‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 125 sur 149 · XIV: JOURNÉE · texte numérisé non relu

XIV: JOURNÉE

lis doivent et peuvent tout demander au nom de Jésus-Christ. Joan., xvj 16.

«Je vous ai. choisis, afin que vous rapportiez du fruit , et que votre fruit demeure, et que mon. Père vous accorde tout ce que vous lui demanderez en mon nom, » C'est donc là la cause de ce grand fruit et. de.sa durée,à jamais, que le Père accordera tout ce qu'on lui demandera au nom du Fils. Dieu disoit autrefois + « Je le ferai pour l'amour de moi, et pour glorifier mon nom 2. » Ici il

! Joan., xv, 16. — ? Exod, 1x; 16; Isa. XLVIII, 41. |

n'aecorde plus rien qu'au nom du Fils. Ce n'est pas qu'il change de langage; ce que Dieu fait pour l'amour de son Fils , il le fait pour l'amour de soi-même, parce que le Père et le Fils ne sont qu'un ; et lorsqu'on nous avertit tant de fois que nous n'avons rien à espérer, ni à demander qu'au nom de Jésus-Christ, on nous avertit du besoin que nous avions d'un médiateur pour nous réunir à Dieu, dont le péché nous avoit séparés.

Songeons done à porter du fruit, et à porter un fruit qui demeure; mais demandons-en la grace au nom du Médiateur , en croyant que c'est par sa grace que nous commencons à porter du fruit, et parla continuation de la méme grace que nous en portons persévéramment, parce qu'ainsi qu'il nous a dit, nous ne pouvons porter du fruit qu'en lui seul, et qu'il faut qu'il demeure en nous, afin que nous puissions demeurer en lui ; et c'est en cela que consiste la médiation de Jésus-Christ, et la vraie invocation de Dieu au nom du Sauveur.

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XV* JOURNÉE

Jésus et ses disciples hais du monde, injustice de la, haine. du monde. Joan., xv, 16-26.

Voici la doctrine du verset 16 et des suivans jusqu'au 26. Aprés avoir montré à ses disciples combien ils doivent s'aimer les uns les autres et aimer tout le monde, parce que tout le monde est des nôtres par la grace que Dieu fait à tous de les appeler à notre unité, il leur apprend que s'ils doivent aimer tout le monde, ce n'est pas dans l'espérance d'étre aimés eux-mémes, puisqu'au contraire ils seront hais de toute la terre; et c'est la vérité qu'il leur découvre à fond dans tous ces versets.

Il commence à leur découvrir la source de cette haine par ces paroles: « Si le monde vous hait, sachez qu'il m'a hai le premier.» On ne peut assez admirer la bonté de notre Sauveur ; il n'y a rien de si fácheux à de bons cœurs, ni en soi rien de plus triste à la

1 Joan., XV, 18.

nature , que d'étre hai. On a besoin d'étre prémuni contre un mal qui en soi est si dur, et dont aussi les effets sont si étranges. Mais c’étoit pour les apôtres la plus grande de toutes les consolations, que cette aversion de tout le genre humain leur füt commune avec Jésus-Christ: « Si le monde vous hait, dit-il, il m'a hai le premier. » La cause de cette haine nous est expliquée par cette parole : « Celui qui fait mal hait la lumière !.» Le monde me hait, parce que je lui découvre ses mauvaises œuvres. Les apôtres associés à la prédication du Sauveur, devoient aussi encourir la haine du monde, dont ils reprenoient les crimes et les ignorances.

