‹ Œuvres complètes de BordeuChapitre 25 sur 96 · XIX. Si les glandes maxillaires peuvent être comprimées · texte numérisé non relu

XIX. Si les glandes maxillaires peuvent être comprimées

Voici des glandes qui sont dans une cavité toute entourée de muscles ^ il s’agit de savoir si elles sont pour cela dans un pressoir qui les vide.

Les muscles qui expriment cette glande, dit le traducteur de Boerhaave , sont le ptérygoïdien interne , le génio-glosse , le mylohyoïdien, le digastrique , le cérato-glosse et peut-être le peaucier.

Il semble que pour que la glande se trouvât gênée , et peut-être exjirimée , comme on le prétend , il seroit nécessaire que tous les : muscles qui l’entourent se contractassent en même temps , pour [ rétrécir , s’il étoit possible , le creux qu’ils forment ) mais on sait ) que cela n’arrive jamais , de sorte qu’il est aisé d’apercevoir que la y cavité dans laquelle la glande est nichée , ne diminue jamais assez [ pour que le corps qu’elle contient soit 'comprimé.

On pourroit dire , tout au plus , que la glande est portée en difi- I férens endroits par l’action des muscles 3 elle est secouée , mue et à balottée , pour ainsi dire , et c’est là ce que nous nous garderons i bien de nier.

Iün de ces muscles , quel qu’il soit , agit-il assez efficacement pour comprimer la glande ? c’est ce qui ne paroît pas possible , ne fut -ce que parce que la glande est arrondie , dure et ferme , et que les muscles , si l’on en excepte le ptérvgoïdien interne , sont tous minces , mollasses et foibles ; mais vovons leur action en détail.

Le peaucier , dit-on , exprime peut-être la maxillaire : il semble I qu’il y auroit eu lieu de n’en pas douter* mais il paroît évident '1 que ce muscle ne sauroù agir sur le corps glanduleux; outre qu’il est très-mince et très-délicat dans cet endroit , comme il passe sur 'î la base de la mâchoire , à laquelle il s’attache un peu ; il se redresse

<:i agissant, il devient parallèle à cette base, et il s’e'ioigne de îa glande , comme on peut s’en convaincre en le faisant agir sur soimême , et se regardant dans un miroir.

Le digastrique, soit qu’il agisse pour abaisser la mâchoire , soit pour relever l’os hyoïde , glisse constamment derrière la glande ^ et ne la comprime pas , puisqu’il se raccourcit en agissant * et , comme il est pyramidal , il est évident que plus il se contracte , et moins il agit sur la glande 3 il recule , pour ainsi dire , pour ne pas gêner la glande , et il faudroit que pour la comprimer il vs’avançât comme un coin entre elle et les parties voisines^ encore seroit-il nécessaire que la glande fut fixe et qu’elle n’éludât pas la pression.

Le cérato-glosse n’est qu’une portion de l’hyo-glosse ; il s’attache d’une part à l’os hyoïde , et va se perdre dans le côté de la base de la langue qu’il élargit j l’action de ce plan de fibres est très-foible , et quoiqu’il paroisse porter la glande en dehors , son effort ne sauroit être fort efficace , puisqu’il ne peut tout au plus que la faire remuer.

Le mylo-hyoïdien , s’il agit pour abaisser la mâchoire inférieure , n’agit que lorsque l’os hyoïde est fixé , et dans ce cas , son extrémité , ■jointe à ce dernier os , est plus reculée que celle qui est attachée â la mâchoire, et alors, loin de faire effort contre ce qui lui est postérieur , il s’en écarte , au contraire • l’espace qui se trouve vers sa face postérieure devient plus libre , et la partie de la glande qu’il recouvre , étant dans cet espace , est moins gênée.

S’il agit en élevant l’os hyoïde , il le porte en avant , il soulève la glande , et il relâche les parties musculeuses qui sont au-dessus de lui , ou qu’il soutient.

Nous croyons qu’il agit surtout en manière de sangle, pour soulever ou soutenir tout ce qui répond à la partie antérieure de la base de la mâchoire ^ alors il agit surtout par ses fibres , qui sont presque transversales, et par sa ])ortion moyenne qui n’appuie pas sur la glande , qu’il ne comprime dans aucun temps.

Si le ptérygoïdien interne touchoit assez îa glande, et que lorsqu’il se contracte il y eêit entre lui et le corps glanduleux quelque chose qui résistât suffisamment , il pourroit le coinp rimer • mais il ne touche presque pas la glande * celle-ci élude son action en rentrant , au moindre mouvement du muscle , qui après tout se gonfle très-peu dans l’endroit par lequel il touche la glande , puisqu’il est presque tendineux et qu’il n’est pas bien épais vers cette partie qui est son inférieure.

