‹ Œuvres complètes de BordeuChapitre 10 sur 96 · NOTICE SUR LA YIË · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LA YIË

avoir le courage de passer pour un homme bizarre en exigeant avec rigueur la juste récompense de ses services. C’étoit alors une chose établie que les auteurs vécussent dans des galetas, tandis que les libraires s enrichissoient du produit de leurs ouvrages, et que les médecins accordassent aux grands des services gratuits en échange de quelques complaisances dont ils se tenoient pour honorés; ou si, comme Dumoulin , on rappeloit les malades avec dureté à l’observation des lois que prescrit l’équité la plus simple , on arrivoit à la fortune par une voie insolite , tout noirci des accusations d’avarice et de cynisme.

Si Bordeu eût retiré de sa pratique et de ses ouvrages les fruits qu’il devoit en attendre, on peut croire que sa carrière eût été prolongée de plusieurs lustres : on l’eût vu quitter de bonne heure une existence toujours contentieuse et toujours agitée , pour jouir, dans le sein d’une retraite paisible , d’un repos plein de dignité; il eût laissé d’indignes adversaires continuer à parcourir les rues fangeuses de la capitale, et se débattre dans la boue, leur véritable élément. Mais arriver au déclin de l’âge , et n’avoir pour perspective qu’une carrière laborieuse et des succès toujours disputés, être forcé à l’activité, quand tout en nous tend au repos, vivre au milieu d’une foule d’intrigans médiocres dont les basses menées excitent sans cesse le dégoût ou l’indignation , rien n’est plus capable de hâter le terme fatal. Bordeu, livré aux attaques d’une goutte irrégulière, le voyoit approcher et l’annonçoit sans effroi. Un voyage aux eaux minérales de son pays, qui lui dévoient la santé , en retour de la célébrité qu’elles tenoient de lui, fut infructueux. Célibataire , et privé du bonheur auquel se sent appelé tout homme bien organisé , il sentoit amèrement le vide de ces jouissances par lesquelles on pense

ET LES OUVRAGES DE BORDEU. xxj

remplacer celles que nous donne le simple exercice des sentimens naturels. C’est dans cette fâcheuse disposition de l’esprit, et dans cette sorte d’isolement moral, que le aS novembre 1776, une dernière attaque d’apoplexie priva la France de l’un des plus grands médecins qu’elle ait produits. La mort le surprit pendant sod sommeil , comme si elle l’eût craint tout éveillé , dirent les agréables du temps.

Qui n’auroit pensé que ces misérables querelles dont l’existence de Bordeu fut trop long-temps tourmentée , finiroient à son trépas ? mais il ne suffit point pour assouvir la haine du plus furieux de ses ennemis. Semblable au chacal qui vit de cadavres , Bouvart accueillit la nouvelle de sa mort par un propos atroce ( i ), et le rédacteur du Journal de Médecine^ fidèle interprète des sentimens du plus grand nombre de ses confrères , annonça cet événement en accompagnant la nouvelle d’un commen taire rempli de malveillance (2). C’est dans ce petit nombre de lignes dictées par la haine que l’on trouve la mention d’un fait ignoré. On sortoit à peine des disputes les plus envenimées entre la Faculté de Médecine et le Collège de Chirurgie : Bordeu, trop éclairé pour ne point s’élever au-dessus d’un misérable esprit de corps, pencboit pour les chirurgiens, et fut soupçonné d’avoir composé pour la défense de leur cause divers écrits anonymes.

Pour nous, qui ne pouvons partager ces injustices contemporaines , il est temps de détourner les yeux trop long-temps fatigués d’un affligeant spectacle : essayons d’apprécier, en terminant cette Notice, l’influence exercée par Bordeu sur les esprits de son

(i) Je n aurais pas cru qiiil fût mort horizontalement,

ip) Journal de médecine. Décembre 1776.

xxij NOTICE SUR LA YIE

siècle, influence dont les effets prolongés subsistent, et doivent le faire regarder comme le fondateur de la doctrine actuelle. Bordeu ne vit point le triomphe de ses idées; admises par quelques bons esprits, elles ne purent s’introduire dans les écoles, et les théories mécaniques de Boerhaave subsistèrent dans l’enseignement jusqu’à l’époque de la révolution. Il étoit

réservé à l’Ecole actuelle de Médecine de Paris de consommer celle que notre auteur avoit si heureusement commencée. Dès les premières années de sa formation , les doctrines boerhaaviennes n’y conservoient qu’un seul défenseur (i) , mais c’étoit en vain que ce professeur, doué d’un tact médical exquis , déployoit toutes les forces de sa dialectique , et prodiguoit toutes les ressources d’un beau talent pour la défense d’une mauvaise cause : personne ne vouloit croire que la fievre intermittente cause une grande violence aux plus petites fibres des vaisseaux et des viscères , en stagnant , en coagulant , en poussant , en fondant^ en atténuant; qu alors le sang fût appausxi y dissout ^ à peine lié , privé de ses meilleurs principes , âcre et épais tout à la fois dans ce qui en reste. L’habile et savant commentateur de Boerhaave et de Stoll, sûr de notre admiration quand il nous initioit dans la science du diagnostic dont il possédoit tous les secrets, n’étoit plus écouté dès qu’il abandonnoit l’histoire des maladies pour ces explications surannées.

