‹ Œuvres complètes de BordeuChapitre 42 sur 96 · TO · texte numérisé non relu

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]e maîatle sG rétablira* et les mauvaises, celles qui augmentent le danger. Les crises parfaites sont celles qui enlèvent , qui évacuent ou qui transportent toute la matière morbifique ; et les imparfaites , celles qui ne Tenlèvent qu’en partie. Enfin, la crise sûre ou assurée est celle qui se fait sans danger* et la dangereuse est celle dans laquelle le malade risque beaucoup de succomber dans l’effort de la crise même. On pourroit encore ajouter à toutes ces espèces de crises , V insensible , appelée solution par quelques auteurs, et qui est celle dans laquelle la matière morbifique se dissipe peu à peu.

Yf. Cbaque espèce de crise a des signes particuliers , et qui sont différens , suivant que la crise doit se faire par les voies de la sueur, par celles des urines , par les selles, par les crachats, ou par hémorrhagie y c’est à la faveur de ces signes que le médecin peut juger du lieu que la nature a choisi pour la crise.

YII. Les anciens ne se sont pas contentés d’avancer et de soutenir qu’il y a une crise dans la plupart des maladies aiguës , et de donner des règles pour déterminer l’organe ou la partie spéciale dans laquelle ou par laquelle la crise doit se faire ; ils ont cru encore pouvoir fixer le temps de la crise ^ c’est ce qui a donné lieu à leur doctrine sur les jours critiques , que nous allons exposer, en nous attachant seulement à ce qu’il y avoit de plus communément adopté parmi la plupart des anciens eux-mêmes^ car il y en avoit qui osoient douter de la vertu des règles les plus reçues. Ce sont ces règles , qui furent autrefois les plus reçues , que nous allons rapporter. Les voici :

YÎJI. Toutes les maladies aiguës se terminent en quarante jours , et souvent plus tôt 3 il y en a beaucoup qui finissent vers le trentième , et plus encore au vingt, au quatorze ou au sept. C’est donc dans l’espace de sept , de quatorze , de vingt ou de quarante jours , etc. , qu’arrivent toutes les révolutions des maladies aiguës , qui sont celles qui ont une marche marquée par des crises et des jours critiques , ou du moins dans lesquelles ce caractère est j^lus sensible , plus observable.

IX. Les jours d’une maladie dans lesquels les crises se font, sont appelés critiques , et tous les autres se nomment noîi critiques. Ceux-ci peuvent pourtant devenir critiques quelquefois, comme Galien en convient lui-même ; mais cet événement est contraire aux règles que la nature suit ordinairement. De ces jours critiques il y en a qui jugent parfaitement et favorablement, et qui sont nommés principaux ou radicaux par les Arabes^ ou bien simplement critiques , tels sont le septième , le quatorzième , le vingtième. Il en est d’autres qui ont été regardés comme tenant le second rang parmi les jours heureux; ce sont le neuvième, le onzième et le dix-septième. Le troisième, le quatrième et le cinquième jugent moins parfaitement : le sixième juge fort souvent; mais il juge mal et imparfaitement; c’est pourquoi il a été regardé comme un tyran ; au beu que le se})tième , qui juge pleinernent et favorablement , a été comparé à un bon

roi. Le liiiitième et le dixième jugent mal aussi; mais ils jugent ^ rarement. Enfin , le douzième , le seizième et le dix-huitième ne jugent presque jamais — Au reste , tout lecteur entendra parfaitement le sens de ce mot juger, que nous venons d^employer , et qui est technique , s’il veut bien se rappeler la signification propre du mot crise , que nous avons expliquée au commencement de cet article.

X. On voit par ce précis quels sont les bons et les mauvais jours dans une maladie aiguë ; les éminemment bons sont le septième , le quatorzième et le vingtième. Galien dit avoir remarqué dans un seul été plus de quatre cents maladies parfaitement jugées au septième ; et quoiqu’on trouve dans les Epidémies E" Hippocrate des exemples de gens morts au septième , ce n’est que par uii accident rare et' du à la force de leur tempérament ^ qui a fait que leur maladie s’est prolongée jusqu’à ce terme , qu’elle ne de^ voit pas atteindre dans le cours ordinaire. C’est toujours Galien qui parle , et qui veut sauver son septième jour, qu il a compare à un bon prince qui pardonne à ses sujets ou qui les retire du danger , comme nous l’avons déjà observé. Le quatorzième est le second dans l’ordre des jours salutaires; il est heureux , et juge très-souvent ; il supplée au septième ; il a meme mérité de lui être préféré par quelques anciens. Quant au vingtième , il est aussi vraiment critique et salutaire ; mais il n’est pas en possession paisible de ses droits. Archigène , dont nous parlerons dans la suite de cet article , lui a préféré le vingt-unième.

XI. Tous les jours , excepté les trois dont nous venons de parler, sont plus ou moins dangereux et mauvais; ils jugent quelquefois, comme nous venons de le dire ; mais ils ne valent pas les premiers, en tant que critiques ; ils ne sont pas même précisément regardés comme tels; c’est pourquoi on leur a donné des dénominations particulières , et on les a distingués en indices , en zVziercalaires et en vides.

