‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 126 sur 149 · XIX: JOURNÉE · texte numérisé non relu

XIX: JOURNÉE

Mission du Saint-Esprit pour convaincre d'incrédulité les Juifs et le monde. Joan., xvr, 8-10 et suiv.

« Et quand il viendra, il convaincra le monde touchant le péché et touchant la justice, et touchant le jugement !, » et le reste.

« Il convainera le monde sur le péché : » sur quel péché? Jésus- Christ l'explique : c’est « de n'avoir point cru en lui.» Entendons le.péché des Juifs, qui est de n'avoir point cru au Christ qui leur avoit été envoyé, d'avoir par là démenti leurs prophéties et Dieu qui confirmoit la mission de Jésus-Christ par tant de miracles, de les avoir attribués. au démon. C'étoit là le péché des Juifs : le grand péché; « le péché contre le Saint-Esprit, » qui poussé à un certain degré de malice que Dieu sait, « ne se remet ni en ce siécle ni en l'autre?. » C'est sur ce péché et de ce péché que le Saint- Esprit devoit convaincre le monde incrédule.

Jésus-Christ avoit convaincu les Juifs de ce péché en deux manières : l'une, en accomplissant les prophéties, qui est la manière la plus efficace de les expliquer; l'autre, en faisant des miracles que personne n'avoit jamais faits; ce qui leur ótoit toute excuse, en sorte qu’il ne manquoit rien à la conviction. Et toutefois le Saint-Esprit la pousse encore plus loin, lorsqu'il descend sur les disciples du Sauveur.

La conviction, dis-je, est cya plus loin. Et premièrement

^A Joan., XVI, 8 et seq.— E Matth, xu, 24, 31, 325 Mure, Wr, 28-30; Luc., SETTE 407

celle des prophéties : ear le Saint-Esprit inspire à saint Pierre la preuve de la résurrection de Jésus-Christ tirée de David, que cet Apôtre plein des lumières et du feu de ce divin Esprit, pousse à la dernière évidence; c’est-à-dire au dernier point de conviction, et avec une vigueur qui ne s'étoit jamais vue, comme il paroit aux Actes, chapitre 11, verset 25 et suivans.

Secondement, quant à la conviction des miracles, le Saint-Esprit y met la perfection. Car si la source en étoit tarie en Jésus-Christ, on auroit pu croire qu'elle étoit passagère et trompeuse en Jésus- Christ méme; mais comme elle se continue dans les apótres, qui guérissent publiquement et à la vue de tout le peuple cet impotent en témoignage de la résurrection de Jésus-Christ”, la conviction est poussée bien au delà de la suffisance, et le Saint-Esprit la porte par les apôtres jusqu'à la dernière évidence.

Cette continuation de miracles étoit l'ouvrage du Saint-Esprit. Jésus-Christ avoit dit qu'il chassoit les démons par l'Esprit de Dieu, et tous les autres miracles devoient être aussi singulièrement attribués au Saint-Esprit. Le méme Esprit de miracles se continuant dans les apôtres, on voyoit la suite des desseins de Dieu et l'entiére confirmation de la vérité.

Et afin de le bien entendre, il faut savoir que les Juifs, quoique convaincus par tant de miracles de Jésus-Christ, pouvoient dire qu'il avoit eu le sort des faux prophétes que le démon anime et à qui il donne des signes trompeurs, puisqu'il avoit été condamné et mis à mort par le jugement de la synagogue, conformément à la loi de Moise?. Si done Jésus-Christ étoit demeuré dans la mort, ou que sa résurrection n'eüt pas été confirmée d'une maniere à ne laisser aucune réplique, les Juifs n'auroient pas été convaincus et confondus dans ce vain prétexte de leur inerédulité. Mais puisque le Saint-Esprit, pour donner à Jésus-Christ des témoins de sa résurrection, descend visiblement sur ses apótres qui étoient les témoins qu'il avoit choisis; puisqu'il les remplit de courage; que de foibles qu'ils étoient il les rend forts, d'idiots et d'ignorans qu'ils étoient les rend pleins d'une divine science, et leur donne des paroles qui fermoient la bouche à leurs adversaires qui

