‹ Œuvres complètes de BordeuChapitre 27 sur 96 · XXXII. S’il ny a pas un autre système à prendre sur la · texte numérisé non relu

XXXII. S’il ny a pas un autre système à prendre sur la

structure du cerveau.

Les anciens auroient-ils , par hasard , bien rencontré , en suj)posant le cerveau spongieux , et comme une masse poreuse?

Quoiqu’on aperçoive des fibres dans quelque portion de cet organe , il y a certainement bien des parties oii l’on n’en trouve point 5 il est souvent difficile de distinguer des parties solides dans les cerveaux des poissons.

On ne peut pas nier qu’il n’y ait une grande quantité de vais- .seaux , de replis de membranes, et 'beaucoup de paquets ou de faisceaux comme en pelotons * mais l’entre-deux de ces corps arrondis , les interstices des vaisseaux et des fibres , de quoi sont-ils remplis?

Il n’y a point de graisse , et il paroît qu’il y a de bonnes raisons pour cela. On prétend en avoir trouvé une ou deux fois ; mais ces observations si rares ne concluent rien : n’y aura-t-il pas quelque matière qui pourra tenir lieu de cette liqueur huileuse?

Un muscle , ou telle autre partie qu’on veuille prendre , a ses vaisseaux et ses libres particuliers ; outre cela , il a son tissu celluîairey ses portions solides sont séparées et soutenues par des cellules pleines de sucs huileux , et ces cellules ne sont pas bien

connues; on ne sait pas si et comment elles communiquent Tune à l’autre , si elles sont comme celles d’une éponge , et enfin si elles ne font, pas la principale base de la partie. Pourquoi le cerveau n’auroit-il pas son tissu cellulaire et ses parties spongieuses? Pourquoi ne formeroient-elles pas la principale partie de ce viscère? Ne 23euvent-elles j3as être la matière dont il est composé ?

Tout cela est sans doute bien obscur; et sans prétendre se livrer avec confiance à une ojjinion , soit celle de Malpighi , celle de Ruisch ou la mixte , ou à quelque autre enfin que ce puisse être , il semble qu’on doit s’en tenir aux sages doutes de Stenon , qui sont détaillés dans un discours que M. Winslow a répandu.

Mais il faut bien se garder de tomber dans une espèce de découragement directement opposé aux progrès de l’art : n’est-ce pas ici un de ces cas où l’on j^eut dire que les hypothèses tiennent les anatomistes en haleine ?

§. XXXIII. Examen de F opinion de M. Lieutaud ^ sur Icf.

structure du cerveau.

M. Lieutaud n’a pas été satisfait des oj^inions dont nous venons de dire quelque chose. Laissons , dit-il, toutes ces opinions qui ne donnent aucun éclaircissement touchant V usage du cerveau : la nature ne saurait avoir eu d'autres vues , en fabriquant /e cerveau, que celles , i°. de soutenir la division des vaisseaux sanguins ^ 2". de favoriser la séparation de l’esprit animal • 3®. de préparer à ce liquide un réservoir qui fut capable de la contenir. Une masse poreuse , pulpeuse , ou simplement spongieuse , d'une médiocre solidité , ne remplit-elle pas toutes ces vues ?

Faisons quelques réflexions sur la façon dont cet anatomiste soutient son opinion , dont nous n’examinerons le fonds r n’appartient-elle pas aux anciens ? Quoi qu’il en soit, remarquons d’abord que , quand même le sentiment de Ruisch et celui de Malpighi ne donneroient aucun éclaircissement touchant l’usage du cerveau, un anatomiste qui ne cherche qu’à développer le tissu des j)arties , ne seroit j)as en droit de les rejeter.

Si ce princi2)e , qui j^eut avoir ses ajjjdications , étoit admis sans restriction , il suffiroit à un physicien d’imaginer une hypothèse par laquelle il croiroit tout expliquer , et il seroit en droit de faire valoir la prétendue certitude de son opinion.

Qu’on ne dise pas qu’il faut démontrer que les explications que l’on donne sont véritables et bien fondées ; avouons-le après tant d’expériences , les physiciens ne démontrent rien lorsqu’ils raisonnent sur l’usage des parties qu’ils ne connoissent j)as comni^ il faut.