XII. Les jours indices ou indicateurs , qui forment le premier ordre après les trois critiques , et qu’on appelle aussi contem-^ platifs , sont ceux qui indiquent ou qui annoncent que la crise sera parfaite , et qu’elle se fera dans un des jours radicaux : de cet ordre sont le quatrième , le onzième et le dix-septième. Le quatrième , qui est le premier des indices , comme le septième est le premier des critiques, annonce ce septième , qui n’est jamais aussi parfait qu’il doit l’être, s’il n’est indiqué ou annoncé. Ceux cjui doivent être jugés au septième , ont une hjrpostase blanche dans V urine au cpialrieme dit Hippocrate dans ses Apho^ rismes. Ainsi le quatrième est, par sa nature , indice du septième, suivant Galien , pourvu qu’il n’arrive rien d’extraordinaire ; car il peut se faire non-seulement qu’il soit critique lui-même (comme nous l’avons remarqué ci-dessus , et comme il est rapporté dans les Épidémies d’LIippocrate , de Périclès qui guérit par une sueur abondante au quatrième) , mais encore qu’il n’indique rien , soit par la nature de la maladie, lorsqu’elle est très-aiguë, soit par

les mauvaises manœuvres du médecin , ou par quelque autre causo à lac[uelle il ne faut pas s’attendre ordinairement. Enfin, le quatrième indique quelquefois que la mort peut arriver avant le septième ; et c’est ce qu’il faut craindre , lorsque les changemens qu’il excite passent les bornes ordinaires. Le onzième est indice du quatorzième ^ il est moins régulier , moins exact que le quatrième , et, comme lui ^ devientquelquefois critique , et même plus souvent* car Galien a observé que tous ses malades furent jugés au onzième dans un certain automne. Le dix-septième est indice du vingtième ^ mais il perd apparemment cette prérogative pour la céder au dix-huitième , si le vingtième cesse d’être critique, ainsi que nous avons dit qu’Archigène l’a prétendu.

XIII. Les jours qu’on nomme intercalaires ou provocateurs ^ sont le troisième , le cinquième , le neuvième , le treizième et le dix-neuvième. Ils sont comme les lieutenans des critiques , mais ils ne les valent jamais. S’ils font la crise y on doit craindre une rechute : Hippocrate l’a dit nommément du cinquième , qui fut mortel à quelques malades des épidémies. Le neuvième se trouvant entre le septième et le quatorzième , peut être quelquefois heureux : Galien le place entre les critiques du second ordre , et cela , parce qu’il répare la crise du septième , ou qu’il avance celle du quatorzième. Le treizième et le dix-neuvième sont trèsfoibles , le dernier plus encore que le premier.

XIV. Les jours vides , qu’on nomme ainsi , parce qu’ils ne jugent pour l’ordinaire que malheureusement , parce qu’ils n’indiquent rien, et qu’ils ne sauroient suppléer aux critiques, sont le sixième, le huitième, le dixième, le douzième, le seizième, le dix-huitième, etc. Galien n’épargne pas sa rhétorique contre le sixième ; il fait contre ce jour une déclamation véhémente : d’abord il le compare à un tyran , comme nous l’avons déjà rapporté j et après lui avoir dit cette injure , il descend de la sublimité du trope y pour l’accuser au propre de causer des hémorrhagies mortelles , des jaunisses funestes , des parotides malignes , ce en quoi Actuarius n’a pas manqué de le copier. Le huitième est moins pernicieux que le sixième , mais il n’en approche que trop , ainsi que le dixième. Le douzième est , si on peut s’exprimer ainsi , un jour inutile ^ il n’est bon qu’à être compté , non plus que le seizième et le dixhuitième.

XV. Tous les jours , excepté le redoutable sixième , sont , comme on voit., de peu de conséquence , relativement à la figure qu’ils font dans la marche de la nature ^ mais ils sont par cela même très-précieux aux médecins , auxquels ils présentent le temps favorable pour placer leurs remèdes : aussi ces jours-là ont-ils été appelés médicinaux. Ce sont, pour ainsi dire, les jours de l’art , qui n’a presque aucun droit sur tous les autres , puisqu’il ne lui est jamais permis de déranger la nature , qui partage son travail entre les jours critiques et indicateurs , et qui se repose ou prend haleine les jours vides.

XVI. Nous n’ayons parlé jusqu’ici que des maladies qui ne passent

pas le vingtième jour ; mais il y en a qui vont jusqu’au quarantième, jusqu’au soixantième , etc. , qui ont aussi dans la pariie de leur cours qui s’étend au-delà du vingtième , leurs et leurs

jours critiques : de ce nombre sont le vingt-septième , le trentequatrième et le quarantième lui-même , etc. On compte ceux-ci de sept en sept , au lieu que depuis le premier jour jusqu’au vingtième , on les compte non-seulement par sept ou par septe'naires , mais encore par quatre ou par quarténaires. Le septième , le quatorzième , le vingtième ou le vingt-iinième , sont les trois septénaires les plus importans j le quatrième , le huitième , le douzième , le seizième et le vingtième , sont les quarténaires les plus remarquables , et les seuls auxquels on fasse attention. Quelques anciens ont appelé ces derniers jours demi-septénaires ; ils ont aussi divisé les jours , en général , en pairs et en impairs. Les uns et les autres avaient plus ou moins de vertu , suivant que les maladies étoient sanguines ou bilieuses, les bilieuses ayant leurs mouvemens aux jours impairs , et les sanguines aux jours pairs.

XVIl. Il paraît que c’est à ce précis qu’on peut le plus raisonnablement réduire tout ce que les anciens nous ont laissé au sujçt de la différence des jours 5 il seroit fort inutile de relever les contradictions dans lesquelles ils sont tombés quelquefois , et de les suivre- dans toutes les tournures qu’ils ont tâché de donner à leur système. Nous ne nous attacherons ici qu’à parler de quelques-uns de leurs principaux embarras , et ces considérations pourront devenir intéressantes pour l’histoire des maladies.

XVIII. Les anciens 'ne sont pas d’accord sur la manière dont on doit fixer le jour. Qu’est-ce qu’un jour en médecine , ou dans une maladie? Voilà ce quç les anciens n’ont pas assez clairement défini. Ils se sont pourtant assez généralement réduits à faire un jour qu’ils appelaient médical ou médicinal , et qui était de vingtquatre heures, comme le jour naturel. La première heure de ce jour médical étoit la première heure de la maladie , qui , ne commençant pas toujours au commencement d’un jour naturel , pouvait n’être qu’à son second jour , lorsqu’on comptait le troisième jour naturel depuis son commencement, etc.

