne détruise leur constitution naturelle. Le sang encore, comme le vin de chaque cep , a ses différences particulières dans chaque etre vivant , quoiqu’il soit de meme nature dans tous ; mais le sang que l’on a dépouillé seulement jusqu’à un certain point de sa sérosité , n’est pas pour cela un sang épais et divisé. Peut-on même croire que ses globules , quand ils nagent dans beaucoup de lymphe , circulent mieux que quand ils nagent dans une moindre quantité ? Non. De plus le sang ne peut pas etre comparé , ni à l’esprit-de-vin , ni à aucun sel : ceux-ci s’étendent et se divisent de jalus en plus dans l’eau, jusqu’à ce qu’ils SJ détruisent, mais le sang ne paroit pas aussi miscible à l’eau, que le sont ces substances. Enfin une quantité surabondante de sérosité dans le sang, y produit la pléthore, mais ne l’atténue pas : il n’est atténué que quand il a perdu une portion essentielle de sa sérosité , et alors il contracte un vice irréparable.
T'héor . CXXF^JI. Reprenons la comparaison du sang avec le lait et le blanc d’œuf. Les chimiftes savent que le lait ne se dissout pas parfaitement dans l’eau ; or pourquoi le sang n’y seroit-il pas egalement insoluble? Il est encore certain que le lait et le blanc d’œuf qui ont été épaissis par le mélange d’un acide , ou autrement , ont perdu leur nature : de plus comme le trop grand repos convertit l’eau en glace, il donne également lieu à l épaississement du sang , et à sa destruction. Cette même destruction du sang est aussi occasionnée par un excès , ou un manque de chaleur suilisante. Il est donc besoin* d’un degré de mouvement et de chaleur déterminés , pour entretenir la constitution naturelle du sang qu il peut perdre facilement. Le sang qui est sur le point de s’organiser , n’auroit-il pas dès lors quelque chose de vivant? Enfin si le sang contient quelque humeur étrangère , troj) de sérosité , de bile, de mucosité , ou de l’urine, on doit 1 évacuer : du reste ces mélanges ne changent point sa constitution naturelle, ou s’ils la changent, ils la détruisent ; ils forment des cachexies particulières. la VD Partie.)
Theor. eXXT^ III. Je serois trop long , si je voulois rapporter ici toutes les expériences que j’ai faites sur nos eaux , en les mêlant aux diverses liqueurs animales, i®. Les eaux de Bagnères mêlées avec le lait , étant froides ou chaudes , telles qu’on les trouve à la source , ne le changent presque pas ; mais si l’on fait bouillir le mélange , alors le lait se coagule, et le sérum s’en sépare. A 1 égard des eaux de Barèges, et des autres, qu’elles soient froides ou chaudes , à tel degré qu’on voudra , elles n’altèrent pas plus le lait , que ne 1 altère 1 eau commune. Si l’on mêle du sang nouvellement tiré des veines , avec les eaux de Bagnères , il paroît former un coagulum. 2°. Quant aux autres eaux Bonnes , Barèges , etc. , au lieu de le coaguler, elles semblent le rendre plus coulant, que ne le fait l’eau commune tiède ; le sang qu’on fait bouillir lavée les eaux de Bagnères , se concret, de fnême que dans l’eau
ordinaire j ce qui n’arrive pas toujours avec les eaux de Barèges , et les autres. 3*^. Le blanc d’œuf n’éprouve presque pas de changement dans nos eaux, à moins qu’elles ne soient bouillantes; dans ce cas , elles le durcissent , comme le durciroit l’eau commune. 4*^' L’eau de Bagnëres ne dissout pas parfaitement le savon , comme le fait l’eau de certains puits par l’intermède d’un sel acide : les eaux Bonnes le dissolvent, ainsi que les autres , comme l’eau de pluie le dissout , elles dissolvent même la bile. 5°. Il paroît que le pus et les crachats se dissolvent moins bien dans les eaux de Bagnères , que dans celles de Barèges, les Bonnes , etc.. Dans les premières, comme dans l’eau commune, une partie du pus se mêle à l’eau et la trouble , l’autre partie se concret et surnage , ou tombe au fond en forme de glaires. 6'’. Un mélange de lait , d’œuf et de sucre , (mélange qui ressemble peut-être à la masse de sang ) que l’on fait cuire au bain-marie avec les eaux de Barèges ou les Bonnes, se prend de même qu’avec l’eau ordinaire. Le coagiiluin paroît plus grumelé, moins également lié , avec les eaux de Bagnères. 7". L’usage des eaux de Bagnères teint ordinairement les matières fécales en noir ; celles de Barèges , et les autres , les noircissent moins , et elles les teignent souvent en brun , ou en bleu d’ardoise. 8". Des lambeaux de chairs squirrheuses , macérés ou cuits dans nos eaux , n’y soiippas plus changés que dans l’eau commune. 9°. Nos eaux cuisent la viande comme l’eau ordinaire; celles de Bagnères la durcissent un peu , et l’on sait que le pain qu’on en fait , ne fermente pas convenablement. io“. Des animaux de différente espèce , grenouilles , poissons , vers ^ plongés vivans dans nos eaux , se durcissent dans toutes comme dans l’eau commune chaude , et ils y meurent en s’allongeant plus ou moins; les eaux de Bagnères m’ont paru les durcir un peu plus que les autres. 1 1°. Les viandes se pourrissent dans toutes nos eaux , presque comme dans l’eau ordinaire.
