XIX: JOURNÉE
L'Eucharistie mémorial de la mort du Sawveur.
« Avant que de souffrir : » ce sont les derniéres paroles du verset 15 du chapitre xxu de saint Luc. Cherchons avec humilité pourquoi il falloit que Jésus-Christ institut et qu'il mangeàt cette pàque avec ses disciples avant que de souffrir, plutôt qu'après et lorsqu'il fut ressuscité.
Il avoit dessein dans ce mystère de nous rendre sa mort présente, de nous transporter en esprit au Calvaire, où son sang fut répandu et coula à gros bouillons de toutes ses veines. « Ceci, dit-il, est mon corps donné pour vous, rompu pour vous » et percé de tant de plaies : « Ceci est mon sang répandu pour vous?.» Voilà ce corps, voilà ce sang qui nous sont mis devaut les yeux comme séparés l'un de l’autre. Afin que tout cadrât à son dessein, il falloit que ce mystère fût institué à la veille de cette mort sanglante, «la nuit méme oü il devoit étre livré?, » comme remarque saint Paul, lorsque Judas machinoit son noir dessein et qu'il étoit prét à partir pour l'exécuter. Que dis-je, prét à partir? « Il part de la table ^ » où lui et les autres disciples mangeoient pour la dernière fois avec leur Maitre, où il venoit de leur donner son corps et son sang, et à Judas comme aux autres : il part à ce moment pour l'aller livrer : dans deux heures il le mettra entre les mains de ses ennemis. Jésus est lui-méme déjà tout troublé de sa mort prochaine, du trouble mystérieux que nous avons vu : c'est
1 [ Joan., 111, 9.— ? Matth., xxvi, 26, 28; Luc., xXII, 19, 20.— 3 I Cor., x1, 23. — * Joan., XII, 30.
en cet état, c'est parmi ce trouble et la mort pour ainsi parler déjà présente, qu'il institue la nouvelle pâque.
Toutes les fois donc que nous assistons, que nous communions à son mystère; toutes les fois que nous entendons ces paroles : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang, » nous devons nous souvenir dans quelles conjonctures , à quelle nuit, au milieu de quels discours elles furent proférées. Ce fut en disant devant, ce fut en répétant aprés: « Un de vous me trahira : la main de celui qui me trahira est avec moi à la table *. » L'institution de la Cène est faite dans cette conjoncture : pendant que les apótres avertis de la perfidie d'un de leurs compagnons, se regardoient les uns les autres et demandoient avec étonnement et avec frayeur : « Sera-ce moi? » que Judas le demandoit lui-méme, et que le Sauveur lui dit : « Oui, c’est vous, vous l'avez dit *; » ajoutant encore, pour lui faire sentir qu'il lisoit au fond de.son cœur ses noires machinations : Va, achéve, malheureux : « fais promptement ce que tu as à faire *. » C'est au milieu de ces actions et de ces paroles, et pendant qu'il désignoit des yeux et de la main celui qui alloit faire le coup; c’est, dis-je, parmi toutes ces choses qu'il institua l'Eucharistie.
Nela mangeons donc jamais, n'assistons jamais à la célébration de ce mystére, que nous ne nous transportions en esprit à la triste nuit où il fut établi, et que nous ne nous laissions pénétrer des préparatifs affreux du sacrifice sanglant de notre Sauveur. Car e'est pour cette raison que saint Paul, en racontant cette institulion, nous remet devant les yeux cette nuit affreuse : « J'ai, dit-il, appris du Seigneur ce que je vous ai enseigné, que le Seigneur Jésus, la nuit où il devoit être livré, prit du pain *, » et le reste. C'est dans cette nuit, songez- y bien et remarquez cette circonstance.
