‹ Œuvres complètes de BordeuChapitre 40 sur 96 · XXXIV · texte numérisé non relu

XXXIV

Un filament nerveux pris à part n’est qu’un filament solide composé de parties collées les unes aux autres , et dont l’élasticité , quelque petite qu’elle soit, fait celle de la fibre nerveuse, qui p’o^t pas bien grande, comme on le sait; ce filament nerveux

n’estpolnt placé en ligne droite , au contraire , l’usage des microscopes les plus excellens a appris qu’il étoit replié sur lui-même eu diffé rens sens , aussi-bien que toutes les fibres les moins composées de notre corps qui , lorsqu’on les regarde attentivement , paroissent être des filaraens en zigzag. On doit s’en rapporter , sur cette matière , à l’inspection et à ce qu’en ont dit quelques auteurs de réputation.

üne fibre nervense jointe à ses |')areilles, et engainée dans un prolongement de la pie et de la dure-mère , n’est donc autre chose qu’un composé de petits filameiis solides repliés sur euxmêmes dans presque tous les points , et dont les deux extrémités répondent , l’une à la masse du cerveau , et l’autre à la partie pour laquelle la fibre est destinée y cette fibre souffre des cbarigemens et de la part du cerveau , et de la part de, la partie où elle \ a aboutir. Il s’agit de savoir à quoi ces changemens se réduisent.

Le cerveau, cette masse qui paroît si lourde , ne laisse pas d’avoir quelque mouvement naturellement^ peut-être se dilate- 1-ii et se resserre-t-il alternativement , à peu près comme le poumon y les anciens l’ont soutenu sans aucune preuve : quelques récens n’en ont pas eu davantage pour s’attacher à cette opinion , et même on peut leur reprocher de n’avoir pas profité des découvertes de ce dernier siècle. Si les anciens les avoient connues, il y a apparence qu’ils auroient changé de sentiment , ou au moins il y en auroit parmi eux qui , sans admettre dans le cerveau une sorte de respiration , se seroient contentés de suspendre leur jugement sur cette matière. Ne peut-on pas, en eliet, dire que l’on n’a pas assez examiné cette question pour prendre le jDarti de soutenir que le cerveau se dilate et se resserre alternativement , ou bien pour avancer que cela est absolument faux? 11 faut laisser cette question pour les anatomistes qui voudront se donner les soins nécessaires pour l’éclaircir.

Quoi qu’il en soit, le cerveau a une sorte de mouvement, soit <|u’il lui vienne de son action propre, soit de celle de la dureijière ou de celle des vaisseaux^ peut-être même ces trois causes concourent-elles à donner au cerveau une espèce de ton ou de disposition singulière dont il a besoin pour les fonctions vitales et animales; contentons-nous d’examiner ici l’action des vaisseaux sanguins, à l’égard de toute la masse du cerveau.

Cette masse porte sur la base du crâne; mais elle est soutenue par les grosses artères qui viennent des vertébrales et des carotides , et qui font sous le cerveau une espèce d’entrelassement qui peut fort bien soutenir en partie le poids de ce viscère ; peut-être même ces artères venant à se renforcer dans certains temps , élèvent-elles le cerveau; ce viscère est logé dans une cavité ou une espèce de fond garni de vaisseaux artériels sur lesquels il agit continuellement, et il n’est pas douîeux que de l’acîion des artères et de l’effort du poids du cerveau , ou de la résistance de sa. masse, il ne résulte une espèce (V équilibration ^ les artères en diastole font plus d’effort et soulèvent le cerveau beaucoup plus que lorsqu’elles sont dans leur sis tôle ; car elles résistent moins

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alors J et le cerveau retombe^ ainsi toute la masse du cerveau va et vient oontinuellement , et ces mouvemens ne sont que des se^^cousses réitérées à chaque moment.

