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LXXXI. Remarques sur le passage des larmes dans la bouche

On croit communément que les larmes absorbées par le conduit lacrymal sont portées dans le nez , et de là au gosier , en passant par-dessus le voile du palais ; nous avons eu lieu de douter de cette opinion , et nous avons cru entrevoir que les larmes |»euvenl passer du nez dans la bouche sans aller faire le tour par-

dessus le voile du palais , et que cela arrive au moins dans certains cas.

Tout le monde connoît le trou incisif^ nous l’avons vu si grand dans un sujet , sans qu’il j eut la moindre carie , qu’il auroit contenu une grosse fève ^ on trouve dans les sujets frais une espèce de conduit qui passe dans ce trou* les méthodes décrites par bien des anatomistes suffisent pour le trouver , quoi qu’en disent quelques auteurs ÿ ce conduit paroît surtout évidemment dans les oiseaux : il j a apparence que les larmes passent quelquefois dans ce trou, et voici les raisons qui nous le font penser.

Nous avons observé qu’en injectant doucement le sac nasal par son extrémité , qui est au grand angle de l’œil , et tenant la tête horizontalement , la liqueur venoit s’accumuler vers le bord antérieur des maxillaires , vis-à-vis le trou incisif pelle étoit dirigée et conduite vers ce trou par une espèce de rigole , qui paroissoit creusée dans la membrane pituitaire , depuis l’extrémité interne du sac nasal jusque vers l’endroit oii se trouve le trou incisif.

D’ailleurs , il y a dans bien des sujets et dans l’endroit qui répond à ce trou , un fond ou un creux qui forme une espèce d’entonnoir oh les larmes viennent se rendre lorsque le sujet conserve sa position horizontale y la portion postérieure de la paroi inférieure des narines semble plus élevée que l’antérieure.

Enfin , chacun peut apercevoir que , lorsque les enfans pleurent il sort de la partie antérieure du palais une humeur qui coule goutte à goutte, qui est limpide comme les larmes , et qu’on ne verroit pas couler si elle n’étoit très-abondante.

Cette route paroît plus courte et plus propre pour les larmes , qui , si elles couloient par-dessus le voile du palais , pourraient tomber vers le larynx et ses appartenances ÿ elles avancent en suintant ou en glissant lentement sur la membrane pituitaire y ce qui arrive lorsqu’elles ne sont pas trop abondantes ; elles peuvent passer partout , s’insinuer comme dans une éponge , et humecter l’arrière-narine avec les sucs muqueux qui s’y séparent.

§. LXXXII. L’excrétion des sucs de la thj''roïde , ceux du thj'mus et des autres glandes de la poitrine.

Les conduits de la thyroïde qui vont aboutir à la trachée (§. xliv), sont en grand nombre apparemment , et très-menus , afin que la liqueur , qui doit lubréfier la trachée , ne tombe point à grosses gouttes, ce qui l’auroit peut-être irritée trop vivement, mais pour qu’elle suinte comme une rosée très-fine et imperceptible , qui s’étend en couche très-fine dans tout l’intérieur du canal.

On voit surtout dans certaines femmes , qui parlent avec vivacité , la thyroïde s’arrondir et former une tumeur comme si elle se rouloit sur elle- même , ce qui vient apparemment de son érection ^ que l’on ne sent pas ici aussi évidemment que dans les autres glandes dont nous avons parlé.

Les conduits th^roïdo-trachéaiix ne peuvent pas changer de direction y ils sont collés contre le cartilage , mais ils sont sans doute susceptibles de quelque irritation 3 et ici la cause irritante ,

ANATOMIQUES. iSp

qui est Taîr , est toujours présente* il faut que îa glande fasse une excrétion continuelle ; elle abonde beaucoup en vaisseaux sanguins, qui favorisent sans doute l’excrétion pendant les mouvemens du larvnx.

