‹ Œuvres complètes de BordeuChapitre 8 sur 96 · ET LES OUVR/^GES DE BORDEU · texte numérisé non relu

ET LES OUVR/^GES DE BORDEU

plet dans lequel Font laissé quelques médecins modernes dans les traités ex-professo qu’ils ont donnés de la colique des peintres.

Les Recherches sur la Colique de Poitou sont terminées par une allusion sanglante que fait Bordeu à l’occasion de quelques persécutions éprouvées par saint Athanase, sur des fondemens aussi frivoles que celles que lui suscitoient ses ennemis. Mais dans aucun de ses ouvrages il ne récrimine contre eux d’une manière plus piquante, et ne les traduit à la risée du lecteur d’une façon plus burlesque que dans ses Recherxhes sur V Histoire de la Médecine ^ ouvrage imprimé sans nom d’auteur, sous larubrique de Liège, en 1^68. C’est là qu’à propos de l’inoculation de la petite -vérole , dont la pratique alors nouvelle divisoit tous les esprits , Bordeu , partisan déclaré de cette méthode , passe en revue tous les âges de la médecine , toutes les sectes qui Font divisée, tous les médecins qui ont joui de quelque célébrité, et sans effort met en scène ceux de ses confrères qui le persécutaient avec le plus d’acharnement. C’est dans cet ouvrage trop peu connu, et qui manque au commerce, que se trouve cet éloge si vif, si chaud, si bizarre et si vrai de la thériaque, chef-d’œuvre de l’empirisme, pour lequel notre auteur montre une prédilection décidée; c’est là qu’à l’imitation de Cervantes , il fait passer en revue par un vieux médecin des Pyrénées tous les livres qui composent sa bibliothèque. Ce vieux médecin , dont son père paroît lui avoir fourni l’original , fort attaché à la doctrine des anciens, soupe tous les soirs avec le lait d’une chèvre noire , suivant le précepte d’Avicenne , et se fait un paravent pour l’hiver des thèses soutenues dans les universités. C’est dans sa bouche que Bordeu met l’éloge le plus franc et le plus complet de tous les médecins distingués qu’ont produits nos

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provinces méridionales , en j mêlant toujovirs la critique indirecte de ses ennemis. Ils euren^c la maladresse de se reconnoître dans des portraits trop ressemblans peut-être , et réussirent à soulever contre lui un nouvel orage qui heureusement se dissipa bientôt. Dans cçt ouvrage l’auteur abandonne à chaque instant son sujet, l’apologie de l’inoculation laisse errer sa plume vagabonde , et , comme entraîné par l’impétuosité naturelle de son esprit, aborde les questions en apparence les plus étrangères à la nature de l’ouvrage, mais revient avec facilité au sujet principal , rassemblant toujours avec un art admirable ces objets au premier coup d’œil si disparates. On imagine bien que la haine de ses ennemis impitoyablement bernés dut s’accroître en raison de l’impuissance où ils se trouvoient de repousser des coups portés avec tant de force et tant d’habileté. Depuis lors ses écrits ne renferment plus aucune trace de ses querelles. Ses Fœcherches sur le Tissu muqueux y publiées en 17^7, appelèrent pour la première fois l’attention des médecins sur cette trame première de nos organes, tissu généralement répandu dans notre économie, et que l’on peut regarder comme le moule ou la matrice qui sert en même temps à contenir, à lier, à isoler et à former toutes les parties. Ce tissu, mieux connu de nos jours, parce que les modernes, Bichat entre autres, ont pénétré plus avant dans cette partie de l’analyse animale , paroît à Bordeu l’organe des fluxions et des métastases, et l’on s’aperçoit à sa lecture qu’il a été écrit avant les découvertes modernes sur les vaisseaux lymphatiques et les notions récemment acquises sur les fonctions de cet ordre de vaisseaux.

