LES MÉDECINS MILITAIRES
I. Klendiie de la médecine ; médecine des armées^ médecins des têtes couronnées ; V histoire a conservé le nom de ' plusieurs d’entre eux. Exemples à imiter ; exemples à fuir ^ confance des militaires pour les médecins.
Principalement occupée du détail des m,aladies et du traitement journalier des malades , la médecine pratique fait incessamment des elforts pour conserver la vie des hommes. La médecine théorique compare les différentes méthodes , diseuîe, combine, essaie d’éclaircir son sujet. Ces deux sœurs travaillent pour le même objet, pour le soutien de la médecine ordinaire et pour ainsi dire usuelle , et pour la rendre aussi utile qu’elle est nécessaire. De là les divers systèmes et les diverses sectes de médecins, que nous
SUR L’HîSTOlRE DE LA MEDECINÎ
venons de parcourir rapidement , dans la vue de décidef ce que ces systèmes et ces sectes doivent enseigner à l’égard de l’inoculation.
Mais la médecine s’élève souvent au-delà de sa sphère ordinaire : on l’a vue et on la verra toujours servir les rois dans leurs armées , et fournir aux maîtres de la terre des secours utiles à leurs troupes. Suivons-îa jusqu’au pied du trône, d’où doit émaner une loi générale sur l’inoculation.
« Quand Rome honoroit ses capitaines de guerre par triompiies » et passe-temps, elle ne prenoit ni guerdonnoit seulement la )) vertu et vaillance de celui qui triomplioit , mais aussi la' jus- » tice par laquelle l’armée étoit maintenue en paix et concorde, >? la prudence de laquelle on procédoit aux affaires, la tempe- « rance dont elle usa ôtant le vin , les excès et la gourmandise » qui font troubler le jugement et errer le conseil.
Ainsi parloit des qualités d’un général d’armée Huarte , médecin et philosophe , qui ht honneur à son état. Cette tempérance nécessaire dans une armée est entièrement du ressort de la médecine, qui doit veiller sur le régime comme sur les maladies des soldats.
L’histoire a conservé la mémoire des médecins attachés aux plus illustres conquérans • on connoît la conhance qu’ Alexandre montra pour Philippe son médecin , 'contre lequel la calomnie avoit lancé ses traits envenimés : Alexandre, par un effort de génie comparable à ses plus valeureux exploits, n’hésita point d’avaler la médecine que Philippe lui avoit préparé. L’armée entière rendit hommage à la grandeur d’âme du conquérant et à la vertu du médecin qui hxa sur lui les yeux de tous les courtisans.
Homère a transmis à la postérité le tableau de l’état des médecins militaires en parlant de Podalire et de Machaon. Ces deux enfans d’Esculape se distinguèrent dans l’armée des Grecs , au sié^e de Troie ^ ils jouirent des honneurs destinés aux principaux chefs * ils reçurent meme des marques de distinction remarquables , puisqu’ils furent exempts des contributions que tous les autres payoient. Il étoit juste qu’ils fussent récompensés des services qu’ils rendoient aux malades. Leurs honoraires étoient pavés en gros , et iis furent décidés une fois pour tout , et pour éviter les ; petits détails , lorsqu’on ht les dispositions pour la marche et i pour 1 entretien de l’aimée.
Podalire guérit la hile du roi Damœtus, qui la lui donna en- ! suite en mariage. On lui érigea des temples : on prétend qu’il I fonda des écoles de médecine, d’ou sortit ensuite celle de Cos , qui , sept ou huit siècles après , compta Hippocrate parmi ses dis- : ciples.
H seroit à souhaiter qu’on prit comparer les progrès que ht la ; médecine depuis Podalire jusqu’à Hippocrate , avec ceux qu’elle : ht pendant le meme espace de temps dans d’autres lieux. Nos ! écoles, cil nos universités, seroient encore trop modernes pour pouvoir entrer en comparaison avec les écoles de Podalire, s’il I étoit possible d’en venir à un pareil parallèle. Oh en sera la mé'-
éo
6^Ci Recherches
decine lorsque nos facultés seront aussi anciennes ou aussi peu connues que les écoles de Podaiire ?
Machaon périt dhine blessure au siège de Troie ^ il ne put se guérir lui-même j quoiqu’il en eût guéri tant d’autres : ce qui n’empêcha point qu’on ne le mît au rang des dieux. L’apothéose étoit alors aussi commune que les éloges historiques le sont devenus parmi nous.
Le nom de Machaon servit dans les suites à caractériser les médecins, qu’on nommoit race de Machaon. Ce proverbe vulgaire: médecin, guéris-toi toi-même, fut sans doute rappelé à l’occasion de sa maladie, comme on le rappelle encore aujourd’hui aux médecins malades. Mais il est un autre proverbe aussi parlant et tout aussi vulgaire , qu’on appliqua heureusement à un médecin moderne assez connu en France , et nommé Des jardins : il n’y a point dans Desjardins de remède contre la mort^ Machaon n’en trouva point pour sa blessure.
