SUR LA POSITION DES GLANDES , ET SUR LEUR ACTION
Ç. L De la déjiniiion des Glandes ^ et de leur structure .
.1. ouT le monde connoît assez les glandes ; les remarques de M. Heîster , quelles qu’elles soient , dispensent peut-être , autant qu’elles dégoûtent , d’en donner une définition • elles ne serviroient , comme tant d’autres, qu’à rebuter ceux qui n’ont jamais vu des glandes , et elles n’ajouteroient rien à l’idée de ceux à qui l’on a appris à distinguer une glande des autres parties par la simple inspection.
Peu de gens ignorent les disputes qui ont divisé les anatomistes de ce siècle sur la structure de ces organes ^ il faudroit nécessairement , pour traiter cette matière , répéter ce qu’en ont dit Malpi glii , Ruiscli , Heister, Morgagni et quelques autres auteurs^ ils ont porté cette question aussi loin qu’il étoit possible.
L’ouvrage que Boerliaave a fait'sur la structure des glandes , et qui pourroit faire honneur à un anatomiste , mérite sans doute d’être consulté , quoiqu’on n’ait pas décidé si un des reproches de Ruisch , qui le regardoit comme fort diffus , est bien ou mal fondé.
11 y auroit bien des choses à dire pour comparer les sentimens des auteurs, qui ne sont- peut-être pas aussi différens sur cet article qu’on pourroit le penser.
Il suffit d’avertir pour le présent, qu’il paroît que l’opinion des Malpighiens , bien entendue , pourroit être adoptée par préférence à celle de Ruisch, à laquelle M. Winslow ne s’est pas rendu * ce qui lui a mérité , de la part de Morgagni , des éloges qu’un partisan de Ruisch auroit lieu de prendre pour suspects dans cette occasion.
Disons-le en passant : ne seroit-fl pas à craindre , en traitant cette question, de s’égarer et de donner tête baissée dans les. sectes et les systèmes, comme cela est peut-être arrivé à bien des auteurs? Pourquoi forcer , pour ainsi dire , les suffrages sur des matières problématiques , et prétendre qu’on doit être Malpighien oli Ruischien sans aucune modification ?
Ne peut-on pas avancer que le vrai moyen d’ajrrêter les discussions des Malpighiens et des Ruischiens, qui , comme dans toutes les autres sectes , roulent continuellement sur les mêmes argumens expliqués , retournés et commentés avec les lieux comniLins des disputes, seroit de leur dire qu’ils sont les uns et les autres dans \ l’erreur sur la structure des glandes?
IBien des gens ont pensé à réunir les deux systèmes. N’est-ce pas un moyen de les détruire tous deux?
D’ailleurs les raisons qu’on croit avoir eues de réduire la question de la structure des glandes^ à savoir si elles sont vascuieuses ou composées de follécules , sont-elles si convaincantes , qu’on ne puisse pas soupçonner que les glandes peuvent être spongieuses, ou parenchymateuses, suivant l’expression des anciens?
Maiy , encore un coup , ce n’est pas ici le lieu d’entrer dans des
So RECHERCHES
details sur la nature des glandes^ on se contentera de comparer les systèmes de Descartes et de Newton à ceux de Ruiscli et de Malpiglîi- les Ruiscliiens peuvent être regardes comme les Cartésiens de Fanatomie , quoiqu’ils soient venus plus tard que les Malpighiens; ils expliquent tous les phénomènes avec vivacité, et d’une manière assez séduisante et à la portée de tout le monde; les Malpighiens paroissent moins clairs, et ne pas tant donner àTimagination.
Les disputes des Newtoniens et des Cartésiens sont bientôt finies avec un sectateur de Leibnitz; il en est peut-être à peu près de même en anatomie; il peut y avoir plusieurs systèmes, et il faut avouer qu’il seroit utile , pour les progrès de l’art , qu’on n’accoutumât pas les jeunes gens à prendre parti entre R.uisch et Malpighi uniquement.
