XCI. Remarques sur les conduits excrétoires des glandes
Nous avons insinué , dans plus d’un endroit , que les conduits excrétoires des glandes reçoivent quelque modification particulière'pendant l’excrétion - de lâches et affaissés qu’ils sont, ils deviennent tendus et redressés; ces changemens favorisent sans doute l’excrétion, §. lxxvi, lxxviii , lxxxii.)
Il y a quelque chose à ajouter sur ces excrétoires; comparonsles tous à ceux des mamelles ; ceux-ci sont redressés et tendus dans le temps de l’excrétion ; mais outre cela l’enfant , en tétant , les vide et attire ce qu’ils contiennent.
Cette attraction ou cette succion dépend de la modification que l’enfant qui tête donne à l’air contenu dans sa bouche , et de la façon dont il le dirige; il fait en quelque manière ce que font les ventouses ; il diminue la résistance de l’air contenu dans sa bouche , et l’extérieur presse la mamelle d’autant plus efficacement.
Ne pourroit-on pas avancer qu’il arrive quelque chose de semblable dans la plupart des autres excrétions , par exemple dans celle des parotides , leurs conduits répondent à la cavité de la bouche ? Ne semble-t-il pas que si la résistance de l’air diminue dans la bouche^ les conduits salivaires doivent nécessairement se vider comme ceux du lait?
L’enfant paroît vider les conduits de toutes les glandes qui aboutissent à la bouche , à proportion qu’il vide les conduits de la mamelle de sa mère ; il se suce y il se tête lui-même pour ainsi dire ; cela paroît au moins ainsi , et il semble que dans certaines attitudes nous vidons par cette mécanique les conduits des sali-
ANATOMIQUES. Ma
Vaires , comme lorsque nous suçons et que nous attirons a. nous quelque chose , etc.
Ce changement arrive-t il dans les autres excrétoires comme dans ceux des parotides et des autres glandes salivaires ? Voilà ce que nous ne déciderons point ^ mais ne peut-on pas supposer quhl arrive quelquefois que la portion du duodénum supérieure à l’orifice du conduit pancréatique vient à se contracter et à pousser ou à faire avancer les matières qu’elle contient, l’air, comme les liqueurs et les autres matières^ le mouvement de cette portion du duodénum n’est-il pas une espèce de succion par rapport au conduit pancréatique , qui dégorgera son humeur dès que la résistance vers l’intérieur sera diminuée? Pourroit-on dire qu’elle l’est en effet , puisque l’air et les matières fuient et passent assez vite? *
Num a vagina et utero , exprimi aliquando dici posset sehieiif et ope niotuimi spasmodicorum, attrahi et veluti sugi?
Ainsi , outre tout ce que nous avons dit jusqu’ici , on pourroi ; peut-être avancer qu’il j a des parties combinées et disposées de façon qu’il y a quelques-uns de leurs mouvemens qui sont faits pour sucer les conduits excrétoires.
Plaçons ici une remarque que nous aurions du faire en parlant du rein ; il s’agit de son conduit excrétoire ou de l’uretère j on coiinoît la route qu’il tient pour arriver à la vessie , et on sait qu’il est sujet à des douleurs dans certaines maladies ^ ces douleurs viennent périodiquement , et leurs paroi^ysmes sont plus ou moins marqués^ ces douleurs ne supposent-elles point dans l’uretère une sorte de mouvement spasmodique qui indique lui -même qu’il y en a un à peu près semblable dans l’état naturel , et qu’on ne sent pas par les effets de l’habitude?
§. XCII. De quelques glandes dont il na pas été question
jusqu ici.
Ox nous accuseroit d’oublier bien des glandes si nous ne parlions pas des amigdales , des prostrates et des autres glandes de l’urètre , de celles de la peau, de celles des intestins, des lymphatiques et des synoviales.
Ce que nous avons à dire sur toutes ces glandes, se réduit à fort peu de choses ^ il faudra faire quelques remarques sur les lymphatiques et les synoviales.
^ Il suffit d’observer , par rapport à toutes les autres , qu’il paroît qu’elles font une classe à part , et qu’elles sont bien différentes de celles dont nous avons parlé ailleurs. Elles peuvent être regardées comme des réservoirs dans lesquels les sucs croupissent , et où iis s’épaississent plus ou moins , et elles se défont de leur suc par une mécanique qui a quelque rapport avec l’action des autres glandes.