XIX. Mais il ne fut pas aussi aisé de se fixer à l’égard de ce qu’il faut prendre pour le premier jour dans une maladie. En effet , s’il est des cas dans lesquels une maladie s’annonce subitement et évidemment par un frisson bien marqué , il est aussi des maladies où le malade traîne deux et trois jours , et quelquefois davantage, sans presque s’en apercevoir. On se bornoit, dans ces cas , à compter les jours de la maladie du moment auquel les fonctions étoient décisivement lésées; mais ce moment- là même n’est pas toujours aisé à découvrir. La complication des maladies est encore fort embarrassante pour le compte des jours. Par exemple , une femme grosse fait ses couches ayant actuellement la fièvre; une autre est saisie de la fièvre trois ou quatre jours igprès ses couches ; où faudra-t-il alors prendre le commencement

Sî/Î RECHERCHES

de la maladie ? Hippocrate s’est contredit sur cette matière , et Galien veut qu’on compte toujours du moment de l’accoucliement j ce en quoi il a été suivi par Rliazès , Amatus Lusitanus , etc. Il J en a eu qui prétendoient faire marcher les deux maladies à la fois , et les compter chacune à part. D’autres , tels qu’ Avicenne , Zacutus Lusitanus , etc, , ont distingué l’accouchement contre nature d’avec le naturel, et ils ont pris celui-ci pour un terme fixe et pour leur point de partance dans le compte des jours , en regardant l’autre comme un symptôme de la maladie.

XX. Mais tout cela n’éclaircit pas assez la question , parce que les explications particulières ne sont souvent que des ressources que chacun se ménage pour éluder les difficultés. L’histoire des rechutes , et celle des fièvres aiguës entées sur des maladies habituelles ou chroniques, embrouillent encore davantage le compte des jours ÿ et ce qu’il y a de plus fâcheux pour ce système , c’est qu’une crise durant quelquefois trois et quatre jours , on ne sait à quel jour on doit la placer. Il faut l’avouer , toutes ces remarques que les anciens les plus attachés à la doctrine des crises avoient faites , et dont ils tâchoient d’éluder la force , rendent leur tjoctrine obscure , vague , et sujette à des mécomptes qui pourroient être de conséquence , et qui n’ont pas peu contribué à décrier les cj'ises et les jours critiques. H y a plus , c’est que Galien lui-même est forcé de convenir ( ch. e/. des jours critiques) qu’o?^ ne saurait dissimuler ^ si on est de bonne foi , que la doctrine d’ Hippocrate sur les jours critiques ne soit tres-souvent sujette à erreur. Si cela est, si on risque de se tromper tres-som^ent , à quoi bon s’y exposer en admettant des dogmes incertains? D’ailleurs on trouve des contradictions dans les livres d’Hippocrate , au sujet des jours critiques (ces contradictions ont été vivement relevées par Alarsilius Cagnatus). Ce qu’Hippocrate remarque dans ses Épidémies , n’est pas toujours conforme à ses Pronostics et à ses Aphorismes. Galien a senti de quelle conséquence étoient ces contradictions 'y il tâche d’éluder l’argument qu’on peut en tirer contre son opinion favorite , en disant que les livres des Épidémies étoient informes , et destinés seulement à l’usage particulier d’Hippocrate, Dul aurons va plus loin , et il veut faire croire qu’Hippocrate ii’avoit pas encore acquis , lorsqu’il composoit ses livres des Épidémies , line connoissance complète des jours critiques. Mais à quoi servent ces subterfuges? Tout ce qu’on peut supposer de plus raisonnable en faveur d’Hippocrate , s’il est l’auteur de ces ouvrages dans lesquels on trouve des contradictions , c’est que ces contradictions sont dans la nature , et qu’il a dans toutes les occasions peint la nature telle qu’elle s’est présentée à lui • mais il a toujours eu tort de se presser d’établir des réglés générales: ses Épidémies doivent justifier ses Aphorismes , sans quoi ceux-ci manquant de preuves , ils peuvent être regardés comme des assertions sur lesquelles il ne faut pas compter.

XXL D’ailleurs , Dioclès et Archigène , dont nous avons déjà |jarlé , ne comptoient point les jours comme Hippocrate et Galien ,

ils prélendoiont que le 21 devoit être mis à la place du 20 , d'où il s’ensLiivoit que le 18 devenoit jour indicatif, et que le 2.5, le 28, le 32 et les autres , dans cet ordre , étoient critiques. Diodes et Archigène avoient leurs partisans. Celse , s’il faut compter son suffrage sur cette matière , donne meme la préférence au 21 sur le 20. On en appeloit de part et d’autre à l’expérience et à l’observation ; pourquoi nous déterminerions-nous pour un des partis plutôt que pour l’autre , n’ayant d’autre motif que le témoignage ou l’autorité des parties intéressées elles-mêmes ?

XXII. Nous l’avons déjà dit , les anciens sentoient la force de ces dillicultés , ils se les faisoient à eux-mêmes j et malgré cela , la doctrine des jours critiques leur paroissoit si essentielle, qu’ils n’osoient se résoudre à l’abandonner : ceux qui se donnoient cette sorte de liberté , tels qu’un des Asclépiades , étoient regardés par tous leurs confrères comme très-peu médecins , ou comme téméraires. Cependant Celse loue Asclépiade de cette entreprise , et donne une très-bonne raison du zèle des anciens pour les jours critiques : c’est , dit-il en parlant des premiers médecins qu’il nomme anticjuissimi , qu ils ont été trompés par les dogmes des Pjrtlia,^ goriciens. Il y a apparence que ces dogmes devinrent à la mode , (L[u’ils pénétrèrent jusqu’au sanctuaire des sectes des médecins. Ceux-ci furent aussi surpris de découvrir quelques rapports entre les opinions des philosophes et leurs expériences , que charmés de se donner l’air savant : en un mot , ils payèrent le tribut aux systèmes dominans de leur siècle ; ce qui est arrivé tant de fois depuis , et ce que nous conclurons surtout d’un passage d’Hippocrate , que voici.