§. XX. Conclusion tirée de ce que nous avons dU sur les

maxillaires.

En un mot , qu’on examine bien la position de tous ces muscles , qu’on fasse attention à leur action , et on se convaincra qu’ils n’expriment pas la glande ; il ne suffit pas de trouver des parties musculeuses qui l’environnent^ il ne faut pas se déterminer si vite et sans examen ; il n’est pas aisé dans ces cas , cela est vrai , et il çxige bien des connoissaiices que l’on néglige communément.

Mais ceux qui ne voudront pas se donner les peines nécessaires , ne doivent pas se décider sans des raisons suffisantes • ils ne sauroient prendre un parti dans cette dispute: les vrais anatomistes se donneront le soin d’examiner les clioses avec attention • nous attendons des éclaircisseinens de leurs lumières ^ ils feront sûrement de nouvelles découvertes sur Faction de tous ces petits muscles , et sur les combinaisons et les effets de leurs mouvemens.

Voici une remarque que tout le monde peut faire } que cliacun mette ses doigts , l’index et le pouce , sur les deux glandes maxillaires , tandis que, la maclioire est en mouvement , on verra que les glandes , loin d’étre fixées et gênées , sont au contraire mobiles et flottantes, comme on l’a dit ailleurs ( §. xviii) j elles sont portées en haut et en bas, en avant et en arrière , et toujours si libres , qu’elles ne peuvent pas être saisies ou fixées par les doigts , à moins qu’on ne les presse tellement que la mastication et la déglutition soient gênées. Il faut conclure de cette expérience que ces glandes sont balottées et portées deçà et delà ÿ mais de pareils mouvemens ne donnent nullement Fidée de la compression.

Quelques-uns des muscles dont il a été question , pourroient agir sur le conduit de la maxillaire s’il n’étoit pas souple et lâche. Il faut se rappeler ici ce que nous disions sur le conduit de la parotide , eu égard au masseter (§. x) , dont les mouvemens rendent le conduit mieux disposé ,à laisser passer la salive ; il en est de même du conduit de la maxillaire à l’égard des muscles qui peuvent le toucher en se contractant , comme de celui de la parotide à l’égard du masseter.

Ajoutons que le muscle génio-glosse , que le traducteur de Boerhaave met au nombre de ceux qui expriment la glande , ne peut que faire changer de direction au conduit* il le plie et le porie suivant ses mouvemens ^ mais il n’agit pas sur le corps de la glande, non plus que le génio-hyoïdien.

Enfin , le conduit est aussi vacillant dès qu’il est entré dans la cavité de la bouche vers la glande sublinguale , ou le pli de la membrane qui forme le frein • on Fa déjà dit plus haut (§. xviii ) ; cette remarque doit entrer pour quelque chose dans le mécanisme de l’excrétion.

§. XXL Les sublinguales ou les salivaires inférieures moyennes.

Soit que la découverte de ces glandes appartienne à Bivinus , qui la fit sur le veau en 1679 , soit qu’elle puisse aussi être attribuée à Earthoîin , qui la fit sur le lion en 1682 , tous les anatomistes qui ont écrit depuis eux s’accordent dans la description de ces glandes.

Elles sont aplaties, oblongues, à peu près de la figure d’une amande , mais beaucoup plus grosses , situées sous la partie antérieure de la langue à côté du frein , ayant leurs extrémités obliquement en avant et en arrière , suivant la direction de la mâchoire à laquelle elles sont adossées , et leurs bords obliquement en dehors et en dedans.

Du reste elles sont quelquefois jointes aux maxillaires, dont elles.,

paroissent nne continuation , comme les maxillaires elles-mêmes on les molaires semblent l’être des parotides dans quelques sujets.

Oh n’est pas aussi bien d’accord sur le nombre et la position des conduits de cette glande : les deux premiers qui en ont parlé ^ Rivinus et Bartholin , ont commencé la dispute j le premier parle d’un conduit qui n’a point de rapport avec celui de la maxillaire.

Depuis ces deux anatomistes , les plus célèbres ont été divisés sur cet article : on a opposé Nuck , Cowper et Raw qui paroissent attachés au sentiment de Rivinus , à Stenon , Walter, Heister et M, Winslow qui ont suivi à peu près celui de Bartholin ; Morgagni a examiné cette question dans ses adversaires* il paroît porté à penser que la sublinguale n’a que des conduits parti-culiers.