Polyclète, médecin qui vivoit avant Hippocrate , se distingua par son attachement à Phalaris, tyran d’Agrigente : il se fit un devoir de ne pas conspirer contre un prince qui avoit mis sa confiance en lui, quoiqu’on voulût le porter à commettre un pareil crime. Aussi Phalaris marqua- t-il sa reconnoissance pour son médecin d’une manière fort honorable à la médecine : « Elle est » plutôt, dit Phalaris, l’art d’un Dieu que celui d’un homme, et H le mérite de Polyclète est au-dessus de toute louange ». De pareils éloges de la part des malades ne sont pas rares.
Euriphon , natif de l’île de Cos, fut médecin de Perdicas, roi de Macédoine : il fut l’auteur des Sentences de Gnide , ouvrage qui ne plaisoit point à Llippocrate. Seroit-il possible qu’Hippocrate , qui étoit de l’île de Cos , comme Euriphon , eût montré qu’il étoit homme et médecin en prenant de l’humeur contre un de ses compatriotes et de ses confrères ?
Iccus , médecin de Tarente, et à peu près contemporain d’Hippocrate , fut tellement attaché aux lois de la diète , que sa sobriété dégénéra en proverbe : on disoit un repas d’Iccus pour marquer un repas très-frugal. Bien des médecins ont donné lieu à des apophthègmes de cette espèce. On connoît encore à Paris des œufs à la Chirac , des fricassées à la Sidobre.
Mais ce n’a pas toujours été la sobriété des médecins qui a donne lieu à ces remarques populaires j au contraire , il y en a eu beaucoup parmi eux qui sont devenus célébrés par leur goui mandise. 11 faut pourtant rabattre de tous les propos qui trottent là-dessus^ il paroît que ces remarques sur la gourmandise des médecins ont été faites par les malades, hors d’etat de manger, dans le temps oh ils vovoient manger leurs médecins.
Thessaliis et Draco , fils d’Hippocrate , médecins de grande réputation , ne dégénérèrent pas de la vertu de leur père. Draco eut un fils nommé Hippocrate , et qui fut médecin de Roxane , femme d’Alexandre. Jamais on n’a pu si bien dire , qu’au sujet de ces trois médecins, enfans d’Hippocrate, que les aigles n’engendrent pas des colombes. H y a pourtant eu en médecine , comme dans bien
d’autres états, des enfans qui ont beaucoup perdu pour avoir des pères trop illustres. Les fils de Duret , grand médecin de Paris j ne furent pas comparables à leur père.
Dexippe de Cos , disciple d’Hippocrate , eut le bonheur de pou-^ voir l’imiter, en faisant , pour ainsi dire, la loi à un grand prince. Hippocrate ne voulut pas aller traiter le roi de Perse; et Dexippe ne voulut traiter les enfans du roi de Carie , qui faisoit la guerre a la patrie de Dexippe , qu’à condition qu’il feroit la paix avec elle. Les médecins seroieiit trop heureux s’il yjouvoient ainsi couper racine à des guerres. Il est ordinaire parmi nous de voir les généraux de deux armées ennemies s’envoyer réciproquement leurs médecins.
Apollonide, médecin de la fille d’Artaxerce, roi de Perse, est connu par un crime énorme commis sur la princesse : il en fut puni de mort. Mais peut-être le crime est-il extrêmement grossi I par un confrère d’ Apollonide , nommé Ctésias , qui en a conservé I l’histoire , et qui ^uroit mieux fait de la plonger dans l’oubli.
: noirceur du médecin historien et délateur contre la réputation de i son confrère , est plus criminelle que la faute d’Apollonide quand : même elle seroit vraie.
Il seroit à souhaiter qu’on put avoir les mêmes doutes sur la I faute de Vectius Valens, médecin condamné à perdre la vie au i sujet de l’impératrice Messaline , et celle d’Eudemis , médecin de I la cour, qui corrompit la jeune Livie.
La médecine a eu ses mauvais sujets et même quelques crimi- I nels; mais il en est peu de l’espèce de Ctésias, c’est-à-dire, qui se ! soient assez avilis pour publier des fautes d’une certaine espèce I qu’il eut fallu cacher : il en est encore moins qui aient osé jouer I le rôle odieux de délateur. Quelle idée le corps des médecins de- I vroit-iî avoir d’un calomniateur public , maladroit et féroce , qui I auroit fait des efforts monstrueux et médités pour perdre un de i ses rivaux ?
On dit que Virsungius , médecin, fut assassiné par un de ses : confrères, qui lui disputoit une découverte d’anatomie. Si ce fait : est vrai , l’ennemi de Virsungius le traita plus doucement que s’il I l’avoit calomnié d’une façon à le déshonorer.
