XXIII. La couche glanduleuse de V intérieur de la bouche
La membrane qui tapisse l’intérieur de la bouche recouvre une espèce de couche glanduleuse qui a presque autant d’étendue que la membrane même • elle n’est pas partout de même épaisseur, et l’on diroit qu’elle manque dans certains sujets.
C’est là peut-être ce qui a fait dire aux anatomistes qu’il y a dans la bouche des glandes éparses, qu’ils comprennent sous le nom de glandes buccales.
ïi nous est arrivé de disséquer des sujets ou Ton apercevoit îa couche glanduleuse dans tous les points de la cavité, comme une membrane particulière attachée vers le palais au périoste , et ailleurs au tissu cellulaire des muscles ^ on a meme trouvé assez souvent qu’elle s’étendoit jusque sur les gencives.
Nous l’appelons couche glanduleuse , et il paroît qu’il ne faut pas la confondre avec les criptes ^ ou follécules , qui séparent un suc plus visqueux que la salive.
Cette couche est fort épaisse du côté du voile du palais qu’élle forme en partie en s’étendant vers la luette , de façon que celle-ci Ti’est, suivant l’expression de quelques anatomistes, qu’un j)etit corps glanduleux.
La portion de la couche qui recouvre l’intérieur des joues s’étend jusque sur les lèvres, oh elle n’est pas aussi épaisse que dans le 23alais ^ elle semble composée d’une inlinilé de pelotons joints les ims aux autres , comme la membrane graisseuse , qui est plus épaisse et jjlus compacte dans certaines parties du corps que dans d’autres.
La langue est aussi recouverte de la couche glanduleuse , surtout vers la base oh elle se confond avec les amygdales ^ elle fait une enveloppe particulière , ou une espèce de fourreau que l’on trouve quelquefois jusqu’au bout meme à la face inférieure de la langue, oh on le prendroit pour une expansion des sublinguales.
Il ne faut pas ehercher un conduit particulier pour ce corps glanduleux* il en a une infinité et ils n’ont point de places bien déterminées j ils peuvent être aperçus à côté de la ligne mitoyenne de la voûte et le long du bord alvéolaire , comme M. Winslow le soupçonne.
On en trouve encore dans le voile du palais , dans l’intérieuv des joues et snr les lèvres^ mais ils sont difficiles à apercevoir, soit parce qu’ils sont pour l’ordinaire fort petits , soit parce que la membrane qui couvre le corps glanduleux est mobile et se relâche plus ou moins* ce qu’il faut remarquer.
Du reste, Walter avoit aperçu la couche glanduleuse dont il est question • il n’y a pas au moins beaucoup de différence entre ce qu’il dit de la langue et ce que nous avançons de toute la cavité de la bouche ; il s’est trompé en donnant un seul conduit à tout le corps glanduleux , et il a été bien critiqué pour cela.
On ne trouve point de muscle disposé pour comprimer cette couche glanduleuse , qui est comme flottante dans bien des parties de la bouche j elle l’est surtout du côté du palais qui contient quelques fibres musculaires assez fortes pour le relever ou l’abaisser, mais trop foibîes pour faire impression sur la couche glanduleuse , qui est plus solide que les muscles , et qui cède lorsqu’elle est poussée d’un côté ou d’autre. On dira peut-être que les alimens , en glissant sur ces parties, expriment la salive par leur frottement, comme on vide ces glandes dans le cadavre, même en les comprimant et en raclant le palais.
Il est évident que le bol alimentaire emporte avec lui une liqueur gluante qu’il exprime^ mais cette liqueur^ qui est celle
qui forme un verni que l’on détache aisément dans le cadavre, vient des cryptes ou des réservoirs semblables à ceux des amygdales , et bien dilFérens des glandes vraiment salivaires , comme nous aurons lieu de le dire ailleurs.
Il s’agit de l’excrétion d’une liqueur fine qui coule du palais*; par exemple , lorsqu’on le frotte avec un peu de sel , ou lorsqu’on est dans la salivation mercurielle, celle-là sort immédiatement du corps glanduleux salivaire , et elle est sécernée ou séparée des autres liqueurs , à proportion qu’elle se vide , comme il arrive aux humeurs des autres glandes dont on a parlé jusqu’ici.
