‹ Œuvres complètes de BordeuChapitre 28 sur 96 · XXXVII. Quand même le cerveau ne scroit pas une p:lande · texte numérisé non relu

XXXVII. Quand même le cerveau ne scroit pas une p:lande

il mériteroit toujours quelque attention , par rapport à la question que nous traitons^

Que le cerveau ait des conduits excrétoires on non , qu’il soit regardé comme une glande conglomérée ou comme une conglobée , comme un corps pulpeux çu spongieux , tout cela ne fait rien pour ce dont il est question ^ il suffit qu’il soit évident que le cerveau est une masse qui communique certaines vertus , des secousses , de la tension et des vibrations aux nerfs auxquels il donne ongine , ou qui se joignent à ses différentes parties.

II doit être considéré comme en l’air, ou posé sur une espèce de

trépied , formé par les artères vertébrales et les carotides; ces ar® tères , quelque léger que soit leur mouvement, communiquent , en se remplissant et en se vidant , ou du moins dans les efforts qu’elles font pendant la sistole et la diastole , des secousses à toute la masse du cerveau; il pèse à son tour , ou il agit par son poids et par sa masse sur ces artères ; peut-être même cette action réciproque entre les artères et la masse du cerveau, concourt-elle beaucoup plus qu’on ne pense à l’entretien des fonctions, comme on le dira ailleurs plus au long.

Le cerveau est aussi enfermé par la dure-mère , qui le serre plus ou moins ; or , des observations incontestables ont démontré que , si la dure-mère vient à comprimer le cerveau , celui-ci ne sauroit exercer ses fonctions , qui sont d’autant plus libres , que le cerveau l’est lui-même jusqu’à un certain point.

Appliquons aux corps glanduleux ce qui arrive au cerveau ; s’il est comprimé, ses humeurs s’arrêtent , les esprits ne coulent plus si l’on veut; de même une glande comprimée ne sauroit séparer sa liqueur , ni la pousser dans ses excrétoires.

Et comme le cerveau a été placé de manière qu’il est ordinairement en liberté , afin que ses fonctions se fassent comme il faut , de même toute la glande , loin d’être exposée à des compressions qui la gêneroieiit, doit avoir été placée à i’abri , comme on a vu que le sont celles dont il a été question jusqu’ici , et comme noua nous proposons de le faire voir en parlant de toutes les autres.

§. XXXYIÎI, Du corps (pu on nomme communément Glande

pituitaire.

La fossette ou cavité formée sur la partie moyenne de la por-^ tion du sphénoïde qui répond à la base du cerveau, est presque remplie par un corps plus ou moins mou , et divisé quelquefois comme en deux ou trois petits lobules.

Ce corps est pulpeux, spongieux, grisâtre, et pour l’ordinaire imbibé ou plein d’un suc comme huileux; il est entouré par une production de la dure-mère qui tapisse sa fossette , et par une portion de la pie-mère qui le recouvre dans sa partie supérieure ; il a quelcjucs nerfs qui lui viennent de la sixième paire , et des vaisseaux qui communiquent peut-être avec ceux de la membrane pituitaire.

On l’a toujours traité de corps glanduleux, et Galien lui faisoit riiOTîueur de l’appeler glande simplement, comme par excellence ; cependant il n’en a ni la forme , ni même les usages , si ce que les anciens et les modernes en ont dit se trouve vrai,

Les anciens croyaient qu’il était fait , en premier lieu , pour retenir les esprits animaux; il sert, disoient- ils , de bouchon à l’entonnoir , et , sans lui , tous les esprits contenus dans les ventricules se dissiperoîent bien aisément.

2/*. lîpompoitles humidités superflues du cerveau ; elles alloient toutes aboutir à l’entonnoir , et la glande pituitaire les recevait et les dégorgeoit dans la cavité des narines, ou même ailleurs, suivant l’occasion. Il n’éloit pas même le seul organe qui eut cef

tîsàge , car , selon Hippocrate , les excrémens du cerveau 23euvent sortir par les yeux , par les oreilles et par la bouche ^ et on dit. ensuite que la bile avoifc ses couloirs propres dans la tête , la mélaivcolie les siens , et la pituite sa glande pituitaire.

