X. Examen de l’ autre portion de la Parotide
Il faut , pour ne rien négliger , examiner la portion de la glande que nous avons enlevée par notre incision (§. vi).
Quelles seroient les forces qui pourroient la comprimer? Les muscles , dira-t-on , le steriio-mastoïdien , le masseîer , et même le
digastrique; d’ailleurs la peau serre la glande suivant qu’elle est plus ou moins tendue dans les diiïérens inouvernens de la mâciioire ; il semble qu’on peut négliger quelques petites fibres du muscle peaucier.
Mais si la peau est toujours lâche sur la glande , qu’a-t-on à répondre? Pourra-t-on dire qu’elle est collée sur le corps glanduleux et qu’elle le serre? Qu’on l’observe, en effet , sur le vivant , cette portion de la peau qui recouvre la glande , qu’on ait soin de ne pas la confondre avec celle qui recouvre le masseter , et il sera facile d’apercevoir qu’elle n’est génée dans aucun des mouvemens de la mâcliolre.
ïl sera aisé de le prouver en la pinçant et en la fronçant , fEiisant ensuite mouvoir la mâchoire, qui est très-libre , quoique la peau n’ait pas son étendue naturelle ; preuve évidenté que la peau n’est jamais assez tendue pour comprimer la glande dans aucun des mouvemens de la mâchoire.
îl est toujours question de la peau. qui recouvre le corps de la parotide; elle ne la gène jamais, non plus que la simple peau du bras ne gêne les muscles ni les veines dans les différens mouvemens.
Supposé encore que la glande fut portée en dehors dans les mouvemens de la mâchoire, la peau ne céderoit -elle point, ne seroit-elle pas jetée en dehors sans faire la moindre résistance , comme elle l’est en effet dans les mouvemens des muscles des ex- . trémités? Que diroit-on si nous avancions que le masseter est comprimé par la peau qui le recouvre ?
§. XL Examen de l’action des muscles sur la Parotide.
Peu de réflexions suffisent pom' détruire ce qu’on pourroit dire au sujet des muscles; la glande n’atteint pas toujours le muscle sterno-mastoïdien , celui-ci est ordinairement relâché quand la glande se vide ; pourquoi donc avanceroit-on que la contraction de ce muscle exprime le corps glanduleux? S’il le faisoit , ce seroit en pure perte , puisque la salive n’est pas plus nécessaire lorsque ïe muscle sterno-mastoïdien est contracté que lorsqu’il est relâché.
Le digastrique est si grêle, ’et il touche pour l’ordinaire si peu à la glande , qu’il ne mérite pas attention ; il est aisé de prouver que , supposé que son corps postérieur , dont il est question ici , se contracte lorsque la ijiâchoire s’abaisse , il agira précisément alors beaucoop moins sur la glande ; car il s’en éloigne en changeant un peu de direction , et devenant moins transversal.
D’ailleurs il suffiroit de remarquer que, quoiqu’on puisse dire, le tissu des muscles n’est pas plus dur que celui de la glande , dans quelque état qu’ils se trouvent; il seroit pourtant nécessaire qu’il le frit , pour que la pression eut l’effet qu’on demande : cette preuve est sans répliqué , surtout par rapport à la plupart des muscles qui sont dans le voisinage des glandes.
Le masseter mérite une attention toute particulière, non point par rapport à la glande, qui ne porte pas sur ce mus.cle autant {}iL’on pourroit le croire , mais par rapport au canal excrétoire.
ANATOMIQUES. Sg
Nous avons dit (§. iv) que ce conduit rampoit sur ïc masseter, et nous observions qu’il étoit lâche. Morgagni avoit fait la même remarque , et il ajoutoit qu’il êtoit disposé de cette façon pour li’êîre pas rétréci par l’action du masseter.
Il falloit qu’il cédât aux mouvemens du muscle qui l’étendent , qui le redressent , et qui font que la salive coule plus aisément dans la contraction du muscle que dans le relâchement , par la mécanique que nous exposerons dans la suite. ‘
Ajoutons ici qu’il faut raisonner sur la portion de la glande qui s’étend sur la partie postérieure du masseter , comme sur le canal excrétoire^ le muscle allonge un peu cette portion de la glande, il la secoue, il la fait remuer, et il en résulte des effets que nous examinerons ailleurs.
