LVIII. Si le pancréas doit être comprimé pour se vider des
humeurs quil contient.
Les anciens ont regardé le jjancréas comme une espèce de chair • fongueuse, faite exprès jDour servir de coussin à l’estomac; ils crojoient que ce viscère , exposé à des extensions violentes , avoit besoin de jjort^r sur quelque jDartie qui le soutînt sans le gêner, et il leur paroissoit que le pancréas avoit toutes les qualités nécessaires pour faire l’office d’un matelas.
La découverte du conduit pancréatique a fait évanouir cette ridiculêf opinion ; on a j)Ourtant cru que l’estomac cornprimoit le pancréa^ et les modernes ont avancé que cette compression servoit à exprimer l’humeur pancréatique.
Il n’est point de glande qui ait échappé à cette compression ; il a bien fallu trouver quelque chose qui agît sur le pancréas ; les derniers auteurs qui ont écrit sur cette matière se sont , pour ainsi 1 dire coj^iés, quoiqu’ils ne soient pas tout-k-fait d’accord lorsqu’il I s’agit de déterminer précisément la cause qui comprime.
Voici à quoi on j)eut réduire ce que Boerhaave , ses commenta- >j leurs, M. Senacf et quelques autres ont avancé ; Le mouvement ^
Ifi chaleur y V action du cœur , qui ii.e st pas éloigné du pancréas , ,l et surtout la pression du ventricule y qui se gonjle dans la di- -
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gestion, les secousses du diaphragme , celles des muscles du bas-ventre , et celles des r aisseaux , sont les causes qui expriment le suc pancréatique.
§. LTX. Examen des raisons quon donne en faveur de la
compression du Pancréas.
CoMMENÇON^s par la compression qu’on attend de la part du ventricule ; il sulliroit de remarquer que, pour détruire cette opinion, on n’a qu’à réfléchir : i®. que le ventricule qui n’agiroit , comme on l’avoue , sur le pancréas que lorsqu’il est plein , feroit séparer le suc pancréatique inutilement et en pure perte ^ il y a apparence que ce suc ne coule, au moins en quantité , qu’avec la bile qui se dégorge dans le duodénum , surtout lorsque cet intestin est plein , ou lorsque l’estomac se vide ^ c’est donc précisément lorsque le ventricule agit moins sur le pancréas ^ que celui-ci fait une sécrétion abondante.
2°. Le ventricule , dans quelque état qu’il se trouve , est-il asse2 solide pour comprimer une glande aussi compacte que le pancréas , qui est plus dur que l’estomac , quelque plein qu’on le suppose ? Si ces deux viscères venoient à être portés l’un contre l’autre, le ventricule, quoique plein de pâte alimentaire, s’affaisseroit et céderoit à la force ou à la dureté du pancréas.
Examinons cette question un peu plus anatomiquement. Est-il vrai que le ventricule appuie sur le pancréas? Cela ne paroît pas possible , en premier lieu , parce que la lame supérieure du mésocolon doit soutenir le fond de l’estomac, et l’empêclier de se jeter vers l’épine du dos.
3^ Plus le ventricule se remplit , et plus il s’éloigne du pancréas j cette proposition paroît paradoxe , mais elle est fondée sur une observation de M. Winslow , que chacun peut confirmer ^ i’estornac , en se remplissant , se contourne ; sa courbure , qu’on appelle inférieure , devient presque antérieure , et sa petite courbure , qu’on appelle supérieure , se tourne vers les parties postérieures^ elle s’abaisse et répond au pancréas, d’autant plus directement que le ventricule est plus plein • or cette courbure est une espèce d’échancrure qui doit laisser la liberté au pancréas; en un mot, le ventricule s’éloigne des vertèbres , lorsqu’il se remplit; il ne va donc pas presser le pancréas.
Voici une expérience bien facile à faire : ouvrez les muscles abdominaux vers leur partie inférieure; passez la main dans l’oui verture , et cherchez le pancréas en déchirant le mésocolon î tju’on souffle ensuite dans l’œsophage , ou qu’on y injecte de l’eau; ])lus on en injecte, plus on remplit l’estomac , et plus il s’éloigne des doigts avec lesquels on touche le pancréas , qui reste d’autant plus libre.