Pourquoi regarder ces secousses comme inutiles? Les fonctions ne doivent-elles pas varier suivant que les artères ont plus ou moins de force , et que le cerveau les déprime plus ou moins ^ par exemple, .la veille dans l’état sain , et les insomnies dans l’état de maladie , ne viendroient- elles point de l’effort des artères de la base du cerveau, qu’elles soutiennent toujours comme en l’air; et le sommeil ne vieil droit-il pas de ce que les artères sont vaincues par le cerveau , etc. ?

Il est toujours assuré que le cerveau a un mouvement perpétuel, quel qu’il soit, et il semble qu’on rie puisse pas douter que ce mouvement ne se communique aux fibres nerveuses qui sortent des différentes parties du cerveau ; elles sont en action , à proportion autant que le cerveau lui-même ; elles sont secouées à chaque moment , et ces secousses font des oscillations qui sont plus ou moins fortes dans les nerfs , suivant que ceux-ci sont plus ou moins disposés à les recevoir ; peut-être même y a-t-il des nerfs qui sont placés de manière qu’ils sont toujours en mouvement , au lieu qu’il y en a qui n’y sont que dans certains temps ^ ce qui doniieroit la différence des nerfs vitaux d’avec ceux qui sont destinés aux autres fonctions (i).

Voilà les nerfs continuellement secoués dans leur origine ; ces secousses se communiquent en manière d’ondulations , jusqu’à l’ex-

(i) Comme les nerfs sont les dépositaires du sentiment, il faudroit répéter encore ce que nous avons dit ailleurs ( §. cvi) à l’égard de cette espèce de sentiment propre à chaque partie ; mais qu’est-ce que cette vertu dans les nerfs ? C’est leur vie , une action qui est la suite nécessaire de leur constitution et de leur position. Pourquoi vouloir pénétrer plus avant ? C’est assez que l’on sache que les. nerfs ont une action qui augmente d’autant plus qu’on les irrite davantage ; l’action du cerveau sur les nerfs n’est.qu’une espèce d’irritation qui a sou effet parce que les nerfs sont disposés à la recevoir; car s’ils étoient comme ceux d’un cadavre , ou qu’ils eussent perdu la force qui étoit de leur essence dans le vivant, on la modification que la vie ou l’action des vaisseaux faisoient sur eux , il est évident que toutes les secousses seroient infructueuses ; ou pourroit concluie, dans cette idée, qu’il ne manque aux nerfs d’uu cadavre, pour avoir l’action par eux-mêmes , que d’être mis au ton qui fait la vie ; ainsi les parties du feu qui ii’agisseut pas dans les corps exposés au froid , entrent eu action dès que la chaleur et le mouvement les excitent ; ainsi toute la nature languit sans la chaleur du soleil ; mais dès qu’elle a paru , les végétaux et les animaux vivent et deviennent principes du mouvement ; eu tm mot , il paroît qu’il y a des corps propres à perpétuer et à augmenter le mouvement qu’ils reçoivent d’une cause extérieuro dès que l’impression de cette cause est au degré qu’il faut pour exciter nu preîuier mouvement, qui se conservera, pour ainsi dire, de lui-même jusqu’à uu certain point; au reste, l’actiori que nous supposons être nécessaire aux nerfs pour îes mettre à même d’agir par eux-mêmes , e.'^t bien différente de tons les monvemeu.s que nous pouvons leur donner ; ce n’est qu’une modification enti'e tontes celles qui sont possibles ; comment la reucoiitrer ? Comment imiter la nature ? Prenons encore l’exemple du feu ; ou a beau le faire agir, par exemple, sur un verre métallique mis dans uu creuset , il n’agira jamais comme lorsqu’on 1 appliquera immédiatement ; alors il revivifie le métal, et il est la cause de mille propriétés qu’il acquiert; pourquoi et comment cela arrive t-ii? c’est ce qu ou ne saii pas ; ainsi l’ou ne sait pas quel est le degré d’action ou de chaleur qui vivifie les nerfs , et qui agit sur eux, comme on diroit qu’agit la loi’oe électrique sur un corps , etc.

trémité des nerfs qui re'pondent à toutes les parties ; et ces oscillations continuelles font apparemment cette sorte de mouvement vital qu’on appelle tonique.

