‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 104 sur 149 · XXXIV: JOURNÉE · texte numérisé non relu

XXXIV: JOURNÉE

Manger et boire le corps de Notre-Seigneur réellement et avec foi. Ibid,

Que l'homme est insensé de se servir de la foi pour en détruire objet! Il faut manger votre chair et boire votre sang : il faut croire qu'on la mange et qu'on le boit : done manger et boire, Cest croire : on ne mange point, on ne boit point autrement ; et parce qu'il le faut faire avec foi, ce n'est que par la foi qu'on le fait. C'est de méme que si l'on disoit : Jésus-Christ est descendu du ciel et il a pris chair humaine dans le sein d'une vierge:

cette vierge a cru, et ce qu'elle a eru s'est accompli en elle, conformément à cette parole : « Bienheureuse, qui avez cru : ce qui vous a été dit s'aecomplira en vous‘. » Vous avez cru que vous concevriez le Fils de Dieu , et que vous en seriez la Mère : vous l'avez concu , vous l'enfanterez ,.et tout ce que vous avez cru vous, arrivera : vous l'avez concu en quelque sorte dans votre esprit par la foi, avant que de le concevoir véritablement dans votre sein : done cette conception n'est qu'une conception par la foi , et vous n'avez pas véritablement concu le Fils de Dieu dans vos entrailles : il n'y est pas véritablement descendu en chair et en os, et tout cela n'est que figure et allégorie. C'est ainsi que raisonnent ceux qui disent : ll faut manger la chair du Sauveur, il en faut boire le sang, il faut faire l'un et l'autre avec foi. Done la foi est tout ce manger et tout ce boire, et il n'y a rien davantage. C'est ainsi que les hommes disputent contre Dieu et contre eux-mêmes: contre Dieu, en ne croyant pas qu'il puisse faire pour l'amour de nous des choses incompréhensibles ; contre eux-mémes , en refusant leur croyance à ses bienfaits, à cause qu'ils sont trop grands.

De méme quand le Sauveur a dit: « Quelqu'un m'a touché: car j'ai senti sortir de moi une vertu ?; » et qu'il a si vivement distingué cette femme qui le touchoit avec foi de toute la troupe qui le touchoit simplement en pressant son corps, il a voulu dire que cette femme ne l'a pas touché véritablement selon le corps, et qu'elle ne l'a touché que par la foi et selon l'esprit : c'est ainsi que pensent ceux qui disent : Manger le corps, boire le sanz par la bouche simplement, ce n’est rien, et la vertu ne sort que lorsqu'on mange et qu'on boit avec foi : donc il ne faut entendre ici que la seule foi: et pour tirer la vertu qui est dans le corps et dans le sang de Jésus, on n'a pas besoin de joindre ces deux choses ensemble ; c'est à savoir, d'un cóté manger et boire selon le corps, et de l'autre s'y unir avec la foi. Je me perds, mon Sauveur; je me perds, encore un coup, non point dans la hauteur de vos mystères : car je les crois sans les comprendre, et je ne vous demande pas à l'exemple des inerédules comment vous pouvez les accomplir; mais je me perds dans l'égarement des hommes et dans © Luc., 1, 45, — ? Marc., v, 30; Luc., vu, 46,

la perversité de leurs voies, parce que je vois qu'ils aiment mieux raffiner sur vos paroles, pour en éluder la force, que d'y croire simplement et de vivre.

VAAAAAARA VCVLVVM LULU EVE UCtATURLA TA LULU LU UUUUEE LE ELLE EU LATCLAAYCXAT AULA AURATA AAA UV

XXXV* JOURNÉE

Manger le corps et boire le sang de Jésus-Christ, c'est y participer véritablement et réellement. lbid.