Les doutes qu’on ose montrer sur cette matière ont des fondemens dont l’examen appartient à un ouvrage d’une autre nature que celui-ci ; le seul embarras des auteurs qui ont parlé de la structure des glandes , n’est-il pas suffisant pour les établir?
IL Plan de cet Ouvrage.
Quoi qu’il en soit de toutes ces discussions , on examinera dans ce Traité l’action des glandes , surtout de celles qu’on sait évidemment être destinées à séparer quelque humeur particulière , et à s’en décharger ensuite suivant l’occasion.
Il s’agit de développer le mécanisme de la sécrétion et de l’excrétion. On croit devoir commencer par l’excrétion , qui paroît être beaucoup plus du ressort de l’anatomie , et dont les auteurs n’ont parlé qu’en passant , quoiqu’elle doive être regardée comme une des fonctions des plus intéressantes de l’économie animale ; ce qui sera démontré évidemment par la suite de cet ouvrage.
Du. reste, la question principale du mécanisme des excrétions nous conduira , par une voie nouvelle , à nous former , comme par corollaires, des idées sur les sécrétions, dont le mécanisme ne paroît pas assez connu , quelques recherches qu’on ait faites sur cette matière.
Tel est le plan de cet ouvrage : on sera conduit à bien des examens et bien des remarques qui seront peut-être utiles , et qu’on ne fera qu’après avoir averti , une fois pour toutes , qu’il ne faut : pas confondre ce qu’on avancera sur la position des parties, avec ce qui échappera sur le jeu et les usages de ces mêmes parties.
Un anatomiste doit bien distinguer ce qu’il voit d’avec ce qu’il ,1 soupçonne, quelque fondés que lui paroissent ses raisonnemens; mais faut-il qu’il renonce absolument à ce que l’esprit découvre h dans une partie sur ce qui concerne ses usages? Pourquoi ne s’attacheroit-il qu’à des peintures sèches et stériles ? Si les spéculations peuvent être vaines , les détails qui ne sont que des des- « criptions circonstanciées avec trop de scrupule , peuvent être aussi jj inutiles qu’ils sont ennuyeux : il y a deux écueils également dan- gereux à éviter.
§. III. L’ excrétion des humeurs que les Glandes contiennent.
Comment se vident les glandes qu’on nomme conglomérées? ^ Quelle est la force qui fa.it sortir la saUye des parotides et des autres *î
anatomiques. 5j
gknaes pendant !a mastication ? c’est , dira-t-on , la compression
es parties voisines , l’edort qu’elles font sur le corps glanduleux en le resserrant et en l exprimant, ^ ^ ^
Les physiologistes ordinaires enseignent tous cette doctrine • tel est le langage de Boerliaave et de ses disciples , que tout le momie peut aiseme.it consulter; leur sentiment est en ceci , comme en bien d autres choses , peu différent de celui de Bergerus de Bohnius , et des autres auteurs qui les ont précédés.
MM T P'^ysiologistes français , ceux de l’école de Montpellier I. Lazerne et laizes , ont suivi la meme opinion : Heister s’est mi^ fort en col re contre Stahl , qui disoit quj l’âme’av^t sori’™! voyei la salive a la bouche , suivant que cela étoit nécessaire.
Les glandes salivaires ne sont pas les seules qu’on ait cru être mpiimees; on a dit que la lacrymale étoit exprimée par l’action du g obe del’œil lui-même ou par celle de seimusclei; ce senti-
MéLheTdri’Æiê Is SdeTef “
«St
Il seroit mutile de détailler les endroits dans lesquels les mo
dei nés s exp.iquent la-dessiis ; quoiqu’on puisse dire qu’ils se sont
copies sur cette opinion sans l’avoir trop bien examinée, ils l’ap-
puient par quelques raisons, par l’inspection des parties et p-r
quelques expériences dont nous aurons lieu de parler. ’ * “
^ Il est vrai qu’il y a bien des auteurs qui ont parlé de l’irritation
«es glandes , pour expliquer le mécanisme de l’ecoulement des sucs
qu elles contiennent; mais il paroît qu’on n’a regardé cette cause que comme subsidiaire. cette cause
D’ailleurs l’irritation n’est qu’un terme assez vague qu’on a en, ployé sans en déterminer comme il faut la valeur; en un mot il
pr:^:r da"nrir:mt"^‘'
tion're T"' avec atten-
i fi concerne la compression des glandes, et ce au’on a
appelé leur irritation. Commençons par la impression . etlntrons
tout de suite dans le detail. ^ ' t^iuons
§. IV. Les Parotides, ou les 'Glandes salivaires latérales
externes.