Il faut pourtant avouer qu’elles ont besoin d’être coJnprimées , au lieu que la compression nuiroit aux autres y les unes sont actweSy et les autres peuvent être regardées comme passives à certains égards.
Par exemple , les amigdales sont situées entre les piliers du voile
iSo RECHERCHES
du palais 5 ell6s sont divisées en plusieurs sinuosités ou sillons qui sc remplissent d’une espèce d’oing plus ou moins épais. Il n’est pa:» douteux que , comme on l’assure comirtunément , l’excrétion de cette matière grasse et onctueuse ne se fasse par la compression des piliers du voile , par les mouvemens de la langue , et par les frottemens des alimens. Ce sont des glandes qui se vident par la compression dans le vivant comme dans le mort ) elle n’ont point d’action bien déterminée. Ce n’est pas que nous ne croyions qu’il est à présumer qu’elles ont une espèce de vie ou d’action particulière , ou qu’elles ne soient sujettes à des efforts spasmodiques ^ mais certainement la compression peut les vider , et les vide en effet.
Il en est de meme de la prostrate 3 si on la comprime un peu dans le cadavre , elle se vide et il sort un suc épais et gluant 5 la compression le fera sortir de meme dans le vivant , au lieu qu’elle ne faisoit rien sur les glandes d’une autre espèce.
D’ailleurs la prostrate paroît avoir une action propre dans certaines circonstances ; elle est d’une substance intermédiaire à celle qui forme les glandes actives et celles qui ne le sont pas. On a remarqué qu’elle a des muscles qui lui sont particuliers , et quoiqu’ils ne se trouvent pas toujours tels qu’on les a décrits , cependant la glande est entourée de quelques fibres charnues qui peuvent la resserrer plus ou moins , et vider les crîptes ou les petits réservoirs qui entrent dans sa composition.
On peut aisément appliquer tout ce que nous venons de dire aux follicules de la membrane pituitaire , à ceux de la bouche et à ceux des intestins , aux glandes cérumineuses et sébacées de la peau et de ses parties , telles que les yeux , les oreilles , la tête , le nez , les parties génitales de l’un et de l’autre sexe , les glandes de l’intérieur de la vessie , celles de la matrice , qu’on a prises pour l’ovaire , et celles qu’on a trouvées dans le rectum et à son bord , observant toujours que l’existence de ces glandes n’est pas aussi bien constatée que bien des gens le pensent. Devons-nous excepter celles qu’on a appelées de Cowper et de Litre? Ne ressemblent-elles pas aux glandes actives ? Elles sont fort irrégulières et on ne les trouve pas toujours comme on les décrit. Elles ont beaucoup de rapport avec celles des intestins , qu’on connoît sous le nom des glandes de Peyer et de Bruuner , et qui , lorsqu’on les rencontre , ne paroissent être qu’un amas de criptes.
Toutes ces glandes ne sont que des réservoirs qui ont sans doute quelque activité , mais qui n’en ont pas assez pour se vider par leur propre ressort 3 elles ont besoin d’une force extérieure qui les exprime , et une fois vidées , elles emploient quelque temps à se remplir. Elles contiennent véritablement l’humeur qu’elles rendent par la compression , bien différentes en ceci des glandes actives.
Telles sont à peu près les glandes qui se trouvent sur latetedes poissons , et que les efforts de l’eau , dans laquelle le poisson nage , expriment pour que l’huile qu’elles séparent s’étende sur tout le corps écailleux de l’animal , qui concourt ainsi lui-même à s’enduire d’un vernis qui le préserve des mauvaises impressions de l’eau, et qui le rend plus mobile.
Telles sont aussi celles que les oiseaux, et surtout les aquatiques, comme les oies et les canards , portent sur l’extrémité de le ur croupion • elles contiennent une humeur cérumineuse , que l’animal a soin d’aller chercher et d’exprimer avec son bec , pour en oindre ses plumes et les rendre par là plus lissées , et moins sujettes à être pénétrées par l’eau.
§. XCIII. Les glandes lymphatiques.
Nous n’ajouterons rien à ce qu’on a dit jusqu’ici sur ces glandes ^ nous dirons seulement que leur structure et leurs usages ne paroissent pas assez bien développés. Mais faisons une remarque qui a quelque rapport ‘à ce dont il est principalement question , c’est-àdire , à la compression prétendue de certaines glandes.
