‹ Œuvres complètes de BordeuChapitre 82 sur 96 · RECHERCHES CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

RECHERCHES CHAPITRE XXXIV

Des changemens qui arrivent au pouls apres V action des émé-^ tiques y des délajans, des purgatifs y delà saignée y et de V opium.

Lorsque le pouls , qui a été convulsif et non critique pendant les premiers temps Tune maladie , devient développé ou. critique , c’est toujours , ou presque toujours , un fort bon signe : on l’a déjà dit au chapitre XXÎII , c’est un grand bien que le pouls se développe.

Pden ne démontre mieux l’heureux accord de l’art et de la nature , ainsi que l’utilité et la nécessité des remèdes, que les changemens favorables dont ils sont suivis. Ces heureux changemens se font aisément remarquer par eux-mêmes; il seroit donc inutile d’en faire un détail , qui ne pourroit aboutir qu’à prouver les bons effets des remèdes dans les maladies : ces bons effets ne sont pas révoqués en doute dans ce siècle ; ils sont généralement connus ou avoués de tout le monde.

Il y a de certains effets des remèdes qui sont moins connus , ou auxquels on fait moins d’attention ; il sera principalement question dans ce chapitre de cette sorte de changemens.

Les uns sont mauvais ,, les autres sont indifférens (i) : ils sont mauvais , lorsque la maladie empire évidemment après ces effets des remèdes : ils sont indifférens y lorsque la maladie va le même train , et qu’elle suit sa marché ordinaire.

Or, que les remèdes produisent quelquefois de mauvais effets , la chose ne sauroit être mise en doute ; mais que les effets des remèdes , et par conséquent les remèdes eux-mêmes , puissent être indifférens y c^est ce qui n’est pas moins certain , pour être sujet à beaucoup de contradictions puisées surtout dans les idées systématiques.

On ose l’avancer ici , la classe des remèdes indifférens est au înoins aussi nombreuse que celle des bons et des mauvais ; c’est dans cette classe qu’il faut mettre la plupart des remèdes nationaux , ceux qui sont en usage pour un temps , et dont la mode passe ; la plupart des petites préparations , ou des formules particulières , les poudres , les sels que chaque siècle voit naître et périr.

Il est impossible , si l’on n’admet cette indif éjxnce de certains remèdes , de mettre d’accord les praticiens des différens pays et des différens siècles ; il n’y a point de médecine , si elle n’est , et si elle ne doit être la même , au fond , dans tous les temps et dans tous les lieux ; et elle ne sauroit être universelle , si beaucoup de remèdes qui sont en vogue pour un temps , et dans un pays , ne sont indifférens .

(i) Il faut Lien prendre garde, au sujet de cette dénomination, qu’il n’est ici question que du pouls : cette remarque est importante , eu égard à tout ce qui est dit dans ce chapitre au sujet des différens remèdes ; on n’y examine précisément que les effets qu’ils produisent ou qu’ils ne produisent pas sur le pouls : ce seroit aller directement contre les intentions de Fauteur, que de trop généraliser ses propositions. Ainsi , ceux qui prétendroient , en général , que Fauteur avance ici qu’il y a des remèdes indifférens, , lui feroient dire plus qu’il ne dit ; il avance seulement qu’il y a des remèdes indifférens par rapport aux états critiques ilu pouls.

Les Arabes augmentèrent j)rodigieiisement la liste des remèdes indijférens qui étoient en usage parmi les anciens: les cliimistes, plus féconds encore que les Arabes, et surtout pins hardis et plus entreprenans , n’ont cessé d’abuser de la crédulité de leurs partisans , et de multiplier cette sorte de remèdes.

Nous sommes bornés ici à ce qui regarde particulièrement l’effet des remèdes sur le pouls : il est évident qu’il y en a beaucoup qui n’y font presque aucun changement y ils doivent donc être regardés comme indijférens par rapport à cet objet : les remèdes sont au contraire utiles ou nuisibles à la marche et aux changemens du pouls , suivant les effets qu’ils produisent dans ses mouvemens critiques o\\ non critiques.

Or , il suit de tout ce qui a été exposé jusqu’ici , qu’un remède produit un bon effet suivie pouls lorsqu’il le développe , qu’il le rend excréteur , ou que , de non antique ou compliqué qu’il étoit , l’effet du remède le rend simple et critique : cet effet est mauvais au contraire , et nuisible à la marche du pouls , s’il le rend convulsif et no?i critique , de critique et développé qu’il étoit ^ ou bien lorsque , d’un pouls simple ou excréteur ^ l’action d’un remède en fait un pouls compliqué ou non excréteur.

Un remède est donc indifférent par rapport au pouls , lorsqu’il ne change rien à l’état actuel du pouls , et que celui-ci reste tel qu’il étoit avant l’application du remède, non critique y déve-loppé ou excréteur.

On voit bien que nous mettons ici à part les effets que les remèdes peuvent produire sur la fréquence , la force , la dureté y la plénitude y la mollesse ou la foihlesse du pouls : l’examen de ces caractères vagues et indéterminés du pouls , n’entre pas dans l’objet de cet ouvrage (i).

Nous passons aussi sous silence les effets qui peuvent être produits dans le pouls par les remèdes spécifiques ^ il y en a peut-être qui, arrêtant tout d’un coup ou abrégeant de beaucoup la marche d’une maladie , font passer brusquement le pouls d’un état à un autre , et le rendent , par exemple , naturel et dans un étdit sain y de convulsif ou noji critique qu’il étoit ^ sans le faire passer dans tous les degrés où il passe ordinairement dans une maladie traitée , comme on dit , par les remèdes généraux ; c’est ce que nous ne discutons pas ici.

Mais il faut bien se garder , en jugeant de l’effet d’un remède sur le pouls , de mettre sur le compte de ce remède des changemens qui dépendent nécessairement de la marche et de la nature de la maladie. Le pouls doit être et est ordinairement non critique et non développé , dans les premiers temps d’une maladie ; il se développe ensuite , et souvent de lui-même , sans que ce développement dépende des remèdes qui l’ont précédé : c’est ainsi que la dilatation du pouls , qui survient pendant la chaleur d’un accès de fièvre , dépend autant et davantage de la cessation du spasme qui occasionnoit le frisson et le resserrement du pouls , que des secours epiployés contre le frisson lorsqu’il siibsistoit.

(f) Voyez clxopilre ÏI.

3()o. RECHERCHES

Lorsque Bailîou parle « d’un pouls qui étolt terrible au com- 3) mencement d’une maladie , et qui revint dans son état naturel » par l’usage des purgatifs (i) ; » lorsqu’on entend tous les jours répéter à peu près de semblables succès des différons remèdes , on ne peut pas toujours décider bien clairement que ces heureux succès soient dus aux remèdes plutôt qu’à la marche naturelle de la maladie. Ï1 ne faut jamais perdre de vue ces sortes de réflexions dans l’évaluation des remèdes ^ elles sont pourtant bien négligées aujourd’hui.

Au reste, ce n’est pas précisément, eu égard aux changemens immédiats et prochains, qu’il faut juger des succès d’un remède sur le pouls. Un auteur moderne a dit fort judicieusement que, « quelles que soient , le premier ou le second jour après l’usage » des remèdes , la foiblesse , la fatigue , et même la souffrance des » malades , ces symptômes passagers n’alarment que ceux qui ne » connoissent point l’histoire des maladies (2) ».

Il faut appliquer cette réflexion aux changemens du pouls ; c’està-dire qu’il faut en général s’attendre à le trouver géné , décon-> certé y plus ou moins changé y pendant l’effet d’un remède un peu efficace. Il n’en est jjoint de cette espèce qui n’occasionne une révolution souvent assez comparable au travail d’une digestion laborieuse , ou à un léger accès de fièvre.

Ce n’est vraisemblablement qu’à la faveur d’un'e pareille révo-» îution plus ou moins prompte , que l’action des remèdes peut accélérer ou abréger la marche et les progrès d’une maladie. Il est aisé de comprendre que le pouls doit se ressentir de cette secousse extraordinaire y il devient , dans l’opération d’un remède , plus ou moins serré y conoulsify intermittent y irrégulier mais il ne faut pas juger de son état précisément parles modifications qu’on y trouve pendant celte révolution forcée, qui dure tout au plus vingt-quatre heures ou environ , et après laquelle le pouls reprend une marche fixe et décidée.

On peut avec ces précautions appliquer à l’observation des chan-f gemens du pouls, ce que les auteurs ont remarqué au sujet des différens remèdes.

Lé émétique, « J’ai été souvent surpris, dit Sydenham , du sou^ 3) lagement que les émétiques procurent dans les maladies, dont 3) le cours est toujours plus favorable après l’émétique ,, qu’il ne 1) l’auroit été sans cela. C’est ce qui fait que ces médicamens con-? » viennent souvent dans les commencemens des maladies 3).

