CHAPITRE XXL
Du pouls des réglés et des hémorrhoïdes , combine a^^ec celui des autres hémorrhagies > et principalement ai’ec le nasal.
a déjà vu que le rebondissement fait le principal caractère des différens pouls qui précèdent les hémorrhagies (i) • cette vérité " trouvera un nouvel appui dans les remarques suivantes.
Le rapport des vaisseaux veineux de l’intérieur des narines , avec ceux des viscères du bas-ventre, est démontré par les observations journalières des praticiens : on peut avancer que la découverte de la circulation du sang a fait trop négliger l’attention particulière que méritoit ce rapport ^ la découverte de la circulation est une lumière éclatante , qui paroît avoir plus ébloui qu’elle n’a éclairé ; la plupart des modernes, fondés sur une vérité aussi bien établie , ont cru qu’ils ne dévoient rien admettre que ce qui se trouveroit conforme à cette vérité^ toujours prévenus contre les opinions de la vieille médecine *, ils ont rigoureusement mis à l’écart tout ce .que les lois de la circulation n’embrassoient pas.
Stahl et ses disciples, pleins de leur système de V âme ojwrière de toutes les fonctions , se sont placés entre les anciens et les modernes ^ iis croyoieiit peut-être que les lois de la circulation pourroient soustraire la marche des liqueurs aux conséquences de leur théorie ; c’est pourquoi ils se sont particulièrement attachés à recueillir et à faire valoir tous les faits qu’ils ont jugés propres à infirmer les lois connues de la circulation.
Si on faisoit une exacte comparaison des observations des anciens sur cette matière , avec les conséquences qui suivent nécessairement de la théorie des modernes , on ne manqueroit ni de raison nemens , ni de faits d’anatomie et de pratique , pour former contre cette théorie des difficultés très-considérables.
En effet , s’il est vrai qu’il y ait entre les extrémités des artères et celles des veines , des vaisseaux de communication , ou plutôt que ces extrémités cjui se joignent les unes aux autres , fassent tantôt la fonction d’artère , tantôt celle de veine , c’est-à-dire que les humeurs s’y meuvent suivant des déterminations particulières des oscillations , on aura tout d’un coup une très-grande quantité de vaisseaux , dans lesquels les mouvemens progressifs des humeurs ne suivent pas toujours les lois ordinaires de la circulation.
Si on fait ensuite attention au grand nombre d’anastomoses , ou de branches de communication qui se trouvent entre les différens vaisseaux , tant artériels Cj[ue veineux , et qu’on suppose , comme cela paroît naturel , que ces anastomoses ne peuvent servir qu’à fournir aux humeurs des routes pour aller et venir , Jluer et rejluer , on soustraira encore une très-grande quantité de vaisseaux aux mêmes lois de la circLÜation.
Enfin , si tout le tissu muqueux , ou la substance cellulaire , n’est qu’un corps homogène , gélatineux , plus ou moins épais , partagé en une très-grande quantité de petites couches concentriques et
(t) Voj/ez ctiap. XIV.
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excentriques , et qui n’est clans le fond que le même corps muqueux C[ue les chimistes trouvent fort abondant dans les plantes dont les animaux se nourrissent ^ si ce tissu muqueux dépourvu de vaisseaux , et même de fibres proprement dites , est disposé et étendu dans les animaux, de manière que les liqueurs qu’il contient puissent y être mues en tout sens ^ il faudroit convenir encore que les lois de la circulation n’ont pas lieu dans le tissu muqueux ou cellulaire , qui fait à lui seul au moins la moitié du volume du corps.