C’est des ouvrages de Bordeu que nous vint la lumière dont furent éclairés les premiers temps de cette école. Ce fut de lui que Ton apprit à se tenir en garde contre les applications de la chimie à la médecine, et cela au moment où la première de ces sciences renouvelée sembloit devoir s’emparer du domaine de l’art, et pro-

(ï) M. Corvisart.

ET LES OUVRAGES DE BORDEU. xxiij

mettoit de nous révéler les actes les plus mystérieux de la vie. « Dans l’état actuel de la physiologie , dit » Bichat en commençant Recherches sur la vie et la » mort y l’art d’allier la méthode expérimentale de )) Haller et de Spallanzani aux vues grandes et philo- » sophiques de Bordeu, me paroît devoir être celle )) de tout esprit judicieux ;» aussi se montre-t-il profondément nourri de la substance des écrits de ce dernier, et peut-être, comme on l’a dit, s’est-il surtout illustré en pénétrant plus profondément dans le matériel de l’homme , et en appliquant aux derniers élémens des organes et des glandes les notions que Bordeu n’appliquoit encore qu’à ces parties déjà composées. La méditation attentive de ces ouvrages nous enseignera toujours à nous défendre contre les prétentions des sciences accessoires qui , après avoir tour à tour subjugué la médecine, de nos jours et sous nos yeux , essaient encore de l’envahir. C’est de Bordeu que nous apprendrons à réduire à sa juste valeur tout cet appareil d’expériences futiles et d’étroits calculs, dans lesquels on veut asservir la marche du médecin aux procédés du physicien, oubliant que Fun des plus beaux génies de l’antiquité a posé la limite éternelle entre leurs travaux, lorsqu’il a dit, «où le physicien s’arrête, là le médecin com- » mence. »

Les temps sont arrivés où, prenant l’observation seule pour guide , la médecine doit être envisagée comme une science historique , science dans les fastes de laquelle l’histoire fidèle des phénomènes observés remplira les pages si long-temps usurpées par de frivoles explications. Abandonnons la recherche des causes pour l’étude des phénomènes; c’est par là que notre époque méritera le nom d’hippocra tique ,

NOTICE SUR LA YIE , etc.

non par un respect aveugle pour, les écrits du vieillard de Cos , mais pour avoir rigoureusement pratiqué et suivi la véritable nléthode de philosopher en médecine, méthode dont cet immortel historien des maladies peut être à bon droit regardé comme l’inventeur.

DISSERTATIO PHYSIOLOGïGA

DE SENSU GENERICE CONSIDERATO,

Primum édita Monspelii , 1742.

POSTULATUM EX SECTIONE PPtlMA.

T. Filamenta teretia hæc et albescentîa , quibiis cerebri medullis omnes fere junguntur partes , ner^i , iiomine hodie recepto , dicuntiir ; méningé duj^lici obvoluti , fascicnlis constant pene infiîiitis flbrillariim , nulli oculo cavarum , sed qiiæ paululum intortæ vîdentur, atqiie plicatœ (ut fibrarum omne genus , Leweiioek) pulposæ licet et spongiosæ quibusdam babeantur 5 vi dein ipsi gaudent, qua si finduntur subito distracti bine et inde retrabuntur , alia quacumque fibra flexili forte minus et in ratione experimen“ tis noscenda , cum differentia qua retractio fit in vivo et morîiio, etc.

G A PUT 1. De Sensu in généré^

ÏI. Hominis functio bæc , qua objectî cujuslibet perceptio , nascitur in eo mediante corporis organo quod afficitur varie 5 sensatio , sensiisve potest nuncupari.

III. Nervis autem omnis sensatio debetur, ex Creatoris beneplacito , sectis enim , ligatisve iis , constabat etiam antiquissimo Galeno partem infra positam sensu illico privari , quod Recentioribiis omnimode confirmalum , sicut et quæ proponebat idem de diversitate laqueorum quibus constrictio fit , patescit siquidem J^alsalvœ experimentis nervos adeo post stricturam solutam labefactari quandoque , ac amputatione.

Page 1