‹ Œuvres complètes de BordeuChapitre 32 sur 96 · LXVIII. Changemens qui arrivent aux’ differentes parties · texte numérisé non relu

LXVIII. Changemens qui arrivent aux’ differentes parties

qui composent le cordon lorsque le dartos et le crémaster se

contractent ou se relâchent.

Si le dartos et le crémaster sont relâchés , le testicule tombe , le cordon s’allonge , l’artère et la veine s’étendent , elles sont différemment pliées, et comme en zig zag , pour prêter plus aisément à ces sortes d’extensions ou d’allongemens.

Le conduit déférent est aussi tiraillé et allongé^ l’angle qu’il fait en passant dans l’anneau dans lequel il glisse , pour ainsi dire , comme dans une poulie , est diminué j ses côtés deviennent plus longs ; ils approchent chacun en particulier beaucoup plus de la ligne droite.

Si les membranes musculeuses sont en contraction , les testicules sont élevés et tapis vers le tronc ; le cordon n’est plus tiraillé ; î’artère et la veine sont raccourcies de beaucoup ; le canal déférent est aussi raccourci ; l’angle formé vers l’anneau par les deux côtés de ce canal s’agrandit, et le canal lui-même est dans sa totalité ipoins éloigné de faire une ligne droite.

§. LXIX. S^il nj a pas d* autres changemens.

Il s’agit de savoir ce qui résulte de l’allongement ou du raccourcissement du cordon ; change-t-il les mouvemens des humeurs ? a-t-il quelque rapport avec ces mouvemens? Voilà ce qu’il est bon de connoître.

Il semble que l’allongement des vaisseaux sanguins favorise le cours, des humeurs , pourvu qu’il ne soit pas porté trop loin ; en elfet , il redresse les vaisseaux , il rend leur calibre plus libre , et îes liqueurs peuvent y venir en plus grande quantité.

Mais en supposant qu’à proportion que l’artère et la veine sont raccourcies les fibres de leurs parois se rident, comme cela arrive dans toute fibre élastique et pliante , on verra que le calibre des vaisseaux ne doit pas changer de beaucoup , et que les humeurs peuvent touj-ours aller à peu près du même train.

Il n’en est pas comme si les vaisseaux, en se relevant , venoient à être repliés* cette élévation seroit contre nature, elle intercepteroit sans doute le cours des humeurs : comme on a supposé que l’allongement n’étoit pas porté trop loin , il faut aussi supposer que le raccourcissement est correspondant.

Nous sommes donc portés à croire que , dans quelque état que se trouve le cordon spermatique , soit qu’il soit allongé ou raccourci, les humeurs coulent presque également dans ses vaisseaux; nous ferons voir ailleurs que le changement des vaisseaux influe beaucoup sur le mécanisme de l’excrétion de certaines glandes.

Quant aux canaux déférens , ils sont d’une substance ligamen-

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lensê qui les met a portée de résister aux compressions , et qui fait que leur calibre est toujours le même à peu de chose près ; lorsque le testicule est relevé , leurs parois se rident aussi et se contractent comme celle des vaisseaux sanguins , et leur diamètre est toujours le même.

Mais ils sont raccourcis de beaucoup et deviennent même moins tortueux, comme nous le remarquions au §. précédent ; de sorte qu’on peut assurer que la liqueur séminale y coule plus librement lorsque le testicule est relevé que lorsqu’il est relâché ; le chemin de cette liqueur est moins oblique; il est raccourci, parce que le conduit déférent se retire sur lui-même , peut-être même se redresse-t-il en se tendant , comme nous dirons ailleurs que le font bien des tuyaux et d’autres organes.

Concluons que le rehaussement du testicule peut contribuer à l’écoulement du suc qu’il contient , en changeant seulement la disposition du canal excrétoire qui se prépare pour laisser passer îa liqueur, ce qu’on va prouver plus au long.

§. LXX. Changemens de VJJretre.

Nous regardons ici l’urètre comme servant de canal excrétoire des testicules ; il l’est réellement , au moins dans quelques circonstances , et quoiqu’il en serve aussi à la vessie , il est assuré qu’il peut être pris pour un canal contigu aux canaux déférons ,

En effet , on ne sauroit , si on nioit ce que nous avançons , donner une bonne raison de la communication de ces canaux avec l’urètre ; ils sont disposés de manière que dans certains états ils vident leur humeur dans sa cavité ; ils la vident pour l’ordinaire dans la cavité des vésicules séminales , cela est vrai ; mais comme la bile du canal hépatique ne reflue pas toujours dans le cystique , de même les vésicules séminales ne reçoivent pas toujours la semence qui est contenue dans les canaux déférens.

Cette vérité a déjà été reconnue de bien des anatomistes ; elle semble assez prouvée par la seule inspection des parties ; or, en supposant que l’urètre peut être regardé comme une continuation du canal excrétoire du testicule , il est bon de faire attention aux changemens qu’il souffre , ce qui répandra bien du jour sur la question des excrétions.

L’urètre est flasque pour l’ordinaire ; il donne passage à l’urine , inais il n’agit pas alors ; il est passif, et il ne sert qu’à laisser passer le jet de la liqueur que la vessie lui envoie.

Lorsque la semence doit passer, il se tend; ses parois se remplissent; sa cavité devient plus droite et plus ouverte, et certainement ce changement arrive autant pour que la semence passe aisément et sans trouver aucun obstacle qui l’arrête , que pour que cette liqueur soit portée un peu loin.

Nous regardons cette disposition de l’urètre comme préparatoire pour l’écoulement de la semence , et on verra dans la suite qu’il y a dans toutes les glandes, ou dans leurs conduits, une* disposition préparatoire à peu près semblable , comme le détail Je prouvera évidemment.

§. LXXI. Remarques sur les Vésicules séminales.

Avant tle parler du mécanisme de l’excrélioii de la liqueur que le testicule sépare , il est bon de faire quelques remarques par rapport aux vésicules séminales.

Elles forment un réservoir dans lequel la semence va se rendre pour l’ordinaire ; elles conservent en dépôt cette liqueur précieuse qui vraisemblablement acquiert quelques propriétés dans ce réservoir, comme la bile en acquiert dans la vésicule du fiel.