La légère action de cette glande étant presque continuelle , on ne s’en aperçoit pas comme dans les glandes , qui dégorgent plus d’humeur dans un temps que dans un autre ) on voit seulement que la thyroïde est extrêmement agitée et secouée, ce qui doit favoriser l’excrétion, comme nous l’avons déjà souvent dit.

Le thymus et les autres glandes qui sont vers les bronches , sont perpétuellement en mouvement* de sorte que si elles ont quelque humeur à jeter dans quelque cavité , elles ont les conditions qu’il faut pour cela , et la principale condition est l’agitation.

La glande œsophagienne est tiraillée et irritée par les alimens qui passent dans d’œsophage et par les mouvemens propres de ce canal.

§. LXXXni. U excrétion de l’humeur pancréatique.

La position du pancréas sur l’artère splénique , et vers les parties qui l’entourent (§. lvii), fait qu’il est continuellement en mouvement ; les artères le secouent à chaque pulsation ; il est comme en l’air ; il ne résiste point à ces secousses , bien différent en ceci des parotides j il ressemble plus aux maxillaires.

Toutes ces secousses tiennent les nerfs, qui sont très-nombreux dans cet organe , perpétuellement en haleine , pour ainsi dire * ils sont tiraillés et irrités y ils doivent donc être presque continuellement en jeu.

Mais ils reçoivent de nouveaux agacemens par le moyen de ceux du duodénum, avec lesquels ils communiquent, et ces nouvelles irritations augmentent sans doute l’excrétion dans le temps de la digestion du duodénum.

Le conduit pancréatique est aussi disposé de manière que le duodénum ne sauroit se mouvoir qu’il ne soit tiraillé et redressé * nous observions plus haut qu’il est naturellement tortueux et comme en zigzag ÿ le tiraillement qui le redresse et qui l’agace doit le rendre plus disposé à laisser passer le suc pancréatique , et sans doute il a sa propre force , comme tous les autres y il se redresse et il se tend , pour dégorger les sucs qu’elle contient.

Les artères sont assez nombreuses dans cette glande ; elles reçoivent plus de sang précisément dans le temps de la digestion, par cela même que l’artère de la rate en reçoit moins dans ce même temps , comme nous le dirons ailleurs.

Il n’y a point ici, comme dans les autres glandes, des muscles dont l’action puisse favoriser le mouvement du sang; mais îa rate souffre des modifications qui font que les choses reviennent au même , par rapport aux artères pancréatiques^ elles reçoivent, en un mot , pjîus d’humeurs.

On pourroit peut-être avancer qu’une certaine langueur , que

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bien des gens sentent vis-à-vis le pancréas lorsqu’ils digèrenî: ^ vient en partie de la convulsion ou de la disposition sjoasmodique de cet organe.

Mais pour* ne rien avancer au hasard , il suffit de dire que les nerfs du pancréas sont évidemment irrités lorsqu’il doit faire son excrétion, et que ses vaisseaux reçoivent plus de liqueur dans ce même temps-là • ces deux dispositions sont évidentes.

Il paroît d’ailleurs que le pancréas est continuellement agité par les parties que les rnouvemens de la respiration font remuer ^ ceci est particulier à cet organe } nous n’en avons point vu qui loi ressemble par cet endroit j ils ont tous un temps de repos , et celui-ci n’est jamais livré à lui-même ^ il doit apparemment toujours faire pins ou moins d’excrétion^ la liqueur qu’il sépare est nécessaire en tout temps j il y a des momens où elle doit couler en plus grande abondance, mais elle coule toujours^ faut -il compter à cet égard sur toutes les expériences qu’on a faites au sujet de l’écoulement du sac pancréatique , et en général sur ce qui regarde cet organe?

Plaçons ici ce que Boerhaave a remarqué sur la proximité du cœur, par rapport à cet organe^ il a pu se tromper en indiquant que le pancréas est plus près du cœur que les parotides ; mais il a eu ‘raison d’avancer que cette proximité favorise une copieuse séparation • les humeurs abordent en quantité , et elles ont beaucoup de mouvement.