Tout ceci, dites-vous, n'est que mystère et allégorie : manger et boire, c'est croire : manger la chair et boire le sang, c'est les regarder comme séparés à la croix et chercher la vie dans les blessures de notre Sauveur. Si cela est, mon Sauveur, pourquoi ne parlez- vous pas simplement, et pourquoi laisser murmurer vos auditeurs jusqu'au scandale et jusqu'à vous abandonner, plutót que de leur dire nettement votre pensée ?

Quand le Sauveur a proféré des paraboles, quoique beaucoup moins embrouillées que cette longue allégorie qu'on lui attribue, il en a si clairement expliqué le sens, qu'il n'y a plus eu à raisonner ni à questionner aprés cela; et si quelquefois il n'a pas voulu s'expliquer aux Juifs, qui méritoient par leur orgueil qu'il leur parlät en énigme, il n'a jamais refusé à ses apôtres une explication simple et naturelle de ses paroles, après laquelle personne ne s’y est jamais trompé. Ici plus on murmure contre lui, plus on se scandalise de si étranges paroles, plus il appuie, plus il répète, plus il s'enfonce pour ainsi parler dans l'embarras et dans l'énigme. Il n'y avoit qu'un mot à leur dire; il n'y avoit qu'à leur dire : Qu'est-ce qui vous trouble? Manger ma chair, c'est y croire; boire mon sang, c'est y penser, et tout cela n'est autre chose que méditer ma mort. C'étoit fait : il n'y restoit plus de difficulté, pas une ombre. Il ne le fait pas néanmoins; il laisse succomber ses propres disciples à la tentation et au scandale, faute de leur dire un mot! Cela n'est pas de vous, mon Sauveur : non, cela assurément n'est pas de vous : vous ne venez pas troubler les hommes par de grands mots qui n'aboutissent à rien; ce seroit

prendre plaisir à leur débiter des paradoxes seulement pour les étourdir.

Quand le Sauveur eut prononcé cette sentence : « Ce qui entre dans la bouche n'est pas ce qui souille l'homme, mais ce qui en sort !, » ses apôtres lui vinrent dire : « Savez-vous bien que cette parole a scandalisé les pharisiens? — Laissez-les, dit-il, ce sont des aveugles et des conducteurs d'aveugles. » Mais pour ses apótres, il leur expliqua tellement l'allégorie, qu'il n'y eut jamais sur cela le moindre embarras , ni dans leur esprit, ni dans l'esprit de ceux qui les ont suivis.

« Prenez garde, leur disoit-il, au levain des pharisiens et des sadducéens. Et ils pensoient en eux-mêmes qu'il leur reprochoit qu'ils avoient oublié à porter des pains; mais connoissant leur pensée, il leur dit: Gens de petite foi, » qui croyez que je ne songe qu'au pain, ne vous souvenez- vous pas combien de milliers d'hommes j'ai nourris premièrement de cinq pains, et ensuite de sept? « Comment donc n'avez-vous pas entendu que ce n'est pas du pain que je vous parle? Ils entendirent alors qu'il parloit de la doctrine des pharisiens ?. » |

Il les vit embarrassés de cette parole: « Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; et encore un peu de temps, et vous me verrez. » Comme il leur vit l'esprit peiné et qu'ils se disoient l'un à l'autre : « Que veut-il dire? Nous ne savons ce qu'il veut dire, » il leur répondit : Hé bien! il faut donc maintenant vous parler sans allégorie, sans proverbe, sans similitude; et il leur parla si clairement, qu'ils lui dirent enfin eux-mêmes : Maitre, « à cette fois vous parlez nettement, et il n'y a point de proverbe » ni d'ambiguité « dans vos discours ?. » N'y a-t-il que cette occasion où les paroles vous manquent ? N'aviez-vous point de moyen de vous expliquer, ni d'empécher vos disciples, non pas de s'embarrasser dans vos discours, mais de s'y perdre et de vous quitter tout à fait?