§. XXIV. Le conduit ou trou glanduleux de la langue.
Morgagni trouvoit le trou glanduleux de la langue à peu près dans chaque quatrième sujet, et, depuis lui, on l’a trouvé presque toujours; il est quelquefois caché par de petits tubercules connus sous le nom de mamelons . Il faut souvent séparer ces ex-» croissances irrégulières pour apercevoir l’orifice du conduit ; mais , de quelque façon qu’on s’y prenne , on ne le trouvera pas dans quelques sujets, surtout dans les enfans.
On ne sait pas bien encore à quoi nous devons nous en tenir sur ce conduit, quoique Heister l’ait rencontré s’étendant vers la base de la langue et se séparant en deux portions , dont l’ilne alloit aboutir vers la petite corne de l’os hyoïde ; ce qu’on ayu occasion de confirmer. On n’est pas plus avancé pour cela ; le sentiment de Walter , qui le regardoit comme le conduit excrétoire de l’expansion glanduleuse de la langue, n’a pas été suivi (§. xxin).
Ne seroit-il , comme on le dit communément , qu’un trou borgne ou un cul-de-sac sans aboutissant ? et ne pourroit-on pas le comparer à l’appendice vermiculaire du cæcum , qui n’a apparemment d’autre usage dans l’adulte , que de séparer une liqueur qui acquiert, par le séjour, des qualités particulières?
L’intérieur de ce conduit étant tapissé d’une couche glanduleuse , comme la base de la langue , on pourroit penser qu’il n’a été fait que pour augmenter la surface de cette base , et pour séparer le suc qui doit y soufi’rir des changemens.
Car enfin l’orifice du conduit est tellement fermé , qu’il arrive souvent qu’il ne paroît pas ; la liqueur qu’il contient peut cependant se vider, sans doute, et cela arrive dans des cas particuliers : mais quel sera l’usage de cette liqueur; et pourquoi la nature prend-elle la précaution de la conserver en dépôt?
Enfin , le trou borgne n’a-t-il pas quelque issue que l’on pourra trouver dans les suites? Seroit-il fait pour mettre à l’abri quelques papilles nerveuses, et pour leur conserver leur sensibilité?
Quoi qu’il en soit, on voit, dans quelques fièvres malignes, la langue , qui paroît comme rôtie et séchée à la fumée , se fendre et se déchirer dans l’endroit du trou borgne , où des malades, d’ailleurs dans le délire , rapportent la douleur; on diroit que la langue a été déchirée , pour ainsi dire , et qu’elle s’est séparée comme si elle eut été autrefois collée et cicatrisée dans cet endroit.
pn trouve aussi dans des animaux , comme les poules , les ca-
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îîards et les oiseaux, un canal très -marqué , qui suit Taxe de la langue , et qui paroît tenir lieu de trou borgne.
Ces remarques indiquent-elles ce que nous avons pensé? C’est que le conduit dont il est question n’est formé que par une espèce de pli de la langue ^ car , comme cet organe est fait pour former de temps en temps un demi-canal en se pliant sur son axe , son mouvement peut être favorisé par cette espèce de sillon ou d’enfoncement que nous supposons , et sans lequel il paroît que la peau auroit fait une saillie qui auroit dérangé l’usage que la langue j disposée en demi-canal , devoit avoir.
§. XXV. Les glandes de V aiTiere-houclie .
L’arrière -BOUCHE est aussi tapissée d’une couche glanduleuse, comme la bouche proprement dite ) mais les glandes paroissent ici d’une classe particulière ; elles sont muqueuses , et elles séparent une humeur épaisse et gluante , destinée à vernir et à lubréfier ces parties • on diroit que ce sont des glandes comme les amygdales, dont on aura occasion de parler dans la suite.
Les glandes du pharynx et celles de toute la membrane pituitaire sont de cette espèce ^ on sait qu’elles paroissent plus ou moins : on en a trouvé qui étoient comme de vrais trous borgnes, semblables à celui de la langue. Heister a donné une observation particulière îà-dessus ) on a déjà souvent dit que ces glandes pouvoient en imposer pour de petits ulcères.