Il est vrai que la disposition de l’organe peut tout changer • s’il est serré il recevra beaucoup moins de liqueur que s’il est lâche ) le cœur lui-même ou ses artères coronaires ne reçoivent pas pliia de sang que les vaisseaux des autres parties , qui sont de même calibre ) reste à savoir si la circulation ne s’y fait pas plus vite. C’est une autre question qui nous écarteroit de notre sujet.

Enfin , il est évident que le pancréas est irrité pour faire son excrétion , et que la disposition de son conduit change tout comme celle de ses vaisseaux sanguins ; nous trouvons donc ici quelquesunes des conditions pour l’excrétion ^ voyons si l’érection du pan-^ créas ne peut pas être prouvée.

§. LXXXIV. Observation qui a peut-être du rapport avec V action

du pancréas.

Il y avoit en i , à l’hôpital de Montpellier , un malade âgé d’environ trente ans , qui paroissoit fort bien constitué et qui étoit d’un tempérament sanguin ; il avoit la fièvre continue, avec des redoublemens et un vomissement quivenoit par paroxysmes, sans qu’il nous fut jamais possible d’observer un ordre bien exact dans ces attaques de vomissement.

M. Serane fils mit en œuvre tout ce qu’il trouva convenable * le vomissement persistoit toujours , et le malade se plaignoit d’une douleur vers l’épine du dos , entre le cartilage xypoide et le nombril.

Après de murs examens on soupçonna un embarras au diiodenupi • les vomissemens diminuèrent; le malade ne sentit plus sa

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«Couleur’ il eut quelques frissons irréguliers; il vécut quelques jours allant toujours en alFoiblissant , et il mourut.

Le cadavre étant ouvert , on trouva la vésicule du fiel pleine d’une liqueur épaisse et noirâtre , et le pancréas squirrheux et fort gros ; les autres parties étoient dans leur état naturel : on trouve dans les auteurs bien des observations^ sur les squirrbes au pancréas ; nous en avons trouvé plusieurs. Rivière dit avoir guéri un malade dans lequel le pancréas étoit squirrheux , etc.

Quoi qu’il en soit , il paroît que le pancréas étôit la cause du vomissement de notre malade; mais comment? Il ne paroît pas que la question soit aussi aisée à décider que bien des gens le pensent.

Si l’on dit que le pancréas squirrheux gênoit le duodénum et l’estomac, nous ferons remarquer qu’il j a bien des sujets dans levS*^ quels le pancréas se trouve squirrheux sans qu’ils aient été sujets au vomissement immédiatement avant leur mort , et que d’ailleurs le vomissement cessa dans notre malade vers la fin de la maladie , lorsque le pancréas étoit plus près d’étre squirrheux.

Si l’on dit que le pancréas ne séparant point le suc qu’il sépare ordinairement, la bile qui séjournoit elle-même dans la vésicule faisoit une impression trop forte sur le duodénum et le mettoit en convulsion , nous pouvons répondre qu’outre que le malade buvoit abondamment des liqueurs propres à émousser l’activité qu’on veut que la bile ait eue , le vomissement a cessé précisément vers la fin de la maladie , ou lorsque cette glande étoit squirrheuse ; enfin , il ne faut pas oublier qu’il y a des gens qui vivent avec le pancréas squirrheux, sans que leur bile irrite trop le duodénum, etc.

N’étoit-ce pas , dans le cas dont il s’agit , une fièvre compliquée avec une disposition inflammatoire du pancréas , comme il y en a qui le sont avec l’inflammation de la parotide ? Le pancréas enflammé , et par conséquent fort sensible , étoit le siège du mal que le malade sentoit , et lorsque le pancréas lui-même entroit en action , les douleurs augmentoient et les convulsions aussi , etc.

Ainsi il arrive quelquefois que , lorsque les parotides étant gonflées , ou le dedans de. la bouche étant enflammé dans ce qu’on appelle des jliixions , on veut manger, les douleurs augmentent prodigieusement , et l’on n’est tranquille que lorsqu’on s’est défait de ce qu’on raâchoit.