Cette remarque est devenue une espèce d’axiome en médecine. On peut assurer que rien n’illustre autant la médecine moderne , que les prompts et favorables effets qu’on retire souvent des vomitifs , que les anciens ne manioient pas aussi bien que les modernes.

La présence du pouls stomacal favorise l’effet de l’émétique , et peut servir d’indication certaine pour le placer. Si le pouls se dé-< i^'eïoppe sensiblement après l’effet de l’é nié tique , c’est une preuve

(i)Kpid liv. ÎL

Fizes , Traité des fièvres.

qu’il a été placé fort à propos ; si le pouls se concentre , s’il devient plus coiwulsif et plus serré ^ c’est une preuve que le pouls n’étoit pas excréteur lors de l’application du remède.

L’émétique réussit quelquefois très-bien lorsque le pouls se trouve compliqué , c’est-à-dire qu’il est excréteur ou dans quel-

ques pulsations , et non critique dans d’autres. Le vomissement meme forcé dénoue, pour ainsi dire, quelquefois, certains états d’irritation , et donne au pouls toute sa liberté.

Il faut remarquer, par rapport à ce vomissement forcé , qu’il n’est pas toujours aisé de se le procurer , même avec une dose considérable d’émétique , surtout clans les maladies compliquées. Les praticiens savent que cette opposition de l’estomac à l’action de rémétif{ue est d’un mauvais augure. D’ailleurs réméticpue cjui a fait vomir la première fois dans une maladie, peut souvent ne •pas produire cet effet dans le cours de cette même maladie ; ce C|ui prouve sensiblement qu’il est nécessaire, pour l’effet heureux et complet d’un remède , que la nature se prête à son action.

L’effet de l’émétique sur le pouls et sur l’état de la maladie , est quelquefois fort singulier et très-remarquable. '11 suspend, pour ainsi dire , tous les symptômes de la maladie et sa marche ; elle paroît terminée , et elle n’est cjue calmée ou assoupie ; le pouls devient alors à peu près dans l’état naturel , à peine est-il fiévreux et un peu serré ; bientôt après il reprend des forces, et tous les symptômes de la maladie se présentent de nouveau.

De manière qu’il est vrai de dire C{ue rémétic[ue a apporté un calme trop prompt ^ qu’il a, pour ainsi parler, fait une sorte de bien trop remarquable , en arrêtant la maladie dans ses pi'Ogrès. S’il y a des maladies cjui sont totalement emportées et qui ne reparoissent plus après ce calme , il y en a beaucoup C|ui se réveillent ensuite avec des symptômes très-vifs. 11 semble cjue cette suspension des symptômes occasionnée par l’émétique , fasse dans la marche de la maladie un temps particulier , cjiii ne doit pas entrer dans le compte de ses jours : c’est ce qui mérite beaucoup l’attention des observateurs.

Les délaj ans . « Il est dangereux de trop rafraîchir les maï» lades (i). Il est à craindre qu’on n’éteigne la chaleur de la fièvre » par des rafraîchissans (2). Il est à propos de prendre garde , dans » l’usage même des altérans , de ne pas les fourrer en foule et » soudainement dans le corps des malades (3). L’usage des remèdes î> rafraîchissans, ou au moins des remèdes tempérans et humeci) tans, doit être proportionné à la force, à la dureté , à la coii- » traction du pouls , à la vivacité de la hèvre (4)-

C’est peut-être en vain qu’on ajouteroit ici les réflexions d’un grand nombre d’auteurs sur l’abus des délayans ) le préjugé géné-

(1) Hipp. Aphov. 5i , scct. 2,

(2) J. Laiigids , lettre 40 > üv* i-

(3) Hecquet, Comment, de l’Apbor. 5i, sert. 2.

(4) Quesnay , Traité des fièvres, t. 2, Voyez sprtout însiiuitiones ex novo Mcihcmœ conspectu , on il y a des réflexions importantes sur cette matière et sur la validité des remedes. Voyez encore le mot GhA-Leur, Dict. eucyclop. vol. IV.

3g2 RECHERCHES

râlement reçu aujourd’liui , veut que les fébricitans howent heau- ^ coup : on ne cesse de leur représenter qu’ils doivent boire , et se laver ; ce sont les premiers axiomes de la médecine vulgaire.

Il faut laisser ce préjugé s’user insensiblement de îui-méme , comme cela est arrivé à tant d’au 1res, au sujet de plusieurs remèdes non moins indifférens que la grande ejuantité de boissoji.

Ce n’est pas un léger reproche à faire à la théorie la plus généralement répandue , que de pouvoir lui attribuer toutes les inconsidérations ou les inconséquences dans lesquelles on tombe au sujet de la nécessité de la boisson dans les maladies ; la théorie de l’inflammation , née à Montpellier , des disputes de Yieussens et de Chirac* cette théorie trop étendue, trop accréditée , trop maniée dans les cabinets et dans les écoles , a pris de trop profondes racines, surtout dans les têtes ordinaires : l’histoire de la résolution des inflammations , ainsi que celle de ce qu’on nomme relâchement des parties , ne sont pas encore assez connues (i).

Ce qu’il y a de très-singulier, c’est qu’en suivant pas à pas les théoriciens qui sont le plus portés à -recommander une ample boisson f on peut leur prouver que rien ne paroît aussi opposé à i’usage d’une ample boisson y que les principaux fondemens de leur propre système.

Ils ont accoutumé de regarder la fièvre continue comme une disposition entretenue par la matière qui passe sans cesse des premières voies dans le sang. S’ils se proposoient d’assurer ce passage , de le rendre plus continuel , comment s’y prendroientils autrement qu’en faisant beaucoup boire ?

Ils ne manquent pas de recommander l’usage de la saignée , afin que les délayans puissent aborder plus aisément dans le sang, J' trouver plus de place y j' former des cour ans considérables ^ c’est-à-dire, suivant leurs principes, qu’ils ôtent du sang peutetre très-pur , pour mettre à la place des liqueurs aqueuses chargées des impuretés qu’elles ont trouvées dans l’estomac.

S’ils disoient que la matière morbifique que les aqueux emportent dans le sang , est dissoute dans une trop grande quantité d’eau pour pouvoir être nuisible , on leur répondroit que la partie aqueuse des boissons passe très-vite par les urines , qui sont claires et abondantes à proportion de la boisson , et que ce qu’ils appellent la matière morbifique reste dans le sang.

Quoi qu’il en soit , il .arrive souvent que le pouls des malades qui ont beaucoup bu y est très-^ene dans ses mouvemens , surtout lorsque la boisson remplit et tiraille l’estomac et les intestins : mais à tout prendre les observations faites jusqu’ici nous font regarder l’usage de la boisson un peu plus ou un peu moins ample , comme un remède à peu près indifférent à l’égard de la marche critique du pouls : nous mettons cette matière au rang de celles qui exigent des examens ultérieurs.

Au reste ^ il faut bien distinguer dans les effets des délayans et des aqueux , ceux qu’ils produisent en lavant y comme on dit , le sang y et en agissant comme altérans , d’avec ceux qu’ils prodiii-

(x) Voyez Thés, des eaux d’Aqnit. Thés. XXVÎt , etc.

seïït comme évacuans. Une grande quantité d’eau Lue précipitamment purge quelquefois , et produit par là des cliangemens remarquables ; elle fait aussi quelquefois suer très-abondamment , et dans ces cas elle change notablement le pouls.

Les purgatifs. Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’il y a des disputes en médecine, au sujet de l’application des purgatifs dans les maladies aiguës : on sait à combien de commentaires a donné lieu l’aphorisme d’Hippocrate , « il faut purger les humeurs cuites et » non les humeurs crues , pas même au commencement, à moins » qu’elles ne se gonflent, mais elles se gonflent rarement (i) ». Il faut saisir le moment de la turgescence des humeurs.

La manière dont. Hippocrate s’explique dans un autre endroit, prouve sensiblement que les médecins de son temps n’étoient pas d’accord sur ce qui regarde les purgatifs. On en doit conclure que les partisans d’Hippocrate ont eu tort de regarder toutes les opinions de ce grand homme comme des décisions dont il n’étoit pas possible d’appeler. Il est à présumer , au contraire , que la plupart des lois qu’Hippocrate proposoit étoient contredites par d’autres médecins, dont les opinions ou les ouvrages ne sont pas parvenus jusqu’à nous.

« Tous ceux qui , ayant une fièvre continue , ont été purgés » aux jours pairs , ceux-là n’ont jamais été trop purgés ; mais » ceux qui ont été purgés aux jours impairs auec des médica— » mens efficaces , ont été trop purgés , et il y en a beaucoup qui » sont morts à la suite de ces remèdes : ê’est pourquoi les anciens » médecins ont commis beaucoup de fautes à cet égard, parce » qu’ils ne connoissoient point ce qu’on vient de rapporter. Les » humeurs sont plus en mouvement aux jours impairs qu’aux 3> jours pairs; et si on augmente ce mouvement par des purgatifs , » les malades périssent (2) ».