Il pourroit sembler que l'Eucharistie étant un mémorial de cette mort, en devoit étre précédée. Mais non : c'est aux hommes, dont les connoissances sont incertaines et la prévoyance tremblante, à laisser arriver les choses, avant que d'ordonner qu'on s'en sou-
1 Matth., xxvi, 915 Luc., xxii, 91. — 2 S 91.— *1Con,Xn23. ^ ^ — DO Me Da
vienne. Mais Jésus bien assuré de ce qui alloit arriver et du genre de mort qu'il devoit souffrir, sépare par avance son corps et son sang : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang, dit-il; mon corps livré : mon sang répandu ! : » souvenez-vous-en : souvenez-vous de mon amour, de ma mort, de mon sacrifice et de la manière admirable dont s'aecomplira votre délivrance.
Ainsi quand Dieu institua la pâque, à la veille de la délivrance du peuple de Dieu, lorsque tout le monde étoit en attente de ce qu'il feroit la nuit suivante pour accomplir cet ouvrage, il leur dit: « Immolez un agneau : prenez- en le sang : lavez-en vos portes : je viendrai, je verrai ce sang et je passerai : l'ange exterminateur ne vous frappera pas: et j'épargnerai à cette marque les maisons des Israélites, pendant que je remplirai celles des Egyptiens de carnage et de deuil, en faisant mourir tous leurs premiers-nés, et ce sera là le coup de votre délivrance ?. » C'est ce que Dieu dit dans l'Exode. Mais que dit-il dans le méme lieu? « Vous renouvellerez tous les ans la méme cérémonie : vous immolerez un agneau, vous le mangerez avec les mémes observances: et quand vos enfans vous demanderont quelle est cette religieuse cérémonie, vous leur répondrez : C'est la victime que nous célébrons en mémoire du passage du Seigneur, lorsque frappant toute l'Egypte, il épargna, il passa les maisons des Israélites et nous délivra par ce moyen de la servitude oü nous étions ?. »
Dieu done, qui savoit ce qu'il vouloit faire, en institua aussi le mémorial avant que la chose füt arrivée, afin qu'en faisant la pâque, non-seulement ils se souvinssent de leur délivrance, mais qu'ils se souvinssent encore que ce sacré mémorial avoit été établi à la veille d'un si grand ouvrage, et pendant que tout le peuple étoit en attente d'un si grand événement.
La nouvelle páque est instituée dans le méme*esprit : et toutes les fois qu'on la célèbre parmi nous, et on la célèbre non pas tous les ans comme la pâque ancienne, mais tous les jours; toutes les fois, dis-je, qu'on la célèbre et que nos enfans qui nous la verront célébrer avec tant de religion et de respect, nous demanderont
1 Matth., xxvi, 26, 28; Luc., xxu, 19, 20. — ? Exod., xit, 3, 6, 7, 12, 13, 23- — 3 [bid., 25-21. ;
quelle est cette cérémonie, nous leur dirons : C'est le mystère que Jésus-Christ institua avant sa mort, mais cette mort déjà présente, pendant qu'on tramoit le noir complot qui le devoit mettre en croix le lendemain, pour nous laisser un mémorial de cette mort et la perpétuer en quelque sorte parmi nous. Venez, venez, mes enfans; préparez-vous à communier avec nous, et souvenez-vous de votre Sauveur, immolé pour l'amour de vous.
Il falloit done pour accomplir l'ancienne figure de la pâque, il falloit que la nouvelle pâque, qui devoit être le mémorial éternel de la mort de Jésus-Christ , füt instituée avant cette mort : « J'ai désiré, dit Jésus, de la manger avec vous avant que de souffrir *. » Et qu'étoit-ce en effet que la pàque ancienne, si ce n'étoitla figure dela véritable délivrance du peuple de Dieu? «Immolez un agneau, prenez-en le sang : lavez-en vos portes : je vous délivrerai à cette marque ?. » Dieu avoit-il besoin du sacrifice d'un agneau pour accomplir ses ouvrages? Avoit-il besoin d'un signal et de cette marque de sang pour connoitre les maisons qu'il vouloit épargner? Tout cela manifestement se faisoit en notre figure, pour nous apprendre que nous ne serions délivrés que par le sacrifice de Jésus- Christ, l'agneau sans tache immolé pour le péché du monde et en vue du sang de son sacrifice. Et Jésus-Christ établitle mémorial d'un si grand bienfait, comme Dieu avoit établi celui de la délivrance du peuple ancien, avant que la chose füt arrivée, afin que nous connussions que notre Dieu n'est pas comme les hommes, qu'il sait prévoir toutes choses et les faire comme il convient à un Dieu.