On ne sait pas bien quels sont ces changemens qui peuvent arriver à la semence dans les vésicules ; n’y a-t-il que la chaleur et le séjour qui l’j changent , ou ne s’y sépare-t-il pas quelque humeur particulière , comme on l’a avancé de la vésicule du fiel ? Voilà une question qu’on pourroit faire , et qui ne paroît j)as facile à décider.

Nous avons souvent considéré une espèce de substance spongieuse qui se trouve entre les vésicules séminales , et qui est jointe à la vessie et au rectum ; elle paroît singulière , et peut avoir des usages auxquels on n’a pas pensé jusqu’ici.

Nous avons trouvé quelquefois un petit cordon transversal 'qui alloit d’une vésicule à l’autre dans leur base ; ce cordon , qui paroissoit cave, et qu’on auroit pris pour un canal de communication , étoit plus gros dans son milieu que dans ses extrémités; il sembloit être un petit corps glanduleux ; nous l’avons trouvé comme une hydatide , et ensuite comme spongieux..

Il n’est pas inutile de dire , à l’occasion de ce petit corps , que M. Faget Faîné , chirurgien de la Charité à Paris , nous fit voir une tumeur de la grosseur d’un pain d’un sou , qui étoit entre le rectum et la vessie d’un cadavre- Cette tumeur , presque cartilagineuse , étoit remplie d’une grande quantité de vésicules de différentes grosseurs. Il y a des observations semblables dans Fabrice Hiidan , et dans quelque autre auteur.

Cette grosse hydatide n’auroit-elle pas été formée par l’accroissement du corps glanduleux dont nous venons de parler , ou ce corps , lorsqu’on l’a trouvé , n’étoit-il qu’un petit peloton d’hydatides qui commençoient à se former?

Quoi qu’il en soit, les vésicules séminales méritent attention par rapport à leur position. Pré tendra- t-on qu’elles se vident par l’action de la vessie et par celle du rectum ? N’ont-elles pas leur propre force ’j n’est-il pas évident qu’elles se contractent et qu’elles entrent en convulsion pour se défaire de lasemence qu’elles contiennent?

Comme elles peuvent être prises pour des glandes , à bien des égards , la manière dont elles se vident revient à ce que nous cherchons ; il est vrai qu’elles ont du rapport avec les réservoirs semblables à la vessie dont nous dirons quelque chose ailleurs ( §. cxv) .

Ceux qui croiroient qu’elles peuvent se vider par la compression , comme quand on fait des efforts pour aller à la selle , doivent remarquer qu’outre que ce cas est bien rare assurément, on ne sait point si la liqueur qui coule dans ces circonstances vient de la prostrate. Après tout , on ne saiiroit recourir à la compression pour les évacuations convulsives de la semence.

ANATOMIQUES. laS

§. LXXIJ. L 'Excrétion de la liqueur séminale .

Les convulsions et les secousses qui précèdent cette excrétion dans îa plupart des animaux , sont connues de tout le monde : un philosophe anatomiste y découvre bien des sujets de méditation qui échappent au vulgaire.

Il peut demander, en effet , quel est l’usage de tous ces moii" vemens si vifs pour l’excrétion d’une petite quantité de liqueur ^ quelle est l’utilité d’un appareil si compliqué pour une fonction si prompte ?

Ce n’est point avoir répondu à ces questions avec îa précision qu’il faut , que de recourir d’abord à la raison finale ou à la génération y il s’agit de suivre la nature pas à pas , et de découvrir le mécanisme qu’elle emploie dans ses opérations.

L’érection n’est qu’une disposition préparatoire^ elle est aussi forte à proportion dans les parties intérieures que dans les extérieures y les testicules , les canaux déférens , les vésicules séminales et l’urètre s’arrangent , comme nous le disions plus haut. Toutes ces parties entrent en convulsion , et en se reserrant qiielquèfois trop vivement , elles laissent échapper avant le temps la liqueur que d’autres forces font sortir pour l’ordinaire.

Le spasme de toutes ces parties est donc assez prouvé , et on peut facilement se convaincre qu’il est nécessaire 3 jamais une humeur lente par elle-même et peu mobile , ne fut sortie à propos , si tout ii’avoit été ménagé pour la chasser avec violence.

Les secousses augmentent les frottemens , et les frottemens sont une des causes de l’excrétion • mais comment ? On ne sauroit s’empêcher d’avoir recours à la sensibilité et à la vibratilité des nerfs. Leurs extrémités terminées en houpes , sont agacées et irritées ^ dès lors tout le nerf entre en convulsion lui-même , et les secousses allant de proche en proche , elles se terminent aux réservoirs des humeurs , qui , excités encore en reprenant des forces par des vibrations nouvelles , se serrent et se vident plus ou moins vite.

L’excrétion de la semence dépend donc d’une convulsion qui commence par préparer les voies , et qui , augmentée par de nouveaux agacemens, fait l’expulsion de l’humeur avec plus ou moins de force.

Toutes les parties ont été ménagées pour favoriser cette convulsion • elles sont extrêmement sensibles et très-nerveuses, et elles sont disposées de manière qu’en se communiquant l’une à l’autre leurs mouvemens , elles se soutiennent et se renforcent.

On peut avancer que les trémoussemens , les frottemens et les agacemens , ne sont , à proprementparler , faits que pour réveiller^ pour ainsi dire , l’organe qui doit prendre , si on peut ainsi parier, un certain branle pour faire sa fond ion.

Mais parmi tous ces mouvemens , y en a-t-il quelqu’un qui soit fait pour comprimer le réservoir qui contient la liqueur qui va sortir? Ce réservoir n’est-il pas toujours libre? Il paroît qu’il ne se défait du dépôt qu’il conserve, que par sa propre force.

Plus les secousses sont générales , et plus elles augmentent fe spasme y QXï se concentrant, pour ainsi dire , toutes dans un même

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endroit , et pour une même fin ) de façon qu’il semble qu^aa moment de l’excrétion , la nature a oublié tout autre fonction ^ elle n’est occupée qu’à ramasser ses forces , et à les diriger toutes vers un même endroit.