Il est aisé d’apercevoir que les lymphatiques ont toutes été placées précisément dans les endroits où elles sont le plus à l’abri de la compression. Celles du col , celles des aisselles , celles des aines , et celles du bas-ventre et de la poitrine , sont toutes beaucoup plus libres dans le lieu où elles se trouvent , que si elles avoient été partout ailleurs.
Nous ne demandons qu’une attention fort légère de la part d’un homme qui connoîtra les parties , et il verra sans doute combien ce que nous avançons au sujet des lymphatiques est vrai ^ c’est ici une affaire de simple inspection.
Or on dit ordinairement que les glandes lymphatiques séparent une liqueur particulière qu’elles renvoient dans les vaisseaux sanguins • on en a fait autant de petits cœurs. Elles font une espèce de sécrétion et d’excrétion , et elles ont été placées de manière qu’elles sont comprimées le moins qu’il est possible.
Il est bon de faire usage de cette remarque par rapport à toutes les autres glandes, Si la compression avoit été nécessaire comme on l’a cru , les glandes lymphatiques seroient très-mal placées pour y être sujettes,
5. XCIV. Les glandes synoi^iales ou mucilagineuses des articulations.
Tous les anatomistes , depuis Havers , ont regardé ces pelotons mollasses et irréguliers qu’on trouve dans les articulations , comme des glandes faites pour séparer un mucilage épais qu’on appelle synovie , dont l’usage est d’oindre les os et de les rendre pi us polis.
Il est vrai que la façon dont Heister s’est expliqué sur cette matière , paroît indiquer qu’il avoit quelque doute là-dessus. On diroit qu’il regarde ces corps mollasses des articulations , comme des corps graisseux tels qu’on en trouve dans les interstices de certains muscles,
M. Winslow dit qu’il y a dans les articulations des masses graisseuses par lesquelles les glandes mucilagineuses sont plus on moins augmentées , et il croit que la synovie est formée en j^artie par les sucs que les frottemens expriment de ces muscles graisseux.
iM. Lieutaud a avancé qu’on prétendoit communément que la liqueur qui est dans les articulations , est séparée par des glandes ^
mais que les recherches inutiles quil a faites de ces organes ^ lui font penser ce suc s* exprime au travers des ligamens , comme M. Winslow Fa aussi avancé avec bien d’autres. '
M. Lieutaud ne paroît donc pas croire que les glandes mucila-* gineuses existent. Ce que M. Winslow et M. Heisteront dit de ces glandes lui a-t-il fourni quelque soupçon ? Qu’est-ce qui Fa porté à aller plus loin que les deux autres anatomistes? Pourquoi ne donne-t-il pas des raisons de ce qu’il avance ? Suffi t-il d’avoir pré— venu le lecteur au commencement de son ouvrage , que ses principes sont peu d’accord avec ceux des anatomistes ordinaires ? Voici ce que l’inspection et quelques expériences nous ont appris.
Il J a évidemment de la graisse dans les paquets qu’on trouve dans les articulations, on ne sauroit en douter* il y a meme des endroits où cette graisse paroît semblable à celle qu’on trouve partout ailleurs^ il y en a aussi qui ressemble beaucoup à celle qu’on rencontre dans certains endroits exposés aux compressions externes, comme la paume de la main et la plante du pied^ elle est fort compacte , serrée , et comme grenue.
Il y a outre cela des parties qui paroissent glanduleuses au premier abord, elles sont rougeâtres et comme de petites franges flottantes , selon l’expression de M. Vinslow^ mais il faut avouer qu’elles ressemblent autant aux franges flottantes du colon qu’à des parties vraiment glanduleuses ^ la rougeur ne décide pas que ce soit des glandes jolutôt qu’une sorte de graisse compacte.
Trouve-t-on dans les articulations des parties grenues follicuieuses , vésiculaires qui ressemblent aux glandes conglobées ou conglomérées par leur solidité , par leur couleur et par leur poids? Trouve-t-on beaucoup de nerfs dans ces 23arties comme dans les glandes ordinaires? Voilà ce qu’il n’est pas aisé de décider^ d’ailleurs comment trouver les différences de certaines jjarties graisseuses et de certains corj)s glanduleux?