Remarquons aussi , par rapport à ceux qui croient que la peau est très-tendue et très-serrée par l’action du masseter, qu’elle est concentrique avec le conduit , et qu’elle est portion d’une plus grande circonférence • de sorte que , si le conduit n’est pas tiraillé et pressé autant qu’il le faiidroit pour perdre sa cavité , il ne paroît pas que la peau puisse l’être autant qu’il le faut pour faire effort sur la glande.
§. Xn. Deuxieme , troisième et qualrieine expériences en notre
faveur.
Voici une expérience qui éclaircira peut-être la question. Qu’on emporte tout le corps de la glande , après avoir fait une incision cruciale à la peau et relevé les lambeaux • qu’on mette à la place du corps glanduleux une éponge de même figure et de même volume, qu’on aura eu soin de remplir d’eau , sans la trop charger cependant* qu’on replie les lambeaux pour les coudre ensemble, sans comprimer l’éponge* enfin qu’on remue la mâchoire inférieure , et l’éponge ne se videra point * la plus légère compression suffit pourtant pour exprimer plus ou moins d’eau d’une éponge qui en est imbibée. ,
Mais ,9e tte expérience, qui ressemble beaucoup à’ la première que nous avons rapportée (§. ix) , est plus difficile et plus compliquée qu’on ne le croiroit d’abord 3 on peut trop imbiber l’éponge, ou ne pas l’imbiber assez , etc. En voici une autre qui est plus concluante 3 nous l’avons faite en 1742.
Injiciehat amicus aquam per salivalem ductum. in glandalam , eamqiie replehat sinnme y motaqiie dein rnaxilla. inferiori for U ter y ne giittula quidem ejfluebat aqiiœ. Chilific. Hist. vu.
Cherchez vers le buccmateur le conduit excrétoire de la parotide 'y percez-îe , et injectez de l’eau dans la glande avec une seringue convenable ; elle grossit , et elle est beaucoup plus pleine que dans aucun état naturel avec moins d’une once d’eau ; faites ensuite mouvoir fortement la* mâchoire inférieure , et vous verrez qu’il ne sort pas une goutte d’eau par le conduit excrétoire.
Cependant on a fait l’ouverture vers la partie moyenne du conduit, ce qui devroit favoriser l’écoulement de l’eau, qui trouveroit beaucoup plus de résistance s’il falloit qu’elle sortît par
6o FiEGIlERCHES
Forihcc qui aboutît dans la bouche , à cause des replis du canal.
On fera dans la suite quelques remarques sur cette expérience , qui doit paroître bien extraordinaire aux partisans de la compression , et d’où nous concluons seulement que les mouvemens de la mâchoire ne sont pas la principale cause de l’excrétion : nous avouons qu’elle ne prouve pas évidemment que la glande n’est pas comprimée.
On lie manquera pas de dire que toutes ces expériences étant faites sur le cadavre , où les parties sont affaissées , et où les muscles n’ont point de mouvement , elles ne prouvent rien ; au moins proijvent-elles que l’espace que la glande occupe ne doit jamais augmenter ni diminuer, puisqu’une éponge pleine d’eau ne se vide point dans les mouvemens de la mâchoire.
D’ailleurs on a coutume de conclure que les muscles du basventre concourent , par leur action , à l’excrétion des matières fécales et de l’urine , de ce qu’en comprimant ces muscles sur le cadavre, les matières fécales sortent par le rectum , et l’urine par l’urètre j n’est-ce pas là conclure de ce qu’on trouve sur le cadavre pour ce qui doit être sur le vivant .^ Le raisonnement qu’on fait sur cette question n’indique-t-il pas que , si les matières ne sor— loient pas dans le cadavre par la compression des muscles , on en poiirroit conclure que ces muscles n’entrent pour rien dans l’excrétion des sujets vivans ?
Après tout, voici des expériences sur le vivant. Un homme avoit sur la peau qui recouvre la parotide , une tumeur qui la tendoit extrêmement , et qui cornprimoit certainement la glande ^ cependant il avoit la bouche sèche du côté de la tumeur j pourquoi , si la compression favorisoit l’excrétion ?