Il suit de cette remarque, i®. que les médecins antérieurs à Hippocrate , et qu’il appelle anciens , appliquoient les purgatifs dans tous les jours d’une maladie indifféremment ^ 2°. que la méthode d’Hippocrate étoit de les placer aux jours pairs ^ 3°. que les purgatifs dont il s’agit dans le passage d’Hippocrate, sont des purgatifs efficaces. On verra dans la suite l’usage qu’il est possible de faire de ces réflexions.

La crainte des mauvais effets des purgatifs a , de tout temps , fait tant d’impression sur l’esprit de plusieurs médecins , qu’ils n’ont cessé d’en condamner l’usage. Asclépiade les défendoit comme étant fort ennemis de l’ estomac : Hoffmann n’auroit pas manqué de trouver , parmi les anciens et les modernes , des autorités à citer , lorsqu’il disoit que « les abus qui se sont glissés dans la iné- 3) decine au sujet des purgatifs , sont très-considérables dans ce » siècle J que bien des gens croient que ce n’est que par les piir- » gatifs réitérés qu’on peut venir à bout des maladies , tandis » qu’il arrive que , par l’usage fréquent qu’on en fait , les forces

(1) Aphor. 22, sect. t.

(2) Liv. 4 des Maladies.

» des malades sont épuisées, les maladies sont allongées , d'oii il » résulte mille inconvéniens (i) ».

Les exemples des superpurgations ont toujours frappé les médecins les moins passionnés pour une opinion particulière , et les moins suspects ; c’est ainsi que Bâillon avance « cju’il a souvent » observé et vérifié plus de cent fois que des purgatifs ordinaires, » administrés dans de certains temps des maladies , causoient des » superpurgations (2).

Il y a pourtant toujours eu des médecins très-partisans des purgatifs, appliqués même dans tous les temps des maladies - Chirac doit être mis , parmi nous , des premiers dans cette classe • la manière dont il s’explii|ue à cet égard mérite attention : « La réso- » lulion et la séparation des humeurs n’arrivent qu’après le sep- » tième , le quatorzième et le vingt- unième 3 mais on peut tou- » jours purger en attendant — Les purgatifs n’agissent jamais » pour vider absolument , qu’après sept , quatorze ou vingt-un » jours , quoiqu’il soit dangereux de ne pas purger les malades » avant ce temps (3) ».

Il faut juger de tous les autres auteurs sur ce qu’on vient de rapporter de ceux qui ont été cités : tous les médecins peuvent être partagés en trois classes par rapport à ce qui regarde l’usage des purgatifs.

Les uns , comme Asclépiade , se passent de purgatifs autant qu’ils le peuvent , et n’en appliquent presque jamais : les autres au contraire , tels que Chirac , les emploient le plus souvent qu’il leur est possible, et, comme dit un praticien moderne (4) , au moins de deux jours l’un^ ils n’ont aucun égard ni au temps , ni au jour de la maladie : d’autres enfin qui ont, en^ suivant Hippocrate, pris un milieu entre ces deux opinions, appliquent les purgatifs dans certains temps ou dans certains jours des maladies, par préférence à d’autres états et à d’autres jours dans lesquels ils pensent que les purgatifs seroient nuisibles.

Ün ouvrage qui termineroit ces disputes seroit un ouvrage bien précieux en médecine ; il est au-dessus des forces d’un particulier ; nous nous bornerons ici à quelques réflexion s qui auront un rapport immédiat à l’Histoire du Pouls ^ elles regarderont uniquement l’opinion d’Hippocrate et celle de Chirac.

De tous les signes qui dénotent le gonflement , l’abondance ou la turgescence des matières, dont Hippocrate parle dans l’aphorisme ci'dessus cité , le pouls paroît être le moins suspect et. le plus clair : si le pouls est intestinal , c’est un signe évident que la nature fait des efforts pour évacuer les matières contenues dans les premières voies : c’est alors qu’on peut purger en toute assurance , et que les purgatifs réussissent, ainsi que l’observation journalière le démoiltre.

Mais plus le pouls est intestinal , et plus il est à craindre qu’il

(i) Fred. Hoffraarin M -M, ch. Vil , iiv. i.

(:î) Baillou , Consnlt. 84.

(tj Traité des fièvres malignes.

(4i Fijes , Traite des üèvres.

tî^arrive «les snperpnrgations , surtout si on emploie des puigatifs ! un peu forts; c’est encore un fait appuyé sur 1 observation.

Il suivroit de ces deux remarques , qu’il ne faudroit jarnais pur«

: ger que lorsque le pouls est int6stinül : cependant la piatique fait ' voir que les purgatifs ^ meme les plus forts ^ con\ lennent dans des I cas où le pouls reste , pour ainsi dire , oppresse et dans un état non criticjue , par la présence des matières dans les premieies voies ; c’est le cas des maladies dont il est question dans le chapitre XXVIlï,

1 et qui, quoique humorales , paroissent tout d Un coup etre 72eryeuses P c’est encore le cas de certaines indispositions chroniques ) comme les bouffissures à la suite des fièvres d accès , etc. ^

La preuve que le purgatif a alors bien réussi, c est qiiapies i son effet , le pouls reste intestinal plus ou moins sensiblement , et R sans irritation P ce qui démontre qu’il ne lui manquoit , pour [( prendre cette modification à laquelle il avoit de la pente , qu a y I être déterminé par l’action d’un purgatif : c est un des cas oii la médecine active brille le plus. , . . . . .

Il faut alors bien distinguer l’espèce et le degré àl irritation ^ ainsi j que la cause de l’état non critique du pouls ; si cet état provient ji d’un degré considérable de spasme et de sensibilité , on a toiit ,j à craindre et peu à espérer de l’application d un purgatif j on doit ' s’attendre à une sorte de superpurgation plus nuisible encoie que t celle dont il est ci-dessus question : on doit craindre 1 inflamma-» I tion des entrailles et ses suites : si le pouls n’est qvi oppressé , qu il r ait du corps y de la lenteur , une dilatation médiocre, c est un [i signe qu’il ne se développe point dans ce cas-là , à cause d une l inertie J d’une insensibilité des entrailles que les purgatifs neveil-*

I lent avec succès.

Les purgatifs agissent alors à peu près comme l’émétique , moins I par l’évacuation qu’ils occasionnent que par les fortes secousses j qu’ils excitent dans les entrailles : or il est bon de dire , à l’égard I des émétiques, que la loi d’Hippocrate qui defend de purger lorsqu il ( lî’y a pas des signes de turgescence ou d’abondance de matières ,

’ n’est pas faite pour eux. Ce remède , souvent moins décisif ou de : moindre conséquence que les purgatifs , surtout lorsque le pouls i est supérieur^ peut être placé presque dans tous les états et dans , tous les temps de la maladie.

Dumoulin disoit , après soixante ans de pratique , ce qu’il s’étoit I » rarement repenti d’avoir donné l’eniétique , et qu il s étoit sou- ( J) vent repenti de ne l’avoir pas donné »,

Si la présence du pouls intestinal simple , et celle du pouls non critique sans irritation , permettent l’application des purgatifs , il faut bien se garder d’y avoir recours lorsque le pouls est dans ; d’autres états ^ s’il est simplement développé et dans un état de ' foiblesse, sans annoncer aucune excrétion particulière, il est à

I craindre que Faction d’un purgatif ne le rende compliqué, qu’il Tj’éfeigne ses forces , et qu’il n’empêche les efforts salutaires qu il jiaroît faire pour se relever : si le pouls est décidé pour quelque évacuation critique autre que celle des entrailles, qu il soit , par exemple , guitLiral ou pectoral ^ il est certain qu’il y a tout à

craindre de l’effet d’un purgatif, à moins qu’il ne reste dans le pouls une irritation ou une complication occasionnée par la présence des matières dans les premières voies : or cette irritation peut quelquefois donner au pouls une disposition au rebondissement symptomatique , qui cède avec succès à l’action du purgatif , ce qui n arive pas si le rebondissement est critique ; mais l’émétique réussit toujours mieux en ce cas-là que les purgatifs.

On ne peut s’empêcher d’être surpris de la conformité des idées des médecins qu’Hippocrate appelle anciens , avec celle des modernes : les premiers purgeoient comme les derniers dans tous les jours des maladies ^ on peut donc dire qu’à cet égard la médecine a fait peu de jirogrès : mais pourquoi Hippocrate avoit-il abandonné l’idee de ses prédécesseurs sur les purgatifs ? et pourquoi les modernes ont-ils abandonné le sentiment d’Hippocrate, qui étoit de purger seulement les jours pairs?