XXIII. Il recommande à son fils Thessalus , de s’attacher exactement à l’étude de la science des nombres ; parce que la connais-sance des nombres suffît pour lui enseigner , et le circuit ou la marche des fièvres , et leur transmutation , et les crises des maladies, et leur danger ou leur sûreté. C’est évidemment le pythagoricien qui donne un pareil conseil , et non le médecin. 11 u’eii faut pas davantage pour prouver qu’avec de pareilles dispositions Hippocrate étoit très-porté à tâcher de plier l’observation à la théorie des nombres. L’esprit de système perce ici manifestement ; on ne peut le méconnoitre dans ce passage , qui découvre admirablement les motifs d’Hippocrate dans toutes les peines qu’il s’est données pour arranger méthodiquement les jours critiques. C’est ainsi que par des traits qui ont échappé à un fameux moderne , on découvre facilement sa manière de philosopher en médecine. Voici un de ces traits , qui paroîtra bien singulier sans doute à quiconque n’aura pas donné dans les illusions de la médecine rationnelle. Après avoir donné pour la cause des fièvres intermittentes la viscosité des humeurs , Fauteur dont nous parlons avance qu’/7 est plus difficile de distinguer la vraie cause des fièvres , que d’ en imaginer une au mojen de laquelle on puisse tout expliquer ; et tout de suite il procède à la création de cette cause , il raisonne , et il propose des vues curatives d’après sa chimère, etc.

XXÎV. Quant à Gaîien , qui auroit du être moins attache qu’îîip« pocraie à la doctrine des nombres qui avoit déjà vieilli, de son temps, on peut le regarder comme un commentateur et comme un copiste d’Hippocrate : d’ailleurs , son opinion sur l’action de la lune , dont nous parierons plus bas , et plus que tout cela , son imagination vive , son génie incapable de supj^orter le doute , dubii impatiens , ont du le faire échouer contre le meme écueil. Cependant il faut convenir que Gaîien montre de la sagesse et de la retenue dans l’examen de la question des jours critiques y car , outre ce que nous avons déjà rapporté de la bonne foi avec laquelle il avouoit que cette doctrine pouvoit souvent induire en erreur, il paroît avoir des égards singuliers pour les lumières et les connoissances d’Arcbigène et des autres médecins qui n’étoient pas de son avis. Galien fait d’ailleurs un aveu fort remarquable au sujet de ce qu’il a écrit sur la vertu ou l’efficacité des jours : Ce que f ai dit sur cette matière , je l ai dit comme malgré moi , et pour me prêter aux vives instances de quelques-uns de mes amis : o dieux ! vous sauez ce qui en est / je vous fais les témoins de ma sincérité. J^os , 6 dii immortale s , no^istis ! vos in testimonium voco. On ne sauroit ce semble soupçonner que Gaîien ait voulu tromper ses lecteurs et ses dieux sur une pareille matière y et cette espèce de serment indique qu’il n’étoit pas tout-à-fait content de ses idées ; eut-il pensé qu’elles dévoient ]3asser pour des lois sacrées pendant plusieurs siècles , et qu’en se prêtant aux instances de ses amis intéressés à le voir briller , il deviendroit le tjran de la médecine ?

XXV. C’est donc sur la prétendue efficacité intrinsèque des jours et des nombres , qu’étoient fondés les dogmes des jours critiques : c’est de leur force naturelle cjue les Pythagoriciens tiroient leurs arcanes , et ces arcanes étoient sacrés pour tout ce qui s’appeloit philosophe. On ne peut voir sans étonnement toutes leurs prétentions à cet égard , et surtout l’amas singulier de conformités ou d’analogies qu’ils avoient recueillies pour prouver cette prétendue force ; par exemple , celle du septième jour ou du nombre septénaire , au sujet duquel , dit Dulaurens , les Egjytiens , les Chaidécris y les Grecs et les Arabes , ont laissé beaucoup de choses par écrit. Le nombre septénaire , dit Renaudot , médecin de la faculté de Paris , est tant estimé des Platoniciens , pour être composé du premier nombre impair , et du premier tout pair ou carr'é , qui sont le 3 et le 4 > qu ils appellent mêile et femelle , et dont ils font un tel cas , qu ils en fabriquent V âme du monde ; et c est par leur moyen que tout subsiste : la conception de V enfant se fait au septième jour ÿ la naissance au septième mois. Pant d’ autres accidens arrivent aux septénaires : les dents poussent à sept mois ^ V enfant se soutient à deux fois sept ^ il délie sa langue à trois fois sept; il marche fermement à quatre fois sept ; à sept ans, les dents de lait sont chassées ; à deux fois sept il est pubère ; à trois fois sept il cesse de croître, mais il de—

vient plus vigonreux jusqu’à sept fois Le nom bre sept est

donc un nombre plein , appelé des Grecs d’un nom qui veut dire

veneraLle. Hoffmann n’a pas manque de répéter toutes ces belles remarques , dans sa dissertation de Fato phj'sico et medico.

XXVI. Voilà la première cause de tous les calculs des médecins ^ voilà l’idole à laquelle ils sacrifioieiit leurs propres observations, qu’ils retournoient toujours jusqu’à ce qu’elles fussent conformes à leur opinion, maîtresse ou fondamentale 5 trop semblables dans cette sorte de fanatisme à la plupart des modernes , dont les uns ont tout rappelé à la matière subtile , les autres à l’attraction , à l’action des esprits animaux, à l’inflammation,, aux acrimonies , et à tant d’autres dogmes qui n’ont peut-être d’autre aA^^antage sur la doctrine des nombres , que celui d’être nés plus tard , et d’être par là plus conformes à notre manière de penser.

XXVII. Cette doctrine des nombres AÛeiiîissoit du temps de Galien , nous l’aAmns déjà dit • elle s’usoit d’elle-même peu à peu ; l’opinion des jours critiques s’affoiblissoit à proportion : la théorie hardie et sublime d’Ascîépiade , fort opposée au génie calculateur ou numérique des anciens , si on peut ainsi parler , auroit infailliblement pris le dessus , si Galien lui-même n’avoit ménagé une ressource aux sectateurs des crises. C’est à l’influence de la lune , dont les anciens a\mient aussi parlé aA^ant lui , qu’il eut recours pour les expliquer : il porta les choses jusqu’à imaginer un mois médicalow médicinal , au moyen duquel les révolutions de la lune s’accordant aA ec celles des crises j celles-ci lui paroissoient dépendre des phases de la lune.

