‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 4 sur 149 · REMARQUES HISTORIQUES, Y · texte numérisé non relu

REMARQUES HISTORIQUES, Y

Non : déjà il s'étoit emparé seerétement des honoraires de son oncle : «Il étoit fort attentif, dit l'abbé Ledieu, et portoit sa prévoyance sur l'argent et sur ce qui pouvoit donner de l'argent ?. »

Enfin, le voilà maitre de la succession : il enlève de la bibliothèque épiscopale les plus beaux livres?, et fait estimer par un tapissier venu de Paris les meubles de Meaux et ceux de Germigny. Le compte fait d'aprés baréme, il demanda vingt et un mille livres pour ces meubles; le successeur de son oncle, M. de Byssi, offre vingt mille livres, en se réservant quelques orangers comme cadeau; le tapissier de Paris promet vingt mille huit cents livres, sans rien exiger « par-dessus le marché *. » A la suite de nombreuses ambassades, aprés d'interminables débats qui retiennent pendant longtemps le nouvel évéque loin de son diocése , les négociations sont rompues. L'exécuteur testamentaire fait alors une nouvelle visite à l'évéché : «il emporte, non-seulement les bons meubles, mais méme tous les gros et de vil prix ;... tous les livres absolument sont ótés de la bibliothèque, et tous les ornemens avec leurs armoiries emportés de la sacristie, méme les livres à l'usage de l'église cathédrale *. Tout bien préparé, il vend ce mobilier à la criée publique, et répète à Germigny la méme opération * : coup de maitre, spéculation heureuse, car la piété s'empresse d'aequérir les ornemens sacrés du saint évêque, et l'admiration paie cher les plumes, les porte-feuilles, les secrétaires du sublime écrivain. En méme temps l'habile et zélé représentant de Bossuet soutenoit à la fois, debout sur la bréche, deux procés, lun contre le chapitre et l'autre contre l'évéque, pour les réparations de la cathédrale et de l'évéché. Au milieu de tout cela, comment s'occuper de travaux scientifiques et littéraires?

Et ce n'est pas tout. Les habitudes qui lavoient trahi dans son voyage à Rome, et dont le bruit vint jusqu'à Meaux ", interdisoient à ce « petit neveu d'un grand homme, » pour l'appeler comme Joseph de Maistre, toute occupation sérieuse. ll en faut dire autant de l'ambilion; dans l'espoir d'avancer ses projets de grandeur, en politique industrieux « qui n'épargne ni dépense ni bon accueil pour s'attirer les gens, » il tenoit table ouverte dans plusieurs résidences *. Les visites et les promenades n'étoient pas moins de son goüt; lorsqu'il n'attendoit pas debout sur ses membres dans une antichambre, on le voyoit sur toutes les routes « marchant comme le vent dans sa berline avec six

! Journal de Vabbé Ledieu, 6 septembre 1703 : « Depuis dix ou douze jours, M. l'abbé Bossuet s'est saisi des quittances de M. de Meaux, pour recevoir au trésor royal ses appointemens de précepteur et de conseiller d'Etat, qui montent à 17,000 francs; et en les prenant il recom manda bien à M. l'abbé Janel , qui avoit sollicité et obtenu les ordonnances, de n'en rien dire.» — ? Jhid., 8 septembre 1703. — ? Jbid., 10 avril 1705. — * Jbid., 2 mai 1705, — * Zbid., 1 et 2 mai 1705. — 6 Zbid., 9 et 11 juillet 1705. — 7 Jbid., 28 décembre 1104, — $ Ibid.,

10 avril 1705.

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