INôus avons examiné ces parties de toutes les façons^ ce que nous voyions dans un sujet ne ressembloit pas à ce que nous apercevions dans l’autre^ le poids respectif de la graisse, celui des glandes et de cette substance inter-articulaire n’apprend rien , non jdIus que le soin que nous nous sommes donné d’exjjoser des portions de graisse, des glandes et des lambeaux de cette substance inter-articulaire à la pourriture , ]30ur voir si elles souffrir oient les mêmes cbangemens.
Ep un mot , sans nous déterminer à croire que les masses dont il est question ne sont pas des glandes, nous avouons que nous ne sommes pas convaincus qu’elles le soient , nous j)encberions même assez volontiers pour l’opinion de M. Lieutaud • nous attendrons de plus murs examens et des recherches multipliées; mais quel est î’anatomiste qui peut esjjérer d’en faire à ce sujet autant qu’d en faudrait , puisque M. Lieutaud ne termine pas cette question , quoiqu’il ait disséqué douze cents cadavres, comme il le dit luimême? joeut-être n’a-t-il j)as cherché ces corps inter-articulaircs dans tous ces sujets: quel nombre prodigieux d’observations ii’auroit-il pas fait , s’il avoit examiné tant d’articulations!
ANATOMIQUES. i53
Dérailleurs il est fâcheux que cette question , si on veut Texaîiiiner, puisse conduire les anatomistes à de nouvelles disputes sur les glandes , sur leur définition , sur leur nature , sur leur port extérieur , etc.
Tl en est comme de ce que quelques modernes avancent au sujet des corps solides qu’on trouve dans quelques articulations, qu’on a mis jusqu’ici dans la classe des cartilages , et qu’on veut aujourd’hui mettre dans celle des ligamens } faudra-t-il revenir aux définitions des cartilages et à celle des ligamens , et rétablir sur ces matières bien des disputes préliminaires qu’on trouve dans les anciens , et qui arrêtent le lecteur sans rinstruire ni l’amuser?
Quoi qu’il en soit , ces corps inter-articulaires qu’on regarde comme glanduleux , et qu’on fait exprimer par les frottemens , sont fort à l’abri des compressions ; ils sont placés dans des cavités ménagées pour qu’ils aient leur liberté * il j en a quelques-uns qui sont à peine secoués et qui suivent les mouvemens des articulations , sans qu’on sache encore bien évidemment quel est leur usage.
Quant au mucilage qu’on fait séparer par ces glandes, il y a apparence qu’il vient en partie des corps graisseux , comme l’a dit M. Winslow, et en partie des os j et apparemment les ligamens ont dans leur cavité quelques orifices d’où il suinte continuellement une rosée fine comme il en sort de tout autre cavité , etc.
§. XCV. Des sécrétions.
Nous disions au commencement (§. ii) c[ii’après avoir parlé dev^ l’excrétion des glandes , il ne seroit pas difficile d’en venir à ce qui regarde les sécrétions , dont il s’agit de chercher le mécanisme.
Il seroit fort inutile de répéter sur cet article tout ce qu’on en a dit y les physiologistes , comme on le sait , sont très-partagés sur cette matière ] il suffit de dire que les deux opinions principales sont aujourd’hui celle de l’humeur analogue et celle de la disposition mécanique des organes , des circonvolutions , et des diffé— rens diamètres des vaisseaux.
On peut faire bien des objections contre chacune de ces opinions; il paroît qu’on n’avance rien de trop, en disant que les partisans des deux systèmes ne sauroieiit résoudre d’une manière satisfaisante les objections qu’on leur a proposées jusqu’ici.
Ceux qui soutiennent l’humeur analogue ont-ils répondu comme il faut , et sans embarras , à ce qu’on leur oppose sur l’origine de leur humeur placée dans chaque glande? Ontr-ils expliqué d’oh vient que lorsqu’une glande a été imprégnée d’une humeur trèsdifférente de celle qui s’y sépare ordinairement , la sécrétion naturelle s’y rétablit?
D’ailleurs les humeurs changent beaucoup à proportion qu’on avance en âge ; elles sont beaucoup plus douces dans le fœtus que dans les adultes; d’où vient que celle qui fait son séjour dans les glandes ne tient pas de la nature de celles qui sont dans la masse
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des humeurs? El si elle en tient , comment est-elle propre à faire îa séparation des humeurs du fœtus et de l’adulte?