Ce système , plus extraordinaire qu’aucune des hypothèses des modernes , et qu’il est surprenant que les grands sectateurs de l’antiquité n’aient pas voulu faire revivre, s’est soutenu pendant plusieurs siècles j il a été , qui pis est, la base du traitement de rgiaiadies : est-il possible de supporter , sur cette matière , la lecture des anciens , de ceux meme qu’on regarde comme les plus sages et les plus graves , et qu’on ose donner pour des personnages audessus de toutes les hypothèses, quand il s’agit d’insulter les modernes , ce que certaines gens prennent à tâche ?

Les récens ont abandonné la partie la plus plaisante du système dont on vient de parler, celle qui faisoit servir la glande pituitaire de bouchon ^ est bien dommage assurément! Mais ils ont cru que cette glande étoit réellement faite pour repomper quelques liqueurs superflues.

Voici la différence qu’il y a entre les anciens et les modernes ï les premiers disoient que la glande pituitaire vidoit ses humeurs dans les narines , et les autres ont dit qu’elle les envoyoit aux sinus de la selle turcique.

Il n’y a rien de démontré sur cette question • il n’est pas aisé de savoir si la glande pituitaire n’a pas quelque conduit excrétoire y on trouve souvent à la portion moyenne de la selle sphénoïdale un trou plus ou moins apparent y savoir si ce trou n’est pas fait pour donner passage à quelque conduit particulier ou à un vaisseau sanguin , qui établiroit entre la glande pituitaire et la cavité des narines un commerce de sang' dont l’usage est inconnu ?

D’ailleurs cette circulation singulière de l’humeur des ventricules, qui se rend à la glande par l’entonnoir, et qui rentre ensuite dans la masse du sang, pourroit- elle se faire, si ce que M. Lieutaud dit de la solidité de la colonne pituitaire se trouvoit vrai ?

C’est encore ici un de ces endroits où il semble qu’on se soit arrêté trop tôt , en admettant un sentiment sans le bien examiner • des travaux ultérieurs sur ces parties éclairciront bien des choses.

Reste toujours que ceux qui considèrent la glande pituitaîn’ comme une véritable glande , doivent en faire une classe à part ;; elle ne ressemble, au moins au premier coup d’œil, à aucune de celles qu’on connoît , et elle n’est peut-être pas plus une glande que la pinéale , qu’on dit n’être qu’un tubercule semblable aux deux autres sur lequel il est perché.

Enfin cette prétendue glande pituitaire a une fossette dans laquelle elle est serrée , et très à l’abri de toute compression j il faut donc , pour la faire dégorger des humeurs qu’on veut qu’elle reçoive , avoir recours à un mécanisme particulier.

Les physiologistes ne se sont pas expliqués là-dessus, et il leur

seroit difficile de répondre à la preuve qu’on peut tirer , contre Fopinion des compressions , de ce qui se passe dans ce corps , qu’ils regardent la j)lupart comme glanduleux.

§. XXXïX. Les Glandes lacrjmales.

Ces glandes, qu’on connoissoit aussi sous le titre iniiominées , sont deux , une pour chaque œil 3 la fossette qui est creusée dans lajDortion de la voûte orbitaire du frontal, et qu’on sent évidemment vers l’angle externe de l’orbite , a été faite pour loger la glande qui se niche dans cette cavité ^ elle est entourée de graisse , entre les muscles supérieur et externe du globe de l’œil , qui la toucberoient , s’il y avoit moins de graisse entre deux.

Cette glande a ses vaisseaux propres et des nerfs qui lui viennent de la troisième et de la cinquième paire ^ ses conduits excrétoires , qui sont très-délicats et très-nombreux , descendent parallèlement et vont aboutir à la face interne de la paupière vers son carti~ lage^ le corps glanduleux est blanc et divisé en petites lobes, et il approche de la grosseur d’une amande.

Il est naturel de penser, après tout ce que nous avons dit , que cette glande n’a été nichée dans une cavité osseuse que pour n’étre pas exposée aux efforts des parties du voisinage * elle se trouAœ précisément dans l’intervalle des deux muscles droits , qui ne sauroient la gêner ni la comprimer dans les contractions les plus violentes y le globe de l’œil ne touche pas toujours le corps glanduleux ; et il est moins solide que lui : tout cela est évident.