Or j diroient les partisans des opinions et des observations des anciens , la plupart des changemens dans les maladies , les stagnations des humeurs, les œdèmes, les ecchymoses , les inflammations , les gangrènes , les suppurations , les cicatrices , les obstructions , les métastases , les jlux séreux , les jliix muqueux , les révolutions dans les mouvemens de la matière de la transpiration, les résolutions des tumeurs ; tous ces changemens qui sont des causes ou des efl'ets de la plupart des maladies , ont précisément leur siège dans le tissu muqueux ou cellulaire y dans ces derniers vaisseaux cfui joignent les veines aux artères , dans les réseaux infinis formés par les communications des vaisseaux qui font les anastomoses.
On ne sauroit déduire aucun de ces changemens des seules lois de la circulation. Rivière n’auroit donc pas si mal rencontré , en jugeant de ce qui lui étoit connu de la circulation, que cette découverte ne sauroit être d’une certaine utilité dans la pratique de l’art.
Il seroit par conséquent bien diflicile de condamner légitimement ceux des modernes qui ont su se tirer de la foule des auteurs acharnés à dépriser les anciens, à cause de l’iguorance oh ils étoient de la circulation , et ne regarder cette circulation que comme un fait particulier de physiologie.
En ne jugeant Hippocrate que comme anatomiste , on ne pourroit , à la lecture du chapitre cinquième de son livre de la Nature humaine , que perdre beaucoup de la vénération qu’on a pour lui : cette distribution des vaisseaux par laquelle il veut établir des communications entre la tête , le tronc et les extrémités , n’est , telle qu’il l’a dépeinte, qu’une pure fiction.
Mais en ne considérant Hippocrate que comme observateur, cette fiction même devient , comme bien d’autres endroits fle ses ouvrages , comparable à ces antiques qui expriment la nature avec tant de force et de vérité.
Lorsque Hippocrate imagina cette distribution des vaisseaux , c’étoit sans doute d’après des récits de ces mélancoliques sujets aux hémorrhoïdes. Il est probable qu’ils disoient alors comme aujourd’hui , qu’ils sentent le sang monter des entrailles à la tête avec une sorte de véhémence , quils le sentent s'arrêter dans les lombes , monter ensuite le long de l’épine du dos jusqu à la tête y et aller former un embarras qui les met comme dans une espece d’ivresse. D’ autres fois ils croient sentir la tete qui se débarrasse y et le sang retourner le long de l’épine du dos droit aux vaisseaux hémorrlioïdaux y et j’ produire le flux critique dont ils se sentent si soulagés.
Ces phenomenes ne sont déduits aujourd’hui que des désordres des oscillations nerveuses , qui en sont , il est vrai , la principale cause déterminante ; mais le désordre de ces oscillations n’explique pas suffisamment l’inégalité de la distribution du sang en ces momens-là : ce n’est qu’en considérant l’union des Veines de la tête et du tronc , avec le sinus de la tête et de l’épine ^ qu’on peut parvenir à concevoir clairement les raisons de ces phénomènes.
Il résulte de toutes ces remarques ^ qu’en rapprochant les faits qui en sont l’objet , et en cherchant à les ramener à des lois dont ils puissent dépendre , il faut nécessairement considérer le terne veineux , ou l’ensemble de toutes les veines , comme étant particulièrement assujetti aux oscillations nerveuses, et faisant un corps à part , un organe particulier , qui a des mouvemens propres et variés , suivant les circonstances.
Ces réflexions seront justifiées par la plupart des observations rapportées dans la suite de ce chapitre.
Obs. <7X7. Un jeune homme bilieux, sec et mélancolique ^ sujet au flux hémorrhoïdal , en a le pressentiment par une espèce d accablement general , ou il se trouve quelque temps avant que ce flux arrive ; cet accablement est promptement suivi d’une Violente douleur de tête , qui ne cesse que par l’écoulement du sang hémorrhoïdal , et par un léger saignement de nez qui termine ordinairement l’attaque d’hémorrhoïdes.