Trasias et Alexias se firent connoître parmi les Grecs, en se ' vantànt qu’ils avoient un secret pour mourir sans douleur. C’est I une singulière idée pour des médecins que celle d’apprendre à I mourir î Ils avoient sans doute le soin de donner leurs remèdes à 1 des malades hors d’état de venir donner des nouvelles de son effet.
Il en est de ces médecins comme de Paracelse et de quelques ! autres qui se vantoient d’avoir le secret de se rendre immortels,
! Que risquoient-ils? Après tout, ils connoissoient les hommes; il y : en a qui courent de la meilleure foi du monde , après des pro- I messes non moins dénuées de fondement.
Olimpius, médecin de Cléopâtre, ne fit pas autant de bruit ni : de si grandes promesses que Trasias et Alexias; mais il est fort ! soupçonné d’avoir été du secret de l’aspic ou du poison avec lequel i cette reine se donna volontairement la mort.
GaS RECHERCHES
DemoccJc , médecin qui vivoit environ trois siècles après la fondation de Home, fut fait prisonnier de guerre par un général de Darius, avec Polycrate , tyran de Samos, dont il avoit mérité l’estime. Il se fit distinguer des autres prisonniers en guérissant une entorse que Darius se donna en descendant de cheval : il fat très-bien traité à la cour de ce monarque, qui lui donna une somme d’argent si considérable, qu’on dit qu’un esclave s’enrichit des pièces que le médecin laissa tomber. Ce trait metDémocède à l’abri du reproche d’avarice si souvent fait à ses confrères.
Dumoulin ne faisoit pas façon de convenir du plaisir qu’il avoit à ramasser de l’argent 3 il avoit , pour ainsi dire , réduit son ava~ rice en système 3 il étoit le premier à rire de cette passion : mais il avouoit que c’étoit la sienne. Il y a long-temps qu’on a dit que les enfans de Galien étoient à portée d’acquérir de grandes richesses 3 011 ne sait si ce proverbe est fondé sur ce que les médecins sont en général accoutumés à faire peu de dépense comme la plupart des gens de lettres, ou sur quelques occasions remarquables dans lesipielles on a grandement payé leurs soins et leurs peines.
Apolloplianes, médecin d’Antioclms-le-Grand , roi de Syrie , fut élevé par ce roi à des honneurs considérables , pour avoir découvert une conspiration contre lui. Le médecin fit son devoir en rendant un service signalé à son prince : il se rendit aussi utile à tous les honnêtes gens^ ils aiment qu’on leur dévoile les complots de ces âmes jalouses sans cesse occupées à chercher les moyens de perdre ceux qui font quelque ombrage à leurs folles passions.
Antislius, médecin et ami de Jules César, visita les plaies de ce héros qui venoit d’être poignardé. Ce médecin fit un acte d’humanité et en même temps un acte de courage. Il se livra tout entier à son devoir et à sa généreuse candeur, sans consulter une politique raffinée, qui lui eut fait entrevoir le danger d’être accusé lui-même comme assassin ou peut-être comme voleur de César, si des gens malintentionnés l’eussent aperçu auprès du corps mort, il V a des esprits ombrageux qui auroient regardé cette action d’Antistius comme une grande imprudence. Des témoins apostés à cette scène , aurofent pu laisser quelque louche sur la conduite du médecin. Quel est l’acte honnête et charitable que la calomnie ne puisse empoisonner?
liérophile, médecin (celui qui vivoit du temps de César), sut s’attirer la bienveillance des soldats : il se fit un parti dont il se déclara le chef; il fut puni comme il le méritoit. Ces exemples, qui supposent une sorte de courage extraordinaire, sont rares en médecine ; cette science n’élève pas les mauvaises âmes it-d’insignes forfaits ; elle les concentre plutôt dans la sphère des petites intrigues et des trahisons sourdes ; mais les âmes belles et honnêtes trouvent fréquemment en médecine les occasions de faire
le bien.
Antoine Musa , médecin d’Auguste , fut honoré du titre de chevalier romain, pour avoir guéri l’empereur. Il eut le malheur de perdre le jeune Marcelius ; ce qui lui causa beaucoup de peines et de chaeriu. Yoiià un des grands mconvéniçns de la médecine ; ceux
(fiii rexercent avec le plus de soin , courent souvent le danger de perdre leur réputation.
Silva disoit que les médecins font la guerre d’une manière perlide pour eux : s’ils prennent plusieurs places importantes , on leur en tient peu de compte • s’ils perdent une bicoque , leurs lauriers sont flétris. Hippocrate avoit dit plus éiégamment , que les médecins se font une vie pleine de tribulations , à force de s’occuper des mallieurs des hommes.
Callianax, médecin, fier et austère, est connu d’après Galien , pour avoir répondu à un malade qm qmttoit la vie à regret : « Patrocle est mort, qui te valoit bien! » Le trait est brusque et malhonnête. Il y en a vraisemblablement eu plusieurs de cette espèce qui ont donné lieu au reproche de dureté qu’on nous fait quelquefois. Mais il y a des reparties vives et franches qui sont bien éloignées de mériter la critique des âmes les plus sensibles.