Nous avons remarqué ci-dessus que les purgatifs dont Hippocrate parloit , en reprochant à ses prédécesseurs de les appliquer dans tous les jours des maladies , étoient des purgatifs efficaces: or , l’espèce de purgatifs employés par les modernes dans les maladies aiguës , n’auroit certainement pas mérité cette dénomination, a juger de la force des purgatifs suivant ce que devoit en penser Hippocrate, lui qui ne connoissoit pas nos purgatifs ininoratifs qui sont de l’usage le plus commun : ces minoratifs auroient vraisemblablement été regardés par Hippocrate comme étant assez' indijférens , et ils le sont souvent en effet 5 d’où il suit que les modernes qui appliquent les minoratifs dans tous les jours d’une maladie , ne sont pas pour cela directement opposés à Hij^pocrate , qui pretendoit que les purgatifs efficaces ne doivent être employés que dans les jours pairs.

La manière dont Chirac s’explique dans l’endroit ci-dessus cité , n’éclaircit pas assez cette question pour qu’il faille la regarder comme une question décidée. La résolution des humeurs , dit-il^ n arrwe qu apiLs le septième , mais on peut toujours purger en attendant. On peut purger , c’est-à-dire qu’on peut aj^pliquer des minoratifs ou des remèdes indifférens ; mais ce n’est pas là ce qui s’appelle purger , surtout dans l’esprit d’Hq^pocrate. Il est vrai que Chirac ajoute qu’il est dangereux de ne pas purger avant le sept et le vingt-un : voilà la grande question • elle n’est certainement pas décidée contre Hippocrate et en faveur de Chirac , quand même on donneroit à la décision de ce dernier toute l’authenticité possible ; en effet , il resteroit à décider si , en purgeant avant le sept et le vingt-un , il ne faut pas choisir les jours pairs , suivant l’avis d’Hippocrate^ c’est-à-dire, en un mot, s’il n’est pas nécessaire de choisir de certainstemps par préférence à d’autres dans l’application des purgatifs , au lieu de se faire une loi de purger au moins de deux jours V un. • /

Écoutons encore Chirac sur une matière qui ne peut paroi tre de peu de considération aux vrais amateurs de l’art. Le septième jour, dit Chirac, est un jour respectable , et qui demande une suspen^ sion des grands remèdes : un des plus grands remèdes est sans.

doute la purgation , il ne faut pas y avoir recours au septième jour , suivant Chirac j ce médecin semble donc forcé de se rapprocher d’Hippocrate , qui disoit qu’il ne faut pas purger aux jours impairs. On ne peut aussi soupçonner que les superpurgations observées par Baiilou à la suite des purgatifs appliqués dans de certains temps des maladies, étoient arrivées dans les jours notés par Hippocrate , et respectés par Chirac , plus que par ceux qui se sont donnés pour être ses disciples.

Que faut-il donc penser , après ces réflexions , de ceux qui ne cessent de vanter l’usage des potions purgatives continuées depuis le premier jour d’une maladie jusqu’au dernier? est-il surprenant que cette pratique ait fait tomber Asclépiade et ses partisans dans un excès tout opposé , et mérité aux purgatifs les reproches qui leur sont faits par Hoffmann et par tant d’autres médecins?

Il est évident qu’en se réglant uniquement sur les signes tirés du pouls , il seroit nécessaire , comme on l’a vu ci-dessus , de choisir dans les maladies aiguës , les temps auxquels ont peut appliquer des purgatifs : les indications prises de la marche du pouls rapprocheroient donc beaucoup de l’opinion d’Hippocrate , et devroient éloigner à proportion de celle des médecins qui donnent des purgatifs dans tous les jours et dans tous les états des maladies.

Il faudrait au moins convenir qu’en suivant cette dernière méthode , on hasarderait bien des purgatifs. S’ils n’étoient pas nuisibles à la marche du pouls , ils lui seraient au moins assez indif férens , étant pris dans la classe des minoratifs et des apozèmes , devenus si communs et donnés avec si peu de scrupule et de choix dans ces temps-ci • on les donne en effet continuellement , soit dans les maladies purement nerveuses et rebelles à toute crise soit dans les maladies humorales àsins lesquelles la nature marque ordinairement , si on ne la dérange point , le moment favorable à la purgation. 'Tenir le ventre libre , faire couler la bile , avoir des évacuations , c’est tout ce que quelques praticiens se proposent; heureusement ils emploient des médicamens peu efficaces.

La saignée. L’histoire de Pierre Brissot , médecin de la faculté de Paris , au commencement du seizième siècle , nous donnera occasion de placer ici quelques réflexions au sujet de la saignée.

La pratique reçue à Paris au temps de Brissot , au sujet de la saignée , étoit de la faire , dans la pleurésie , du côté opposé à celui de la douleur, suivant la doctrine des Arabes : Brissot fit voir que cette doctrine étoit opposée à Hippocrate et à Galien ; il essaya le contraire avec succès.

Brissot , rebuté vraisemblablement par les contradictions qu’il dut essuyer à Paris, en combattant des opinions adoptées par ses maîtres, devint plein de l’envie de voyager même jusqu’au Nouveau-Monde ; il s’arrêta en Portugal , oh il ne manqua point de proposer sa doctrine.

Denis, médecin du roi de Portugal, et qu’on doit mettre au rang des hommes qui ne se sont fait connoître que par des critiques malheureuses; ce Denis, qui vouloit s’ériger en maître souverain

Je l’art , soutint contre Brissot la doctrine des Arabes ; il en appela ■ à l’académie de Salamanque , qui se décida en faveur de Brissot.

Les partisans de ce dernier , qui mourut pendant la dispute , se • multipliant prodigieusement , Denis dressa contre eux toutes sortes i de batteries ^ ils furent publiquement taxés d’ignorance et de témé- ■ rité ^ on les peignoit comme des novateurs et des perturbateurs du repos public : la dispute fut portée au tribunal de l’empereur , qui ne prit point de parti dans cette affaire j cependant il parut dans ; toute l’Europe des livres en faveur de Brissot, dont les sectateurs; demeurèrent vainqueurs pour quelques temps.

U Qui n’admireroit , dit Bayle , d’un côté l’entêtement qui se » remarque dans l’homme pour la commune traditive , quelque » mal fondée qu’elle soit ; et de l’autre , la facilité qu’a le public )) pour se déclarer pour ou contre certains remèdes ? Il est ordi- » nairement entraîné par la cabale qui sait le mieux crier (i) ».

L’histoire de la médecine ancienne et moderne fournit beaucoup d’exemples à peu près semblables à celui de Brissot , et précisément à l’égard de la saignée : elle pourroit souvent donner lieu à des réflexions pareilles à celle de Bayle.

Les siècles passés ont vu des médecins non moins courageux que Brissot , fronder les opinions les plus généralement reçues au sujet de la saignée : les uns, toujours en colère contre la saignée, ne cessoient de la condamner ^ ils paroissoient même vouloir la bannir absolument de la médecine ; d’autres en faisoient le remède à tous les maux • ils comptoient leurs triomphes par le nombre de saignées qu’ils avoient ordonnées.

Le public ne manquoit pas de prendre parti dans toutes ces querelles de médecine ^ tantôt il étoit décidé contre la saignée ; tantôt il prodiguoit toutes sortes d’éloges aux sectateurs les plus outrés de ce remède ; il applaudissoit à ceux qui savoient en imposer de meilleure grâce : quelques jolies épigrammes tenoient lieu de tout , et servoient même à consoler ceux qui étoient la victime des entreprises les plus hasardées ; on voyoit les villes partagées entre le médecin a7?zî de la saignée , et le médecin ennemi de la saignée.

Il étoit à présumer que la découverte de la circulation du sang finiroit toutes ces querelles : cela n’arriva point ; on ne ht que changer , pour ainsi dire , les termes de la dispute. Autrefois il s’agissoit de savoir ce qu’Hippocrate et Galien avoient pensé ., et ’ les expériences venoient au secours de la décision qu’on trouvoit dans lés ouvrages de ces auteurs.

Depuis la découverte de la circulation , la théorie fut mise à la place des opinions d’Hippocrate et de Galien ^ on ne parloit que de démonstrations, et il n’étoit question que des lois d’hydraulicpie , qui ne peuvent presque pas être appliquées au corps humain .

En un mot , la saignée adoujours donné lieu à des disputes et à des discussions surprenantes ; il est même bon de remarquer que tout ce qu’on a dit sur la dérivation et la révulsion dans ce der-

(i) Dictionn. art. ÉsiSâOT,

nier siècle , peut précisément être regardé comme des suites de ia dispute de Brissot , et de ses argumens contre les Arabes.