paiotides sont de grosses glandes, situées cliaciine vers les
]ui les postérieures des joues, immédiatement devant l’oreille par-dessus le muscle masseter, sur lequel elles s’étendent, entré
l’osle! tempes”^ l’eminence transversale de
La surface externe de ces glandes , qui est bosselée et sillonnée est recouverte des tegumens , sous lesquels il y a quelques fibres dé muscle peaucier, qui vont se perdre sur le tissu filamenteux et aponevrolique , qu, sert d’enveloppe à ces corps glanduleux Le tiers supérieur du bord antérieur de la glande, s’étend vers devant et accompagne le conduit excrétoire découvert par
ilEGHERCHES
Sîenon en 1672^ ce conJuit est plus ou moins gros dans les dilferens sujets^ il est ordinairement dans les adultes comme une trèspetite plume à écrire : il est cojuine tendineux ou ligamenteuxil s’avance sur la portion presque tendineuse du masseter , à peu près à la hauteur de Farcf alvéolaire supérieur , et il se replie pour percer le biiccinateur vers la seconde ou la troisième dent molaire supérieure et postérieure , où il finit comme en bec d’aiguière.
Ce conduit est lâche ^ ou beaucoup plus long que ne le seroit une ligne droite tirée entre ses deux extrémités.
Il faut ajouter à ce que l’on vient de dire , qu’il y a une portion irrégulière de la glande qui s’enfonce dans un creux formé derrière les éminences condyloïdes de la mâchoire inférieure vers les éminences styloïde et mastoïde, dont il n’est pas possible de se former une idée , à moins qu’on ne l’examine bien alten^’-'emenl.
On a même trouvé la glande faisant le tour et en-.jrassant , pour ainsi dire, l’éminence qui porte les condyles de la mâchoire inférieure ; elle a souvent une portion qui s’étend en arrière et en bas , sur les muscles sternomastoïdien et digastrique y elle est aussi quelquefois unie par sa portion inférieure aux glandes maxillaires, dont il sera question plus bas.
Voilà , autant qu’on peut l’exprimer , la position exacte de la glande qu’on avoit décrite , sans dire tout ce qu’il étoit fort aisé d’apercevoir sur sa position , et dont Haller a fort bien parié.
Nous n’avons point de figure qui représente exactement cette position , et ce qui concerne le corps glanduleux et les parties qui l’environnent.
Valsai va a mal fait de déplacer la glande pour la faire dessiner ; il faut mettre la figure qu’il en donne au rang des figures inutiles^ elle donne une fausse idée, surtout de la position du conduit excrétoire. Les glandes lymphatiques qu’il a placées sur le corps glanduleux ont fait dire à Boerhaave , par rapport à la parotide , conglobatam sinu complexa ; ce qui est une remarque fort inutile et qui embarrasse les commençans.
Boerhaave auroit-il prétendu parler d’une espèce d’appendice de la parotide , dont Santorini a fait très-inutilement une glande à part? C’est ce que son commentateur n’a pas décidé ; mais il paroît que Boerhaave ne songeoit qu’aux glandes de Valsaiva , puisqu’il cite cet auteur ; et on sait qu’il a avancé qu’une certaine quantité de lymphe se mêloit avec la salive ; il a même déterminé l’usage de ce mélange, avant de savoir s’il étoit bien démontré.