Pousse , médecin de nos jours, distingué à Paris par son savoir et par sa probité , le fut aussi par ses heureuses et promptes reparties : il ne faut pas les confondre avec les boutades de l’humeur, non plus qu’avec les traits envenimés de l’envie et de la colère , qui échappent quelquefois à travers une douceur feinte et apprêtée , et qui décèlent un cœur à la presse entre toutes les passions , sous les dehors de la tranquillité.
Callimaque, qui fut médecin des bandes impériales , avoit une singulière prétention au sujet de l’histoire : il disoit que c’est aux médecins à l’écrire , parce qu’ils sont disciples d’Esculape , qui étoit fils d’Apollon , c’est-à-dire , fils du père des sciences et du protecteur des Muses. Cette raison de Callimaque étoit ridicule ; mais sa prétenlion l’étoit-eîle autant?
S’il est vrai, comme Montagne le prétendoit, que le vrai moyen de connoître les hommes de la plus grande réputation , César , Pompée et leurs semblables , seroit de savoir comment ils se conduisoient dans leurs ménages et non point à la tete des années , qui pourroit mieux que les medeciiiji peindre les hommes considérés sous ce point de vue ?
Ces exemples suffisent pour donner une légère idée du rôle que les médecins ont joué dans les palais des rois et dans les armées. Les anciens dont il vient d’être question fout juger et en quelque manière connoître les modernes. Bornons-nous à choisir, dans la classe de ces derniers, deux médecins de nos rois.
Lagon, issu du côté de sa mère de la race des La Brosse, fertile en médecins , reçut dans plusieurs occasions , les plus grandes marques de co'nfiance de la part de Loiiis-le-Grand. Lagon se fit remarquer dans la faculté de Paris, par son courage à soutenir la circulation du sang, contre l’opinion alors régnante.
Nos vieux maîtres , suivant la rembarque de Lontcnelie , traitoient de paradoxe ce que Lagon proposoit : il y en eut qui le plaignirent de bon cœur de ce qu’il s’attachoit à de pareilles innovations contraires à la bonne doctrine ; il fut traité d’homme à systèmes. If y a lieu de croire qu’on porta les^choses jusqu’à prédire qu’il ne leroit jamais rien qui vaille en médecine, il parvint
63o RKCÎIERCHES
à la première place, et il l’occupa avec autant d’ëcîat et de di» gnité , que les premiers médecins ses prédécesseurs pris dans la faculté de Paris.
On sait que les médecins de PIiilippe-'AugusIe , de St. Louis, de Philippe-le-Bel , de Charles V , de Charles VI , de Charles VJI , de Louis. XI, de Louis XIÎ , de François I, de Henri II, et de Louis Xin , étoient membres de la ficulté de Paris.
Fagon traita Louis XIV de concert avec Félix , un des successeurs d’Ambroise Paré, et précurseur des Alaréchal et des La Peyronie , que les anciens auroient mis au rang des médecins de nos rois. Depuis environ trois cents ans , on ne compte au nombre des médecins que ceux qui ont pris des grades dans nos facultés. La postérité verra si elle consent à conserver notre manière, ou si elle aime mieux rancienne , qui a duré depuis le commencement du monde , jusqu’à la fondation des facultés. Le temps détruira peut-etre jusqu’à la mémoire de bien des petites différences ou des divisions qui ne font rien au fonds de la médecine , considérée sous un point de vue aussi étendu qu’elle le mérite.
La mémoire de Chirac, premier médecin de Louis-le-Bien-Aimé , vit encore parmi nous; il éloit membre de la faculté de Montpellier , où il fit beaucoup de bruit avant d’étre appelé à Paris. Je suis fâché qu’il reste quelques traces des vives disputes que Chirac eut avec le célèbre Vieussens : ce dernier mit la faculté de Montpellier de niveau avec celle de Paris du coté de l’anatoinie. Rioîan le fils, médecin de cette dernière faculté , n’avoit point de rival en anatomie avant Vieussens.
Monsieur le Régent fut guéri par Chirac. Le grand prince devint le protecteur du grand médecin. Chirac se déclara à Paris en faveur de la saignée. Il publia sa théorie qui captiva les François , de meme que sa pratique. Il eut pour successeur Chicoineau , son gendre et son élève , membre comme lui de la faculté de Montpellier.
Les médecins de Henri I, de Louis VIH, de Philippe-Auguste, de Charles Vî , de Louis XI , de Charles VII , de Charles VIH , de François ï, de Charles ÎX, de Henri III, de Henri IV, de Louis XI îî , de Louis XIV, et de Louis XV, furent médecins de la faculté de Montpellier.