Nous priâmes un malade qui salivoit, d’appuyer sa tête sur sa main, après avoir placé son coude sur une table j la main portait sur le corps de la parotide , et nous l’avions placée de façon que le conduit ne frit pas comprimé j qu’arriva-t-il? La salive , loin de sortir avec plus de force , étoit retenue.
Ces expériences , dans lesquelles le corps de la glande etoit certainement comprimé , nous faisoient dire ( §. xii) , plus haut , que quoique la glande bien remplie d’eau ne se vidait pas par l’action de la mâchoire , il ne s’ensuivoit pas évidemment qu’elle ne fut pas comprimée.
Nous devons avertir que, si l’on se trouve à portée de réitérer les expériences dont nous parlons, il faut bien prendre garde dé confondre la salive que les sujets qu’on examinerait pourraient retenir dans leur bouche sans l’avaler, avec celle* qu’on croirait venir de la glande comprimée.
On pourroit nous opposer que , lorsqu’il survient des dépôts à la parotide , à la suite des maladies, et que l’on a fait les ouvertures nécessaires jtour donner issue aux nlatières purulentes , les mouvemens de la mâchoire expriment quelquefois le pus , ou le font couler en grande quantité.
Nous convenohsde ce qu’on avance ici ; le cas est possible , quoiqu’il ne soit pas ordinaire j mais il est essentiel de remarquer que
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les matières purulentes ne viennent point précisément des vaisseaux de la parotide j le pus s’est creusé une cavité que les secousses de la mâcîioire vident : il n’en est pas ainsi de la salive , comme on le verra dans la suite.
Au reste , il ne se fait jamais de dépôt vers ces parties , qu’elles n’occupent beaucoup plus d’espace que dans l’état naturel , ce qui fait que la mâchoire ne peut se mouvoiiq que les parties n’en souffrent et ne soient tiraillées extraordinairement. On trouvera dans le § suivant d’autres réponses à cette objection.
Xni. Autres remarques contre l’opinion ordinaire .
^ Ce que nous avons dit des expériences dans lesriuelles la parotide étoit certainement comprimée, nous conduit à de nouvelles réflexions contre l’opinion ordinaire ; nous osons avancer rpie la compression simple , loin d’être favorable à l’excrétion , i’empêcberoit au contraire.
En effet, elle agiroit aussi efficacement sur le conduit sécrétoire que sur l’excréioire ^ elle fronceroit également tous les petits vaisseaux artériels et veineux. Qu’on prenne une portion de glande , qu’on la serre dans sa main 3 011 s’apercevra aisément qu’on ride , qu’on plie et qu’on fronce tous les petits vaisseaux , dont les sucs devroient être arrêtés, s’il arrivoit que la glande put être quelquefois dans un pareil état sur le vivant.
11 n’en est pas d’une glande comme de la vessie , par exemple, qui peut se vider par la compression extérieure^ cette expérience pourroit eu imposer, on en concluroit tout en faveur du système que nous combattons^ mais voici la différence qui fait que l’on se trompe dans l’application de l’expérience.
La vessie est un réservoir qu’on presse avec la main ou autrement j cette compression n’agit pas sur le conduit excrétoire qui reste ouvert , et par lequel la liqueur peut se vider • mais qu’on applique la vessie sous un poids qui agisse sur le canal excré- .toire , comme sur le réservoir, et celui-ci ne se videra certainement pas.
On peut considérer, si l’on vent, la parotide comme un composé de petites vésicules , qui ne contiennent qu’une très-petite quantité de liqueurs • elles ont chacune leur petit tuyau excrétoire qui va aboutir au canal commun • ces petits canaux ne peuvent pas résister à la compression extérieure • ils sont repliés et pressés , comme nous le disions tout à riieiire , de sorte (pie tout est suspendu, tout souffre dans une glande qu’on comprime, et elle ne se videra jamais tandis qu’elle sera gêiiée.
La parotide dans laquelle le jÆs s’est creusé une cavité devient line sorte de réservoir , c|ui peut fort bien être vidé , comme la vessie , lorsqu’on en comprime le coqps ^ mais le pus qui sort de la parotide, sort-il par ses tuyaux excrétoires? suit-il les roules de la salive? la différence de ces deux excrétions saute aux yeux.
