LXIII. Lies Glandes surrénales ou les Reins succenturiauoci
On n’est pas beaucoup plus avancé sur les glandes dont il est question , que le fameux Eustache , qui en a parlé le premier. Tous les anatomistes s’accordent à dire qu’elles sont situées vers l’extrémité supérieure du rein 5 entourées de graisse, très -irrégulières dans leur volume , leur figure et leur couleur • elles ont une petite cavité remplie d’une substance spongieuse , imbibée elle -même d’un peu de suc plus ou moins noir et âcre.
On sait aussi qu’elles sont dans le fœtus beaucoup plus grosses que dans les adultes | on les a trouvées plus grosses que les reins euxmêmes ; elles diminuent à proportion qu’on avance en âge ^ elles se flétrissent et perdent souvent leur figure , qui est ordinairement triangulaire dans les jeunes sujets : leurs vaisseaux viennent de î’aorte et de la veine -cave, et leurs nerfs, des plexus voisins du grand intercostal.
§. LXIV. De Fusage de ces Glandes.
On avoit d’abord cru qu’elles contenoient Y atvahile , d’où elles avoient été appelées capsules atrabilaires , dénomination qu’un anatomiste des plus modernes est d’avis qu’on leur donne encore , parce , dit-il , qu’il lui paroît que ce nom convient mieux à leur structure et à leur usage } c’est avoir bien de la complaisance pour les anciens !
Mais comme il paroît qu’ils n’ avoient pas des idées assez claires , non-seulement de l’endroit où se trouvoit l’atrabile , mais encore de la liqueur qu’il falloit nommer ainsi , il est évident que les modernes ont bien fait d’abandonner même des termes qui , pour être plus anciens, n’en sont pas moins vides de sens.
Kerkringius , grand sectateur de Silvius Deleboé , étoit, comme tous ceux de cette secte , à cherclier un recoin au ferment que Silvius faisoit allumer dans le cœur 5 il trouva la cavité des capsules atrabilaires propre à y loger ce ferment ^ il y rencontra une teinture pour rougir le sang, et dès lors il soutint que l’usage de ces glandes étoit de préparer un suc propre à colorer le sang et à l’animer : cette opinion ne s’est pas soutenue.
Ceux qui cherchent dans les glandes , que Duvernoy dit avoir vues , et dont on a parlé §. lvi , la teinture du sang, auroient pu suivre simplement l’idée de Kerkringius y ils auroient eu de quoi tirer parti de l’observation de M. Winslow , qui a trouvé les capsules pleines d’une liqueur très -rouge, ou de vrai sang : les capsules étoient sans doute rougeâtres dans ce cas ^ mais des observations réitérées auroient prouvé qu’elles ne le sont pas toujours , et qu’elles le deviennent par accident , ce qui arrive peut-être aux glandes du cœur , si elles existent.
On a parlé d’un engagement que Valsalva avoit pris avec les savans au sujet de ces glandes^ il disoit vouloir démontrer qu’elles ont des conduits qui vont aboutir au testicule ; mais on a été privé de cette découverte , et il n’y a rien à conclure en sa faveur de ce €|u’enadit Morgagni, lui qui paroît avoir conçu le généreux des-
sein de faire valoir son maître , beaucou2^ plus qu’il ne valoit en effet.
Il faut mettre Topinion de Valsalva avec celle de Kerkringius et celle du fameux Van Helmont. Cet enthousiaste, comme il en faudroit un chaque siècle , pour tenir les scolastiques en haleine , vouloit que les glandes dont nous parlons séparassent un suc lithontriptique que Farchée savoit ménager pour s’opposer à la formation des pierres dans les reins.
M. Lieutaud prétend que la nature a fait les capsules atrabilaires, pour la séparation d’une liqueur âcre et pénétrante , et très-propre à empêcher les concrétions dans la veine-cave. . . . dont la grosseur semble la soustraire à la pression des parties voisines.
îs’insistons pas sur la façon dont cet auteur fait éviter la pression à la veine-cave 5 peut-être a-t-il voulu dire le contraire de ce qu’il a exprimé.