XXVIII. I .es Arabes ne changèrent presque rien à la doctrine des crises et des jours critiques ^ ils la supposoient irrévocable et connue , et ils eurent occasion de l’appliquer à la petile-A^éroîe , à laquelle elle ne va pas mal : ils étoient trop décidés en faA^eur de Galien, d’Aétius et d’Oribase, pour former quelque doute sur leur système. Hali-Abbas regardoit le 20 et le 21 comme des jours critiques ^ il semble qu’il toulût concilier Galien et Archigène.

XXÎX. L’astrologie étant doA^enue fort à la mode dans le temps du renouvellement des sciences, elle se glissa bientôt dans la théorie médicinale : il y eut quelques médecins qui osèrent traiter le mois médical de Galien de monstrueux et imaginaire. Alais le commun des praticiens ne renonça pas pour cela à l’influence de la lune sur les crises et les jours critiques : on ne manqiioit jamais de consulter les astres avant d’aller voir un malade. J’ai connu un médecin mathématicien qui, ayant été mandé pour un malade qui aAmit la salh^ation à la suite des frictions mercurielles , ne Amuîut partir qu’après avoir calculé si la chose étoit possible , vu la dose de minéral employé. Ce mathématicien eut été sûrement astrologue il y a deux siècles.

XXX. La lune, disoient les astrologues , a autant d’influence sur les maladies que sur la plupart des changemens qui arrivent dans notre globe 3 c’est d’elle que dépendent les variations des maladies , et la vertu ou l’action des jours critiques. Un calcul bien simple le prouve : si quelqu’un tombe malade le jour de la nouAmlle lune, il se trouA^era qu’au 7 la lune sera au premier quartier,

2i8 recherches

qu’on aura, pleine lune au 14 , et qu’au troisième septe'naire elle sera clans son dernier quartier. D’où il paroîl qu’il y a un rapport évident entre les jours critiques, le 7 , le i4 et le 21 , et les phases de la lune, sans compter ses rapports avec les jours indices. Aussi toutes les maladies Cjui se trouveront suivre exactement les changeniens de la lune , et commencer avec la nouvelle lune, auront-i elles des crises complètes et parfaites.

XXXI. Mais comme il y a beaucoup de maladies qui ne commencent pas à la nouvelle lune , les révolutions de chaque CH[uartier ne sauroient avoir lieu dans ces cas j cependant il y aura toujours, dans les mouvemens de la lune, des révolutions notables c]ui répondront au 7 , au 14 , au 2 1 , au 4 , au 11 et au 17 , ainsi c]ue peut le découvrir tout lecteur assez patient et assez curieux de calculs.

XXXII. Parmi les médecins qui ont déduit la marche des crises de cette cause , il y en avoit qui , ne trouvant pas bien leur compte avec la lune seule , avoient recours à tous les astres , aux signes du zodiaque et aux planètes, qui présidoient chacune à des maladies particulières. Le dirai-je? cette action de la lune, à laquelle \anIlelmont meme n’a osé se dispenser de soumettre son grand archée , et en général les influences des astres sur les corps sublunaires, pourroient peut-être être expliquées assez physiquement,^ ainsi que Richard Méad a commencé de le faire parmi les modernes; ou au moins être reçues comme phénomènes existans dans la nature , quoique non compris. Ce n’est pas qu’il faille ajouter foi aux ridicules et puérils calculs des anciens ; mais on ne peut, lorsqu’on examine les choses de bien près, s’empêcher de se rendre à certains faits généraux , qui méritent au moins qu’on les examine et qu’on doute. On trouve tous les jours tant de gens de bon sens qui assurent avoir des preuves de l’action de la lune sur les plantes, et sur des maladies mêmes , telles que la goutte et les rhumatismes, qu’on ne sauroit se déterminer, ce me semble, sans témérité, à regarder ces sortes d’assertions comme destituées de tout fondement, quelque folles applications que le peuple en fasse. Car de quelle vérité n’abuse-t-on point en physique ?

XXXÏIÎ. Il en est comme des effets ou de l’influence de l’imagination des femmes grosses sur leurs enfans; le peuple les admet : les philosophes , ceux surtout qui oiit une antipathie marquée pour toutes les idées populaires , qui ne sont que les restes des opinions de l’antiquité ; ces philosophes rejettent l’influence de l’imagination des femmes grosses sur leurs enfans ; mais il paroît malheureusement que c’est parce qu’ils n’en savent point la cause. X’est-ce pas pour la même raison à peu près qu’on rejette l’action ou l’influence de la lune et des autres astres sur nos corps? Après tout , pourquoi prendre sans hésiter un ton si décisif contre de.s choses que les anciens les plus respectables ont admises, jusqu’à ce qu’on ait démontré , par des faits constatés , qu’ils se sont trompés autant dans leurs observations que dans les applications

qu’élis en ont faites? On a laissé présider la lune au flux et au reflux de la mer^ comment peut-on assurer après cela que la lune , occasionnant des révolutions si singulières sur la mer , et plus que probablement sur l’air , ne produise pas quelque effet sur nos liumeurs? Pourquoi notre frêle machine sera-t-elle à l’abri de l’action de cette planète ? N’est-elle ni compressible ni attirable en tout ou en partie? La sensibilité animale n’est-elle pas même une propriété qui expose plus qu’aucune autre cette machine dont nous parlons à un agent qui cause tant de révolutions dans l’atmosphère?

XXXIV. Quoi qu’il en soit, Fracastor, qui vivoit au quinzième siècle, fut un des plus redoutables ennemis du système dominant au sujet de Faclion de la lune sur les jours critiques et les crises ; il étoit d’autant plus intéressé à la destruction de ce système , qu’il en substituoit un autre fort ingénieux. Le désir de faire recevoir ses propres idées a fait faire à plus d’un philosophe des efforts efficaces contre les opinions reçues avant lui. On aura peutêtre besoin de l’hypothèse de Fracastor lorsqu’on viendra à discuter la question des crises et des jours critiques, comme elle mérite de l’être ; c’est ce qui nous engage à en donner ici un court extrait.