Il paroît aussi que la bile peut fort bien se mêler à l’urine et aux liiimeurs^ par quelle mécanique s’en sépare-t-elle dans les filtres , au moins pour l’ordinaire , et pourquoi passe-t-elle partout quelquefois?
Ceux qu’on nomme mécaniciens n’oseroient soutenir que les glandes qui séparent des humeurs de même nature soient disposées également 3 on sait ce qu’on leur a opposé sur les positions du pancréas et de la glande parotide , et ce que Ruisch a dit des dispositions de tous les différeiis organes.
On sait aussi que les positions des vaisseaux qui vont aux glandes varient’ ceux qui pour expliquer la sécrétion de l’urine dans le rein comptent sur l’angle droit que l’artère rénale fait avec l’aorte, ne sauroient répondre aux observations qui démontrent que cette artère remonte quelquefois des iliacjues , en faisant un angle bien diffé rent d’un droit.
Telles sont à peu près les objections cju’on fait contre les deux sentimens ordinaires sur les sécrétions^ chacun de ceux qui soutiennent un système compte que celui de ses adversaires est renversé par les argumens qu’il propose, et tout le monde convient que ces deux sentimens n’éclaircissent pas beaucoup la cause et le mécanisme des sécrétions.
§. XGVT. Autres objections contre les deux sentimens ordinaires
sur les sécrétions.
Ov peut réduire à ce que nous venons de remarquer tout ce qu’on a dit sur les sécrétions^ nous n’aurions pas même parlé de cette question si nous n’avions eu quelque chose à ajouter qui servira peut-être à l’éclaircir.
Remarquons d’abord qu’on semble négliger dans les systèmes dont nous avons parlé ci-dessus deux choses essentielles , et qui ont un grand rapport avec la principale question j en elfet , on ne parle point de la prodigieuse quantité des nerfs contenus dans chaque glande; on convient bien qu’ils y sont, mais on ne leur donne aucun usage; à peine quelques physiologistes ont-ils dit qu’ils étoient faits pour porter du suc nerveux à la glande , et l’y mêler aux humeurs qu’elle contient.
Mais outre qu’on doit douter des fondemens de cette opinion , on peut avancer qu’il n’est pas vraisemblable que FAuteur de la nature ait voulu perdre tant d’esprits animaux qui n’auroient aucun usage dans les humeurs excrémentitielles , ou qui y seroient portés en pure perte , puisque ces humeurs ne sont faites que pour être rejetées.
Il se peut que les humeurs qui doivent avoir quelque usage , soient vivifiées par des esprits ; mais on ne convient point que celles qui sont rejetées dès qu’elles sont séparées , comme la transpiration , l’urine , et les autres excrémens , emportent avec elles une grande quantité cFim suc si précieux , et dont la fabrique coiile tant. **
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Ainsi nous sommes en droit d’avancer que la quantité des nerfs qui vient aboutir à chaque glande, mérite une attention particulière»
En second lieu , on n’a pas parlé du mécanisme qui fait que les humeurs viennent en grande quantité dans un organe pendant que l’excrétion et la sécrétion se font. On s’est aperçu de la quantité de salive que les parotides séparent dans un repas, mais on n’a pas parlé de la cause qui dirige ainsi les humeurs vers un organe.
En troisième lieu , on n’a pas examiné aussi exactement qu’il le falloit d’oii vient que la plupart des sécrétions sont suspendues , pendant le sommeil , par l’action de l’opium , ou. par quelque irritation un peu forte , etc.
Il paroi t que faute d’y avoir regardé d’assez près, on a négligé bien des circonstances qui éclaircissent le mécanisme des sécrétions , comme nous tâcherons de le faire voir.
XCVII. Remarques essentielles pour ne pas confondre les termes dont nous devons nous servir.
Il est reçu que la masse du sang contient , comme on dit , formellement toutes les humeurs qui en sortent. Cette proposition bien entendue , peut être admise comme un principe sur lequel on peut tabler.
On évitera bien des disputes , si l’on distingue comme il faut ce qu’on peut appeler séparation des humeurs , d’avec ce qu’il faut nommer leur sécrétion. Tous les viscères , toutes les parties , toutes les fibres , sont continuellement humectés par une espèce de vapeur , qui sort sans doute du sang et de ses vaisseaux. Elle s’évapore partout , elle perce tout , et peut-être fait-elle la matière de la transpiration proprement dite ^ mais elle ne doit pas être regardée comme une véritable sécrétion.