1 Act., 11, 2, 6 et seq, — ? Deuter., XiU, 1-5 ; xvur, 20-22.

SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, XIX* JOURNÉE. 5T1 n'étoient rien moins que les chefs du peuple; puisqu'au lieu qu'ils étoient des làches qui avoient oublié leur Maitre tous ensemble en prenant la fuite, et le premier de leur troupeau en le reniant, il en avoit fait d'intrépides défenseurs de sa doctrine et de sa résurrection ; puisqu'enfin le méme Esprit descendu sur eux fait des miracles par leurs mains, qui ne cedent en rien à ceux de Jésus- Christ et même qui les surpassent en certaines circonstances, comme il l'avoit prédit lui-même; et non content de leur inspirer l'intelligence des prophéties et la force de les défendre, il les remplit eux-mémes de l'esprit de prophétie et les fait agir et parler comme des hommes inspirés, comme il parut au jour de la Pentecóte, saint Pierre le soutenant avec une assurance étonnante et une force à laquelle tout cédoit ! : tous ces ouvrages admirables du Saint-Esprit prouvent que Jésus-Christ a dit la vérité en assurant que ce méme Esprit convaineroit de nouveau et d'une manière encore plus concluante l'incrédulité du monde.

Voilà donc le témoignage du Saint-Esprit dans les apôtres, qui en confirmant la résurrection de Jésus-Christ, parlent ainsi : « Nous sommes témoins de ces choses, et le Saint-Esprit que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent?. » C'étoitle dernier etle plus clair témoignage que Jésus-Christ leur réservoit; et c'est pourquoi prévoyant que le cceur de la plupart seroit assez dur pour résister encore à ce témoignage et à cette conviction, il les avertit d'éviter ce crime comme celui qui à la fin leur attireroit une inévitable punition et deviendroit irrémissible pour eux, Dieu ayant déterminé de ne le remettre jamais à ceux qui l'auroient porté à de certains excès qui lui étoient connus. C'est peut-être ce qui donna lieu à cette sentence du Sauveur? : « Que les blasphémes contre le Fils seroient remis; mais que celui qui blasphémeroit contre le Saint-Esprit ( en persistant d'attribuer au démon les miracles de Jésus-Christ et de ses disciples , quoique confirmés aprés sa mort en témoignage de sa résurrection ), ne recevroit aucun pardon, mais seroit coupable d'un éternel péché, à cause, poursuit saint Mare, qu'ils avoient dit que » Jésus-Christ «avoit en lui-même un esprit » impur qui faisoit par lui des miracles; et qu'ils étoient

4 Act., 11, 17, 48, — ? Act., v, 32. — ? Matth., xiu, 31, 32; Marc., 111, 28-30.

disposés à porter la révolte jusqu'au dernier excès, comme ils firent en résistant encore aux miracles de ses disciples, et osant attribuer à l'esprit d'erreur la continuation ferme et permanente du témoignage du Saint-Esprit.

Ajoutez à toutes ces choses la sainteté que le Saint-Esprit établissoit dans l'Eglise par des effets si éclatans, et cette parfaite unité des cœurs qui étoit son véritable ouvrage et le caractère sensible de sa présence : ajoutez la redoutable autorité que Dieu mettoit dans l'Eglise, en sorte que mentir à Pierre, e'étoit «mentir au Saint-Esprit !. » On voit assez par toutes ces choses l'efficace du témoignage de ce méme Esprit, pour convaincre l'inerédulité.

Et il faut aussi remarquer que Dieu qui avoit supporté les Juifs aprés le crucifiement de son Fils, résolut enfin de faire éclater sa justice d'une manière étonnante et jusqu'alors inouie, après que ce peuple ingrat eut continué de résister avec une opiniâtreté et une dureté sans exemple au témoignage des apôtres; c'est-à-dire comme on à vu, à celui du Saint-Esprit : ce qui étoit la figure du châtiment plus terrible qu'il réservoit dans les enfers à ceux qui avoient péché contre le Saint-Esprit, de la manière et avec l’excès qu'il ne vouloit point pardonner.