De là vient la convulsion générale au moment de l’excrétion , et l’abbattement universel qui lui succède ^ de là vient encore la suspension subite de tout autre sentiment j et le relâchement qui survient quand la scène est finie.

Nous aurons lieu de revenir dans la suite sur cette matière , c’en est assez pour le présent j nous avons déjà de quoi fonder une théorie du mécanisme des excrétions , tout autre que celle des compressions qui n’ont point lieu , comme nous l’avons prouvé fort au long.

§. LXXIÎI. L'Excrétion du lait.

Tout le monde convient aujourd’hui que les conduits excrétoires de la mamelle viennent aboutir en assez bon nombre au mamelon , oii ils sont repliés les uns sur les autres , et ridés de façon c[ue , si on vient à les étendre ou à les redresser en tirant le mamelon , ils laissent passer le lait beaucoup plus facilement.

On sait aussi que l’enfant ne fait d’abord qu’allonger le mamelon en le tirant à lui , et dès lors le lait coule dans sa bouche ; outre cela l’enfant peut en suçant attirer la liqueur de la mère qui l’aîlaite ^ mais c’est là une espèce d’excrétion particulière sur laquelle nous ne nous étendrons pas : elle a quelque rapport avec l’effet des ventouses , et elle n’est pas de notre sujet. D’ailleurs on trouve ce mécanisme fort bien expliqué dans les Mémoires de V Académie.

Ce qu’il faut remarquer , c’est qu’outre que l’enfant qui tette étend le mamelon en le tirant , il l’irrite aussi ou l’agace , de façon que le mamelon entre lui-même en contraction ou dans une sorte éi érection produite quelquefois par une simple attouchement.

Il n’est point de nourrice qui ne sente cette tension , et une espèce de chatouillement qui en est une suite. Elles disent , la plupart , sentir le lait monter. La mamelle s’arrondit , se roidit et se gonfle , et il y a des femmes qui souffrent des tiraillemens qui se font sentir jusqu’aux épaules et aux lombes , et même jusqu’aux bras. Ces tiraillemens sont douloureux dans quelques-unes j elles sentent ordinairement un chatouillement plus ou moins voluptueux.

Ces irritations ont tant d’influence sur l’excrétion du lait , qu’il y a des mères qui ne sauroient donner à téter à d’autres qu’à leur nourrisson.

L’enfant a quelquefois de la peine à se faire à toute sorte de mamelons, et les nourrices trouvent des enfans qui ne les excitent pas assez , qui ne font pas venir le lait, ou qui ne causent pas ces chatouillemens ou ces secousses dont nous parlions tout à l’heure j mais il n’en est presque pas qui n’en trouve quelqu’un à son point, et auquel elle s’attache d’autant plus qu’il paye la mère en excitant chez elle une sensation à laquelle la tendresse succède.

On croiroit que lorsque l’enfant tette ^ et qu’il touche les ma-

ïiielles en les maniant de différentes façons , il les comprime ^ mais il les allonge un peu, et il les excite en les frottant.

a des mères qui , lorsque l’enfant les touche , sont chatouil” lées au point qu’elles sentent dans leurs mamelles un resserrement qui empêche le lait de couler. Il y en a aussi de moins sensibles , qui avouent que les attouchemens de l’enfant les excitent en rappelant dans leur mamelle une impression ou une modification qu’elles sentent sans pouvoir l’exprimer , et qui ne diffère point de cette espèce de retour de la mamelle sur elle -même , ou de cette érection dont nous parlions plus haut.

Il faut avouer qu’il y a des nourrices dans lesquelles le lait sort en leur comprimant les mamelles ^ il fait un jet , mais ce jet ne dure pas long-temps , il ne vient que de l’évacuatiqn des vaisseaux lactés les plus gros qui sont vers le mamelon ^ et si la mamelle n’entre point en convulsion , l’excrétion du lait ne dure point.

Il en est comme de quelques nourrices qui perdent leur lait k certaines heures après le repas ; leurs mamelles ont passé dans tous I les états dont nous venons de parler , et les vaisseaux sont tellement pleins , que le lait en sort par regorgement , pour ainsi dire , et qu’il s’échappe jusqu’à un certain point ^ mais de même qu’il ne s^chappe qu’en j)artie , il n’en sort aussi que fort peu par la compression. *

Il s’agit de faire l’expérience avec attention , et si on a soin de I ne pas confondre l’extension du mamelon avec la compression , ou ! les changemens qui arrivent' à la mamelle par les irritations , on i se convaincra que la conij)ression ne fait sortir qu’une partie du ! lait qui étoit contenu dans les plus gros conduits du mamelon , qui I sont comme de petits réservoirs que l’on peut comprimer tout d’un coup , mais daiis lesquels la compression n’exciteroit jamais l’écoui lement continuel des liqueurs sans les causes qu’on vient de déi tailler.

Nous avons vu des nourrices qui tâchoient de faire sortir leur : lait avant que l’enfant ne les eut tétées , et mis leurs mamelles en I jeu , et cela leur étoit impossible ^ au lieu que dès que les mamelles ■, avoient été mises en contraction par quelques frottemens et quel- ! ques secousses du mamelon , le lait sortoit de lui-même pendant I un certain temps , jusqu’à ne pouvoir être arrêté que lorsque le I paroxysme étoit passé. Ceci éclaircit beaucoup ce que nous disions I plus haut* et il faut remarquer qu’il suffit quelquefois d’exciter i une mamelle pour les mettre toutes les deux en jeu.

Il y a des femmes qui ne paroissent presque pas avoir du lait . dans leurs mamelles , qui sont flasques et vides ^ mais dès que i l’enfant les excite, elles se boiijjissent , et le lait vient de lui- I même.

] L’histoire des changemens qui arrivent aux femmes en couche ,

I et celle de leurs maladies , démontrent encore beaucoup mieux 1 l’espèce de contraction que nous croyons être nécessaire à la ma- [imelle , pour que le lait s’y sépare. Il n’y a qu’à faire attention à :tous ces changemens, on se convaincra que le lait ne se porte aux mamelles que lorsque celles-ci entrent en jeu ^ et il sera aisé d’aper-

laB RECHERCHES

cevoir bien des pliénomènes singuliers qu’il seroit trop long de tailler.