Quoi qu’il en soit , la prétendue glande de Santorini n’est qu’un petit lobe qui appartient à la parotide, comme Haller l’a fort bien remarqué. Se trouve-t-elle toujours? c’est là ce dont on croit avoir Leu de douter.
Les deux glandes lymphatiques que V'^^alsalva a fait dessiner n’ont rien de remarquable ; il en auroit pu faire représenter plusieurs qui environnent la parotide, comme il y en a sur toutes les glandes conglomérées , et que M. Winslow indique sous le
1)0711 de parotides Ijmpliatùpies. Aojez ce que dit là-dessus M. Moiiroo , Mémoires d' E dimboiirg .
Au reste, le nombre prodigieux de nerfs et de vaisseaux que les parotides reçoivent est assez connu ; cette glande est traversée par des nerfs et des vaisseaux auxquels elle donne , pour ainsi dire , un passage. La nature a apparemment eu des vues dans cette disposition particulière ^ mais il est fort difficile de les découvrir • les anatomistes n’ont pas même soupçonné qu’elle dvit avoir bien des usages à l’examen desquels on, ne croit pas devoir s’arrêter.
Mais on ne peut s’empêcher d’admirer l’adresse et le courage de Heister , qui dit avoir emporté toute cette glande. Seroit-il prudent de vouloir l’imiter ? Seroit-il permis de l’entreprendre ? Que pensera-t-on du traducteur de Boerhaave qui dit que la crainte d’ouvrir le conduit de la parotide ne l’a jamais arrêté? L’a-t-il fait ouvrir de propos délibéré ?
§. V. Si la Parotide est bien placée pour être comprimée.
N’est-il pas naturel de penser, vu cette position, que la mâchoire ne sauroit se mouvoir et ses muscles se contracter , que la glande ne soit comprimée , exprimée et vidée ?
Ne doit-on pas admirer la sagesse du Créateur , qui a placé ces glandes de façon qu’elles fournissent les sucs qu’elles contiejiiient , précisément lorsque ces sucs sont le plus nécessaires, et s’arrêter à faire des exclamations , comme Haller même vient de le faire dans sa nouvelle Phg’siologie?
Venons à l’examen de l’opinion de la compression prétendue : oii sont les preuves de ce système ? on ose l’avancer , il n’en est point qui doivent satisfaire; les anatomistes n’ont pas travaillé làdessus ; ils se sont contentés des idées que le premier coup d’œil fait naître. L’exposition des raisons qu’on va détailler, démontrera combien les fondemens de cette opinion sont peu solides.
La parotide sera comprimée et exprimée en partie , ou dans sa totalité , pendant que la mâchoire sera abaissée , ou lorsqu’elle se fermera. Ceux qui suivent l’opinion commune ne sauroient s’empêcher d’accorder cette proposition P personne ne l’a examinée. Nous tâcherons de faire cet examen, en prouvant que la compression de la parotide est impossible dans tous les cas , et on fera en sorte de ne rien laisser qui puisse servir de ressource à un homme qui, étaiitdéterminé pour l’opinion ordinaire, trouveroit dés moyens pour la soutenir , si on n’examinoit pas jusqu’à la moindre portion de la glande.
YI. Façon de démontrer que la Parotide ne sauroit être
• comprimée.
Ox peut , pour faire la démonstration de ces parties, découvrir d’abord la parotide , et la diviser en deux poi fions principales ; et pour faire cette division , on placera le scalpel sur l'angle ossenii de la mâchoire inférieure ^ pour le diriger ensuite vers le zygoma ,
S4 REGHEPiCHES
en emportant toute la partie de la glande qu’on peut appeler externe , qui est précisément celle qui s’étend sur le masseter , et qu’on laissera attachée au conduit , dans l’opération ou la pré-v paration dont il est question.
La partie qui est enchâssée dans la cavité dont on a parlé plus haut ( §. IV ) , reste dans sa position , c’est-à-dire dans un creux Lomé par des os.