«Si vous étiez du monde, le monde aimeroit ce qui est à lui ?. » Ce n'est pas que les hommes du monde s'aiment les uns les autres : c'est tout le contraire, et tout le monde est rempli de haines et de jalousies ; mais c'est que les plaisirs et les intéréts du monde font des liaisons et des commerces agréables; mais les disciples de Jésus-Christ n'ont rien qui plaise au monde. Le monde veut des flatteurs : on n'y vit que de complaisances mutuelles, en s'applaudissant l'un à l'autre. A quoi est bon un chrétien ? Il est inutile : il n'entre ni dans nos plaisirs ni dans nos affaires qui ne sont que fraudes. « Défaisons- nous-en , » disent les impies dans le livre de la Sagesse : « car il nous est inutile? ; » sa vie simple et innocente est une censure de la nôtre : il faut le faire mourir, puisqu'il ne fait que troubler nos joies. Chrétiens, innocent troupeau, c'est ce qui vous fait la haine du monde ! Vous ne savez point vous faire craindre, ni rendre le mal pour le mal; vous serez bientót opprimés : quelque paisibles que vous soyez, on ne laissera pas de vous reprocher que vous faites des cabales contre l'Etat pour lequel vous levez sans cesse les mains au ciel, et vous serez les ennemis publies.

« Parce que je vous ai choisis du milieu du monde, le monde vous hait *. » Dans votre séparation, on ne vous croit pas de méme espéce que les autres : on croit que vous voulez vous distinguer, et on vous accable.

« Le serviteur n'est pas plus grand que son maitre *. » Quelle

1 Joan., 111, 19, 20. — ? Joan., XV, 19. — ? Sapient., 11, 12, 15, 16 — } Xv, 19. E * Tbid. 20. "EB : 70 dal ec

SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, XVe JOURNÉE. 569

consolation pour un chrétien, pour un pasteur, pour un prédicateur, si on ne le croit pas, si on le méprise, si on le persécute, si on le déchire, si on le crucifie , et lui et ses discours! On en a fait autant à Jésus-Christ. C'est une suite du mystère de la croix, et c'est par de semblables contradictions que l'ouvrage de la rédemption a pris son cours. Car à travers ces contradictions, l'Evangile va oü il doit aller; et les bons exemples des chrétiens gagnent ceux qu'ils doivent gagner, et la main de Dieu se fait sentir dans la résistance des hommes. e

Il y a un monde dans l'Eglise méme : il y a des étrangers parmi nous : on déplait à ceux-là, quand on vit et quand on préche chrétiennement. Ce monde est plus dangereux que seroit un monde manifestement infidèle. Ecoutez saint Paul: « Il y a des périls au dedans et au dehors, et du côté des faux frères *. Démas m'a laissé, dit le méme Apótre , aimant ce siècle : tout le monde m'a abandonné, Dieu leur pardonne ?! » Le mépris qu'on fait d'un homme qui ne songe qu'aux affaires de Dieu, en disant que ce n’est pas un homme d'affaires, est une espèce de persécution. Faites, Seigneur, que je fasse bien vos affaires, c'est là que je mets toute ma capacité : si on me blàme, si on me méprise, si on me traverse, si on m'accuse de toutes sortes de faussetés, je le souffre pour le nom de mon Sauveur : c'est qu'on ne le connoit , ni lui ni son Père.

Aprés avoir montré la haine du monde, Jésus-Christ fait voir qu'elle est injuste dans le verset 24, et il la convainc par ses miracles. .

Personne n'en avoit jamais tant fait ni de cette nature : il alloit guérissant tous les malades, et jamais il n’a fait de miracles pour punir un seul homme : tout étoit plein de miséricorde et d'indulgence. Ainsi les hommes sont convaincus ; et la bonté de ce Jésus tant hai paroit non-seulement par la quantité, mais encore par la qualité et par la nature de ses miracles.

Ce n'est pas assez , pour étre conforme au Sauveur, d'étre hai : il faut étre hai sans en avoir jamais donné de sujet : « Ils m'ont, dit-il, hai sans sujet ?. »

