PREFACE
viendra sans peine que mon Ouvrage est, à cet egard, du ressort de i Anatomie.
Mais il est des gens qui resserrent tellement les Ijornes de cet art, qu’ils le prennent seulement sur le pied d’une histoire simple des parties, et de l’exposition de leur structure ; ils seront peut-être surpris que je mette au rang des recherches anatomiques des discussions qui regardent les usages des parties, leur jeu , leurs liaisons et leurs rapports.
De pareilles objections tombent aisément d’elles-mêmes devant des Anatomistes physiciens, qui s’attachent beaucoup plus à déterminer les usages des parties qu’à en faire des descriptions stériles et ennuyeuses. Je crois avoir de bonnes raisons pour me ranger du parti de ces derniers, et j’ajoute que nous n’avons besoin que de connoître le corps vivant, et par conséquent le jeu de ses parties , et qu’enfin il y a des Anatomistes qui s’attachent trop à des descriptions scrupuleuses et minutieuses, qui ne sont, comme on l’a déjà observé, que le squelette de l’Anatomie, qu’on doit animer J s’il est permis de s’expliquer ainsi.
On sera sans doute plus communément surpris que je semble croire que les détails dans lesquels j’ai été obligé d’entrer sur les glandes puissent être de quelque utilité dans la pratique médicinale.
Bien des gens regardent l’Anatomie, qu’ils appellent V J natomie fine , comme fort inutile, ou du moins comme indifférente pour la pratique. Pourquoi, dit-on, les praticiens s’attacheroient-ils à de si menus détails , puisqu’ils ne doivent jamais en avoir besoin ?
Voici mes réponses à ces objections. Entraîné par de certaines circonstances à m’attacher à l’étude de l’Anatomie , c[uoique je me destinasse uniquement à la pratique de la IVÎédecine , je me suis trouvé ensuite livré à moi-même , et en position de voir des malades. C’est alors, je l’avoue , que , voulant faire l’application des connoissances anatomiques que je pouvois avoir, j’ai souvent regardé le temps donné à l’Anatomie comme perdu.
Mais je ne me suis point rebuté, et je crois être parvenu à sentir que l’Anatomie bien entendue est très-applicable à lai pratique , ou que du moins on ne doit pas se décider légèrement sur celte matière.
Je n’entrerai pas à cet égard dans des détails qu’on pour--!
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roit trouver déplacés; je me contente de faire quelques remarques auxquelles on ne sauroit résister, ce me semble.
Ne conviendra-t-on pas aisément que les praticiens ordi-naires ne sont pas Anatomistes, et que les Anatomistes ordinaires ne sont pas praticiens ? Ne faut-il pas nécessairemeiUf
conclure de cette vérité que le témoignage des uns contre les autres doit être regardé comme fort suspect?
Ceux qui auront étudié l’Anatomie avec attention , et qui auront en même temps vu des malades , sont les seuls juges légitimes de toutes les disputes qui peuvent s’élever à ce sujet.
C’est à de pareils juges que j’en appelle, et c’est devant eux que j’ose avancer que l’Anatomie s’apprend au lit des malades, et qu’on ne peut jamais faire des progrès, surtout dans la partie qui regarde le diagnostic, et les symptômes des maladies, si on n’est pas versé dans l’Anatomie.
Quelle obligation n’auroit-on pas à un Médecin qui s’attaclieroit à déterminer exactement ce qui concerne l’application de l’Anatomie à la pratique médicinale! il n’est pas douteux que l’exécution d’un pareil projet n’exigeât bien J des connoissances au-dessus du commun. Que de réformes n’y auroit-il pas à faire sur la manière dont on apprend ordinairement l’Anatomie , et sur le choix des questions qui occupent le plus les Anatomistes I Ils ne s’attachent souvent qu’à décrire et à chercher scrupuleusement un petit vaisseau, ou les directions de quelques fibres; on est obligé de les suivre dans mille discussions dans lesquelles un si petit objet les conduit, et ils négligent d’observer ce qui se i passe sur les malades au sujet des parties les plus connues et les plus grossières.