XXXV. Fracastor part des principes reçus chez tous les galénistes au sujet des humeurs , la pituite , la bile et la mélancolie , qui ont, disoient-ils , différens mouvemens , qui occasionnent chacune leurs maladies particulières, leurs fièvres, leurs tumeurs, etc. C’étoit débuter d’une manière bien séduisante pour des gens qui croyoient à ces humeurs. La mélancolie , ajoute-t-il , qui se meut de quatre en quatre jours, fait que tous les quarténaires sont critiques. En effet, il est vraisemblable que toutes les humeurs pèchent plus ou moins dans la plupart des maladies ; ces humeurs peccantes sont celles dont la nature tâche de se défaire y elle ne le peut, si ces humeurs ne sont préparées, la coction devant toujours précéder une bonne crise : or, la coction de la mélancolie ayant besoin de quatre jours pour être parfaite , puisque la coction doit suivre les mouvemens des humeurs, il suit de là que la crise se fera de quatre en quatre jours y c’est-à-dire , dans le temps du mouvement de la mélancolie , qui , étant la plus épaisse et la plus lourde des humeurs, doit, pour ainsi dire, entraîner toutes les autres lorsqu’elle se meut, et causer une secousse qui fait la crise.

XXXVI. Mais rii limeur mélancolique ne se trouve pas toujours en même quantité , et les autres sont plus ou moins abondantes qu’elle. Ces différences font qu’elle se meut plus ou moins évidemment ou plus ou moins vite , et qu’elle paroi t suivre quelquefois le mouvement des autres humeurs^ et c’est de là que dépendent les différentes maladies, et leurs différentes coctions ou crises : par exemple , les maladies aiguës étant occasionnées par une matière extrêmement chaude , autre que la mélancolie , leur mouvement commence dès le premier jour; au lieu que les humeurs étant lentes et tenaces dans les ilialadies longues, rien

ne force la mélancolie à se mouvoir avant le quatrième jour j et elle se meut au deuxième dans les maladies médiocres , vu le degré d’activité de la matière qui la détermine. Si donc la mélancolie se meut dès le premier jour, les crises seront au quatrième jour , au septième , au dixième , au treizième , suivant le plus ou le. moins de division des humeurs^ si la mélancolie ne se meut qu’au deuxième jour , alors les mouvemens critiques se manifesteront au cinquième , au huitième, au onzième , au quatorzième, au dix-septième, au vingtième j et enfin, si la mélancolie ne se meut qu’au troisième jour , alors le sixième , le neuvième , le douzième , le quinzième , le dix-huitième , le vingt-unième , le vingtquatrième , le vingt-septième et le trentième , seront les jours critiques , qui sont de trois ordres ou de trois espèces , dans l’opinion de Fracastor.

XXXVII. On voit que ce système dérange les calculs des anciens 'y c’est là aussi ce qu’on lui a opposé de plus fort y et la plupart des médecins qui ont succédé à Fracastor s’en sont tenus à admettre les jours critiques à la façon de Galien , en donnant cependant pour causes des crises et des jours critiques , la diversité des humeurs à cuire , la différence des tempérainens , et même l’action de la lune à laquelle on attribuoit plus ou moins de vertu : ils ont établi une de ces opinions mixtes qui sont intermédiaires entre les systèmes , ou qui sont des espèces de recueils ; ressource ordinaire des compilateurs. Prosper Alpin , qu’on doit mettre dans cette classe , mérite d’être consulté , tant par rapport à’ ses observations précieuses que par rapport à ses mouvemens combinés de l’atrabile et de la bile , etc.

XXXAIII. On trouvera tous les auteurs galénistes qui ont travaillé depuis Fracastor, occupés des mêmes questions, et suivant à peu près le même plan , c’est-à-dire , ce que leurs prédécesseurs leur avoient appris. Dulàurens , chancelier de la faculté de Montpellier, et premier médecin de Henri IV, a été un de ceux qui ont donné un»traité des plus complets et des mieux faits sur les crises : il y a dans ce traité des idées particulières à l’auteur qui méritent beaucoup d’attention ; et son exactitude a fait que plusieurs médecins qui ont travaillé depuis lui se sont contentés de le copier ; tel est entre autres , pour le dire ici en passant , le fameux Sennert. Ceux qui ont dit de ce dernier, que Rivière , un des plus grands médecins de son siècle , l’avoit copié et abrégé , auroient pu ajouter que le médecin français n’a fait que reprendre au sujet des crises , ce que Sennert a pris dans Dulàurens^ et que pour le reste , Rivière et Sennert ont puisé dans les mêmes sources , n’ont fait que suivre leurs prédécesseurs dans la plupart, des questions , en cela fort ressemblans à bien des modernes qui se sont copiés les uns les autres depuis Harvé , Yieussens et Baglivi , jusqu’à nos jours.

XXXTX. Les chimistes ayant foudroyé la galénisme et la jilupart des opinions répandues dans les écoles , qui avoient , à dire vrai , besoin d’une pareille secousse, la doctrine des ci'ises se rqs-