Cependant on a prétendu trouver de quoi comprimer cette glande ^ l’erreur de ceux qui la soumettoient à l’action des deux muscles droits n’a pas duré y elle étoit insoutenable , vu la position de la glande , et les auteurs qui ont parlé de cette matière en dernier lieu ont fait beaucoup d’attention à l’action du globe de l’œil y on a même parlé de celle de l’orbiculaire des paupières.

On n’a qu’à remarquer que le globe de l’œil n’a pas la force d’empêcher l’accumulation de la graisse y pourquoi n’exprime-t-il pas et ne comprime-t-il pas le corps graisseux qui sert d’enveloppe à la plus grande portion de la glande qui après tout se cache dans sa cavité? Quant au muscle des paupières, on verra, si on y fait attention , qu’une membrane musculeuse si mince ne peut que faire mouvoir les paupières , et contenir un peu l’œil sans rien comprimer de ce qui est dans l’orbite.

Comment le feroit-il par rapport à la glande ? Il ne l’atteint pas, il s’en faut beaucoup - et le globe de l’œil, supposé qu’il soit repoussé par l’orbiculaire des paupières , au lieu de se porter vers la glande , sur laquelle il ne feroit point d’impression , rentrera beaucoup plus aisément vers les parties postérieures de l’orbite , où la graisse lui cédera quelque peu d’espace.

En un mot , on croit pouvoir assurer que rien ne comprime la glande lacrymale , et qu’elle a été placée précisément , avec les précautions nécessaires , pour qu’elle ne fût pas comprimée. Il faudra parler ailleurs du ;nécaut^iue par lequel elle se dégorge

ANATOMIQUES. g3

âe l’humeur des larmes qu’on sait qu’elle sépare , et on reviendra aussi sur ses conduits.

§. XL. ha glande ihjroïde ou les glandes thyroïdes.

Morgagni , Heister et M. Winslow , nous ont donné sur cette glande des descriptions bien difïérerifes de celles des anciens , qui l’avoient regardée comme deux corps glanduleux , et qui ne i’avoient pas bien décrite.

On dit aujourd’hui communément qu’elle est unique , plus ou moins grosse , semilunaire ou en croissant , ayant la concavité vers le haut , et la convexité en bas ; on a beaucoup parlé de ses cornes ou des pointes de ses parties latérales.

Sa portion moyenne , qui paroît être la réunion des deux lobes latéraux , est appliquée sur le cricoïde et sur un ou deux des premiers cerceaux cartilagineux de la trachée ; elle donne quelquefois naissance à une espèce de prolongement qui monte adossé sur le thyroïde , et sur lequel on a aussi dit bien des choses.

Cette glande reçoit beaucoup de vaisseaux des cartilages et des nerfs en assez bon nombre des récurrens de la huitième paire ; elle est rougeâtre , assez mollasse , moins grenue que les glandes salivaires, et on la trouve souvent imbibée d’un suc comme huileux.

Les anatomistes ont été jusqu’ici fort indéterminés sur les usages de cette glande 3 Verselloni, qui l’a regardée comme le lieu de la retraite d’une pépinière de vers qui partent , quand il le faut , pour aller faire la digestion dans l’estomac , n’a eu que le peu de sectateurs qu’une pareille opinion a mérité.

On s’en tient aujourd’hui à des présomptions^ Morgagni, Heister , Santorini et bien d’autres , sont portés à croire que la thyroïde sépare une liqueur propre à lubréfier l’intérieur de la trachée y M. Winslow paroît pencher pour l’opinion de ceux qui croient qu’elle envoie ses conduits à l’œsophage.

Il y a eu quelques auteurs qui ont regardé la glande comme lymphatique simplement , mais ils n’ont pas eu bien des sectateurs.

On s’est trompé plus d’une fois sur le conduit excrétoire^ on peut voir ce qu’en disent les fameux anatomistes dont nous venons de parler • Morgagni surtout en parle fort au long dans ses lettres sur Valsai va • il est bon d’y voir jusqu’à quel point un raisonnement bien fait mène en anatomie , où l’on peut assuj-er que la raison va quelquefois au-devant de l’expérience. On entendra aisément ce que nous prétendons dire si l’on lit Morgagni après avoir vu ce qu’il nous reste à dire.