Les extrémités des nerfs qui répondent aux organes sont différemment entrelacées avec les vaisseaux de ces parties ; mais elles sont toujours fixées , ce qui les rend propres à recevoir les secousses du cerveau ) peut-être même les vaisseaux qui sont dans chaque partie agissent-ils aussi sur les nerfs en les secouant continuellement , de façon que les fibres nerveuses sont entre deux forces qui les secouent à chaque instant , l’une agissant vers le cerveau, l’autre vers la partie à laquelle elles appartiennent.

La f gure que .nous avons dit qu’elles avoient les rend propres à être allongées et raccourcies suivant le besoin • elles prêtent autant qu’il faut aux différentes secousses de leurs extrémités , et surtout aux plis que doivent prendre les membres dans lesquelles elles passent^ il faut les regarder comme étant dans une espèce de mouvement péristaltique , ou dans des allongemens et des raccoiircissemens alternatifs ; les oscillations vont et viennent , pour ainsi dire , comme un flux et reflux.

L’effet des corps irritans sur les extrémités des nerfs , est d’augmenter les oscillations ou les secousses qui se communiquent jusqu’au cerveau , et cette augmentation d’oscillations donne l’idée de ce qu’il y a de matériel dans la sensation • elle tend plus ou moins les nerfs; elle les excite, suivant la force avec laquelle elle agit, et suivant celle de la fibre nerveuse.

Les nerfs concourent apparemment au mouvement, par une force qui leur vient du cerveau, et qui leur communique des oscillations tout comme le corps irritant le fait dans la sensation.

Les organes glanduleux ont , comme tous les autres , une certaine tension qui vient du mouvement tonique ; ils sont mis en action lorsqu’ils sont irrités , parce que les nerfs acquièrent de la force par l’irritation; mais les glandes agissent pas; elles ne sentent pas même , sans un surcroît de mouvement , sans une force nouvelle , bien differente de la vitaln ; d’où vient-elle cette force? Elle vient de l’origine du nerf; il a urie^àutre tension pour vwre y cette tension est générale , également répandue : il en a une autre pour agir ou pour exercer sa force ; c’est la tension particulière , qui dépend en quelque sorte du cerveau , comme îe mouvement qui fait le matériel de la sensation lui vient de l’organe irrité.

Ln organe a-t-il toujours besoin d’être irrité pour agir , ou bien Tj’a-t-il pas une action indépendante de l’irritation? Nous serions po rtés à croire que tout organe a une action qui lui vient du cerveau , qui est lui-même disposé de manière que ses différentes pàrties ont différens usages, et tendent plus ou moins les nerfs qui leur répondent ; ainsi tout ce qui se passe dans les organes n’est que l’effet et une image de ce qui se passe d’abord dans le cerveau , dans lequel les nerfs de la parotide , par exemple , commencent à être tendus avant que la glande agisse, çt avant même qu’elle soit irritée j ce qu’on peut appliquer ù tou^ les auü’es organes.

En nn mot , nous croyons que les fonctions commencent d’aEorrl, flans le cerveau , qui est partage en autant (le départemens qu’il y a d’organes , et qui est disposé de façon cpi’il excite tel ou tel organe, et telle ou telle fonction , par ce qui se passe à l’origine des nerfs de- l’organe, ce qui peut n’etre que plus ou moins d’ac-' lion de la part d’une certaine portion de vaisseaux sanguins , etc.

En lin , tout cela est bien obscur sans doute, et c’en est déjà trop sur une pareille matière^ il faut avouer que ce que nous avons demandé dans ce § [de trouver la cause des actions particulières des plandes , celle de leurs retours périodiques et celle de leur espece de sentiment) ^ est au-delà de notre portée, au moins jiisc|'u’à ce qu’on ait multiplié les expériences pour coniioître le cerveau , et l’usage de ses dilférentes parties.

§. CXXXI. Les effets des modifications de V âme sur la sécrétion

et sur V excrétion des glandes.