Enfin, en J775, Bordeu publia le premier volume de ses Recherches sur les Maladies chroniques , ouvrage c|ui devoit renfermer tout ce qu’il avoit observé dans

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le cours de sa pratique. Voulant que son père et son frère Antoine, et François de Bordeu, participassent à la gloire de cette entreprise , il associa leurs noms au sien à la tête d^ livre à la confection duquel ils ont effectivement concouru , en fournissant à l’auteur un nombre prodigieux d’observations sur les vertus des eaux minérales des Pyrénées dans le traitement des maladies chroniques. Suivant Bordeu, ces maladies offrent, comme les aiguës, des périodes régulières d’irritation, de coction et d’excrétion ; ces phénomènes s’y succèdent dans le même ordre , et seulement avec moins de rapidité. Le but principal de leur traitement doit être de leur donner le caractère des maladies aiguës. C’est à quoi sert la fièvre si heureusement excitée dans certaines de ces affections , mais pourtant si fâcheuse et si redoutable dans le plus grand nombre. Ce qui rend la lecture de cet ouvrage attachante , ce ne sont point les nombreuses et trop courtes observations des guérisons opérées par les eaux sulfureuses , mais les dissertations physiologico-pathologiques que Bordeu sait entremêler avec habileté; toutes ses opinions sur l’action propre des organes, sur le tissu cellulaire , s’y trouvent reproduites. Le vrai , le faux , le paradoxal, le vraisemblable, tout s’y rencontre avec une variété qui n’est point fatigante. Toutes ces opinions ont depuis lors été bien des fois débattues, et l’on sait maintenant à quoi s’en tenir sur l’hypothèse du centre phrénique , idée principale des ouvrages de Lacaze, dont Bordeu a fourni, comme on sait, les matériaux , sur le trépied de la vie , formé , suivant notre auteur , du cerveau , du cœur et de l’estomac , auquel, suivant en cela Van-Helmont, il accorde une importance exagérée. Les progrès récens des sciences physiologiques ne permettent point d’ajouter foi à ce balancement imaginaire des forces dont le diaphragme

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seroit le point d’appui. Ces deux énormes balons du tissu mucpieux , qui , suivant Bordeu , y prennent leur attache, et lui servent à expliquer les mouvemens oscillatoires et les courans des humeurs, sont purement imaginaires; l’estomac ne joue dans l’œuvre de la digestion que le rôle secondaire d’un organe préparateur. L’acte important, le phénomène essentiel de cette fonction , la chylification ne s’opère que dans le duodénum et l’intestin grêle, portion plus intérieure de l’appareil digestif, fermée d’une part par le pylore , et garnie à l’autre de ses extrémités par la valvule ileo-cœcale. Le cerveau lui-mème, instrument spécial de la pensée , le cède en importance à la moelle épinière, portion de l’organe nerveux , qu’il n’est plus permis de regarder comme un simple prolongement. Le temps sans doute a rectifié plusieurs des opinions émises par Bordeu dans les Fiecherches sur les Maladies chroniques; mais lorsqu’il se trompe, ce n’est point à la manière d’un homme vulgaire , et l’étude de ses erreurs n’est'ni sans instruction ni sans intérêt ; bn le voit, dominé par une imagination trop ardente ^ et pressé du besoin d’expliquer , se tromper en généralisant des faits particuliers d’une authenticité queh quefois douteuse. La partie la plus curieuse de ce dernier ouvrage de Bordeu est le morceau qui le termine, morceau si connu sous le titre, trop ambitieux peut-être, ^Analyse médicinale du Sang, Écrit de verve, fruit d’une sorte d’inspiration , on doit le regarder comme un plaidoyer que notre auteur oppose aux prétentions de la chimie, et comme sa dernière protestation contre les empiétemens des sciences accessoires , qui de tout temps tentèrent d’envahir le domaine de la médecine, et de nos jours encore voudroient soumettre les phénomènes de la vie à leurs étroits calculs.

Oa pourroii désirer dans les Recherches sur les Ma*

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