Accoutumons-nous donc, en assistant au saint sacrifice et encore plus en communiant, à nous remplir la mémoire de la mort de notre Sauveur et de la nuit où il fut livré. Regardons l'institution de l'Eucharistie comme un nouvel engagement qu'il prenoit encore avec nous et avec son Pére, pour se dévouer à la mort. Et quelle merveille qu'il l'ait prévue à la veille qu'elle arriva, puisque non-seulement il l'avoit prévue longtemps auparavant, comme on le voit en tant de lieux de son Evangile, mais encore comme on le voit dans la loi et dans les prophètes, dès l'ori gine du monde, par tant de prédictions, par tant de figures admirables?
1 Luc., xxi, 15, — ? Ezod., xit, 3-5.
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XX* JOURNÉE
Paroles de Jésus pour toucher Judas de componction. Joan., xur, 10-27.
Rappelons à notre mémoire toutes les paroles de Jésus-Christ sur le sujet de Judas dans cette nuit, des le lavement des pieds : « Vous étes purs, disoit-il, mais non pas tous. Car il savoit qui étoit celui qui le devoit trahir; » et un peu aprés : « Je ne parle pas de vous tous: je connois ceux que j'ai choisis: mais il faut que l’Ecriture soit accomplie, où il est dit: Celui qui mange à ma table lévera le pied contre moi ; et je vous le dis avant que la chose arrive, afin que vous connoissiez qui je suis, lorsqu'elle sera arrivée ‘. »
Ce n'étoit pas seulement pour l'instruction de ses fidèles disciples que Jésus-Christ parloit ainsi: c'étoit pour la conversion de ce perfide. Car qu'y a-t-il de plus puissant, pour convertir un pécheur, que de lui dire : Tu es vu? comme Nathan disoit à David : « C'est vous qui êtes cet homme ? : » vous êtes cet adultère : cet homicide : vous l'avez fait en secret, et moi je le découvrirai à toute la terre. Et David averti de cette sorte, confessa son péché et commenca sa pénitence. C'est ainsi que le Sauveur lui-même dit à Judas ? : C'est toi, c'est toi, malheureux : tu caches en vain tes noirs desseins : tu vas en vain chercher les Juifs dans le secret et parmi les ténèbres de la nuit : Tu es vu : on lit dans ton cœur : perfide, tu veux trahir ton Sauveur. Pourquoi nous cachonsnous, malheureux, si nous ne pouvons éviter les yeux de Jésus- Christ? N'est-ce pas assez que Dieu nous voie? Le comptons-nous pour rien, et ses yeux nous sont-ils indifférens ?
Il poursuit; et de peur de n'étre pas assez entendu : « Un de vous, dit-il, me trahira. Ils se regardoient les uns les autres, ne sachant de qui il vouloit parler ; et comme ils lui demandoient chacun en particulier : Est-ce moi, Seigneur? il leur répondit : Celui qui met la main au plat avec moi me trahira *. » Mais
1 Joan., XIII, 10, 11, 18, 19, — ? II Reg., xit, 7, 13. — ? Matth., xxv1, 25. — ^ Joan., X11, 21, 22; Matth., xxv, 22, 23.
