ET LES OUVRAGES DE BORDEU
ladies chroniques une métliode dont îe défaut se fait -sentir , à un moindre degré toutefois , dans ses autres productions. Ce défaut de méthode porté plus loin ici que dans ses précédeiis ouvrages, tenoit à la trempe de son génie ardent, qui vojoit tout du premier coup d’œil, et à la multitude de ses occupations, qui ne lui permettoient point de s’arrêter long- temps sur le même objet. Ces occupations toujours croissantes excédèrent enfin la mesure de ses forces , et les premiers accès d’une goutte vague lui firent sentir le besoin du repos. Il commença par réunir les fruits de ses épargnes, et les plaça en viager chez un banquier de la capitale. Les mémoires du temps nous font connoître et le nom du banquier et la somme qui lui fut confiée. Ce banquier étoit M. de La Borde , chez qui Bordeu plaça 80,000 livres. On a lieu d’être surpris que tout le fruit d’une longue et brillante pratique se réduisît à une somme insuffisante pour lui assurer un repos acheté par tant de fatigues ; le désintéressement peu commun de Bordeu ne suffit point pour expliquer un fait semblable; il faut y joindre quelques considérations sur l’état de la société en France vers le milieu du dix-huitième siècle. Quoique le public revînt par degrés à des idées plus justes sur la véritable valeur des choses , il étoit encore du bon ton parmi les classes élevées de ne point payer ses dettes , et le médecin le plus caressé par les grands ne trouvoit que la pauvreté au terme de l’existence la plus brillante. C’est ainsi qu’on voit Lorry, savant médecin, long-temps à la mode, et fêté dans les cercles les plus brillans de la cour et de la ville , recevoir du gouvernement un misérable secours pécuniaire pour aller dans sa vieillesse aux eaux de Bourbonne, Il falloit, pour échapper à cette destinée commune, être revêtu de quelque emploi lucratif parmi les médecins de la cour; ou bien