La Samaritaine s'embarrasse, et croit que l'eau dont vous lui parlez est une eau de la nature de celle qu'elle venoit puiser au puits de Jacob pour étancher sa soif; mais vous lui expliquátes

* Matth., xv, 41 et seq. — ? Matth., xvi, 6-12. — 5 Joan., xv1, 16-18, 29.

nettement que l'eau dont vous lui parliez étoit une eau qui devenoit une source inépuisable et intarissable dans ceux qui en buvoient, et qui leur donnoit la vie éternelle. Qui depuis a jamais cru après cela que l'eau que vous donniez à boire à vos disciples füt une eau matérielle? Il est vrai que cette femme demeure encore un peu dans l'embarras , et qu'elle dit encore au Sauveur : « Seigneur, donnez-moi cette eau, afin que je ne sois plus obligée de venir à ce puits. » Mais Jésus- Christ, qui sentit qu'il s'étoit assez expliqué et que ce reste de doute se dissiperoit de lui-méme, changea de discours. La femme entre dans d'autres matières; et ravie de la doctrine du Sauveur, sans s'embarrasser davantage de cette eau, elle laisse sa cruche auprès du puits pour aller dire à ses citoyens : « Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait? N'est-ce point le Christ !? » Ce qu'elle dit, non pas en doutant, mais pour les induire à croire aussi ce qu'elle croyoit déjà. A-t-elle quitté le Sauveur, comme font ici ses propres disciples, sous prétexte de cette eau qu'elle sembloit n'avoir pas encore bien entendue ? Point du tout ; elle sentit bien que ce n'étoit rien ; personne aussi n'a relevé son doute; et s'il eüt pu rester quelque embarras, il est levé clairement dans un autre endroit par l'évangéliste, lorsqu'aprés avoir raconté ce discours de Notre-Seigneur, semblable à ceux qu'il avoit tenus à la Samaritaine: « Celui qui croit en moi, il sortira de ses entrailles des fleuves d'eau vive, » ajoute aussitôt après : «Il disoit cela de l'esprit que ses fidèles devoient recevoir ?. »

Mon Sauveur, vous ne laissez rien sans explication : tout ce qui pouvoit donner de fausses idées est clairement expliqué dans votre Evangile; personne ne s'y trompe : personne n'est tenté de vous quitter. Je ne vous quitterai pas, à Dieu ne plaise! pour vous avoir entendu parler de votre chair qu'il nous faut manger, ni de votre sang qu'il nous faut boire: je ne chercherai non plus à éluder la force de cette parole : je la prendrai au pied de la lettre, comme vous l'avez prononcée; s'il le falloit prendre autrement, vous me l'auriez expliqué comme tout le reste des paraboles, des similitudes, des allégories.

1 Joan., 1v, 10, 11, 13-16, 28, 29. — ? Joan., VII, 38, 39.

VAVULVVVAUVULLLUVUVYVM Ut AU LVUUUUVEV UV EUVUULU VU AU UV UVUV LUUULU VULVYTVUVVLVS LV

XXXVI JOURNÉE

Renaissance spirituelle expliquée par Notre-Seigneur à Nicodéme. Joan., 11, 1-3 et seq.

