NOTICE SUR LA YIE
de montagnes sont ceux où l’on trouve le plus grand nombre d’écrouelleux , et l’attribue aux eaux trop crues dont s’abreuvent les babitans , et à l’air trop pur et trop vierge qu’ils respirent.
Ce n’est point chez les montagnards babitans des hautes sommités que l’on observe les écrouelles, mais bien parmi les babitans des vallées étroites et profondes auxquelles des montagnes élevées dérobent l’influence solaire pendant la plus grande partie du jour. Le fond de ces gorges étroites et profondes est d’ailleurs parcouru par des torrens ou des rivières qui y entretiennent une humidité constante , en sorte que l’influence toute-puissante de l’air , des eaux et des
septième jour avec une impatience mêlée ^inquiétude. Je llattois îe malade d’un changement prochain et favorable. J’allois même jusqu’à promettre , suivant l’espèce de la fièvre et le tempérament de l’individu , une évacuation critique par îe nez , par les sueurs^ ou par les urines; espoir vain et mille fois déçu l Une hémorrhagie nasale terminoit une fièvre inflammatoire au sixième jour , à ce jour que Galien regardoit comme si peu favorable aux évacuations critiques , et comme amenant un si grand nombre de changemens funestes dans le cours des maladies, qu’il l’avoit surnommé îe tyran ; d’autres fois c’étoit une fièvre bilieuse , dans laquelle j’avois annoncé le jugement par des évacuations alvines copieuses au quatorzième jour , et la crise s’effectuoit le treizième par des sueurs abondantes. Je ne finirois point si je voulois parler de tous ces mécomptes , et dire combien de fois les nombres tant célébrés , trois , sept , quatorze , vingt-un , n’ont amené aucun changement. Je m’en prenois alors à la difficulté d’assigner l’instant précis ou avoit commencé la maladie. Une crise enfin survenoit-elle au vingt-deuxième jour , elle avoit été retardée par quelque circonstance accidentelle ; au vingtième , je cherchois et j’indiquois la cause qui pouvoit l’avoir accélérée. Un cîystère, un verre de tisane ou tout autre remède aussi insignifiant , avoit troublé la marche de la nature ; c’étoit à l’art que l’on devoit s’en prendre de cette irrégularité. Je suivois cependant un hôpital dirigé par un professeur habile , partisan éclairé de l’expectation.
{Des Erreurs populaires relatives àlamédecine, a^édit. Chap. lY
ET LES OUVRAGES DE BORDEE. xj
lieux tend à y produire cette espèce particulière de dégénératioR analogue à Fétioîement des yégétaux , en laquelle les écrouelles consistent
Bordeu manquoit d’un titre légal pour exercer la médecine au sein de la capitale : il sentit le besoin de l’acquérir, et quoique reçu docteur à l’Université de Montpellier, déjà connu par des travaux importans et le front ceint d’une couronne académique , il n’hésita point à se soumettre à toutes les épreuves exigées d’un simple élève pour obtenir le grade de docteur dans la Faculté de Médecine de Paris, Trois dissertations latines qu’il composa pour cet objet, et dans lesquelles il cherche à prouver que toutes les parties du corps servent à la digestion , an omnes corpbris partes digestioni opitulentur? que la chasse est un exercice très - salutaire , an venatio cœteris exercitationibus saluhrior ? et que les eaux minérales d’Aquitaine sont trèsuitiles dans le traitement des maladies chroniques , utriim Aquitanice minérales aquœ moj'his chronicis ? rédigées dans le but principal de satisfaire à une indispensable formalité , ne doivent pas être jugées avec rigueur, et assimilées aux autres ouvrages de Bordeu. Dans la première , il considère les changemens qui surviennent en nous pendant le travail de la digestion , comme les agens de cette opération , méprise évidente dans laquelle les effets sont pris pour les causes; dans la seconde, il célèbre les avantages d’un exercice dont personne ne s’avise de contester l’efficacité ; dans la troisième enfin , il fait valoir les puissantes ressources que présentent les eaux thermales des Pyrénées pour la curation des maladies chroniques; mais il ne fait que répéter ce qu’il avoit dit dans plusieurs ouvrages, et que contiennent ceux qu’il publia depuis avec plus de détails,
xij NOTICE SUR LA VIE
Tout doit donc porter à exclure ces trois Dissertations de la collection complète de ses œuvres.
Inscrit parmi les membres d’une corporation où de si brillans débuts lui avoient déjà suscité une foule d ennemis , il ne crut pas devoir désarmer l’envie , qu’irritaient ses succès. Nommé médecin de l’hôpital de la Charité avec le titre d’inspecteur, il tenta de nouveaux triomphes.
Les observations sur le pouls par un médecin espagnol, Solano de Lucques , publiées en anglais par M. Nihell, dont le livre parut à Cadix en 174^ , et fut traduit en françois par Lavirotte en 174^5 fixoient alors l’attention des médecins , et Bordeu surtout s’empressa de les vérifier dans plusieurs années de sa pratique à l’hôpital de la Charité. 11 crut voir que Ton avoit trop (négligé jusque alors cet élément du diagnostic, dont peut-être il s’exagéra l’importance. Les subtilités de Galien lui parurent la cause du discrédit dans lequel étoit tombée l’observation du pouls : ne voulant d’abord faire que de simples additions à l’ouvrage de Solano , étendre ou rectifier quelques points de sa doctrine , il se trouva conduit à écrire un Traité complet sur la matière. Cet ouvrage , prôné jusqu’à l’enthousiasme ou décrié jusqu’à la fureur, au moment de sa publication , a survécu aux louanges exagérées de ses partisans comme aux critiques injustes de ses détracteurs; et le temps , cet arbitre suprême des renommées, lui a assigné sa véritable place dans l’estime des connoisseurs. Tous conviennent que Bordeu tombe dans le défaut tant reproché à Galien , qu’il a même surpassé en distinctions subtiles des diverses sortes de pouls. En effet , le tact le plus délicat et le plus exercé ne parviendroit jamais à apprécier ces nuances fugitives d’après lesquelles notre auteur a établi cette multitude de pouls ,