1 II Cor., x1, 96. — ? II Timoth., 1v, 10, 16. — ? Joan., xv, 25.

Prenez-y garde : donner sujet à la haine n'est pas seulement faire injure à quelqu'un , mais encore être superbe , hautain , dédaigneux , envieux , intéressé; cela offense tout le monde. Mais Jésus-Christ si doux, si humble de cœur, si pauvre, si patient : qui pouvoit-il avoir offensé? Il est hai cependant, et ses apôtres le sont avec lui. Qui ne se consoleroit par cet exemple? Qui n'aimeroit mieux étre hai avec Jésus-Christ et pour Jésus - Christ , que d'étre aimé comme ceux qu'on a appelés, soit par vérité, soit par flatterie, les délices du genre humain? Je ne veux point étre aimé des hommes qui ont hai Jésus-Christ; j'aime mieux entendre ces cris : « Qu'on l'óte, qu'on l’ôte, qu'on le crucifie *! » ou ceux-ci contre saint Paul, d'un peuple en fureur, qui jetoit de la poudre en l'air et sa robe à terre : « Otez du monde cet homme : il n'est pas permis de le laisser vivre ?, » que ces acclamations qu'on fit à Hérode : « C'est le discours d'un Dieu, et non pas d'un homme. » Car voyez la suite : « L'ange du Seigneur le frappa, parce qu'il n'avoit pas donné gloire à Dieu, et il mourut mangé des vers ?. »

C'est ainsi que « Dieu brise les os de ceux qui veulent plaire aux hommes *; » et saint Paul disoit aux Galates : « Si je plaisois encore aux hommes, je ne serois pas serviteur de Jésus-Christ *. »

Tous les hommes jusqu'aux moindres veulent qu'on les flatte , et ne peuvent souffrir qu'on les reprenne. C'est un vice qui est entré jusque dans les moelles à toute la nature humaine à ces paroles flatteuses : « Vous serez comme des dieux *. » La jalousie naturellement empécheroit les louanges , et on n'en donne guère de hon cœur ; mais on en donne pour en recevoir, on flatte pour étre flatté : c'est l'esprit du monde; mais l'esprit de Jésus-Christ, c’est d'aimer mieux être hai que de se faire aimer de cette sorte.

XVE JOURNÉE. ' Le témoignage de l'Esprit de vérité rassure. Joan., xv, 26, 27.

Aprés avoir fait voir dans le monde une haine si envenimée

Miam. XIX, 15. — ? Act., XxIT, 22, 23. — 8 Act, xit, 91-93, — * Psal. LII, 6. — 5 Galat., 1, 10. — 6 Genes., irt, 5. i]

SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, XVIIe JOURNÉE, 574

contre lui , il ajoute pourtant que Dieu ne le laissera pas sans témoignage, et « qu'il enverra son Saint-Esprit qui rendra témoignage de lui *: » c'est là , dit-il, le témoignage que je veux. Car ce n’est point l'esprit de déguisement et de flatterie qui est celui qui règne dans le monde : ce n'est point l'esprit d'injustice et de partialité : c'est l'esprit de vérité : Spiritum veritatis, qui est en méme temps un esprit de concorde et de douceur; qui unira tous les cœurs et n'en fera qu'un de ceux de tous les fidèles. Voilà celui que mon Pére enverra pour me rendre témoignage : « Et vous aussi qui avez toujours été avec moi, » animés de cet esprit, « vous me rendrez témoignage ?. » Ce sera un témoignage irréprochable, rendu par des personnes qui ont tout vu : un témoignage sincere, confirmé par l'effusion de votre sang. Voilà, dit-il, le témoignage que je me suis réservé sur la terre. Il vous fera hair; mais votre eonsolation, c'est que par là vous prendrez part à la haine qu'on me porte injustement. Oui, mon Sauveur, nous y consentons. S'il faut pour vous glorifier que nous soyons hais et méprisés du monde en lui disant ses vérités, quelque habit que ce monde porte, füt-ce un habit de piété, puisque la haine se cache si souvent sous un tel habit, ainsi soit-il : « votre volonté soit faite. » On n'est point votre disciple , qu'on n'ait mérité par quelque bon endroit la haine du monde.

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XVII JOURNÉE

Les apôtres persécutés, hais d'une haine de religion. Joan., xvi, 1-5.