Th éor. CXXIX. Que doit-on inférer de toutes ces expériences? Par la première et la seconde, il paroît que les eaux de Bagnères ne coagulent le sang qu’au moyen de l’ébullition ; or un degré de chaleur à celui de l’eau bouillante, n’existe pas dans le corps vivant. J’ai d’ailleurs des faits qui combattent directement ceux dont je parle. Ayant fait plonger le bras d’un malade , pendant qu’on le saignoit , dans l’eau de Barèges, le sang y devint couenneux , comme dans l’eau commune , ou dans celles de Bagnères ; de manière que dans ces sortes d’expériences il faut faire attention à la quantité de suc muqueux que le sang contient ; car j’ai vu. une fois que le sang d’un pleurétique qu’on avoit dépouillé de ce suc , ne s’épaississoit point par l’ébullition. Les autres faits que j’ai rapportés, ne peuvent guères s’appliquer au corps vivant. J’ai injecté de l’eau minérale dans les vaisseaux d'animaux vivans : je mêlois alternativement goutte à goutte le sang avec l’eau , et l’eau avec le sang. Toutes ces épreuves m’ont peu instruit , ou pour mieux dire , le catalogue des expériences qui ne prouvent rien j n’a été que trop grossi.
Süîl LES MALADIES CHRONIQUES. 923
Tliéor. CXXX. Ces expériences , je le répète ne peuvent nullement s’appliquer au corps vivant. C’est ce que va prouver une tragique observation. J’avois écrit autrefois que les eaux de Bagnères, mélées avec le sang , pouvoient le coaguler. Un charlatan depuis , traitant une malheureuse fille d’un saignement de nez auquel elle était fort sujette, eut recours à mon expérience , et la répéta devant elle , en lui disant : « Voilà comme les eaux de Ba- » gnères calmeront votre sang bouillant et fougueux. » Lui ayanten conséquence fait prendre les eaux pour guérir son hémorrhagie , dont la cause étoit le strictinn placé dans les viscères de l’abdomen , la malade, que je vis sur la fin de sa maladie , tomba bientôt dans la marasme et la consomption pulmonaire , et mourut. J’avois pourtant expressément observé dans le même endroit , qu’on devoit s’abstenir des eaux de Bagnères dans les affections de poitrine , et dans toute disposition au marasme. Il y a donc , touchant ces sortes d’expériences, bien des précautions qu’un homme de probité et éclairé doit prendre. La conséquence qu’on peut tirer de tout ce que j’ai dit , est qu’il est bien difficile de déterminer la manière dont les eaux agissent sur les humeurs ; de sorte qu’il y a tout au moins à retrancher de ces maximes, et autres semblables , dont tant de gens se repaissent gratuitement : « les eaux dé- » layent le sang , elles augmentent sa fluidité, elles atténuent la I » lymphe épaissie , elles humectent, désobstruent, et fondent les » sels , et les entraînent par les urines , etc. )> Il s’en faut de beaucoup que tout cela soit démontré. Cependant j’ai vu que ces idées , pures possibilités physiques , sont fort en vogue dans les provinces , mais surtout dans les sources d’eaux minérales ; car la capitale , qui est le centre de toutes les sciences , ressemble à la mer qui jette sur ses bords les superfluités. J’ai vu encore avec peine , que ces apophtegmes , aussi usés et froids que vides de sens et de fondement , étaient trop en vogue dans nos sources. « Le sang » est -il raréfié? il faut le condenser : est-il condensé? on doit » l’atténuer... » Car je regarde l’attrition du sang, la division mécanique de ses globules , ses diverses espèces, d’acrimonies , et son effervescence prétendue , comme des choses imaginaires , en attendant que de vrais chimistes, juges compétens en cette matière , nous apprennent quel fond on doit faire sur ces idées, ou pour mieux dire, en attendant qu’ils substituent des vérités à toutes ces rêveries puériles. ( F^oj. VU Partie. )