comme plusieurs pouvoient l'y mettre ensemble, et que ce signal n'étoit pas précis, « Pierre fit signe à Jean, le disciple bien-aimé de Jésus, qui reposoit dans le repas sur sa poitrine, qu'il Iui demandât qui c'étoit : Et c'est celui, dit Jésus, à qui je donnerai un morceau trempé ; et l'ayant trempé, il le donna à Judas, fils de Simon Iscariote !. » Le voilà bien connu et bien désigné par son nom, par sa famille, par son caractere. Il s'appeloit Judas, son père étoit Simon, le titre de sa famille étoit « Iscariote : l'homme -de meurtres, » et parce qu'il devoit tuer le Sauveur, et parce qu'il devoit enfin se tuer lui-même. Où fuiras-tu, malheureux ! Tu es vu : ta destinée est marquée. Et nous, sommes-nous moins vus, quand nous trahissons notre Maitre, quand nous allons souvent de l'église, souvent de la table même du Sauveur, où? à quel complot? à quelle entreprise? Dieu le sait ; quand nous nous cachons pour vendre notre Maitre; à quel prix ? Qui n'en rougiroit, et oserons-nous le penser ? ;
« Ils furent extrêmement affligés à ces paroles du Sauveur, » de savoir qu'un de leur compagnie devoit trahir leur Maitre : quel scandale pour les Juifs: c'est un méchant : ses propres: disciples le livrent et ne le peuvent plus souffrir : quelle douleur à ceux qui aimoient leur Maitre de lui voir faire un tel affront ! Quand quelqu'un offense le Sauveur, ce devroit étre une affliction pour tous ses disciples, c'est-à-dire pour tous les chrétiens. « Tous furent affligés et lui demandoient : N'est-ce pas moi ?, » qui suis ce traitre et ce malheureux ? Et Judas, qui devoit se confondre et se convertir en voyant l'horreur et l’affliction que ce discours causoit à tous ses fréres, loin d'en étre touché, prend avec les autres un air de confiance et dit comme eux : « Seigneur, est-ce moi? » Et Jésus lui répondit : « Vous l'avez dit: c'est vous-même ?.» Cependant il n'est point ému et content de faire bonne mine, il persiste dans son dessein. Vous en êtes étonné ? Mais quoi ! quand vous machinez quelque crime et que vous faites cependant bonne contenance, Jésus ne vous voit-il pas? Ignorez-vous qu'il ne vous dise : « C'est vous-même ? » N'est-ce pas pour vous qu'il dit : « Le Fils de l'homme s'en va, ainsi qu'il a été écrit de lui ? » Il
1 Joan., xu, 23, 24, 26, — 3 Matth., xxvi, 22. — 3 Ibid., 95.
n'y a pour lui rien de-surprenant, ni de nouveau dans cette entreprise ; « mais malheur à celui par qui le Fils de l'homme sera livré ! II vaudroit mieux pour cet homme qu'il n’eût jamais été!, » Il ne dit pas : Il vaudroit mieux absolument ; car par rapport au conseil de Dieu et au bien qui revient au monde de la trahison de Judas, il faut bien qu'il vaille mieux qu'il ait été : mais la puissance de Dieu n'empéche ni n’excuse la malice de l'homme. Le bien quil tire de notre crime ne nous justifie pas : Malheur, malheur à cet homme, par qui Jésus est offensé ! Il vaudroit mieux pour cet homme qu'il n'eüt jamais été, puisqu'il est né pour son supplice, et que son étre ne lui sert de rien que pour rendre sa misère éternelle.
