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VIF JOURNÉE
Fausse et aveugle politique des Juifs dans la mort de Jésus-Christ, figure de la politique du siècle. Joan., xi, 48 et suiv. :
« Les Romains viendront et ils détruiront notre ville, notre femple et toute notre nation ?. » C'est le prétexte dont ils couvroient leur intérét caché et leur ambition. Le bien public impose aux hommes; et peut-être que les pontifes et les pharisiens en .
1 Joan., X1, 50, 53; xir, 10, 11. — ? Ibid., 48.
SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, VIIe JOURNÉE. 85
étoient véritablement touchés ; car la politique mal entendue est le moyen le plus sür pour jeter les hommes dans l'aveuglement j et les faire résister à Dieu.
On voit ici tous les caractères de la fausse politique et une imitation de la bonne, mais à contre-sens.
La véritable politique est prévoyante , et par là se montre sage. Ceux-ci font aussi les sages et les prévoyans : « Les Romains viendront : » ils viendront, il est vrai, non pas comme vous pen- Sez, parce qu'on aura reconnu le Sauveur; mais au contraire parce qu'on aura manqué de le reconnoitre. « La nation périra : » vous l'avez bien prévu; elle périra en effet, mais ce sera par les moyens dont vous prétendiez vous servir pour la sauver : tant est aveugle votre politique et votre prévoyance.
La politique est habile et capable : ceux-ci font les capables : voyez avec quel air de capacité Caiphe disoit : « Vous n'y entendez rien : » il n'y entendoit rien lui-même : «Tl faut qu'un homme meure pour le peuple? : » il disoit vrai; mais c'étoit d'une autre facon qu'il ne l'entendoit.
La politique sacrifie le bien particulier au bien publie, et cela est juste jusqu'à un certain point : « Il faut qu'un homme meure pour le peuple : » il entendoit qu'on pouvoit condamner un innocent au dernier supplice sous prétexte du bien publie : ce qui n'est jamais permis. Car au contraire le sang innocent crie vengeance contre ceux qui le répandent.
La grande habileté des politiques, c'est de donner de beaux prétextes à leurs mauvais desseins. Il n'y a point de prétexte plus spécieux que le bien public, que les pontifes et leurs adhérens font semblant de se proposer. Mais Dieu les confondit; et leur politique ruina le temple, la ville, la nation qu'ils faisoient semblant de vouloir sauver. Et Jésus-Christ leur dit à eux-mémes : « Vos maisons seront abandonnées, vous et vos enfans porteront votre iniquité *; » et tout périra par les Romains que vous faites semblant de vouloir ménager.
Sans étre dans les affaires publiques, chacun peut ici considérer ce que c'est que la fausse prudence ou la prudence de la chair : ses
1 Joan., X1, 49, 50. — ? Matth., xxur, 38; Luc., XIX, 43, 44; xx1, 20, 23, 24,
artifices pour cacher aux autres et souvent à elle-même ses mauvais desseins : les vains prétextes dont elle se sert pour cela : sa présomption à faire l'habile, pendant qu'en effet elle est dans la souveraine ignorance : ses fausses maximes pour décider de ce qu'on appelle eas de conscience, et l'abus qu'elle fait des bonnes : l'abus qu'elle fait aussi de son autorité, lorsqu'elle en a; et méme quelquefois de la grace de son ministère, comme fit Caiphe « de la prophétie! » en quelque sorte annexée au pontificat , comme saint Jean le remarque. Tout cela peut découvrir à chacun les fautes qu'il fait dans la conduite de sa famille, de sa communauté, de soi-méme en particulier : comme on s'entéte du bien des communautés à qui souvent on sacrifie des particuliers innocens : encore « croit-on rendre service à Dieu ?, » comme Jésus- Christ le dit distinctement des pontifes et des autres ennemis de la vérité.
Pour venir à quelque chose de plus tendre, unissez-vous en esprit à «tous ces enfans de Dieu dispersés par tout l'univers, » que la mort du Sauveur devoit « recueillir?. »
Le y. 53 nous fait voir le résultat du conseil, et la mort du Fils de Dieu résolue : ce qui l'obligea à se cacher jusqu'au temps du "il avoit résolu.
Cependant la pàque approchoit, vers le temps de laquelle il devoit mourir : tout se préparoit à cette pàque, et en même temps à la mort du Sauveur : puisque déjà l'ordre étoit donné à tous ceux qui sauroient où ilétoit, de le déclarer afin qu'on le prit.
Demeurez en attente de ce qui doit arriver à Jésus : et en voyant comment on venoit plusieurs jours devant la pâque pour s’y disposer, considérez la disposition que vous devez apporter à là pàque véritable, qui est la communion.
! Joan., X1, 51. — ? Joan., xv1, 2. — 3 Joan., x1, 52 et seq.
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