C. Seconde prewe de V action particulière des nerfs dans la
sécrétion.
La quantité des nerfs qui vont se rendre à tous les corps glanduleux, a surpris tous les anatomistes et les physiologistes^ on avoue généralement qu’elle est beaucoup plus grande , sans comparaison , que celle qui va aboutir à tout autre partie , excepté peut-être les yeux et quelque autre organe des sens.
Dire que tous les nerfs d’une glande servent simplement à sa vie , qu’ils ne sont faits que pour que la circulation se fasse comme il faut , c’est avancer une chose sans preuve , et s’exposer à être réfuté par l’inspection seule de tant d’autres parties , qui vivent tout comme lès glandes , et qui n’ont pas autant de nerfs.
On sait aussi que , de toutes les parties du corps , les glandes sont les moins sujettes aux mouvemens auxquels on fait attention communément^ ces organes ont aussi, de l’aveu de tout le monde , très-peu de sentiment.
-A quoi donc seront bons tant de nerfs qui vont aux glandes? Il y en a pour la vie et pour le sentiment de l’organe ^ ce sera , si l’on veut , l’usage de la bonne moitié ^ mais il reste aussi des nerfs pour quelque chose de plus particulier.
Cette seconde partie des nerfs n’est-elle pas employée à faire la sécrétion et l’excrétion de la glande? Cette fonction est quelque chose de très-particulier , outre la vie générale , s’il est permis de parler ainsi , outre le mouvement et le sentiment.
Pourquoi ne pourroit-on pas comparer une glande à l’œil , par exemple? Il vit, il a du sentiment en général, et, outre cela, il a aussi la faculté de rassembler les rayons de lumière ; on peut dire qu’il a la faculté de voir • il existe , quoiqu’il n’exerce pas actuellement cette faculté , etc.
De même une glande vit et existe sans qu’elle fasse actuellement sa sécrétion ^ l’œil a reçu des nerfs pour vivre et pour voir, c’est ce qui fait qu’il en a beaucoup. La glande a de même reçu des nerfs pour vivre et pour faire une fonction particulière qu’elle exerce au moyen d’une partie de ses nerfs; c’est la sécrétion.
CL Troisième preuve de V action particulière des nerfs
dans les sécrétions.
On convient ordinairement que les sécrétions proprement dites sont suspendues pendant le sommeil; or il est reçu que le sommeil vient de l’inaction des nerfs : il faut donc convenir aussi que le sommeil ne suspend les sécrétions qu’en diminuant l’action des jierfs.
En effet , les vaisseaux sanguins vont toujours leur train pendant le sommeil ; la circulation se fait également quelquefois mieux et plus vite , malgré l’inaction de la plupart des nerfs ; mais les sécrétions ne se font pas : il est aisé de conclure que, pour qu’elles se fassent , il faut une nouvelle action nérveuse , tout autre que celle de la vie simple ; car , encore un coup , les glandes vivent ni plus ni moins pendâ^nt h sommeil ^ mais elles n’agissent points
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ou elles n’exercent pas la faculté q^ui leur est propre , et qui ieuf vient des nerfs.
Si l’on trouvoit à répondre à ce que nous avançons sur le sommeil au sujet de la suspension des sécrétions , on n’a qu’à se rappeler Faction du laudanum • il suspend toutes les sécrétions , comme il susiDend bien d’autres fonctions, et on convient qu’il agit surtout en émoussant la sensibilité des nerfs ^ il arrête l’action d’une glande , comme il arrête celle des organes des sens : n’est-ce pas en fixant Faction de certains nerfs , qu’il rend pour ainsi dire immobiles et sans sentiment?
CIL Quatrième preuve de V action particulière des nerfs
dans les sécrétions.
La cause des sécrétions n’est-elle pas la même que celle qui les augmente? Une augmentation de sécrétion n’est, pour ainsi dire, qu’une nouvelle sécrétion jointe à la première; or il est évident que l’action des nerfs augmente la sécrétion. En effet , on n’a qu’à irriter une glande , comme la parotide, on n’a qu’à augmenter l’action des nerfs, la sécrétion augmente jusqu’à un certain point; elle dépend donc originairement de l’action des nerfs.
On pourroit peut-être opposer à cette preuve l’expérience de Lower , qui, après avoir lié les. jugulaires d’un chien vivant, vit augmenter de beaucoup la salive ; nous accordons l’expérience ( ^. Lxxvi) , elle ne conclut rien contre nous.
Il est évident que les veines étant gênées , la sécrétion doit être plus abondante , et peut-être les nerfs agissent-ils un peu en resserrant les veines ; mais il faut bien remarquer que tout ce qui se sépare dans une glande dont la veine est liée , ne s’y sépare pas, à proprement parler , par une sécrétion proprement dite , comme nous le disions plus haut (§. xcv); les vaisseaux sanguins apportent la matière de la sécrétion, mais les nerfs la font venir , ils la retiennent et ils la choisissent , comme nous le dirons dans la suite.