De pareilles remarques, que chacun peut aisément confirmer , et auxquelles on peut ajouter bien des particularités , font con- 1101 tre la véritable cause de l’excrétion du lait , qui dépend , comme celle de la semence , d’une espèce de convulsion qui après avoir préparé les voies ou les canaux qui vont aboutir au mamelon qui se tend lui-même , saisit tout le corps de la mamelle et la dispose à donner le lait lorsqu’elle sera chatouillée par l’enfant, qui concourt de son côté à l’excrétion , en excitant les organes de la mère , et en les suçant.

§. LXXIV. Remarques sur ce qui se passe dans quelques animaux au sujet de V excrétion du lait.

Ceux qui ont souvent vu traire des vaches, ou qui ont eu la curiosité de s’exercer eux-mêmes à le faire , ont dû s’apercevoir , comme les bergers le disent^ que tout le monde n’a pas la main bonne pour cela.

Il ne s’agit point d’aller comprimer rudement le pis , mais il faut le châtouiller doucement et l’allonger j on voit la vache se raffermir dans sa position , écarter un peu les cuisses , et le lait vient à merveille. S’il ne falloit que. comprimer le pis, tout le monde sauroit traire.

Il arrive souvent qu’une personne qui sait traire comme il faut, ne peut pourtant pas avoir du lait de certaines vaches. Il y en a de délicates et de quinteuses y les unes ne peuvent donner leur lait qu’à certaines gens , et les autres ne veulent le donner qu’à ceux qui les excitent d’une certaine façon. Communément elles s’habituent toutes à ceux qui ont coutume de les traire , et il est souvent inutile que des étrangers veuillent entreprendre de le faire.

On voit quelquefois les bergers menacer et battre même leurs brebis, leurs vaches et leurs chèvres, jusqu’à ce qu’elles veuillent, comme ils disent , donner leur lait , dont elles sont quelquefois très-avares. Il y en a qui ne le donnent que lorsqu’on les amuse en les faisant manger^ d’autres ne le donneroient jamais, si on les distrayoit ainsi y enfin il y a là-dessus bien des variations.

Ce qui arrive par rapport aux nourrissons mérite aussi attention. On sait qu’ils saisissent le pis, et qu’ils l’allongent en le plaçant dans une espèce de canal qu’ils font avec leur langue y ils sucent ainsi et travaillent quelque temps sans pouvoir avoir le lait , qui vient ensuite lorsque la mère se poste d’une certaine façon • si elle avance, si elle s’amuse, le nourrisson n’attrape pas grand’chose ; il faut que là mère soit occupée de ce qui regarde le petit.

Lorsque la mère ne donne pas le lait comme il faut, que fait le nourrisson ? On le voit se donner bien des mouvemens ; il secoue le pis , et le repousse avec force vers les parties supérieures • ces secousses font venir le lait, non point parce qu’elles compriment la mamelle , mais parce qu’elles l’excitent et qu’elles la mettent en jeu.

Un nourrisson qui déplaira à sa mère , corame il s’en trouve

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qlieiquefois ^ ou un étranger que la mère connoîtra aux secousses qu’il donne, et aux irritations qu’il excite , aura beau faire, il n’aura pas une goutte de lait ^ la mère le garde pour son nourrisson chéri.

ÎS^ous avons ouï assurer à des bergers , qu’il y avoit eu des vaches vicieuses qui ne donnoient rien ni à leur nourrisson ni à ceux qui vouloient les traire , et qui cependant paroissoient bien faites pour avoir du lait. On les observa pendant la nuit , et on s’aperçut que des serpens venoient se pendre à leur pis et le sucer ^ ce que les vaches souffroient avec tant de plaisir , qu’elles montroient leur passion par des mugissemens. Il est reçu dans les Pyrénées qué les serpens ont le talent de chatouiller les vaches au point, qué lorsqu’elles ont , comme on dit , tâté de ces animaux , elles ne sauroient souffrir ni leur nourrisson , ni que le berger vienne lës traire : il peut y avoir là-dedans du plus ou du moins.

Il y a des femmes qui prennent de l’affection pour certains enfans ^ il y a aussi parmi les animaux des mères qui ne se plaisent qu’avec certains nourrissons : communément c’est le leur, commé on l’a déjà dit, ou celui auquel elles sont habituées.

Mais on en a vu s’attacher à des petits qu’elles aui-oient fuis ou dévorés, si elles n’avoient été retenues par l’appât du chatouillement. On a vu les chiennes les plus acharnées au gibier , nourrir des lapins^ des écureuils, des sangliers, des loups, qui avoient certainement leur férocité naturelle , puisque des animaux de l’espèce de la mère qui leur servoit de nourrice , les fuyoient avec horreur , ou les pcnirsuivoient avec rage.

Il y a des petits qui ^ ne sachant pas téter , dégoûtent les mèresy que les bergers sont obligés d’amadouer en accoutumant leur pis au sentiment qu’y excite le nourrisson mal habitué , ou qui n’a pas les talens qu’il faut pour flatter la mère , qui ne le veut nourrir qu’aux conditions qu’elle y trouvera son plaisir.

A toutes ces remarques il faut ajouter que , par rapport aux femmes , tout comme par rapport aux vaches et aux chèvres ^ etc. ^ celles qui ont les mamelles les plus grosses ne sont p'as celles qui ont le plus de lait. Les mamelles doivent être sensibles à proportion qu’elles sont grosses , sans quoi elles viennent à se flétrir ^ ou elles sont trop graisseuses : en un mot , elles doivent pouvoir entrer en contraction et prendre cette tournure qui attire le lait et qui le fait sortir.

11 ne faut pas oublier que si une mère vient à n’être plus excitée d’un certain temps par le nourrisson , les mamelles oublient leur fonction • elles s’affaissent et deviennent oisives et sans action. Il y en a pourtant qui peuvent la recouvrer par la simple succion • leurs mamelles se réveillent de leur engourdissement.