Ajoutez à tout ce que nous venons de dire que l’excrétion des glandes , telles que la parotide , n’est pas , à proprement parler ,
REGHEP.CHES
une simple e'vacuation , comme celle de Furine contenue dans la vessie. Il faudra éclaircir cette proposition dans la suite.
§. XIV. Objection.
OlV dira que ce que nous venons de rapporter prouve qu’une pression forte et continuelle ne pourroit , en elïet , que gêner le cours des humeurs dans une partie , et s’opposer à la sécrétion autant qu’à l’excrétion ^ mais une compression par intervalles ne peut qu’être très-favorable à l’évacuation d’une glande ) elle videra les cellules qui se rempliront à l’instant du relâchement • elle n’agira que sur les petites artères qui sont plus fortes que les racines du conduit excrétoire ^ de sorte que la sécrétion ne sera jamais totalement interceptée.
Et ceci , ajoutera-t-on , est fondé sur la disposition des parties 5 tous les vaisseaux de notre corps étant comprimés , les humeurs coulent avec plus de force dans leur cavité ; les différens réservoirs , l’estomac , les intestins , la vésicule du fiel et la vessie urinaire , se vident par l’action des causes extérieures ^ il en est de même de toutes les glandes.
La mâchoire comprime la parotide , dans laquelle la sécrétion se fait comme par parties , par exemple , dans une certaine portion de la glande , lorsque la mâchoire s’abaisse , et dans une autre lorsqu’elle est élevée , et ainsi réciproquement * de sorte qu’il J a toujours une portion de la glande exprimée et une autre qui ne l’est pas • une qui se vide , et une autre qui se remplit j ce qui fait un écoulement continuel tandis que l’on mange ou que l’on parle.
Cette objection mérite quelque attention • c’est beaucoup d’abord , que l’on soit forcé d’avouer qu’une compression presque continuelle empêcheroit l’excrétion , en arrêtant la sécrétion • ce sera désormais quelque chose d’éclairci.
On prétend que les glandes . souffrent une compression assez forte pour causer l’excrétion ou l’évacuation des petits réservoirs excrétoires, sans qu’elle porte sur les vaisseaux qui font la sécrétion • ne seroit-ce pas par esprit de système qu’on avanceroit une pareille proposition?
Car enfin n’y a-t-il pas aj^parence que les artères pulpeuses qui font la sécrétion , sont aussi mollasses que les v^aisseaux excrétoires j et la compression , quelle qu’elle soit , ne gêiiera-t-elle pas, en rapprochant les parties l’une de l’autre, les capillaires qui sont les racines du conduit excrétoire ?
Si le petit canal excrétoire part d’un follécule auquel le sécrétoire vienne aboutir ^ ce follécule resserré ne recevra pas les sucs du vaisseau sécrétoire • cela parole évident, et quelque combinaison qu’on puisse imaginer , la compression tendra autant à faire refluer les humeurs vers les artères , et surtout vers les veines , que vers les conduits excrétoires.
D’ailleurs , qu’entend-on par cette pression et ce relâchement qu’on imagine succéder réciproquement aux différentes - parties de la glande? Cette idée^ qui n’est qu’ingénieuse et qui n’a aucun
fcni^.emeRt , appartient à un homme d’esprit avec lequel nous raisonnions sur cette question ^ il atoua que son idée n’étoit que spécieuse.
îi tâchoit pourtant de prouver au moins la possibilité de son opinion , en prenant dans les physiologistes des exemples de quelques propositions aussi subtiles , ou plutôt aussi frivoles, et qui îi’avoient pas plus de fondement ^ il rappela l’idée de Boerhaave sur les mouvemens du cœur et sur les compressions alternatives de ses nerfs , et d’autres opinions.
On sent de quelle façon ces exemples prouvoient les compressions alternatives des parotides , et il est fâcheux qu’il faille attendre que le temps vienne à désabuser tout le monde de plusieurs systèmes singuliers, qui n’ont d’autre fondement que l’autorité que leurs auteurs ont su s’acquérir.