Descartes , Willis , et les anciens eux-mêmes , plus remj^lis d’idées hyjDothétiques sur le cerveau que les modernes, croyoient tout exjjliquer en leur faveur : que sont devenues leurs oj^inions? Si cependant il falloit les mçttre en parallèle avec celle de

M. Lieutaud , il y a apjjarence que le sentiment du dérilier anatomiste ne seroit pas le plus suivi.

D’ailleurs, n’est-il pas étonnant que M. Lieutaud n’ait regardé le cerveau que comme un organe fait pour soutenir la division des vaisseaux , pour séparer V esprit animal et pour le con-^ tenir? Peut-on concilier ces idées vagues avec ce que les ouvertures des cadavres , les plaies et les expériences qu’on j)eut faire, démontrent sur l’usage des différentes parties du cerveau, et sur la liaison intime qu’elles ont avec les opérations de l’ânie ?

Ces derniers usages du cerveau ne sont-ils pas les principaux , ceux lesquels les parties sont fabriqué-es ^ comme dit

M. Lieutaud, avec tant d’art? En un mot, le cerveau et ses prolongemens doivent être le siège de Famé: or, quelle est la disposition que doit avoir un organe pour favoriser les fonctions de l’âme et son action sur le reste du corps? Voilà ce qu’il faudrolt savoir , et qu’il est impossible de chercher.

Après tout, quelle est la simple glande, quel est le muscle ou l’organe particulier auquel on ne puisse pas appliquer les trois conditions que M. Lieutaud demande pour le cerveau ? Il ne s’agit que de soutenir des vaisseaux^ , de séparer une liqueur, et de la contenir • on n’a qu’à imaginer à loisir quelle doit être la structure de cet organe , et on se trouvera à la fin bien avancé en anatomie.

Les vaisseaux doivent être soutenus dans le cerveau comme dans toute autre partie , cela est vrai y mais prétendre déterminer par là les différentés modifications que doit avoir une partie , c’est ne pas raisonner conséquemment^ car, enfin, les divisions des vaisseaux ne peuvent-elles pas avoir été faites après la disposition d’une partie , ou bien les vaisseaux ne sont-ils pas arrangés comme la partie à laquelle ils appartiennent le leur aura jDerniis ?

Ainsi , on dira que les vaisseaux du bras , vu la nécessité de la figure et des dispositions que le bras devoit avoir , ne pouvoient être placés que dans tel ou tel endroit, pour gêner les mouvemens le moins qu’il est possible , et pour être eux-mêmes plus à l’abri de toute compression.

Un homme qui connoîtroit bien le squelette et la position des muscles et leurs usages , pourroit , en partant du principe qu’on er la place que les vaisseaux doivent avoir : il y a ne exception par rapport aux viscères et au cerveau lui-même. ""

M. Lieutaud , après avoir dit à peu près tout ce que nous avons rapporté sur son système , et après avoir fait quelque application , avance que , son opinion y la conformation du cerveau,

ses divisions y ses productions f garées , ses cavités, etc., qui ont arrêté tous ceux qui ont voulu entreprendre d’en expliquer l’usage, ne présentent aucune difficulté , et il sera tres-aisé d’en rendre raison.... J^oilà , ajoute-t-il, quelle est l’origine de la glande pinéale , des tubercules quadrijumeaux , des corps olivaires , des pyramidaux ^ il ne faut pas être bien versé en

propose , trouv pourtant quelq

anatomiques, 85

anatomie polir vérifier ce que je dis ÿ il rij' a qiià faire une tres-médiocre attention à la marche des vaisseaux.

Pourquoi nous arrêterions-nous à toutes ces propositions , si peu favorables aux lumières de tous les anatomistes qui ont travaillé jusqu’ici sur le cerveau , et qui peuvent mettre fort à leur aise ceux qni , pour connoître cet organe ^ voudront s’en rapporter à ce que M. Lieutaud dit de son opinion? Devoient-elles nous empêcher d’avancer ce que nous disions plus haut ( xxxii)?