Le duodénum ou l’estomac irritoient dans notre malade le pancréas déjà enflammé, et ses irritations excitoient des convulsions ,

I qui vinrent à se calmer lorsque l’inflamniation ayant parcouru I ses temps , le pancréas fut devenu squirrheux. îl étoit insensible ! alors , il ne sentoit plus les irritations , et ce qui étoit le symptôme I de son agacement , les douleurs , le vomissement ou les convui- I sions de l’estomac et du duodénum cessèrent. La fièvre alla son. train , et elle porta sur le principe de la vie , etc.

Nous avons vu une fille fort sujette à des convulsions extraordinaires des viscères , jusqu’à ce que sa matrice fut devenue squirrheuse P ce qui revient au cas dont il est question , et à d’autres

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pareils qne nous pourrions rapporter. Contentons-nous de conclure que le pancréas a dans certains temps une espèce d’érection comme les mamelles et les autres glandes.

Ajoutons que le pancréas est impair , ainsi que la glande jjituitaire. Le corps de la thyroïde et le thymus lui-méme peuvent être regardés comme composés de deux lobes qui font deux glandes. Le pancréas est unique , aussi-bien que la glande pituitaire. Il est situé à la partie moyenne du corps , c’est-à-dire vers son axe. M. Winslow l’appelleroit glande symétrique : cette observation pourroit avoir son usage s’il falloit examiner ce qu’on peut appeler le raphé général , qui divise le corps en deux parties égales , à droite et à gauche , ce dont il n’est pas question dans les auteurs.

§. LXXXV. Excrétion des reins.

Il est évident que les gros vaisseaux c|ue le rein reçoit lui portent continuellement une grande cjuantité d’humeurs , et apparemment c’est pour que l’excrétion de l’urine ou son transport vers la vessie , qui doit passer pour la véritable excrétion , se fasse continuellement.

L’arrangement que nous appelions la disposition des vaisseaux^ est donc la disposition dominante dans cet organe. Nous ne trouvons pas aussi aisément dans les reins les signes de l’irritation , ni ceux des efforts spasmodiques. Les maladies nous font pourtant voir que les reins sont quelquefois irrités et qu’ils sont quelquefois en convulsion.

On seroit tout d’un coup porté à croire que le rein est une glande différente de toutes celles dont nous avons parlé. Sa structure., sa position , la sécrétion qu’il fait continuellement paroissent indiquer qu’il n’est qu’une espèce de crible sans beaucoup d’activité , et qui ne sert qu’à filtrer les humeurs qui y viennent en grande quantité , sans qu’il y ait des causes évidentes qui les y dirigent plus dans un temps que dans l’autre , comme dans les autres glandes.

Le rein agit toujours , et l’urine qu’il sépare sort dans tous les temps presque également. Il ne paroît pas au moins que cette liqueur doive sortir en plus grande quantité dans un temps c]ue dans un autre , si on excepte celui où les vaisseaux sont pleins de sucs.

L’urine est une humeur excrémentitielle : elle est rejetée ^ elle n’a aucun usage. Au lieu que toutes les humeurs qui se séparent dans les glandes dont nous avons jiarlé jusqu’ici , ont des usages essentiels à des temps marqués.

Comme cette humeur excrémentitielle se sépare assez également en tou,t temps , il n’est pas possible de distinguer dans le rein le temps oh il agit, d’avec celui oh il n’agit point. C’est peut-être à cause de la continuité de son action , que celle-ci est devenue insensible , et qu’il a été nécessaire qu’elle se fît sans des secousses qui n’auroient pas pu se continuer sans relâche.

Il faut appliquer au rein , par rapport aux autres glandes , ce que nous disions de la parotide par rapport au tesûcule (§. lxxiv).

ANATOMIQUES. ï43

Peut-être même l’action du rein n’est-elle si difficile à désigner c|rie parce que nous manquons d’observations à ce sujet.

§. LXXXYI. Digression au sujet de la grosseur des arteres et

des veines des reins.