Parlerons- nous ici des conduits nouveaux que Coschwits avoit cru trouver vers les côtés et la base de la langue? L’observation de cet anatomiste méritoit-elle que Walter s’attachât à démontrer fort au long que ces prétendus conduits nouveaux n’étoient que des veines? Il n’est plus question de cette découverte. •
Quoi qu’il en soit, les glandes de l’arrière-bouche sont très-différentes de celles dont il a été question jusqu’à présent^ il ne faut pas raisonner des glandes salivaires , comme de ces crjptes seha-^ cées ou muqueuses ^ celles-ci font une classe à part ^ on aura soin de le dire : il est évident que lorsqu’elles sont comprimées, elles se vident de leur suc comme les amygdales • il est aisé de s’en convaincre sur le cadavre : mais on ne peut tirer de là aucune induction contre ce que nous avons établi , comme on le verra dans la suite.
§. XXVL Vépiglotte,
Nous placerons ici quelques remarques sur l’épiglotte que tous les modernes décrivent comme un cartilage mobile , mince , élastique, prenant bien soin d’éviter la faute des anciens , qui avoient confondu l’épiglotte des animaux avec celle de l’homme , et la comparant, pour la figure, les uns , comme Heister, à une feuille de lierre ^ et les autres , comme M. Winslow , à une feuille de • pourpier.
Ne peut-on pas avancer que cette partie varie dans les différens^ sujets? Voici ce que nous avons observé dans la plupart, et qu’dl semble que les auteurs aient négligé de décrire.
L’epîglotte se prolonge et forme un angle comme une véritable languette , fort apparente dans sa base , qui est la partie par laquelle elle tient au ligament qui la lie au cartilage thyroïde , et qui est beaucoup plus épaisse que l’autre extrémité. Des anatomistes, que Noguez a suivis , avoient parlé de cette portion comme d’une sorte d’épiphyse qu’on a fait dessiner. M. Winslo^v a dit que l’épiglotte étoit étroite et épaisse vers cette partie.
Nous avons pensé que cette languette pouvoit s’enchâsser quelquefois dans l’échancrure qui se trouve sur le bord supérieur du cartilage thyroïde ^ le soupçon n’a-t-il pas quelque fondement raisonnable?
Tout le monde connoît l’échancrure dont nous parlons , et qui paroit meme sur le vivant 5 elle n’est remplie naturellement que-^ par des membranes qui cèdent plus ou moins , et que nous avons vues dilatées dans une femme , de manière à contenir une bonne quantité d’air , qui se nichoit dans cette espèce de cul-de-sac pendant des accès de convulsions vaporeuses.
Pourc[uoi la languette postérieure de l’épiglotte ne sera-t-elle pas faite pour occuper cette place , au moins dans quelques circonstances? N’y a-t-il pas apparence qii’ejle sert à renfoncer ces parties qui forment , du côté qui répond au larynx , une espèce de creux ou de fosse qui a peut-être des usages pour la voix?
On a aussi observé , par rapport au même cartilage , qu’outre qu’il est percé de bien des trous , comme tous les anatomistes en conviennent , il est souvent plein de petites fossettes bornées par de petites élévations; de sorte que l’épiglotte , loin d’être lisse et polie , comme on le pourroit penser tout à coup , est au contraire comme à facettes , qui sont apparemment faites pour loger des, portions du cor|)s glanduleux , dont nous parlerons tout à l’heure , à moins qu’elles n’aient un autre usage , comme on le dira plus Las. M. Winslow avoit dit que V épiglotte étoit traversée de toutes sortes de petites Jissures et interruptions irrégulières , qui sont autant de lacunes entre les deux membranes .
Il semble qu’on ait avancé sans nulle restriction, par rapport aux petits trous de l’épiglotte , qu’il y en a une quantité prodigieuse, comme dans une feuille de millepertuis; mais on auroit pu ajouter : 1°. que ces trous se trouvent en plus grande quantité vers la base de l’épiglotte que vers son sommet; 2”. qu’ils sont plus nombreux vers la face postérieure que dans l’antérieure , à laquelle ils n’aboutissent pas tous ; 3“. que, vers le bord de l’épiglotte , ils la rendent comme dentelée ; que ces trous , quoiqu’ils se 'trouvent en très- grand nombre à la face postérieure de l’épiglotte , laissent pourtant sur son milieu un espace qui forme une partie mitoyenne , qui divise le cartilage et qui est sans trous; ce qui est peut-être l’effet d’une espèce de bride ou de repli de la membrane qui couvre l’épiglotte. \
Au reste , ce repli j^aroît toujours mieux dans les brebis que dans l’homme , et il répond à un à peu près semblable , qui se trouve vers la face antérieure , où il y a aussi une portion mitoyenne sans trous.