Il faut au moins conclure de cette expérience , que le ventricule '•n’agit pas plus sur le pancréas lorsqu’il est plein que lorsqu’il i est vide.
Si on dit que l’estomac ne se retourne pas autant sur le vivant J. que sur un cadavre, que les muscles abdominaux ne cèdent pas
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aussi aisément lorsqu’ils ont toute leur force , on répôndra que cela peut être vrai , mais qu’on doit avouer , d’autre part , que lé ventricule ne se remplit jamais autant sur le vivant que lorsqu’on le souffle avec force sur un cadavre 3 il n’occupe donc jamais autant d’espace , et il se jette constamment vers le devant, comme nous venons de le dire.
L’estomac ne pèse vers l’épine , tout au plus , que lorsqu’on est couché sur le dos ^ mais alors il est retenu par le mésocolon , qui l’empêche de s’affaisser , et qui est placé de manière qu’en préservant le duodénum des compressions du voisinage, il en préserve aussi le pancréas.
Voici une autre raison qui prouve que le ventricule ne comprime pas le pancréas; c’est que, dans tous les cas qu’on voudra prendre , le pancréas sera porté vers l’épine ; il éludera la pression : l’artère sur laquelle il est perché peut bien le secouer , et le faire iremblotter continuellement , mais elle ne le soutiendra pas autant qu’il le faudroit pour qu’il fut comprimé ; elle seroit plutôt affaissée elle-même.
A^oilà le pancréas bien à l’abri de toute compression de la part du ventricule; s’il avoit été placé dans tout autre partie du basventre , il auroit risqué quelc[ue chose ; mais le duodénum , qui a toujours la liberté qu’il lui faut pour s’étendre , et qui succomberoit à la pression bien plus aisément que le pancréas , l’enferme , pour ainsi dire, et l’entoure ; le ventricule s’éloigne de lui, précisément dans le temps où il pourroit lui faire craindre quelque chose; cette glande avoit besoin de toute sa liberté pour pouvoir séparer la grande quantité de suc qu’elle doit fournir. Dira-t-on que le diaphragme et les muscles abdominaux secouent le pancréas, comme tous les autres viscères, lorsqu’ils se contractent? nous ne nierons point que tous les viscères ne soient en effet secoués et agités. Ce n’est pas ici le lieu de donner l’usage de ces iiiouvemens; mais sont-ce là des compressions dans le sens que les physiologistes ont donné à ce mot? On a dit que les glandes salivaires sont dans un pressoir : voilà l’opinion ordinaire bien énoncée ; il s’agit de trouver quel est le pressoir du pancréas.
S’il est permis de raisonner sur ce qu’on dit à l’égard de la parotide qu’on fait exprimer par des muscles forts et vigoureux, et en la faisant presser entre deux parties osseuses , il y a lieu d’être surpris que le pancréas , qui est plus gros que la parotide , et qui cependant sépare une grande quantité de liqueur, soit sujet à de si petites compressions , que celles du ventricule , etc.
Il est bien surprenant que cette réflexion n’ait pas frappé les physiologistes; car enfin des secousses ou des mouvemens de transport d’une partie à l’autre , et dont une glande flottante et mobile élude l’effet , en cédant , peuvent-ils être comparés aux compressions qu’on croit que la parotide souffre?
On a confondu deux choses bien différentes, en prenant les secousses pour des compressions ; mais une fort légère attention suffit pour en faire sentir la différence à des gens qui ne seront pas prévenus.
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Ajoutons qu’il ne faut pas oublier que le diaphragme et les muscles abdominaux n’agissent sur le pancréas qu’en serrant les viscères les uns contre les autres j or la plupart sont plus mous que les glandes J et il est rare que le diaphragme et les muscles de l’abdomen agissent ensemble : enfin on s’apercevra , si on le remarque avec soin , que tous les mouvemens des viscères , lorsqu’ils sont pressés les uns contre les autres , ne vont pas aboutira l’endroit qui contient le pancréas.