On a vu des filles précoces qui s’étant habituées à se laisser téter , ont eu du lait ; mais on sait communément que les mamelles se disposent à leurs fonctions en conséquence de la grossesse^ S’il est jamais arrivé à des honlmes d’avoir du lait , comme on l’a avancé , et que ce lait fût différent d’une espèce de sérosité dont les mamelles des jeunes gens se remplissent plus ou moins vers

i'Ui BÉCHERCHES

Fàge de puLerte , nous sommes dispensés de chercher la raison de ce phénomène rare.

Enfin ces réflexions, quhl seroit aisé de pousser plus loin , comme il seroit difficile d’expliquer tous ces phénomènes , ne suffisentelles pas pour avancer que l’excrétion du lait dépend , comme nous l’avons dit , de V érection particulière de la mamelle , au moins en partie.

On pourroit dire qu’il semble que nous confondions la sécrétion avec V excrétion : nous avons déjà dit plus loin (§. lxii) que nous le faisions en effet, efc qu’il faudroit prouver dans la suite qu’il lî’y a pas ordinairement grande différence d’une de ces fonctions à l’autre. {Vojez §. cxvn.)

5. LXXV. L’excrétion de la semence et celle du lait éclaircis-* sent le mécanisme des autres excrétions.

Nous avons déjà insinué (§. lxx) que les excrétions de toutes les glandes se font à peu près comme celle de la semence , et comme celle du lait : il faut démontrer cette vérité ; mais avant d’aller plus loin , il est bon de déterminer plus exactement quelles sont en effet les causes des excrétions de la semence et du lait.

En premier lieu , il est évident que V érection de l’organe n’a été faite que pour faciliter l’excrétion. On peut la regarder comme une condition nécessaire , et sans laquelle les réservoirs ne se seroient jamais vidés.

En second lieu, \es frottemens et les de l’organe l’ani-

ment, le réveillent , et augmentent de beaucoup l’érection. Elles ajoutent de nouvelles forces , et elles excitent des convulsions nouvelles , sans lesquelles l’érection ou le spasme simple n’auroit pas fait la fonction comme il faut. Les frottemens de l’organe sont nécessaires pour exciter l’érection , et pour l’augmenter. On j)eut comprendre les irritations sous le nom de secousses.

Troisièmement , il est aisé de voir que V arrangement des excrétoires., \e\xY*^€X tension qui dépend de l’érection, ou de quelque autre cause, favorise beaucoup l’excrétion parfaite : cette condition, si elle n’est pas nécessaire , est du moins très-utile.

Il y a une quatrième condition que nous n’avons fait qu’entrevoir en parlant du testicule , c’est la disposition particulière des xaisseaux sanguins. Ce n’est pas ici le lieu d’examiner si , comme (|uelques-uns l’ont pensé, les veines sont comprimées, afin que les excrétions se fassent , ou si les humeurs viennent à l’organe en plus grande quantité par les vaisseaux artériels. îl suffit d’assurer que les vaisseaux sanguins entrent pour quelque chose dans le mécanisme de l’excrétion : il faudra tâcher de découvrir ailleurs quels sont les changemens qui leur arrivent.

Leste que la disposition des vaissecaix sanguins V arrangement des excrétoires y les secousses ou les irritations de l’organe et son spasme y sont les quatre conditions qui font l’excrétion de la semence, et celle du lait ^ elles concourent pour une même fin.

Il est même bon de reiuarquer qiie ces conditions sont plus ou

ANATOMIOUES. i3.

moins évidentes Fune que Fautre dans Forgane qui sépare la semence , et dans celui qui sépare le lait.

Vérection et les secousses sont évidentes dans Faction du premier 'j elles le sont moins dans le second. Les conduits excrétoires des mamelles sont évidemment redressés , tiraillés et allongés y au lieu que ceux de Fautre organe le sont moins.

On pourroit encore trouver d’autres différences qui viennent de ce qu’une des conditions paroît plus évidemment que Fautre , et il n’est pas douteux qu’en combinant ces quatre causes , et faisant que Fune prédominât sur Fautre , pour ainsi dir^ ^ l’excrétion pourroit toujours se faire.

Tantôt la disposition des vaisseaux répareroit le défaut de spasme , et ainsi de suite ^ de pareilles combinaisons sont possibles jusqu’à un certain point : on ne sauroit le nier, et on aura lieu d’apercevoir dans le détail , que l’on trouve des cas où. une des conditions l’emporte sur Fautre plus ou moins y mais il faudra prouver que les quatre se trouvent dans tout l’organe.

LXXYL Remarques sur V excrétion de la salive.

Appliquons la mécanique dont on vient de parler , aux glandes salivaires ) mais faisons d’abord quelques observations sur l’excrétion de ces glandes : il s’agira de prouver que la salive se sépare toujours par la meme cause générale.

Il est constant que la salive vient en grande quantité à la bouche, tandis que nous parlons , et surtout lorsque nous mâchons , jilus ou moins , suivant le goût et la propriété des alimens.

D’ailleurs bien des gens sentent que lorsque l’heure du repas s’approche , et lorsqu’on sent quelque bon mets , la salive vient , comme on dit, à la bouche. Il y en a même qui sentent dans ce temps-là , vers la parotide, un resserrement ou une démangeaison singulière , et la salive sort quelquefois à petits jets , comme si elle étoit poussée à coups de piston.

On sent quelquefois un trémoussement particulier de tout le corps dans certains cas , comme lorsque la salive est à même de couler : esiirienti tempore ante mensam hrevi , titillantiir Icniter , usque ad dolorcm quandoque y injîma genarum posteriora biiccœ et labia madefiunt , ut aiunt , individuumque iotum , nescio qua captatur occulta lœtitia , hœc magis huic , aller i minus. Chilific. Hist. §. YI.

L’écoulement de la salive augmente ou diminue suivant la différente disposition du corps. Il coule moins de salive à la bouche pendant la nuit que durant le jour. La salive se sépare en quantité dans les mélancoliques, dans Fesquinancie, lorsque la mâchoire est luxée , dans les petites-véroles confluentes , par F usage de certains purgatifs, celui du mercure, et à la suite de quelque irritation. La ligature des jugulaires produit aussi une grande salivation , comme le contact de l’air froid sur les joues.