Disons done non plus sur Judas, mais sur tousles pécheurs endurcis et sur nous-mêmes : Malheur, malheur à cet homme ! « Maudit soit le jour de ma naissance ! » disoit Job, disoit Jérémie, en la personne des méchans et des réprouvés : « Ma mère, pourquoi m'avez-vous coneu? Malheureux celui qui est venu annoncer à mon père : Un fils vous est né! Pourquoi le sein de ma mère n'a-t-il pas été mon tombeau ! Nuit affreuse, nuit malheureuse, où j'ai été concu ! Que ce soit une nuit d'horreur, de tourbillon et de tempête ! que les étoiles n'y luisent jamais ! que l'aurore n'en dissipe jamais l'obseurité, puisqu'elle ne m'a pas étouffé en venant au monde et n'a pas fait de moi un avorton ! Mais s'il falloit que je naquisse, pourquoi m'a-t-on nourri ? Que ne suis-je mort dans mon enfance ! Et pourquoi falloit-il prolonger mes jours pour augmenter mes malheurs avec mes crimes *? » Il n'y auroit de remède à mes maux que le néant, et je ne l'obtiendrai jamais. Je subsisterai, malheureux ! «pour honorer la puissance de Dieu » par mon supplice, pour étre en butte à ses traits, « pour étre un spectacle de sa vengeance *. » Eternellement , éternellement : ah malheureux que je suis! Malheureux, encore un coup ! Disons sans cesse : malheureux ! disons-le pendant qu'il est temps : viendra le temps qu'on le dira inutilement, et qu'il ne servira de rien de connoitre son malheur.
1 Matth., xxvi, 24. — ? Job, ut, 1, 2, 3 et seq.; Jerem., xv, 10; xx, 14, 15 et seq. — ? Exod., 1x, 16; Rom., 1x, 1T.
« Malheur à celui par qui le Fils de l'homme sera trahi ; malheur à lui ! » Jésus le plaint : s'il le plaint, s'il en a pitié , il veut qu'il se convertisse : ce n'est pas en vain qu'il dit : «Il vaudroit mieux pour cet homme que jamais il ne fût né '. » Il est encore temps de se convertir : mais après le crime consommé, la miséricorde épuisée , tant de salutaires avertissemens rendus inutiles, il n'y a plus pour lui de miséricorde. Jésus lui parle pour la dernière fois avant son crime : « Fais vite ce que tu as à faire? ; » de méme qu'il dira bientôt : « Dormez maintenant et reposez-vous : le Fils de l'homme va être livré ?. » C'étoit à dire : Il seroit honteux de dormir en cette occasion : veillez donc. Le « fais vite, » dit de ce ton, veut donc dire : « Ne le fais pas: » tu es connu , tu es découvert : reconnois-toi aussi toi-méme, ne passe pas outre : ou bien, « fais vite » pour moi : car je suis pressé de souffrir et de sauver les hommes : mais pour toi, que veux-tu faire? « ami Judas, » quel est ton dessein ? « Pourquoi viens-tu? tu trahis le Fils de l'homme avec un baiser *. » Ah ! tu es encore mon ami, si tu le veux; et ce baiser qui est de ta part un baiser de traître, pourroit encore être de la mienne un baiser d'ami et de Sauveur, si tu avois recours à ma clémence.
« Reviens, reviens, prévaricatrice d'Israél : et pourquoi voulez-vous périr, maison de Jacob? Pour moi, je ne veux point la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive 5. »
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XXI JOURNÉE
Pacte, et trahison de Judas. Joan., xur, 27-30.
« Et aprés qu'il lui eut donné le morceau trempé, Satan entra en lui : et Judas l'ayant recu, il partit incontinent *. » C'étoit là le dernier avertissement qu'il devoit recevoir de Jésus-Christ, avant
qu'il allàt consommer son crime. Ce signal donné à saint Jean, de
1. Matth., xxvi, 24; Marc., xiv, 21. — ? Joan., xim, 27. — 5 Matth., xxvr, 45.
| — * Matth., xxvi, 505 Luc., XXII, 48. — 5 Jerem., 111, 125 Ezech., xxxi, 11, — $ Joan., xit, 26, 97. + :
SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, XXIe JOURNÉE 361
servir Judas à table, de lui présenter un morceau qu'il avoit trempé pour lui, n'en étoit pas moins à ce traître, selon la coutume , une marque d'honneur et de familiarité. Ce fut apparemment dans le méme temps qu'il lui dit : « C'est toi : » je te connois : ce qui étoit la manière de l'avertir la plus pressante. Judas y fut insensible, et en méme temps « Satan s'empara de lui? : » dés auparavant « il lui avoit mis dans le cœur de trahir son Maitre ?. » Mais maintenant, aprés ce morceau, il entre en lui : il se met en possession de ce malheureux, et il lui est entièrement livré. Le voilà un moment aprés qu'il sort de la compagnie de Jésus, pour ne plus y revenir que pour le livrer.