Cette place est souvent pleine de graisse et très-libre , apparemment pour que le pancréas ne soit point gêné , et pour que les nerfs, la veine-porte, et les autres viscères qui sont dans cette espèce de creux ou de recoin , ne soient pas sujets à des compressions qui les auroient dérangés.
La proximité du cœur , dont parle Boerhaave , n’a pas paru à ses commentateurs mériter une attention particulière ^ en effet j les glandes salivaires , et les autres du cou , sont aussi près ou même plus , et cette proximité prouve seulement que le sang a 23eut-être beaucoujD de vitesse dans les vaisseaux princq^aux de ces organes • mais tout déjiend , au fond , du diamètre j^lus ou moins gros des vaisseaux de ces viscères , dont la structure serrée peut fort bien arrêter le sang , et rendre ses efforts inutiles ÿ cejjendant cette vélocité des humeurs vers un viscère n’indique -t -elle j)as qu’il doit agir continuellement ?
§. LX. Le Pancréas de quelques animaux.
Quelques réflexions sur le pancréas de certains animaux j)ourront éclaircir ce que nous avons avancé sur celui de l’homme. On sait que les chiens en ont deux, dont l’un est placé vers la j^artie supérieure du ventricule , dans la position naturelle de l’animal y et l’autre s’adosse au duodénum , qui est moins recourbé que celui de l’homme.
On trouve la même disj^osition dans le chat , et il est aisé d’apercevoir que , quelque jilein que soit le ventricule de ces animaux , il n’agit point sur le pancréas ÿ il se recaurbe à peu près comme celui de l’homme , et au lieu de se porter vers l’éj)ine , comme il devroit le faire pour agir sur une portion du pancréas , il se jette en bas.
L’autre portion du pancréas, qui n’est pas la moindre , puisqu’elle suffit seule pour la parfaite santé du chien , comme on dit l’avoir observé en emjDortant la première partie , ne jDeut jamais être comprimée par l’estomac , ni par le duodénum, qui, n’étant rempli que de matières liquides , n’est j)as assez solide pour agir efficacement sur une glande.
La volaille, les poules d’Inde, etc. ont aussi deux pancréas 3 le gésier de ces animaux n’est pas souple comme l’estomac de ceux dont nous venons de parler ; il ne change presque pas de volume ; il est toujours à peu près de la même grosseur ; il ne peut donc pas agir contre le pancréas en se remplissant ; d’ailleurs on n’a pas ici la ressource du diaphragme ^ ni celle deô muscles abdomi-
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Il aux , piiîs([ue ces parties ne sont que des iTienibranes fort minces dans les animaux dont il est question.
Il y a des poissons qui ont le pancréas extrêmement gros, et autant que le foie , qui l’est beaucoup lui-même dans les animaux aquatiques^ cette observation prouve que le suc pancréatique doit être très-abondant dans les poissons. Si les compressions eussent pu suffire pour faire une abondante sécrétion , n’est-il pas naturel de penser que l’auteur de la nature auroit mis le pancréas des poissons en position d’être fortement exprimé? au contraire, il l’a placé si librement, qu’il en grossit prodigieusement , et il y a apparence, vu cette grosseur, qu’il seroit bien plus à même de comprimer la masse intestinale que d’en être comprimé.
§. LXI. Les Reins,
Les reins paroissent être de tous les corps glanduleux les plus en liberté^ ils sont souvent j^lus élevés l’un que l’autre; ils s’appuient sur les deux dernières côtes ou sur la portion du diaphragme qui enferme ces deux parties osseuses; ils ne touchent presque point au carré des lombes, ni au psoas; les gros intestins les touchent en passant, aussi-bien que quelque portion des grêles; le rein droit touche au foie , et on voit dans ce viscère une cavité ou un creux dans lequel le rein peut s’enchâsser en partie ; enfin , tout le monde sait combien les reins sont entourés de graisse.
Ils sont en liberté , on l’a déjà dit , les intestins les touchent , et les praticiens ont souvent besoin de se rappeler les liaisons de ces viscères ; mais elles ne prouvent pas que l’intestin comprime le rein dans l’état de santé : que feroit un viscère membraneux et mince sur le rein qui est si compacte ?