Mais quand M. Lieutaud ajoute , en nous encourageant , qu’on ne prenne point ce que nous venons de dire pour des conjectures en V air, ou de simples possibilités peut-on ne pas avouer que de pareils propos paroissent au moins bien hasardés , ne fut-ce que parce que , si on croit avoir bien découvert la vérité , on ne fera plus aucun progrès.

On peut , par un aveu modeste d’ignorance , exciter les ana-? tomistes sans les rebuter, comme nous l’avons insinué ( §. xxxii) • mais faut-il se laisser aller absolument aux écarts de l’imagination ?

§ XXXIV. S’ il est bien démontré que le cerv>eau soit une glande

ou un corps glanduleux.

Nous ne pénétrerons pas bien avant dans cette question • un détail sur cette matière nous écarteroit sans doute de notre objet principal ^ mais nous dirons en passant , que l’opinion de ceux qui regardent les nerfs comme une sorte de conduits excrétoires du cerveau ne paroît pas aussi bien établie que bien des gens l’ont avancé.

Haller a dit, après Boerhaave son maître, que l’opinion de ceux qui doutent des esprits éioit s omnianti s oniini crassissimus error ^ ne faut-il pas être bien convaincu de l’existence des esprits pour avancer de pareils paradoxes , ou pour dire ainsi des injures à des auteurs respectables !

On a soutenu à Montpellier une thèse où. l’on examinoit les preuves qu’on donne ordinairement sur l’existence des esprits j il semble qu’on ait établi qu’il n’y a aucune de ces preuves qui ne soit au moins réduite au rang des présomptions du des cou-jectures' Thés, de sensu in généré, ann.'>i'jd^ , Monspel. Yoici un petit extrait de cette thèse.

L’ancienneté de l’opinion sur l’existence des esprits paroit d’abord mériter quelque attention^ les anciens les admettoient, et croyoient en avoir besoin pour que l’âme put agir sur le corps , les esprits étant une substance intermédiaire entre le corps et l’âme 'j d’habiles modernes ne se sont-ils pas moqués de ces idées frivoles^ et ne doit-ron pas se méfier d’une opinion établie sur de pareils fondemens ?

D’ailleurs les anciens admettoient des esprits de trois sortes^ il n’est pas aisé de savoir par quelle fatalité les naturels et les vitaux n’ont pas pu se conserver et ont succombé , tandis que les animaux ont subsisté.

Un homme sans pi:éjugé , et qui se donneroit la peine d’examiner les choses de bien près , ne pourroit-il pas pro\iver que ces

trois sortes d’esprits , qui furent comme le trépied, ou, si Toh. veut, le triumvirat de l’ancienne physiologie, étoient aussi bien établies l’une que l’autre* il seroit curieux de voir spirituum iiaturalimn et vitalium quœrelœ et vindiciœ , comme l’illustre M. Fizes en a fait si ingénieusement sur la rate , peut-être même , s’il falloit faire un parallèle des preuves des trois espèces d’esprits , les vitaux et les naturels paroîtroient-ils mieux iDrouvés que les animaux.

On diroit que les vitaux sont formés dans le poumon et le cœur^ qu’ils vivifient le sang* qu’ils sont la plus subtile partie de l’air, sans laquelle les humeurs n’auroient ni les mouvemens ni l’élasticité qu’il leur faut.

L’anatomie raisonnée pourroit établir que le foie , comme on l’a déjà avancé , fournit un reste de bile qui va animer et exciter les parties , ce qui formeroit au besoin des esprits naturels ) en un mot , pourquoi ne seroit-il pas permis de se flatter que les anciennes opinions sur cette matière pourront reparoître un jour?

Quant à la façon dont les modernes soutiennent les esprits , il y a d’abord lieu d’être frappé du nombre prodigieux de formes qu’ils leur donnent^ les uns disent qu’ils sont de Xair, d’autres du feu y de Xeau, de la limphe ^ on les a faits acides , sulfureux , actifs 3 passifs • on en a fait de deux ou trois espèces qui rouloient dans les mêmes nerfs ^ enfin on leur adonné toutes sortes de configurations, jusqu’à en faire de petits tourbillons , ou de petits ballons à ressort , selon l’expression de M. Lieutaud , qui est aussi persuadé de l’existence de ces ballons, qu’il l’est de la structure qu’il suppose au cerveau.