On connoît assez les effets des passions sur les différentes parties du corps ^ elles changent les fonctions et les bouleversent quelquefois comme si elles ne s’exerçoient r|u’aux dépens de la force qui devrait être employée à diriger les mouvemeiis des organes.

îl en est à l’égard des passions comme des autres fonctions particulières , qui , lors({u’elles s’exercent , en suspendent d’autres j les unes suspendent la digestion, les autres font couler les larmes^ il Y en a qui augmentent la sécrétion de la semence ^ d’autres font que la salive inonde la bouche • peut-être même, si on l’exaimlioit attentivement, trouveroit-on que chaque passion a un rapport particulier avec (|uelque organe qu’elle excite ou qu’elle relâche.

il y a apparence que ces rapports viennent de ce cjue les idées , qui ne sont dans le cerveau (prises comme les sensations dans ce qui s’appelle leur matériel) que des tensions ou des vibrations, plus ou moins fortes des fibres de cet organe, se font tantôt dans les fibres qui dépendent d’une partie , tantôt dans celles ciui dépendent d’une autre. Par exemple , l’idée d’un bon mets augmente la sécrétion de la salive ) la seule idée de l’eau augmente (juelquefois la soif, et excite dans certains cas la sécrétion de l’urme • l’idée du vomissement fait soulever l’estomac^ tout cela est bien connu - est-il possible de savoir d’où cela vient?

]Ne peut-il pas arriver cpie l’idée du vomissement se fasse au moyen des fibres dont une extrémité répond à l’estomac , et qu’ainsi les vibrations se communiquent dans toute l’étendue des nerfs? Bien entendu cependant que l’habitude , une autre passion , ou tout autre changement peuvent faire varier tous ces phénomènes.

Jl n’est point douteux qu’il ne restât bien des diflicultés si on entreprenoit de résoudre tous les problèmes qu’on pourroit projioser en suivant ce plan* mais il semble C[ue si on se donnoit la peine de l’examiner comme il faut , on le trouveroit aussi probable que tout ce qu’on peut avoir dit sur cette matière.

Quoi (ju’ïl en soit, les passions n’excitent les glandes qu’en agissant sur leurs nerfs ^ nous Payons pris pour assuré (§. cm) 3 elles

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agissent en donnant aux nerfs la disposition qu’ils doivent avoir pour metlre les organes en action ; n’est-il pas possible de trouver une meilleure explication de ce phénomène?

Les effets de Faction de l’âme doivent donc être comptés pour lieaucoup dans l’explication des phénomènes des sécrétions et des excrétions } cette action est une cause qui doit être ajoutée à toutes celles dont nous avons parlé.

Kous avons considéré jusqu’ici le corps comme une machine qui a ses mouvemens particuliers j Famé par sa présence et par ses" fonctions, change et modifie différemment tous ces mouvemens^ on ne doit jamais la perdre de vue , pour se former une idée juste de l’économie animale.

L’âme , qui est un être spirituel , a-t-elle la force de mouvoir le corps par elle-même , ou n’est-elle simplement que la cause occasionnelle de ces mouvemens? Nous nous garderons bien d’entrer dans cette question , et nous n’en parlerions pas même , s’il ne paroissoit pas à propos de dire ici quelque chose de certaines disputes dont nous aAmns été témoins à Montpellier sur ce qui regarde Faction de l’âme sur les parties vitales , et sur son empire sur les sécrétions et les excrétions • cette histoire , que peu de personnes savent, peut être de quelque utilité^ nous y joindrons ce qu’on trouve sur cette matière dans des auteurs communément peu connus en France.

Il semble qu’on soit forcé d’avouer que les anciens , plus embrouillés sur cette question que sur tout autre , ne savoient pas P quoi s’en tenir sur l’âme • il est en effet aisé de prouver qu’ils ont soutenu, pour ainsi dire, le pour et le contre sur la plupart des questions qu’on peut proposer à ce sujet ^ cela étant, quel fond y a-t-il à faire sur leur témoignage? Pourquoi citer des auteurs qui n’ont pas connu la différence de Fes])rit et du corps?

