VI: JOURNÉE
'Parabole de la vigne, tirée d'Isaie. Joan., xv, 1; Isa., v, 1.
Nous devons avoir entendu la parabole de la vigne : c'est le mystère de notre union avec Jésus-Christ. Mais pourquoi elle est exprimée sous la figure de la vigne plutót que sous celle d'un autre arbre; on l'entendra en remarquant :
1* C'est l'ancienne parabole : « Seigneur, vous vous étes fait une vigne : vous l'avez transplantée d'Egypte » dans la terre que vous lui aviez promise : « vous avez exterminé les anciens habitans de cette terre pour lui faire place : elle s'y est étendue de coteau en coteau, et s'est élevée au-dessus des hautes montagnes : qu'elle a couvertes : toute la terre jusqu'au fleuve, jusqu'à la mer , en a été remplie !, » tant le provin en a été fécond et abondant!« Que n’ai-je pas fait à ma vigne? » dit le Seigneur. Ne l'ai-je pas travaillée dans toutes les saisons? J'ai fossoyé, j'ai taillé, jai provigné, je l'ai « environnée d'une haie » ou d'une muraille, et je l'ai munie de tous cótés : c'est « ma vigne élue » et bien-aimée ?.
2» Jésus-Christ ne fait qu'appliquer la parabole à son Eglise : mais afin que cette nouvelle vigne paroisse encore plus une vigne élue et chérie, il nous apprend que cette vigne est une méme chose avec lui : « Je suis , dit-il, la vraie vigne , » dont l'ancienne vigne n'étoit que la figure : c'est celle-ci qui doit porter les véritables fruits pour la vie éternelle : « Je suis la vraie vigne et vous êtes les branches? : » c’est moi qui fais toute la beauté et toute la force du plant; et mon Pére aime d'autant plus cette vigne, que c'est moi qu'il entend et qu'il aime en elle.
3° La vigne est de tous les plants celui qui porte le fruit le plus excellent. C'est de la vigne qu'il a été dit en figure : « Que son vin X Psal; Uxx1x; 9-19, 2 Isa., V, 2, 4. — 9 Joan., xv, 1, 5.
réjouit le cœur de homme et qu'il réjouit Dieu et les hommes !. » Dans le froment est le soutien nécessaire : dans le vin est le cóurage, la force, la joie, l'ivresse spirituelle, le transport de l'ame, dont les effusions étoient la figure dans les sacrifices; et encore aujourd'hui le vin entre dans le sacrifice. Avec le vin nous sacrifions à Dieula joie sensible; et nous la changeons dans la sainte joie que nous donne le sang enivrant et transportant de Jésus- Christ, qui inspire l'amour qui l’a fait répandre.
4° La vigne ne paroit rien d'elle-méme : elle rampe; elle est raboteuse, tortueuse, foible, qui ne se peut élever qu'étant soutenue : sans cela elle tombe. Mais aussi étant soutenue, où ne s'éléve-t-elle pas? Elle s'entortille autour des grands arbres : elle a des bras, des mains pour les embrasser et n'en peut plus étre séparée. De ce bois tortu et raboteux, qui n'a rien de beau, sortent les pampres dont les montagnes sont couronnées, dont les hommes se font des festons. De là sort la fleur la plus odorante : de là la grappe, de là le raisin, de là le vin et le plus délicieux de tous les fruits : ainsi l'écorce du chrétien n'a rien que de méprisable en apparence et tout y paroit sans force : toute la force, toute la beauté est au dedans; et on peut tout, quand on ne s'éléve qu étant soutenu.
5° Le bois de la vigne est celui où la destinée du chrétien se marque le mieux. Il n’y a pour lui que de porter du fruit, ou d’être jeté dans le feu : outre que c'est, comme on a dit, le plus humble etle plus exquis de tous les bois, le plus vil en apparence et le plus précieux en effet. Quoi de plus foible ? D'oü vient plus abondamment ce qui donne et du courage et de la force? Trois fruits sont recommandés dans l’Ecriture : Le froment , qui est la foi, le soutien de l'ame; l'huile, qui est l'espérance, qui adoucit les peines d'attendre par la promesse de voir; le vin, qui est la charité, la plus parfaite des vertus.
1 Pol, cin; 48; Jud. 1x, 13, ; #
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VIT. JOURNÉE
Prière par Notre-Seigneur Jésus-Christ obtient tout. Joan., xv, 7.
«Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez tout ce que vous voudrez et il vous sera accordé !, » Après avoir jeté sur l'humilité et la. dépendance les fondemens de la priere , il en explique la vertu. Quiconque veut donc prier, il doit commencer par se mettre véritablement et intimement dans le cœur cette parole : « Vous ne pouvez rien sans moi ? : » rien : rien encore une fois; rien du tout. Car c'est pour cela qu'on prie, qu'on demande, parce qu'on n'a rien, et par conséquent qu'on ne peut rien; ou pour tout dire en un mot, qu'on n'est rien; en matière de bien, un pur néant. Et c'est pourquoi ila dit qu'on doit prier et qu'on n'est oui qu'au nom de Jésus-Christ : ce qui montre que de soi-méme on n'est qu'un néant; mais qu'au nom de Jésus-Christ, on peut tout obtenir.
Or cela enferme deux choses : l'une, que quelque prière qu'on fasse, on n'est point écouté pour soi, mais au nom de Jésus-Christ ; l'autre, qu'on ne peut ni on ne doit prier par son propre esprit, mais par l'esprit de Jésus-Christ , c'est-à-dire non-seulement selon que Jésus-Christ l'a enseigné en ne demandant que ce qu'il veut qu'on demande, mais encore en reconnoissant que c’est lui-même qui forme en nous notre prière par son esprit qui parle et qui crie en nous. Autrement il ne seroit pas véritable, et nous n'entendrions pas comme il faut cette parole qui est le fondement de la prière : « Sans moi vous ne pouvez rien. » D’où il s'ensuit que sans lui nous ne pouvons pas méme prier, conformément à cette parole de saint Paul: « Vous ne savez ce que vous devez demander par la prière, ni comment vous devez prier ; mais l'Esprit prie en vous avec des gémissemens inexplicables ?. »
Mais en méme temps que pour prief on se met dans l'esprit bien avant cette première vérité : Je ne puis rien : « Sans moi
dO EN ee Ibid., 5. — 3 Rom., vit, 26.
SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, VIIe JOURNÉE. 555
vous ne pouvez rien, » on doit encore s'y en mettre une autre : « Je puis tout avec celui qui me fortifie * : » je ne puis rien sans Jésus-Christ; je puis tout avec Jésus-Christ et en son nom. C'est pourquoi on entend toujours dans les prières de l'Eglise cette conclusion aussi humble que consolante : « Par Jésus-Christ Notre- Seigneur: » humble parce qu'elle confesse notre impuissance ; consolante parce qu'elle nous montre en qui est notre force. Et cela s'étend si loin, que lorsque nous interposons envers Dieu les intercessions et les mérites des saints, méme ceux de la sainte Vierge, nous y ajoutons encore cette nécessaire conclusion : « Par Jésus-Christ Notre-Seigneur; » par où nous confessons qu'il n'y a de mérite, ni de prière, ni de dignité dansles saints, à quelque degré de gloire qu'ils soient élevés, que par Jésus-Christ et en son nom.
Et il faut bien prendre garde que nous ne nous imaginions pas que ce soit assez de dire de bouche ce Per Dominum nostrum Jesum Christum. Disons-le en effet et par le fond du cœur, en demeurant en Jésus-Christ et Jésus-Christ en nous; c'est-à-dire en nous attachant à lui de tout notre cœur, avec une vive et ferme foi, et lui aussi demeurant en nous par sa parole qu'il imprime dans notre cœur, et par son esprit qui nous pousse et nous anime à la prière.
Ily a donc ici ce que nous faisons, qui est de demeurer en Jésus-Christ; et ce qu'il fait, qui est de demeurer en nous, et cela . fait l'ouvrage complet. Si nous croyons agir seuls, nous nous trompons, puisque la source de nos actions, c'est que Jésus- Christ demeure en nous: car il n'y demeure pas sans action, selon ce que dit saint Paul, « qu'il est puissant en nous *. »
C'est donc alors que nous prions véritablement au nom de Jésus- Christ, lorsque nous demeurons en lui et lui en nous, nous laissant conduire à Jésus-Christ qui nous meut, et écoutant ce qu'il dit en nous, afin de pratiquer véritablement et intimement ce qu'il dit : « Si vous demeurez en moi et que ma parole, » non pas seulement cette parole que je prononce au dehors, mais encore celle que je fais entendre au fond du cœur, « demeure en vous : » et alors nous obtiendrons ce que nous voudrons.
