XXIII: JOURNÉE
Fruit de lEucharistie : vivre de la vie de Jésus-Christ. Ibid.
Mon ame, tu as établi le fondement : tu ‘as cru en simplicité, par un simple acte. Epanche-toi maintenant dans la méditation d'un si grand bienfait : développe-toi à toi-méme tout ce qu'il contient, tout ce que Jésus t'a donné par ce peu de mots. Vous êtes donc ma victime, Óó mon Sauveur : mais si je ne faisois que
1 Luc., XIIr, 12.
vous voir sur votre autel, sur votre croix, je ne saurois pas assez que c'est à moi, que c'est pour moi que vous vous offrez : mais aujourd'hui que je vous mange, je sais, je sens pour ainsi parler, que c'est pour moi que vous vous étes offert. Je suis participant, de votre autel, de votre croix, du sang qui y purifie le ciel et la: terre, de la victoire que vous y avez remportée sur notre ennemi, sur le démon, sur le monde; victoire qui vous fait dire : « Le monde vous affligera; mais prenez courage, j'ai vaincu le monde !. »
Si vous vous étes offert pour moi, done vous m'aimiez : car pour qui donne-t-on sa vie, si ce n'est pour ses amis? Je vous mange en union avec votre sacrifice, par conséquent avec votre amour : je jouis de votre amour tout entier, de toute son immensité; je le ressens tel qu'il est : j'en suis pénétré : vous venez vousméme me mettre ce feu dans les entrailles, afin que je vous aime d'un amour semblable au vótre. Ah! je vois maintenant et je connois que vous avez pris pour moi cette chair humaine , que vous en avez porté les infirmités pour moi, que c'est pour moi que vous l'avez offerte, qu'elle est à moi. Je n'ai qu'à la prendre, à la manger, à la posséder, à m'unir à elle. En vous incarnant dans le sein de la sainte Vierge, vous n'avez pris qu'une chair individuelle : maintenant vous prenez la chair de nous tous, la mienne en particulier; vous vous l'appropriez : elle est à vous : vous la rendrez comme la vótre par le contact, par l'application de la vótre; premièrement pure, sainte, sans tache; secondement immortelle, glorieuse : je recevrai le caractère de votre résurrection, pourvu que j'aie le courage de recevoir celui de votre mort. Venez, venez, chair de mon Sauveur : charbon ardent, purifiez mes lévres : brülez-moi de l'amour qui vous livre à la mort. Venez, sang que l'amour a fait répandre : coulez dans mon sein, torrent de flamme. 0 Sauveur, c'est donc ici votre corps, ce méme corps percé de plaies. Je m'unis à toutes : c'est par là que tout votre sang s'est écoulé pour moi : vous languissez, vous mourez, vous passez : c'est ici votre passage : je passe, j'expire avec vous. Que m'est le monde? rien du tout : je suis crucifié au monde, et
1 Joan., XVI, 33.
EN
le monde à moi. Il ne me plait pas et je ne veux pas lui plaire, Il ne me goüte pas : tant mieux pour moi, pourvu que je ne le goüte pas aussi. La rupture s'est faite de part et d'autre : ce n'est pas comme quand l'un aime et l'autre hait : je ne puis souffrir le monde, qui de son cóté ne me peut souffrir : tel qu'est un mort à l'égard d'un mort, tel est le monde pour moi, et moi pour le monde. Heureuse rupture ! Mais le monde dira ceci, dira cela ; le monde dira que je veux encore lui plaire dans ma séparation : qu'importe qu'il dise ? « Je suis attaché à la croix avec Jésus- Christ : je vis, non plus moi, mais Jésus-Christ en moi : et ce que j'ai de vie dans la chair, je l'ai en la foi du Fils de Dieu, qui m'a aimé et s'est livré pour moi. »
Si je suis encore touché d'un amour humain, je vis encore : si je hais celui qui me hait, je vis encore : si je ressens les injures, je vis encore : si je suis touché du plaisir, je vis encore : si la douleur me pénétre, je vis encore. Adieu, adieu; je m'en vais : je ne suis plus de rien : je ne suis plus moi : «c’est pour Jésus-Christ que je vis; c'est Jésus- Christ qui vit en moi. » C'est ainsi qu'il faudroit être : c'est le fruit de l'Eucharistie : ah! que j'en suis loin ! mais je n'y viendrai que par elle.