Stalil s’étâiit aperçu du peu de fondement du système des médecins mécaniciens, a prétendu que l’âme dirige tous les mouvemens du corps , qu’elle pourroit bien l’avoir arrangé elle-même : certains symptômes des maladies ne sont que la colère de l’âme qui se prépare à livrer bataille à la matière morbifique , et que si, comme il n’arrive que trop, l’âme vient à faire quelque faute par mégarde ou même de propos délibéré , ce sont les funestes suites du péché originel qui font que l’âme n’a pas toutes les qualités qu’il faut avoir pour diriger le corps et le bien conduire.

Si on demande d’où vient le mouvement du cœur , c’est Fâmc qui en est la cause , comme celle de la nutrition, et comme elle fait elle-même le choix des humeurs qu’elle sait envoyer à pro-pos à leur destination , par exemple , lorsqu’elle envoie la salive à la bouche , car M.- Stahl s’est expliqué même sur cette question , et il a dit que l’âme a le soin d’humecter la bouche lorsqu’il le faut.

Parmi les disciples de ce grand homme , Nenter Fa suivi avec toute la passion d’un sectaire ; il s’est plaint amèrement de ce que les chimistes et les mécaniciens faisoient tout faire à la matière , et de ce que la pamrc âme , pciuper anima y comme il dit , éloit

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presque absolument oubliée* pour lui il lui a assurément bien donné de Foccupation • il l’a regardée avec toute la franchise possible comme la cause de tout ce qui se passe dans le corps vivant^ s’il est question de la cause d’une maladie , prœsto adest anima J, c’est elle qui fait tout.

Jonker, autre stahlien déclaré , a avancé que l’âme choisit les îiimieiirs pour les diriger vers leurs couloirs , et Alberti l’a fait présider a toutes les tragédies que le foie et la veine-porte excitent dans bien des gens^ Stahl a encore eu beaucoup d’autres disciples dont on peut voir le catalogue fait par Goelzivs.

Il y a des médecins qui ont regardé ce système comme un aristolélisme renouvelé * Cramhe bis coda et Stahl , en cette partie ^ comme digne sectateur de Vanhelmont qui faisoit tout diriger dans le corps vivant à son grand archée ou à ses émissaires , à peu près comme Dolæus qui a placé son cardimelec au cœur, et deux sentinelles de cette espèce dans d’autres parties J ce qui est au moins aussi curieux que les formes plastiques , les esprits de TVillis , etc.

Hoffmann s’est plus d’une fois mis en colère contre le système de Stahl , et il n’a pas ménagé les injures non plus que Heister qui a eu une dispute avec Alberti , et qui a regardé ce que les stahliens ont dit de l’attention de l’ame à envoyer la salive à la bouche comme avancé sans considération , inepte.

Il faut avouer aussi que les stahliens ont bien dit des choses contre les mécaniciens^ Cheine les appelle ignorans et babillards; Haller représente fort joliment Stahl comme iratus mecanicis ^ il étoit en effet continuellement à gronder contre l’application de la mécanique au corps humain ^ il s’est même déchaîné contre l’anatomie.

Haller lui-même n’a pas laissé passer une occasion de mordre les stahliens j il avoit trop d’intérêt à soutenir l’anatomie et les plus petites discussions anatomiques et physiologiques , que son maître Boerhaave avoit pris la peine de détailler en copiant scruj)u.leusement les auteurs , et dont Stahl se moquoit assez librement.

On a prétendu introduire le système de Stahl à Montpellier vers l’année 1787 ; il y a eu pendant six ou sept ans bien des disputes à ce sujet , et on répétoit toujours les mêmes argumens contre les mécaniciens ) il ii’étoit question que de l’aine et de quelques reproches faits aux mécaniciens , et de l’application de certaines lois du mouvement au corps humain.

