‹ Œuvres complètes de BordeuChapitre 69 sur 96 · CHAPITRE XXIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIL

Du pouls de la sueur , combiné avec les autres especes de

pouls critiques.

Hippocrate a prononcé que toute crise doit être universelle (^i) t seroit-ce qu’il n’y a de crise parfaite que celle qui se fait en même temps par tous les émonctoires du corps ?

Cette décision d’Hippocrate , prise en ce sens-là , n’est pas sans fondement , puisqu’on a quelquefois observé de ces crises universelles ; mais ces observations sont si rares , et les crises favorables par des couloirs particuliers si communes , que la remarque d’Hippocrate est bien éloignée de pouvoir faire une loi générale.

On verra dans une des observations suivantes (2) , l’exemple d’une maladie grave qui se termine heureusement par une crise universelle , avec ceci de remarquable , que cette crise s’est faite en même temps par tous les couloirs du corps , et non successivement , à la manière des espèces de crises générales qu^ii n’est pas rare d’observer , connues sans doute à Hippocrate.

S’il étoit vrai qu’une évacuation critique faite en même temps par tous les couloirs , fût un événement auquel on peut ordinairement s’attendre , on en pourroit conclure que le traitement des maladies doit uniquement être dirigé de manière à favoriser • une évacuation par quelque couloir que ce puisse être. Les médecins qui ne penseroient pas qu’on dut compter sur des crises , et qui se proposeroient toujours de les prévenir ou de les empêcher , pourroient établir leur méthode là-dessus.

S’il est vérifié , au contraire , qu’une évacuation critique faite en même temps par tous les couloirs , soit un phénomène rare , il s’ensuit que la nature détermine ordinairement les crises par quelques couloirs particuliers. Un médecin est donc assujetti à seconder les mouvemens de la nature , c’est-à-dire à favoriser , autant qu’il est possible , la fonctioji excrétoire des couloirs vers lesquels la crise paroît se déterminer. Le choix des méthodes de traitement devroit donc être déterminé suivant des vues et avec des précautions qu’il ne faudroit point attendre de ceux qui regarderoient les' crises comme étant toujours universelles ^ et encore moins de ceux qui n’en admettroient point.

C’est dans les femmes en couche qu’on trouve de fréquens exemples des crises qui approchent le plus d’une crise universelle. Une femme qui vient d’accoucher est dans un état qui peut devenir en fort peu de temps la cause d’une maladie très-grave ) il se fait alors une espèce de bouleversement général d’autant j3lus dangereux , qu’il est plus prompt : lorsque le cours de cette révolution ne trouve point d’obstacle , elle détermine aisément lei évacuations critiques.

(1) Pronostic, section 3.

(2) Observation GXXIÎI.

Si îa nature suffit seule à une crise aussi consideraMe et aussi compliquée , que n’est-on point en droit d’attendre d’elle dans toutes les maladies dans lesquelles les symptômes ne sont pas dans le fond plus graves que ceux d’une couche ? Et combien ne trouveroit-on pas de maladies qui pourroient être mises dans cette classe ?

Obs. CXXIII. Fièvre continue avec des redoublemens dans un jeune homme assez bien constitué. Le pouls a été rebondis^ saut vers le sixième jour , et le malade a saigné du nez à diverses reprises pendant trois jours. Le pouls est ensuite devenu pectoral , et les crachats ont été assez cuits et abondans vers le neuvième. Il est survenu alors une variation prompte et spontanée dans le pouls, il est devenu inférieur, sautillant, intermittent, et le ventre a coulé abondamment jusqu’au quatorzième. Enfin il a paru dans le pouls des inégalités ou des élé\>ations graduées qui annoncent la sueur , et le malade a sué abondamment vers le seize. Toutes ces évacuations se sont succédées dans cet ordre jusque vers le vingtième y et alors elles commencent à se faire ensemble , ou en se suivant à de fort petits intervalles. Aussi observe-t-on dans le pouls les signes propres à toutes ces crises , selon qu’elles se trouvent plus ou moins déterminées. Cet état continue pendant cinq ou six jours sans que les forces du malade en paroissent plus abattues ; le pouls se rétablit ensuite , dans cet état de souplesse , éé égalité de douceur qui annonce la convalescence y et en effet, la maladie fut heureusement terminée vers le vingt-sixième jour.

Obs. CXXIX. Le pouls est convulsif, six heures après les Couches , dans une jeune femme très-bien constituée y dès le lendemain le pouls est développé , irrégidier , avec de légers rebondis semens ^ îa perte vient abondamment. Au troisième jour , le pouls , qui a j)aru se serrer et se durcir pendant quelques heures , est devenu supérieur ^ le sang monte beaucoup à la tête, les mamelles s’engorgent prodigieusement. Le pouls se ramollit vers le quatrième , il est ondulant avec des inégalités dans les pulsations ^ la sueur est abondante. Le pouls se concentre du cinq au six , il devient irrégulier , inégal , avec quelques légères intermittences ^ il est intestinal}iien décidé ; aussi est-il promptement suivi de copieuses évacuations bilieuses. Le pouls se rétablit ensuite dans l’état or-* dinaire aux femmes en couche.

Obs. CXXX. Le pouls est , au quatrième jour d’une couche , développé , fréquent , un peu dur , inégal , dans l’ordre suivant : on sent des pulsations où il y a des rebondis s emens marqués : il y en a qui sont inégales entre elles et séparées par quelques /egeres intermittences y d’ autres sont combinée s de manière qu elles vont de l’wie. à V autre en diminuant jusqu au point d' être insensibles ; le pouls se relève ensuite avec une gradation marquée dans quelques pulsations ^ les rebondi s s emens paroissent de nou-^ veau , et sont suivis des autres pouls dans l’ordre qu’on vient de décrire. Cette femme sue beaucoup , la perte est abondante , les

ïTiamelles sont gonflées et douloureuses, les urines sont laiteuses, les évacuations sont bilieuses , et le pouls reprend son état naturel vers le neuvième jour de la couche.

On aura souvent lieu d’éprouver , dans les femmes en couche , que les évacuations suivent constamment les changemens du pouls , qui ne manque presque jamais de prendre toutes les formes propres à chaque évacuation critique. Tantôt toutes ces modifications se présentent ensemble , c’est-à-dire dans un très-court espace de temps ^ tantôt elles se succèdent dans les différens jours de la couche.

Il y a pourtant des exceptions à faire dans les femmes attaquées de maladies nerveuses , ou d’autres maladies habituelles, parce qu’alors l’état du pouls résultant de ces maladies, prévaut sur les déterminations de l’effort critique qui se fait dans les suites des couches. Tout cela regarde l’histoire des pouls compliqués avec le pouls àé irritation (i).

Ohs. CXX/y^ l. Fluxion de poitrine : les crachats sont abondans et bien cuits vers le septième jour ; le malade sue beaucoup , le pouls est en même temps pectoral et élevé par gradations.

Vers le onzième jour d’une fièvre double-tierce continue , et après des purgatifs qui avoient été suivis de copieuses évacuations, îe pouls, éé intestinal qu’il étoit , devient supérieur, ondulant, élevé par gradations , c’est-à-dire pouls de sueur ^ le malade sue très-abondamment jusqu’au quatorzième. Alors le pouls , qui avoit été pectoral dès les premiers jours, le devient plus décisivement; le malade crache vers le seizième et le vingtième des crachats bien cuits.

Il faut remarquer qu’il n’est question , dans toutes ces observations , que des sueurs critiques , qu’on doit bien se garder de confondre avec les sueurs symptomatiques.

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