§. XLI. Nou^’elles obser^^fations sur la glande thyroïde.

Un malade avoit (à l’hôpital de Montpellier, en 174^, vers le mois d’octobre ) un dépôt à la glande thyroïde ^ la suppuration s’étant manifestée , on ouvrit la tumeur extérieurement sans toucher à la trachée y il sortit du pus et du sang * et les jours suivans le malade , qui ne sentoit point d’oppression de poitrine ni de

gS kecherghes

difficulté de respirer, mais seulement un tiraillement vis-à-vîs les premiers cerceaux cartilagineux de la trachée , cracha des ma« tières purulentes.

Cette observation prouve-t-elle qu’il y a un commerce entre l’intérieur de la trachée et la thyroïde? Le malade vint à mourir, on ne fit pas ouvrir le cadastre.

Un autre malade avoit dans le même temps des gonflemens 't passagers à tout le col et à la thyroïde ; la fièvre s’allumoit , et les signes de suppuration paroissoient au bout de quelque temps ^ le malade crachoit des matières comme purulentes ^ cet accident lui i est arrivé trois ou quatre fois pendant l’épidémie dont on a parlé ! ci-dessus (§. xxix) ; il a dit très-souvent, et il ne cessoit de dire ! à ceux qui savoient l’entendre , qu’il sentoit détacher les ma- ! tières de l’endroit qu’il marquoit , vis-à-vis la thyroïde , qui se : dégonfloit à proportion que le malade crachoit. Celui-ci ne mourut pas y MM. Serane , j^ère et fils , ont souvent employé bien du temps à l’interroger, et à examiner sa tumeur singulière, que ces sages praticiens conduisirent trois ou quatre fois à suppuration , et qu’ils ne voulurent jamais faire ouvrir depuis qu’ils eurent aperçu la route naturelle que le pus suivoit.

Une dame de condition avoit une grosseur peu dure à la thy-f roïde ^ le régime et les douches d’une eau à peine minérale dissipèrent cette tumeur en partie j il restoit une espèce de noyau \ qui étoit la partie de la tumeur la plus dure ; la dame prenoit des laitages avec des apéritifs. Elle rendit un jour plus d’un demi- • verre d’une eau claire , liquide , gluante , et sans goût ) elle assura i qu’elle avoit senti, pour employer son expression , quelque chose qui faisoit un effort vers l’endroit où la thyroïde est placée. La , tumeur diminua sensiblement après ces évacuations et quelques i autres moins abondantes.

Enfin , il y a bien des personnes qui disent qu’elles sentent quelquefois des crachats gluans qui se détachent de la partie supé- i rieure de la trachée vers la glande.

Ces observations fournissent au moins des présomptions en fa* i veur de l’opinion de ceux qui croient que la thyroïde envoie quelque liqueur dans la trachée ) elles prouvent qu’il y a un coin- j merce entre ces deux parties , comme cela est encore prouvé j dans les Mémoires de V Académie des Sciences , où l’on dit avoir vu des femmes dans lesquelles la thyroïde paroissoit se remplir • d’air pendant les efforts de l’enfantement.

Mais n’étoit-il pas arrivé dans ce dernier cas aux membranes des cerceaux de la trachée ce que nous avons vu arriver à celles 'I; qui remplissent l’échancrure qui est sur le bord supérieur du il; cartilage thyroïde (§. xxvi) ? et ne dira-t-on pas que dans les casi|^ que nous avons rapportés , les matières purulentes s’étpient frayé; des routes qui n’existent pas naturellement?

§. XLII. Nouvelles observations sur le premier cerceau cartilagineux de la trachée.

Le premier çerceau cartilagineux de la trachée , auquel on n’a pas fait attenti'^n jusqu’ici , mérite cependant qu’on le considère avec soin. \

Nous l’avons trouvé constamment plus gros ou plus large , et plus solide que le^ suivans , quelquefois collé immédiatement au cricoïde , et souvent au moyen d’une membrane.

Nous avons aussi remarqué qu’il est dans tous les sujets , ou divisé par une fente plus ou moins étendue, et située vers le devant du cartilage-, ou percé d’un ou deux , et même de trois trous , bien apparens et placés aussi vers le milieu du cerceau sur le devant, ou un peu à coté.