S’il étoit permis de raisonner ainsi sur de pures suppositions y on n’auroit qu’à dire que les glandes sont spongieuses et cellulaires , qu’une de leurs portions commimique avec l’autre , et qu’ainsi la salive poussée par la compression , et déplacée d’une portion de la glande , iroit dans une autre qui ne seroit pas comprimée dans cet instant , et ainsi de suite ÿ mais c’est trop s’arrêter à de simples imaginations.
Enfin il n’est pas possible de répondre , pour le présent , à tous les points de l’objection qu’on vient de faire ÿ nous y répondrons à proportion que l’occasion s’en présentera. Elle ne doit être regardée , après tout ce que nous avons dit , que comme une péti-> tion de principe ^ on y avance bien que toutes les glandes du corps sont comprimées ÿ mais on ne le prouve point , et nous prenons la liberté de le nier , fondé sur les remarques que nous avons faites jusqu’ici. Il ne faudra pas manquer de dire quelque chose de la vessie et de l’estomac.
§. XV. Conclusion qu on peut tirer de tout ce qii on a dit
jusqu ici.
Nous concluons de tout ce qui a été dit qu’on ne peut pas soutenir que la parotide soit comprimée dans les haouvemens de la mâchoire , et que la compression pourroit nuire à la sécrétion et à l’excrétion • de sorte qu’.il faut surtout admirer comment cette glande est placée merveilleusement entre des parties qui paroissent devoir la gêner, sans que cependant elle soit comprimée.
Reste à savoir si nous nions que la glande soit remuée , secouée et agitée dans les mouvemens de la mâchoire. Non sans doute , nous ne le nions pas , et on verra dans la suite comment nous croyons que ces doux mouvemens et ces trémoussemens servent à Fécoulement de la salive.
Nous ne saurions taire que M. Senac , dans son Commentaire sur Keister , se sert précisément du mot agitées , en parlant de l’impression que reçoivent les glandes par les mouvemens de la mastication ÿ mais il s’est mieux expliqué dans l’article du pancréas ÿ il a adopté l’opinion de la compression , et il a fait voir qu’il suivoit, siu' cette matière ^ les idées des physiologistes ordinaires.
Nous croyous cette remarque uccessaire , afin qu’en cEercliant certains passages qui ont échappé à quelques auteurs , on ne vienne pas nous opposer que nous les avons copiés. Il s’agit d’examiner si on a proposé un plan pareil à celui que nous donnerons lorsqu’il sera question de la mécanique des excrétions.
Enfin , l’ordre que nous suivons a exigé qu’on transportât en dilférens endroits les différentes preuves qu’il a été impossible de rassembler. Il est bon que chacun suspende son jugement , jusqu’à ce que nous ayons pu donner toutes nos raisons.
XVL Les Molaires ou les Glandes salivaires latérales internes.
Ox convient que les glandes dont il est question furent découvertes par Heister en 1727. Les anatomistes qui ont écrit depuis lui, se sont contentés de copier l’inventeur sans faire des recherches qui auroient pu éclaircir la découverte.
Nous avons eu occasion d’examiner des cadavres rares oii les glandes sont grosses et bien marquées * et nous avons observé qu’on ne déterminoit pas bien la situation de ces glandes , en disant qu’elles sont entre le masseter et le buccinateur , puisqu’elles sont beaucoup plus profondes et qu’elles répondent aux condvles de la mâchoire inférieure , comme si elles n’étoient qu’un prolongement des parotides.
Elles ont chacune au moins deux conduits qui rampent dans le tissu du buccinateur , et qui en avançant obliquement, comme il paroît par la position des stylets dans la figure de Heister, viennent aboutir vers l’avant-dernière des dents molaires dans les sujets qui les ont toutes. Ces conduits sont plus gros qu’on ne pourroit le croire d’abord.
Enfin , il faut remarquer que la figure ni la grosseur de ces 'glandes, ne répondent pas ordinairement à la figure qu’en a donnée Heister 3 elles sont souvent deux fois plus grosses , aplaties et irrégulières. On peut donc avancer , par rapport à ces glandes , comme par rapport aux parotides , qu’il n’y en a point de figure bien exacte.