Prenons donc garde de ne point tomber dans un semblable péché. Nous commençons à y tomber, lorsqu'abusant de la grace du Saint-Esprit dans la rémission des péchés, nous en faisons une occasion de pécher plus facilement ; en quoi nous faisons injure à«lesprit de rémission et de grace?. » à cause que nous ne savons pas le degré que Dieu a marqué à cet attentat pour ne le pardonner jamais , nous ne cessons de l'augmenter de jour en jour, et nous multiplions nos péchés par la facilité que nous nous imaginons dans le pardon. Mais Dieu qui nous voit périr, nous avertit qu'il viendra un point oü il cessera de pardonner, et auquel à la fin nous tomberons au dernier degré d'endurcissement et à l’impénitence finale.

Craignons donc de résister au Saint-Esprit, de peur qu'enfin notre résistance ne soit poussée jusqu'à la fin par la juste soustraction de ces graces qui convertissent les cœurs. Craignons, dis-je,

1 Act., V, 3, 4, 9. — ? Hebr., x, 29.

de pousser à bout la bonté et la patience de l'Esprit qui remet les crimes, parce que nous ne savons jusqu'où il veut pousser son indulgence, et que peut-étre le premier péché que nous commettrons sera parvenu à ce degré de malice qui lui est connu, et qu'il ne veut point pardonner à ceux qui auront recu de certaines graces. Les Juifs en sont un exemple, et ils n'ont plus trouvé de miséricorde ni en ce monde ni en l’autre , à cause qu'ils ont méprisé jusqu'au point que Dieu ne vouloit plus souffrir la conviction du Saint-Esprit.

VVUVVLUAADA'RUUUVLLL VUL EVE ULL UUUVVTUVULATLVULUVULVLVLVAUTUVATTUTU VUA 1^ ART vv

XX* JOURNÉE

Mission du Saint-Esprit pour convaincre le monde d’injustice. Péché contre le Saint-Esprit. Ibid. 10.

« Et sur la justice : » c’est le second point sur lequel le Saint- Esprit devoit convaincre le monde, « parce que je m'en vais à mon Père, et que vous ne me verrez plus. » Il faut sous-entendre : Sans que pour cela vous cessiez de croire en moi, ou que votre foi se ralentisse. Et pour entendre cette seconde conviction du Saint-Esprit , il faut savoir que la justice chrétienne vient de la foi, selon cette parole du prophète répétée trois fois par saint Paul: « Le juste vit de la foi’. » Mais la véritable épreuve de la foi, c'est de croire ce qu'on ne voit pas. Tant que Jésus-Christ a été sur la terre, sa présence a soutenu la foi de ses disciples : aussitôt qu'il fut arrêté, leur foi tomba ; et ceux qui auparavant croyoient en lui comme au Rédempteur d'Israël, commencèrent à dire froidement : « Nous espérions qu'il devoit racheter Israél?. » Comme s'ils disoient : Mais maintenant aprés son supplice, nous avons perdu cette espérance. Voilà donc la foi des apótres morte avec Jésus-Christ. Mais quand le Saint-Esprit l'eut ressuscitée, en sorte qu'ils furent plus constamment et plus parfaitement attachés à la personne et à la doctrine de leur Maitre qu'ils ne l'étoient pendant sa vie, on vit en eux une véritable foi et dans

1 Hebr., 11, &; Rom., 1, 415 Galat., r1, 11; Hebr., x, 38. — ? Luc., xxiv, 91.

cette foi la véritable justice, qui étantl'ouvrage du Saint-Esprit , il s'ensuit qu'il donna au monde une parfaite conviction de la justice.