Cette dernière portion est précisément celle qui paroît placée îe plus favorablement pour être exprimée par la mâchoire inférieure ; c’est du moins ce que des connoisseurs , devant lesquels nous faisions ces démonstrations , ont prétendu , et il y en avoit qui le faisoient avec cette vivacité qui suppose qu’on est déjà déterminé , et qui est si dangereuse , lorsqu’on prétend faire des progrès.
Examinons donc ce qui arrive à cette portion de glande lorsque la mâchoire se meut • que doit-il arriver lorsqu’elle est portée en en-bas , lorsque la bouche s’ouvre ? La glande , disent les partisansvde l’opinion que nous combattons , est dans une cavité Lornée par des os ^ cette cavité diminue , puisque la mâchoire est portée vers la base du crâne , la glande est dans un pressoir presque totalement osseux ^ il est donc nécessaire qu’elle soit exprimée yen faut-il davantage pour soutenir l’opinion ordinaire?
Demandons en passant à un lecteur attentif, s’il est bien persuadé de la validité de la preuve qu’on vient de rapporter • s’il jie renoncera pas à l’opinion des compressions , et s’il n’abahdonïiera pas l’autre portion de la glande , lorsqu’on lui aura fait voir qu’il se trompe sur celle-ci.
Nous avons trouvé de bons esprits qui crovoient en effet que l’opinion ordinaire ne pouvoit subsister si on détruisoit cette preuve • il y en avoit d’autres avec lesquels la dispute n’étoit pas sitôt vidée j ils vouloient avoir des ressources pour la faire durer. Voici ce que îious avons souvent dit aux uns et aux autres :
Faites mouvoir la mâchoire inférieure , ouvrez la bouche ^ qu’arxive-t-il ? L’espace formé par les branches montantes de la mâchoire inférieure et par la base du crâne, augmente bien loin de <liminuer- la glande qui est nichée dans cet espace ou dans cette fosse , n’est donc pas dans un pressoir.
Mais l’espace dont il est question augmente-t-il en effet? Chacun peut le voir sur le cadavre , surtout après avoir enlevé la parotide on voit évidemment augmenter , pendant l’abaissement de ïa mâchoire, le creux dans lequel la glande étoit contenue; et, pour n’avoir rien à désirer là-dessus , il faut placer le doigt dans ce creux ; on sentira qu’il est beaucoup plus à son aise lorsqu’on abaisse la mâchoire, que lorsqu’on l’élève.
Chacun peut encore sentir sur soi-même , en portant les doigts vers le derrière des joues, que les éminences condyloïdes de la mâchoire se portent vers le devant quand on ouvre la bouche; elles passent de la cavité glénoïdale , ou articulaire , ^iir la tubérosité qui est à la base de l’éminence zygomaticpie.
Cela est évident, et sans doute bien concluant ; un coup d’œil
siifffit pour se convaincre de ce qu’on avance , et il est aisé d’en lirer les conséquences qui se présentent d’elles -mêmes contre les prétentions de ceux qui ont cru que la parotide étoit dans une sorte de pressoir. On a trouvé bien des gens qui ont abandonné l’opinion commune à la simple inspection de ce mouvement.
VIT. Remarques sur V articulation de la mâchoire et sur
son mouvement.
Il n’est peut-être pas inutile d’avertir que nous avions fait insérer la remarque suivante dans une thèse imprimée à Montpellier en 1742-
Maxilla inferior dum adducitur versus pectus , primo qiiidem intuitu parotidem premere videtur , verum attendenti patet , processum condjloideum a cavitate glenoidea ad tuberculum articularem dictinn transire , dum os aperitur, atque adeo adaugetur , spatium inter cranii hasim et apophj'sim condjloideam , quomodo ergo premeretur glandula? Vid. Chilijicationis Historiant D. de Disse , apud Rochard , Monspel. 1742.