VM LA VULE LL RA RA LEUR TALTARO VARAURUNA TUXVXATNNRA VAR AUR VUUV VUUVULULLLEU
XXIV* JOURNÉE
Par la communion, le fidèle consommé en un avec Jésus-Christ. Matth., xxvi, 26.
« Ceci est mon corps? : » c'est donc ici la consommation de notre union avec le Sauveur : son corps n'est pas à lui, mais à nous : notre corps n'est pas à nous, mais à Jésus-Christ. C'est le mystère de la jouissance, le mystère de l'Epoux et de l'Epouse. Il est écrit : « Le corps de l'Epoux n'est pas en sa puissance, mais en celle de l'Epouse?. » Sainte Eglise, chaste Epouse du Sauveur, ame chrétienne qui l'avez choisi pour votre Epoux dans le baptéme en foi et avec des promesses mutuelles, le voyez-vous ce
1 Galat., 11, 49, 20; v1, 14. — ? Matth., xxvi, 26. — ? I Cor., vit, 4.
corps sacré de votre Epoux ? le voyez-vous sur la sainte table où on le vient de consacrer? Il n'est plus en sa puissance, mais en la vótre : « Prenez-le, » dit-il, il est à vous : vous avez sur lui un droit réel. Mais aussi votre corps n'est pas à vous : Jésus le veut posséder. Ainsi vous serez unis corps à corps, et vous serez deux dans une chair ; qui est le droit de l'Epouse et l'accomplissement parfait de ce chaste, de ce divin mariage.
L'usage passe, mais le droit demeure : on n'est pas toujours dans ce chaste embrassement : mais on y est de désir, on y est de droit : « Ainsi, dit notre Sauveur, qui me mange demeure en moi et moi en lui!:»il n'y demeure pas pour un moment : cette jouissance mutuelle a un effet permanent : « Qui me mange, » qui jouit de moi, « demeure en moi. » Maisl'union est réciproque: « demeure en moi et moi en lui. » Que cette union est réelle! Que l'effet en est permanent ! Le corps de Jésus-Christ est en ma puissance : j'ai recu ce droit sacré par le baptéme : je l’exerce dans l'Eucharistie. Mon corps est donc au Sauveur, comme le corps du Sauveur est à moi. Il y faut joindre un chaste et parfait amour : « Comme mon Père est vivant et que je vis pour mon Père, ainsi celui qui me mange vivra pour moi? : » il ne respirera que mon amour : il n'aura de vie que celle qu'il recevra de moi.
C'est aussi à quol nous conduit le souvenir de la mort de notre Sauveur. Dans ce tendre, dans ce bienheureux , dans ce cher souvenir, « l'amour de Jésus-Christ nous presse, pendant que nous pensons que si un seul est mort pour tous, tous aussi sont morts; et un seul est mort et ressuscité pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux ?. »
Prenons done ce corps sacré avec transport, avec ce bienheureux excès dont parle saint Paul dans le méme endroit : «Si, dit-il, nous sommes transportés en notre esprit et hors de nous-mêmes, c'est pour Dieu *. » Oui, à la présence de ce corps, je suis hors de moi : je m'oublie moi-même : je veux jouir de l'Epoux et de lui seul. « Quoi! je prendrois ce qui est uni avec Jésus-Christ jusqu'à faire un corps avec lui, pour l'unir à une impudique et devenir
1 Joan , v1, 51. — ? Ibid., 58. — 9 II Cor., v, 14, 15. — * Ibid., 13,
SERMONS. DE NOTRE-SEIGNEUR, XXIVe JOURNÉE. 369
avec elle un méme corps ! A Dieu ne plaise‘! » Mais tout ce qui partage mon cœur, tout ce qui en Ôte à Jésus-Christ la moindre parcelle, est pour moi cette impudique qui veut m'enlever à Jésus- Christ. Que tous les mauvais désirs se retirent! « Mon corps » uni au corps de Jésus « n'est pas pour l'impureté, mais pour Jésus- Christ, et Jésus-Christ aussi est pour mon corps ?. » Voici le parfait accomplissement de cette parole : l'Eucharistie nous explique toutes les paroles d'amour, de correspondance, d'union, qui sont entre Jésus-Christ et son Eglise, entre l'Epoux et l'Epouse, entre lui et nous. :
Dans le transport de l'amour humain, qui ne sait qu'on se mange, qu'on se dévore, qu'on voudroit s'incorporer en toutes manières, et comme disoit ce poéte, enlever jusqu'avec les dents ce qu'on aime pour le posséder, pour s'en nourrir, pour s'y unir, pour en vivre? Ce qui est fureur, ce qui est impuissance dans l'amour corporel, est vérité, est sagesse dans l'amour de Jésus : « Prenez, mangez, ceci est mon corps : » dévorez, engloutissez, non une partie, non un morceau, mais le tout.