KECHERCHES
Enfin , les courbures de ce cartilage méritent aussi quelque aUention * sa base se porte des parties antérieures vers le derrière en montant, et le reste de Fépiglotte qui s’évase , se replie vers le devant en formant une espèce de bec de grosse aiguière , ou de demi-canal , dont la cavité est obliquement en arrière et en haut : ces courbures singulières devraient être représentées dans des figures ÿ celles qu’on a données n’expriment qu’une partie de l’épi-
glotte.
Î1 y a dans l’épiglotte deux parties qui font, l’une avec l’autre , un angle plus ou iiioins obtus dans la face antérieure du cartilage ,, qui se plie et replie dans cet angle , de manière que la portion supérieure est souvent la seule qui se meuve en se couchant sur la glotte : cet angle est une espèce de charnière qui n’a d’autre jeu que celui de l’élasticité du cartilage , dont la souplesse est peutetre augmentée par des impressions ou les replis qui se trouvent dans ses deux faces , et dont nous parlions plus haut.
Il peut arriver que toute l’épiglotte , même la base , soit portée eu arrière et en bas ^ et c’est apparemment dans ces occasions que la glotte doit être entièrement à l’abri, et tellement bouchée , que l’air ne puisse en sortir ni d’un coté ni de l’autre , comme il semble qu’il puisse le faire lorsque la seule portion de l’épiglotte est abattue.
Tout ce que nous disons ici s’entendra mieux par l’inspection d’un larynx entier : on pourra faire faire à l’épiglotte les différens mouvemens que nous indiquons, et que les physiologistes n’ont pas décrits comme il faut.
, On verra aussi combien ceux qui disent, de l’épiglotte simplement, qu’elle est convexe en avant et concave en arrière , se trompent.
Nous ne nous sommes déjà que trop arrêtés sur cette partie | nous irions trop loin s’il nous falloit faire des réflexions critiques sur ce que les plus modernes ont dit ^ nous nous sommes contentés d’exposer simplement nos remarques.
§. XXYÎI. U enveloppe glanduleuse de V épiglotte.
L’épiglotte est entourée d’une enveloppe glanduleuse, recou-, verte elle-même par une membrane très-forte et très-tendue^ cette couche glanduleuse, qui est plus ou moins évidente, paroît avoir sa principale origine vers le ligament , qui joint l’angle inférieur de l’épiglotte au thyroïde.
Il y a dans cet endroit un petit amas de graisse qui se joint avec le corps glanduleux, de manière qu’il forme une substance qui a beaucoup de rapport avec celle qu’on trouve dans les articulations , et qui ne paroît , à proprement parler , ni graisseuse ni glanduleuse.
C’est ici le lieu de remarquer qu’il est plus difficile qu’on ne le croit communément , de déterminer exactement l’usage des trous de l’épîglotle^ il ne seroit pas surprenant que le corps glanduleux se trouvant entre répigloUe et sa membrane, celle-ci fut percée de quelques trous qui seroient les aboutissans des conduits de- la glande.
Mais pourquoi l’épiglotte est -elle percée dans ses deux faces ^ qui sont recouvertes Tune et l’autre par la couclie glanduleuse? Pourquoi surtout y a-t-il dans la face postérieure de l’épiglotte des trous qui n’aboutissent pas à l’antérieure ? Quel est leur usage ? Tiennent-ils lieu de substance diploïque ? Il s’en trouve constamment dans les cartilages , excepté l’épiglotte , qui iTen a que trèspeu vers sa base? ou bien enfin n’auroient-ils pas quelque rapport avecrles fissures des cartilages des oreilles, qui ont leur utilité pour le son^ les trous de l’épiglotte et ses facettes peuvent-ils favoriser les vibrations de l’air ? N’oublions pas que la glande de l’épiglotte est de la classe de celles qu’on nomme conglomérées ; elle biit sa fonction comme les salivaires dont nous avons parlé ^ il n’y a point de muscle propre à la comprimer • les muscles antérieurs de l’épiglotte , outre qu’ils ne paroissent que très-rarement , ne peuvent que mettre le cartilage en mouvement et le porter en avant, comme les aryténo-épiglottiques le portent en arrière : ces légers mouvemens ne comprimeront jamais une glande souple e£ graisseuse.