Venons enfin à Nicodéme et au discours que lui tint le Fils de Dieu sur le sujet du baptéme. Il entendit trop charnellement ce qui lui avoit été dit, « qu'il falloit renaitre de nouveau; » et il poussa l'ignorance jusqu'à demander : « Comment est-ce que l'on peut renaitre étant déjà vieux? » Faudra-t-il « rentrer dans le ventre de sa mére', » pour en sortir encore une fois, et redevenir dans sa vieillesse un enfant nouvellement né? Jésus-Christ pouvoit ici lui répéter : Oui, je vous le dis, il faut renaitre ; encore un coup, il faut renaitre: si on ne renait, on n'a point de part à mon royaume; il pouvoit, dis-je, répéter sans cesse son premier discours, et sans s'expliquer davantage, laisser Nicodéme dans ses grossières idées. Il ne le fait pas; et aussitôt que ce pharisien lui a fait sentir sa difficulté, il la résout par ces paroles : « Si vous ne renaissez de l'eau et du Saint-Esprit, vous n'aurez point de part à mon royaume ?; » ce qui veut dire manifestement : Ce n'est pas dansle ventre de sa mére, c'est dans l'eau qu'il faut entrer : ce n'est pas pour y recevoir une naissance charnelle, c'est pour y être renouvelés par le Saint-Esprit. Il n'en falloit pas davantage, et toute la difficulté étoit résolue. Mais le Sauveur ne s'en tient pas là; et pour ôter toute idée d'une naissance charnelle, il poursuit en cette sorte : « Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l'esprit est esprit : ne vous étonnez done pas si je vous dis que » étant nés selon la chair, « il faut encore naitre ? » selon l'esprit. Que pouvoit-on désirer de plus sur la difficulté proposée (a)? Etre baptisé, c'est-à-dire se plonger dans l’eau pour étre purifié, étoit chose bien connue des Juifs; et il ne restoit qu'à leur expliquer qu'il y auroit un baptéme oü le Saint- Esprit se joignant à l'eau renouvelleroit l'esprit de l'homme. Cela est dit

! Joan., xit, 4, — ? Ibid,, 5. — 9 Ibid., 6, 1.

(a) Var. : 1 n’en falloit pas davantage, et toute la difficulté étoit résolue.

clairement; et Nieodéme n'en revient plus à sa naissance charnelle, ni personne ne se l'est jamais imaginée à son exemple.

Il est vrai qu'il lui restoit à entendre l'opération du Saint-Esprit, dont Jésus-Christ lui parla d'une maniere admirable, de laquelle il n'est pas ici question. Mais comme sa difficulté sur la naissance charnelle étoit résolue sans retour, et qu'il n'étoit pas nécessaire de l'instruire davantage sur la manière dont le Saint- Esprit agissoit en nous et y formoit des pensées dont la fin comme le principe passoient notre intelligence, Jésus-Christ ne lui parle plus que de la foi qu'il faut avoir à ses paroles: « Nous disons ce que nous savons et nous rendons témoignage des choses que nous avons vues, et on ne veut pas le recevoir !, » etle reste qu'il seroit aisé d'expliquer, s’il en étoit question. Quoi qu'il en soit, il est bien certain qu'il ne reste aucun doute à Nicodème : il n'est point tenté de quitter le Fils de Dieu, et la renaissance du corps n'a fait aucune dispute parmi ses disciples. Pourquoi ne parler pas avec la méme netteté à un si grand peuple qui croyoit en lui, jusqu'à dire « qu'il étoit vraiment ce prophète qui devoit venir ?, » c’est-à-dire qu'il étoit le Christ? Pourquoi ne leur ôter pas cette peine qui les troubloit tant, d'avoir à manger son corps et boire son sang par la bouche, et ne leur pas dire en un mot que tout cela n'étoit rien, et qu'il ne vouloit parler que de la représentation et application qu'il se falloit faire à soi-méme par la foi dans son esprit de la mort et des blessures du Sauveur des ames?

AA VU UUEL VL VA. VLVVAA VUVVVT XA WU LE LA VAR VA UE LE ELLE VIVUM VERA VUUL VASA UE LUUVL VA VE VULE V VY UE LE VLUV

XXXVII JOURNÉE

L'Eucharistie est la participation réelle au corps et au sang de Notre- Seigneur, en mémoire de sa mort soufferte pour nous. Ibid.