Dans les versets 1, 2, 3, 4 et 5 du chapitre xvi, il découvre plus ouvertement à ses disciples la nature de la haine qu'on aura contre eux. Car aprés leur avoir appris qu'elle leur est commune avec lui, et qu'ils se l'attireront en lui rendant témoignage par le Saint-Esprit qui viendra en eux, il eroit leur pouvoir tout dire ; et il leur apprend enfin que le caractère de cette haine qu'ils auront à porter, c'est que ce sera une haine de religion; qu'on les

| 4 Joan., xv, 26. — * Ibid. 21.

excommuniera et qu'on les aura tellement en exécration, qu'on croira rendre service à Dieu de les exterminer. Par oü il nous fait entendre que ces haines pieuses et religieuses qu'un faux zèle animera , sont la dernière et parfaite épreuve qu'il réserve à ses véritables disciples. Car c’est une telle haine qu'il a essuyée luiméme, puisque la sentence que la synagogue a prononcée contre lui, c’est qu'il avoit blaphémé, blasphemavit, contre Dieu, contre la loi, contre le saint lieu; et que c'étoit glorifier Dieu, que de livrer ce blasphémateur au dernier supplice. Et cette haine étoit la méme que Jérémie avoit portée en figure de Jésus-Christ, lorsqu'on disoit : « Cet homme a blasphémé contre le saint lieu et contre la cité sainte ?. »

Voilà ce qu'il promet à ses disciples; et il les console en méme temps , leur apprenant que cette haine est aveugle et insensée, « puisqu'elle vient à leurs persécuteurs pour ne pas connoitre son Père ni lui ?. » Jésus-Christ est la vérité ; et quiconque ignore ou combat quelque partie de la vérité quelle qu'elle soit, quelque savant qu'il soit d'ailleurs, il ne connoit pas Jésus-Christ ni son Père par cet endroit-là; et si vous entreprenez de le convaincre, il se revétira d'un faux zèle, d'un zèle amer; mais il en faut essuyer l’aigreur avec foi et humilité, en se réjouissant de porter ce caractère du Sauveur et de ses apôtres. C'est alors qu'il faut écouter le Sauveur, qui dit : « Souvenez-vous que je vous ai avertis de ces contradictions. » Et il ajoute : « Je ne vous ai pas dit ces choses au commencement *. » Il leur avoit pourtant souvent parlé des persécutions et de la haine qui leur étoit préparée par toute la terre : « Vous serez, dit-il, en haine à tout le monde, » ' et le reste, où il semble qu'il n'a rien oublié pour leur mettre devant les yeux la vive peinture des persécutions qu'il leur avoit destinées. Qu'est-ce done qu'il dit aujourd'hui, qu'il n'avoit pas voulu leur expliquer au commencement? Remarquez, pieux lecteur, quil leur a tout dit, excepté ce seul endroit, « qu'on les excommunieroit et qu'on croiroit rendre service à Dieu en les exterminant de la terre *. » Car c'étoit aussi l'endroit sensible et le

i ! Matth., xxvi, 65. — ? Jerem, XXVI, 6, 8, 9, 11, 12. — ? Joan., XVI, 3. — Ibid., 4, 5, — 5 Matth., x, 91, 22. — 6 Joan., XVI, 2.

SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, XVIIe JOURNÉE. 513

véritable caractère de la persécution des disciples de Jésus-Christ. Ce ne sont pas seulement les Gentils qui les ont persécutés comme les ennemis de Dieu : cette injure seroit consolante du côté de ceux de qui Dieu n'est pas connu ; mais ce serale peuple de Dieu qui aura en exécration Jésus-Christ et ses disciples : ce peuple à qui Jésus-Christ étoit envoyé , ceux-là mémes dont il avoit dit : « Ils sont assis sur la chaire de Moise , eroyez donc ce qu'ils vous enseignent ‘. » Ce seront ceux-là qui condamneront Jésus-Christ et ensuite ses apôtres , avant même que le caractère de réprobation eût paru tout à fait sur eux , et lorsqu'un saint Paul respectoit encore en eux le caractère de leur onction, en disant : « Mes frères , je ne savois pas que ce fût le souverain pontife. Car il est écrit : Vous ne maudirez point le prince de votre peuple ?. » On voit done qu'il faut s'attendre à être persécuté, quand Dieu le veut, par une autorité sainte. Et l'exemple de saint Chrysostome si injustement déposé par un patriarche orthodoxe et méme persécuté durant ce temps et jusqu'aprés sa mort par des saints, quand il n'y auroit que celui-là , suffit pour nous faire voir ce genre de persécution, qui est un des plus délicats et des plus sensibles aux disciples de Jésus-Christ. Et il faut ici considérer la modération, la douceur et l'humilité de ce grand homme, qui l'a peut-étre égalé aux martyrs; ce qu'un saint martyr qui lui apparut semble avoir-voulu lui indiquer, en lui disant dans un songe : Vous serez demain avec moi.