Chirac les effaça tous. Silva, Dumoulin et bien d’autres l’appeloient notre maître. Ceux qui l’avoient le moins goûté , et meme poursuivi , adoptèrent ses opinions avec le plus de vivacité. Les en fans de ses ennemis soutiennent encore son système , qui a déplu , en bien des points , aux enfiins de ses amis.
Maurice de Saxe consulta son médecin , pour se faire transporter, tout malade qu’il étoit , au camp de Fontenoy ; comme Auguste avoit consulté le sien avant la bataille de Philippes.
Personne n’ignore enfin quelle doit être la vigilance de la médecine et de tous ceux qui en cultivent les diverses parties, dans line armée, pour les campemens, les vivres, les remèdes, les hôpitaux, les suites des batailles. Quelle activité ne doivent pas
montrer les ministres de santé parmi une foule de héros que le courage entraîne aux dangers pour le salut de la patrie !
La confiance des militaires pour les ministres de santé égale leur courage et leur noble candeur. Les dangers fréquens qui se présentent laissent les âmes se montrer sans aucune restriction. Il est fort ordinaire qu’un ministre de santé soit le dépositaire des dernières dispositions d’un militaire. Ce commerce de confiance devient nécessaire dans mille occasions pressantes.
Plusieurs ministres de santé , après avoir prêté a des officiers une partie des honoraires qui leur avoient été payés (quelquefois aux dépens de ces mêmes officiers), se sont trouvés chargés de bijoux, de lettres, ou de commissions , pour les parens ou pour les héritiers de ceux qu’ils avoient secourus à proportion de leurs facultés.
Les héritiers des officiers qui sont morts ont reçu et reçoivent tous les jours avec tendresse les marques de souvenir de leurs parens ; il n’en est point qui se soient avisés de soupçonner un ministre de santé, qui leur parle ou qui leur écrit, de s’être emparé des bijoux qu’il remet à leur destination, que lui seul peut savoir , ni d’avoir voulu se les approprier , ou les retenir pour gages ^ de pareilles idées n’entrent point dans des cœurs élevés et généreux. La calomnie essaya toujours sans succès de noircir un dépositaire, qui reçut les dernières volontés d’un officier mort dans une bataille ou dans quelque occasion semblable.
Le rôle des médecins est donc bien grand auprès des militaires. Les devoirs qu’ils leur rendent sont récompensés par une confiance bien entière et bien légitime I la façon dont il se conduisent auprès des officiers qui leur confient leurs secrets, doit servir de guide pour d’autres médecins , qui se trouvent dans des circonstances où ils sont évidemment et indispensablement forcés d’agir comme les médecins militaires.
S’ils prennent les précautions que leur dictent leurs lumières , leur présence d’esprit, et leur peu d’expérience , au sujet des dernières volontés de leur malade , ne doivent-ils pas en être loués , quand même ces précautions paroîtroient pécher contre les formes ordinaires , qu’ils ne sont pas obligés d’entendre ? ne doit-on pas s’en rapporter à ce qu’ils disent , ou plutôt à ce qu’ils font ? ne doit-on pas les juger, d’après les lois de la nécessite, qui ne peut en avoir, comme personne ne l’ignore.
Ce problème regarde premièrement les médecins et leurs différées corps. Ils ne pourroient sans renoncer à leurs constitutions, à leurs droits, à l’honnêteté , et à la liberté inséparables de leur état , approuver ni former , sur ces objets , des doutes qui retomberoient sur eux-mêmes.
Ce problème intéresse aussi plusieurs membres de la noblesse du royaume ; ils ont reçu des ministres de santé , les derniers adieux de leurs parens , et ils les ont reçus avec ces sentimens d’amour , de respect et de confiance qui écartent des âmes bien nées les soupçons noirs , inquiets et déshonorans pour la véritable noblesse ; elle abandonne ces traits aux basses menées de l’envie \
^ H. Incom>éniens de la petite-vérole dans les armées: la vie des militaires les rend sujets aux accidens graines de la petite-vérole. Exemple d’une petite-vérole d’une mauvaise es-' pece y à Paris , en lyGS.
D/iNS quel labyrinthe d’embarras et d’iuconveniens ne plonge pas les militaires cette cruelle petite-vérole qui surprend souvent nos guerriers au milieu de leurs conquêtes, et qui fait sourdement le malheur de la vie de beaucoup d’entre eux I on en a vu qui étoient prêts à verser la dernière goutte de leur sang pour le service du roi, et qui fiémissoient au seul nom de petitevérole.
On en a vu souvent échapper aux plus affreuses batailles et devenir les victimes de la petite-vérole. Les pères et mères ne cessent de craindre pour leurs enfans , cette maladie trop souvent épidémique et mortelle dans les armées. Les épouses vertueuses et attendries ne peuvent plus , comme les anciennes Lacédémoiiiennes , se gloriner des blessures de leurs maris : la petite-vérole les leur enlève ou les leur rend quek|uefois plus défigurés que par les coups de feu.