On dira: Mais n'est-il pas vrai qu'il faut se souvenir de cette mort, la méditer avec foi, croire en cette chair percée et en ce sang répandu, et par ce moyen avoir la vie? Il est vrai, mais ce n'est pas là ce qui faisoit la difficulté; ce n'est pas ce qui faisoit

1 Joan., 111, 14. — ? Joan., VI, 14.

dire : « Comment cet homme nous peut-il donner sa chair à manger; » et: « Cette parole est dure, qui la peut ouir !? » C'étoit bien assez pour des hommes, de les obliger à croire que le Fils de Dieu avait pris une chair humaine et qu'il la devoit livrer à la mort , sans ajouter à la peine de voir percer cette chair et verser inhumainement ce sang , la dureté de la manger et de le boire. Car c’est là précisément ce qui les oblige, non pas à dire : Cela est ' haut, cela est incroyable, cela, si vous voulez, n'est pas possible; mais: Cela est dur et insupportable, d'avoir à prendre par la bouche la chair et le sang d'un homme. Et si cette diffieulté ne se trouvoit pas en effet dans le mystère du Sauveur, on ne pouvoit expliquer trop nettement ni trop tót un tel discours.

Qu'ainsi ne soit, mon Sauveur! J'écoute sans peine qu'il faut se souvenir de votre mort : qu'il faut contempler par la foi votre chair blessée et votre sang répandu, et que c'est par là que vous m'avez racheté. C'est ce que je fais en effet dans l'Eucharistie, dont le fruit est de m'imprimer votre mort dans la pensée, d'y mettre mon espérance, de m'y conformer par la mortification de mes sens. Il n'y a pas là de difficulté particulière : et si vous vous étiez expliqué ainsi, on n'auroit pas trouvé dans votre discours cette dureté dont on se plaint. J'entends done que vous voulez dire autre chose : que vous voulez dire qu'il faut à la vérité se souvenir de votre mort; mais qu'il faut encore s'en souvenir comme d'un sacrifice offert pour nous, dont la chair doit étre mangée méme par la bouche, comme on mangeoit celle de l'ancienne pâque et celle des autres vietimes qui vous figuroient, pour nous étre un gage certain que c’est pour nous que s'est faite cette immolation, et en imprimer dans nos cœurs un souvenir plus vif et plus efficace. Je le crois ainsi, mon Sauveur. Ce souvenir, où les incrédules veulent tout réduire, est trop humain.

Un homme peut s’immoler pour sa patrie; je dis méme s'immoler au pied de la lettre, et les exemples n'en sont pas si rares que les livres sacrés et profanes n'en soient pleins : il n'est pas difficile aux hommes, qui s'immoleroient de cette sorte, de re-

commander le souvenir de cette mort ni d'établir quelque féte , 1 Joan., VI, 53, 61.

SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, XXXVIIIe JOURNÉE. 399

quelque signal pour en perpétuer la mémoire. Mais de laisser à perpétuité sa chair à manger et son sang à boire, afin qu'en se les appropriant de cette sorte on se souvienne plus tendrement qu'ils ont été immolés pour nous, il n'y a qu'un Dieu qui le puisse faire, et il y a là autant de puissance que d'amour. Il est vrai, cette parole est dure à nos sens; elle est insupportable, elle est absurde : mais votre parole est véritable: je croirai cette absurdité; je dévorerai cette dureté, si vous ne me l’ôtez en me l'expliquant. Car je sais que « ce qui est folie selon les hommes est sagesse selon Dieu !; » et par la méme raison, que ce qui est dur et absurde selon les hommes, selon Dieu est consolation et vérité.

Je le erois, mon Sauveur, je le crois : me voilà prét à prendre au pied de la lettre tout ce que vous dites de plus dur, si vousméme vous ne m'apprenez à le prendre d'une autre manière : mes sens seroient soulagés par une interprétation plus humaine ; mais si je cherche à les soulager de cette sorte, où vais-je, mon Sauveur? oü suis-je entrainé? dans quelle incrédulité? dans quel éloignement de vos mystères ? Je veux croire, encore un coup, et non pas raisonner selon lhomme; et s'il faut rabattre quelque chose de la précise vérité de vos paroles, il faut que vous me l'appreniez vous-mêmes.

