XXXIII: JOURNÉE
Encore de l’avarice et des richesses. Ne mettre pas sa confiance en ce qu'on possède. Luc., xu, 15, 16 et suiv.
Joignons ici ce qui est dit dans saint Luc : « Donnez-vous de garde de toute avarice ?. » Déracinez un si grand mal tout entier et jusqu'à la moindre fibre : n'en souffrez pas en vous le plus petit sentiment.
Quelque riche que vous soyez, il vous manque toujours quelque chose , ou dans les biens, ou dans la santé, ou dans la fortune et dans la grandeur. Réjouissez-vous de ce manquement : acceptez avec joie et consolation cette partie de la pauvreté qui vous est échue. Aimez-la comme un caractère du christianisme, comme une imitation de Jésus-Christ. Aimez votre pauvreté, votre dépouillement. Renoncez à tout esprit de propriété, si vous êtes Re-
1 Matth., V1, 34. — ? Luc., xit; 45.
ligieux : réjouissez-vous en Notre-Seigneur de ce que non-seulement vous ne possédez aucun bien, mais encore de ce que vous étes par choix et par état incapable d'en posséder.
« En quelque abondance qu'on soit, la vie ne consiste pas en ce qu'on possède *. » Vous avez beau dire : J'ai de quoi vivre : vous n'en vivrez pas davantage. Vous avez beau dire : Je n'ai rien à craindre ; j'ai tout avec abondance. « Insensé! vous mourrez cette nuit. » Mais comment? « On vous redemandera votre ame ? : » elle n'est pas à vous, vous n'avez la vie que par emprunt. On vous la redemandera : on vous en demandera compte. Et quand? « Cette nuit. » On vous trouvera demair mort dans votre lit, sans que tout ce grand bien que vous vantiez vous ait pu procurer le moindre secours,'ni prolonger votre vie d'un moment.
«Que ferai-je, » dit cet homme riche ?, dans une si grande abondance de toutes sortes de biens? Voilà le premier effet des grandes richesses : l'inquiétude. Que ferai-je? Où les mettrai-je? Comment les garder? « Mes greniers n'y suffisent pas : j'en ferai d'autres, et je dirai à mon ame : Réjouis-toi : fais grande (a) chère * : » ne refuse rien à tes sens : « bois, mange, repose-toi » dans ton abondance. Et pendant que tu t'imagines pouvoir te reposer dans tes richesses, on t’ôte, non pas ces richesses, mais cette ame méme que tu invitois à la jouissance. « Et à qui sera ce grand bien que tu avois acquis *? » Qui est-ce qui en jouira pour toi, quand tu n'y seras plus pour en jouir?
« Ainsi est celui qui amasse des trésors sur la terre, et qui n'est pas riche en Dieu 5, » qui ne met pas en lui toutes ses richesses. Telle est son aventure : tel est son état : telle est la fin de sa vie : c'est à cela qu'aboutissent toutes ses richesses.
Après toutes ces réflexions, revenez encore aux paroles du Fils de Dieu : relisez-les : savourez-les encore une fois : vous les trouverez sans comparaison plus fortes par elles-mémes que tout ce que nous avons pu dire ou penser, pour vous en faire sentir la vertu.
1 Luc., XII, 15. — ? Ibid., 20. — ? Ibid., 11. — * Ibid., 48. — 5 Ibid., 20. — 6 Ibid., 21. | 4 (a) Les éditions récentes disent : Grand'chére.