La toux, les ris , les pleurs , les bâillemens et des efforts pareils à ceux qu’on fait dans l’excrétion des matières fécales font même que la salive abonde dans la bouche , comme les mouvemens con-

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vulsif^ (les muscles des joues, etc. Quid salivam larga copia excernit, in effrence cupidinis ictu ? Quelle est la cause qui la fait couler , dans l’admiration et dans d’autres passions ? Il s’agit de donner la cause de tous ces phénomènes.

§. LXXVII. L* excrétion de la salive que les parotides séparent.

V^OYONS si les quatre conditions que nous avons dit (§. liXXiii) être nécessaires pour l’excrétion , se trouvent dans celle de la salive.

En premier lieu , les chatouillemens , les tréinoussemens et la douleur même que tout le mondé sent plus ou moins vers les joues, aux approches d’un repas , prouvent qu’il se passe alors quelque chose dans la parotide. Ses nerfs entrent en convulsion , et l’organe s’apprête et s’érige. En un mot , cette érection paroît démontrée (i) ^ il n’est personne qui ne Fait sentie dans quelque circonstance. La glande se réveille donc , pour ainsi dire : c’est la première condition pour une parfaite excrétion.

En second lieu , les mouvemens de la mâchoire sont les vraies causes du frottement de la glande , et des irritations qu’ils procurent. Ces mouvemens ne sont pas suffisans pour comprimer la glande, comme on l’a démontré ailleurs , mais ils l’agitent, ils la secouent , ils la tiraillent plus ou moins.

En un mot , ils font ce que les attouchemens et les fî ottemens font dans l’excrétion de la semence et celle du lait^ la glande prend de nouvelles forces par les secousses nouvelles, et ses nerfs, d’autant plus agacés, agissent davantage : les frottemens qui, dans l’excrétion de la semence et celle du lait , sont faits à l’extérieur , sont ici faits à l’intérieur* voilà la seule différence.

Tout le monde sent aussi que l’irritation des. alimens est une cause de Faction des nerfs de la parotide ; elle les agace , et ceux-ci sont d’autant plus mis en convulsion : cela est évident.

Troisièmement , le masseter , en se contractant , agit de façon à préparer le conduit excrétoire de la glande ^ il se jette vers le dehors , et le conduit , qui est lâche , comme nous l’observions (§. IV et XI ) d’après Morgagni, se redresse^ la salive qui vient de la glande , déjà en convulsion , et irritée à chaque moment par de nouvelles secousses, par les mouvemens que la mâchoire lui cause, et par les picotemens réitérés de la part des alimens et de l’air que nous respirons , passe plus aisément dans le conduit , qui devient plus droit et plus tendu dans le moment de l’excrétion , tout comme celui de la mamelle.

(i) Je préviens que J’einploie le terme à."' érection , n’eu ayant pas trouvé de pins expressif pour faire sentir ce que j’entends par la disposition d’un organe qui s’apprête à faire l’excrétion; c’est une sorte de boursôuffleiuent singulier, ou un surcroît de force qui arrive à l’organe ; je serai obligé d’employer bien d’auti'es termes métaphoriques , sans lesquels il m’auroit été impossible de rendre clairement mes idées ; ainsi je dirai que les organes se réveillent et se reposent , etc. Ce sont des expressions figurées qu’on doit excuser ; enfin, il est encore nécessaire que je prévienne le lecteur par rapport à ce que j’appelle Vexcrétion de Vorgane; j’eü fais une fonction particulière; on dit coininunéinent \ excrétion de la salive , ou de tout autre liqueur; mais on ne dit point Vexcrétion des glandes salivaires ; j’entends par là Yaction de ces glandes , ou du moins un® partie de leur action propre^

ANATOMIQUES. i33

Quatriemêment , les moiivemens des muscles dorment évidemment du mouvement aux humeurs ^ ils font que les vaisseaux sanguins sont plus disposés à la séparation de la salive , soit que les muscles se contractent , leurs vaisseaux recevant moins de sang , les collatéraux qui vont aux glandes en reçoivent beaucoup plus^ soit que le sang vienne en plus grande quantité à toute l’artère qui va aux muscles et aux glandes ^ soit enfin que , forçant quelques veinules et les resserrant , les muscles soient cause qu’une plus grande quantité d’humeurs aille à la glande. Ce n’est pas ici le lieu d’expliquer la façon dont les muscles agissent par rapport à ces vaisseaux sanguins j il suffit qu’il paroisse que ceux-ci reçoivent une modification par laquelle ils concourrent à l’excrétion.

Voilà les quatre conditions que nous cherchions pour l’excrétion ; V action spasmodique de la glande , ses secousses ou son irritation , la disposition de V excrétoire et les changemens des rais s eaux.

Ne cherchons point comment ces quatre conditions arrivent à la glande et quel est le changement que souffrent ses nerfs , c’est une chose que l’on ne connoîtra peut-être jamais : il suffit que l’expérience convainque qu’elles existent en effet,

On doit remarquer que des quatre , celle qui paroît ici le plus évidemment , c’est le changement qui survient à la suite des irritations ou des secousses. érection n’est pas aussi sensible que dans les excrétions de la semence et du lait , mais la disposition des vaisseaux , quelle qu’elle soit , est plus remarquable dans la jiarotide ; ainsi il se fait toujours une espèce de compensation.

Il faut encore observer que l’écoulement de la salive dure beaucoup plus long-temps que celui de la semence , et même plus que celui du lait ; est-ce parce que les irritations de l’air que nous respirons , celles des alimens , et les secousses de la glande sont presque continuelles ? ( §. cxiv. )

N’est-ce pas là une d,es raisons pour lesquelles l’érection de la parotide n’est pas aussi évidente que celle des testicules et de leurs appartenances ? Une pareille convulsion ne se fait qu’aux dépens de toute l’économie animale , plus ou moins 5 si elle avoit été nécessaire pour la séparation de la salive , l’animal n’auroit pas pu exercer ses fonctions. Le Créateur a mieux aimé bien j^artager les glandes salivaires du côté des irritations , de celui des secousses , et du côté des vaisseaux sanguins , que de les exposer à des orgasmes qui auroient infailliblement suspendu les autres fonctions. 11 faudra dans la suite faire quelques réflexions sur les différences des organes sécrétoires,

LXXYITI. Application de cette mécanique aux cas particuliers

de r excrétion de la salive ^ dont il est question au §. lxxvi.