Le pouls, deux ou trois jours avant la détermination du flux hémorrhoïdal, se trouxe élevé , fréquent , irrégulier , avec quelques rebondissemens évidens ^ V élévation n est jamais complète : on sent toujours une dureté particulière de V artère ^ l’irréo-ularilé n est pas aussi marquée que dans le pouls qui annonce le dévoiement ^ cest-à-dire que l’artère ne fait point de petits sauts brusques, et fort différons des diastoles ordinaires. Ce pouls tient évidemment du pouls inférieur , et semble composé de toutes les espèces de pouls de celte classe : aussi les entrailles sont-elles dans un mouvement considérable , et cet orage finit par le flux hémorrhoïdal.
A proportion que le flux vient à son déclin , le pouls s’élève il devient supérieur, les rebondissemens sont fréquens, et le saignement de nez succède à ces phénomènes j après quoi le pouls reprend son égalité et sa souplesse naturelle j il y reste pourtant toujours une consiriction particulière avec un peu à’ irrégularité. Il y a donc dans les paroxysmes dont il est question , un mélange du pouls inférieur et supérieur, savoir , du pouls des Jiémorrboides avec le nasal.
Obs. CXII. Un vieillard sujet aux hémorrhoïdes avoit dans une attaque le pouls dur , inégal , fréquent , assez dilaté , quoique tremblotant , avec quelques rebondissemens légers : un violent mouvement de colère , qui fut suivi de beaucoup d’eflbrts inutiles pour vomir, rendit d’abord le pouls plus petit, plus vif, moins inégal ^\e flux hémorrhoïdal cessa; deux jours après le pouls devint trèsffort et rebondissant à chaque pulsation. Ce fut le
prélude (Vime attaque de plirénésie qui arriva peu de temps après , pendant laquelle il sorloit quelquefois un peu de sang du nez : ce qui paroissoit de bon augure aux assistans , parce qu’ils prétendoient avoir vl le malade presque toujours saigner du nez sur la fin de ses attaqi es d’iiémorrlioïdes. 11 ne fut pas possible de rétablir récoulemenl des tiémorrhoïdes , ni de le suppléer par une grande quantité de saignées et par d’autres remèdes qu’on fit en très-peu de temps : le malade mourut d’apoplexie.
Obs. CXTII. Une fille âgée de vingt-cinq ans , assez bien réglée quant au temps périodique , n’a presque jamais ses règles qu’elles ne soient précédées ou suivies d’un saignement de nez. Le pouls devient toujours dans ce temps-là dur , tremblotant , irrégulier ^ fréquent et rebondissant ; moins il y a de rebondi ssemeîis , et moins la malade saigne du nez ; si les rehondissemeiis prennent le dessus , presque toute la crise ou l’évacuation se passe en saignement de nez.
Obs. CXI Une jeune fille qui n’est pas encore réglée , est sujette à de fréquens saignemens de nez : le pouls est pendant ce teiïYŸS-Vo. plein y fort et rebondissant ; il tient même habituellement de ce caractère. Les règles ayant enfin paru, le pouls est devenu inoms, fort y plus inégal y avec des rebondissemens fréquens. Il y a eu pendant les premiers mois des règles , plus ou moins de saignement de nez , selon qu’elles étoient plus ou moins abondantes ; quelques mois après les saignemens n’ont pas reparu , et le pouls qui annonce les règles , n’est plus que légèrement rebondissant , dur y irrégulier.
Obs. CXf^. Une femme sujette les premiers mois de ses grossesses à des saignemens de nez , et à de légères apparitions des règles au temps périodique , avoit dans cet état le pouls dur y irrégulier, fort , rebondissant y ce qui faisoit craindre une perte considérable. Deux saignées du bras , suivies néanmoins d’un saignement de nez, rendirent le pouls'iowÿo/e et moins inégal; les accidens disparurent.
Obs. CXJ^I. Une fille qui est arrivée au temps de perdre ses règles , a tous les mois le pouls irrégulier y vif y dur , avec des rebondissemens assez fréquens : à peine les règles paroissenîelles ] mais il y a constamment dans ce temps-là un encliifrcnement considérable , qui finit par une excrétion abondante de matières muqueuses et sanguinolentes. Il arrive de temps en temps que le pouls est intermittent pendant ces révolutions , et alors il ."C joint un dévoiement aux autres évacuations.