§. XXVIII. Les glandes arjténoïdes.
Morgagvi a parlé le premier de ces glandes ; c’est la principale des découvertes qui lui ont fait placer au commencement de son ouvrage cette belle période : Quod. . . . lectiirus siim id oiniie divido in partes très ; in prima res aliquot a nemine adhiic , quod sciam , traditas ; in alia nonnullas res olim quidem litteris proditas , mine aiitem fere ohsoletas ; in tertia circa res quas-' dam de quibus aliter ab aliis scriptum est, quod ego observaverim, . . . proponam .
Heister , et après lui M. Senac , ont dit que ces glandes étoient , pour l’ordinaire , beaucoup moindres que ne les représente la ligure que Morgagni en a donnée.
M. Winslow a avancé que sur la surface antérieure des arj'ténoides , quoiqii elle soit connexe en haut, il y a entre la base et cette convexité un petit enfoncement j cet enfoncement est comme effacé par un corps glanduleux , qui couvre la facette antérieure de chaque arjténoide jusqu en bas , et s'étend en partie depuis la base de ces cartilages , vers le devant^ sur V extrémité postérieure de la corde ligamenteuse voisine.
Ces glandes varient dans la plupart des sujets , comme les descriptions des grands anatomistes l’indiquent suffisamment^ il ne semble pas qu’on puisse assurer qu’elles ont la figure d’une L j nous les avons trouvées semi-luuaires ^ leur courbure étoit retournée vers les parties postérieures.
Elles sont aussi placées quelquefois à une bonne distance de la fossette antérieure du cartilage aryténoïde , qui est elle-même plus ou moins apparente y ceux qui s’attendroient à les trouver constamment dans cette cavité pourroient être surpris.
Elles sont toujours dans l’entre-deux des membranes , qui forment le repli lâche et large qui va de la base de l’épiglotte à la pointe du cartilage aryténoïde correspondant ^ c’est dans cette
dnplicature flottante qii’on est assure de les trouver , bien differentes dans les sujets diffërens , comme on vient de le dire.
On les trouve quelquefois étendues jusque vers l’épiglotte. Ne pourroit-onpas, sans en faire des glandes particulières, les regarder comme une portion de la couche glanduleuse qui tapisse toutes ces parties? C’est le parti que M. Lieutaud a pris, comme son silence sur ces glandes le démontre j il j a apparence qu’il n’a pas jugé que ces glandes méritassent un nom et une description particulière , quoique tous les anatomistes modernes aient parlé de cette découverte de Morgagni , qui , si on veiioit à n’en plus faire mention , pourroit fournir dans les suites à quelques anatomistes de quoi faire , comme l’illustre Italien dont il est question , un article à part , de rebus olim quidem. litteris proditis mine aiitem fere obsoletis .
Nous ne parlons de ces glandes que pour qu’on ne dise pas que nous en négligeons quelqu’une , parce qu’elles sont en position d’être exprimées par quelque muscle du voisinage.
Celles-ci sont assurément bien à l’abri • elles sont flottantes et dans la diiplicature d’une membrane lâche , qui peut avoir quelques fibres musculaires propres à la faire un peu mouvoir et à la tendre plus ou moins , mais qui ne sont pas capables d’exprimer le corps glanduleux, non plus que celles qui vont jusqu’à l’extrémité de la luette , comme on le disoit plus haut (§. xxiii) , et pour des raisons qu’on a déjà suffisamment détaillées.
§. XXIX. Les glandes aryténoïdes dans les brebis.
Les glandes aryténoïdes sont si particulières , et si singulièrement placées dans les brebis, que tious pensons qu’il convient de les décrire * ce qu’on en va dire pourra éclaircir la question principale que nous traitons.