Les militaires enfin ont trop d’ennemis à combattre : les fatigues nécessaires de la guerre et les horreurs de la petite-vérole, d’autant plus dangereuse'pour eux, que leur manière de vivre est plus éloignée d’amener une disposition favorable pour résister à cette maladie.
Je conuois et je respecte les ressources, les lumières et l’activité des médecins employés dans nos armées : nous marchons d’un pas plus‘lent chez nos malades ordinaires. Les fréquens exemples des maladies traitées sur des hommes courageux et plus décidés que les habitans des villes, éièvent l’ânie des médecins militaires.
Mais ils ne doivent en être que plus sensibles à la perte de ceux Que la petite-vérole leur enlève , aussi fréquemment qu’à nous. Ces pertes ne peuvent s’oublier en France : elles n’y sont que trop répétées. Peut-être même les mouvemens et le fracas de la guerre sont-ils nuisibles au traitement de la petite-vérole.
Je suis sêir au moins , qu’il n’est aucun médecin d’armée qui n’ait vu, avec douleur, les ravagés d’une épidémie de petitevéroîe : il n’en est aucun qui ne souhaitât que tous les soldats du roi eussent été inoculés , ou n’eussent pas à craindre cette cruelle maladie : elle peut mettre la consternation dans un camp , elle augmente sans doute 'les mauvais effets de Pair empoisonné des hôpitaux.
11'^'*' quitte l’armée et arrive parmi nous oii sa réputation l’avoit précédé : le suffrage de nos guerriers fixe les yeux sur lui. Une peîite-vérolc des plus malignes l’attendpit : elle alllige la cour et la ville : les cœurs sont attendris sur le danger que court une vie précieuse. L’attachement qu’on a pour la malade rend l’idée qu’on a de la maladie plus affreuse et plus alarmante. ap- ])eile un praticien connu, qui jouit de la réputation la plus heureuse et la mieux méritée \ ils épuisent de concert les ressources de l’art.
Quels mornens cruels rinociilation aiiroit épargnés ! le succès coiironne eiiliii la manœuvre des médecins : ils triomphent, et le public triomphe avec eux. Un ou deux jours avant cet heureux changement , tout le monde anroit désiré que la malade eut eu la petite-vérole par moculation : depuis le succès, le public léger oublie ses craintes et ses larmes.
Mais il y a lieu de croire que et n’en font pas moins des vœux pour que l’inoculation puisse prendre faveur.
JNotre voix et nos vœux peuvent , sur un pareil objet , être comptés pour quelque chose; nous avons aussi heureusement guéri des petites-véroies de mauvaise espèce , sous les yeux de la cour et de la ville , mais nous en avons perdu , et nous ne i’oii^ Fiions point non plus sans doute que et
Fuissent les vœux que nous formons , et dont je ne me dépars pas auprès des malades les plus obscurs, mériter l’attention de nos guerriers I c’est peut-être par des elForts utiles et faisables hors des villes , cjue nos soldats pourroient donner l’exemple aux liabitans timides de nos villes. Ils pourroient, pendant le temps de la paix , servir courageusement la patrie contre un fléau non moins terrible que la guerre.
J appelle ici à notre secours tous les médecins des armées du roi : ils savent à quel point le ministre duquel ils ont le bonheur de dépendre , porte ses vues du côté du bien public ; il les écoutera lorsqu’ils le prieront de jeter un coup d’œil sur ha jeunesse militaire , l’esjaoir de la nation et l’appui de la France : la petite-verole naturelle peut la moissonner à la première campagne et au moment le plus critique de la guerre.
En vain cette école où notre noblesse se forme et s’apprête à la gloire tournira-t-elle de braves soldats ? Si rinocuîation ne les ga-
eiie
rantit de la petite-vérole , ils deviendront les victimes d’une cru maladie , comme ceux qui n’ont- rien coûté à l’état pour leur
éducation ; peut-être mciiie plus tôt , puisqu’il est vrai que tous les jeunes gens des provinces viennent dans l’âge où leur tempérament se forme , respirer l’air de Pans qui rend le corps très-susceptible des ravages de la petite-vérole.
§. m. La maladie vénérienne dans Vannée de Charles J^IÎJ : vains ejforls des médecins dogmatiques : succès des empiriques : nouveaux remèdes proposés de nos jours : V inoculation moins alarmante que ces nouveaux remèdes ^
J’adresse encore quelques réflexions à nos médecins militaires; elles regardent cette maladie que l’armée de Charles Vllî nous apporta de Naples, et que d’autres soldats avoient, suivant toute apparence , apportée d’Amérique.
Dans quel excès d’horreur et de tristesse ne jeta-t-elle pas les hommes lorsqu’elle se répandit en Europe ? Les descriptions que nos prédécesseurs nous ont laissées sur cet objet font frémir ; l’histoire critique et bien circonstanciée des efforts des médecins de ce temps-là contra le nouveau monslre qu’ils eurent à combattre, manque encore.