Après tout , chacun a fait jouer les esprits à sa fantaisie , et on les a toujours supposés démontrés , et c’étoit surtout à prouver leur existence qu’il falloit penser.

Quelques preuves qu’on prétende en donner , la grande quantité de sang qui va au cerveau , la grosseur du cerveau dans les jeunes sujets , les ligatures et les compressions des nerfs , les expériences sur les nerfs diaphragmatiques , car c’est à cela que se réduit tout ce qu’on a dit en faveur des esprits ; toutes ces preuves , enfin bien pesées , éclaircissent-elles les doutes qu’on peut avoir sur cette matière?

Ne peut-on pas dire en deux mots que comme la grande quantité de sang qui va au poumon ne prouve pas'qu’il se fasse dans cette partie une sécrétion particulière autre que celle de la transpiration , qui est aussi très-abondante dans le cerveau , de même la quantité de sang qui va à la tête ne prouve point qu’il se fasse dans le cerveau une sécrétion autre que celle des matières vaporeuses destinées à entretenir les parties de cet organe dans leur souplesse naturelle.

On pourroit ajouter que s’il va beaucoup de sang au cerveau , et plus à proportion que dans une autre partie , il en revient aussi dans le même rapport.

La grosseur du cerveau dans les jeunes sujets prouve qu’il est une des parties qui se développent ou qui se forment des pre-

mières , et qui ont le plus d’usage pour les fonctions , comme pour le mouvement , pour le sentiment et pour la nutrition , et cela est vraij mais comme il n’est pas démontre que le mouvement , le sentiment et la nutrition ne puissent pas se faire sans, esprits , ce second argument n’est pas aussi fort qu’on le croit communément.

Les ligatures des nerfs, et les expériences sur les nerfs diaphragmatiques , dont on sait qu’on pourroit se servir pour démontrer presque que les esprits n’existent point , ou qu’ils sont inutiles pour le mouvement du diaphragme j ces expériences prouvent tout au plus qu’un nerf qui va à une partie doit être libre pour exercer ses fonctions , et pour que la partie à laquelle il appartient puisse aussi les exercer , et voilà tout.

Enfin, est-il permis de demander €{u’on se donne la peine de jeter les yeux sur la thèse dont on vient de parler , et de consulter les adversaires fameux que l’opinion de l’existence des esprits a eus.

Un examen fait sans préjugés fera sentir au moins que le sentiment de ceux qui admettent les esprits n’est pas plus probable que l’opinion de ceux qui les rejettent.

Ajoutons que ceux qui admettent les esprits sont aussi embarrassés pour expliquer les fonctions des nerfs que ceux qui ne les admettent pas. Que n’a-t-on pas été forcé d’avancer sur la prodigieuse vitesse de ces esprits, lorsqu’on a voulu la comparer à celle de la lumière I combien d’inutiles peines ne s’est-on pas# données I combien de calculs plus inutiles encore n’a-t-on pas faits 1'

En un mot , en est-on plus avancé lorsqu’on a suivi les détails infinis de Boerhaave et de ses commentateurs sur cette question ? ne vaut-il pas mieux, l’abandonner pour une bonne fois , et la mettre au rang de ces questions ennuyeuses par lesquelles les anciens, commençoient leurs physiologies? Ne profiterons-nous jamais des bévues de ceux qui nous ont précédés Î.Xa postérité ne sera-t-elle pas étonnée d’apprendre que nos réformateurs de l’art ont donné à de semblables questions un temps qu’ils au— roient pu mieux employer sans doute L

Tirons de tout ce que nous venons de dire sur rexistenee des esprits une conclusion comme anatomiste, et concluons que ceux qui ont regardé les nerfs comme des conduits excrétoires du cerveau ne paroissent pas avoir prouvé leur opinion comme il faut.

Et si , comm-e il est vrai , la prétendue existence du fluide nerveux , et l’idée qu’on a eue que les nerfs étoient de vrais conduits excrétoires servoit de preuve à quelques physiologistes pour croire que le cerveau est une glande ou un corps glanduleux , n’est-on pas en droit d’avancer que, cette raison ne prouve rien?