La division de la Médecine , en théorie et en pratique , a influé sur toutes les parties de cet art; l’Anatomie s’en est ressentie comme toutes les autres : on a prétendu considérer le corps dans l’état sain, et on a perdu de vue l’état de maladie; on n’a pas fait attention que le vrai moyen de connoître les parties du corps, leurs usages, leur situation , et la position des unes par rapport aux autres , étoit de les suivre dans tous les changemens que font sur elles les différentes maladies.
Il est vrai qu’il y a des Anatomistes qui n’ont pas suivi sur celte matière les idées ordinaires, mais je parle de ce qui se passe le plus communément.
N’est“il pas évident que l’art a souffert de cette conduite I de la plupart des Anatomistes ? Ils ne s’occupent qu’à étudier le cadavre, ils perdent de vue le corps vivant, et surtout ils ne cherchent qu’à s’orienter sur l’état de maladie des parties iSLir lesquelles iis travaillent; des préparations qui n’exigent qu’un simple travail mécanique les tiennent tout entiers ; ils ne consultent jamais les praticiens , les vrais maîtres de l’art : on ne trouve pas même chez eux un livre de pratique ;
. comment connoîtroient-ils comme il faut l’économie aniîiiaie?
PPvEFAGE
Telles soDt à peu près les sources de mille erreurs, eE de bien des inutilités dans l’art; tels sont les motifs qui ont arreté bien des praticiens, et qui les ont éloignés de l’étude de l’Anatomie; on ne leur en a pas fait sentir la nécessité et l’utilité.
Pour moi , je ne considère jamais l’état sain sans considérer l’état de maladie ; je les examine l’un avec l’autre ; je m’étudie a les connoître l’iin par l’autre, et je n’hésite pas à mêler les observations des praticiens consommés avec les connoissances des Anatomistes les plus adroits. De grands maîtres de l’art me servent de guides à ce sujet, et je ne doute pas que ce ne soit là le moyen de former un corps de doctrine ou d’Anatomie médicinale f|ui nous manque.
J ai fait cet Ouvrage en suivant ce plan, que je soumets aux lumières des connoisseurs dont je parlois ci-dessus, c’est à-dire, à ceux qui joindront à l’étude de l’Anatomie les connoissances qu’on acquiert en pratique, et auxquelles il est impossible de parvenir sans voir des malades.
Je n’ai fait, pour ainsi dire, qïi’ébauclier la matière; il m’étoit impossible d’aller plus loin pour le présent; j’ai indiqué dans plus d’un endroit de mon Ouvrage que ce traité des glandes étoit lié fort étroitement avec celui du tissu cellulaire , auquel je travaille depuis quelque temps, et dans lequel j’ose me flatter qu’on trouvera , lorsqu’il verra le jour, de quoi éclaircir bien des questions que je propose aujourd’hui.
Du reste, je n’ai pas examiné la façon dont les humeurs concourent aux sécrétions et aux excrétions, et les changemens qu’elles souffrent pour s’y préparer. Des discussions sur cette matière auroient mené trop loin; il suffit que j’avertisse que je suis convaincu, avec la plupart des bons auteurs, que les humeurs subissent des élaborations intestines qui disposent aux différentes sécrétions, qu’il ne faut pas uniquement attribuer à l’action des solides et aux dispositions des organes. J’ai regardé les humeurs comme faites dans le sang; j’ai considéré les forces qui les dirigent vers un organe , et celles qui les y séparent : c’étoit là précisément ce à quoi je devois m’attacher en suivant mon plan.
C’est aux lecteurs à juger de son utilité, et de la façon dont je l’ai rempli. Je sens combien j’ai besoin de toute leur indulgence, et j’espère qu’ils ne me la refuseront pas, lorsqu’ils considéreront combien la matière que je traite est difficile et épineuse.
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RECHERCHES ANATOMIQUES