Mais il faut avouer , à Flionneur de la médecine et de ceux qui l’ont cultivée avec soin , qu’il y a toujours eu des médecins judicieux qui 5 sans donner dans aucune sorte de secte , ont rejeté les idées outrées des amateurs de la saignée et de ses ennemis : il y a toujours eu et il y aura toujours des praticiens de cette espèce.

On peut de même avancer qu’il y aura dans la suite des génies bardis et singuliers , qui prenant bien leur temps et profitant des circonstances pour s’opposer aux opinions les plus reçues , s’illustreront , les uns , en remettant en vogue l’usage des saignées , les autres , en combattant cet usage de toutes leurs forces. Tous les siècles ont vu de ces sortes de réformateurs utiles à quelques égards , et fort nuisibles à d’antres. Le seul moyen d’éviter des excès ridicules , sera toujours de bien évaluer les preuves sur lesquelles sont fondées la nécessité et l’utilité de la saignée.

Les malades livrés à eLix-mêmes dans les maladies aiguës , ont Cîuelquefois des hémorrhagies : c’est un fait connu et démontré dans les Épidémies d’Hippocrate ; c’est là vraisemblablement ce qui a donné lieu de tenter d’abord de faire des saignées, c’est le point duquel des modernes même sont partis pour en établir les lois (i).

Mais il faut bien prendre garde , en partant de ces principes , de rien négliger de ce qui peut éclaircir la théorie de la saignée: prenons pour exemple une observation d’Hippocrate , déjà citée au chapitre Aîîî. « La fille de Larisse , qui avoit une fièvre ardente , » fut parfaitement jugée au sixième jour par une abondante bé- » morrhagie du nez , et resta sans fièvre. Méthon fut jugé à la santé J) le cinquième jour, par un flux de sang de la narine gauche ».

Conclure de là que la fille de Larisse et Méthon avoieut trop de sang, qu’ils avoient besoin d’être saignés, que la saignée auroit tenu lieu de ces hémorrhagies , c’est tirer des conclusions trop générales , et qui ne sont pas même la suite nécessaire de l’observation.

Voici ce qu’il en faut conclure : la fille de Larisse fut parfaitement jugée au sixième jouP par une abondante hémorrhagie du nez ; par conséquen t la fille de Larisse étoit , au sixième jour, dans un état à avoir besoin d’une abondante hémorrhagie du nez : de même Méthon fut jugé à la santé le cincpdème jour par un flux de sang de la narine gauche ^ par conséquent Méthon étoit , au cinquième jour , dans un état à avoir besoin d’un flux de sang de la narine gauche.

L’état des malades qui sont à la veille ou au moment d’avoir line hémorrhagie , mérite d’avoir une attention particulière : considérer cet état comme une simple pléthore , ou comme une preuve d’une trop grande quantité de sang dans les vaisseaux , ce seroit vouloir aller de front contre des observations journalières.

En effet , il est difficile d’imaginer , par exemple , qu’un malade qui a été saigné plusieurs fois , et auquel il survient une liémor-

(j) Voyez Freind. Com. snrles Epidem. et tou'j ceux qui l’ont copié.

4oo ^ RECHERCHES

rliagîe , ait plus de sang au moment qui précède cette hémorrliagie , qu’il n’en avoit avant les saignées , temps auquel il n’y avoit , point d’hémorrhagie.

Ce qui se passe dans les femmes est encore plus sensible : il y en a qui ont des hémorrhagies naturelles et abondantes , dans des cas où l’on ne peut certainement pas accuser la pléthore : on voit des femmes qui ont des saignemens de nez ou des crachemens de sang presque tous les mois , à la fin de leurs règles ^ il est certain que l’évacuation des règles a sensiblement diminué la quantité du sang , le saignement de nez ou le crachement de sang ont donc une autre cause que l’abondance de sang : l’histoire des hémorrhoïdes fournit aussi des preuves à la même vérité.

Il est à présumer que les règles des femmes dépendent principalement d’un mouvement ou d’une action particulière de la matrice (i), et les hémorrhoïdes d’une disposition particulière des vaisseaux du bas-ventre. Or , en appliquant ce qui se passe par rapport à ces viscères , à ce qui doit se passer dans les hémorrhagies des différentes parties , il faudra convenir que l’état qui précède une hémorrhagie est une disposition particulière , tant des vaisseaux en général , qu’en particulier de ceux de la partie par laquelle l’hémorrhagie se prépare : cet état se dispose peu à peu: il a fallu dans la fille de Larisse et dans Méthon , cinq ou six jours de maladie pour opérer cette préparation.

On ne peut pas plus assurer que la diminution du sang par des saignées auroit tenu lieu de la révolution qui a du se passer pour procurer l’hémorrhagie , qu’on ne peut dire que les saignées empêchent les réglés , ou en tiennent lieu.

Le temps d’une maladie dans lequel se fait une hémorrhagie, doit aussi être examiné bien scrupuleusement^ dans la fille de Larisse et dans Méthon , l’hémorrhagie arriva du cinquième au sixième Jour : il resterait à savoir si des saignées placées en d’autres temps , auroient fait tomber la fièvre comme le firent ces hémorrhagies. .

11 faut encore faire attention , daius l’histoire d’une hémorrhagie , à la partie par laquelle elle se fait suivant les lois ordinaires de la nature : les règles ne peuvent jamais être regardées comme étant bien parfaites et bien naturelles , que lorsqu’elles se font par la matrice j elles vident ou elles soulagent principalement les vaisseaux de cette partie , et remédient par là à tous les dérangemens des autres parties , auxquels l’état de la matrice donne lieu : de même l’écoulement des hémorrhoïdes n’est salutaire , qu’autant qu’en procurant la liberté requise aux vaisseaux du bas-ventre , tous les organes qui ont du rapport avec ces vaisseaux , se ressentent de cette liberté.

La fille de Larisse et Méthon avoient principalement les vaisseaux de l’intérieur des narines engorgés du cinq au six de leur fièvre, et par l’effet de la révolution qui se fit ces jours-là j c’est pourquoi l’évacuation de ces vaisseaux a bien fait à leur maladie :

(i) Voyez Recherches sur les glandes.

SUR LE POULS. 4oi

ce qu’il n’est pas assuré qu’eut produit une évacuation de sang par d’autres vaisseaux , en suivant strictement la marche tenue par la nature.

Ceux qui voudroient la suivre avec le scrupule et la sagesse convenables dans l’application des saignées , ne devroient donc jamais manquer de considérer avec attention l’état d’une maladie propre à disposer l’engorgement des vaisseaux qui exigeroit une saignée , le temps de cette maladie auquel cette évacuation devroit avoir lieu , et la partie dans laquelle il faudroit la faire.

C’est en suivant le fond de ces principes que Galien s’opposa à une saignée qu’on vouloit faire , et qu’il pronostiqua hardiment une hémorrhagie du nez , qui parut en effet , et qui termina la maladie. L’histoire des modilications critiques du pouls ,^uimanquoit en partie à Galien , lui auroit sans doute beaucoup servi pour assurer son pronostic.

Il est à propos de remarquer au sujet de ces hémorrhagies naturelles , qu’il semble qu’on les craigne un peu trop j qu’elles soient ou critiques ou symj)tomatiques , il est certain que les saignées par lesquelles on prétend y remédier ou les arrêter , ne les arrêtent pas toujours j d’ailleurs, si elles sont critiques, c’est un mal que de les arrêter j et si elles sont symptomatiques , on risque d’occasionner un état de foiblesse , duquel le malade ne se relève point y on contribue par là à la diminution ou au ralentissement de l’effort critique occasionné par l’évacuation du sang • ce qui fait que la maladie n’est jugée qu’imparfaitement : cette réflexion est une suite nécessaire de la remarque qui a été faite à la suite de l’observation CXVII.

Le saignement de nez , dans le courant d’une fièvre continue , est souvent pris pour une indication d’une ou de plusieurs saignées du pied ’y cependant ces saignées ne l’arrêtent pas toujours; et s’il arrive qu’on les multiplie, on ajfaisse le pouls, on diminue

force de ses pulsations; mais souvent on ne change rien à l’espèce'de ses batternens ; c’est-à-dire que le rebondissement propre au pouls nasal se rencontre souvent après plusieurs saignées du pied; et quoique alors le saignement de nez ait diminué, ou qu’il ait cessé , l’artère n’en a pas moins de tendance à faire remonter le sang vers les parties supérieures ; or cette tendance étoit précisément ce à quoi il falloit remédier ; c’est ce que les saignées n’opèrent point.

Hippocrate dit dans ses Épidémies , que « ceux qui , ayant des « fièvres aiguës , ont eu un flux abondant et copieux de sang par » le nez , sont tous échappés , et qu’il n’en est mort aucun dans » cette constitution ». Cette seule réflexion devroit rassurer ceux qui craignent les hémorrhagies jusqu’à un certain point.