Quoi qu'il en soit, il faut étre préparé à ce genre de persécution si Dieu le permet, et ne s'en pas étonner, mais dire avec saint Cyprien « qu'il importe peu de quel cóté vienne le coup de l'épée qui tranche notre vie, füt-ce du cóté de nos fréres, pourvu que ce soit en procurant la gloire de Jésus-Christ. » Cette persécution n'en est pas moins suivie de la couronne du martyre dans la lettre au pape saint Corneille?. Et on verra quelquefois dans des maisons saintes, dans de saintes communautés, des acharnemens contre des personnes saintes dont on ne voit point la cause; on voit seulement dans ces innocens persécutés, une vraie humilité avec un

1 Matth., xxr, 2, 3. — ? Act., xxii, 5. — 8 Epist. ad Corn. Pap., édit. Baluz., epist. Lv.

vrai zèle pour la gloire de Dieu. Qu'ils souffrent ce petit martyre, sans se plaindre et en aimant d’un amour humble et sincère ceux qui les font souffrir, et qu'ils sachent que c’est un des caractères de Jésus-Christ qu'il leur est donné de porter. Je ne sais pour qui j'écris ceci, et je n'ai aueune vue; mais afin qu'on ne pense pas que je me figure des chimères de persécution, je suis obligé de dire que celle-ci est trés-fréquente et doit être très-chère à ceux qui la portent, pour peu que ce soit et pour quelque cause que ce soit.

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XVII JOURNÉE

Tristesse de l'absence de Jésus. Joan., xvi, 5, 6.

Depuis le verset 5 jusqu'au verset 8, il explique la mission de l'Esprit consolateur qu'il avoit promis à ses disciples, afin de les consoler de son absence. Il venoit encore de leur en parler au verset 26 du chapitre xv, mais ici il en va expliquer à fond la mission ; et il faut invoquer le Saint-Esprit, afin qu'il nous fasse entendre ce qui le regarde dans la suite de ce discours de Notre- Seigneur.

«Je ne vous ai pas dit ces choses (que je viens de vous exposer touchant la haine qu'on aura pour vous), parce que j'étois encore avec vous!. » Rien ne me pressoit de vous les dire; et, «comme j'étois avec vous, je vous gardois moi-même?, » et je n'avois pas besoin de vous prémunir contre les persécutions qui vous devoient arriver aprés ma retraite; mais maintenant je m'en vais, et il faut vous parler à fond de toutes choses, autant que vous le pourrez porter.

«Je m'en vais donc, et vous ne me demandez pas où je vais. Mais parce que je vous déclare que je me retire; la tristesse remplit votre ec'ur?. » Comme s'il disoit : Vous ne songez point où je vais, en quel lieu, à quelle gloire, à quelle félicité; mais sans songer où je vais et ce que je vais y faire, vous vous affligez. En quoi il les reprend secrètement du peu d'attention qu'ils ont à ce

1 Joan., xv1, 5. — ? Joan., xvi, 12, — 3 Joan., XVI, 5, 6. | "

SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, XIX* JOURNÉE. 578 qu'il fait et du peu d'amour qu'ils ont pour lui, puisqu'ils ne songent qu'à eux-mêmes et ne s'occupent que de leur tristesse. Il est néanmoins si bon que, sans les reprendre davantage, il tourne tout son discours à les consoler et leur parle du Saint-Esprit qui devoit venir, leur apprenant qu'il ne lui est pas inférieur, et le prouvant premièrement par les effets de sa mission et à la fin par son origine éternelle , comme la suite le fera paroitre.

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