034 RECIIERCIÎES
Elle manque, malgré les travaux de tant de savans auteurs , qui n’ont pas pris la chose par le côté le plus piquant , je yeux dire en pesant et en évaluant avec goût et avec précision , toutes les tentatives faites et tous les systèmes imaginés pour trouver le •y rai remède <Je la maladie vénérienne.
Les dogmatiques firent mille efforts peu utiles ; c’en étoit fait peut-être de l’espèce humaine , si un heureux empirisme n’eût enfin trouvé le mercure : ce remède mis dans la classe des poisons par les anciens eut moins de peine à combattre la maladie , que les idées des vieux Galénistes ; ils croyoient , peut-etre de bonne foi , que l’art n’alloit pas plus loin que leurs vœux et leurs systèmes.
Quel exemple pour nous , et pour tous les médecins à venir ! je le trouve encore plus parlant que la rude leçon donnée à nos pères , par les premiers partisans de rantiraoine , qui n’etoient aussi , pour le dire en passant , que des espèces d’empiriques.
Enfin la méthode , venant au secours de la pratique , avoit fait des règles de traitement, que nous regardions comme inébranlables ; nous croyions avoir épuisé toutes les manières possibles d’ad» aninistrer le mercure et avoir choisi la meilleure. Qu’arrive-t-il sous nos yeux ? deux nouvelles manières d’employer le mercure s’élèvent à la fois ; les dragées anti-vénériennes et le sublime corrosif viennent essayer de bannir les frictions qui etoient notre grande ressource.
Ces deux remèdes ont des protecteurs éclaires et dont le témoignage étonne et entraîne les suffrages. Les faits accumules parlent en faveur de ces remèdes. Les militaires se livrent avec empressement aux épreuves qu’ils exigent ; ils frayent la route aux habitans des villes , et semblent en quelque manière se presser d’arracher une maladie qu’ils nous ont apportée.
Je dis qu’il n’y a pas des efforts plus considérables à faire , ni des dangers plus marqués à craindre dans l’essai de l’inoculation. Je sens fort bien que cette comparaison n’est pas une raison absolument déterminante pour la tolérance de l’inoculation ; mais au moins elle favorise cette tolérance ; et ceux qui permettent des tentatives sur le sublimé et les dragées , peuvent à moins de risque permettre l’inoculation.
L’ardeur de nos militaires ne demande qu a etre reveillee ; c’est à eux à donner l’exemple dans toutes les entreprises qui exigent de la vigueur : c’est à eux à nous préserver des effets de la terreur qui nous arrête et qui a exigé une protection spéciale de la justice qui cherche le bien.
La petite-vérole est plus à craindre queQcs ennemis : elle menace les grands et le peuple , nos princes et tous les ordres de 1 état. La justice ne cherche que des exemples autrement constates, que par des écritures et des discussions trop minutieuses, pour fonder une loi invariable.
SUR LTIiSTOIRE DE LA MÉDECINE. 635/
5* IV. L/a petite-vérole sur mer , en Amérique : la manière dont nous agissons avec les Nègres répond aux reproches quon fait aux Circassiens et aux Chinois, au sujet de leurs enfans.
La petite-vërole est tout aussi à craindre sur mer et dans nos colonies que dans le continent ; elle y est encore peut-être plus alïreuse : elle y vient toujours plus mal à propos , puisque les operations les plus délicates roulent sur un nombre déterminé d’hommes qu’on n’est pas à portée de remplacer.
Un vaisseau dont l’équipage est de six à sept cents hommes , plus ou moins , part pour sa destination , après avoir énormément coûté à sa nation. II est nécessairement arrêté dans sa course , on est obligé de relâcher lorsque la petite -vérole se déclare sur quelques matelots , surtout si la plus grande partie d’entre eux n’ont point essuyé cette maladie ; la frayeur qui saisit l’équipage augmente la nécessité de le mettre à terre. Le moindre embarras pour le capitaine est de manquer alors aux ordres qu’il avoit reçus.
Voilà une opération, peut-être importante pour l’état, qui est absolument manquée. Les ennemis peuvent tomber sur ce vaisseau dans le moment oh il est , pour ainsi dire , sans défense : on est obligé de mettre les malades à terre , et de les répandre dans des hôjhtaux oh ils sont reçus avec peine , et oh l’on les traite avec l’effroi qu’inspire la contagion qu’ils vont répandre partout. Si tous les marins avoient été inoculés dans leur enfance, ou avant de quitter leur patrie, tous ces inconvéniens desquels dépend quelquefois le sort des empires , ne seroieiit pas arrivés : on n’auroit pas perdu , aux momens les plus pressans , des matelots et des soldats qu’on forme à peine par une expérience de dix années. Suivons un vaisseau marchand qui fait voile vers la Guinée pour y charger des nègres , et les transporter en Amérique. La traite se fait heureusement jusqu’au moment oh le vaisseau qui ne contenoit qu’environ cent hommes, contient de plus quatre à cinq cents nègres de tout âge, et qui sont, pour ainsi dire , les uns sur les autres.