Ces glandes sont adossées et collées sur le côté externe de la portion supérieure du cartilage aryténoïde , qui n’est pas tout-àfait semblable à celui de l’homme ] il v a , en effet , sur le bord supérieur et antérieur de celui des brebis , un prolongement cartilagineux beaucoup moins dur que le reste de l’aryténoïde ^ ce prolongement est semi-lunaire , et rempli , à sa face interne , d’une quantité prodigieuse de petits trous , tout comme l’épiglotte , qui l’est aussi dans les animaux* la face ordinaire de ce prolongement cartilagineux est recouverte par une portion glanduleuse semi-lunaire , et dont la liqueur s’exprime sans doute à travers les trous dont on vient de parler.
Or ces glandes semi-lunaires ou ovalaires ne sont recouvertes que par une membrane qui n’est pas musculeuse , elles séparent cependant leur humeur, et la rejettent par des conduits excrétoires , suivant les occasions , et sans l’aide d’une force qui les comprime.
Voilà , dans les brebis , des cartilages aryténoïdes comme entourés de glandes • si le corps glanduleux n’est pas niché dans l’aryténoïde de l’homme , il en est bien près , et il peut arriver
qu^ii vienne à croître tellement , que toutes les parties du voisinage , en soient recouvertes.
Nous l’avons trouve' qui s’étendoit jusque dans le sinus de la glotte, ce que M. Winslow avoit déjà observé. Cet anatomiste a aussi remarqué que les glandes aryténoïdes s’étendoient quelquefois sur l’extrémité postérieure des bandes Ûij'ro-^arjténoidiennes ^ c’est-à-dire , les rebords ou les lèvres de la glotte , formées par un repli de la membrane qui recouvre le muscle thjTo-arjténoidien , en en faisant le tour et en s’y collant.
M. Winslow appelle les rebords dont nous parlons , liga~>
menteuses ; et M. Ferrein, cordes vocales, dénomination qui, jDour le dire en passant , paroît , quelque indéterminée qu’elle soit , moins impropre que celle de M. Winslow.
En effet , il est bien assuré que ces deux bandes servent à la voix , comme les cartilages voisins qu’on pourroit , par la meme raison, appeler vocaux , et on ne sait pas si elles sont simplement des cordes ligamenteuses.
Car, comme nous venons de le dire , on trouve quelquefois une couche glanduleuse sous leur membrane , et cette membrane couvre un muscle et s’y colle ^ de sorte qu’il n’est point déterminé s’il faut les comparer aux brides qui attachent les lèvres aux gencives , au frein de la langue et à celui du prépuce , aux expansions membraneuses qui sont à la base des doigts , ou aux lèvres elles-mêmes , aux rebords qui se trouvent aux côtés de l’orifice de l’intestin iléum , dans la cavité du cæcum * aux rebords de l’orifice externe du vagin , et à ceux de l’anus , etc.
Tout cela ne prouve- t-il pas sutïisamment qu’il vaut mieux , en attendant de nouveaux éclaircissemens sur cette matière , sur laquelle des gens qui étaient fort intéressés à l’examiner , ont passé bien légèrement, appeler les bandes dont il est question, thjro-^ aiyténoïdiennes , comme nous l’avons fait ci-dessus?
On peut abuser du nom de corde ligamenteuse ^ ne peut -il pas en effet porter à se déterminer trop légèrement sur l’usage de ces parties? Le public est convaincu que M. Winslow seroit bien mortifié que cela arrivât ) les noms mêmes sont importans sur des questions de cette nature ) s’ils ne font rien aux anatomistes, ils frappent ceux qui ne le sont pas , comme il seroit aisé d’en donner des exemples : on entend dire qu’une partie du corps est comme une corde , qu’elle doit en porter le nom , n’y a-t-rü pas de quoi conclure qu’elle doit aussi en avoir les j)ropriétés?
§. XXX. Observation particulière sur V articulation des
cartilages arjténoïdes.
Il est bon de placer ici une observation qui pourra peut-être servir à éclaircir le mécanisme de la voix.