M. Monroo a fait , sur cette articulation , quelques remarques qui ont du rapport avec ce que nous avions avancé , et qui étoit déjà répandu avant l’impression de la thèse dont il s’agit , puisqu’on avoit fait là-dessus des expériences en public. On trouvera ce que M. Monroo a dit dans les Mémoires d’ Edimbourg y et on verra que , quoique l’auteur ait fait à peu près les mêmes remarques que nous avons faites, il n’en a pas conclu ce que nous en concluons contre la prétendue compression de la parotide. •
Ceux qui voudront se donner les peines nécessaires , trouveront quelque chose d’approchant à ce que nous avons dit sur le passage Mes condyles de la mâchoire , de la cavité glénoidale sur la tubérosité zygomatique , dans ceux qui ont tant disputé sur l’endroit de l’articulation , ou sur celui oii il falloit placer les condyles de la mâchoire inférieure dans les squelettes^ mais il s’en faut de beaucoup que cela soit assez clair et assez exact.
Enfin , on trouve dans les Mémoires de l’Académie des Sciences , qui ont paru en l’année 1748 , au sujet des mouvemens des condyles de la mâchoire inférieure , que nous avions avancé en 1 742 , et que nous regarderons dés^Jhais comme confirmé , puisqu’un anatomiste de réputation l’a découvert de son côté. Les vérités sont toujours mieux reçues lorsqu’elles sont rendues publiques par de grands maîtres.
Ajoutons qu’en parlant des usages du digastrique , par rapport à la mâchoire inférieure, j’ai avancé, en démontrant l’anatomie à Alontpellier en 1746, que ce muscle pouvoit, lorsque l’os hvoïde est fixé , ouvrir la bouche , et en abaissant la mâchoire inférieure et en portant en arrière tout le reste de la tête , ou bien en élevant la mâchoire supérieure; nous avons considéré les deux mâchoires comme les deux branches d’une tenaille qui sont mobiles l’une et l’autre , etc.
Ï1 y a eu à ce sujet bien des disputes dont on pourroit citer des témoins respectables. M. FeiTein a proposé la même action du digas^
trique j on trouve cela imprimé dans les Mémoires de i ^44^^ l’Académie royale des Sciences, et il faut convenir qu’en suivant l’ordre des temps auxquels on lit les Mémoires et ceux auxquels on les imprime , M. Ferrein avoit donné son Mémoire avant qu’on eût pensé, à Montpellier, à l’action du digastrique dont il est question ‘ mais , assurément , nous n’avions pas appris que cela eût été avancé à Paris : quoi qu’il en soit, la découverte appartient à M. Ferrein • on n’a rapporté , en deux mots , ce qui s’est passé à Montpellier, que pour la confirmer.
Les diffé réns auteurs étoient fort indéterminés sur les mouvemens de la mâchoire , avant que AI. Ferrein eût examiné cette matière* ce que ce savant anatomiste a remarqué sur ses mouvemens , et notamment sur le mouvement latéral, prouve que la parotide ne sauroit être comprimée pendant ce mouvement, comme on l’auroit pu croire , en imaginant que , lorsque la mâchoire se porte d’un côté , l’éminence condyloide de ce même côté sort de sa cavité , et se jette vers le dehors.
M. Ferrein a démontré que tout le mouvement se fait précisément par le condyle ojDposé , qui ne change de position que, comme il le fait, lorsque la mâchoire s’abaisse.
Ainsi , ceux qui avoient recours aux prétendus mouvemens latéraux , ou de rotation, de condyles de la mâchoire pour faire comprimer la glande , n’avoient aucune sorte de preuve à apporter.
VIII. Suite de V examen de la première portion de laParotide.
N’abavdovnons point la portion de la parotide enchâssée dans la cavité dont il a été question (§. iv et vi) • on ne sauroit disconvenir qu’elle ne soit bien à l’abri de la compression lorsque la mâchoire est abaissée , puisque l’espace qui la contient augmente dans ce temps-là.
