‹ Œuvres complètes de BordeuChapitre 41 sur 96 · RECHERCHES SUR LES CRISES · texte numérisé non relu

RECHERCHES SUR LES CRISES

§. I. Gtalien nous apprend que le mot crise est un terme du barreau que les médecins ont adopté , et qu’il signifie , à proprement parler, un jugement. Hippocrate, qui a souvent employé cette expression , lui donne différentes significations. Toute sorte d’excrétion est, selon lui, une crises il n’en excepte pas même l’accouchement , ni la sortie d’un os d’une plaie. Il appelle crise tout changement qui arrive à une maladie. Il dit aussi qu’il y a crise dans une maladie lorsqu’elle augmente ou diminue considérablement, lorsqu’elle dégénère en une autre maladie, ou bien qu’elle cesse entièrement. Galien prétend , à peu près dans le même sens , que la crise est un changement subit de la maladie en mieux ou en pis y c’est ce qui a fait que bien des auteurs ont regardé la crise comme une sorte de combat entre la nature et la maladie ^ combat dans lequel la nature peut vaincre ou succomber : ils ont même avancé que la mort peut , à certains égards , être regardée comme la crise d’une maladie.

II. La doctrine des crises étoit une des parties les plus importantes de la médecine des anciens : il y en avoità la vérité quelquesuns qui la rejetoient , comme vaine et inutile* mais la jilupart ont suivi Hippocrate et Galien , dont nous allons exposer le système avant de parler du sentiment des médecins qui leur étoient opposés, et de rapporter les différentes opinions des modernes sur cette partie de la médecine pratique.

III. La crise , dit Galien , et d’après lui toute son école , est précédée d’un dérangement singulier des fonctions^ la respiration devient difficile , les yeux deviennent étincelans , le malade tombe dans le délire* il croit voir des objets lumineux^ il pleure, il se plaint de douleurs au derrière du cou , et d’une impression fâcheuse à l’orifice de l’estomac^ sa lèvre inférieure tremble* tout son corps est vivement secoué ^ les hypocondres rentrent quelquefois , et les malades se plaignent d’un feu qui les brûle dans l’intérieur du corps ^ ils sont altérés ^ il y en a qui dorment ou qui s’assoupissent * et à la suite de tous ces changemens , se montrent une sueur ou un saignement du nez , un vomissement , un dévoiement ou des tumeurs. Les efforts et les excrétions sont proprement la crise 'y elle n’est , à parler exactement, qu’un redoublement ou un accès extraordinaire , qui termine la maladie d’une façon ou d’autre.

IV. La crise se fait ou elle finit par un transport de matière d’une partie à l’autre , ou par une excrétion • ce qui établit deux différentes espèces de crises. Les crises diffèrent encore en tant qu’elles sont bonnes ou mauvaises , parfaites ou imparfaites , sûres ou dangereuses.

V. Les bonnes crises sont celles qui font au moins espérer que

Page 1