5- XXXV,. S'il J' a quelque partie connue qui puissê'éire regardée comme le conduit excrétoire du cerveau.

Ce qu’on prend ordinairement pour la première paire des nerfs a- été regardé par un moderne comme des conduits excrétoires ; mais comme cette, opinion n’est établie que sur de. simples pré-

somptions , elle n’a pas encore eu bien des sectateurs j elle manqué d’observations et d’expériences bien constatées , et comme il n’est pas aisé d’en faire sur cette matière , il y a apparence qu’elle ne sera de long-temps généralement reçue.

Il faut avouer que la mollesse des productions mamillaires , et la délicatesse des filamens qui passent par les trous de la lame cribreuse, méritent une attention bien particulière^ on ne voit pas pourquoi ces nerfs seroientsi différens. de tous les autres qu’on connoît , à moins que, comme ils n’ont que peu d’espace à parcourir, ils ne soient tout de suite disposés à former une couche pulpeuse membraneuse, qui est peut-être, comme dans l’œil, î’organe immédiat de la sensation • d’ailleurs des vaisseaux excrétoires n’auroient pas été si minces et si délicats , le moindre engorgement, la moindre arête eût été cause qu’ils se seroient déchirés.

Ce que de bons anatomistes ont remarqué au sujet de la cavité de ces fibrilles qui traversent l’os cribreux , paroît d’abord bien singulier, et il est naturel de penser que cette cavité ne peut avoir été faite que pour donner passage à quelque liqueur.

Mais outre que cette cavité n’est pas aussi évidemment démontrée que bien des gens le pensent , on a dit en avoir trouvé une j)areille dans les nerfs optiques que personne ne croit être des conduits, quoiqu’il ait échappé à quelques anciens quelque chose qui pourroit faire penser qu’ils regardoient les nerfs optiques comme des vaisseaux excrétoires , au moins dans certains cas.

Pourquoi les cavités des proion gemens des procès mamillaires seroient-elles si petites , si toute la matière qui sort quelquefois par le nez devoit y passer? Dira-t-on qu’il falloit que les excréîiiens du cerveau s’écoulassent peu à peu^ que les conduits excrétoires ne répondent pas toujours à la grosseur de l’organe duquel ils sortent 5 que, si on s’arrêtoit à la considération de ces petits conduits , on trouveroit que celui qui sort du foie devroit avoir six fois plus de diamètre , vu celui du conduit pancréatique ^ que le canal colidoque lui-mênie est plus petit , par rapport au foie , que les cavités de toutes les fibrilles qui traversent l’os etmoïde ne le sont par rapport au cerveau?

Ce ne sont là que de très-légères présomptions qui peuvent frapper un homme déjà déterminé à croire que les procès mamillaires sont des conduits excrétoires* mais elles ne prouvent presque rien lorsqu’on les considère de sang-froid * elles servent à établir des doutes sur des matières que nous ne coimoissons pas beaucoup , et surtout elles conduisent à l’examen du problème suivant. Quel est le rapport des conduits excrétoires à l’organe dont ils*partënt? et pourquoi en trouve-t-on de beaucoup plus gros les uns que les autres à proportion?

Ajoutons à ce que nous venons de dire , que la cinquième paire des nerfs envoie un récurrent considérable à la membrane pituitaire j ce récurrent seroil-il l’organe de l’odorat , ou ne serviroit-il qu’à établir un rajqoort entre le diaphragme et la membrane pituitaire? Ce rapport ou cette communication ne pour

voit-elle pas se faire aux dépens des fibres de la deuxième portion^ de la cinquième paire qui vont se répandre vers le palais? Étoit-il nécessaire que ces nerfs récurrens rentrassent dans la cavité du crâne ?

On auroit des éclaircissemens sur cette question si on pouvoit bien déterminer précisément l’endroit de la membrane pituitaire destinée à l’odorat. Les fibres pulpeuses des procès mamillaires ne peuvent pas apparemment s’étendre bien avant dans la membrane pituitaire^ elles s’arrêtent aux sinus de l’etmoïde , ou du moins on ne peut pas les poursuivre plus loin : si la sensation de l’odorat se fait. vers les ailes du nez au moyen de quelques papilles qui sont placées dans cet endroit , pourquoi ne pas penser que la cinquième paire , qu’il seroit aisé de poursuivre plus loin que celle qu’on nomme la première, forme ces papilles?