Sf'îitît de la fougue des réformateurs. Ce fut en vain qu’ Arnaud de Villeneuve , qui se montre toujours fort sage dans la pratique , se déclara pour les jours critiques , en avançant qu’on passoit les bornes de la médecine , si on prétendoit aller plus loin qu’Hippocrate à cet égard. C’est en vain que Paracelse eut recours aux dilférens sels pour expliquer les crises. Il nest rien^ disoit Van Helmont , toujours en colère , de plus impertinent que la comparaison qu on a faite des crises a\>ec un com bat ^ un vrai médecin doit nécessairement négliger les crises , auxquelles il ne faut point avoir recours lorsqu’on sait enlever la maladie à propos. A quoi servent tant de pénibles recherches sur les jours critiques 7 Le vrai médecin est celui qui sait prévenir ou modérer la malignité des maladies mortelles , et abréger celles qui doivent être longues , en un mot empêcher les crises. J’ai ^ ajoute-t-iU composé, étant jeune , cinq livres sur les jours critiques , et je les ai fait brûler depuis. Il j avoit déjà longtemps que la doctrine des crises avoit été combattue par des clameurs et des bons mots ^ on avoit traité la médecine des anciens de méditation sur la mort. Ainsi Van Helmont se servoit pour lors des mêmes traits lancés par des esprits non moins ardens que le sien ; et ces répétitions ne paroissent pas devoir faire regretter les livres qu’il a brûlés. Il faut pourtant convenir que les expressions ou la contenance de Van Helmont ne peuvent que frapper tout lecteur impartial ^ on est naturellement porté à approuver ou à désirer une médecine héroïque et vigoureuse , qui sache résister efficacement aux maladies et les emporter d’emblée. La doctrine des crises et des jours critiques a un air de lenteur qui semble devoir ennuyer les moins impatiens , et donner singulièrement à mordre aux pyrrhoniens.

XL. Les chimistes plus modernes , et moins ennemis des écoles que Van Helmont , tels que Sylvius-Deleboë et quelques autres , n’ont pas même daigné parler des crises et des jours critiques , et on les a totalement perdus de vue , ou du moins^on n’a fait qu’étendre les railleries de Van Helmont; il faut avouer que la brillante théorie des chimistes , leurs spécifiques et leurs altérans ne pouvoient guère conduire qu’à cela : enfin , les chimistes ont perdu peut-être trop tôt l’empire de la médecine , qu’ils avoienfe arraché à force ouverte à ceux qui en étoient en possession , et qui avoient fait dans l’art une de ces grandes révolutions dont les avantages, et des désavantages sont si confondus , qu’il est bien difficile de juger quels sont ceux qui l’emportent,

XLI. Baglivi parut ; il consulta la nature ; il crut la trouver bien peinte dans Hippocrate : Il est inutile , s’écria-t-iî , de se moquer des anciens et de ce qu’ils ont dit des jours critiques ^

' 'tes , venons au fait. La le mouvement du sang marqué .pour se manifi ster ^ pourquoi les dépurations du sang n auroient-elles pas les leurs? On observera les crises évidemment sur les pajsans

laissons toutes les injures qu on leur a d. fermentation à laquelle on convient que a du rapport, a ses lois , et son temps

c^ui liront pas recours aux médecins ^ et il ne faut pas s^ étonne f cpi elles ne se fassent point lorsqu on les dérange par la multi-^ tilde des remèdes. Il faut pourtant avouer qu il y a des rnalci^ dies malignes dans lesquelles on ne doit pas s’attendre aux codions et aux crises : d’ ailleurs ^ le tempérament du malade , le pajs qu il habite , la constitution de Vannée y et la différence des saisons^ sont cause que les crises ne se font point dans nos paj''s précisément comme en Grèce y en Asie ^ ce que Houllier avoit déjà avancé avant lui.

XLII. La comparaison que Baglivi fait du mouvement des lui” meurs animales avec la fermentation des liqueurs spiritueuses mérite une réflexion : cette comparaison est sortie de l’école des chimistes , et il me semble qu’elle prouve qu’il falloit bien que Baglivi fût persuadé de la vérité des crises et des jours critiques. En effet, l’attachement que Baglivi avoit pour le solidisme y ne permet pas de douter qu’il n’eût fait des efforts pour l’appliquer à la marche des crises. Il nous a fait joart ailleurs de ses essais à cet égard; mais ici il se sert du système des humoristes , soit qu’il voulût les persuader par leur propre système , soit qu’il préférât de bonne grâce la vérité de l’observation à ses explications. Il seroit à souhaiter que tous les médecins imitassent cette candeur ; les exemples de ceux qui ne mettent au jour que les observations qui cadrent bien avec leur système particulier, et qui oublient ou qui n^aperçoivent peut-être pas celles qui pourroient le déranger, ne sont que trop communs. Chacun a sa manière de voir les objets , chacun en juge à sa façon ; c’est pourquoi la diversité meme des systèmes peut avoir ses usages en médecine.

XLIII. Les médecins plus modernes que Baglivi , ceux de l’école de Montpellier qui ont succédé à Rivière , tels que Barbeyrac , qui est un des premiers législateurs parmi les modernes , et qu’un de ses compatriotes , célèbre professeur du dernier siècle , un des C.hâtelains ^^regarde (dans des manuscrits qui n’ont point vu le jour) comme le premier auteur de tout ce que Sydenham a publié de plus précieux, Barbeyrac et ses autres confrères, qui ont pratiqué et enseigné la médecine avec beaucoup plus de netteté , de simplicité et de précision que les chimistes et les galénistes , ont négligé les crises y et n’en ont presque point parlé ; ils ne les ont ni adoptées comme les anciens , ni vilipendées comme les chimistes , auxquels ils n’ont rien reproché à cet égard ; en un mot, ces questions sont devenues pour eux comme inutiles, comme non avenues , et comme tenant aux hypothèses des vieilles écoles. La même chose est arrivée à peu près aux médecins de l’école de Paris (à moins qu’on ne doive en excepter Hecquet qui a tant varié). Ils ont été long-temps à se concilier sur les systèmes, et i! y en a eu beaucoup qui ont paru rester attachés à la méthode de Houllier, Diiret, Bâillon. Ces grands hommes auront assuré à l’école de Paris la prééminence sur toutes les autres de l’Europe , principalement si la doctrine des crises vient à reprendre le dessus, puisqu’ils ont été les restaurateurs des opinions an-

cieîines sur cette matière , et qu’ils ont fondé un système de pratique qui a duré, malgré les chimistes, jusqu’aux temps des Chirac et des Silva.