VU LT LULU LE LU LULU E TETE UULUULUVEU LULU EU LUE UV UVUULE LULUUUUL UE VU VUUVIR UUVVVVVUVUVVVVUMV

XXX VIII JOURNÉE

Scandale des disciples. Joan., vi, 60-62 et seq.

«Jésus dit ces choses à Capharnaüm, dans la synagogue. Plusieurs de ses disciples dirent donc : Cette parole est dure : qui la peut ouir? Et Jésus sachant en lui-même que plusieurs de ses disciples murmuroient, il leur dit : Ceci vous scandalise ? Si done vous voyez le Fils de l'homme remonter où il étoit auparavant ? C'est l'esprit qui vivifie : la chair ne sert de rien : les paroles que je vous dis sont esprit et vie : mais il y en a parmi vous qui ne croient pas. Car dés le commencement, Jésus savoit qui étoient

1 ]-Cor., 1, 25.

ceux qui ne croyoient pas, et qui étoit celui qui le devoit trahir. Et pour cela, continuoit-il, je vous ai dit que personne ne peut venir à moi, s'il ne lui est donné par mon Père ‘.»

Voilà les paroles où l'on prétend que Jésus tempère son discours. Vous croyez que vous me mangerez de votre bouche : mais il n'en sera pas ainsi; car vous me consumeriez, et je ne pourrois pas retourner entier et vivant au ciel d’où je viens. Vous vous attachez à ma chair et à mon sang; vous croyez, pour avoir la vie, qu'il la faut manger, qu'il le faut boire au pied de la lettre ; mais« c'est l'esprit qui vivifie, » ce n'est point « la chair; » au contraire elle « ne sert de rien : les paroles que je vous dis sont esprit et vie : » ce n'est donc point chair et sang comme vous pensez : tout est figure et allégorie dans mon discours, et il n'y a rien à prendre au pied de la lettre. Ainsi tout est apaisé; le scandale s'évanouit, les murmures cessent. Lisons pourtant ce qui suit et voyons.

« Dès lors plusieurs de ses disciples se retirèrent de sa suite, et n'alloient plus avec lui ?. Dés lors : » nous avons lu ces paroles jusqu'au verset 66 et sans interruption; celles qui suivent dans le verset 67, contiennent ce qu'on vient d'entendre : « des lors : » depuis ces paroles qui levoient, à ce qu'on prétend, la difficulté et qui ótoient le scandale, plusieurs de ses disciples se retirèrent et n'alloient plus à sa suite. Les voilà perdus : qu'est-ce qui les obligeoit à se retirer? Est-ce à cause qu'il avoit dit : « Personne ne peut venir à moi, s'il ne lui est donné par mon Père ?? » Mais il l'avoit déjà dit sans que personne s'en fût allé, et il remarque luiméme qu'il ne fait que le répéter. Est-ce à cause qu'il avoit dit : « Il y ena parmi vous qui ne croient pas? » Ce n'est pas de quoi s'en aller, et il n’y a rien là de si incroyable ni de si rebutant. Car il n'en blàmoit que quelques-uns, et ce n'est paslà de quoi rebuter les autres. Ainsi ce qui les rebute, c'est précisément ce qui précède : « Que sera-ce, si je retourne dans les cieux *? » et : « C'est l'esprit qui vivifie : » voilà , dis-je, ce qui rebute : c'est ce qu'on veut qu'il ait dit pour prévenir le rebut, c'est cela précisément qui le cause; tant Jésus s'est bien expliqué, tant il a levé le scandale.

! Joan., V1, 60 et seq. — ? Ibid., 61. — 3 Ibid., 65, 66. — * Ibid., 63, 64.

Cela n'est pas, mon Sauveur. Ce n'est pas vous qui vous expliquez mal, à Dieu ne plaise! ce sont nos murmurateurs et nos incrédules, qui donnent un mauvais sens à vos paroles.

Page 1