Il n’y a pas apparence qu’on vouliit aAuancer qu’elle est comprimée , lorsque la mâchoire inférieure est élevée ou appliquée à la mâchoire supérieure y car“alors il arrivera seulement que la glande remplira exactement sa cavité , et qu’elle sera dans son état naturel y et , dans tous les cas , elle sera bien libre , et on ne pourra assigner aucune cause qUieP^^isse opérer une véritable expression.
Il est vrai, dlra-t-on , que la ‘portion supérieure et même la plus considérable de cette partie de la glande , n’est pas comprimée dans les rnou.vemens de la mâchoire^ mais sa portion inférieure , celle qui répond à l’angle de la mâchoire et à l’éminence inastoïde , doit l’être certainement , et l’est en effet , comme il paroît par l’inspection qui démontre que l’angle de la mâchoire s’approche de l’éminence mastoïde lorsqu’on oi^AEre la bouche.
Il est évident qu’il faut bien manquer de preuA^es pour en chercher de pareilles. Quelle est la portion de la glande qui répond à l’angle de la mâchoire et à l’éminence mastoïde Ce peut être à peu près la huitième ou tout au plus la sixième y or , quand même il séroit vrai que cette petite portion de la glande fêit comprimée , pourr-oit-on pour cela suivrede sentiment communément reçu?
ANATOMIQUES. ♦ Sj
Mais on doit bien remarquer que , pour rapprocher Fangle de la mâchoire et rëminence mastoide autant qu’il est nécessaire pour serrer la partie de la glande qui se trouve entre deux , il faut ouvrir la bouche beaucoup plus qu’on ne le fait dans les attitudes naturelles.
D’ailleurs , cette partie de la glande ne saiiroit être saisie dans cet espace 3 elle fait une espèce de bascule • elle se porte en haut, oii elle trouve moins de résistance : la mâchoire inférieure favorise ce mouvement* car, à proportion que sescondyles sont portés en avant lorsqu’on ouvre la bouche , ils sont aussi portés en bas , puisqu’ils descendent à l’extrémité de ce qu’on nomme éminence articulaire 3 l’angle de la mâchoire descend aussi, et il favorise dans la glande l’espèce de mouvement ou de contour dont il est question , et que l’on concevra aisément en faisant attention à la disposition des parties.
Enfin , il ne faut pas oublier que , quoique la glande fut un peu pressée d’un côté et relâchée de l’autre , il n’y auroit pas lieu de soutenir qu’elle fût comprimée , en prenant le terme de compression , comme on l’entend communément dans cette question,
§. IX. Première expérience en notre faveur.
Après tout , voici une expérience qui paroît concluante^ il y a déjà huit ans que nous l’avons faite à Montpellier devant tout le monde :
Prenez une portion d’éponge de la grosseur et de la figure de la partie de la glande renfermée dans la cavité qui est derrière les éminences condyloïdes de la mâchoire j imbibez-la d’eau j mettezla à la place de la glande que vous aurez enlevée j enfoncez-la ]>ien dans le creux et faites mouvoir la mâchoire : il paroit que l’éponge doit se vider si elle est comprimée j il devroit au moins sortir quelques gouttes d’eau. Mais qu’arrive-t-il dnns l’expérience ? l’éponge ne se vide pas j on a beau mouvoir la mâchoire inférieure , pourvu qu’on le fasse en suivant de bonne foi les directions naturelles du mouvement de cette partie , l’éponge ne se vide pas ÿ elle n’est donc pas comprimée : pourquoi la glande le sêroit-eile ?
On peut , ce me semble , conclure, après ce détail , que la portion de la glande que nous avons laissée derrière les éminences montantes de la mâchoire, en faisant l’incision dont on a parlé (§. vi), n’est point pressée et gênée, en un mot, exprimée, comme on l’auroit cru, par la mâchoire inférieure.
Or , si on se donne la peine de mesurer et de peser cette partie de la glande , on verra qu’elle est au moins les deux* tiers du total • le sentiment communément reçu peut-il enfin subsister après tant de preuves qui le détruisent?