TÜ] NOTICE SUR LA VIE
satisfaisant à ce que renferment sur le mécanisme des sécrétions les Recherches anatomiques sur les glandes ^ que Ton doit regarder comme un des plus beaux monumens élevés à la science de l’homme.
Cet ouvrage mit son auteur en rapport avec tout ce que Paris possédoit alors de littérateurs et de savans distingués. Ceux d’entre eux qui s’étoient réunis pour la publication du Dictionnaire encyclopédique l’engagèrent à s’associer à cette grande entreprise, et Ton trouve son nom dans la liste des premiers collaborateurs. Toutefois des occupations trop multipliées ne lui permirent point de continuer long-temps une coopération active, et la part qu’il prit à cet ouvrage se borne à la rédaction de l’article Crise ^ sorte de petit Traité que l’Auteur publia en 174^, au moment où il suivoit avec zèle l’hôpital de la Charité, et y recueilloitles matériaux des ouvrages qu’il fit bientôt paroître sur divers points de médecine-pratique. Aucun médecin de bonne foi ne peut nier que dans un grand nombre de maladies les phénomènes qui les constituent ne paroissent le résultat d’efforts sagement combinés, et tendans au rétablissement de la santé ; que la guérison de ces maladies ne soit ordinairement signalée par des révolutions qui, le plus souvent, ont pour symptôme des évacuations plus ou moins abondantes. Ces évacuations terminent ou jugent la maladie, en sont en un mot la crise , terme qui veut dire jugement.
L’existence des crises ne sauroit donc être mise en problème, du moins dans un grand nombre de maladies ; et personne que je sache ne s’est avisé de contester sérieusement des faits vérifiés par l’observation journalière. Ce n’est pas à l’existence des crises que ne croient point ceux qui pensent que ces changemens favorables ou fâcheux arrivent indifféremment à toutes les époques de la maladie, et nient seulement l’exis-
ET LES OUVRAGES DE BORDEU. k
tence des jours critiques réguliers. C’est parmi ces derniers que notre auteur se range, précédé en cela et suivi par tous ceux qui , comme il le dit lui-méme , en terminant les recherches sur les crises , « sont ini- )) tiés dans cette sorte de médecine philosophique ou » transcendante, à laquelle il n’est peut-être pas bon )) que tous les médeeins populaires, je veux dire cli- » niques, s’attachent (i) ».
Ce fut en cette même année 1753 que Bordeu envoya à l’Académie royale de chirurgie une Dissertation sur les écrouelles, qui fut couronnée ; c’est cependant l’un de ses moindres ouvrages. Partant, de quelques suppositions très-gratuites, l’auteur établit que les pays
(i) Savons et peuple, médecins et malades, tous admettent la doctrine des jours critiques réguliers dans les maladies , doctrine aussi pe‘u fondée que celle des années climatériques , car elle a la même o.rigine. On retrouve évidemment ici l’influence des idées de Pytha'gore , sur le pouvoir des nombres. Les argumens tirés de l’inslabdité des fonctions vitales , quoique tout-à-fait contraires à l’existence des jours critiques réguliers , comme à celle des années climatériqnes , paroîtront moins concluans que les résultats de l’observation.
Élevé dans la doctrine des jours critiques réguliers , ma princqLle étude au lit du malade fut d’abord de vérifier cette tliéorie par l’expérience. Rien à mes yeux ne donnoit une plus haute idée de la médecine , et ne lui assuroit plus d’éclat , que le pouvoir de prédire à quel jour fixe dévoient s’effectuer des changemens notables dans le cours d’une maladie , et quelle époqme prévue d’avance devoit amener la guérison ou la mort ; elle me sembloit atteindre à la certitude des sciences exaefes ; et le médecin qui annonçoit une crise à jour déterminé , me sembloit mériter la même confiance et la même admiration que l’astronome lorsqu’i'l annonce le retour infaillible d’une comète ou de tout autre phénomène céleste , à une époque éloignée , après l’avoir découverte par les lois du calcul. L’observation assidue des fièvres primitives , genre de maladie oh la détermination des jours critiques est , dit-on , la plus facile , me convainquit bientôt de la vanité de ma théorie- Fidèle aux inclinations données par Galien, j’attendois le