Théor. CXXXT. C’est donc principalement à observer les divers moLivemens du corps , qu’il faut que le médecin s’applique. Mais puisque chaque homme a le droit de dire ce qu’il pense dans presque toute les choses qui sont du ressort de son entendement , voyons ultérieurement ce que c’est que la vie et ses causes , ce qui servira à appuyer ce que j’ai avancé dans plusieurs endroits de cet ouvrage. Le genre nerveux peut être comparé à un insecte ; ses rameaux sont comme autant de pédicules ou de racines , de bras ou de pâtes. Il constitue l’essence de l’homme , de concert j avec l’âme qui l’anime ; car les os , le tissu cellulaire , et les autres
organes, appartiennent à peine à V animalité ^ et ils sont aussi etrangers à Thomme , que l’est à une plante la terre sur laquelle elle est appuyée , et à une vigne l’échalas qui la soutient. Les os , et d’autres parties , ne sont que des instrumens , l’envelojope ou l’écorce de l’homme. De même la nutrition n’ajoute rien à la nature de riiomme , qui est dans l’instant de sa conception , ce qu’il est dans son plus ^rand accroissement. Oh I que l’homme est donc un bien petit etre ! Enfin les nerfs , à raison de leur entrelacement, se raccourcissent ou s’allongent , et se prêtent des forces mutuelles ; aucun ne se meut que par le concours de tous les autres. C’est par ces liaisons, par ces correspondances , qu’ils président à toutes les opérations du corps. La moëlle allongée fournit la principale tige du système nerveux , qui , après s’être comme réfléchie du ventre vers le cerveau , par les nerfs des viscères , envoie des productions aux diverses j)arties du corps , et établit ainsi un commerce particulier d’action , entre les organes du basventre , et tous les autres. Tel est le spectacle frappant que l’œil instruit contemple dans l’homme. Maintenant qu’on se représente les ondulations aller d’un nerf à l’autre successivement, en ayant toujours égard à la présence de l’âme , on aura l’idée de la vie et de ses phénomènes essentiels ; qu’ensuite on se représente des nerfs existans dans toutes les parties , et ces parties formées d’une substance muqueuse , et soutenues par la charpente osseuse ; c’est là l’image du corps vivant, l’idée complète de l’homme , tel que la nature l’a formé “dans sa petite sphère , en ce qui concerne les parties solides.
Théor. CXXXII. En poussant plus loin les recherches sur la vie , on voit qu’elle consiste dans la faculté qu’a la fibre animale de sentir et de se mouvoir elle-même. Cette faculté innée dans les premiers élémens du corps vivant, n’est pas plus étrange que ne le sont la gravité , l’attraction et la mobilité qui appartiennent à divers corps. Les parties actives dont nous parlons, sont les vrais fondemens de l’animalité ; elles tiennent elles-mêmes le principe de leur vie , d’un filament nerveux qui leur sert de base , ou plutôt, il n’y a dans l’animal qu’un seul nerf qui anime toutes ses parties. Ce nerf sensible et actif , qu’on peut concevoir aussi petit qu’un atome, est subordonné à l’empire de l’âme; son développement dans l’utérus se fait à la faveur de la chaleur , de l’humidité et de la mucosité qu’il trouve dans la semence. Cette pâte muqueuse est sa vraie enveloppe dans laquelle il se nourrit , végète , ou s’étend , et à laquelle il donne différentes formes , selon son degré de force, et selon la direction de son activité. Tel est le principe du développement de l’embrion humain , et du mouvement constant dont ses parties sont pourvues.