XLIV. Il y eut dans le dernier siècle , qui est celui dans lequel vivoient les médecins de Montpellier dont je viens de parler, bien des grands hommes , dont Hoffmann cite quelques-uns dans sa Dissertation sur les Crises y qui crurent qu’il étoit inutile de s’attacher à la doctrine des crises dans nos climats , parce qu’elles ne poiivoient pas se faire comme dans les paj^s qu’habitoient les anciens médecins. Ils ne les taxoient point de superstition ni d’ignorance, ainsi que les chimistes^ ils tâchoient de concilier tous les partis en. donnant quelque chose à chacun d’eux. Ces médecins ne doivent donc pas être regardés comme des ennemis des crises , et ils divfèrent aussi de ceux de Montpellier dont il a été question ci-dessus, et qui gardoient un profond silence au sujet des crises.

XLV. On peut placer Sydenham au nombî’^e de ces médecins , c’est-à-dire , de ceux que j’appelle de Montpellier. Tout le monde connoît la retenue et la modération de Sydenham aussi-bien que le penchant qu’il avoit pour l’expectation , surtout dans les commencemeiis des épidémies. Je ne parlerai ici que d’une de ses prétentions , que je trouve dans son traitement de la pleurésie : cette prétention mérite quelque considéi ation • elle est conçue en ces termes : Mediante venœ sectione morbifîca materia penes meiim, est arhitrium , et orificium, a pldebotomo incisiim tracheœ ■vices subire cogilur ; « je peux à mon gré tirer par la saignée » toute la matière morbilique qui auroit dû être emportée par les » crachats ». Ce n’est point ici le lieu d’examiner si cette proposition est bien ou mal fondée- il suffit de remarquer qu’elle paroît directement opposée à la méthode des anciens, ou à leur attention à ne pas troubler la nature. C’est une assertion hardie , qui appuie singulièrement la vivacité et l’activité des chimistes, et de tous les ennemis des crises et des jours critiques : car enfin quelqu’un qui se flatte de maîtriser la nature comme Sydenham , et de lui dérober la matière des excrétions, peut-il être regardé comme son ministre , dans le sens que les anciens donnoient à cette dénomination?

XLVI. Joignez à cette réflexion les louanges que Harris donne à Sydenham pour avoir osé purger dans tous les temps de la fièvre, sans compter la manière dont celui-ci s’efîorçoit cle diminuer la force de la fièvre par l’usage des rafraîchissans dans la petitevérole , et vous serez obligé de convenir que la pratique de Sydenham pourroit bien n’avoir pas été conforme au ton de douceur qu’il avoit su prendre , ni à la définition qu’il donnoit lui-même de la maladie , qu’il regardoit comme un effort utile et nécessaire do la nature. C’est oh j’en voulois venir , et je conclus de là qu’il ne faut pas toujours juger de la pratique journalière d’un médecin par ce qu’il se vante lui-même de faire : tel qui se donne pour un athlète prêt à combattre de front une maladie, est souvent très-

timifle dans le traitement : d’autre côté , iî en est qui vantent leur prudence , leur attention à ne pas déranger la nature , et qui sont souvent ses ennemis les plus décidés. Seroit-ce que dans la médecine comme ailleurs, les hommes ont de la peine à se guider par leurs propres principes? J’insisterois moins sur cette matière , si je n’avois connu des médecins qui se trompent , pour ainsi dire , eux-mêmes , et qui pourroient induire à erreur les gens qui voudroient les croire sur ce qu’ils disent de leur méthode. C’est en les voyant agir vis-à-vis des malades , qu’on apprend à les Lien connoître : c’est alors que le masque tombe.

XLVII. Stahl et toute son école ont eu un penchant très-décidé pour les crises et pour les jours critiques ; leur autocratie les conduisoit à imiter la lenteur et la méthode des anciens , plutôt que la vivacité des chimistes y l’expectation devint un mot , pour ainsi dire , sacré dans cette secte , d’autant plus qu’il lui attira , comme oïl sait, de piquantes railleries de la part d’un Harvée , fameux satirique en médecine. Nenter, stahlien déclaré, a donné l’histoire et les divisions des jours critiques à la façon des anciens. En lin mot, il est à présumer , par tout ce qu’on trouve à ce sujet dans les ouvrages de Stahl et dans ceux de ses disciples, qu’ils aiiroient très-volontiers suivi et attendu les crises et les jours critiques, s’ils n’avoient été arrêtés par la difficulté qu’il y avoit de livrer l’ordre , la marche et les changemens des redoublemeus à Famé , à laquelle ils n’avoient déjà donné que trop d’occupation. Comment oser dire en effet que l’âme choisit les septénaires pour redoubler ses forces contre la matière morbifique , et qu’elle se détermine de propos délibéré à annoncer ces septénaires par des révolutions qu’elle excite aux quartenaires? A dire vrai , ces prétentions auroient pu ne pas réussir ^ il valut mieux biaiser un peu sur ces matières, et rester dans une sorte d’indécision. Nichols a pourtant franchi le pas.

XLVIII. Mais , disons-le puisque l’occasion s’en présente , il seroit à souhaiter , pour la mémoire de Stahl , qu’il se fût moins avancé au sujet de l’âme , ou qu’il eût trouvé des disciples moins dociles à cet égard ^ c’est là , il faut l’avouer , une tache dont le stahlianisme se lavera difficilement. On poiirroit peut-être le prendre sur le pied d’une sorte de retranchement que Stahl s’étoit ménagé pour fuir les hypothèses , les explications physiques et les calculs : mais cette ressource sera toujours regardée comme le rêve de Stahl ^ rêve d’un des plus grands génies qu’ait eus la médecine, il est vrai , mais d’autant plus à craindre , qu’il peut jeter les esprits médiocres dans un labyrinthe de recherches et d’idées purement métaphysiques. L’école de Montpellier auroit été infailliblement entraînée dans cet écueil , sans la prudence des vrais médecins qui la composoient , et sans la sagesse de celui-là même (M. de Lamure) qui y soutint le premier le stahlianisme publiquement , et qui apprend aujourd’hui à ses disciples à s’arrêter au point qu’il faut.

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