XLIX. Hoffmann avance , dan§ la dissertation dont j'ai parlé
SUR LES CRISES. aaS
•ci-dessus , et que M. James a traduite comme tant d’autres du même auteur , qu’il se fait des crises dans les maladies cbro- ^ niques , telles que l’épilepsie , les douleurs et les fièvres intermittentes , ainsi que dans les maladies aiguës. Il répète en un mot ce que bien des auteurs ont dit avant lui • il a recours, pour ce qui concerne les révolutions septénaires, à la volonté du Créateur, ce que quelques-uns de ses prédécesseurs n’avoient pas manqué de faire : il ajoute qu’il est impossible que les parties nerveuses ne soient irritées par la matière morbifique et par les stases des humeurs , et qu’il, arrive par là de certains mouvemens en de certains temps, certi moins, certis temporibus ^ et il appelle cela, pour le dire en passant, reddere rationem crisium , expliquer la manière dont se font les crises. Il donne, à son ordinaire, uncoup de dent à Stalil sur le principe interne , directeur de la vie y il cite Baglivi } il parle des crises dans la petite-vérole et la rougeole. Il avoue qu’il y a des fièvres malignes dans lesquelles on ne sauroit remarquer l’ordre des jours. Il dit enfin cju’il ne faut pas déranger les crises , dans lesquelles il a observé à peu près la marche que les anciens leur ont fixée.
L. En un mot , Hofmann se décide formellement en faveur des crises ; cependant il semble laisser son lecteur dans une incertitude d’autant plus grande , que , lorsqu’il parle du traitement des maladies , telles que l’angine , la fièvre synoque , etc. , il n’observe pas les jours critiques , ou du moins il ne s’explique pas là-dessus. On ne sait donc pas bien clairement s’il faut mettre Hofmann au nombre des partisans des crises , c’est-à-dire , de ceux qui les attendent dans les maladies, ou avec les praticiens qui les négligent, scientes et volente s pour me servir d’une expression de Sydenham , et qui se dirigent dans le traitement des maladies , suivant l’exigence des symptômes. La plupart des anciens attendoient les crises ÿ les chimistes n’en vouloient point entendre parler, non plus qu’Asclépiade , qui assuroit que non certo aut legitimo tempore morhi solvuntur, ni d’autres qui ont traité les idées des anciens de pures niaiseries, nugœ comme disoit Sinapius. Voilà deux partis bien opposés. Il en est un troisième qui tâche de les concilier* Hofmann est de ce dernier. Les médecins qui ne parlent des crises ni en bien ni en mal , font un quatrième parti, peut-être plus sage que tous les autres.
LI. Boerhaave , que nous plaçons ici à côté de Stahl et d’Hofmann , a dit dans ses Instituts (§. 98 1) qu’é/ arrive ordinairement dans les maladies aiguës humorales , et en de certains temps , un changement subit de la maladie , suivi de la santé ou de la mort ^ changement qu on nom 77? e crise. Il dit (§. 989) que la crise salutaire , parfaite , évacuante , séparant le sain du malade , separatio morbosi a sano, est celle qui est.^ entre autres conditions, précédée de la codions il appelle coction (§. 927) Vétat de la maladie dans lequel la matière crue ( c’est-àrdire , celle qui est (§. 922) disposée à -causer ou à augmenter la maladie) est changée de façon quelle soit peu éloignée de Vétat de santé ,
et par .conséquent moins nuisible, et appelée alors cuite, Tl appelle coction parfaite (§. 94^) celle par laquelle , coctio quâ , la matière crue est parfaitement et tres-vite , perfectissimè et citissiuiè , rendue semblable à V humeur naturelle y matière réso^ lue (§. 930) J resoluta , celle qui est devenue tre s-semblable à la matière saine , salubri ; et résolution , l’action par laquelle cela arrive, action qui sera la guérison parfaite , qui se fait sans aucune évacuation,
LU. D'où il paroît, 1°. que par les propres paroles de Boerliaave , la résolution et la coction parfaite sont la même chose , puisqu'elles ne sont l’une et l’autre que l’action par laquelle la matière morbifique est rendue semblable à l’humeur naturelle ou saine , naturali , saîubri • ce qui est bien , à peu de chose près , l’idée de Sydenham , mais ce qui est fort éloigné de celle que les anciens ont eue de la coction ; car ils ont dit que les humeurs étoient cuites , lorsqu elles sont propices à V excrétion. Ils prétendoient que toute coction se fait en épaississant. Hippocrate a dit en termes exprès, {Jfphor. xvj , sections, pronost.) , qu'il faut que tout excrément s’ épaississe lorsque la maladie approche du jugement. Or , ni V épaississement ni la disposition à l’excrétion ne conviennent à la matière de la résolution lorsqu’elle est résolue , resoluta , surtout si , comme le veut Boerhaave , elle est alors devenue tre s- semblable à la matière saine.
LUI. 2°. Il suit de ce qu’avance Boerhaave , que’ la résolution guérissant parfaitement une maladie sans aucune évacuation , la coction parfaite qui lui est analogue pourroit aussi n’être point suivie d’évacuation : ce qui est encore fort éloigné des dogmes des anciens, et d’Hippocrate lui-même, qui prétend que pour qu’une coction soit parfaite , elle doit être continue et universelle y continue , en ce qu’elle doit toujours charger les urines de sédiment blanc , uni et égal y et universelle , en ce qu’elle doit se montrer dans tous les excrémens. En un mot , les anciens n’ont jamais jugé de la coction que par la nature des évacuations , et une coction de la matière morbïfique sans évacuation , ou sans métastase , auroit été pour eux un être imaginaire y car leur soin-tion supposoit des évacuations.
LIV. 3°. Boerhaave même paroît être de cet avis , lorsqu’il avance que la crise parfaite, separatio morbosi a sano , crisis evacuans , doit toujours être précédée de la coction j preuve que ce qui est cuit n’est point simile salubri , crisis débet seqiii coctionem ut bona esse possit (§. 941 , Haller, Comment.). Mais cçtte coction qui doit précéder la crise , selon Boerhaave , ne doit pas être parfaite, car celle-ci ou la coction parfaite est, par la définition qu’il en donne lui-mêine , celle par laquelle la matière crue est rendue parfaitement semblable à l’humeur naturelle. De sarte que la crise parfaite n’est pas précédée d’une coction. parfaite ; ce qui est aussi fort éloigné des prétentions des anciens , et ce qui , à dire vrai , n’est pas bien clair.