Théor. CXXXIJJ. L’on doit croire que le sentiment et le mouvement, sont nécessairement les mêmes dans tous les individus , et qu’ils occupent les mêmes parties : s’ils ne s’y manifestent pas toujours , c’est parce qu’ils manquent d’instruniens convenables. D’ailleurs un état d’action proportionnée des fibres , aussi égale
et aussi parfaite qu’elle peut être conçue , établiroit le plus grand calme possible. Les mouveniens que fait l’animal , sont dus au passage successif des forces , d’une branche de l’organe nerveux , ou d’un nerf à l’autre. Quand elles se fixent ou s’accumulent dans une partie, elles y causent le spasme , le serrement ou la roideur; elles J occasionnent le relâchement , quand elles n’y abordent qu’en petite quantité. Il doit donc se faire en nous constamment , une circulation de mouvemens , uniforme ; et la fibre animale élémentaire , ou la fibre première nerveuse , doit avoir le même degré de consistance et de force, dans une puce^, que dans un. lion. C’est une maxime reçue en chimie , que tout les élémens des corps se ressemblent au moins dans leurs qualités principales; de manière que la terre élémentaire d’un animal , et celle d’une plante , ne diffèrent que par quelques modifications j^articulières : ce qui est également vrai par rapport aux métaux , dans lesquels l’élément du feu , ou le phlogistique , est universellement le même , quoiqu’il soit différemment modifié dans chaque espèce. Au reste les terres élémentaires des plantes et des animaux , ne sont point le corps muqueux dont nous avons parlé; mais elles en tirent vraisemblablement , tant les unes que les autres , leur nourriture. Ici nous pouvons rappeler en passant , les fameuses hypothèses de plusieurs grands hommes , sur les élémens des corps. De ce nombre sont, par exemple, les idoles d’Hippocrate, les atomes d’Epicure, les formes substantielles d’Aristote, les monades de Leibnitz , lés formes et les molécules organiques de Buffon.
7^/ieor . CXXXIJ^ . Quoi qu’il en soit , il n’y a aucun sujet de douter que les parties du corps vivant , ne soient toutes douées de la faculté sensible. Quant à la n’ature de cette faculté, c’est un de ces objets profonds, sur lesquels il est plus sûr de se taire que ; de vouloir raisonner. Sait-on ce que sont au fond la douleur et le plaisir , si l’un procède du spasme , et l’autre du calme ? Du reste , il paroit assez démontré par la ligature des nerfs , qu’ils sont les seuls organes de la sensibilité, et que c’est d’eux que toui tes ces parties tiennent cette propriété. L’amputation des os, leur I fracture, et la suture des tendons , qui ne causent presque pas de [ douleur , démontrent assez que ces parties n’ont , comme les cica- : trices , que peu de sensibilité. Mais en est-il de même des tendons qui n’ont pas une parfaite dureté ? Si l’on comprimoit fortement ( entre les doigts , par exemple , le tendon d’Achille , ou les tendons I fléchisseurs de la cuisse , cette pression causeroit-elle quelque souffrance? Les ligamens encore contribuent-ils aux douleurs de la égoutte? Enfin la dilatation de l’anneau crural, formé par les < aponévroses des muscles de l’abdomen , et la section du fascia lata ,
‘ ne sont-elles jamais accompagnées de douleur? Tout cela est connu des praticiens. D’ailleurs , il est démontré que certains tendons ,
I les os et d’autres parties , peuvent être agacés en mille manières , j comprimés , tiraillés , et soumis à l’action du feu , sans que l’ani- J mal souffre presque de douleur. Je me souviens que beaucoup ; d expériences de ce genre , que nous fîmes autrefois à Montpellier
sur cîes cliiens (dès 1740), nous apprirent peu de cîioses : nous piquâmes même une fois un nerf, sans que l’animal, bien vivant encore, donnât aucun signe de douleur. Il est donc â craindre que les avantages qu’on se flatte de tirer de ces expériences , ne soient destinés que pour ceux qui, pour nous servir des expressions du docteur Hamberger , s’érigent en juges dans leur propre cause. Au reste , tout ce que j’ai dit dans ce chapitre n’a d’autre but que de trouver une explication raisonnable de la cause de plusieurs phénomènes , et nous ferons volontiers le sacrifice de ces idées en faveur d’autres meilleures.