On peut conclure de toutes ces remarques sur les hémorrhagies , que ceux qui les prendroient pour une preuve de la nécessité des saignées, ne seroient en droit d’avoir recours à ce remède qu’en prenant bien des précautions , dont l’examen n’est pas de ce lieu.

La principale qu’il y auroit à prendre , seroit de déterminer si une hémorrhagie doit être critique ou symptomatique ; c’est à

4o2 recherches

quoi rhistoire du pouls pourroit être fort utile : la présence du pouls nasal bien décidé dans une fièvre , accompagnée de symptômes qui sembleroient indiquer la saignée , serviroit au moins à mettre en problème , s’il ne seroit pas plus prudent , dans ce casîà , d’attendre une hémorrhagie annoncée , par ses signes propres , à l’exemple de Galien , que de tâcher d’y suppléer par une saignée , qui ne pourroit pas être faite dans les mêmes circonstances , et à la même partie par laquelle l’hémorrhagie se préparoit : on 2>ourroit faire le même raisonnement sur les autres hémorrhagies.

Les embarras et les engorgemens des vaisseaux artériels ou veineux, trouvés à l’ouverture des cadavres, servent encore de fondement à l’opinion de la nécessité des saignées , même réitérées. Il faut convenir qu’il n’y a rien qui paroisse plus concluant ou plus séduisant que les preuves tirées de ces observations sur les cadavres : on y trouve les vaisseaux très-pleins de sang • il est donc naturel d’imaginer que cette plénitude de vaisseaux auroit dû être emportée par des saignées : telle fut la théorie de Chirac , théorie simple , à la portée de tout le monde , et à laquelle on ne sauroit refuser d’être fort spécieuse.

Il est vrai que, comme on l’a déjà opposé aux sectateurs de Chirac , ces engorgemens de vaisseaux sont plutôt l’effet que la cause du mal , et qu’ils sont toujours la suite de quelques étranglemens , ou. de quelques embarras particuliers , qui est la vraie cause à combattre.

Mais quand cela seroit , il n’est pas moins certain que l’engorgement des vaisseaux formant une maladie locale , qui doit avoir ses effets particuliers , il faut toujours tâcher de la détruire y sans compter qu’il est naturel d’imaginer que le relâchement occasionné par l’évacuation du sang peut influer heureusement sur la cause de l’engorgement: c’est ainsi que dans le flux hémorrhoïdal , dans ' les règles et dans les autres hémorrhagies naturelles , l’évacuation des vaisseaux engorgés ne laisse point que d’être très-favorable , quoique cet engorgement soit la suite d’un embarras particulier dans quelque viscère , et qu’il ne soit pas , à proprement parler, la véritable cause à combattre. ^

Pourquoi ne pas regarder la plupart des engorgemens veineux qui se trouvent dans les cadavres , comme des espèces d’hémorrhagies internes ou manquées , et comme des suites des efforts qu’a faits la nature pour préparer une évacuation de sang , à laquelle l’art auroit du pourvoir ?

Il faut l’avouer de bonne foi , si on se livre uniquement au raisonnement , les partisans de Chirac ne seront jamais sans réponse : mais il s’en faut bien que l’observation soit en ceci d’accord avec leurs rais.onnemens ^ ils ont beau promettre des succès merveilleux de la part des saignées , l’événement ne répond point à ce qu’ils avancent.

Ce n’est pas à dire que ceux qui suivent une autre route , et qui n’ont presque pas recours à la saignée , soient toujours plus heureux , surtout dans les maladies compliquées et malignes : ce seroit £.e flatter beaucoup trop , que de présumer que la privation seule

SUR LE POULS. 4o3

des saignées doive guérir ces maladies cruelles ^ telles sont celles dont il est Cjiieslion dans le chapitre XXX.

On peut même dire , en général , que les partisans des saignées comptent trop sur leur effet et sur leur nécessité ^ et que réciproquement ceux qui n’ont que rarement recours aux saignées , en craignent beaucoup trop les suites. 11 n’est pas vrai qu’il périsse autant de malades par F usage des saignées , qu’on pourroit le conclure des i^rincipes des ennemis de la saignée ; il est encore moins vrai que ceux qui ne font presque point de saignées , voient périr autant de malades que semblent le croire les partisans des saignées.

Ces erreurs , qui peuvent être démontrées par des faits sans réplique , et par ce qui se pratique journellement , même en France , dans les hôpitaux de Paris et dans ceux de Montpellier, viennent de la difficulté qu’il y a de bien distinguer les saignées utiles et nécessaires y d’avec les saignées nuisibles et indijférenles.

Cette distinction , nous ne nous flattons pas de la donner 5 nous nous bornons ici à avancer , qu’eu égard aux modifications du pouls, les saignées faites pendant V irritation ou pendant les premiers temps des fièvres, sont rarement nuisibles, à condition que les forces àu pouls les permettent , et que la quantité de saignées ne soit pas portée à un certain point.

Il n’en est pas de même des saignées faites dans le second teraj^s , surtout lorsque la crise se décide : il est certain qu’alors les saignées sont très-dangereuses , ainsi que dans le dernier temps , à moins que l’état critique du pouls ne soit compliqué avec une irritation considérable.

De manière qu’on peut avancer que le pouls éé irritation peut ordinairement supporter les saignées , pourvu que le malade ne soit point à l’entrée d’une crise , et qu’il ne soit pas arrivé aux derniers redoublemens qui , vu la perte des forces , ne peuvent avoir que des suites funestes.

L’état critique du pouls n’exige point de saignées , et il n’en souffre même presque point ^ elles allongent alors , ou elles déconcertent sensiblement les maladies : or , cet état critique peut être pris, si on n’y regarde pas de bien près , pour une augmentation de fièvre qui exige des saignées y elles sont alors suivies de très-mauvais effets.

Il faudroit , pour juger encore mieux de l’état qui exige les saignées dans les maladies , pouvoir exactement distingLier dans le pouls éé irritation y le caractère qui indiqLie que les forces de la machine et la marche naturelle de la maladie emporteront sûrement cette irritation y c’est ce que nous n’examinerons point ici , puisque nous avons déjà dit au chapitre XXIII , que nous n’entrions point dans un examen circonstancié du j)Ouls éé irritation ou non critique.

Nous dirons seulement qu’il seroit à souhaiter aujourd’hui qu’il fût possible de faire naître quelques doutes et quelques craintes dans ccLix qui placent la saignée sans prendre les mesures et les précautions convenables. Quelque utile que puisse être ce secours dans un état marqué éé irritation y quoiqu’il puisse être souvent

4o4 ÏIECHERCHES

assez indijférent , quoiqu’il remëdie à quelques symptômes ou qu’il rie dérange pas toujours la marche des maladies , il y a des cas oii il allonge singulièrement les maladies , pour ne rien dire de plus.

On trouvera dans les observations de ce chapitre , l’histoire de quelques maladies dans lesquelles on auroit dû être plus modéré à l’égard des saignées ; et on peut rappeler ici les observations détaillées dans la première partie du chapitre XXIX.

L’opium. On sait que le sommeil rend le pouls plus libre, p\us souple , plus égal et souvent plus fort , ou du moins plus dilaté qu’il ne l’est pendant la veille il y a même des personnes dans lesquelles le sommeil rend le pouls supérieur , ou très-disposé à le devenir : on en trouve enfin dans lesquelles le pouls semble disposé à la sueur pendant le sommeil.

L’opium éVeve le pouls , il le dilate , il le rend plus souple , moins convulsif, quelquefois plus fréquent : il lui donne une modification à peu près semblable à celle qu’il a dans un sommeil profond , et qui approche beaucoup du pouls développé , du supé-rieur , et de celui de la sueur.

Ces effets de l’opium bien examinés , pourroient servir à terminer bien des disputes au sujet de l’usage et de l’application de l’opium : il suffira de placer ici quelques réflexions , sans entrer dans aucune discussion critique.

L’opium développe le pouls , il lui donne une modification propre eux excrétions critiques de la peau, ou à la sueur ^ il le rend supérieur et tel qu’il se trouve dans le sommeil naturel y le pouls prendra certainement ces modifications beaucoup plus aisément lorsqu’il y sera disposé par sa modification actuelle , par la nature , et par l’état de la maladie.

D’où il suit , 1°. que comme dans les commencemens des maladies , le pouls n’est rien moins que dilaté , et qu’il doit nécessairement rester dans cet état de constriction ]jeîîdant l’espace de quelques redoublemens , ce seroit tenter une chose difficile et trop précoce , que de s’efforcer à le développer brusquement : ainsi l’opium ne convient pas en général dans les commencemens des maladies , soit simples , soit compliquées , à moins qu’elles ne soient purement spasmodiques.