1 Philipp. 1v, 13. — ? II Cor., xij, 3.
Or cette parole qui doit demeurer en nous, doit étre principalement la parole de la eroix , qui est celle dont il s'agit principalement dans tout ce discours. Car Jésus-Christ alloit à la eroix et il y menoit ses disciples avec lui, comme la suite le fera encore bien mieux paroitre.
Croyons done que demeurer en Jésus-Christ, c'est demeurer dans la parole de la croix, et que la parole de la croix demeure en nous; et que demander au nom de Jésus-Christ, c'est demander par son sang et par ses souffrances, les aimer et y prendre part.
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VIIEÉ: JOURNÉE.
Force dans la parole de la croix; porter le fruit de la croix. Joan. xv; 87 95 13-
« La gloire de mon Pére est que vous rapportiez beaucoup de fruit, et que vous deveniez mes vrais disciples !. » Jésus-Christ en revient au fruit qu'il avoit promis à ceux qui demeureroient en lui; et il nous apprend que nous devons désirer ce fruit pour la gloire de son Père, et non pas pour la nôtre. Car à Dieu ne plaise que nous nous glorifiions en autre qu'en Dieu! Jésus-Christ ne veut de gloire que pour son Pére et n'a de gloire qu'en lui, ainsi qu'il l'expliquera dans toute la suite. Nous devons done à son exemple mettre en Dieu toute notre gloire.
« Et que vous soyez mes vrais disciples. » Qu'est-ce à dire, mes vrais disciples? Mes vrais imitateurs dans le chemin de la croix et de la mortification : car c’est à quoi il nous veut conduire, mais il nous y conduit par la voie d'amour.
« Je vous ai aimés comme mon Pére m'a aimé ? : » non par une fausse tendresse comme celle des parens charnels : mon Pére m'a aimé d'un amour ferme, et il m'a envoyé souffrir : je vous ai aimés de méme : souffrez et mourez avec moi, et je vivrai en vous.
Il ne parle pourtant point encore de pen ni de croix ; mais il
1 Joan., xv, 8. — 2 Ibid., .
nous y prépare par l’insinuation de l'amour de son Père et du sien : Voyez, dit-il, comme mon Pére m'aime : je vous aime de ce méme amour et vous verrez bientôt où il me porte. Car il dira dans un moment : « Personne ne peut avoir un plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis '. » Mais avant que de nous faire entrer dans ces courageux desseins, il nous fait entrer dans la douceur et la pureté de son amour. Laissóns-nous donc conduire par cette douce voie, en quelque endroit qu'elle nous mène.
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IX* JOURNÉE
Commandement de la croix par l'amour. Joan., xv, 10.
« Si vous gardez mes commandemens, vous demeurerez dans mon amour : comme je garde les commandemens de mon Père, et je demeure dans son amour ?. » Quel commandement gardezvous, Ô mon Sauveur? Il l'a dit souvent : « J'ai la puissance de donner mon ame, et j'ai la puissance de la reprendre, et c'est là le commandement que j'ai recu de mon Père ?. » Quoi! la puissance de la reprendre seulement, et non pas celle de la donner? L'une et l'autre, et celle-ci est celle par oü il faut commencer. Voyez comme il insinue doucement le commandement de la croix.
Mais avant que de s'expliquer ouvertement là-dessus, il enseigne que le véritable amour n'est pas à dire, à promettre de grandes choses, à les désirer, à s'en remplir l'esprit; mais à entrer par là dans une pratique sérieuse et réelle des commandemens. Il faut commencer par aimer Jésus-Christ, et par là aimer sa vérité, sa parole , ses maximes, ses commandemens. Car c'est ainsi qu'il a fait; et il a commencé par aimer son Père, pour ensuite aimer ce qu'il commandoit, quelque rigoureux qu'il parût à la nature: car l'amour de celui qui commande, rend doux ce qui est amer et rude. Aimons donc Jésus-Christ, et tous ses commandemens nous seront faciles. Souviens-toi, chrétien, que ce n'est rien de garder l'extérieur du commandement, si on ne le garde par amour : tout
1 Joan., xv, 13. — ? Ibid., 40. — $ Joan., X, 18. &
le commandement est compris dans l'amour méme : Jésus-Christ a gardé le commandement de son Père, parce qu'il l'aimoit; et il nous donne cet exemple, en nous déclarant que cet exemple est notre loi.
LEVU LU UT EU LULU LU TALL V VUA CUUVVVVM VULL UV UV VE UVUVUUU UE TA LULU UV EVE LUE VEUVE VAM