Il recut bien un autre morceau, si on peut l'appeler ainsi, mais qui n'est point marqué en particulier, parce qu'il fut donné à tous : ce fut le corps du Sauveur. Car saint Luc marque expressément qu'il dit encore après la cene : « La main de celui qui me trahira est avec moi dans cette table*.» Il a mis sa main jusque sur la viande céleste : jusque sur la coupe qui est remplie de mon sang : morceau funeste, breuvage terrible pour Judas ! Je ne puis douter que sa communion impie et sacrilége ne hátàt sa perte, et ne lui füt une occasion de scandale contre son Maitre. Car encore que l'Ecriture ne marque point en ce lieu que Judas ait été scandalisé du mystère de l'Eucharistie, il suffit qu'elle nous le marque en un autre endroit. Judas fut du nombre de ceux qui murmurérent à Capharnaüm à la première proposition de ce mystère. Ce fut lui qui donna occasion au Sauveur de demander à ses apôtres : « Et vous, voulez-vous aussi vous en aller » avec les autres qui me quittent? Car comme saint Pierre lui eut répondu au nom de tous, ainsi qu'il avoit accoutumé : « Seigneur, à qui irions-nous? Vous avez des paroles de vie éternelle ; et nous avons cru et connu que vous êtes le Christ, le Fils de Dieu. » Jésus lui fit bien connoître qu'il ne recevoit pas sa déclaration pour tous, puisqu'il repartit : « Ne vous ai-je pas choisis vous douze? etil y en a un de vous qui est un diable. Et, dit saint Jean, il entendoit Judas, fils de Simon Iscariote, qui le devoit livrer*, » encore qu'il füt un des douze.
1 Matth., Xxv1, 95. — ? Joan., xui, 21. — 9 Ibid., 2. — * Luc, xx11, 21. — 5 Joan., VI, 60, 68-72.
Cette parole nous fait voir que Judas fut un de ces impies murmurateurs , à qui la promesse de Jésus, de donner son corps à manger et son sang à boire, fut un scandale. S'il fut scandalisé de la promesse, on doit croire qu'il ne le fut pas moins de l'effet. Judas fut précipité de crime en crime. Aveuglé premièrement par son avarice, « qui lui faisoit dérober l'argent dont son Maitre l'avoit fait le gardien !, » il s’accoutuma à murmurer contre lui. Il commenca ses murmures à l'occasion de la promesse de l'Eucharistie : il les continua lorsque Marie répandit tant de précieux parfums sur la téte et sur les pieds du Sauveur , et il crut qu'elle lui ôtoit tout l'argent qu'elle employoit pour cela?. Il partit incontinent aprés, pour aller faire son marché avec les Juifs?. Un esprit corrompu tourne tout en poison. Le sacré banquet de l'Eucharistie acheva de perdre le traître disciple ; et ce fut en sortant de cette table sacrée qu'il alla premièrement à la trahison, et de là au désespoir et au cordeau.
Jésus, qui fait tout pour notre salut, permit que Judas recüt le don sacré avec les autres, afin que nous vissions les effets funestes d'une communion indigne. Voyez le bien-aimé disciple à la table du Sauveur et y reposant sur sa poitrine : voilà l'image de ceux qui communient dignement : ils se reposent sur la poitrine de Jésus : à l'exemple de saint Jean, ils apprennent à cette source les secrets célestes : comme lui ils sont honorés de la familiarité et des caresses de leur Maitre ; et fidèles imitateurs de sa chasteté, de sa bonté, de sa douceur, qui sont les vrais caracteres de saint Jean, ils sont dignes d'étre comme lui ses disciples bien-aimés. Voyez de l'autre côté un Judas à la communion : la disposition où il est, celle où il entre : ó Dieu, quelle opposition! quel effroyable contraste ! qui ne trembleroit à cette vue ?
