XXXIV: JOURNÉE
Considérer ce que Dieu fait pour le commun des plantes et des animaux : se regarder comme son troupeau favori. Luc., xu, 22, 24, 29 et suiv.
« C'est pour cela que je vous dis : Ne soyez point en inquiétude : considérez les corbeaux '. »
Dans saint Matthieu il est dit en général : « Les oiseaux du ciel ?. » Dans saint Luc on lit les corbeaux , animal des plus voraces, et néanmoins sans greniers ni provision : qui sans semer et sans labourer, trouve de quoi se nourrir. Dieu lui fournit ce qu'il lui faut, à lui « et à ses petits qui l'invoquent , » dit le Psalmiste?. Dieu écoute leurs cris, quoique rudes et désagréables : et il les nourrit aussi bien que les rossignols et les autres, dont la voix est la plus mélodieuse et la plus douce.
Jésus-Christ nous apprend dans ce sermon admirable à considérer la nature, les fleurs , les oiseaux, les animaux, notre corps, notre ame , notre accroissement insensible, afin d'en prendre occasion de nous élever à Dieu. Il nous fait voir toute la nature d'une manière plus relevée, d'un œil plus pereant, comme l'image de Dieu. Le ciel est son trône : la terre est l'escabeau de ses pieds : la capitale du royaume est le siége de son empire : son soleil se léve, la pluie se répand pour vous assurer de sa bonté. Tout vous en parle : il ne s'est pas laissé sans témoignage.
Nous avons déjà remarqué que, pour signifier l'inquiétude , Jésus-Christ se sert de ce mot dans saint Luc : « Ne demeurez pas comme suspendus en l'air*, » comme quand on ne sait ni comment ni sur quoi on est soutenu, et qu'on se croit toujours prét à tomber. Ne soyez point dans cette terrible inquiétude, mais croyez que Dieu vous soutient.
Mais de toutes les paroles qui sont particulières à saint Luc dans ce discours du Fils de Dieu, les plus capables de nous in-
1 Luc., Xit, 22, 24. — ? Matth., v1, 26. — 9 Psal. cXLVI, 9. — ^ Luc., xn, 29.
spirer du courage parmi nos misères et nos foiblesses sont cellesci : « Ne craignez point, petit troupeau , parce qu'il a plu à votre Père céleste de vous donner son royaume *. » Dans tout ce qui précède, on nous apprend à ne pas eraindre de manquer de nourriture : car Dieu y pourvoit, et sa conduite ordinaire est de ne pas laisser manquer du nécessaire ceux qui se fient en lui. Mais ici , il nous élève plus haut. Car après tout, quand vous viendriez à manquer de pain, qu'en seroit-il? Vous auriez encore « un royaume. » Et quel royaume? Celui de Dieu. « Ne craignez pas, petit troupeau, car Dieu vous donne son royaume. » Ce royaume n'est pas pour les grands du monde : c'est pour les petits, c'est pour. les humbles, c'est pour ce petit troupeau que le monde compte pour rien, mais que le Père regarde : qui en effet semble n'étre rien en comparaison de la multitude immense et de l'éclat des impies. Mais c'est pour ce petit troupeau que Dieu conserve le reste des hommes.
Que craignez-vous donc ? De mourir de faim? Combien de mariyrs en sont morts dans les prisons? Cette mort les a-t-elle empêchés de recevoir la couronne du martyre? Au contraire, c'est par elle qu'elle a été mise sur leur tête. « Ne craignez donc rien, petit troupeau : vendez tout : donnez tout aux pauvres, et faitesvous un trésor qu'on ne puisse ni voler ni diminuer ? : » c'est celui des bonnes œuvres.
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LAVULU UV!