Comme les cartilages du larynx ressemblent à ceux des autres parties , ils doivent être sujets aux mêmes maladies ^ on a trouvé l’épiglotte rongée en partie ) les autres cartilages de cette partie ont été trouvés ossifiés , quoi qu’en aient dit de bons anatomistes^ et s’il est vrai que la trachée l’ait été dans le voleur dont parle
8o RECHERCHES
CoIomLiis j n^y a-t-il pas apparence que le larjnx eloit ossifié dans toutes ses parties ?
Les articulations de ces cartilages doivent aussi être sujettes aux maladies ordinaires^ on a trouvé le thyroïde ankylosé dans sou articulation avec lecricoïde; pourquoi n’y auroit-il pas des anky-^ loses dans les articulations de tous les autres cartilages?
11 y a apparence que , quoiqu’on n’ait point parlé de luxations à ces parties, elles sont cependant possibles ; comme celles des parties de l’os hyoïde, dontValsalva a parlé. Pourquoi faudroit-il être surpris de trouver des vieillards dont les aryténoïdes fussent immobiles sur le cricoïde? Voici un exemple d’une luxation particulière des cartilages aryténoïdes : c’est l’observation où nous en voulions venir.
M. Serane père , médecin de Montpellier , a donné à l’assemblée publique de la Société roj^’ale , un Mémoire sur une épidémie particulière qui régnoit à Montpellier vers le mois d’octobre de la meme année 1746.
C’étoit une angyne ér^^sipélateuse , accompagnée de symptômes fort singuliers : elle se montra surtout à l’hôpital Saint-Lloy, dont M. Serane est le médecin^ les malades y rendoient des lambeaux de membranes ; il y en eut un qui rendit un petit sac oblong, fait comme un doigt de gant , et qui mourut. On avoit vu quei([ue chose de semblable à Paris il y a bien des années : un malade avoit rendu , avant de mourir, la membrane interne de la trachée jusqu’à la bifurcation. M. Petit, chirurgien, conserve cette membrane avec soin.
Un autre sujet fut attaqué à Montpellier de la même maladie il rendit du pus et de petites pellicules. M. Serane fit d’abord ouvrir ce dernier; on trouva vers la paroi postérieure de la trachée-artère , une tumeur qui avoit l’air d’un polype oblong, qui s’étendoit v^ers le fond de la trachée, en se prolongeant de la longueur de trois pouces ou environ , et en se terminant par une pointe très-aiguë.
Le cartilage cricoïde étoit rongé, et nageoit dans le pus qui remplissoit toute sa membrane; les cartilages aryténoïdes étoient luxés; l’abcès s’étoit ouvert entre leurs deux articulations; ils étoient comme flottans ^ et les bandes thjro-orjténoidienncs étoient lâches et affaissées; elles ne saiiroientêtre tendues , surtout vers leurs bords , que les aryténoïdes ne soient fixes , et certainement ils ne i’étoient pas dans ce cas , puisque le pus avoit rempli les ligamens , au moyen desquels iis sont articulés avec le cricoïde.
On avoit pris la précaution de mettre jour par jour en écrit les symptômes de cette maladie , et on trouva que le malade avoit eu ,, pendant les trois derniers jours de sa vie, la voix extrêmement rauque et éteinte lorsqu’il parloit sans effort ou à son ordinaire , et très-aiguë lorsqu’il vouloit la forcer.
D’où venoient le ton grave et le ton aigu dans une tracliée ob- .çtruée par une Uimeur qui occupoit au moins plus d’un tiers de son diamètre, surtoul vers la glotte, et dont les bandes étoient
ANATOMIQUES. Si
lâches et affaissées? Voilà un soudre.
Le premier sujet dont nous avons parlé , et qui cracha des lambeaux de membranes et le petit sâc en formé de doigt de gant -, avoit, quelques jours avant sa mort, la respiration extrêmement sonore j il ne pouvoit presque pas parler , il avoit la voix éteinte j nous n’examinâmes pas précisément si lès rebords de la glotte avoient été rongés, mais le reste de la membrane de la trachée rétoit absolument, et il y a apparence qu’elle étoit au moins relâ-' chée et imbibée dans toute sa longueur. Ce relâchement , qui communiquoitsans doute jusqu’aux bandes thyro-ariténoïdiennes ^ étoit-il la cause de l’extinction de la voix ? Favorisoit-il la trop grande ouverture de la glotte ?
problème qui n’est jpas aisé à ré-
§, XXXI. Le cer<>eaû.