Parce que les machines que nous connoissons ne sont pas faites comme les corps des animaux , parce qu’une montre ne peut pas d’elle-même augmenter son mouvement , on a conclu que la fièvre dépendoit de l’âme, qui est toujours attentive à repousser tout ce qui peut nuire au corps qu’elle garde avec soin.

On s’est donné bien des peines y on a ramassé tous les calculs des physiciens sur la force du cœur et des artères ; il a fallu travailler à sauver les contradictions qui se présentent entre tous ceux qui ont calculé la force des mouveniens vitaux) il a fallu

t^înfin s’épuiser en recherches physiques , faire des calculs longs et ennuyeux pour prouver que le corps animal n’est pas semblable à une machine artificielle ^ voilà en effet à quoi peut se réduire tout ce qu’on a souvent répété , comme nous l’avons déjà dit.

Messieurs les professeurs de Montpellier ont, pour ainsi dire, gardé le silence , du moins il n’y en a point eu qui ait écrit contre ce système naissant ^ est-ce qu’il n’en valoit pas la peine ? Ou bien s’est-on tu de propos délibéré parce qu’on savoit que le silence est l’écueil de toutes les sectes , et que ceux qui proposent des systèmes singuliers se corrigent , ou du moins se rebutent lorsqu’on ne paroît pas faire attention à ce qu’ils veulent répandre ? Il est pourtant vrai qu’on a souvent mêlé à Montpellier ridiculinn acri dans les disputes qu’il y avoit sur ces matières ^ mais est-ce ainsi qu’il faut procéder en physique et en médecine ? Pourquoi ne pas combattre une opinion qu’on croit ‘mauvaise par de bonnes raisons?

Au reste , il n’est pas possible de savoir pourquoi le système de Stahl a fait peu de sensation dans une fameuse école • peut-on. avancer qu’il semble qu’il n’y ait pas été proposé suivant les principes de ce grand homme? On s’en est, pour ainsi dire, tenu à la simple théorie , et à la discussion de quelques lois du mouvement.

N’est-ce pas là être très-opposé à Stahl y ce grand praticien ne se seroit pas épargné contre ceux qui auroient pris son système de cette façon ^ il auroit censuré , il auroit grondé • il ne parloit que de ce qu’on observe sur les malades 3 il ne vouloit former des médecins que pour en faire des praticiens , et sps disciples légitimes ont porté les choses jusqu’à oser douter de l’utilité des écoles y qu’auroient-ils dit s’ils avoient vu qu’on n’y parloit que de physique , et qu’on citoit à la place de Galien et d’Hippocrate , Borelli et Bernoulli ?

Ce n’est pas à dire que ceux qui seront de bonne foi ne doivent avouer que l’école de Montpellier a des obligations réelles à ceux qui ont tâché d’y introduire cette partie du système de Stahl ; ils ont fait de fort belles dissertations y ils ont réveillé l’émulation des étudians y ils ont tâché de répandre le goût des connoissances physiques et mathématiques^ n’est-ce pas toujours beaucoup , quand même il seroit vrai que toutes ces connoissances sont fort inutiles aux médecins , comme ceux qui suivent le système dominant à Montpellier le prétendent^ odeî^unt et calumniariint quœ non attingere valent , dit quelque part Boerhaave des disputes qui s’élèvent contre bien des découvertes des modernes • n’est-on pas au moins obligé de se mettre à l’abri de ces reproches?

Enfin , les stahliens de Montpellier ont fort bien démontré que le système des mécaniciens ne sauroit se soutenir comme on l’avoit proposé jusqu’ici , et tel qu’on le trouve , par exemple , dans les écrits de Boerhaave , et dans ceux de trois ou quatre de ses disciples qui ont soutenu sa doctrine ; il n’appartient qu’à des génies distingués de s’élever ainsi contre des préjugés reçus , et de s’op-^

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poser an/s: systèmes adoptés par l’école Boerliaavienne ‘ cointilëîit cette entreprise sera-t-elle reçue?

