CHAPITRE XXIIL
Du pouls d’irritation ou non critique.
C’est toujours un grand bien que le pouls se développe dans une maladie ; c’est un grand mal , au contraire , cjii’au lieu de se développer , il se resserre et se concentre. On a suivi juscpi’ici les effets heureux du développement du pouls : ils ont presque toujours lieu dans des maladies simples et bénignes , que la nature , aidée au besoin des secours de l’art , parvient à vaincre assez facilement.
Ces effets ne sont , en général , que des évacuations bien critiques , précédées et accompagnées de l’espèce de pouls qui leur est propre : condition d’autant plus nécessaire pour les crises favorables, qu’on a souvent observé que les évacuations les plus complètes en apparence, se trouvoient peu critiques dans l’évenement , lorsqu’elles n’étoient ni précédées , ni accompagnées de leur espèce particulière de pouls.
On entreprend ici l’examen des effets funestes qui accompagnent ou qui suivent le resserrement et l’état convulsif éu. pouls : on
(i) Voyez les cliap. XXIII , XXIV-, etc.
va voir des crises manquées , des restes de crises qui causent souvent ‘des récidives (i),, des bouleverseiiiens dans le corps à la suite des évacuations imparfaites on procurées mal à propos , des viscères délabrés par des suppurations inévitables , la gangrène des différentes parties , des affections incurables dans les viscères , des tumeurs , des callosités , des cicatrices , l’atonie des organes ; effets fâcheux qui sont la source de maladies chroniques presque toujours incurables.
Le pouls à’ irritation est, comme on l’a déjà dit (2), serré ^ fréquent , concentré , assez dur ; il s’oppose à ce qu’on appelle la coction dans les maladies , ou , pour mieux dire , aux évacuations critiques qui les terminent heureusement ^ quelquefois meme il efface les espèces particulières de pouls critique avec lesquelles il se complique ^ de manière qu’elles en deviennent presque méconnoissables.
La coction d’une maladie , ou , si l’on veut , de la matière de cette maladie, qui a été tant célébrée par les anciens , n’est dans le fond: qu’un effort général propre à surmonter les obstacles qui empêchent l’action libre des vaisseaux et les fonctions des organes excrétoires. Le pouls dé irritation qui suppose des embarras ou des obstacles considérables, est opposé au mécanisme de la coction ^ et par conséquent c’est un signe presque toujours certain que la coction n’a pas lieu.
Une plaie faite dans une partie sensible , va changer le pouls naturel en pouls dé irritation ^ une passion vive , la peur , le chagrin , la joie , une surprise quelconque , produisent des effets k peu près semblables : les commencemens et les frissons des fièvres sont encore des causes fréquen tes du pouls convulsif : les accès de goutte et de colique , les douleurs de l’enfantement , l’action des vomitifs et des autres remèdes , sont immédiatement suivis du resserrement , de la concentration et de la convulsion du pouls;
Ce pouls 7m72 critique accompagne , et même il caractérise souvent la plupart des fièvres malignes les plus dangereuses ; on le trouve aussi dans beaucoup de maladies chroniques , ainsi que dans les derniers temps des maladies mortelles ou mal jugées.
On comprend bien que ce pouls doit avoir différons degrés , meme quelques caractères particuliers , selon la nature des maladies qui le produisent j et ces différences n’échappent pas à un tact esjercé. Il y a même lieu de soupçonner que le pouls dé irritation a encore des caractères distinctifs , selon qu’il se trouve joint à des affections de la tête , de la poitrine ou du bas-ventre.
Mais on ne considère ici que le pouls dé irritation en général , et autant qu’il le faut pour le bien distinguer de toutes les espèces de pouls critique avec lesquelles il se trouve souvent compliqué ; l’analyse de cette espèce de pouls , et l’examen suivi de ses variations , fourniront sans doute un jour matière à des observations bien intéressantes.
Le pouls dé irritation est , ainsi que le pouls critique y produit
(’t)Hipp. Aplîor. l'i, sect. 2.
(2; Voyez cbap. III.
par r action nerveuse j elle est bien déterminée , bien dirigée dans toutes les espèces de pouls critique ^ elle est brusque , incertaine 3, irrégulière dans le pouls dé irritation ou non critique.
Il J a souvent avec le pouls nou critique des évacuations de toute^ espèce , quelquefois meme fort abondantes ; ce sont des excrétions faites sans coetion, c’est-à-dire par expression , par la convulsion des organes : il est fort rare qu’elles puissent être salutaires ^ il n’j a pas de plus grand Q,bjet d’attention pour les praticiens , que de ne pas les confondre avec les excrétions critiques , précédées et accompagnées du pouls qui leur est propre.
La différence de ces évacuations critiques ou non critiques n’avait pas échappé au génie observateur d’Hippocrate : « Dans » les diarrhées et les vomissemens qui arrivent d’eux-mêmes , si » l’évacuation se fait des humeurs qu’il faut purger , les malades
s’en trouvent bien , et la supportent aisément , sinon , ils la » souffrent avec peine ; il en est de même des évacuations qui se >» font par les vaisseaux : si l’évacuation se fait comme il convient, »> les malades s’en trouvent bien , et ils la supportent avec faci- 5» lité , sinon le contraire arrive. Il fonc donc avoir égard à la i> région , au temps , à l’âge , et aux maladies auxquelles elle » convient ^ et à celles auxquelles elle ne convient pas (i) ».
Ces observations sont des vérités fondamentales et élémentaires de l’art ; elles font sentir la différence qu’il faut mettre entre les éx2iCVi3Ltionssj'inptomatiques et les critiques ; dans les premières, le pouls est oppressé et n’annonce rien de favorable ; dans les autres , il est , et demeure pendant un certain temps , développé ou excré-^ tour ^ il anuonce la supérionté des forces de la nature.