Il ne faut pourtant pas , pour cela , renoncer à la description que donne Heister , qui suffira avec ce qu’en a dit M. Senac y c’est que ces glandes sont situées derrière la dernière dent molaire , ce qu’on entendra assez bien en se rappelant ce que nous avons remarqué , et en examinant ce qui nous reste à détailler.
Le traducteur de Boerhaave a dit à peu près la même chose • mais il n’est pas bien clair , surtout pour les commençans , dans la description qu’il donne de ces glandes , Liv. I , page 20,0 • Haller, son guide , lui a manqué. En effet , Haller ne parle des molaires qu’en passant.
On trouve encore que M. Lieutaud , qui ne décrit point ces glandes , ‘insinue qu’elles ne valent pas la peine qu’on leur donne un nom particulier 3 elles le méritent cependant presque autant €[ue les sublinguales , et elles ne doivent pas être regardées comme une portion de la membrane ou de la couche glanduleuse qui tapisse le palais , la cavité de la bouche , et toute la langue y leur
position , celle de leurs conduits , et le suffrage de plusieurs aiia^ tomiste, depuis Heister, dorment, ce semble, des preuves suffisantes de l’existence de ces glandes.
Il est vrai qu’on les prendroit dans quelques sujets pour des pelotons de graisse ; c^est une remai'que de M, Winslow. Il est sûr qu’il est quelquefois difficile de les distinguer du corps graisseux <pii se trouve constamment vers ces parties , et qui est mollasse , ilottant et très-huileux j de façon qu’il se fond et se de'chire ti’èsfacilement lorsqu’on le manie , ce qu’il est bon d’observér lorsqu’on veut faire la démonstration de ces glandes , dont un coup d’érigne ou une légère secousse dérangent la position, qui peut aussi varier suivant que le corps graisseux , qui a cru plus ou moins , a aussi repoussé plus ou moins le corps glanduleux , qu’on peut regarder en quelque manière comme flottant.
§. XVII. Si les molaires peiiK>ent être com.prim,ées.
Les partisans de la compression trouveroient-ils de quoi exprimer les molaires? Auront-ils recours aux muscles buccinateur et masseter , qui , s’approchant dans leurs mouvemens , doivent par ce moyen exprimer des glandes qui se trouvent entre déux?
Ils ne se sont pas trop bien expliqués là-dessus ^ à peine a-t-on dit que les glandes molaires essuyassent l’action du masseter. Voyons si cette proposition est bien fondée.
Le masseter et le buccinateur sont disposés de façon qu’ils sé touchent presque vers la partie antérieure , au moins lorsque le masseter agit ^ et dans quelque temps que ce soit , ces deux muscles sont séparés et fort éloignés l’un de l’autre vers leurs bords postérieurs. La figure de la mâchoire qui avance obliquement en avant , et surtout la position du masseter sur la base de l’éminence coronoïde , démontrent cette vérité , qu’un coup d’œil sur le cadavre fera mieux comprendre que tout ce qu’on pourroit dire.
On trouvera , par l’inspection , qu’il y a entre les deux muscles dont il est question , un espace comme triangulaire, qui étoit nécessaire pour que l’éminence coronoïde pût avancer et reculer y s’abaisser et se relever dans les mouvemens de la mâchoire.
La glande est logée dans cet espace , qui n’est jamais aboli , au moins vers les parties postérieures : comment seroit-elle donc comprimée ? Quelque effort que le bord postérieur du masseter fasse vers l’intérieur , il est soutenu par l’éminence coronoïde.
D’ailleurs comment cet espace , si la compression dont on parie nvoit lieu, seroit-il rempli d’un corps graisseux? La graisse résis- 1 leroit-elle à la pression plus que la glande ? ou au moins ne soutiendroit-elle pas l’effort des parties extérieures qui agiroient sur le corps gland uleiix.
Enfin les conduits excrétoires méritent attention par rapport au J chemin qu’ils font dans le buccinateur; ils suivent à peu près la direction des fibres de ce muscle ^ ils vont de derrière en devant , et ils suivent les mouvemens de^ ces mêmes fibres ^ ils doivent îdonc être plus ou moins allongés , tendus ou ridés , suivant que le buccinateur agit ou n’agit point j ils sont toujours à portée
d’êlre secoués et tiraillés , de manière qu’ils résistent plus Ou moins k l’écoulement du suc qui se sépare dans les glandes molaires. H faudra faire usage de ces réflexions lorsqu’il sera question d’expliquer la cause de l’excrétion des humeurs que les glandes séparent.