Quoi ([u’il en soit , ce qu’on a publié à Montpellier doit-il être regardé comme le système de Stabl? N’a-t-on pas plutôt adopté les idées de quelques Anglois? N’a-t-on pas fait une sorte d’injure à Stalil en comparant ce qu’il a dit sur l’âme , ou ce qu’il y a de moins intéressant dans tous ses ouvrages , avec ce que les boerhaaviens ont de plus brillant? Il falloit comparer tout le svstème de médecine de Stabl avec celui de Boerbaave ’ quelqu’un n’entreprendra* t-il pas de faire le parallèle des ouvrages de ces deux bonimes illustres ?

Il est inutile d’aller plus loin sur cette matière , elle demanderoit de longues discussions ÿ contentons-nous d’avancer que quoique Stabl et ses sectateurs aient porté aux mécaniciens des coups dont ils auront bien de la peine à. se relever , nous ne croyons pas devoir suivre leurs idées sur ce qui regarde l’action de l’âme.

D’ailleurs ces disputes ne sont-elles pas au moins parfaitement inutiles? La suite du peu de connoissances que nous avons sur les propriétés de la matière? Que diroient les stabliens contre les physiciens qui ont divisé la matière en active et en passive y ou en morte et en vive? Sans parler de nouvelles tournures qu’on poLirroit donner au système des mécaniciens ?

§. CXXXII. U action ou V ejj or t des parties les unes sur les autres.

Tout ce que nous avons dit jusqu’ici prouve assez combien il y a à compter sur les compressions prétendues des glandes ^ ajoutons en finissant que , quoique les glandes ne soient pas comprimées comme on l’avoit pensé , il est assuré que toutes les parties font efforts les unes contre les autres , et ces efforts réciproques les soutiennent dans leurs fonctions , qui doivent nécessairement varier, suivant que la résistance opposée à la partie qui agit parcelles du voisinage, est plus ou moins forte.

L’équilibration qui résulte du concours de tous ces efforts multipliés, doit entrer pour beaucoup dans les causes de la santé. Il est évident que si elle vient à cesser dans une partie , l’exercice des fonctions doit être dérangé tout de suite , comme on voit €j[ue cela arrive par l’application des ventouses, elles n’agissent qu’en rompant l’équilibre dans un endroit , et on sait quel est l’effet qui s’en suit.

Si cette perte d’équilibre arrive par une cause interne , par relâcbement, ou par trop de force , il doit survenir des effets semblables à ceux que causent les ventouses. Cette théorie ne pourroit-elle pas éclaircir celle des tumeurs , et celle de bien des gonflemens dans les différentes cavités?

Il y a des mouvemens qu’on a pris pour des compressions , et qui ne sont faits que pour exciter le jeu des organes. Nous l’avons souvent dit y mais appliquons-le , par exemple , aux viscères du basventre y mille observations prouvent que l’action du diaphragme e,t celle des muscles du bas-ventre font rouler les liqueurs dans les

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vaisseaux des viscères , ou du moins qidiîs accédèrent leur mou vement 3 cela vient-il des compressions simples ? non sans doute , car des secousses latérales sur des vaisseaux, n’aiigmenteut point Fécoulement des humeurs dans leurs cavités ^ mais les vaisseaux ont , comme les glandes , une vie et une sensibilité marquées, dès qidon les touche ils sont irrités ^ on ne saiiroit même concevoir qu’ils soient secoués sans que les nerfs s’en ressentent • ainsi le diaphragme est la cause de l’action des viscères ou de leurs vaisseaux , non point en les comprimant simplement , mais en les excitant et en les agaçant par des secousses multipliées.

Il en est comme des frictions qui favorisent sans doute le mouvement des liqueurs, et qui irritent évidemment une partie sur laquelle on les fait. Il est sûr qu’une friction presse et vide les vaisseaux en les comprimant au premier moment ^ mais elle diminue récoulement continuel , et surtout elle excite toujours les nerfs d’une partie.