Ov pourroit faire une objection sur ce que nous avons avancé , que les vaisseaux du rein étant fort gros , ils lui apportent une grande quantité d’humeurs , afin que la sécrétion soit abondante ; et voici cette objection.

Les veines du rein sont aussi grosses à proportion que les artères. Il faut donc qu’elles charient autant de sang , si elles en laissent passer autant : il ne doit pas s’en perdre beaucoup par Fexcrétion.

Ceci nous meneroit à examiner si les veines ont le même rapport avec les artères , tant dans les parties glanduleuses où iis font une sécrétion abondante , que dans celles qui ne le sont point , et si ce qu’on a dit là-dessus est vrai. On raisonne communément il cet égard comme Boerhaave , qui a insisté pour prouver l’existence du fluide nerveux, sur ce que les artères qui vont au cerveau sont très-grosses ^ mais si les veines le sont davantage et dans des rapports égaux à ceux des artères des muscles, qu’a-t-on à répondre ?

On peut dire que la différence du mouvement dans les vaisseaux artériels et veineux doit donner la solution des difficultés qu’on propose. En effet, le sang coule dans l’artère rénale avec beaucoup de vitesse , il coule beaucoup plus lentement dans la veine. De là vient que quoique la veine soit plus grosse que l’artère , il n’y passe point dans le même temps autant de liqueur que dans l’artère , et que celle-ci peut en fournir une bonne quantité qui est employée à la sécrétion.

Si l’on presse l’objection , et qu’on dise que les veines et les artères sont dans le même rapport , tant dans les parties dans lesquelles il se fait une sécrétion abondante , que dans celles où il ne s’en fait presque point ^ si on dit , par exemple , que la veine rénale est aussi grosse respectn^ement à son artère , que la veine iliaque par rapport à la sienne ^ or cela ne devroit pas être encore un coup, à moins qu’on ne prouve que la AÙtesse des humeurs est plus grande dans la veine iliaque que dans la rénale , etc.

Avouons que si les faits sur lesquels on établit cette objection sont constatés , si des mesures prises avec exactitude les démontrent, et que s’il est possible de prendre ces mesures comme il faut , il n’est pas aisé de répondre à l’objection dont il s’agit. On ne peut pas le faire au moins d’une manière satisfaisante , puisqu’on pourroit encore demander pourquoi le mouvement du sang est moins rapide dans les veines que dans les artères^ pourquoi il a fallu que cela fut ainsi , etc.

On pourroit même ajouter que la grosseur des veines ne paroissant avoir été faite que pour qu’elles fussent des espèces de réservoirs qui pussent contenir pins ou moins de liqueur dans les diffêrens temps , il semble que ces humeurs peuvent non-seulement séjourner dans les veines, mais même y être tellement pressées,

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qu’elles peuvent y prendre un mouvement de rejlux , ou contraire aux lois qu’on prescrit ordinairement à la circulation.

Il n’est pas douteux qu’allant ainsi d’une question à l’autre , on tie puisse augmenter les difficultés j et on ne voit jias comment il faudroit répondre à un homme qui voudroit savoir d’une façon bien déterminée , si le mouvement de circulation est égal dans tous les organes ^ s’il n’y en a point dans lequel le mouvement du sang veineux est beaucoup plus fort que dans d’autres j si le sang ne peut pas refluer dans les veines , et jusqu’à quel point les valvules , quand il y en à , peuvent empêcher ce reflux.

11 ne paroît pas bien enfin , qu’en suivant les idées qu’on a de la circulation dans les écoles , oii l’on n’examine ce mouvement et tout ce qui y a quelque rapport , pour ainsi dire , qu’en gros , et surtout sans faire mention des observations qu’on peut faire sur les malades, on eut sitôt répondu à bien des questions qui ne sont pas de notre sujet.

g. LXXXVII. Exposition résumée de la mécanique de V excrétion

des glandes.