Mais il faut que l'esprit s'y joigne : car qu'est-ce aussi que s'unir au corps, si on ne s'unit à l'esprit? « Celui qui est uni au Seigneur, qui lui demeure attaché, est un méme esprit avec lui?. » Il n'a qu'une méme volonté, un méme désir, une méme félicité, un méme objet, une méme vie.
Unissons-nous donc à Jésus corps à corps, esprit à esprit. Qu'on ne dise point : L'esprit suffit : le corps est le moyen pour s'unir à l'esprit : c'est en se faisant chair que le Fils de Dieu est descendu jusqu'à nous : c’est par sa chair que nous devons le reprendre pour nous unir à son esprit, à sa divinité. « Nous sommes faits participans, dit saint Pierre, de la nature divine *, » parce que Jésus-Christ a aussi participé à notre nature. Il faut done nous unir à la chair que le Verbe a prise, afin que par cette chair nous jouissions de la divinité de ce Verbe, et que nous devenions des dieux en prenant des sentimens divins.
Purifions done notre corps et notre esprit, puisque nous devons ‘être unis à Jésus-Christ selon l'un et selon l'autre. Rendons-nous
1] Cor., VI, 15, 16. — ? Ibid., 43. — 9 Ibid., v1, AT. — 5 IL Petr., 1, 4.
dignes de recevoir ce corps virginal, ce corps concu d'une vierge, né d'une vierge. Purifiez-vous, sacrés ministres, qui nous le donnez. Que votre main qui nous le donne soit plus pure que la lumière ! que votre bouche qui le consacre soit plus chaste que celle des vierges les plus innocentes! O quel mystère! Avec quelle pureté doit-il étre célébré ! « Le mariage est saint et honorable entre tous; et la couche nuptiale est sans tache'; » mais elle n'est pas encore assez sainte pour ceux qui doivent consacrer la chair de l'Agneau. Par cette sainte institution que l'Eglise a toujours eue en vue, les doctes le savent, depuis le temps des apôtres, qu'elle a enfin établie quand elle a pu, dès les premiers siècles, partout où elle a pu, et d'une manière plus particulière dans l'Eglise d'Occident et dans celle de Rome spécialement, consacrée et fondée par les deux princes des apôtres saint Pierre et saint Paul, l'Eglise veut préparer à ce corps vierge, à ce corps formé d'une vierge, des ministres dignes de lui et nous donner une vive idée de la pureté de ce mystère. « Prenez, mangez, ceci est mon corps : » purifiez votre corps qui le doit recevoir, votre bouche où il doit entrer. La pureté de la bouche, c'est qu'il n'en sorte que des paroles de bénédiction : la pureté de la bouche, c'est de modérer sa langue, la tenir le plus qu'on peut dans le silence : la pureté de la bouche, c'est de désirer le chaste baiser de l'Epoux, et renoncer à toute autre joie qu'à celle de le posséder. Amen, amen.
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XXV* JOURNÉE
L'Eucharistie est le gage de la rémission des péchés. Matth., xxvi, 27, 28.
« Buvez-en tous : ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance : le sang répandu pour vous en rémission de vos péchés ?. » C'est ici la partie la plus étonnante du mystère et celle aussi, comme on voit, où Jésus parle avec plus de force. Qu'il nous donne à manger la chair de son sacrifice, la chair de la -pâque , c'est la coutume, c'est le dessein de ce sacrifice : mais