La petite-vérole se déclare sur ces nègres , comme on l’a vu arriver; le capitaine et ceux surtout des matelots qui n’ont point [ eu la petite-vérole, sont dans la position la plus triste. Tout l’équiîiage est en danger soit à cause du mauvais air et des effels qui peuvent s’ensuivre , soit faute de sujets pour la manœuvre. L’exj périence a trop appris à se défier des nègres pour qu’on puisse compter sur eux.
Lorsqu’ils arrivent en Amérique on ne peut s’en défaire : personne ne veut se charger de ces pestiférés : ils meurent abandonnés de tout le monde : l’avarice sordide de quelques habitans les conduit à peine à soigner ces hommes coqime des bêtes presque abandonnées à leur sort : le capitaine et l’armateur sont ruinés ; l’îîe dans laquelle on aborde éprouve les suites de la contagion. Ce dernier malheur n’arriveroit point si les habitans de l’ile avoient été inoculés.
IIECIÎEP.CÎIES
Plusieurs haLitaiis des îles d’Amëri(£ue possèdent jusqidà cent petits nègres ou négrillons créoles , ou qui sont nés dans Pile. Les autres liabitans en ont à proportion de leurs richesses qui dépendent rneme du i^oinbre des nègres : la petite-vérole, comme Texpcrience le prouve, lait périr de même qu’en Europe, un nombre considérable de ces nègres avant qu’ils parviennent à l’âge de vingt-cinq ans.
Mais ici la petite-vérole enlève des nègres précieux pour le commerce qu on a coutume d’en faire , et qui ont coûté beaucoup à former , et dont deux ou trois font souvent l’aisance du maître : elle prend encore plus mal à propos qu’en Europe : en voici la preuve frappante et fondée sur ce qu’on a vu arriver quelquefois.
Un habitant a une sucrerié et deux cents esclaves ; des cannes a proportion : son commerce roule sur ce fonds qui fait subsister plusieurs familles. Î1 faut du sucre; il faut couper des cannes ; d se présente une bonne occasion; la saison presse; quelle doit etre la désolation d’un habitant qui apprend dans ces circonstances que la petite-vérole est parmi ses nègres , que les principaux ouvriers de la sucrerie sont attaqués de la maladie I 11 se voit à la veille d’être ruiné et d’entraîner ses associés dans sa perte ; il perd, pour le plus favorable , quelque nègre précieux et toute sa récolte.
La recolle du café est encore plus périlleuse que celle du sucre. On sait que le café se cueille en Amérique pendant la saison des pluies; il n’est mûr qu’en ce temps-là; il mûrit tout à la fois, et il faut le recueillir pour ainsi dire le même jour. L’habitant a des nègres à proportion du nombre des pieds de café.
La petite-vérole survient : elle empêche ou diminue sensibleineiit la récolte. Les dépenses pour le traitement sont excessives; SI la maladie est maligne, l’habitant perd ses nègres et son habitation. Tout cela n’arriveroit pas si l’on avoit coutume d’inoculer les nègres dans leur enfance , et qu’on choisît pour cette opération les saisons libres , dans lesquelles il n’y a pas des travaux indispensables , ou qui ne peuvent se reculer.
J’insiste sur la perte des nègres et sur les malheurs qui leur arrivent pour plus d’une raison. Premièrement , il est évident que , comme ils font personnellement la richesse des hahitans , les moîils pour les conserver doivent redoubler ; en second lieu , ce qui arrive aux nègres fournit une réponse bien parlante à quelques-uns de ceux qui rejettent l’inoculation.
Ils disent que la raison de l’admettre , tirée de l’exemple des Circassieiis et des Chinois, ne sauroit cire d’aucune valeur parmi nous, qui sommes plus attachés à nos en fans que les Chinois, et qui ne faisons point de commerce de nos filles comme les Circassieiis.
Eh I que sont les nègres dans nos hahilations ? comment les trailet-on? ne les vend-on point, ne les achète-î-on point Notre bumanite en souffre peut-être ; mais il est certain que par les suites nécessaires de notre commerce, nous ne devrions pas trouver mauvais ni étonnant que quelque commerçant s’enrichît en inoculant les jeunes nègres , et les vendant ensuite à un prix d’autant plus considérable qu’ils ne risqneroieot pomt d’avoir la petite-vérole-
Ne nous amusons donc point à murmurer contre les Circassiens et les Cliinois ; tâchons , au contraire , de les imiter un peu plus au sujet de rinoculation ; et s’il faut ne pas leur ressembler , que ce soit en ménageant nos nègres , qui sont nos esclaves j à des titres troj» rigoureux pour eux.