Les jets que fait la salive dans quelques personnes qui ont bon appétit , lorsqu’elles sont à même de se mettre à table , et les démangeaisons qu’elles sentent vers les oreilles, sont évidemment le produit de la convulsion qui arrive à la glande.

Ceux qui parlent font mouvoir la glande ,* ils la secouent ^ et la

i34 RECHERCHES

mettent à son aise j ils changent aussi les mouvemens des humeurs dans les vaisseaux : il n’est donc pas surprenant que la salive coule en quantité dans ces temps-là.

Lorsqu’on mâche quelque aliment , outre que la glande est secoiiee et agitée , elle est encore irritée par les alimens qui , suivant qu’ils sont plus ou moins savoureux , ou qu’ils ont un certain de gre de vivacité , font aussi couler plus ou moins de salive. De là on comprend comment les différens alimens font séparer plus ou moins de salive dans les dilférenS sujets ; il y en a qui sont excités par une saveur qui ne fera aucune impression sur bien d’autres, etc.

La ligature des jugulaires agit en changeant la direction des humeurs dans leurs vaisseaux ; elles ne peuvent pas revenir aisément ; elles forment pour ainsi dire un torrent , qui est dirigé vers la glande. {Vojez àce sujet le §. c.)

Ainsi , lorsque l’on bâille , lorsqu’on fait quelque elFort , qii’oii tousse ou qu’on respire lentement, comme les mélancoliques, il n’est pas surprenant que les humeurs , génées dans la poitrine , s’arrêtent vers les glandes salivaires.

I-l faut aussi remarquer que dans quelques-uns de ces cas , il semble que la salive coule en grande quantité , parce qu’on ne l’avale pas ; ainsi lorsque la mâchoire est luxée de l’un ou des deux côtés, le malade salive continuellement; mais il a le fond du gosier sec ; la salive coule à l’ordinaire , mais elle s’accumule dans la bouche.

Le cas de la luxation de la mâchoire prouve invinciblement, pour le dire en passant , que la mâchoire ne comprime pas la parotide en s’abaissant; car avanceroit- on que la parotide est continuellement comprimée dans la luxation de la mâchoire? Comment la sécrétion se feroit-elle ? Du reste , ce cas de la luxation revient à celui de la paralysie ou du relâchement des muscles qui servent à la déglutition.

L’écoulement de la salive par les purgatifs revient aux cas des irritations , et celui qui vient par l’usage du mercure ne peut être expliqué que lorsqu’on connoîtra bien l’action des médicamens ; nous tâcherons d’en dire quelque chose ailleurs , §. cxiv.

îl est aisé de déterminer pourquoi la salive ne coule presque pas pendant la nuit; toutes les causes de l’excrétion , excepté les irritations de l’air, sont suspendues; la glande se repose ^ et elle est, pour ainsi dire, sans sensibilité ^ le sommeil lui en a ôté la meilleure partie ; elle est pourtant de toutes les glandes celle qui est le plus constamment irritée. {T^ojez cxv.)

Enfin, l’écoulement de la salive augmente ou diminue suivant la différente disposition du corps; ceci s’éclaircira dans la suite; remarquons ici seulement que les excrétoires salivaires suppléent quelquefois à d’autres organes qui sont dans l’inaction ; et ce sera par cette raison qu’il faudra expliquer le ptialisme dans la petitevérole.

Nous serions aussi portés à croire qu’outre ce qui résulte de la différence des tempéramens , il y a des temps et des heures , pour ainsi dire , marqués , où la saliye coule périodiquement ^ au moins

clans la plupart des sujets , comme nous aurons occasion de îe ciii e ailleurs.

§. LXXIX. U excrétion des maxillaires , des sublinguales , des molaires , et de la couche glanduleuse de la bouche.

L’excrétion de toutes ces glandes se fait à peu près comme celle des parotides , et dans les memes circonstances.

La salive coule des maxillaires , et fait des petits jets en sortant des conduits qui , selon le traducteur de Boerhaave , lancent au loin une eau fine et claire ^ et tre s-sensible lorsqu’on la reçoit sur une glace ou sur du f^apier ^ il n’j'' a , continue-t-il , qu’à en approcher quelque corps sapide ; l’eau dont je parle semble attirée , pour ainsi dire , comme l’ aiguille par l’aimant y elle ne demande, ajoute-t-il vivement, qu’à servir à la mastication

et étant broj'ée avec les alimens , elle en écume d’action.

Tout ceci dépend de l’action de la glande , cjui est si évidemment la cause de ces jets , C{u’ils se forment Cjuelquefois sans C[ue les muscles soient en mouvement j ils concourent pourtant à l’excrétion de la manière que nous l’avons dit.

La comparaison de l’aimant et du fer n’est qu’une métapliore : le fait est que la glande seringue la liqueur qu’elle sépare , dans certaines circonstances.

Son conduit^ dont nous avons parlé ailleurs (§. xxi) , et qui est lâche et flasque , pour l’ordinaire, peut être étendu et redressé, par l’action de la langue et de quelques muscles de l’os hyoïde; il s’érige aussi lui-même^ il a sa propre action qui paroît bien dans quelques cas^ oii l’on voit les deux conduits de la maxillaire s’avancer et s’élancer^ pour ainsi dire, dans la bouche , si vivement qu’ils en paroissent quelquefois enflammés.

Les glandes sublinguales agissent comme les maxillaires; leurs conduits (§. xxiii) sont aussi plus ou moins lâches, mais ils se redressent , et la salive coule toujours par la même mécanique.

Ces glandes sont balottées, secouées et irritées sans cesse par les inouvemens de la langue, et par ceux des muscles de l’os hyoïde : ces secousses sont même plus fortes que dans la parotide , dans laquelle il semble que ce que nous appelons la disposition des ‘Vaisseaux soit la^ disposition dominante.; au lieu que dans les maxillaires et les sublinguales , les secousses et les trémoussemens sont beaucoup plus évidens. Ces glandes étant flottantes ne devoienlelles pas être plus exposées à l’action de ces causes que les parotides?