Concluons , en résumant tout ce que nous avons détaillé jusqu’ici , que l’excrétion des glandes dont il a été question jusqu’à présent., ne se fait pas, comme on l’avoit avancé, par la compres-sion du corps glanduleux , mais par V action propre de V organe , action que certaines circonstances augmentent , comme les irritations, les secousses et les dispositions des vaisseaux éu. même organe.

Ces circonstances ou ces changemens paroissent les uns mieuS que les autres dans certains organes ^ mais ils sont nécessaires pour l’excrétion , qui dépend principalement d’une espèce de con-' vulsion ou d’état spasmodique de l’organe , que nous avons appelée érection.

Ajoutons que chaque glande ayant besoin, pour agir ou pour travailler à l’excrétion , de se replier^ ou de se rouler soy ellemême , de se gonfler et de se durcir > il a fallu que la nature ménageât les parties qui environnent les glandes de façon qu’elles ne les gênassent point : aussi le détail a-t-il fait voir que chaque glande a , pour ainsi dire , sa niche particulière , oii elle peut con-^ tourner librement.

Ce qu’il y a de particulier , c’est qu’il falloit accorder cette liberté avec une position convenable pour que la glande fut secouée et agitée f ou excitée par les parties du voisinage sans en être comprimée ^ on a vu comment tout a été admirablement proportionné pour la même fin.

Voilà bien des propositions qui paroîtroient tout d’un coup paradoxes , en suivant l’opinion commune ^ mais nous croyons avoir démontré qu’elles sont évidentes , et que le système ordinaire ne sauroit subsister tel qu’on l’a donné jusqu’ici , à moins qu’on n^ lui donne quelque modification particulière.

LXXXVIII. Première objection tirée de ce que nous avons

avancé que les glandes avoient besoin déétre réveillées ou.

excitées pour agir.

Ov peut demander pourquoi les irritations , les secousses , ou quelque autre changement des organes glanduleux sont nécessaires pour qu’ils entrent en action • ce que nous avançons en disant qu’ils ont besoin d’être réveillés , a-t-il quelque fondement raisonnable ?

Il paroît que la machine a été disposée de manière qu’une fonction est la cause d’une autre , au point qu’il y a un enchaînement d’actions qui se succèdent , et qui sont en quelque façon les unes les causes des autres.

D’ailleurs , ne pourroit-on pas dire que les nerfs sont dans un corps glanduleux relâché , comme engourdis et hors d’état d’agir , à moins qu’une force nouvelle ne les excite ? Il est vrai que nor^s ne savons pas d’où cela vient ; mais le fait n’en est pas moins réel , et si on y prend garde , on aura lieu d’apercevoir que les parties qui ne sont pas des glandes sont pourtant sujettes aux mêmes variations.

Ainsi un homme qui sort d’un profond sommeil a les yeux ou-*verts pendant un certain temps , et ne voit pas les objets distinctement , à moins que les rayons de lumière n’aient excité , pour ainsi dire , et réveillé sa rétine. On peut aisément ajDpliquer à l’oreille ce que nous disons de l’œil.

On sent même que, dans ce qui regarde le tact, l’organe est d’abord excité par la solidité en général , avant qu’il puisse distinguer tel ou tel objet.

Il y a dans chaque sensation particulière une espèce de sensation générale qui est, pour ainsi parler, une base sur laquelle les autres sensations s’établissent^ il n’est pas aisé d’expliquer ce qu’on sent sur ces matières pâmais il semble qu’il est évident qu’il faut distinguer dans chaque organe l’impression générale que fait un objet, d’avec les impressions particulières qui caractérisent la sensation.

Ainsi l’action de l’air sur l’organe de l’ouïe le dispose de ma- \ nière qu’il est propre à recevoir les différons tons) la lumière en ^ général ou en gros excite aussi la rétine , et la rend propre à s apercevoir ou à recevoir l’impression des différons rayons , et celle b de leurs modifications.