Ces trous nous frappèrent la première fois que nous les vîmes ^ c’étoit à Montpellier, disséquant un larynx auprès du

feu • la glande thyroïde , qui étoit extrêmement grosse étant enlevée , nous trouvâmes le premier cerceau presque osseux , mais assez transparent pour laisser apercevoir , au moyen du feu , les deux trous qui n’étoient recouverts que par des membranes lâches qu’on emporta facilement.

Nous nous convainquîmes, à ne pouvoir plus en douter, que les deux trous étoient naturellement dans le cartilage • ils étoient placés l’un auprès de l’autre , et ils avoient chacun environ une ligne de diamètre, et paroissoient un peu plus longs que larges. M. Lassis , anédecin d’Eüse en Gascogne , étoit présent à ces opérations.

On a toujours trouvé ces trous , ou au moins une fente , depuis ce temps-là ^ les deux trous se rencontrent plus ordinairement que la fente et que trois trous, ou qu’un seul : nous les avons fait voir bien des fois à des am^is et à des curieux* il est très -aisé de les trouver dès qu’on sait qu’ils existent^ nous en avions fait insérer quelque chose dans la thèse dont nous avons parlé ailleurs (ChiL Hist. §. VII et XII ).

Cette observation , qu’il est bien aisé de confirmer, fournit une présomption bien forte pour ceux qui soupçonnent que la thyroïde envoie ses conduits excrétoires à la trachée ^ car enfin quel seroit I l’usage de ces trous dans le premier cerceau seulement , ou qui j du moins sont bien différens de quelques petits trous irréguliers j qu’on trouve par -ci par -là dans la trachée et dans le cartilage j thyroïde ?

j Les trous dont nous parlons sont bien gros et constamment à la même place, c’est-à-dire sous la portion moyenne de la glande. 3N’est-il pas naturel de penser qu’ils don ent un passage aux conduits excrétoires ?

§. XLIII. Nouvelles observations sur les conduits thyroïdo-

trachéaux.

Nous ne nous en sommes pas tenus à la simple observation des trous dont nous venons de parler* il falloit démontrer ce qu’on avoittantde raison de soupçonner. Après bien des recherches , ou

trouva un sujet mort de mort violente ^ nous examinâmes d’abord îa face postérieure du cerceau de la trachée , sans avoir touché à la thyroïde ^ la membrane interne de ce cerceau étoit pleine de petits trous dihiciles à apercevoir^ nous introduisîmes des soies dans cinq de ces trous, et en les conduisant légèrement , elles allèrent se rassembler en deux endroits , trois dans l’un et deux dans l’autre ^ ces endroits étoient précisément les deux trous du cartilage ; ces soies allèrent , en les poussant , se perdre dans la glande. M. Barbuot , médecin de Semur, étoit présent à cette opération.

On a depuis lors fait passer des soies dans bien d’autres trachées , devant beaucoup de curieux , entre autres devant M. Lamure , médecin de Montpellier, et j)lusieurs de nos amis qui se sont partagés les pièces préparées.

Nous avons tâché de trouver ces conduits plus évidemment, en enlevant la thyroïde , et nous avons souvent trouvé de petits filamens ou des vaisseaux qui sembloient partir de la glande et aller s’assembler dans les trous du Cerceau , et les traverser.

Remarquons que des injections bien fines nous ont fait apercevoir de petites veines qui passent dans ces trous , et qu’outre qu’il n’est pas aisé d’apercevoir les orifices des conduits thiroïdo- trachéaux dans la face du premier cerceau , on peut en faire trèsfacilement dans une membrane si délicate , que les soies les plus fines la percent dans bien des sujets : on pourroit , si on n’y prenoit garde , se frayer des routes , et ne pas s’en apercevoir.

On a aussi fait macérer ces parties et soufil^ la thyroïde ; on l’a injectée , et il a été impossible de bien distinguer les petits conduits qui vont à la trachée du tissu cellulaire et des autres vaisseaux.

Le cerceau cartilagineux ayant été dépouillé de sa membrane postérieurement , ou du côté de la cavité de la trachée , il nous est arrivé deux ou trois fois de gonfler la thyroïde en soufflant visà-vis les deux trous du cerceau.