Il J auroit bien des choses à dire sur la comparaison des opinions des auteurs , et il faudroit entrer là-dessus dans des détails très-ennuyeux • il vaut mieux avancer que tous les anatomistes ont fidèlement décrit ce qu’ils ont observé * il paroît qu’on peut soutenir que la disposition de ces parties varie , et que tantôt les glandes sublinguales ont des conduits propres, placés plus ou moins parallèlement le long des gencives, sans qu’ils communiquent avec ceux des maxillaires , et que tantôt elles envoient quelqu’un de leurs tuyaux, qui va se joindre au canal de la maxillaire voisine qui s’enchâsse souvent dans la glande sublinguale.

Ce sentiment n’est-il pas celui de M. Senac , celui des commentateurs de Boerhaave, et de M. Lieutaud ? Ne paroît-il pas le plus conforme à ce qu’on découvre en examinant plusieurs sujets?

5. XXII. Savoir si les parties voisines de ces glandes peuvent

. les comprimer.

Sans entrer dans des discussions qui paroissent au fonds peu intéressantes , considérons , pour ce qui nous concerne , quelles sont les parties sur lesquelles ces glandes sont appuyées.

Elles sont séparées l’une de l’autre par les génio-glosses , dont les deux bords supérieurs et internes, qui séparent aussi les conduits des maxillaires , s’adossent vis-à-vis le pli de la membrane de la bouche qui forme le frein.

Voilà les sublinguales séparées par une cloison musculeuse , sur laquelle cependant elles s’étendent quelquefois pour se joindre, comme nous l’avons vu , en glissant , pour ainsi dire , sur le plan de séparation , qui est plus ou moins oblique , et qui fonne une espèce de crête qui favorise le pli de la membrane dont la duplicature fait le frein.

Elles sont posées sur le muscle qu’on nomme mylo-glosse lorsqu’il se rencontre, et à son défaut le mylo-hyoïdien les, soutient inférieurement et leur sert comme de plancher * le stylo-glosse les • touche aussi , mais fort peu , vers le côté de la langue.

Ces glandes, ainsi placées, sont recouvertes par une membrane mince, qui est la continuation de celle qui tapiSvSe la langue et' la bouche. Il faut observer que cette membrane n’est pas bien

lenc^ne sur les glandes • elle est au contraire comme ridée , lâcïie , et elle s’étend aisément de tous les côtés , ce qui étoit nécessaire pour permettre les difïérens mouvemens à ces parties , que Boerliaave appelle fort obscurément molli a.

On voit ces parties changer de figure dans toutes les positions de la langue j tantôt elles forment une espèce de creux , tantôt elles sont en relâchement ou en contraction.

On n’a pas parlé des muscles qui expriment la salive de ces glandes 3 à peine Haller a-t-il dit fort succinctement qu’elles sont entre le mylo-livoïdien et le génio-glosse ^ cette situation siiffiroitelle pour soutenir qu’elles sont dans un pressoir sans lequel on ne sauroit faire du vin , pour suivre les expressions dont le meme auteur se sert pour tourner en ridicule le système de Stahi sur l’excrétion de la salive. '

On verra , si on se rappelle la véritable position des sublinguales et celle des parties qui sont dans leur voisinage , que ces glandes sont à l’abri de l’expression ^ elles sont , il est vrai , entre le génio-glosse et le mylo-hvoïdien , mais de la façon dont on l’a expliqué ci-dessus, c’est-à-dire qu’elles sont disposées de manière quelles peuvent fort bien être portées vers les côtés par le génioglosse , et relevées par le mylo-hyoïdien.

Elles ne sauroient être serrées entre deux j elles éviteront toujours leur action en remontant et faisant bosse vers la cavité de la bouche , comme il arrive quelquefois ^ la mobilité de ces glandes prouve ce que nous avançons. Il faut remarquer que les deux muscles dont il est question ne se contractent pas ordinairement en même temps : si l’un repousse la glande d’un côté , l’autre ne résiste point du côté opposé.

N’est-il pas évident que, puisque ces glandes font leur excrétion sans être comprimées , on doit conclure que la compression n’est pas nécessaire pour l’excrétion des sucs que les glandes de la nature de celles-ci séparent? Il est bon de remarquer, par rapport aux conduits de ces glandes , que quelque courts qu’ils soient , ils doivent être considérés comme rampans dans la membrane qui recouvre les glandes ^ elle est lâche , comme on l’a dit , moins vers les gencives, où les conduits aboutissent, que sous la base de la langue^ mais la membrane qu’ils traversent cède tou- » jours autant qu’il le faut pour que les orifices deviennent plus ou moins obliques par rapport aux conduits dont ils sont les aboutissans. Ces observations auront leur usage comme celles qu’on a faites sur les autres canaux excrétoires.

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