§. XVIII. Les maxillaires y ouïes glandes salivaires inférieures
latérales.
Ces glandes sont deux , une de chaque côté de la mâchoire inférieure vers son angle , à la face interne y elles sont moins grosses et plus a,rrondies que les parotides ^ elles sont recouvertes d’une enveloppe membraneuse assez forte , et voisines des parotides avec lesquelles elles se joignent quelquefois.
Le muscle peaucier les recouvre en passant sur la face externe de la mâchoire y elles s’apjDuient un peu contre le ptérjgoïdien interne y le digastrique les touche en passant derrière leur portion postérieure ^ elles sont aussi recouvertes par le mjlo-hvoïdien , et appuyées sur l’hyo-glosse ^ enfin elles se terminent vers les parties antérieures par une espèce d’avance qui est comme la pointe de l’ovale qu’elles forment.
De cette pointe , qui est aussi retournée vers le dedans, sort un conduit mince , menu , comme tendineux , qui résulte de l’union de plusieurs autres canaux qui se rencontrent dans le corps de la glande y ce conduit s’avance à côté du muscle génio-hyoïdien , en suivant le bord interne des glandes sublinguales auxquelles il se colle souvent , et en touchant le muscle génio-glosse.
Il vient en se repliant , presque directement en haut , aboutir vers la base du frein de la langue où il finit en forme de petit sphincter relevé en mamelon , après avoir rampé dans le repli de la membrane qui fait le frein.
Il y a quelquefois un seul orifice pour les deux conduits : communément il y en a deux , et on a dit en avoir trouvé trois y du reste, ce conduit , quoique beaucoup plus mince que celui de la parotide , a un calibre presque aussi grand.
Quoique les anciens paroissent avoir eu quelque idée de ces glandes , il ne s’est point trouvé d’anatomiste qui ait disputé à Warton la découverte du conduit qui porte son nom j il est le premier qui l’a trouvé y mais la description qu’il en donne , aussi-bien que ]Nuck, sont bien différentes de ce qu’on voit dans l’homme j la figure de Cowper vaut un peu mieux , et il n’y en a point encore qui exprime comme il faut ce qu’on vient de dire sur le conduit et sur la glande , et ce qu’on va remarquer.
Ces glandes sont flottantes , au point qu’il n’est pas aisé de les laisser dans leur position naturelle pour en faire une démonstration exacte ^ on les tiraille , on les détache du tissu cellulaire qui les environne , et on a ensuite une fort mauvaise idée de leur position.
Le conduit excrétoire est constamment lâche , et plus long qu’il ne devroit être s’il passoit par la voie la plus courte entre ses extrémités. Il se recourbe en passant le long des muscles dont nous avons parlé y il est surtout lâche vers le frein y plus ou inoins porté vers
les parties postérieures, inférieures, ou antérieures, suivant (^ue îa langue est relevée ou abaissée.
Il n’est donc pas facile de décider quelle est de ces deux extrémités la plus élevée 5 il semble évidemment qu’il aille en montant de derrière en avant , dans les démonstrations ordinaires , où l’on dérange la glande pour le trouver ^ mais si l’on j fait attention , on verra qu’il est à peu près horizontal dans presque toute sa longueur, et un peu replié ou recourbé en haut du côté du frein.
Il est bon , pour mieux apercevoir cette position du conduit, de le remplir par l’orifice qui est du côté du frein , d’une injection qui le rende un peu solide sans l’étendre beaucoup • 011 aura lieu d’éprouver que cçtte opération n’est pas aussi facile à faire qu’on pourroit le croire j il n’est pourtant pas possible de raisonner exactement sur cette matière , à moins qu’on ne sache comme il faut îa position de ces parties.
Un lecteur curieux peut aisément juger combien les figures qu’on a données sur cette partie, expriment peu sa véritable position • il s’en faut de beaucoup qu’elles réponden t aux descriptions qu’on en trouve dans les auteurs , quoique celles-ci ne soient pas parfaites.