Soyons donc vraiment justes par l'esprit de la foi; et sans nous attacher à ce que nous voyons, unissons-nous à Jésus-Christ que nous ne voyons pas. Croyons fermement avec les apótres que sa mort n'a pas été une extinction de sa vie; mais comme il l'a dit, un passage à son Père, puisque depuis qu'il nous a quittés , il a été plus fécond pour nous en toute sorte de graces. Travaillons sans cesse à la mort des sens : ne jugeons point de notre bonheur par leur jugement : vivons dans l'esprit de la foi : fondons tous nos sentimens sur sa vérité , et écoutons d'autant plus Jésus-Christ qu'il nous paroit moins. « Vous avez cru, parce que vous m'avez vu : bienheureux ceux qui croient et ne voient pas!! » C'est par une telle foi que nous sommes justes.

ALU EU UV UV UUEUVEUT UV

VEUVE AARAU LL T AW

XXI JOURNEE

Mission du Saint-Esprit pour convaincre le monde de l’iniquité de son jugement. Joan., xvi, 8-11.

« Et de jugement, parce que le prince de ce monde est déjà jugé. » Jésus-Christ a dit ci-dessus : « C'est maintenant que le monde va être jugé : c'est maintenant que le Prince de ce siècle va être chassé ?. » Comment est-ce que Jésus-Christ juge le monde dans letemps de sa passion ? C'est en se laissant juger et en faisant voir par l'inique jugement du monde sur Jésus-Christ que tous ses jugemens sont nuls.

Le Saint-Esprit qui est descendu , confirme ce jugement contre le monde. Qu'a opéré le jugement du monde sur Jésus-Christ ? Rien autre chose qu'une démonstration de son iniquité. La doctrine de Jésus-Christ qu'on croyoit anéantie par sa croix, se relève plus que jamais : le ciel se déclare pour elle, et au défaut des Juifs les gentils la vont recevoir et composer le nouveau peuple. C'est l'ouvrage du Saint-Esprit qui descendu en forme de langue,

1 Joan., XX, 29. — ? Joan., xit, 31.

montre l'efficace de la prédication apostolique. Toutes les nations l'entendent : de toutes les langues il ne s'en fait qu'une , pour montrer que l'Evangile va tout réunir. Le prince de ce monde est jugé : tous les peuples vont consentir à sa condamnation. Jugeonsle monde : condamnons le monde : l'autorité qu'il se donne de nous tyranniser par ses maximes et ses coutumes, a donné lieu à condamner en la personne de Jésus-Christ la vérité méme. O monde! je te déteste : le Saint-Esprit te convainc de fausseté : n'adhérons au monde par aucun endroit : sa cause est mauvaise en tout : « Mes petits enfans, n'aimez point le monde, ni tout ce qui est dans le monde : le monde n'est autre chose que concupiscence de la chair, » sensualité, plaisirs du corps, « ou concupiscence des yeux, » curiosité, avarice « et orgueil de la vie : et tout cela, » toute cette concupiscence, « ne vient point de Dieu, mais du monde, et le monde passe avec ses désirs !, » et il n'y a que Dieu qui demeure.

C'est donc par là que le monde est jugé : la vie que le Saint- Esprit inspire aux fidèles, condamne toutes ses maximes: il n'y a plus d'avarice où chacun apporte ses biens aux pieds des apôtres:

il n’y a plus de divisions ni de jalousie où il n'y a qu'un cœur et qu'une ame : il n'y a plus de plaisirs sensuels où l'on a de la joie d’être flagellés pour l'amour de Jésus-Christ: il n'y a plusd'orgueil où tout est soumis aux conducteurs de l'Eglise, qu'on rend maîtres de tous ses désirs et plus encore de soi-méme que de ses richesses. Commencons donc cette vie chrétienne et apostolique, et laissonsnous convaincre par le Saint-Esprit.

LULU LUE LUN EU LULU ER LUE VALUTA. VV/LAUVVVYCVARRALVAACLARATV CVV UV VUVVAVA VAY VACAT VA

Page 1