Enfin la cavité des fibrilles des procès mamillaires a peut-être été faite pour que les corpuscules des corps odoriférans puissent pénétrer jusqu’au cerveau ÿ peut-être l’air lui-même enfile-t-il cette route : le temps éclaircira toutes ces matières , sur lesquelles les physiologistes ordinaires ne s’arrêtent pas , parce qu’elles ne s’accordent pas avec les systèmes qu’ils soutiennent.

XXXVI. Si ce cjuon nomme communément V entonnoir 71 est pas le véritable conduit excrétoire du ceiyeau. .

Les plus anciens anatomistes ont dit à peu près comme M. Winslow , qiC entre la base du pilier antéideur de la voûte , et la paiHie antérieure de V union des couches des nei'fs optiques y se trouve une cavité ou fossette appelée ento?inoir, qui descend vers la base du cerveau , en se ixtrécissant à mesure qu’il descend, et se tei'mine tout droit, par un petit canal membraneux , à un corps mollet situé dans la selle sphénoïde , et appelée glande pituitaire.

Gn sait quels sont les systèmes c[u’on a établis sur cette description • on a fait accumuler et ramasser des humeurs dans les ventricules du cerveau , et on lésa fait porter à la glande pituitaire , etc.

M. Lieutaud a commencé par changer le nom de rentoh/ioir ÿ il ]’a nommé tige pituitaire il prétend qii elle s’élève de la glandé pituitaire ^ quelle n’a point de cavité ^ que c’est une espèce de iflindre de deux ou trois lignes de hauteur , foinné par la sub~stance cendrée et recouvert ’de la pie mère • on remarque , ajoutet-il , de très-petits vaisseaux qui inarchent dans son axe, comtymniquant avec ceux de la glande qui reçoit cette coloîine ou qui la soutient.... Il ri est point difficile, continue M. Lieutaud , de démontrer la solidité de cette tige ÿ j’en donnerai la manière dans r adjninistration ; et dans l’endroit où il a renvoyé , il dit que si l’on est bien, aise de s’ assurer de la solidité de la tige pituitaire , on peut le faiix ti'è s -commodément en la dégageant, le mieux que l’ on pourra , de toutes ses adhérences.. .. Ceux qu’il n’est pas aisé de convaincre , pouri'ont examiner très-commodé- * ment le bout de la tige ; ils en couperont des tranches , et seront forcés d’avouer qu’on n’j sauroit apercevoir aucune cavité.

Ce sentiment mérite sans doute de sérieuses réflexions • il ne tend

f)0 RECHERCHES

pas à moins qu’à renverser des opinions généralement reçues. Quelque anatomiste examinera sans doute , avec attention et de propos délibéré , cette importante question ^ voici , en j^assant , quelques réflexions qu’on peut faire :

I®. Le nom de tige pituitaire n’indique-t-il pas que la partie dont il est question vient de la glande dans laquelle elle prend naissance , comme l’auteur paroît l’entendre, lorsqu’il dit quelle £* élève de la glande pituitaire? Il est vrai qu’il dit ensuite , que la glande pituitaire reçoit cette colonne ou la soutient. Ces propositions sont bien différentes l’une de l’autre , et on a de la peine à sauver la contradiction entre ces mots , la tige pituitaire qui s tlèue de la glande , et ceux qui suivent , la colonne que la glande reçoit ou soutient^ cela est au moins bien obscur* et comme la question n’est pas indifférente , il est fâcheux que l’auteur n’ait pas mieux expliqué son sentiment : quoi qu’il en soit, la dénomination de colonne pituitaire paroît convenir mieux que celle de

2®. L’auteur, qui promet de donner la méthode de se convaincre de la solidité de la colonne dont il est question , dit qu’on peut le faire très-commodément, en coupant des tranches du bout, etc. / mais cette méthode ne nous a pas réussi ^ nous avons éprouvé que, quelques instrumens que l’on emploie , il n’est pas possible de couper la partie en tranches , elle est trop délicate ; elle ne sauroit résister à une pareille division ♦ on l’écrase , on la hache , mais on ne la coupe pas assez net pour reconnoître ou pour examiner son calibre, qui peut changer suivant que la partie est tendue ou relâchée.