C’est ainsi qu’on l’a quelquefois donné avec quelques succès dans les fièvres intermittentes au commencement du frisson , surtout lorsque ces fièvres étoient plus nerveuses epLhumorales : 'cette observation est donnée pour nouvelle dans un ouvrage qui vient de paroître , et elle ne l’est point (i).

^ 2®. Mais comme dans le progrès ou dans le deuxième temps de la maladie , le pouls , livré à lui-même , se développe ou tend à se développer , à moins que quelque constriction spasmodique, qu’il faut distinguer des symptômes essentiels de la maladie , ne s’y oppo|,e , on peut alors tenter d’emporter , par le secours de l’opium , ces constrictions qui gênent la marche naturelle de la maladie j car alors la seule présence du sommeil éloignant l’effet de la trop

(i) Mém. des corresp. de l’Académie des sciences , tome 2.

SUR LE POULS. 4o:>

grande sensibilité des nerfs, la maladie se juge, et la crise se travaille , précisément par la seule suspension de cette sensi^ bilité,

3°. Les maladies compliquées et malignes dans lesquelles tous les organes sont plus ou moins affoiblis et engorgés, et peu disposés à une révolution critique, heureuse et prompte, ces maladies sont peu en état de supporter TeiTet de Topium : celui qu’il pro» duiroit sur le cerveau , en procurant le sommeil , ne pourroit qu’être nuisible , puisque les fonctions de ce viscère ne sont que trop engourdies dans la plupart des maladies malignes; celui qu’il produiroit sur le pouls ne seroit pas plus favorable , puisque celui-ci se trouve dans une constriction presque indélébile ou indissoluble : or , cette constriction deviendroit d’autant plus opiniâtre , qu’on diminueroit davantage l’état de sensibilité , de laquelle seule dépendent les ressources qu’il peut y avoir dans les maladies exactement malignes , comme on l’a fait voir au chapitre XXX.

4“. Comme toutes les espèces de pouls critiques se trouvent souvent compliquées avec le pouls irritation ^ meme dans les derniers temps des maladies , il y a des cas dans lesquels la sensibilité des nerfs, et par conséquent l’/r/viat/on du pouls, étant suspendue par l’effet de l’opium , la crise s’opère bien plus heureusement : c’est pour cette raison que l’opium peut être bien associé avec les remèdes propres aux crises désignées par le pouls : il n’en faut pas meme excepter les purgatifs.

Au reste, la plus ou moins grande sensibilité des malades peut rendre l’opium plus ou moins utile y et comme cette sensibilité est souvent de nature à ne rien déranger dans le cours ordinaire de la maladie , il arrive que l’opium qui remédie à cette sensibilité (qui n’est tout au plus qu’une incommodité légère) , ne doit pas être regardé comme exactement nécessaire en pareil cas; ainsi ce remède n’est pas moins sujet que tous les autres à être regardé comme indifférent dans bien des cas , quoiqu’il ait procuré du sommeil , parce que ce sommeil n’a presque rien changé au fond de la maladie; c’est ce qu’il est important de bien considérer en évaluant l’usage qu’on peut faire de l’opium.

Comme il est question , dans la plupart des observations c-ontemies dans cet ouvrage , des effets produits par les remèdes dans la marche des maladies , nous nous contenterons de rapporter quelques exemples de leurs effets peu favorables à la suite de la saignée et des purgatifs.

Obs. CLXXIV , Une femme âgée de près de quarante ans accoucha d’un enfant mort, à la fin du huitième mois. Elle fit, deux jours avant sa couche , un effort violent pour éviter une chute. Elle sentit une vive douleur du coté droit de la matrice , pour laquelle on lui fit une saignée du bras. Elle étoit au quatrième jour de sa couche , et tout paroissoit bien se passer ; il se fit cependant ce jour-ià une éruplion miliaire sur les jambes, mais sans autre fâcheux accident. La malade étoit dans cet état lorsqu’elle

4o6* RECHERCHES

entendit: son mari, en rentrant le soir chez lui, faire un cri si effroyable , qu’elle crut qu’on l’assassinoit j elle eut dès ce moment un frisson et un tremblement considérable , qui suspendit toutes les évacuations, et fît tout d’un coup affaisser les mamelles^ le pouls devint serré , coiii^ulsif, dur , et la tête se prit en même temps : quatre heures après le pouls parut se développer un peu , étant pourtant encore inégal ^ vide , peu constant , mais avec une roideur notable des parois de V artere. Je proposai de soutenir les forces par une potion légèrement cordiale et des boissons un peu sudorifiques , bien persuadé qu’il n’y avoit pas de plus pressante indication que celle d’aider ce» développement.

Un médecin de grande réputation , effrayé , au contraire , de l’inflammation et de l’erygorgement , dont il prétendoit que tous les viscères étoient menacés , fut d’avis de faire une saignée du yjied ; ce qui fut exécuté sur-le-champ. Le sang vint avec assez de force. Bientôt après la saignée, le pouls devint plus foihle , plus petit , plus vide , F artere demeurant toujours roide et tendue : l’embarras de la tête ne fut point diminué, et la malade mourut six heures après la saignée; c’étoit le cinquième jour de sa couche et le septième de sa chute.

Il faut bien se garder de conclure de cet exemple qu’il est toujours dangereux de saigner les femmes en couche ; mais comme , dans le cas dont il s’agit ici , le pouls se trouvoit tel qu’il se trouve dans plusieurs agonisans , on ne peut pas être surpris du fâcheux effet de la saignée, ou du moins de son inutilité.

On pourroit encore citer plusieurs exemples de saignées faites dans des cas de petite-vérole , avec un pareil état du pouls , et suivies d’événemens aussi funestes.

Il est fort ordinaire de voir le pouls prendre des forces nouvelles sur la fin des maladies , et il ne faut pas regarder ce dernier effort comme exigeant des saignées; elles ne font alors qu’accélérer la mort.

Cette augmentation apparente des forces du pouls , et son affaissement total après les saignées, sont surtout très-fréquens dans les fièvres dans lesquelles la tête est prise , et qui passent souvent pour des fièvres malignes. On fait une saignée qui paroît apporter quelque soulagement, parce qu’elle affoiblit ; on se décide bientôt à en faire d’autres , et le malade tombe tout d’un coup dans un affaissement mortel.

Il est même bon de remarquer qtie tous ces accidens arrivent quelquefois dès les premiers jours des fièvres cérébrales malignes; quoique ces fièvres ne soient décidées que depuis peu de temps, elles sont pourtant arrivées à leur fin dès ces premiers jours , parce que , comme on l’a dit au chapitre XXX , elles ont parcouru leurs premiers temps insensiblement.

' Obs. CLXXJ-'^. Le pouls est petit , convulsif , mais foible pendant les premiers jours d’une fièvre continue dans un vieillard ; le pouls se relève et se développe vers la fin du cinquième jour; il devient un peu pectoral .* jusqu’alors on n’avoit point osé faire

de saignée, à cause de la faiblesse du pouls; on crut que c’étoit là le moment favorable, et on en fit une du bras, qui diminua sensiblement la force et le déifeloppement du pouls; dès le lendemain , qui étoit le sixième , il se fit un engorgement à la poitrine , et le malade mourut le septième ; cette saignée fut placée précisément au moment auquel un pouls non critique , autant et plus par la foiblesse que par V irritation , commençoit à devenir critique,

Obs. CLXXJ^I. Neuf saignées faites du premier jour jusqu’au septième dans une fièvre continue accompagnée de délire , dans un jeune homme bien constitué : le pouls étoit assez développé vers le neuvième , et il paroissoit tendre à être pectoral et nasal ^ il y eut en effet un peu de saignement de nez et quelque légère toux ce jour-là; on fit le lendemain une saignée du pied, après laquelle le pouls se concentra beaucoup ; huit heures après le malade fut pris d’un tremblement général , qui dura jusqu’au lendemain onzième ; le malade mourut à la fin de ce jour-là. On avoit toujours mis en usage desapozèmes aiguisés avec le tartre stibié.

Cette saignée du pied a été placée, comme la précédente , au moment que la crise alloit se décider. La saignée fut déterminée à cause de l’augmentation de la fièvre et du saignement de nez , et en vue d’empêcher un dépôt à la tête, auquel on ne croyoit pas que les premières saignées et des évacuations presque continuelles par des purgatifs eussent pu pourvoir.

Obs. CLXXT^II. Six saignées faites en quatre jours dans une fièvre assez vive , avec point de côté et crachement de sang; le pouls étoit petit, serré., peu fréquent^ il paroît se développer a.u. einquième jour ; la fièvre augmente : on fait une septième saignée , qu’on croit d’autant mieux placée , que le sang se trouve encore fort couenneux ; le pouls redevient plus petit, plus serré et plus convïdsif qu’il ne l’avoit été au commencement de la maladie; la poitrine s’embarrassa, et le malade mourut le lendemain septième jour : les potions huileuses avec le kermès ne produisirent aucun effet remarqiiable.

