‹ Œuvres complètes de BordeuChapitre 7 sur 96 · ET LES OUVRAGES DE BORDEU · texte numérisé non relu

ET LES OUVRAGES DE BORDEU

dont ses imitateurs ont porté le nombre jusqu’à quatre cents espèces. Cependant tous aussi s’accordent à recon^ rioitre que les principales divisions reposent sur des fondemens réels, et que les pouls d’irritation et de coction, supérieurs et inférieurs, sont aussi faciles à reconnoître que les pouls spéciaux, et qui indiquent une hémorrhagie nasale, une sueur, ou des urines "critiques. En outre, Bordeii tombe dans le défaut capital d’accorder à l’observation du pouls une importance exclusive. Les lumières que peut fournir Inobservation attentive des battemens du cœur et des artères ne tiendront jamais lieu de celles qui résultent de l’examen et de la comparaison de tous les symptômes de la maladie; et de nos jours les médecins instruits, sans négliger l’observation du pouls, n’établissent le diagnostic ou le pronostic d’une maladie que siuSbobservation de tous ses phénomènes.

Les Recherches sur le pouls rendirent populaire la renommée de l’auteur, et le portèrent, jeune encore (il n’avoit que 34 ans) , au premier rang des praticiens de la capitale. Dès ce moment la jalousie de ses rivaux dépassa toutes les bornes de la décence et de la probité. Bouvart, fameux par l’âcreté de ses saillies, se mit à la tête de ses nombreux ennemis; Bouvart, dont le ^ caractère cadroit parfaitement avec une figure hideuse, et qui portoit au visage une cicatrice difforme , suite d’une blessure qu’il s’étoit faite, disoit Diderot, en maniant maladroitement la faulx de la Mort ; de la critique des ouvrages , il passa à celle de Fauteur , et s’oublia jusqu’à reprocher à Bordeu d’avoir volé des bijoux à un homme de qualité qu’il accompagnoit aux eaux minérales , et qui mourut dans le cours du voyage. Thierri , moins atroce, eut assez de crédit pour faire rayer (1761) le nom de Bordeu de la liste des

:xlv - NOTICE SUR LA YIE

membres cîe la Faculté , et il fallut un arrêt des cours souveraines pour le rétablir dans le pouvoir d’exercer un art où la faveur du public le dédommageoit amplement de l’injustice et des persécutions de ses confrères. IVil prœter imidiam rnedicorum , rien n’est audessus de l’envie des médecins envers leurs confrères; ceux de Bordeu sembloient prendre à tâclie de justifier un provei^be fondé sur des faits aussi faciles à vérifier qu’à expliquer. L’envie est de toutes les professions;

le potier porte envie au potier», dit le plus ancien des poètes , mais dans les unes un intérêt sordide en est le seul motif, tandis que dans les autres les rivaux ne disputent que pour obtenir des succès d’amourpropre et de vanité. Ici les avantages pécuniaires marchent ordinairement de pair avec la célébrité ; il est d’autres professions dans l’exercice desquelles un double prix s’accorde également à la renommée, et pour qui connoît l’animosité des querelles qui s’élèvent entre les peintres, les poètes, etc., les médecins paroissent remplis d’une louable modération. La vivacité de cette guerre prolémique où Bordeu se trouvoit engagé troubla son repos, mais ne le détourna point de ses travaux scientifiques : en effet, c’est pendant le temps des plus furieux débats qu’il publia par fragmens ses Recherches sur la Colique métallique , dans \q Journal de Médecine^ années 1761, 1762 et 1763. Ces fragmens rassemblés forment un ouvrage d’assez longue haleine, où se retrouvent tout le génie de l’auteur , la piquante vivacité de son style , remarquable surtout dans un brillant parallèle entre Asclépiade et Boerhaave, morceau dans lequel la justesse des pensées n’est point sacrifiée à l’éclat du langage. C’est sans doute à la forme sous laquelle Bordeu le publia que cet ouvrage doit son peu de célébrité, et l’oubli com-

Page 1