T'héor. eXXX^. Il seroit ennuyeux de nous étendre davaiitaj^e sur cette matière. Ce que j’ai dit fait assez comprendre la manière avec laquelle s’opèrent les divers mouvemens du corps , quelle est leur origine , leurs principaux centres , et l’ordre de leur évolution. Le dérangement de cet ordre des mouvemens , et le caractère particulier de ce dérangement , est la source des maladies , de leurs phénomènes , de leur marche , de leurs redoubleniens , et des difierences respectives qu’on y remarque. On doit par conséquent rapporter aux mouvemens dont nous parlons , la cause des crises ou des excrétions morbifiques , leurs progrès et leur terminaison. D’après ces fondemens, l’on pourroit peut-être résoudre bien des problèmes , et des problèmes très-intéressans sur les crises qui ont été jusqu’à présent insolubles. Toute fièvre , comme l’on sait , est un effort excrétoire ou un effort des organes , qui tend à détruire une cause de maladie. Cet effort s’exerce constamment dans les affections humorales , dont la cause principale est un amas d’humeurs dans les premières voies, qui les irrite et porte le trouble , surtout dans les fonctions des viscères de l’abdomen. De cette pente facile qu’ont les maladies humorales à la crise , il suit qu’on peut y apporter un prompt secours. Il n’en est pas de même des affections nerveuses. Ici la confusion qui règne dans les mouvemens est un obstacle qui s’oppose à la crise et qui demande du temps jjour être surmonté , de manière que la célérité dans la curation y seroit inutile ou plutôt nuisible. L’observation démontre la vérité de ce que nous venons de dire , tant à l’égard des maladies chroniques que des aiguës.
'Tliéor. CXXXVI. Tous les bains de uos eaux peuvent passer pour chauds ; la chaleur des sources de Bagnères ^ qui sont au nombre de 3i ou 32 , monte , suivant le thermoscope de Farenheit , depuis environ le 82® jusqu’au 124*^ degré ) la chaleur des huit sources de Barèges monte depuis le SG*-’ degré jusqu’au i celle des sept ou huit fontaines de Cauteret , depuis le 102® degré jusqu’au 120® 5 celle des trois sources aux eaux Bonnes , depuis le 90® jusqu’au 102® degré : enfin, la chaleur des trois sources des eaux chaudes, est depuis le 92® jusqu’au degré. Tout cela est
pourtant sujet à varier un peu. L’on croit généralement que l’eau de tous ces bains relâche les solides de notre corps , et qu’elle se mêle à nos humeurs; mais il est besoin encore de beaucoup d’expériences et d’observations, pour connoître leurs vertus et leur
maniéré cl’agir. Une personne plongée dans les bains de Barèges pendant environ une heure , ne change presque pas , quant à sou poids , et assez souvent elle pèse moins après le bain , qu’avanî» Il s’agit de savoir si ces faits sont vrais par rapport aux snjeîs de tout âge , de tout sexe et de tout tempérament , sains et malades , par rapport à toute heure du jour, avant et après le repas, et par rapport aux eaux de Bagnères et à toutes les autres. Ainsi , un corps plongé dans Beau de nos bains , n’en reçoit ni ne lui communique rien ordinairement; d’ailleurs , on ne peut pas soutenir que le corps absorbe précisément toute l’eau qui se dépense dans le bain; 2°. lorsqu’on est plus pesant après le bain , cela ne peut s’attribuer sans doute qu’à l’absorption qui s’est faite des jjarties aqueuses par les pores du corps; 3°. quand le corps se trouve plus léger après le bain , il doit avoir perdu quelque chose et n’avoir rien reçu. Par conséquent , l’opinion suivant laquelle on assure que l’eau du bain pénètre toujours les pores de la peau , et produit des changemens dans les organes et dans les humeurs doit être mise dans le rang des opinions hasardées , et qui ont besoin d’un examen ultérieur.
