XIV: JOURNÉE
Réconciliation. Matth., v, 23, 26.
C'est encore un beau et grand précepte, et par lequel nous pouvons entendre combien Dieu aime la paix, de nous ordonner comme il fait de nous réconcilier avec notre frére avant que d'approcher de l'autel. ne veut point de l'oblation qui lui est offerte avec un cœur plein de ressentiment et avec des mains portées à la vengeance.
On doit encore beaucoup remarquer cette parole : « Si votre frère a quelque chose contre vous !, » et non-seulement si vous lui en avez donné sujet, mais encore s’ik l’a pris mal à propos : il faut s’éclaircir charitablement avec lui, de peur que vous ne veniez à le hair, lorsque vous saurez qu'il vous hait. Le premier présent qu'il faut offrir à Dieu, c'est un eceur pur de toute froideur et de toute inimitié avec son frère.
N'attendez pas méme le jour de la communion : celui d'entendre la messe oü l'on se trouve plusieurs ensemble; méme quand on assisteroit seul au saint sacrifice, ce jour doit étre précédé de la réconciliation.
Il faut encore porter plus loin l'amour de là paix; et saint Paul dit: « Que le soleil ne se couche point sur votre colère ?. » Les ténèbres augmenteroient notre chagrin; notre colère nous reviendroit en nous éveillant et deviendroit plus aigre. Les passions tristes et sombres, du nombre desquelles sont la vengeance, la jalousie, s'aigrissent pendant la nuit, ainsi que les plaies, les fluxions, les maladies.
Dans les querelles, dans les procès, dans toutes les dissensions, on se « livre » l'un l'autre « au juge, » parce qu'on s'offense mutuellement : on doit donc craindre «la prison, d’où l'on ne sort qu'après avoir tout payé » dans la dernière rigueur : et il faut
1 Matth., v, 23. — ? Ephes., 1v, 98.
SERMON DE NOTRE-SEIGNEUR, XVe JOURNÉE. 91
S'accorder volontairement l'un avec l'autre, plutôt que d'en venir à un jugement qui augmenteroit l'aigreur. C'est ce qu'il faut bien considerer.
Saint Augustin dit que cet « ennemi avec lequel il se faut réconcilier, pendant qu'on est dans la voie‘, » c'est la vérité qui nous condamne dans cette vie et nous « livre » en l'autre « à l'exécuteur, qui nous oblige à payer jusqu'au dernier sol; » c'est-à-dire à demeurer éternellement dans cette affreuse prison, puisque nous ne pouvons jamais satisfaire pour nos crimes.