Les muscles du voisinage sont disposés de manière à ne jamais agir contre Iq rein. Si le diaphragme peut les faire un peu descendre dans l’inspiration , si le carré des lombes et le psoas peuvent les repousser un peu de côté et d’autre dans leur action , cela ne prouve point que les reins soient comprimés par ces légers mouvemens , qui , après tout * ne parviennent jamais au corps du rein ; ils doivent se perdre dans le corps graisseux qui est ici très-abondant , et qui sert de coussin pour céder et résister à propos , et préserver par là le rein de toute impression qui pourroit lui être nuisible.
La fossette du foie daiis laquelle le rein se loge , en partie , pendant le temps de l’inspiration , mérite quelque attention ; elle prouve que ces deux corps glanduleux, le rein et le foie, se toucheni ; on pourroit dire que l’impression ne se fait vraisemblablement , dans le foie , qu’à force qu’il est porté contre le rein et qu’il va le heurter ; il faut que le plus mollasse cède.
Mais le foie est-il en eiïèt plus mou que le rein? Il y a apparence que ces deux viscères ont crû en même temps, et que le rein , ou , pour mieux dire, la glande surrénale s’est pour ainsi dire engagée dans le foie en croissant. Le foie est fort gros dans le fœtus, et il conserve, dans l’adulte, l’impression qu’il a reçue; cette impres-
sion fait que le rein et le foie ne sont pas exposés à se eomprimer iniituellement.
Cette fossette est donc faite exprès pour que le foie laisse le rein (raiitant plus libre ÿ il falloit qu’il fut porté en haut et en bas, et qu’il eut de l’espace pour ses mouvemens; si à chaque inspiration il eut heurté contre le rein , cette compression eut été nuisible à l’un et à l’autre , comme on pourroit le prouver par des observations de pratique , si cela n’étoit pas évident.
Du reste , on peut dire du rein gauche et de la rate , ce qu’on vient de remarquer au sujet du rein droit et du foiej il peut y avoir quelque dilFérence dans certains sujets, mais cela revient souvent au même , à peu près.
LXII. Il est remarquable que les reins font une abondante sécrétion sans être jamais comprimés.
Voici des corps glanduleux qui font une sécrétion très-abondante, surtout si toute l’urine qui sort de la vessie passe par les reins ^ il semble qu’en suivant le système ordinaire , il y auroit lieu de s’étonner qu’ils ne soient pas exposés à des compressions , qu’on croit si nécessaires pour la séparation des liqueurs.
Mais si on réfléchit bien sur tout ce que nous avons dit jusqu’ici , on verra qu’il vaudroit mieux soutenir que , comme la sécrétion des reius devoit être continue , il a fallu qu’ils fussent placés de manière à n’être point exposés à des arrêts que pourroient causer dans une glande les efforts des causes extérieures.
Dira-t-on qu’il n’en est pas du rein comme de tout autre glande j il ne fait que la sécrétion de l’humeur qu’il ne conserve pas en dépôt , et qu’il envoie tout de suite à la vessie, au lieu que les autres glandes se remplissent peu à peu, et conservent les sucs qui s’accumulent dans leur intérieur pour en être exprimés dans des occasions con venables ?
Nous remarquerons ailleurs que les reins sont semblables a presque toutes les autres glandes , précisément sur ce point , qu’on prétend excepter’ il semble qu’on ait cru que toutes les glandes conservoient et contenoient toute l’humeur qui se sépare dans quelques circonstances, et cependant il n’est rien de plus faux que ce système.
On a prétendu trouver une grande différence entre l’excrétion et la sécrétion , et il n’y en a presque point , pour l’ordinaire , comme nous le prouverons plus bas ^ c’est ce qui fait qu’on ne doit pas être surpris que nous prenions quelquefois l’une de ces fonctions pour l’autre.
Reste toujours qu’on ne peut pas nier qu’il ne se fasse dans les reins une séparation d’humeur fort abondante • et si elle se fait sans aucune compression , pourquoi tout autre ne se fera-t-elle pas de même ?
Cependant les reins sont légèrement secoués par les parties du Amisinage , comme on l’a déjà insinué; mais ils le sont beaucoup moins que d’autres glandes; pourquoi?
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