L’impression que font les rayons de l’air et ceux de la lumière tombans en foule sur l’organe , n’est-elle pas bien différente de )0 celle que font les rayons particuliers différemment modifiés? La [(j première ne peut-elle pas être regardée comme une secousse qui ri avertit, pour ainsi dire, les nerfs? C’est une espèce de tact) nj mais l’autre supjDose la disposition que la première impression 1 I a excitée.

Ceci paroît mieux dans les sensations des saveurs ) un corps G sapide est d’abord appliqué sur la langue ) il cause la sensation jI du tact avant de causer celle du goût, et on s’est aperçu que la

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laugiie elant inâlëe et excitée par le corps sapide agissant d’abord, par la simple impression mécanique , les pajjilles s’avancent et viennent au-devant des corpuscules qui doivent exciter la saveu" • la langue a ses papilles lorsqu’elle ne goûte pas, comme lorsqu’elle goûte* mais dans le premier cas ces papilles sont affaissées , au lieu qu’elles agissent en s’élançant en dehors dans le second.

Nous pensons qu’il en est de même dans les organes glanduleux ‘j ils doivent être excités pour agir; nous ne trouvons point d’autre usage des secousses , des irritations , des frotlemens et des autres cliangemèns auxquels les glandes sont exposées avant le temps de l’excrétion , et même pendant qu’elle se fait , ce qui fait bien voir la nécessité de ces sortes de secousses : les nerfs ne se soutiendroient pas long-temps dans leur action s’ils ii’étoient irrités à chaque instant.

Qu’on fasse aussi attention à ce qui se passe dans les organes musculeux : un homme qui va faire un effort essaie ses membres ; on le voit se préparer à l’action ; il s’étend , il se tiraille ; que font tous ses mouvemens, qui paroissent bien évidemment dans un animal en colère , et qu’on retient? Ne doit-on paS les regarder comme des secousses préparatoires qui disposent les organes et qui lés remontent?

Enfin , ce qui arrive aux membres engourdis est encore une preuve de ce que nous prétendons ; comment les remet-on à leur ton? C’est en les tiraillant et en les agitant. Il est des gens qui sentent une espèce d’engourdissement aux parotides lorsqu’ils sont à même de manger ; c’est un trémoussement qui se dissipe à proportion que la salive coule ; il est évident que les nerfs de ces glandes ont passé de l’état de l’inaction à celui de l’action; et la nature , pour les préparer , a ménagé des irritations et des secousses légères qui favorisent extrêmement ces changemens.

Encore un coup on ne sait pas comment cela se fait , et il seroit bien à souhaiter que des gens éclairés voulussent examiner cette question , et tâcher de déterminer ce qu’il y a de passif et ce qu’il y a d’actif dans une sensation , dans une excrétion ou dans quel** que autre fonction.

LXXXTX. Seconde objection tirée de la différence des corps glanduleux , qui ne paroissoient pas tous faire leur excrétion par la même mécanique.

Comme nous sommes convenus dans plus d’un endroit qu’il y a quelque différence dans la façon dont les différentes glandes font leur excrétion , on peut dire que cette différence même prouve que la cause que nous avons assignée n’est pas la véritable , puisqu’elle ne convient point à toutes sortes d’organes.

Il est vrai que les organes sont différons à certains égards; nous l’avons déjà dit ; mais nous avons fait remarquer que l’excrétion dépend de plusieurs causes diversement combinées. Pourquoi ré- ])éter ici ce qui a été dit ailleurs à ce sujet? On trouvera dans les Lxx et Lxxxrii de quoi résoudre l’objection dont il est question.

* Mais avant d’aller plus loin , il est bon de faire quelques remar- •

ANATOMIQUES. i4;

ques Sur les différences qu’on peut trouver dans les organes par rapport à la manière dont ils font leur excrétion.

Les testicules , par exemple , lorsqu’ils se vident avec les vésicules séminales , ne le font ordinairement qu’au moyen des convulsions ou des secousses qui se font elles- memes aux dépens de toute la machine ^ on diroit que tout est suspendu pendant cette excrétion , et par cette secousse qu’on appelle épileptique ) on peut donc avancer que toute la machine est du ressort ou du département du testicule en quelque façon.