Les molaires sont placées de manière qu’elles ne peuvent pas être extrêmement secouées, et comme elles sont entourées d’une substance graisseuse et qu’elles sont mollasses elles-mêmes, il paroît qu’elles ne sont pas fort sensibles.

Mais leurs conduits excrétoires suivent , comme nous le disions ailleurs (§. xviii) , la disposition des. fibres du buçcinateur ; de sorte que toutes les fois que ce muscle entre en contraction , et qu’il se relâche ensuite , il arrive des relâchernens et des resserremens alternatifs aux conduits des molaires. Us sont continuellement €i) mouvement, raccourcis, ridés ou allonges. Ces mou-

i3g RECHERCHES

veirivens sont la principale cause de l’excrétion , parce qidiîs rendent les conduits plus libres dans certains temps que dans d’autres , et parce qu’en les secouant ils doivent animer le corps de la glande , qui ne laisse pas que d’étre agitée dans les i^iouvemens de la mâchoire.

Cheselden a cru que le conduit de la parotide passoit par-dessus le masseter , afin qu’il ne fut pas comprimé. N’auroit-il pas pu être disposé comme le conduit des molaires et celui des maxillaires

Les couches glanduleuses de la bouche et de l’arrière-bouche ne fourniroient pas grand’chose si elles n’étoient pas irritées , ni excitées autrement que par des irritations qui suffisent sans doute pour réveiller des glandes assez délicates.

On peut donc dire que , quoique les conditions de l’excrétion se trouvent^ absolument parlant, dans toutes les glandes salivaires, il s’en trouve certaines dans lesquelles une des quatre prévaut sur les autres • ce qui , dans le fond , revient à peu près au mêrne pour l’excrétion.

§. LXXX. U excrétion de T hujneur des glandes lacrymales

Quoique ces glandes ne puissent joas être comprimées , comme nous l’avons prouvé (§. xl) , il est certain que le globe de l’oeil et quelques parties de ses muscles la frottent légèrement dans leurs, moiivemens, et dès lors le corps glanduleux doit être agacé et séjiarer d’autant plus de sucs , que ses vaisseaux sont plus disposés â recevoir beaucoup de sang, par les changemens fréquens qui arrivent à ceux des muscles.

Les changemens des vaisseaux excrétoires paroissent être , au moins dans l’état ordinaire , la principale cause de l’excrétion de cette glande ^ en effet , ces excrétoires , qu’on ne trouve pas tou-s jours aussi aisément qu’on pourroit se l’imaginer , sont très-déîi cats et très-fins j ils descendent parallèlemen t , et peu obliquement , du corps glanduleux vers la paupière supérieure, qu’ils percent dans son intérieur plus ou moins près de son bord cartilagineux.

Cette disposition des excrétoires fait nécessairement que , lorsque la paupière se relève , ils sont pliés et ridés , au lieu que , lorsqu’elle s’abaisse , ils sont plus droits et plus libres; ces petites secousses , et les changemens des vaisseaux sanguins , suffisent pour faire couler une rosée insensible , qui doit humecter le devant de l’œil ; cette mécanique a du rapport avec celle de l’excrétion du lait.

Il ne faut |tas oublier que le contact de l’air , et celui des corpuscules qui y voltigent, les inflammations et autres causes irritent l’œil , et les bords des paupières qui communiquent leurs agacemens à la glande , qui est j^ar là avertie , réveillée et déterminé^ il l’excrétion.

Telle est l’excrétion ordinaire de l’humeur qui forme les larmes ; elle a encore quelque autre cause : par exemple , il est constant que lorsqu’on rit ou qu’on tousse , ou lorsqu’on fait quelque effort en suspendant l’action du diaphragme , l’humeur des larmes coule plus abondamment , et cela dépend , comme dans la parotide, de;^

ciiarjgemens qui arrivent aux vaisseaux sanguins , surtout aux veines dans lesquelles la sus^^ensioii de la respiration gène le cours des humeurs.

Il peut se faire aussi que les conduits faits pour absorber le reste de rbumeur qui lave le devant de l’œil , venant à être serres plus ou moins , laissent accumuler les sucs sur le globe de l’œil et soient cause qu’ils se répandent sur les joues ^ ce qui pourroit faire croire que l’excrétion est plus abondante.

Les larmes doivent être regardées comme une excrétion extraor-' dinaire des sucs de la glande lacrymale : elles se séparent abondamment dans quelques passions , et l’excrétion dépend alors du resserrement des conduits absorbans , de la suspension de la res-piration et des autres causes ordinaires , mais surtout de l’action particulière de la glande , qui a plus lieu dans cette circonstance que dans toute autre.

Ceux qui sont à même de pleurer sentent un étranglement plus ou moins vif vers les yeux et vers les paupières ^ cet étranglement suppose une convulsion dans la glande et dans son voisinage , et à cette convulsion succèdent les larmes , qui coulent suivant la force de la passion , et suivant la disposition du sujet. Quelle est la cause de l’écoulement des larmes dans certaines maladies ? Ne peut'-on pas la connoître par ce que nous venons de dire , et n’en tireroiton pas de quoi éc]a;ircir ce qui regarde le pronostic de l’écoulement des larmes dans les maladies ?

Nous n’avions pas parlé jusqu’ici de l’éffet des passions pour l’excrétion des sucs séparés par des glandes • il revient à ce que nous avons appelé le spasme de l’organe, et nous en dirons quelque chose ailleurs.

Ainsi les larmes coulent par bien des raisons ^ tantôt l’irritation est la cause principale, par exemple, lorsqu’il y a quelque corps étranger dans l’œil tantôt c’est la disposition spasmodique de l’organe , comme lorsqu’on pleure ^ pour l’ordinaire , ce sont les secousses des canaux excrétoires.

De sorte que les circonstances peuvent varier la cause de l’excrétion dans un même organe ^ et ceci pouvant être appliqué aux excrétoires ^es intestins , par exemple , peut devenir intéressant pour la pratique de la médecine.

Seroit-il possible d’expliquer , suivant ce plan , les dévoiemens ipjLonnorniïiQ par relâchement , et ceux qu’on appelle par expression ? Toutes les dénominations que les praticiens emploient tous les jours ne sont -elles pas au moins fort indéterminées et fort vagues ?

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