Si on demandoit pourquoi une glande si grasse a de si petits conduits , il seroit aisé de répondre : que les liqueurs destinées à humecter la trachée , doivent tomber , non point à grosses gouttes , ce qui irriteroit un canal si sensible , mais former comme une pluie ou une rosée douce et imperceptible, comme celle que forment les larmes à leur sortie des conduits qui aboutissent à la face postérieure de la paupière. Une portion du pancréas fournit aussi de ; très-petits conduits qui vont se dégorger dans l’intérieur de l’intestin .

N’oublions pas que , de tous les auteurs qui ont parlé de cette • I matière , Walther est celui qui a le plus approché des observations i que nous avons rapportées. On entendra désormais ce qu’il a dit , ! mieux qu’il ne l’a entendu lui-même. Il a même donné une figure , i mais elle n’exprime pas bien ces parties. TValther de Ling . Exer--\\ vit. Lip.

Peut-on enfin assurer qu’on connoît les conduits de la thyroïde?;;! C’est là ce que nous ne déciderons point , quoique nous soyons :t bien persuadés qu’on connoît en effet ces conduits ) mais il est si i

aisé de se tromper , qu’on risque toujours en s’avançant trop sur quelque matière que ce soit 5 il suffira que nos remarques mettent sur la voie de faire de nouvelles découvertes.

Du reste , on auroit besoin de quelques figures pour exprimer tout ce qu’on vient de détailler 3 celles qu’on a données sur la thyroïde elle-même et ses vaisseaux , ne sont pas telles qu’elles devroient être.

§. XLIV. Observations sur une tumeur particulière de

la thyroïde.

Ayant été à même d’observer , le long de la partie occidentale des Pyrénées , des goitres qu’on y trouve communément dans quelques cantons , et qui sont presque tous formés par le gonflement de la thyroïde , nous avons vu bien des cas particuliers , parmi lesquels nous en choisirons deux qui ont quelque rapport avec les questions qu’on examine dans ce traité.

1®. Les femmes sont plus sujettes que les hommes à avoir des goitres^ elles ont même naturellement la glande thyroïde plus grosse à proportion. La plupart de celles qui ont des goitres ont la voix fort rauque ^ bien des gens disent qu’ils ne sont pas étonnés de ce phénomène : mais est-il une suite du gonflement de la thyroïde, qui comprime et repousse les cartilages cricoïde et thyroïde, en les éloignant l’un de l’autre sur le devant, et faisant par-là que la glotte s’ouvre beaucoup plus aisément que gi ces deux cartilages étoient placés autrement? ou bien la voix devient-elle rauque , parce que la thyroïde , ne fournissant pas autant de suc qu’il en faut à la trachée , celle-ci perd sa lubricité , qui fait couler l’air plus uniment , et qui rend ses vibrations plus distinctes, comme dans une flûte qu’on humecte?

Peut-être ces deux causes concourent-elles à produire l’effet dont nous parlons.

2®. Une femme , qui avoit à la thyroïde deux grosseurs comme les deux poings, une de chaque coté, étoit sujette aux vapeurs, et lorsqu’elle étoit dans l’accès , elle tomboit comme morte 5 son visage devenoit prodigieuseinent rouge ) son cou se gonfloit jusqu’à s’élargir autant que la tête ^ et enfin ces deux tumeurs de la thyroïde devenoient énormes.

Ce gonflement extraordinaire venoit-il de l’air retenu Vers ces parties, ou bien du sang qui s’accurnuloit ? Le tact ne faisoit rien apercevoir de distinct.

Quoi qu’il en soit , concluons de cette dernière observation, qu’il est peut-être possible qu’il arrive de pareils gonflemens , à proportion, dans d’autres parties, comme dans la matrice, qui, dans la femme dont il est question , se gonfloit ou se boiijfissoit extrêmement.

On n’a pas encore donné de bonnes raisons de ces gonflemens comme spasmodiques et passagers , dont on trouve pourtant fréquemment des exemples^ les praticiens qui les rencontrent ne sont occupés qu’à les dissiper , et les théoriciens scolastiques les ignorent ) mais la manière dont on les combat ne deviendroit-elle

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pas plus efficace, si on connoissoit la cause qui Les produit et îa façon dont elles se forment?

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