Tliéor. CXXXT^II. Les bains agissent d’une manière particulière sur l’estomac et les intestins; souvent ils les irritent, ainsi que les douches , au point de causer la défaillance : leur effet assez ordinaire , c’est de procurer de l’appétit , et d’aider la digestion ; mais ils la troublent quand on en use pendant qu’elle se fait.' 2^". J’ai vu les bains causer des crachemens de sang, et hâter la mort de certains pulmoniques ; je les ai vus exciter les règles à contre-temps , et des hémorrhagies de la matrice , des flueurs blanches excessives , et même l’hjdropisie ; ils poussent fort souvent par les urines ; 3°. Quelque chaud que soit le bain , nombre de personnes y sont saisies , au bout d’un certain temps , d’un frisson auquel succèdent souvent la chaleur et la sueur. Les bains agissent donc sur les organes intérieurs , par l’irritation et la compression qu’ils leur causent, ils y déterminent le flux des mouvemens , lesquels se reportent ensuite vers la circonférence du corps : ils produisent ainsi la fièvre, et souvent une fièvre très-vive , qui finit par la sueur. Le bain fait par rapport au corps ce que feroit une ligature ou un emplâtre qui le couvriroit entièrement ; il presse et irrite la peau, et occasionne dàns le système vasculaire un redoublement d’action d’où dérivent ses effets. A l’égard du bain d’une partie , des douches et des frictions , souvent ils enflamment la peau , comme la piqûre des orties , par l’irritation vive qu’ils y causent, et les humeurs qu’ils y attirent. Au reste, pour bien apprécier les propriétés des bains chauds , il faudroit d’abord connoître parfaitement la nature , la cause et les effets de la chaleur : or , ces objets importans sont encore indécis chez les maîtres de l’art.
Théor. CXXXVJJI. Il n’y a donc , quant à présent , touchant l’usage de nos eaux et de nos bains, d’autre guide certain que l’expérience, Les eaux prises en boisson sont un bain intérieur qu’il / 5o
faut augmenter, diminuer ou suspendre, selon le genie et la marche de la maladie , et sa propension à la crise : on les boit ordinairement le matin, depuis une livre jusqu'à quatre. 2^. îl n’y a que les personnes expérimentées qui sachent par quelles eaux il faut commencer, si c’est par celles de Bagnères, qui sont plus irritantes , ou si Ton doit d’abord susciter la fièvre par les eaux sulfureuses, et en régler ensuite et soutenir l’effort par celles de Bagnères. 3®. L’expérience nous a appris que nos eaux , bues au repas , n’entraînent aucun inconvénient. 4°* J 'îi reconnu, aussi qu’on pouvoit les boire froides ; mais j’ai doute si , quand on les fâisoit chauffer , il falloit leur donner précisément le même degré de chaleur qu’elles ont à la source. 5'’. M. Meighan est le premier qui ait mêlé le lait avec les eaux de Barèges ; je l’ai de-
Euis coupé avec les autres eaux , hormis les sources fortes de agnères. 6'’. J’ai fait quelquefois préparer du petit-lait avec ces dernières : pendant l’ébullition , la partie grasse du lait se coagiiloit , et le sérum restoit uni aux eaux : j’ai pensé que cette boisson , qui n’a rien de désagréable au goût, pourrolt être fort utile dans bien des maladies , même aiguës. 7”. Ceux qui prennent les eaux sont ordinairement amis de l’exercice ; mais il est prouvé qu’on peut parfaitement digérer les eaux en gardant le repos. 8'’. 11 n’est pas facile de dire jusqu’à quel point l’air, les saisons, les affections de l’âme, peuvent contribuer à rendre nos eaux salutaires. Mais les préjugés superstitieux de nos anciens, touchant le choix de certaines saisons de l’année , et la nécessité de faire précéder la saignée et la purgation , et bien d’autres prétentions de cette espèce , enfantées par l’ignorance , commencent à s’évanouir, et il y a tout lieu de s’attendre à voir régner des connoissances plus certaines sur nombre d’objets qui sont encore à éclaircir. Par exemple , 1°. on ignore pourquoi les mêmes maladies , ou qui paroissent être les mêmes, se guérissent quelquefois par toutes nos eaux indistinctement. Cela viendroit-il d’une propriété qui leur est commune à toutes , ou du caractère des maladies , tellement bénin , que tout remède , pour ainsi dire , pourroit les guérir ? Ce n’est pas ici le lieu d’entreprendre des discussions sur ce sujet. 