1 Hebr., xui, 3. — ? Matth., xxvi, 28; Marc., XIV, 24; Luc., xxi, 20.
jamais on n'en a bu le sang, ni celui d'aucune victime, encore qu'on eût mangé les chairs. « Moïse, dit saint Paul, ayant récité devant tout le peuple toutes les ordonnances de la loi , prit du sang des victimes avec de l'eau, et en jeta sur le livre méme et sur tout le peuple, en disant : C'est le sang du Testament que Dieu a fait pour vous. » Voilà, ce semble, tout ce qu'on peut faire du sang des victimes, en arroser tout le peuple, mais non pas le lui donner à boire. Jésus-Christ seul va plus avant. Moise dit en jetant le sang des victimes sur le peuple : « Ceci est le sang de l'alliance; » à quoi le Sauveur regarde manifestement, lorsqu'il dit : « Ceci est mon sang de la nouvelle alliance. » C'est donc du sang en l'une et en l'autre occasion. Tout le peuple en est touché, mais différemment. Car il en est touché par aspersion sous Moise, et l'aspersion qu'ordonne Jésus c'est de le boire : c'est la bouche, c'est lalangue, qui doit en étre arrosée par cette aspersion : « Buvez-en tous, dit-il; car c’est mon sang, le sang de la nouvelle alliance : le sang répandu en rémission des péchés ?. »
Cette différence des deux Testamens est pleine de mystère. Une des raisons qui étoit donnée aux anciens pour ne point manger le sang, « c'est à cause qu'il étoit donné, dit le Seigneur, afin qu'étant répandu autour de lautel, il soit en expiation de nos ames et en propitiation pour nos péchés : et pour cela j'ai commandé aux enfans d'Israél et aux étrangers qui demeurent parmi eux, de n'en manger point *. » On leur défend de manger du sang, « à cause qu'il est répandu pour la rémission des péchés; » et au contraire, le Fils de Dieu veut qu'on le boive, « à cause qu'ils est répandu pour la rémision des péchés. »
C'est par la méme raison qu'il étoit écrit : « Toute victime qu'on immolera pour expier le péché dans le sanctuaire ne sera pas mangée , mais elle sera consumée par le feu *. » Et cette observance signifioit que la rémission des péchés ne pouvant pas s'ac complir par les sacrifices de la loi, ceux qui les offroient demeuroient sous l'interdit et dans une espèce d'excommunication, sans participer à la victime qui étoit offerte pour le péché : mais par
1 Exod., XXIV, 85 Hebr., 1x, 19, 20.— ? Matth., xxvt, 21,— 9 Levit., xvit, 11, 12. — * Levit., V1, 30.
une raison contraire Jésus-Christ ayant expié nos ames et ayant parfaitement accompli la rémission des péchés par l'oblation de son corps et l'effusion de son sang, il nous ordonne de « manger ce corps livré pour nous, et de boire le sang de la nouvelle alliance versé pour la rémission des péchés, » pour nous montrer qu'elle étoit faite et que nous n'avions plus qu'à nous l'appliquer.
Goütons donc dans l'Eucharistie la grace de la rémission des péchés, en disant avec David : « Bienheureux ceux à qui leurs iniquités sont remises et dont les péchés sont couverts! Bienheureux celui à qui le Seigneur n'impute point de péché, et qui ne s'impose point à lui-même ‘, » dans la pensée qu'il a qu'ils lui sont pardonnés! Et encore : « Mon ame, bénis le Seigneur, et que tout ce qui est en moi bénisse son saint nom! Mon ame, bénis le Seigneur, et n'oublie pas ses bienfaits : c'est lui qui remet tous tes péchés : c'est lui qui guérit toutes tes maladies : il ne nous a pas traités selon nos péchés; il ne nous a pas rendu ce que méritoient nos fautes : autant que le Levant est loin du Couchant , autantil a éloigné de nous nos iniquités ?. »
Quel repos à une conscience troublée de son crime et alarmée de la justice divine qui le presse, de goüter dans le corps et dans le sang de Jésus la grace de la rémission des péchés, et par là méme d'en effacer tous les restes !
Apprenons que l'Eucharistie est un remède des péchés : si nous nous purgeons des grands, elle effacera les petits et nous donnera de la force pour éviter et les petits et les grands.
C'estle péché qui met la séparation entre Dieu et nous : se purifier des péchés, c'est Ôter tout empéchement et rendre les embrassemens entre l'Epoux céleste et son Eglise, plus ardens , plus purs, plus intimes,
LU UV AR UV VU VUUVUUUU VUUUUVUV LULU UV UVUUUU UV VUUWÜLEC VA/VUTNYV VULV VU VIV VUA. WVWVUVAV VU LUUV