Son opinion sur l’usage des capsules a beaucoup de rapport avec celle de Boerhaave , qui a dit que les glandes surrénales avoient été placées auprès des reins , pour réparer dans le sang qui revient de ces organes , la fluidité que lui donnoit la grande quan^ tité des sucs qu’il a perdus pour la sécrétion de l’urine. Boerhaave a pris cette opinion dans Silvius Deleboé son maître , comme il en a pris tant d’autres dans les différens auteurs. Du reste Duvernoy a examiné le dernier les capsules atrabilaires ^ il a parlé d’une artériole que Valsalva auroit pu prendre pour un conduit excrétoire , et d’ailleurs il n’a dit presque rien de nouveau.
§. LXV. Remarque générale qui semble détruire toutes ces
opinions.
Heister a déjà remarqué que les opinions semblables à celles dont on vient de parler , sur l’usage des glandes surrénales , pa~ roissent être détruites , en faisant seulement attention à la prodigieuse grosseur de ces parties dans le fœtus , et à leur petitesse dans les adultes. En effet , cette différence n’indique-t-elle pas que le principal usage de ces organes est dans les jeunes sujets , et que peut-être ils ne servent de rien dans les adultes ?
Peut-être aussi les glandes surrénales servent-elles beaucoup dans le fœtus, et ne sont-elles pas inutiles dans les adultes. Reste à savoir si elles auroient le même usage dans tous les âges. Un irritant des solides ou délayant des humeurs seroit-il plus nécessaire au fœtus qu’à l’adulte ? on pourroit faire cette demande en s’attachant à quelqu’une des opinions dont on a parlé plus haut.
On pourroit avancer encore que les glandes surrénales, qui n’ont qu’un usage dans les adultes , en ont deux dans le fœtus : le premier est de séparer une humeur , comme dans les adultes y le second, de tenir en quelque façon lieu de rein , ou d’empêcher la sécrétion de l’urine , non-seulement en contenant une certaine quantité de sang qui doit aller au rein, mais encore en séparant une liqueur propre à empêcher que les humeurs du fœtus ne de« viennent urineuses , ou excrémentitielles et nuisibles.
La suspension de là sécrétion de Furine cause dans Faduîte des symptômes affreux, parce que les humeurs se pervertissent de plus en plus , et le fœtus, qui ne fait presque point de sécrétion d’urine (s’il est bien vrai qu’il en fasse en effet) , n’est sujet à aucun des inconvéniens de la rétention d’urine. Seroit-ce^ encore un coup, parce que les glandes surrénales séparent , dans le fœtus , une humeur propre à invisquer les sucs urineux, ou à les empêcher d’irriter les solides?
Un homme d’esprit saisit un jour cette idée , et il la porta si loin, qu’il osa avancer, en manière de conversation, que le virus de la petite-vérole n’est autre chose que ces sucs urineux plus ou moins invisqués , et qui se développent dans les dilférens âges, en portant surtout à la peau , où les couloirs sont analogues à ceux des reins , et plus déterminés à recevoir des sucs urineux extrêmement divisés , que les reins eux-mêmes.
Il n’est pas' nécessaire de s’arrêtera une pareille opinion • il suffit de demander en passant , qu’on la compare à toutes celles qu’on a soutenues jusqu’ici sur le virus de la petite-vérole , qu’on prétend que nous portons tous en naissant : on n’excepte pas même Je système de M. Hoffmann, qui s’est efforcé de prouver, dans une dissertation aussi étendue que tant d’autres qu’il a faites , que le virus de la petite-vérole étoit dans la moelle épinière et les nerfs.
5* LXVI. LjCS Glandes surrénales méritent quelque attention par rapport aux prétendues compressions des Glandes.
Quel que soit l’usage des glandes surrénales , elles méritent quelqne- attention par rapport à la principale matière que nous examinons.
En effet , ces glandes sont très-grosses dans le fœtus , et elles diminuent à proportion qu’on avance en âge. Comment se fait cette diminution ?, est-ce par la compression des parties voisines?