2°. On ne connoîtpas assez jusqu’à quel point on peut associer l’usage des bains avec celui de la boisson de nos eaux , ni quel est le degré d’utilité des bains dans les affections des viscères, dans les suppurations, les tumeurs , etc. 3°. Il est constaté par une foule d’expériences, que les fièvres intermittentes, les maladies aiguës, même les très-aiguës , peuvent être guéries par nos eaux; mais leur manière d’agir dans ces cas , ainsi que la raison pour laquelle elles procurent quelquefois la fécondité , sont inconnues. 4®. On ne connoît pas bien parfaitement encore (en 1754) la nature de nos eaux minérales : il y a long-temps que nous les regardons comme de l’eau très-pure mariée à différens sels ou mixtes salins , résultans de runion de l’acide salin ou vitriolique à diverses ( bases. Enfin , il reste à découvrir les moyens de décider , en i vovant une maladie , si elle est incurable , si elle peut vraiment | être guérie par nos eaux, quelle espèce mérite la préférence I
^ans chaque cas ^ et quel est le mécanisme ou la raison de ces effets.
Il ffen est pas moins certain qu’on peut avancer , en tLèse générale , que les eaux des Pyrénées sont d’un grand secours dans les maladies lentes et longues, et qu’elles opèrent quelquefois des guérisons inattendues, et qui étonnent les connoisseurs. Il faudra , dans la suite , se livrer à plus de détail qu’il n’a été possible d’en mettre dans ce premier volume , qui devoit être une manière de plan ou de Prospectus général. Nous essayerons l’examen de chaque maladie particulière avec toute l’étendue nécessaire.
Ce plan général fut proposé à la Faculté de Paris en 1754 (i).
(Les eaux minérales ont, depuis cette époque, pris la plus grande faveur. Chaque source a reçu ses éloges. On a tant écrit sur cette matière I {Voyez la préface , page 797). L’art veut imiter et même surpasser la nature. .T’ai en main un mémoire destiné à être mis sous les yeux du ministère. L’auteur propose une manufacture générale de toutes les eaux minérales possibles. Il demande qu’on place cette manufacture à la vallée de Montmorency , à une petite distance de Paris , pour la commodité des habitans de cette ville. Il étend roit sans doute son établissement dans toutes les autres. Je sais d’ailleurs que d’autres ont formé des projets à peu près semblables. On s’en occupe. Nous en verrons éclore quelqu’un. Ce sera une affaire d’éclat pour la chimie. Mais il y a lieu d’espérer qu’on diminuera les scrupules et les craintes de cette partie des citoyens qui ne sont pas dans le cas de sentir toute l’importance de ces belles entrej^rises , ou qui ne se livrent pas sans réserve aux agitations et aux torrensde la mode. On prendra au moins des mesures suffisantes pour qu’il soit possible de distinguer les bureaux d’eaux naturelles d’avec ceux de l’eau artifi-> cielle. Ce n’est pas trop exiger ! Le temps aidera à juger et à évaluer les raisons du bien public , sur lesquelles se fondent les au^ teurs de tant de projets magnifiques , qui distinguent notre siècle. Des monumens éternels, des vues en grand, des entreprises sublimes, des établissemens plus éclatans les uns que les autres : toutes ces productions de nos génies vastes et supérieurs , illustrent les parties de notre art qui paroissent les moins faites pour briller. Combien nous sommes loin de la modeste pénurie de nos pères! Cependant la sixième Partie qu’on va lire prouvera jusqu’à quel point la chimie peut être fondée à penser qu’elle connoîl le corps humain assez pour déterminer la nature des remèdes qui lui conviennent. Peut-être trouvera-t-on qu’il faudroit que cet art , qui ne doit pas se modeler sur l’empirisme , connût l’état naturel avant de prétendre aller plus loin , avant de faire des projets d’agrandissement , des essais et des spéculalioris de commerce.^
(i) Aquitanlœ minérales aquœ.