Nous venons d’avancer que des secousses latérales sur les vaisseaux n’augmentent point l’écoulement des humeurs dans leurs cavités ’ cette proposition est évidente par elle-même. M. Lamiire , docteur de Montpellier , et maintenant professeur , dont nous avons déjà parié , a fait une expérience qu’il ne faut appliquer au corps Vivant qu’avec les restrictions nécessaires.

Ajustez un tuyau flexible à un réservoir plein d’eau , et vous observerez que le réservoir ne se vide pas plus vite lorsqu’on comprime alternativement le tuyau que lorsqu’on le livre à lui-même. Le même médecin a parlé le premier , à Montpellier , des disputes qu’il y avoit sur l’écoulement de la salive entre les stahliens et les mécaniciens, et de celle qu’ont eue, à ce sujet, Aiherti et Heister. Il a même donné un mémoire à la Société royale des Sciences , contre l’opinion ordinaire^ il s’est servi dans ce mémoire des deux expériences que nous avions faites , et dont nous avons parlé ailleurs ( §. ix et xii ).

On sera peut-être surpris que nous avons tant insisté sur l’action des nerfs ; nous n’avons , pour ainsi dire , parlé que de leurs secousses et de leurs irritations. Les physiciens anatomistes ne conviennent-ils pas unanimement que les nerfs sont la cause de tous les mouvemens animaux , et qu’on ne saiiroit trop les examiner ?

Dirons-nous qu’il seroit à souhaiter que quelqu’un de ces génies heureux , nés pour l’avancement des sciences , vienne un jour à jeter les yeux sur le corps des animaux. .Quel dommage que Descartes ne sût point l’anatomie î Est-ce trop avancer que de dire qu’on ne peut s’empêcher d’admirer le système de Willis , tout faux qu’il est?

Si un grand physicien , secouru des connoissances que les praticiens lui fourniroient , et que les anatomistes ponrroient lui confirmer et lui expliquer, se donnoit la peine de chercher l’ordre des mouvemens du corps humain , il y a apparence qu’il feroit bien des progrès.

Les praticiens n’ont pas le temps d’entrer dans certaines discussions ^ les anatomistes sont occupés des recherches qu’ils font , et

RECHERCHES ANATOMIQUES

les théoriciens ordinaires ne songent jamais qu’aux élémens de l’art , c’est à ceux qui peuvent profiter de toutes les connoissances à en tirer parti.

Il faudroit enfin un Descartes ou un Leibnitz , pour débrouiller ce qui concerne les causes , l’ordre , le rapport , les variations y l’harmonie , et les lois des fonctions de l’économie animale.

Il n’est pas douteux qu’on ne doive s’attacher à connoître les nerfs si on veut avancer dans cette partie. Il est encore un organe singulier, connu de tout le monde , et sur lequel on n’a presque rien dit encore , qui nous paroît avoir des usages bien étendus ; c’est du tissu cellulaire que nous voulons parler • bien des gens nous ont dit qu’ils travaillent sur cette partie. Il est sur au moins qu’il y en a qui le font depuis cinq ou six ans , et qui sont déjà bien avancés. Il n’ont pas fait un mystère de leurs remarques , qu’on a , pour ainsi dire , saisies tout d’un coup ^ mais il ne s’agit pas de quelques vérités éparses , trouvées par hasard ; il faut donner un système raisonné et suivi sur la structure , les liaisons et les usages de cette partie. Voilà ce que dévoient faire ceux qui en ont parlé seulement en passant. Ce qu’ils ont dit suppose bien des vérités ^ ne faut-il pas convenir qu’ils ne les ont pas connues , puisqu’ils n’en ont pas parlé ?

Nous ne saurions mieux finir ces Recherches , qu’en souhaitant qu’on parvienne un jour à faire des progrès dans des connoissances aussi intéressantes. 11 paroît qu’elles peuvent donner une face toute nouvelle aux systèmes de l’économie animale , et fournir des plans bien différons de ceux qu’on suit ordinairement , autant peut-être dans la pratique de la médecine que dans la théorie , dont tant de gens de bon goût se plaignent continuellement.

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