‹ Œuvres complètes de BordeuChapitre 67 sur 96 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

De la combinaison des différentes especes de pouls inférieurs avec diverses espèces de pouls supérieurs.

Plus on avance dans l’histoire du pouls composé y et plus on trouve des difficultés qui exigent une attention scrupuleuse de la part des observateurs.

Les combinaisons qui ont été décrites dans le chapitre précédent se présentent dans des maladies assez légères ) elles sont moins difficiles à reconnoître que celles dont il est question dans celui-ci , et qui regardent des maladies graves : il y aura encore plus de difficultés à bien tracer les mélanges des différentes espèces de pouls , dont il sera question dans la suite ; mais ces difficultés diminueront à proportion qu’on se former^ l’habitude de faire des observations sur cette matière.

Les causes des variations et de l’instabilité du pouls , les changemens ou les suites qu’elles annoncent, la manière dont il faut les évaluer et les classer pour pénétrer dans les vues ou dans la

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inarclie de la nature , foutes les questions importantes qu’on peut proposer sur cette matière , ne sont pas de ce lieu.

On y trouvera seulement plusieurs histoires de maladies , dans lesquelles le pouls simple prend à différentes reprises des caractères ^ifférens ^ tantôt les pouls inférieurs précéderont les supérieurs et tantôt ces derniers seront suivis des premiers ) le pouls stomacal sera suivi du pectoral ^ à celui-ci succédera le pouls des urines ou le nasal ^ plusieurs espèces de pouls qui se combattront , pour ainsi dire , se feront sentir en même temps , et seront mêlés F un dans l’autre.

En un mot , on verra des exemples dans lesquels il seroit rai-* sonnable de penser que la nature flotte dans une incertitude singulière , en faisant des efforts redoublés pour emporter les embarras qui se trouvent dans les différens organes ^ tantôt elle semble vouloir déterminer la crise par plusieurs organes à la fois j tantôt elle en abandonne un pour s’attacher à un autre , qu’elle quitte ensuite pour revenir au premier qu’elle a entrepris de débarrasser.

Telle est en général la nature , la marche , la bizarrerie des phénomènes des maladies graves , difficiles à conduire à une fin heureuse , et qui ne sont que trop propres à faire échouer les méthodes de traitement qui paroissent les mieux justifiées.

Tous ces phénomènes deviennent ordinairement plus ou moins irréguliers , plus ou moins tumultueux , selon la difficulté de la crise qui se prépare. C’est tout ce qu’on peut avancer ici sur cette matière : il faut se flatter que quelque observateur adroit et hardi parviendra un jour à aplanir entièrement des difficultés que la suite de cet ouvrage pourra rendre moins considérables.

Obs. Fièvre, toux, crachement de sang, douleur vive

vers Fhypocondre gauche ^ le pouls est convulsif trois premiers jours , il paroît se développer un peu après cinq saignées^ au qua'* trième jour il devient "vif, brusque , irrégulier , stomacal ÿ un émétic[ue placé d’après cette indication , procure un vomissement abondant ^ vers le sixième le pouls estplein , redoublé ^ vigoureux , assez égal ; les crachats ne sont plus sanguinolens , ils deviennent épais les deux jours suivans.

Vers le neuvième jour le malade sentit tout d’un coup dans Fhypocondre gauche une espèce éé éclat , qu’on peut regarder comme une prompte détente de quelques parties des intestins. Le pouls devient ensuite inférieur , intestinal , h pulsations inégales , dures et arrondies , avec des intermittences : les crachats sont presque supprimés , le ventre coule abondamment à la suite d’un léger purgatif donné au onzième jour • les évacuations durent naturellement jusque vers le treizième ^ le pouls redevient pectoral y on trouve quelques rebondis s emens , les crachats redeviennent sanguinolens 5 il sort du nez beaucoup de matières muqueuses légèrement teintes de sang • et vers le seizième , le pouls étant pectoral bien décidé et bien fixe , les crachats sont cuits et viennent en abondance 3 le malade entre en convalescence vers le vingt-cinq.

Obs, CVÏ. Le pouls est irrégulier , un peu arrondi , assez.

SUR LE POULS. ^ 3i7

fréquent vers le quatrième jour, dans un malade qui a un vomissement spontané : ce vomissement fut suivi deux jours après d’une douleur sourde à Thypocondre droit y on fit deux saignées du bras ; le vomissement cessa, le pouls fut moins dur , moins inégal , et parut se concentrer.

Le malade fut très-jaune vers le septième ^ deux jours après le pouls se développe un peu , il est irrégulier , plus sautillant , il paroît annoncer un dévoiement , qui cependant ne vint que plusieurs jours après ) vers le onzième le pouls est pectoral et un peu rebondissant ^ il y a des crachats épais et abondans y au quatorzième le pouls redevient intestinal y et vers le vingtième il y a de copieuses évacuations qui terminent la jaunisse, pour laquelle on avoit toujoui’s continué l’usage des apozèmes plus ou moins purgatifs ; après ces évacuations le pouls est de nouveau pectoral ^ le malade crache beaucoup jusque vers le trente, et la maladie ne paroît pas bien jugée.