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XXII JOURNÉE
Institution de l'Eucharistie.
Lisez les paroles de l'institution de la Cène, en saint Matthieu, ! Joan., xit, 6. — ? Ibid., 5, 6. — ? Matth., XXVI, 13, 14; Marc., xiv 10.
XXVI, 26, 27, 98, en ajoutant les paroles des autres auteurs sacrés, qui sont du méme sujet. « Pendant qu'ils soupoient, comme ils mangeoient encore ( grec), Jésus prit du pain, le bénit, et après avoir rendu graces ‘, le rompit et le donna à ses disciples, en leur disant: Prenez, mangez, ceci est mon corps donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi *. Et prenant la coupe aprés le souper, il rendit graces et la donna à ses disciples, en leur disant: Buvez-en tous, c'est mon sang , le sang dela nouvelle alliance, qui est répandu pour plusieurs en rémission de leurs péchés ; toutes les fois que vous le boirez, faites-le en mémoire de moi ?. » Voilà tout ce qui regarde l'institution. Seulement au lieu que saint Luc fait dire au Sauveur : Ceci est mon corps « donné» pour vous, saint Paul lui fait dire : Ceci est mon corps «rompu » pour vous * ; toujours dans le méme sens : il est livré à la mort, il est froissé de coups, percé de plaies, violemment suspendu à une croix ; en ce sens « rompu et brisé : » voilà le corps que Jésus nous donne ; le méme corps qui alloit bientót souffrir ces choses, qui les a maintenant souffertes. Encore un mot sur le texte. Au lieu que la Vulgate traduit : « Le sang qui sera répandu » pour vous , l'original porte : « Qui est répandu : qui se répand , » en temps présent dans saint Matthieu et dans saint Marc ; et sur le corps, le méme original porte dans saint Paul: « Le corps qui est rompu, qui se rompt, » pareillement en temps présent. Et en effet dans saint Luc, la version porte, aussi bien que l'original : « Qui est donné, qui se donne :» Quod datur, et non pas au futur, «sera donné 5 ; » dans le méme sens que Jésus disoit : « Pàque sera dans deux jours et le Fils de l'homme sera livré * ; est livré, » selon le grec : «il le va étre; » l'ouvrage est en train, on tient déjà le conseil pour "trouver le moyen dele prendre et de le faire mourir * : «Et le Fils de l'homme s'en va, comme il a été écrit de lui ; mais malheur à celui par qui le Fils de l'homme sera livré; est livré, » selon le grec?. Il parle toujours en temps présent, à cause que sa perte -étoit résolue, tramée pour le lendemain, et qu'on alloit dans deux
1 [ Cor., X1, 24. — ? Luc., xxii, 19.— 3 Ibid., 20 ; Y Cor., x1, 25.— * I Cor., XI, 24, dans le grec. — 5 Luc., XXII, 19. — 9 Matth., xxv1, 2, — " Ibid., 3. — -3 Matth., XxXv1, 24; Marc., XIV, 21; Luc., XXII, 22.
heures commencer à procéder à l'exécution, et afin aussi qu'en quelque temps que nous recevrions son corps et son sang , nous regardassions sa mort comme présente.