Il en est de même d’une humeur aqueuse qui fait , pour ainsi dire , la base de toutes les humeurs , quelles qu’elles soient. Cette espèce de sérosité ou de liqueur aqueuse passe partout , elle pénètre les plus petits vaisseaux , et cependant on ne peut pas dire qu’elle fasse une vraie sécrétion.
Si le sang ne contenoit que des parties purement aqueuses , s’il n’étoit que de l’eau , tous les couloirs , toutes les glandes , tous, les vaisseaux seroient remplis ni plus ni moins , tous |es excrétoires laisseroient échapper la même liqueur , elle passeroit partout j mais former oit-elle ce qu’on doit appeler une sécrétion ? non sans doute.
Cette dernière remarque paroît essentielle : les mécaniciens s’en sont peut-être laissé imposer , pour ne l’avoir pas bien pesée. Ils ont bien vu qu’à proportion que les vaisseaux diminuent, ils n’admettent que des liqueurs plus déliées ; mais est-ce là une sécrétion ?
Il faut y prendre garde , il y a là-dedans une sorte de sophisme : la question de savoir pourquoi de deux liqueurs contenues dans le tronc d’un vaisseau , l’une passe dans une branche et l’autre dans une ramification différente^ non-seulement pourquoi la plus grossière ne jiénètre point la branche la plus menue, ce qu’il est bien aisé d’expliquer ; niais pourquoi la portion des humeurs la
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plus fine n’enfile pas le vaisseau le plus gros : voilà ce qu’il faut examiner , comme nous le dirons encore plus bas.
§. XGVIII. Les sécrétions dépendent de V action des nerfs
des ^glandes.
Nous pensons que les sécrétions dépendent surtout de l’action des nerfs qui se trouvent dans la glande , et que la sécrétion est tout comme l’excrétion , de la part de l’organe , une action particulière qui fait qu’il s’arrange , pour ainsi dire , lui-méme , et qu’il se dispose à séparer une humeur.
En un mot , nous croyons que pour faire une sécrétion proprement dite , il faut , outre les mouvemens ordinaires des humeurs , outre leur circulation , un autre mouvement particulier de la part de l’organe glanduleux.
Donnons les raisons de cette assertion , pour venir ensuite à ce que nous pensons sur la façon dont les nerfs agissent pour faire la sécrétion d’une liqueur particulière.
Stenon avoit dit que les mamelles ont bien des nerfs, pour que l’excréfion du lait soit volontaire. Bergerus croit que les nerfs contribuent à la sécrétion en étranglant un peu les petites veines , afin qu’elles reçoivent moins d’humeur.
On trouve ainsi dans les auteurs quelques passages épars , qui prouvent , si on veut , qu’on a senti la vérité de ce que nous proposons y mais il est évident que , comme je l’ai dit , on a négligé l’action des nerfs dans la sécrétion ^ on n’en parle presque pas communément.
D’ailleurs , il s’agit de voir quelle est la façon dont nous croyons que les nerfs agissent , et quelles sont les preuves que nous employons : on connoîtra aisément la différence de ce qu’on a dit jusqu’ici , et de ce que nous avançons.
§. XCIX. Première preuve de Vaction des nerfs dans les
sécrétions.
Les nerfs qui vont à une glande étant coupés , la sécrétion de cette glande est suspendue. Cette expérience n’est pas aisée à faire nous avons voulu la tenter , et nous avouons qu’elle n’a pas réussi aussi bien qu’on pourroit le penser^ elle est pourtant reçue de tout le monde , et nous ne ‘l’employons qu’après bien des auteurs.
Elle prouve sans doute que les nerfs sont nécessaires à la sécrétion • mais on pourroit dire que ce n’est que comme ils le sont à tout autre partie , pour la faire vivre simplement^ elle n’indique pas que les nerfs aient une action particulière y et c’est là ce que nous voulons prouver.
On pourroit , en entrant dans certaines discussions , soutenir que cette expérience prouve en effet ce que nous avons avancé • mais nous l’abandonnons, si l’on veut^ qu’on en conclue seulement que les nerfs sont nécessaires pour la vie de l’organe glanduleux , cela ne nous regarde point pour le présent , et nous passons à d’autres preuves.