3®. Comme la membrane qui recouvre la colonne pituitaire est très-transparente, on voit évidemment qu’il y a dans l’intérieur une espèce de substance pulpeuse et rougeâtre 5 on y distingue les vaisseaux dont M. Lieutaud parle. Sont- ils, comme il dit, comm.uniquans avec ceux de la glande ? C’est ce qu’il n’est pas facile de distinguer.

Quoi qu’il en soit, l’existence de ces vaisseaux ne doit paroître surprenante qu’à ceux qui ont regardé cette partie comme un simple canal membraneux • il y a eu en effet bien des anatomistes qui l’ont regardé de même , ou au moins qui ne se sont pas expliqués comme il faut là-dessus.

Mais Kiolan , qui a vu les petits vaisseaux dont il est question , et qui les a pris pour quatre petits canaux pour le passage de la jiituite , auroit-il été surpris si on lui eut dit que la colonne pi tu i^ taire contenoit une substance pulpeuse , ou un peu de substance cendrée , selon M. Lieutaud?

Bartholin dit expressément qu’elle est d’une couleur obscure et que si on l’ouvre , on la trouvera pleine d’une pituite grossière^ ainsi , quoiqu’on ait regardé cette partie comme faisant fonction de canal , il y a eu des anatomistes qui ne l’ont pas regardée comme purement membraneuse j et comme il y a eu quelque malentendu parmi les différens auteurs , on doit sans doute avoir de l’obligation à M. Lieutaud , qui n’auroit rien laissé à désirer, s’il avoil

ANATOMIQUES. gi

parlé des anatomistes qui semblent avoir suivi le sentiment qu’il a embrassé.

4°. Il s’agit de savoir si cette colonne fait fonction d’entonnoir: quoiqu’un entonnoir fut plein d’éponge , il pourroit encore servir • il semble même que ceux qui ont parlé de l’usage de cette partie , aient dit qu’elle étoit faite pour laisser suinter les humeurs comme à tras^ers la manche d' Hippocrate , selon l’expression de Du Laurens , s’ensuit-il de là qu’ils ne la regardoient pas comme un simple canal membraneux?

Nous avons rempli les ventricules du cerveau d’une liqueur colorée qui a pénétré jusqu’à l’extrémité de la colonne pituitaire • il est vrai qu’il fallut remuer le cerveau pour faire l’expérience : il n’est pas aisé de savoir si omn’avoit pas dérangé une membrane qui se trouve à l’orifice de l’entonnoir qui répond aux ventricules , membrane qui , pour le dire en passant , ne semble pas bien connue.

Nous avons aussi observé que la pie-mère s’étend en forme d’un pavillon d’entonnoir, qu’elle est très -transparente et à une certaine distance de la glande pituitaire vers la partie inférieure de la colonne. Que deviennent , dans cet endroit , les vaisseaux qu’elle contient? se terminent -ils au centre de l’entonnoir en espèce de mamelons, ou bien se joignent-ils à ceux de la glande pituitaire?

La pie-mère étant percée dans cet endroit, on peut introduire un petit tuyau dans son ouverture et souffler ensuite j il arrivera quelquefois que l’air passera jusque dans les ventricules.

Si ces deux expériences sont confirmées , elles démontreront qu’il y a une communication entre les ventricules et la partie inférieure de la colonne.

l'y a des sujets dans lesquels les ventricules se trouvent pleins d’une lymphe sanguinolente , et alors la colonne pituitaire paroît i beaucoup plus rouge qu’elle ne l’est ordinairement.

I On a essayé de faire glacer de l’eau dont on avoit rempli les ! ventricules, pour voir exactement leur figure, et savoir si l’eau ! s’étendoit jusqu’à la glande pituitaire^ cet essai n’a pas réussi.

} Concluons qu’il est très-nécessaire de faire de nouvelles reclier- I elles , avant d’assurer que ce qu’on nomme l’entonnoir soit en queî- I que manière le conduit excrétoire du cerveau. C’est encore une nouvelle question à éclaircir pour les physiologistes des écoles.

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