Obs. CF'II. Erysipèle au visage avec fièvre considérable dans un jeune homme de forte constitution. Le pouls ne se développe que foibleraent vers le quatrième jour, après cinq saignées; on sent de temps en temps dans l’artère quelques rebondis semens bien marqués • il y a aussi plusieurs pulsations un peu arrondies dans lesquelles l’artère paroît trembloter , mais avec une roideur remarquable , et le malade a de fréquentes envies de vomir y on lui donne l’émétique le sixième • le soir de ce jour-là le pouls est , après un vomissement abondant , plus fort , plus développé , rebondissant presque de trois en trois pulsations ^ le malade saigne du nez la nuit suivante ; ce saignemen^ura quelques jours , et fut en diminuant, ainsi <pie\e rebondissement. Pendant ce temps-là le pouls devint sautillant , irrégulier , avec quelques intermissions ^ il y eut des grouillemens considérables , la bile coula abondamment à la suite d’un léger purgatif ) les apozèmes laxatifs , que le malade vomissoit avant que le pouls fut devenu intestinal , passèrent aisément et entretinrent l’écoulement de la bile : vers le dix-huit , le pouls qui n’avoit cessé d’être un peu rebondissant de temps en temps , devient égal , mou, redoublé , pectoral: toutes les évacuaUons cessent , excepté l’expectoration qui fut fort abondante. Il y a pendant cette expectoration quelques changemens dans le pouls, qui dénotent le pouls de la sueur; aussi vient-elle toutes les nuits , et elle dure , ainsi que l’expectoration , jusqu’au vingthuit : le malade se flatte d’être en convalescence ÿ la maladie paroît cependant mal jugée.

Obs. Fièvre aiguë avec une disposition inflammatoire

dans le bas-ventre : le pouls est les premiers petit , concentré ,

fort convulsif. Il se développe vers le sixième après plusieurs saignées ; bientôt il devient irrégulier avec quelques intermittences ^ c’est-à-dire intestinal. Il y a des pulsations brusques , un peu arrondies , tremblotantes , ce qui constitue le pouls propre à l’effort de l’estomac : le pouls se soutient dans cet état à peu près jusque vers le neuvième , le malade vomit les remèdes appropriés qu’on

3i8 ÎIECHERGHES

lui donne j vers le diXj on trouve quelques pulsations for te s, pleine redoublées , c’est-à-dire , un commencement de pouls pectoral y neanmoins le vomissement continue , ainsi que le pouls qui lui est propre , et qu’on découvre dans les intervalles du pectoral et de Y intestinal ^ les évacuations critiques du ventre paroissent vers le quatorzième ; les jours suivans il y a des crachats épais ^ un peu cuits 3 mais il reste toujours dans le pouls une certaine roideur j un caractère éi irritation qui indique que l’estomac est encore dans un état d^efFort y il survient vers le dix-huit un vomissement spontané dans l’effet d’un purgatif très-doux , et jusqu’au vingt le malade vomit à cinq ou six reprises 5 du vingt au trente le pouls demeura tendu , concentré y non critique ; le malade se trouva pendan t ce temps-là dans un état d’abattement qui faisoit voir que la ma-^ ladie n’étoit pas bien jugée.

Obs. CIX. Rhume négligé dans un jeune homme bien consth tué; les crachats sont abondans , le pouls est plein, redoublé , pectoral ^ le malade mange et boit beaucoup malgré cet état ; Ü a une indigestion suivie d’un vomissement qui dure pendant deux jours à différentes reprises; le pouls est , durant le vomissement et jusqu’au quatrième jour de l’indigestion , serré , irrégulier ^ tremblotant , inégal , c’est-à-dire , stomacal. Il se développe en-* suite , et il devient vers le sixième jour intermittent , irrégulier ^ intestinal : on y trouve des pulsations du pouls pectoral - il y en a qui semblent décimer par gradations , à la manière du pouls des urines. Le malade , à qui on avoit donné beaucoup de potion huileuse , a des évacuations bilieuses assez considérables vers le neuvième , et en même temps les urines coulent en grande quantité ; on donna alors un léger purgatif qui purgea très-bien : les jours suivans le pouls redevint pectoral , et l’exjDectoration se rétablit. 11 y a cependant dans le pouls , quoique pectoral , un carac- - tère àl irritation qui fait soupçonner une suppuration dans la poitrine ; les crachats deviennent en effet puviformes , et le malade tombe en fièvre lente peu de temps après.

Obs. ex. Fièvre et douleur habituelle au rein droit , à la suite d’une suppuration dans cette partie. Le malade mange pendant quelques jours plus qu’à son ordinaire ; la fièvre augmente considérablement , le pouls est tres-serré et ires-vif les premiers jours; il se développe après quatre saignées , il devient ensuite intermit-^ tent , et en même temps pectoral: il y eut des évacuations abondantes par l’effet de deux onces de manne données le septième et vers le neuvième ; il eut de la toux qui fut suivie de quelques crai chats assez épais ; les urines sont en petite quantité ; la douleur du rein se réveille vers le onzième ; le pouls devient un peu plusvif , serré , irrégulier , et il y a des pulsations qui ont l’espèce de déclin propre au pouls des urines; elles coulent très-abondamment vers le quatorzième , elles sont chargées d’une matière purulente , et le malade rentre dans son état habituel j excepté que le fonds de fièvre demeure plus considérable.

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