Ce seroit là ce qu’on devroit penser , si on s’en rapportoit à ce qu’on a dit sur la diminution du thymus (§. L.). Au heu des compressions de la part du poumon , on auroit ici celles du foie et de la rate , que le diaphragme pousse avec force contre les glandes surrénales , qui appuient sur les reins , de manière que ces glandes seroient dans une espèce de pressoir.
Ceux qui embrasseroient ce sentiment devroient prendre garde à l’effet des compressions dont on a déjà parlé ailleurs ( §. xin et lu) - les glandes surrénales n’y résistent point, elles s’affaissent, elles sont déprimées* toutes les autres glandes n’auroient-elies pas à craindre le même accident , si elles n’étoient pas aussi à l’abri des compressions que nous le prétendons ?
Les glandes surrénales n’ont-elles pas autant de force que les reins et que le foie ? Supposé que ces parties fissent effort les unes contre les autres , pourquoi les reins succenturiaux céderoient-ils?
Il vaut mieux penser que les glandes surrénales viennent à se flétrir, parce que, comme nous le disions du thymus , elles ne jfe^oivent plus de sang • ce liquide est porté en très-grande quan-
tité vers les reins, et les glandes surrénales diminuent 2)ar leur
ressort.
§. LXVII. hes Testicules.
Nous considérons ici ces parties, simplement en tant qu’elles sont des organes sécrétoires ) qu’elles soient comj^osées de glandes ou de vaisseaux, que le corj3S de chaque testicule soit une glande ou non , j)eu importe à ce dont il est question.
Le mécanisme de l’excrétion du suc que les testicules séj)arent est semblable , à peu de chose près , à celui des autres glandes y il est donc à propos que nous l’examinions avec attention , et il est nécessaire de faire d’abord quelques remarques au sujet de la position des testicules.
Ils sont suspendus et flottans dans la plupart des animaux ; n’en cherchons pas la raison : ce qu’on a dit jusqu’ici à ce sujet n’est pas satisfaisant assurément , mais ces recherches nous écarteroient trop de l’objet principal.
Ne cherchons pas encore pourquoi des deux testicules l’un est constamment plus gros et j)lus bas que l’autre y si et jjourquoi c’est ordinairement le gauche qui a ces prérogatives au-dessus du droit * ce qui lui en donnoit bien d’autres , suivant le sentiment d’Iiijjpocrate , sur lequel des anatomistes anciens ont tablé , jusqu’à en faire le fondement de bien des explications : ce qui les a jetés sur ces matières dans des hypothèses des plus bizarres qu’ils admettoient ordinairement.
On pourroit peut-être trouver la raison de la grosseur d’un des testicules , et ce qui fait qu’il est plus bas que l’autre , en considérant l’origine des artères spermatiques^ car le corps du testicule qui est suspendu comme une balle à une corde qu’elle tend , descend plus ou moins bas , suivant la position de l’artère , suivant qu’elle cède ou qu’elle résiste , etc. 5 mais encore un coup cela ne fait rien à la question principale.
Les testicules sont suspendus et flottans dans les animaux , mais ils ne le sont pas dans toutes les circonstances ) il est des états dans lesquels ils sont plus ou moins relevés • les bourses qui les contiennent sont plus ou moins flasques , tendues et ridées.
Les membranes musculeuses connues sous le nom de dartos et de crémaster, sont sans doute la principale cause de ces changemens ) nous disons la principale cause , car la j)eau elle-même est sujette à une sorte de contraction.
Dira-t-on que ces membranes sont faites pour comprimer le corps du testicule, pour l’exprimer, pour y faire mieux couler les humeurs? Ce seroit suivre le système ordinaire des compres-^ sions , mais on seroit en même temps forcé d’avancer des choses que chacun peut regarder comme impossibles, en réfléchissant seulement sur la prodigieuse fermeté du coiq^s du testicule , par rapport à la délicatesse des membranes à peine musculeuses qui l’entourent.
On ne peut pas nier que l’action de ces fibres ne concourre à l’excrétion des humeurs que le Icsticnie contient mais il s’agit
de cEercîiér comment elles peuvent avoir cet usage ^ ces re« cherches sont essentielles pour trouver la vraie cause des excrétions.