Sydenham prétendoit que le sang couenneux fournissoit des indications certaines pour la continuation des saignées; il disoit même que, dans les pleurésies, il étoit plus sûr d’emporter la matière des crachats par une suite de saignées, que de laisser ces matières se mûrir par la coction , et se disposer à l’expectoration.

Mais Sydenham n’a pas pris garde que , dans la plupart des maladies aiguës de la poitrine , la matière des crachats abonde , et tend toujours , par le degré de fièvre , à se fixer dans la partie la plus affectée ; or , il n’arrive que trop souvent que des saignées faites en pareil cas, sans de justes indications, diminuent mal à propos les forces qui auroient été nécessaires pour disposer cette matière à l’expectoration.

Elle reste alors adhérente dans les vaisseaux et dans le tissu cellulaire du poumon , oh elle forme des engorgemens bientôt •suivis d’un état de gangrèïie , ou qui donnent occasion à des sup-

4o8 RECHERCHES

piirations lentes^ au lieu que rexpectoration bien établie auroit emporté toutes ces matières muqueuses , que la seule chaleur de la fièvre et les mouvemens redoublés des vaisseaux peuvent rendre fluides , et propres à passer dans les vaisseaux excrétoires.

Obs. CLXXVIIJ . Un vieillard dans lequel le pouls a été trèsfoible pendant les premiers temps d’une maladie qui n’avoit pas un caractère bien déterminé , prend au septième jour un purgatif assez fort, mais qui eut peu d’èffet : le pouls s’étoit relevé ce jour-là^ il se développoit , quoique toujours foible : il devint, après l’effet du purgatif, vif et concentré ; le ventre fut gonflé et tendu , quoique sans douleur : le malade mourut le neuvième.

Chirac , d’après les anciens , disoit , comme nous l’avons remarqué au commencement de ce chapitre , qu’il ne falloit pas faire de grands remèdes au septième jour : le développement commençoit à se faire dans le pouls de ce vieillard. Ce développement indique que la nature travaille à la crise ^ mais il n’annonce pas l’espèce d’évacuation qui se prépare ; il est donc toujours plus sage d’entretenir le développement que de prétendre décider la crise par quelque couloir particulier • cette précaution est encore plus nécessaire dans les cas oii les forces manquent , comme dans celui dont il est question j il y en a oh la nature reprend ses droits , et le pouls son développement y après l’effet d’un remède; mais ce remède est alors au muins précoce ou indifférent.

On trouve des cas dans lesquels un purgatif bien efficace , apidiqué lorsque le pouls est développé décide la crise par les évacuations du ventre ; il faut , pour cela , que la maladie soit bien humorale , et que le malade ait beaucoup de forces.

Obs. CLXXIX. Mal de gorge dans un jeune homme vigoureux; le pouls se développe ÿ il devient pectoral après plusieurs saignées , l’émétique et des apozèmes : les crachats étoient épais et abondans; on donna le treizième de la maladie un purgatif qui produisit de copieuses évacuations peu bilieuses ; le malade se sentant fort affoibli , on lui fit manger furtivement un œuf avec du pain; il eut le soir un frisson violent, le pouls devint trèsconvulsif la poitrine s’engagea , la tête se prit , et le malade mourut à la fin du quatorzième.

Il se joignit ici une indigestion à l’eifet d’un purgatif placé dans le temps oh l’expectoration se décidoit aŸec peine; ce qui dérangea absolument le mouvement critique.

Obs. CLXXX. Disposition inflammatoire au ventre dans un jeune homme foible , et qui avoit long-temps soulfert la faim; Je pouls est petit, un peu irrégulier dur, pendant dix jours ; on ht trois saignées du bras , et on employa des délaya-ns , des huileux et des fomentations. Yers le onzième , le pouls paroît se développerle malade tousse, la langue s’humecte, la peau s’assouplit, la carnation du visage devient plus naturelle; le ventre est moins tendu et beaucoup moins douloureux ; un purgatif compose de casse et de manne , donné le douzième , concentre le pouls , tend de nouveau le ventre et fait cesser la toux ; le pouls se relève

vers le treizième et le quatorzième , et paroît intestinal. Il survient un dévoiement , pendant lequel Je pouls redevient trèspetit : le malade s’affoiblit beaucoup par ce dévoiement , et meurt le dix-huitième jour.

C’est ici une sorte de snperpurgation occasionnée moins par la force du purgatif, que parce qu’il fut mal placé. Ceux qui , pour purger , prennent toujours leurs indications de la cessation de l’irritation , et de l’humidité de la langue, ne considèrent point que ces symptômes sont la preuve que la nature prend le dessus, et que ce qu’on appelle la matière morhijique est moins à craindre , qu’il ne l’est d’augmenter l’irritation par des purgatifs, surtout lorsqu’il paroît par la toux , comme dans ce cas-ci , que le déve-loppement du pouls ayant duré un certain temps, on peut se flatter que le pouls deviendra pectoral ^ et que la crise se fera par les crachats. Jl faut éviter que la maladie n augmente et ne reviemie ; si la fièvre devient plus considérable , les vaisseaux tombent dans un engorgement mortel. Ces propositions et d’autres de cette espèce , peuvent occasionner bien des bévues étant trop généralisées.

Obs. CLXXXI. On a observé dans plusieurs fièvres malignes ou cérébrales qui alloient jusqu’au trente ou trente-cinquième jour, que le pouls qui éloit petit , co7?ew/s'/y^ pendant les premiers jours , devenoit nasal vers le sixième et le neuvième , sans cesser d’élre convulsif ; il survenoit des saignemens de nez plus ou moins abondans • les saignées du bras et du pied , des apozèmes aiguisés par de l’émétique et d’autres purgatifs, ne paroissoient produire dans le pouls aucun changement bien remarquable jusque vers le vingtième ou le vingt-cinquième* alors le porils paroissoit se développer, et devenoit supérieur nasal ou pectoral. Tl y avoit des saignemens de nez ou de la toux , avec quelques crachats qui venoient difficilement : des purgatifs qu’on plaçoit du vingt-cinquième au trentième changeoient d’abord le pouls , et le rendoient convulsif et non critique , et les malades périssoient du trente au trentecinquième , par des engorgemens qui se formoient à la tête ou à la poitrine.

De toutes les parties , la plus prise dans ces fièvres malignes , c’est ordinairement l’arrière-narine ^ l’engorgement dans les vaisseaux des anfractuosités du nez , paroît souvent être une des causes principales des maladies aiguës les plus graves , comme l’engorgement des vaisseaux hémorrhoïdaux l’est des maladies chroniques. Les crachats qui viennent de la gorge et du nez , les hémorrhagies de ces parties, sont ordinairement critiques sur la fin de ces maladies aiguës * les purgatifs les empêchent d’autant plus promptement , que les malades sont très-foibles lorsqu’ils sont parvenus à ce terme , surtout si on a fait plusieurs saignées au commencement de la maladie.

Obs. CLXXXJT. Fièvre continue avec des redoublemens dans un sujet qui paroît bien constitué^ le pouls a éîé vif, dur , fréquent, peu pendant les neuf premiers jours; cjuatre sai-

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gnëes du bras , deux du pied , l’émétique et des purgatifs n^y ont presque rien changé pendant ces neuf jours: au dixième, le pouls se développe ^ du onzième au douzième , il tend à être pectoral ^ il survient une toux légère , suivie de quelque excrétion séreuse par les glandes de la gorge et du nez • le treizième , on donna un purgatif qui produisit d’assez copieuses évacuations : ce jour-Ià rineme le pouls redevint serré et convulsif ^ et il demeura pendant trois jours assez constamment dans cet état • il se releva ensuite , et la toux reparut ainsi que la disposition aux crachats. On fit alors une saignée du bras , et le lendemain dix-huitième on donna un autre purgatif, ce qui remit de nouveau le pouls dans son état convulsif, et le rendit plus foible qu’il n’avoitété ; aussi les forces furent-elles considérablement abattues , la peau devint aride , le pouls encore plus concentré.

Cependant on continue à faire couler le ventre y le pouls paroît devenir plus vif, sans se développer ; on y aperçut quelques réduph c allons , ce qui me fit juger qu’il pourroit devenir pectoral : et en effet , vers le vingt-imième , il y eut des crachats tenaces , peu abondans et un peu purulens ; la fièvre se soutient sans que le pouls se développe davantage* la toux devient plus fréquente , et vers le trentième il commence à y avoir des sueurs nocturnes, îe malade étant alors presque dans le marasme , et les crachats demeurant toujours de la même qualité , sans venir ni avec plus de facilité , ni avec plus d’abondance.

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