Obs. CXT^II- On trouve très-souvent des filles et des femmes dans lesquelles le dévoiement suit , accompagne ou précède l’évacuation des règles ) et il est fort ordinaire que si ces femmes n’ont point de maladies habituelles, leur pouls soit composé y pendant la révolution des régies , du pouls de la matrice et de f intestinal ; c’est-à-dire qu’il est irrégulier , avec des sursauts de V ar terc'y fort inégal y tant à raison de la force des pulsations , qu à
raison des distarices qui se trouvent entre elles ; ilj a outre cela quelques rebondis semens et de légères intermittences , ou, ce qui est plus fréquent , des pulsations si foihles qu elles sont presque insensibles.
Le pouls est compliqué ou composé à peu près de la meme manière dans les flux hémorrhoïdaux joints au dévoiement. On Fa souvent trouvé disposé de manière que le pouls propre aux hémorrhoïdes étoit le prédominant, et alors la perte de sangdiiroit pendant quelques jours, et l’évacuation de la bile lui succédoit : l’évacuation du sang suspendoit celle de la bile. C’est un fait utile à savoir dans le traitement des fièvres compliquées avec le flux hémorrhoïdaî , et meme avec toute autre perte de sang : en général les pertes de sang suspendent les évacuations critiques bilieuses , et même la marche critique de toute fièvre. Ne pourroit-on pas faire quelque application de cette observation à la théorie des saignées ?
Obs. CéKT^IIl. Un vieil homme sujet à des hémorrhagies presque périodiques par les voies des urines, a constamment, lorsque le temps de l’hémorrhagie approche, le pouls inégal, roide , irrégulier avec quelques rebondis semens fort inégaux , et il J' a féquemment des especes de petits sautillemens de V artere. Cette révolution dans le pouls est suivie d’une évacuation abondante de sang en rendant les urines.
Obs. CXrX. Un malade qui eut pendant plusieurs jours de vives douleurs dans la région du rein droit , avoit le pouls fort xif et convulsif: il se développa un peu, il devint irrégulier avec quelques légers rebondissemens , ce qui désignoit naturellement le flux hémorrhoïdaî ^ mais le malade pissa du sang abondamment pendant quelques jours , probablement par une suite de la vive douleur du rein , qui détermina l’hémorrhagie dans le rein même.
Obs. CXX. Pissement de sang abondant depuis trois jours dans un mélancolique naturellement disposé aux hémorrhoïdes ; le pouls est iiférieur , assez dilaté , irrégulier ^ il J ^ quelques rebondissemens , mais ils sont éloignés l’un de V outre. Ce malade avoit le dévoiement avant cette hémorrhagie : il a cessé depuis qu’elle a paru , et les rebondissemens qui n’existoient pas pendant le dévoiement , se sont montrés avec l’hémorrhagie.
Obs. CXXT. Une vieille fille très-mal réglée est sujette presque tous les mois à une hémoptysie considérable , qui est précédée d’une chaleur vive à la poitrine. Cette hémorrhagie paroît tenir lieu des règles. Le pouls est , avant et pendant Le crachement de sang , assez irrégulier , mais tres-tendant au nasal , avec des rebondissemens un peu plus mous , plus dilatés que ceux qui annoncent le saignement de nez.
Obs. CXXIT. Une fille avoit à la jambe un ulcère variqueux , duquel il sortoit beaucoup de sang chaque mois , comme si les règles, qui ne venoient pas par les voies ordinaires , avoient passé par cet ulcère. Elle sentoit avant cette hémorrhagie tous les avantcoureurs des règles. Le j^ouls devenoit vif, irrégulier , inégal ,
avec quelques légers rebondis s emens ^ et un tremblotement de V artère.