Quelque curieuses que soient les découvertes de Malpighi et de Ruisch sur le cerveau , on ne sauroit disconvenir que ce qu’ils ont avancé sur la structuré de cet organe ne soit sujet à une inhnitf; de difficultés qui sont- insurmontables , si on veut raisonner de bonne foi.
La plupart des anatomistes et des physiologistes modernes ont cependant embrassé l’opinion de Tun ou de l’autre de ces deux hommes illustres, qui ont partagé îessavans : quelle raison auroit~on pour approuver ce qu’un anatomiste a inséré , au sujet de ces deux grands maîtres, dans une dissertation qui semble avoir été faite avec tout le feu de l’école, et dont il n’a pas cru devoir priver le public , puisqu’il l’a insérée dans des Essais anatomiques contenant F histoire exacte de toutes les parties?
Il a le courage d’avancer que V opinion du sapant Italien n a pas fait fortune : quel est le fondement de cette assertion ? Y a-t-il jamais eu un système plus soutenu et plus analysé que celui de Malpighi? Que n’auroit pas dit Morgagni sur une pareille proposition, si elle eût échappé à Manget ou à Bianchi !
On a dit , à l’égard de Ruisch , que la nouveauté aPoit donné du crédit à cette opinion^ mais que les difficultés sans nombre qu elle souffroit F arrêtèrent bientôt : qu’auroit dit Heister à quelqu’un qui, après avoir lu ou sans avoir lu tout ce qu’on a écrit pour M. Ruisch , auroit avancé une phrase comme celle qu’on vient de citer, lui qui ne dédaignoit pas de s’abaisser jus-^ qu’à châtier des gens qui s’oublioient , et qui le faisoit même avec une hauteur qui ne convient peut-être pas à un maître de l’art ^ quel qu’il soit?
Prenons garde qu’il ne s’agit ici que de savoir si Ruisch et Malpighi ont eu bien des sectateurs : ils en ont encore , sans doute j et , comme on le disoit ailleurs (§. i.) , il seroit à souhaiter qu’on accoutumât les commencans à ne pas prendre tout de suite parti pour l’un ou pour l’autre de ces deux grands anatomistes.
M. Winslow a paru prendre un milieu entre Malpighi et Ruisch : son opinion et ses vues éclaircissent-elles la matière ? Il a dit , en parlant du cerveau , que Ruisch a démontré que la substance
corticale est principalement composée de vaisseaux , mais que ses injections ne nous découlèrent pas encore le mystère , et qu il faut revenir aux grains glanduleux , pelotons ^ folié cule s , etc. , de M. Malpighi. Il ajoute que ce n est que par la comhinaismt des remarques des deux illustres anatomistes Ruisch et Mal-piglii que l’on peut donner une idée conforme à tout ce qu on voit; et il dit qu’il faut reconnottre , par les belles injections de M. Ruisch y que ces petits cojys (ou follécules , ou grains glanduleux) sont d’un tissu vasculaire dont nous ne savons pas encore la structure.
Mais si les belles injections de M. Ruisch font reconnoître ou démontrent que les follécules sont d’un tissu vasculaire , ne peut-on pas avancer que leur structure est connue ? Pourquoi , du moins, avanceroit-on le contraire? D’ailleurs, si ces follécules sont vasculeux ou d’un tissu vasculaire ; s’il faut le reconnoître par les injections de Ruisch , la question n’est-elle pas décidée en faveur de cet anatomiste contre Malpighi? Il s’agit de savoir si, outre les vaisseaux, il y a dans chaque follécule une petite glande , un cul-de-sac ou une vésicule^ enfin sufht-il , pour bien connoître la structure du cerveau yde donner une idée conforme à ce que l’on voit?
On sait qu’il y a eu des physiologistes qui ont essayé de combiner les deux opinions de Malpighi et de Ruisch • et l’on trouve, dans les Mémoires de l’Académie de rannée 1744? essai curieux de l’application de cette combinaison à la structure des reins ; il semble même qu’il y a dans ce système quelque chose de particulier , outre la combinaison des idées de Malpighi et de Ruisch.