Chrétien, te voilà instruit: tu as vu toutes les paroles qui regardent l'établissement de ce mystère : quelle simplicité ! quelle netteté dans ces paroles! Il ne laisse rien à deviner, à gloser ; et s'il y faut quelque glose, c'est seulement en remarquant que selon la force de l'original; il faudroit traduire : « Ceci est mon corps, mon propre corps, le méme corps qui est donné pour vous : Ceci est mon sang, mon propre sang; e sang de la nouvelle alliance, le sang répandu pour vous en rémission de vos péchés.» Car c’est aussi pour cette raison que le syrien, aussi ancien que le grec et fait du temps des apótres ,lit: « Ceci est mon propre corps; » et que dans la liturgie des Grecs il est porté que « ce qu'on nous donne, ce qu'on fait de ce pain et de ce vin, c'est le propre corps de Jésus, son propre sang.» Voilà la glose, s'il en faut : quelle simplicité, encore un coup! quelle netteté ! quelle force dans ces paroles ! S'il avoit voulu donner un signe, une ressemblance toute pure , il auroit bien su le dire:il savoit bien que Dieu avoit dit, en instituant la circoncision : « Vous circoncirez votre chair; ce sera là le signe de l'alliance entre vous et moi '. » Quand il a proposé des similitudes, il a bien su tourner son langage d'une manière à le faire entendre, en sorte que personne n'en doutàt jamais : « Je suis la porte: celui qui entre par moi, sera sauvé * : je suis la vigne et vous les branches : et comme la branche ne porte de fruit qu'attachée au cep, ainsi vous n'en pouvez porter, si vous ne demeurez en moi ?. » Quand il fait des comparaisons , des similitudes , les évangélistes ont bien su dire : « Jésus dit cette parabole, il fit cette comparaison. » Ici sans rien préparer, sans rien tempérer, sans rien expliquer, ni devant, ni aprés, on nous dit tout court: « Jésus dit: Ceci est mon corps, ceci est mon sang, mon corps donné, mon sang répandu : » voilà ce que je vous donne. Et vous, que ferez-vous en le recevant? Souvenezvous éternellement du présent que je vous fais en cette nuit : Souvenez-vous que c'est moi qui vous l'ai laissé et qui ai fait ce
! Genes,, xvir, 41; — ? Joan., x, 9. — 3 Joan., xv, 5.
SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, XXIIIe JOURNÉE. 365
testament, qui vous ai laissé cette pàque et qui l'ai mangée avec vous avant que de souffrir. Si je vous donne mon corps comme devant étre, comme ayant été livré pour vous , et mon sang comme répandu pour vos péchés ; en un mot, si je vous le donne comme une victime, mangez-le comme une victime ; et souvenez-vous que c'est là un gage qu'ellea été immolée pour vous. 0 mon Sauveur, pour la troisième fois, quelle netteté! quelle précision ! quelle force! Mais en méme temps quelle autorité et quelle puissance dans vos paroles! « Femme, tu es guérie! :» elle est guérie à l'instant. « Ceci est mon corps, » c'est son corps : « Ceci est mon sang, » c'est son sang. Qui peut parler en cette sorte, sinon celui qui a tout en sa main? Qui peut se faire croire , sinon celui à qui faire et parler c'est la méme chose?
Mon ame, arréte-toi ici sans discourir : crois aussi simplement, aussi fortement que ton Sauveur a parlé, avec autant de soumission qu'il fait paroitre d'autorité et de puissance. Encore un coup, il veut dans ta foi la méme simplicité qu'il a mise dans ses paroles : « Ceci est mon corps, » c'est donc son corps; « Ceci est mon sang, » c'est donc son sang. Dans l'ancienne facon de communier, le prêtre disoit : « Le corps de Jésus-Christ; » et le fidèle répondoit : Amen, il est ainsi. « Le sang de Jésus-Christ; » et le fidèle répondoit : Amen, il est ainsi. Tout étoit fait, tout étoit dit, tout étoit expliqué par ces trois mots. Je me tais, je crois, j'adore : tout est fait, tout est dit.
VU LU VUE UU LUE VUA. LUE LUULE LA UULT VAL TA/US LULU 13 VUA V VUA LE VVVTVUS VVVLVULY UUVVLL VUVUVV