L’action des mamelles n’est pas à beaucoup près aussi vive ni aussi étendue^ elle se borne au corps de la mamelle , à quelques parties de la poitrine et à la matrice ; les mamelles , s’il est perïnis de parler ainsi , ont donc un département beaucoup moindre que les testicules.

L’action de la parotide ne se fait sentir qu’aux joues et aux pai^ lies du voisinage j elle est encore beaucoup plus bornée que les ^précédentes ; il faut se souvenir à ce sujet de l’histoire qu’on trouve dans les Mémoires de V Académie , année 1740 ; on y parie d’un homme dans lequel tout un côté des joues suoit à grosses gouttes lorsqu’il mettoit un peu de sel sur une portion de la langue de ce côté , qui étoit comme excorié ; le changement qui survenoit à la joue dépendoit sans doute de l’impression que faisoit le sel sur les nerfs de la langue ; les nerfs étoient irrités , et ceux du voisinage s’en ressentoient : on peut dire que la langue étant irritée , ce qui étoit de son département s’en ressentoit.

Nous ne pouvons pas savoir jusqu’où s’étend l’action du pancréas ; nous 11’ avons au moins rien de bien évident là-dessus ; on ne pourroit avancer que des présomptions ; il y a pourtant bien des choses à éclaircir là-dessus ; il seroit à souhaiter qu’on put avancer dans des connoissances de cette nature ; elles auroient leurs applications dans ce qui concerne les maladies , comme nous le dirons ailleurs.

Ajoutons qu’il paroît , par tout ce qui a été détaillé , que les organes dont les sécrétions sont le moins fréquentes , sont aussi ceux qui ont un département plus étendu , et qui se font avec plus d’effort ; au lieu que ceux dont l’action doit être souvent réitérée , ne font presque point d’impression sur les parties voisines. Si l’excrétion de la salive avoit autant coûté au corps que celle de la semence , il n’auroit pas résisté à des convulsions si souvent réitérées , comme nous l’avons déjà dit ailleurs : tout ceci s’éclaircira dans la suite. {Vojez §. cxvii et suwans.)

XG. Troisième objection tirée de ce qu il ne paroit pas quel

est le changement que V action des nerfs doit faire sur V organe

glanduleux.

Ox ne voit pas assez , dira-t-on , quel est l’effet que l’action des nerfs doit faire sur le corps glanduleux ; ainsi il est très-inutile de les remarquer si scrupuleusement.

Ne nous arrêtons point au faux raisonnement contenu dans cette objection 5 qu’importe 5 après tout, que nous sachions l’usage

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de Faction des nerfs, pourvu que cette action soit constatée?

Savons-nous bien la façon dont les nerfs changent les liqueurs que les glandes séparent? Les observations n’apprennent -elles pas que ces liqueurs sont d’autant plus actives et plus précieuses que l’organe qui les contenoit a été plus agité?

Il en est de tous les organes comme de ceux dans lesquels la vipère conserve son poison ^ on sait qu’il est d’autant plus vif que l’animal a été plus mis en colère et plus agité ; la salive et les autres liqueurs ne sont-elles pas d’autant plus animées ^ pour ainsi dire , que l’organe d’où elles sortent a été plus en convulsion? Tout paroît nous porter à croire que la chose est ainsi.

Il y a eu des physiologistes qui ont pensé que les nerfs alloient dégorger leur suc dans les glandes j plus ils seront secoués et mis en action , et plus ils enrichiront les liqueurs de leurs esprits.

On peut toujours assurer qu’un organe qui est en érection sépare une liqueur beaucoup plus précieuse que s’il étoit relâché , soit que les nerfs agissent en fournissant du fluide nerveux, soi^ que la sécrétion se fasse d’autant mieux que les nerfs sont plus en action.

Cet usage qu’ont les nerfs pourroit suffire sans doute ^ mais nous dirons ailleurs que leur action augmente et fait même la sécrétion proprement dite. {J^ojez §. xcyiii et les suwans.)

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